Suite, oh ma suite ! Et oui encore un chapitre, le dernier de cette première série de nouveauté dans les textes.
L'aventure de l'Académie peut maintenant commencer, Onèan, Lynaïs et Ekart vont pouvoir découvrir leur nouvelle vie d'étudiants.
Bonne lecture ^^
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CHAPITRE 05
Amis, ennemis
Onèan venait de quitter Lynaïs pour se lancer droit devant lui en direction du perron du grand bâtiment de l’Académie. Il avait bien du mal à se frayer un chemin parmi les étudiants rassemblés dans la cour, ils avaient eu la même idée que lui en cherchant à se rapprocher le plus possible pour ne pas manquer leur nom lors de l’appel.
- Eh ! Fais attention avec ton cheval ! Lança l’un des élèves bousculés.
- Je suis désolé, répondit Onèan.
Sa monture n’était pas la plus pratique dans une foule aussi compact. Après une lutte acharnée et plusieurs excuses lancées à la volée, il réussit enfin à atteindre le premier rang de l’assemblée en poussant un soupir de soulagement. Le jeune homme porta alors attention aux paroles du maître des études qui appelaient les candidats, il écarquilla les yeux en entendant la voix grave de
- Onèan Terrenoir de Winrya du Trynchao.
Il comprit au ton que se n’était pas le premier appel, le jeune homme s’avança hors de la foule en faisant signe au Maître des études, espérant qu’il n’était pas trop tard. Iguare le regarda avec dédain, il n’avait vraiment pas l’air commode.
- C’était le troisième appel, tu as de la chance, dépêche toi d’aller signer le registre et hors de ma vue.
Onèan acquiesça vivement, il en avait fallu de peu pour qu’il expérimente les méthodes d’éducation du maître. Il leva les yeux en direction des tables sur la droite du perron, plusieurs jeunes gens patientaient pour apposer leur signature sur le grand registre de l’école. Le jeune homme remarqua que plusieurs élèves quittaient la grande cour d’entrée pour se rendre vers le lieu de regroupement de leur corporation.
Le Maître des études attendait avec une très grande impatience que tous les étudiants appelés signent le registre pour passer au groupe suivant. Onèan ne devait pas aggraver son cas en restant là sans rien faire, il s’approcha alors du perron pour monter les marche.
Mais il se rendit compte qu’il avait omis un détail qui avait tout de même son importance, il avait toujours sa monture avec lui. Le jeune homme s’imaginait mal grimper les escaliers en marbre de l’Académie en tenant son cheval par la longe derrière lui.
Le jeune écuyer chercha alors un endroit où attacher son cheval, un anneau, un poteau ou même une barrière proche, mais il n’y avait absolument rien prés de l’escalier. Onèan ne voulait pas lâcher sa monture dans la cour, comme il en avait l’habitude chez lui dans la cour du manoir.
Son cheval ne connaissait pas cet endroit, il pouvait prendre peur et partir au galop sans cavalier à travers la cour. Un exploit dés le premier jour qui pouvait signer son expulsion de l’Académie. Le jeune homme cherchait désespérément une solution, quand quelqu’un, tout près de lui, l’interpella.
- Je vais tenir la bride de ton cheval le temps que tu ailles signer si tu veux.
Onèan tourna la tête vers la personne qui venait de le sortir de son dilemme. Il vit alors une jeune fille à la peau mâte affichant un grand sourire, le jeune homme avait reconnu l’accent des terre du sud dans la voix de celle-ci. Elle avait la même taille que lui, avec une musculature fine et des courbes féminines très avantageuses.
Ses cheveux étaient châtain s’arrêtant derrière au niveau de sa nuque, deux mèches plus longues encadrées son visage, les pointes descendant jusqu’au niveau de sa gorge. Elle possédait un visage ovale très doux avec des lèvres fines et des yeux bleus très brillant, soulignés par des sourcils fins et racés.
Ses vêtements étaient simples mais de très bonne facture, les terres du Sud étaient connues pour leurs manufactures de coton. Les couleurs restaient discrètes malgré le goût prononcé des sudistes pour les teintes criardes. Ses bottes de cuir marron épousaient à la perfection ses molettes et ses jambes.
La jeune fille avait une chevalière sur l’un des doigts de la main droite avec des armoiries, la preuve qu’elle était d’une famille noble. Elle affichait un sourire confiant en le regardant droit dans les yeux, elle tenait déjà un cheval par la bride. Onèan se détendit et poussa un soupir de soulagement qu’il ne chercha pas à cacher.
- Merci beaucoup, je veux bien.
- Presse-toi, ils ne vont pas t’attendre.
Le jeune homme tendit la bride à la jeune fille qui s’en saisit de sa main libre avec assurance. Il monta alors très vite les marches en évitant de regarder le Maître des études, il se présenta devant les tables dressées pour l’administration de l’Académie.
La place venant de se libérer, Onèan fit face à un homme assis profondément dans sa chaise. Il daigna lever les yeux vers le nouveau venu, son regard était lourd et fatigué, il ne semblait pas particulièrement heureux de se trouver là. Son visage était blanc, sans aucune expression, des cheveux gras coiffés en arrière pour cacher une calvitie naissante.
