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Jeudi 31 mai 2012, 09:59


Voici une histoire écrite par Dragondegivre et dont le titre est Le Temple de l'Ange Déchu - chapitre unique.

voici un texte que j'ai mis à un concours mais j'ai perdu... il est long je sais...

Le soleil se couchait dans notre dos lorsque nous arrivâmes en haut de la colline. Essoufflés par ces interminables journées de marche, nous dressâmes le camp. Kiara et moi nous assîmes tranquillement pendant qu’Ulbar alla chercher du bois pour le feu. Il revint les bras chargés.
Le soleil avait disparu complètement quand le feu se mit à crépiter joyeusement. Kiara fut la première à vouloir manger. Je sortis d’une de mes sacoches des galettes de farines quelconques que Kiara m’arracha des doigts. Je la regardai, étonné. C’était la première fois que je la voyais si affamée. Ulbar, toujours égal à lui-même, n’avait pas faim. Kiara lui donna quand même une galette qu’il laissa posé sur le sol. J’entamai moi aussi mon repas en observant la lune se lever. Il fallait qu’elle soit haute dans le ciel et que ses rayons argentés touchent le centre de la plaine qui s’étendait à nos pieds. Alors, le miracle s’accomplirait et le Temple de l’Ange Déchu apparaîtrait. Ce que nous cherchions depuis si longtemps serait à notre portée.

Mes deux compagnons, je les ai rencontré il y a bientôt six mois. Ulbar fut le premier à me rejoindre et Kiara arriva dans le groupe quelques jours après.
Par delà la Mer des Tempêtes, subsistait tant bien que mal le minuscule pays du Skall. Skall était bordé à l’est par la dite mer et, à l’ouest et au sud, le gigantesque fleuve Ignir le séparait des Terres Humides. Au nord, les Glaciers de Mornard s’étendaient à perte de vue derrière les imposantes et dangereuses Montagnes de Sang. C’est dans ce pays encerclé de dangers que je rencontrai mes compagnons.
J’arrivai tout droit de l’Ile du Vent, ma terre natale, par l’Océan Pourpre. J’accostai sur les Terres Humides quelques semaines après mon départ. Je traversai ces hostiles contrées avec difficulté tant la végétation proliférait là-bas. Je passai le large fleuve sur une menue barque en échange de quelques pièces d’argent. La pauvreté était telle dans ces contrées que même une botte de cuir ferait votre fortune.
Après quelques longues journées de chevauchée, j’arrivai enfin dans la capitale de Skall, Altar. Altar était réputée comme étant le lieu de rendez-vous des mercenaires du monde entier. C’est pour cela que j’étais venu ici. J’allai dans une des nombreuses tavernes de la ville pour me reposer un peu. L’auberge était remplie, mais je trouvai une place dans un coin de la pièce principale. D’où j’étais, j’avais une vue imprenable sur tous les clients. Une table attira mon attention. Un groupe d’hommes discutait bruyamment et riait à gorge déployée. Un homme plus imposant que les autres tapait joyeusement la table de son poing. Même assis, on voyait clairement qu’il mesurait plus de deux mètres de haut. Sa masse musculaire impressionnante était cachée par une simple chemise beige. Une longue natte de cheveux blonds courait dans son large dos. Sa longue barbe était tressée de la même manière. Une gigantesque hache à double tranchant brillait à la lueur des lampes à huile à côté de lui.
Au fur et à mesure de la soirée, mon regard croisa souvent le sien, bleu comme les glaces éternelles. Nullement troublé, je le fixai toute la soirée, essayant de savoir si ce géant était un mercenaire, et s’il louait ses services. Un homme d’une telle puissance me serait sûrement très utile dans ma quête.
Alors qu’une serveuse apportait des nouvelles boissons à leur table, un des compagnons du géant eu un geste déplacé envers la femme ; il lui avait caressé les cuisses. Le géant fronça les sourcils et lança un méchant regard à son compagnon. L’homme haussa les épaules et marmonna quelque chose. J’étais trop loin pour entendre quoi que ce soit de leur conversation mais en tout cas, les paroles de l’homme ne plurent pas au géant. Il se leva lentement, empoigna l’homme et le souleva comme un fétu de paille. Tous les clients de l’auberge observaient la scène sans intervenir. Le géant grogna quelque chose à son compagnon à quelques centimètres à peine de son visage. L’homme apeuré, et on le comprend, hocha rapidement la tête avant d’être reposé sans ménagement par terre. Il se releva en vitesse, discuta avec la serveuse qu’il avait embêté et lui glissa quelques pièces d’or dans la main. La serveuse parut étonnée mais contente. A mon avis, l’homme venait de lui faire ses excuses. Il regarda le géant qui hocha la tête. L’homme attrapa son manteau sur sa chaise et partit de la taverne en courant. Lorsque la porte fut refermée derrière lui, tous les clients se mirent à applaudir le géant. Celui-ci ne parut pas s’en occuper, se rassit et continua sa conversation joyeuse avec ses voisins qui le regardaient d’un œil méfiant et empli de respect. La serveuse vint le remercier et une tournée générale fut offerte. On m’apporta une chope de bière que je bus d’un trait. Les gens de ce pays sont étranges mais chaleureux. Je questionnai la serveuse lorsqu’elle revint vers moi. Elle m’expliqua que le géant se nommait Ulbar et qu’il venait de lui sauver la vie.
« Vous sauver la vie ? demandai-je, étonné.
- Oui. L’homme qui m’a embêté est un racoleur craint de tous. Si Ulbar ne m’avait pas aidé, je serai en ce moment même dans les bazars de la ville à tapiner ou bien, je serai morte, m’expliqua-t-elle, les larmes aux yeux.
- C’est déjà arrivé ? »
Elle hocha la tête.
« Cet homme écume les tavernes de la région pour recruter de force des jeunes femmes. Personne n’ose s’opposer à lui. Il paraît qu’il aurait déjà tué des tas de personnes qui lui aurait barré la route. »
Elle s’en alla vers une autre table sans rien ajouter. Je regardai le dénommé Ulbar avec détachement. Ce n’était pas étonnant que le racoleur n’ait rien tenté contre ce colosse. Il était véritablement imposant et sans aucun doute extrêmement fort. Il pourrait nous briser le cou dans le creux de sa main. Un frisson parcourut mon dos. Oui, vraiment, il fallait faire attention.
En fin de soirée, les compagnons de table d’Ulbar s’en allèrent en titubant sous l’effet de l’alcool. Je décidai qu’il était temps d’aller le voir pour lui poser quelques questions. Je rattachai ma cape, empoignai mon bâton et avançai d’un pas déterminé. Le géant me suivit du regard jusqu'à ce que j’arrive à sa table. D’un geste, il m’invita à m’asseoir. Je m’installai et entamai la conversation sans attendre.
« Je suis Elrik Soufflesang et je viens de l’Ile du Vent, annonçai-je.
- Je m’appelle Ulbar Griffedours et j’arrive tout droit des Glaciers du Mornard. Que me vaut ta venue à ma table ? »
Il fit un geste à une serveuse qui arriva de suite pour nous servir de la bière. Cela ne m’étonnait plus qu’il soit si fort. Les Glaciers du Mornard étaient réputés pour être des terres extrêmement hostiles, tant par le froid que par les bêtes sauvages. On racontait aussi que c’était dans cette contrée que naissaient les meilleurs guerriers. Dès l’enfance, les Barbares des Glaciers, comme on les appelaient, étaient capables de tuer un ours polaire avec un simple poignard. Leur environnement natal était si hostile qu’ils n’avaient peur de rien et savaient résister à bien des choses. C’étaient vraiment des êtres impressionnants.
Ulbar attrapa sa chope et but tout d’un trait. Il m’observait et attendait visiblement une réponse. Perdu dans mes réflexions, j’avais presque oublié sa question. Je m’excusai d’un regard qui le fit sourire.
« Je viens de loin pour trouver des compagnons de route. J’ai une quête à accomplir et ton aide serait la bienvenue, moyennant finance bien sûr. »
Il m’observa un instant puis demanda :
« Quelle est cette quête ? »
Qu’allai-je faire ? Lui exposer clairement mes motivations ou bien mentir pour avoir son aide coûte que coûte ? J’optai pour le seconde solution.
- Mon village a été victime d’un pillage par des brigands venus de très loin. Nous avons réussi à les repousser mais, en arrivant ici, ils ont ramené vermine et autres insectes dans leurs soutes. Ces dites bestioles ont propagé une épidémie foudroyante qui décime la population. Etant le sorcier du village…
- Tu es sorcier ? me coupa t-il.
- Oui, et étant donné mon… rang, je dois enrayer la maladie. Les bêtes venaient de par delà la Mer des Tempêtes. C’est donc uniquement en Terres Assoiffées que je trouverai l’antidote.
- Mais sais-tu que la Mer des Tempêtes ne peut être traversée ? »
Sa question me laissa sans voix. J’ignorai totalement cette information. Mon air dépité le fit sourire.
« Je t’accompagne. Nous emprunterons le chemin que nous, les Barbares des Glaciers prenons lors de nos voyages. C’est plus long mais sans danger. Traverser la Mer des Tempêtes est suicidaire. »
Il fit un autre geste à la serveuse qui vint remplir nos verres. Il avait accepté. Mais à quel prix ? Je le lui demandai. Il éclata de rire, un rire bruyant et puissant qui fit se retourner tous les clients de l’auberge.
« Ta quête est noble et je me dois de t’aider gratuitement. »
Il me frappa dans le dos. Je m’étouffai légèrement sous le coup. Il était vraiment fort, cet homme. Je pensai soudain que lorsqu’il découvrira mes véritables intentions, ma vie serait en danger. On ne savait jamais ce que pouvait faire ces guerriers lorsqu’ils étaient en colère. Je lui expliquai précipitamment que je lui avais menti, que ma quête était tout autre. Son sourire s’effaça. Je pris peur et m’excusai platement, essayant de prendre la tangente. Les sourcils froncés, il me fixait calmement.
« Pourquoi m’avoir menti ?
- Je voulais ton aide à tout prix, osai-je.
- Mentir n’est pas une solution. Je t’accompagne quand même, j’ai besoin de bouger. Mais explique-moi ce que tu veux faire, et sans mentir cette fois.
- Je veux aller en Terres Anciennes et non pas en Terres Assoiffées. Dans cette contrée, parmi la végétation, il paraît qu’un temple apparaît chaque nuit de pleine lune pour révéler son secret.
- Quel est ce secret ?
- Je l’ignore mais de nombreux livres mentionnent qu’un Ange, le jour de la création du monde tel que nous le connaissons, est descendu sur la terre afin d’apporter une aide aux Hommes. Cette aide est sous la forme d’un grimoire tout simple mais emplis du savoir céleste. »
Il haussa un sourcil.
« Et à quoi il sert, ce savoir ?
- C’est un savoir qui permettrait de rendre la vie plus facile aux gens. Dans un grimoire, j’ai lu que l’on pourrait faire voler le fer, faire pousser les légumes plus vite grâce à une poudre ou bien parler à quelqu’un qui habite très loin comme s’il était face à toi ! »
Je m’enthousiasmai tout seul, complètement perdu dans ces pensées incroyables. Ulbar, le visage posé dans le creux de sa main, me regardai d’un air détaché. Il devait me prendre pour un fou. Il me sourit et me demanda si on pouvait aller dormir. Je hochai la tête et me rappelai subitement qu’il ne m’avait rien dit au sujet de son paiement. Comme lisant dans mes pensées, il déclara qu’étant forgeron, il prendrait les armes et armures que l’on trouverai éventuellement. Il ajouta avec un sourire que s’il n’y avait rien d’intéressant, je pouvais toujours lui payer une cotte de mailles. J’opinai. Son idée était bonne même si une cotte de mailles à sa taille allait me coûter cher. Il y avait peu de chance de trouver une quelconque arme là-bas ; les Anges étaient contre la violence, d’après les grimoires.
Je me levai lorsque Ulbar alla payer la note. Il en profita pour demander deux chambres l’une en face de l’autre. La serveuse nous accompagna jusqu’au bas de l’escalier. Elle nous indiqua les quelles portes prendre par quelques gestes puis Ulbar et moi allâmes nous coucher. Je n’étais pas mécontent de trouver enfin un vrai lit. Depuis mon départ de l’Ile, je n’avais dormi que par terre, sur le plancher humide d’un vieux rafiot ou dans les arbres, en Terres Humides, à cause des bêtes sauvages. Je m’assoupi rapidement mais les ronflements d’Ulbar ne me permirent pas de bien dormir. On aurait cru un ours en hibernation.
C’est Ulbar au levé du jour qui me réveilla. Il sourit en voyant ma charmante tête au réveil. Il me demanda si j’avais bien dormi mais son rire me fit savoir qu’il connaissait déjà la réponse. Il s’excusa en riant mais ne me promit pas de ne plus recommencer. On ne peut pas contrôler ce genre de chose. Je m’habillai rapidement, rattachai ma dague à ma ceinture et attrapai mon bâton. Ulbar était devant l’auberge, deux chevaux à côté de lui. Je montai sur le premier, bien plus fin que l’autre qui était sans doute un cheval de guerre, que les lourdes charges n’affectaient pas et nous partîmes d’Altar avant le levé total du soleil.
Après trois jours de chevauchée épuisante, nous arrivâmes dans une petite ville à proximité du fleuve Ignir. Là, nous nous restaurâmes dans la seule auberge de la ville. Alors que nous allions partir, une bagarre éclata. Nous en ignorions la cause mais Ulbar tenta de calmer le jeu. Les combattants s’arrêtèrent quelques secondes puis un homme complètement fou lança un coup de poing dans l’estomac de mon compagnon. Celui-ci ne cilla même pas. L’inconscient se secoua la main avec frénésie, il avait très mal. Il lança un regard empli de peur à Ulbar. L’homme voulut décamper mais Ulbar l’attrapa par le col de sa chemise et le malheureux partit voler jusque dehors, faisant voler en éclats la porte d’entrée. Les autres combattants s’arrêtèrent immédiatement et partirent en courant. Je souris. Ulbar avait un don pour calmer les esprits. Je remarquai derrière lui une silhouette encapuchonnée de bleu foncé. Ulbar l’aida à se relever. Les combattants en avaient contre cette personne, visiblement. Celle-ci d’ailleurs se décapuchonna en remerciant mon compagnon. Nous découvrîmes, stupéfaits, une femme, belle comme le jour, nous sourire. Sous sa cape était caché un arc et un carquois de flèches au plumes bleues. Une petite épée pendait à sa ceinture. La jeune femme s’épousseta en se présentant. Elle s’appelait Kiara. Tandis que nous l’observions des pieds à la tête, de ses petites bottes de cuir noir à ses magnifiques cheveux châtain attachés en queue haute, un mouvement s’effectua dans son dos. Ulbar attrapa la demoiselle et nous fixèrent l’ombre qui se mouvait lentement. Kiara se dégagea de l’étreinte du colosse et s’avança vers la chose tapie dans le coin. La jeune femme s’agenouilla et un magnifique animal noir arriva pour recevoir des caresses. Une panthère noire était assise là, face à une jeune demoiselle, en train de ronronner comme un chaton. Ulbar et moi contemplions la scène avec stupéfaction. Comment un animal si dangereux se trouvait ici, et qui plus est, avec cette jeune femme étonnante ? Les yeux jaunes du félin nous fixèrent soudain. La bête grogna, menaçante. Je tremblai un peu. Ulbar restait calme, comme toujours. Kiara murmura quelque chose à l’oreille de la bête et celle-ci se calma de suite. Elle vint même frôler nos jambes comme un chat le ferait. Kiara esquissa un sourire.
« Cette panthère m’accompagne depuis l’enfance. Je l’ai recueillie alors qu’elle était toute petite. Elle s’appelle Ebène.
- D’où viens-tu ? demanda Ulbar.
- Je viens des Terres Humides. Je suis une Cherbane. »
Elle avait prononcé ce mot avec une visible fierté. Les Cherbanes sont une tribu vivant dans les arbres, dans les forêts des Terres Humides. Ce sont des guerriers très agiles et doués avec les arcs. Un vieillard de mon village natal m’avait expliqué cela un soir où je lui avais rendu visite. On disait que les Cherbanes savaient parler avec les animaux. On racontait aussi qu’ils étaient d’incroyables acrobates. Ulbar la regarda droit dans ses yeux couleur du feuillage.
« Pourquoi te battais-tu ? » demanda t-il.
La jeune femme rougit. Elle semblait troublée.
« Aucune importance. » nous répondit-elle vivement.
Ulbar me regarda en haussant les épaules. Je souris puis la questionnai pour changer de sujet.
« Que fais-tu si loin de chez toi ? »
Kiara baissa la tête.
« J’ai quitté mon village. Là-bas, mes parents voulaient me marier avec le fils du chef. Mais je ne veux pas ! Alors je suis partie loin, très loin. »
Elle semblait déterminée. J’allais proposer à la demoiselle de nous accompagner quand Ulbar eu la même idée. Il me laissa néanmoins finir. Elle nous demanda où nous allions et je lui expliquai où et pourquoi nous voyagions. Elle hocha la tête.
« Je viens. Je veux découvrir le monde. Je ne veux pas retourner dans mon village, c’est tout.
- Tu pourra prendre ce que tu veux dans ce que nous trouverons là-bas, expliqua Ulbar avec enthousiasme. »
Cette nouvelle ne sembla pas la réjouir.
« Je ne veux rien en particulier. Je veux juste partir. »
Ce que l’on fit le lendemain après une bonne nuit de sommeil réparateur. Levés aux aurores, nous arrivâmes au bord du fleuve dans l’heure. Le voyage en barque se déroula sans encombres. Ulbar m’expliqua qu’il fallait aller jusqu’au Col des Morts qui traversait les Montagnes de Sang, remonter au nord-est jusqu’aux rivages puis passer en bateau la Sage Langue, un long bras de mer où l’eau était continuellement d’huile. Les intempéries se concentrant essentiellement dans la Mer des Tempêtes, ce passage marin entre les Glaciers de Mornard et les Terres Anciennes était considéré comme le plus calme du monde entier. Mais ce n’était pas ce voyage en bateau qui m’inquiétait ; c’était la traversée du pays natal d’Ulbar. Si lui résistait naturellement au froid, Kiara et moi n’en faisions pas de même. J’expliquai à Kiara ce que nous comptions faire et la raison de mon inquiétude. Elle ne semblait pas affectée par la nouvelle, elle restait plantée là, face à moi, pensive. J’allai donc voir Ulbar pour lui dire qu’il fallait trouver de quoi survivre face à ce froid glacial. Il hocha la tête. Nous décidâmes d’aller acheter des vêtements chauds à la ville portuaire de Litany située le long du rivage avec l’Océan Pourpre. Nous étions alors à deux heures de marche du Col des Morts.

Je regardai les flammes danser dans la nuit. Kiara s’était assoupie, sa panthère noire blottie contre elle. Ulbar regardait le ciel étoilé avec une certaine nostalgie. La lune commençait seulement à jeter ses rayons sur l’unique arbre planté au milieu de la plaine. Cet arbre gigantesque, tellement grand qu’il semblait toucher les nuages, marquait l’entrée du Temple. D’ici une heure ou deux, un énorme bâtiment apparaîtrait derrière lui.

La traversée du Col des Morts se passa sans problème. Même si le froid devenait de plus en plus intense à mesure que l’on avançait, nous progressions rapidement derrière Ulbar qui nous guidait. Enfin, au détour d’un pan rocheux, les plaines blanches des Glaciers de Mornard s’étendaient à perte de vue. Revoir ses contrées natales remplissait de joie le cœur d’Ulbar. Un immense sourire s’affichait continuellement sur son visage et le voir ainsi heureux rendait notre éprouvante traversée plus légère. Kiara, quant à elle, restait en arrière et ne semblait en rien affectée, ni par la beauté pure du paysage, ni par la gaieté ambiante. Elle marchait silencieusement en jetant de temps à autre des regards inquiets à sa panthère qui supportait plus ou moins le froid. La jeune femme ne parlait presque pas et lorsqu’elle ouvrait la bouche, c’était pour rassurer Ebène, son félin. Chaque fois que je la voyait ainsi, j’avais le sentiment que quelque chose de grave lui était arrivé dans le passé. Certes, le sort que ses parents lui avaient réservé avant sa fuite n’était en rien enviable, mais un secret plus lourd encore devait peser sur ses épaules et sur son cœur. Souvent, je voulais lui demander ce qui la faisait s’enfermer dans un tel silence, et à chaque fois, je renonçais au dernier moment, de peur de me retrouver face à un mur sourd et muet.
Nous passâmes quatre mois dans les contrées hivernales. Nous arrivâmes à un minuscule port de pêche après une éreintante semaine de marche dans la neige. Avant, nous avancions rapidement grâce à un traîneau tiré par d’énormes chevaux à la robe épaisse mais l’attaque d’un couple d’ours blanc en décima un. L’autre s’enfuit, nous laissant seuls dans une contrée glacée loin de tout. Un des ours s’affairait à dévorer le cheval et l’autre retint son attention sur nous. Ulbar voulut l’attaquer avec sa hache mais Kiara le stoppa. Elle s’approcha prudemment de l’ours en plongeant ses yeux dans les siens. Ses lèvres bougeaient mais aucun son ne sortait de sa bouche. L’ours s’était assis et suivait du regard Kiara. Les mains en avant en signe de paix, celle-ci marchait presque pliée en deux. Elle s’arrêta face à l’ours qui ne bougeait toujours pas. D’un signe de tête, Kiara nous désigna le traîneau. Sans nous faire prier, Ulbar et moi le vidâmes de tout ce qui nous serait utile. Nous attendions patiemment la suite quand Kiara se leva doucement toujours les mains en avant, puis d’un nouveau signe de tête, nous partîmes rapidement loin de ces deux prédateurs des neiges.

Kiara nous avait surpris ce jour-là. Elle savait parler aux animaux, et grâce à ce talent hors du commun, elle nous avait permis de partir sans effusion de sang. Depuis cet incident, Ulbar la regardait avec un certain respect. Moi, je la craignais plus. Sa panthère pouvait être un véritable danger pour moi, le sorcier médiocre. Ulbar ne craignait rien du félin. Il osait même parfois l’appeler « le chaton ». Kiara souriait chaque fois qu’elle entendait ce surnom, et c’était bien les seules fois où on pouvait la faire sortir de son éternelle tristesse.

La traversée de la Sage Langue se passa sans encombre. Même moi, qui d’habitude avais le mal de mer, ne sentit même pas la nausée venir. Kiara ne cessait de courir après son animal qui, nerveux, tournait en rond sur le pont en grognant. Les matelots évitaient de croiser le félin même s’ils ne risquaient rien si Kiara était derrière. Ulbar, un peu dans son élément, chantonnait gaiement depuis notre départ assis sur un tonneau arrimé fermement au pont. Attacher les choses ainsi ne servait certainement à rien puisque aucune vague ni aucun remous ne vint toucher la coque. S’en était même devenu ennuyeux. Rien ne se passait ni la journée, ni la nuit.
Au bout de deux semaines, la vigie hurla avec enthousiasme que la terre était en vue. Les matelots, heureux que cet ennuyeux voyage soit achevé, vinrent s’entasser à la proue pour voir si la nouvelle était vraie. Peu après, ils se mirent à chanter. Ulbar, que les parties de cartes avec les marins avaient lassées, les accompagna de sa puissante et rauque voix. Kiara souriait, assise contre le mât, s’évertuant de tenir sa panthère tranquille. Moi, accoudé au rebord, je regardai se dessiner de plus en plus précisément la terre où nous allions accoster. Il n’y avait pas de port à proprement parlé, juste un petit ponton de bois vermoulu, sûrement pour les canots. Une longue plage de sable blanc s’étendait de part et d’autre du promontoire et derrière une imposante et sombre forêt commençait. Le paysage semblait irréel, à la fois accueillant et menaçant. Le capitaine fit jeter l’ancre à quelques centaines de mètres de la plage. Nous montâmes dans un canot de bois et Ulbar se mit à ramer. Nous accostâmes sur le sable, délaissant le ponton pourrissant. Une vieille barque de pêche trouée y était attachée. Après avoir marché dans le sable agréable pendant une ou deux minutes, nos pieds s’enfoncèrent négligemment dans une infecte boue verdâtre et mal odorante. Nous commençâmes à nous enfoncer dans la forêt, menaçante et sombre.

Depuis peu, la lune dardait de ses rayons argentés l’unique arbre de la plaine. Ses feuilles miroitaient sous l’effet du vent et rendaient le paysage irréel. Une silhouette incertaine se dessina progressivement derrière lui, jusqu’à devenir de plus en plus opaque. Ulbar, les yeux fixés sur le phénomène, réveilla en la secouant légèrement Kiara qui dormait. Elle bailla puis regarda ce que nous observions tous. Nous restâmes bouche bée devant un tel spectacle. Le Temple des Anges Déchus venait d’apparaître. Un bâtiment gigantesque, carré et entouré de colonnes s’était implanté au centre de la plaine. Entièrement fait de marbre blanc, il semblait luire de milles feux sous la lune. D’un commun accord, nous décidâmes de ranger le camp avant d’aller inspecter le Temple. Mais il fallait tout de même se dépêcher ; au levé du jour, le Temple disparaîtrait comme il était apparu.

La porte nous faisant face mesurait bien quatre mètres de haut. En marbre blanc veiné d’or, c’était une porte à double battants encadrée par des dorures aux formes géométriques simples. De magnifiques roses étaient finement sculptées sur les bords intérieurs des deux battants et se rejoignaient à d’énormes anneaux dorés, ouvragés avec goût eux aussi. Je regardai l’orbe bleutée de mon bâton. Celle-ci restait terne et sans vie. Cela signifiait qu’aucune magie n’était en présence. Je lançai un regard convenu à mes deux compagnons. Ulbar empoigna les deux anneaux et les tira vers lui de toutes ses forces. La porte s’ouvrit lentement en grinçant sinistrement. D’un pas déterminé, je m’avançai dans le couloir sombre et glacé qui venait d’apparaître. Ulbar reprit son souffle et me rejoint. Kiara, quant à elle, jeta un dernier regard derrière elle avant de s’engouffrer à notre suite. Elle avait laissé sa panthère noire auprès de l’arbre centenaire. Ebène, assise sur son postérieur, regarda disparaître sa maîtresse dans l’épaisse obscurité du Temple.
Je passai ma main sur l’orbe de mon bâton. Une lumière bleutée nous entoura immédiatement. On ne voyait pas à trois mètres et par conséquent, il fallait redoubler de vigilance. Le couloir que nous empruntions était peu large et nous obligeait à nous déplacer en file indienne. J’ouvrais la marche, apportant la lumière nécessaire, Kiara me suivait de près, prête à tirer avec son arc. Ulbar fermait la marche, la hache aux poings. Après quelques minutes de marche, nous débouchâmes enfin dans une pièce. Petite et carrée, elle était simplement décorée par des arabesques dorées. Face à nous s’élevaient trois grandes portes en bois. Je m’approchai avec prudence. Les trois portes étaient identiques. Après avoir brièvement délibérés, mes compagnons et moi décidâmes d’emprunter la porte de gauche. Ulbar la tira lentement par l’anse de cuivre sur le côté. Par l’ouverture sombre ainsi crée, nous découvrîmes un petit couloir puis, au bout, une pièce plongée dans les ténèbres. Mon orbe ne palpitait pas et par conséquent, il n’y avait pas de magie. Nous entrâmes prudemment dans la pièce carrée nullement décorée. Un gros coffre en bois était accolé au mur du fond, bien en évidence. A la vue de cet objet imposant, Ulbar se précipita pour l’ouvrir. A peine l’eût-il fait qu’un bruit strident et aigu vint nous percer les tympans. Je lâchai mon bâton pour me couvrir les oreilles et nous nous retrouvâmes dans le noir le plus total. Kiara avait laissé tomber son arc et s’était recroquevillée sur le sol en se tordant de douleur. Ulbar referma le coffre qui s’avéra vide et se couvrit la tête de ses imposantes mains. Je crut que mon crâne allait exploser. Toujours en me bouchant les oreilles et parce que mes yeux s’étaient habitués à l’obscurité, je cherchai partout autour de nous la provenance de cette douleur insupportable. Kiara faisait de même lorsqu’elle posa son regard dans un coin au plafond de la pièce. Rassemblant toutes ses forces, elle attrapa son arc et tira sans même se concentrer. Elle s’effondra lourdement sur le sol avant que le trait atteigne la cible. Le bruit s’arrêta net, laissant place un silence apaisant et à nos soupirs de soulagement. J’attrapai mon bâton et refit la lumière. Ulbar se précipita vers Kiara qui était inconsciente. Une masse noirâtre était tombée dans un coin de la pièce, une flèche lui traversant le corps de part en part. Je m’approchai doucement, le bâton en avant, près à lancer un sort. C’était une sorte de rat ailé très laid avec un long bec gris qui était à l’origine de nos souffrances et que Kiara venait de tuer d’une flèche. Je grimaçai au souvenir de ce bruit atroce qui avait failli nous faire exploser le cerveau. Je rejoignis Ulbar et Kiara qui avait reprit connaissance. Nous la félicitâmes et la remerciâmes du fond du cœur. Elle parut troublée mais nous assura que ce n’était rien, que nous aurions fait de même si nous avions eu un arc. Nous fîmes demi-tour jusqu'à la pièce aux trois portes.
Ulbar ne cessait de se confondre en excuses au moment où nous décidâmes d’ouvrir la porte de droite. Il se sentait coupable d’avoir ouvert ce coffre mais Kiara et moi n’en fîmes rien, cela aurait pu arriver à tout le monde. La porte du milieu ne nous inspirait pas guère ; on entendait un ronflement sourd derrière le bois vernis. Un couloir et une pièce carrée identique à l’autre se tenait derrière la porte de droite. Nous avançâmes avec un maximum de prudence. Nous ne vîmes aucun coffre au pied du mur mais une grande statue de gargouille se tenait là. J’avançai jusqu’à ses pieds tout en jetant des regards à mon orbe bleu. La gargouille faisait plus de deux mètres de haut et dépassait bien Ulbar d’une tête. Le monstre de pierre possédait deux énormes bras munis de griffes acérées et deux belles ailes étaient pliées dans son dos. La minutie avec laquelle le sculpteur l’avait taillée rendait la statue presque vivante.
Kiara et Ulbar vinrent observer de plus près cette étonnante sculpture. Alors que Kiara passait ses doigts sur le bras musclé de la gargouille, mon orbe se mit soudain à palpiter. La lumière qui clignotait était forte et le rythme de la palpitation était rapide. La magie était très proche. Au moment où je cherchais des yeux la source de cette manifestation mystique, Kiara poussa un cri de surprise. Je me retournai pour voir les yeux de la gargouille s’ouvrir. D’un jaune étincelant, d’affreux yeux ronds nous fixaient méchamment. Ulbar poussa un juron quand les ailes de la bête s’ouvrir et qu’elle se mit à avancer, menaçante. Je voulus courir jusqu’à la porte par laquelle nous étions passés mais celle-ci s’était refermée. Kiara décocha une flèche dans la direction de la gargouille mais le trait rebondit sur sa peau de pierre. Ulbar nous fit reculer puis le barbare fit tourner son imposante hache au dessus de sa tête. Il l’abattit de toutes ses forces contre la statue dans un bruit impressionnant. La gargouille recula, sonné. Pourtant, malgré la puissance déployé par mon compagnon, le corps de la créature de pierre n’avait presque rien. Une lézarde apparut à la base de son bras droit, sous l’épaule. Face à ce demi échec, la rage d’Ulbar redoubla d’intensité. Il se remit à faire tournoyer sa hache au dessus de sa tête et l’abattit avec encore de puissance que la première fois. Cette fois, la créature tomba à terre. Le choc fut tel que Kiara et moi tombâmes à genou. Ulbar abattit sa hache à la verticale sur le monstre de pierre. La fissure s’agrandit un peu plus et le bras commença à s’émietter. Ulbar recula en soufflant. Certes, l’énergie qu’il déployait portait peu à peu ses fruits mais à ce train là, il serait tombé d’épuisement avant même avoir pu détruire la gargouille. Une idée germa alors dans mon esprit. J’appelai Kiara pour lui communiquer cette éclair de génie qui pourrait nous sauver la vie. La gargouille venait de se redresser, visiblement en colère d’avoir un bras qui partait en miettes. Elle avançait vers Ulbar avec un air menaçant, toutes griffes en avant. Alors qu’Ulbar allait reprendre l’assaut, un trait lumineux traversa la pièce et vint se ficher dans la fissure de la bête de pierre. Le bras partit alors en poussière. Kiara venait de lancer une flèche rendue magique par mes soins et comme je m’en doutais, une fois une fragilité créée dans sa carapace de pierre, la créature ne pouvait pas résister à la magie. Dans un gémissement de colère, la bête s’avança, encore plus déterminée à nous réduire en lambeaux. Ulbar nous jeta un regard furtif avant d’aller jeter sa hache de toutes ses forces contre le massif torse de la gargouille. Une fissure zébra le corps de pierre du cou jusqu’aux jambes. Kiara tira alors une seconde flèche magique mais la créature s’envola et le trait ricocha. Je pensais qu’elle ne pouvait s’envoler vu son poids. Pourtant la bête nous survolait d’un air menaçant. Soudain, elle piqua vers Kiara qui se jeta au sol juste à temps. Avant que la gargouille retente sa chance, la jeune femme tira une nouvelle flèche qui, cette fois, atteignit son but. Le trait se ficha dans le torse de la bête qui gémit, non de douleur, mais de colère. Dans un fracas assourdissant, la gargouille partit en fine poussière grisâtre. Nous soufflâmes en nous regardant. Il s’en était fallu de peu.
Ulbar grommelait alors que nous faisions le chemin inverse jusqu’à la dernière porte. Sa hache était ébréché et cela le rendait d’humeur maussade. Après nous être demandé si cela en valait vraiment la peine, nous ouvrîmes la dernière porte. Un grand vent frais nous gifla le visage. C’était sans doute ce souffle qui nous faisait entendre un ronflement. Nous avançâmes prudemment, en regardant tout autour de nous. C’était un long couloir sombre et on distinguait un point lumineux au bout. Nous marchâmes en ligne large tant le couloir était vaste. Nous étions à une dizaine de mètres de la « sortie » quand nous faillîmes tomber dans un immense trou qui prenait toute la largeur du couloir et qui était long de quatre ou cinq mètres. Nous ragions de ne pouvoir passer quand Ulbar tendit le bras.
« Je vois une grande planche là-bas ! s’écria t-il.
- Mais comment faire pour l’atteindre, déclarai-je, elle est de l’autre côté de cet immense fossé.
- J’ai une idée. » murmura Kiara avec un petit sourire.
Ulbar et moi la regardâmes, étonnés et intrigués de voir ce qu’elle voulait faire. Elle sortit une flèche de son carquois, attrapa la corde qu’elle avait dans son sac et en fixa solidement un des bouts au trait. Elle tendit l’autre bout à Ulbar qui le tint sans trop comprendre. Kiara décocha la flèche dans une fissure du plafond de pierre. Elle s’y coinça solidement et, après avoir tiré de toutes ses forces dessus et demandé à Ulbar de lâcher la corde, Kiara s’élança au dessus du précipice. Je criai de peur qu’elle ne se rompe les os dans l’abîme. Ulbar ouvrait de grands yeux, stupéfait. Kiara arriva indemne de l’autre côté. Elle posa la longue planche entre les deux rives du fossé puis nous demanda de venir d’un geste de la main. Je rampai sur la planche qui paraissait très solide et en quelques longues minutes je fut avec Kiara de l’autre côté. Ulbar regardait la planche avec une visible appréhension. Kiara et moi l’encourageâmes si fort et avec tant de conviction qu’il s’engagea en tremblant sur la planche. Arrivé à moitié, il eut la mauvaise idée de regarder en bas. Il se mit à paniquer et la planche bougea dangereusement sous ses soubresauts de peur. Il continua à avancer mais à toute vitesse, ce qui ne l’aidait sûrement pas. Puis, la main d’Ulbar dérapa. Mon compagnon bascula dans le vide. Kiara se mit à hurler. Je me précipitai au bord du gouffre, la peur au ventre. Je découvris avec soulagement mon ami guerrier accroché à la corde qui se balançait doucement. Il remonta sur la planche et avança plus prudemment. Ulbar tremblait comme une feuille lorsqu’il rampa jusqu’à nous. C’était étrange de voir un tel colosse avoir peur ainsi. Kiara lui sauta dans les bras et je me joignis à cet enlacement, soulagé. Nous reprîmes la route vers la pièce qui se trouvait au fond du couloir. Ulbar semblait être gêné de nous avoir montré sa faiblesse mais nous, Kiara et moi, étions contents de ne pas l’avoir perdu dans ce ravin dont on ne voyait pas le fond.
Le couloir débouchait dans une immense pièce. De forme ronde, elle s’élevait jusqu’à une hauteur incroyable. Un immense lustre où un nombre incalculable de bougies étaient allumées descendait du plafond, juste au dessus d’un grand piédestal. Nous avançâmes au dehors du couloir et le spectacle que nous découvrîmes alors nous stupéfia. Des anges, des roses et divers animaux fantastiques étaient sculptés sur les murs et le plafond. Des dorures ondoyaient sur le sol telles des vagues. Tout était d’une extrême blancheur et tout paraissait pur et innocent. Alors j’observai avec admiration la riche décoration, le piédestal au centre attira tout particulièrement mon regard. J’avançai vers celui-ci, un sourire aux lèvres. Ce pouvait-il que le grimoire soit enfin à notre portée ? Ulbar et Kiara me suivirent. Nous montâmes les quelques marches qui nous séparaient de notre but. Persuadé de notre réussite, je regardai avidement le centre du piédestal. Mon sourire se figea. Le grimoire n’était pas là. Je tapai du pied.
« Ce n’est pas encore assez dur ? » marmonnai-je, en colère.
Ulbar posa la main sur mon épaule.
« On va le trouver, ne t’inquiète pas. »
Ses paroles ne me rassurèrent pas pour autant, même si elles étaient réconfortantes. Kiara posa les mains sur ses hanches.
« Où peut-il être ? » grogna t-elle.
Un rire cristallin se fit entendre. Surpris, nous descendîmes les marches en courant et brandîmes nos armes, prêts à nous battre. Une voix puissante mais enfantine résonna dans la pièce.
« Le grimoire n’est pas là. »
Le rire reprit doucement. Nous scrutions partout autour de nous mais ce fut Ulbar qui remarqua quelque chose en premier. Une silhouette se matérialisa sur le piédestal. Une petite fille toute vêtue de blanc était assise dessus et nous souriait tendrement. Deux magnifiques ailes étaient déployées dans son dos. Les jambes croisées, les mains posées sur les genoux, l’ange nous observait, la tête penchée de côté. Enfin, alors que nous restions bouche bée face à cette magnifique apparition, elle déclara d’un air solennel qui contrastait avec son jeune âge :
« Je suis Isora, l’Ange de la Paix et je suis vraiment désolée, mais ce que vous cherchez a été détruit depuis bien longtemps déjà. »
Elle soupira tristement. Nous ne savions quoi dire face à cela. Mes espoirs s’effondraient mais je n’avais pas tout perdu ; je voyais un ange pour la première et sûrement pour la dernière fois de ma vie. Dans un battement d’ailes, Isora s’envola pour atterrir en douceur à nos pieds. Même si elle n’était pas plus haute que trois pommes, sa présence était telle qu’un immense respect s’immisça en moi. Elle nous regarda de ses yeux violets pâles.
« C’est bête quand même ; vous avez fait un long voyage pour rien. »
Je faillis rajouter le passage éprouvant dans les diverses salles précédentes mais je me retins, de peur de la vexer. Elle se mit à rire avant de s’envoler vers le piédestal. Je sentit la colère monter en moi.
« Mais pourquoi a t-il été détruit ? hurlai-je à son intention.
- A ton avis, pourquoi suis-je un ange déchu ? »
Sa réponse me laissa sans voix. Les sourcils froncés, elle ajouta :
« J’ai été bannie du royaume des anges. Ce que j’ai fait était mal mais je ne savais pas qu’en amenant le savoir céleste dans votre monde, j’allais provoquer la perte de celui-ci ! »
Dans une moue mécontente, Isora revint vers nous, mais en marchant cette fois. Arrivée à mes pieds, elle s’envola jusqu’à ce que son visage soit en face du mien. Elle murmura avec véhémence :
« Si vous, les humains, n’étiez pas si cupides et avides de pouvoir… »
Elle ne termina pas sa phrase. Elle alla se rasseoir sur le piédestal et déclara tristement :
« Peu de temps après avoir apporté ce livre ici bas, l’accès à mon royaume natal m’a été interdit. On m’a forcé à détruire le grimoire avant qu’il ne tombe entre de mauvaises mains. Même si je l’ai fait, on ne m’autorise toujours pas à rentrer chez moi. »
L’ange frappa du pied.
« C’est injuste ! Je suis enfermée ici depuis trop longtemps !
Mes compagnons et moi-même observions la fillette sans savoir quoi faire. Elle restait sur son promontoire en regardant le sol d’un air détaché. J’allai tourner les talons quand Kiara s’avança.
« On peut peut-être t’aider ? » dit-elle timidement.
L’ange leva les yeux vers elle. Elle secoua la tête.
« C’est gentil mais ce lieu est protégé magiquement. Je ne peux pas sortir sans leur accord. »
Elle regarda le plafond, tira la langue avec dédain puis retint de nouveau son attention sur nous.
« Je crois que vous pouvez partir. Cela ne sert à rien de rester ici. Passez par la porte derrière moi, cela vous évitera de repasser par le fossé. Adieu et merci de m’avoir changé les idées. »
La fine silhouette ailée s’effaça lentement jusqu’à disparaître complètement. J’aurai bien aimé lui demander pourquoi il y avait des pièges mais elle ne reviendrait plus. Je regardai mes compagnons et nous partîmes ensemble hors du Temple. La porte se referma derrière nous comme par enchantement. Kiara partit à la rencontre de sa panthère. Je regardai Ulbar.
« Je crois bien que je te dois une cotte de mailles, dis-je en riant.
- Bah, laisse tomber. »
Le géant posa son immense bras autour de mes épaules. Nous partîmes tranquillement vers le chemin du retour. Je n’avais pas eu ce que je voulais mais l’Ange avait raison ; si je le voulais, ce savoir céleste, c’était, plus pour ma gloire personnelle que pour aider l’Humanité toute entière. J’avais gagné deux amitiés en retour qui, je l’espérais, dureraient. De plus, l’aventure que nous avions vécus et les épreuves que nous avions endurés avaient renforcé le lien qui nous unissait et nous avaient rendus plus forts.
Au loin, le soleil se levait lentement et déjà, le Temple s’effaçait jusqu’à ne plus être.
 


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Il y a 10 commentaires
Ryuchi le 05/06/2006 à 19:53:57
Super histoire ! Bravo !
C'est du roman pur et dur !!
Sheliak le 07/06/2006 à 20:07:54


et wouahhhhhh! c génial! Tu un un imaginaire qui me plait bien et ton histoire est captivante.
Toutes mes félicitations

c'est vraiment génial! j'adore entrer dans ton monde!
Merci!!!!!!!!!!!!!!!
Jiji le 08/06/2006 à 01:00:11
C'est très bien écrit et pas long du tout. L'histoire est super intéressante. Bravo.
Jinbrenton le 08/06/2006 à 16:33:25
Pour 10 minutes de lecture top crono , j'avoue que je suis pas déçue , ton univers est tout simplement exceptionel , soit tu à beaucoup d'imagination , soit tu as fait des nombreuses recherches en tout cas bravo .

Ta apporté un soin particulier au description ce qui est fort appréciable et que moi j'arrive pas vraiment à faire mais il faut dire que je lis pas beaucoup de roman la raison doit se trouver là

Je trouve dommage que tu es perdu au concour parce que ton texte est de qualité ce qui veut dire que le niveau était haut à ce concour

En tous cas moi ça ma bien plus cette petite merveille d'Héroïc Fantasy , une seule chose à dire bravo pour l'univers , pour les personages et pout le texte tout entier
Trin le 10/06/2006 à 11:29:21
C'est vraiment superbe !!
Je savais bien que j'avais raison de te faire confiance pour la fan fic, j'ai pris mon temps pour lui, je ne regrette pas, c'est du bon temps, j'ai vraiment adoré, rien à redire, c'est merveilleux
Themokona le 19/06/2006 à 03:16:16
dois-je reelement faire un commentaire sur cette petite nouveeles absolument fabuleuse??
Non je crois que le texte parle de lui meme et que c'est an'en point douter un petit chef d'oeuvre.
Un reget toutefois: pas assez long, j'en veux plus plus PLUS!!!!
decidemment je ne vais bientot plus pouvoir me passer de toi et tes talents et je me demande si ca ne serait pas interressant de travailler ensemble tant pour les dessins que pour l'ecriture...

En tout cas bravo, ce que tu as fait ici est vraiment superbe

VIVE LE LEZARD GIVRE!!!!
Helda le 26/06/2006 à 14:43:56
pas mal!!! j'adore cette histoire!
Grisonne le 31/12/2006 à 00:49:32
voilà comme promis je suis venue lire ta fic ! et je ne suis pas deçu !!!! je la trouve super ! les descriptions sont supe bien faites tres détaillées ! bref j'adore et l'histoire est accrochante ! DDG powaaaaaa
Giga nova le 11/07/2007 à 21:30:06
Super histoire dragon!

Ya vraiment de la recherche!
Bravo
Dark fullmetal le 03/07/2008 à 17:00:55
Elle est géniale cette histoire =D J'ai adoré!!
Et puis tu écris super bien t'as beaucoup de vocabulaire (ça me servirait je pense >.>) et même si elle est longue (c'est pas si gênant sauf quand on doit partir mais bon =P) ton histoire est fantastique <3
Franchement bravo!!

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