L’homme rajusta ses lunettes en poussant un soupir, il sembla alors se réveiller comme sortant d’une gangue de pierre, se secouant légèrement. Il saisit une plume posée près du registre et fixa Onèan qui faillit exploser de rire en voyant les yeux d’ahuries sur lui.
- Ton nom ? Lança-t-il d’une voix pleine de morgue.
Le jeune homme se contrôla pour ne pas montrer son hilarité et il répondit d’une voix la plus calme possible.
- Onèan Terrenoir
Le secrétaire se mit alors à chercher parmi les lignes de noms qui étaient inscrites sur la page. Après quelques instants d’un silence gêné, il poussa une exclamation de joie se rapprochant plus d’un croassement de crapaud. Il pointa une ligne vide en relevant ses yeux globuleux face au nouvel étudiant.
- Signe là.
Le jeune homme imposa sa signature avec soin. L’homme inspecta attentivement les courbes des lettres, comme si celui-ci était surpris de voir que le jeune homme savait écrire. Il posa alors un tampon sur la signature pour en sécher l’encre avant de reprendre la parole d’une voix fatiguée.
- Très bien, rends-toi aux écuries sur ta droite à l’arrière du bâtiment principal, tes instructeurs t’y attendent.
- Je vous remercie.
Le jeune homme fit un signe de la tête en faisant un sourire, le secrétaire se contenta de pousser un soupir exaspéré. Onèan laissa tomber, l’administration était partout la même, il se retourna pour descendre les marches du perron. Il rejoignit la jeune fille au pied de l’escalier qui gardait son cheval.
A son arrivée, elle lui tendit la bride avec la même expression sur le visage. Le jeune homme reprit sa monture soulagée, il en avait terminé avec son inscription, il était maintenant un étudiant de l’Académie. Il s’adressa à la jeune fille qui l’avait aidé à éviter une pluie de sanctions sur la tête.
- Vraiment merci, je ne savais pas comment le sortir de la situation.
- Il n’y a pas de quoi, j’ai eu le même problème et une personne m’a tenu ma monture pour moi. Mais c’est vrai qu’un joli sourire rend bien des services.
La jeune fille se mit à rire.
- Tu entres aussi chez les écuyers.
- Oui en effet, je m’appelle Mel Davard de Kiny’Hor, heureuse de te rencontrer.
- Et moi Onèan Terrenoir.
Il serra la main que lui tendait la jeune fille, sa poigne était franche.
- Si nous allions aux écuries, il ne faudrait pas que nous soyons en retard le premier jour, lança Mel.
- Oui tu as raison, surtout pas aujourd’hui.
Ils passèrent devant les étudiants encore présents, et se dirigèrent vers les écuries dans la direction que les secrétaires leur avait indiqué.
- Tu viens d’où ? Lui demanda Mel.
- De Winrya, un village dans le Comté du Trynchao, et toi ?
- Du Comté de Quandely, de Lorona la capitale.
Ce territoire était à la frontière Sud du Conglomérat, bien plus bas que Manilaus, situé au bord de l’Océan Hoëdic à l’Est. Onèan avait bien deviné les origines de la jeune fille à son accent qui était propre aux habitants de cette région. Le comté comptait de nombreux ports comme la capitale, marchands et navigateurs y étaient très nombreux. Les bateaux qui protégeaient la côte venaient en grande partie du Quandely.
- Je vois d’où viens ton accent alors.
Mel sourit.
- Je ne peux pas le cacher, ma famille vit dans ce comté depuis toujours.
- D’ailleurs, Davard de Kiny’Hor, j’ai déjà entendu un voyageur de passage parler de cette famille.
La jeune fille rentra la tête dans les épaules.
- Mon père est le seigneur dirigeant de Quandely, je n’aime pas trop le dire, j’ai toujours l’impression de me vanter alors que ce n’est pas du tout le cas.
Onèan comprit qu’elle était issue d’une grande noblesse, mais il ne voulait pas la gêner avec ses questions.
- Je suis désolé, je ne voulais pas t’ennuyer avec mes indiscrétions.
- Habituellement quand je dis mon nom il y a deux réactions, soit l’hostilité totale, soit des ronds de jambes affables. La tienne est bien différente de celles que j’ai déjà expérimentées et je trouve ça très agréable.
Le jeune homme était spontané, même en étant noble il ne s’était jamais jugé au dessus des autres. Apparemment, la jeune fille avait un caractère semblable au sien.
- Le comté de Trynchao, il est prés de la Forêt Veraï, fit Mel, c’est si terrible que le dise les légendes ?
Onèan se mit à rire.
- Beaucoup sont exagérées, les monstres de la forêt ne viennent pas nous dévorer, il est même rare de voir des hommes sauvages ou des koradjis en dehors des bois. De toute façon les Chevaliers Protecteurs et les troupes du Conglomérat veillent à ce qu’ils ne viennent pas nous attaquer.
Tout en discutant, les deux jeunes écuyers ne virent pas arriver un trio d’étudiants vers eux. Le jeune homme du milieu percuta violemment Onèan qui perdit l’équilibre, il se rattrapa de justesse à son cheval. L’autre eut moins de chance, n’ayant rien sur quoi s’appuyer, il se retrouva couché dans la poussière.
Ses deux acolytes se précipitèrent pour le relever tandis que le jeune homme à terre pestait de plus belle. Mel et Onèan pouffèrent de rire en se cachant la bouche, l’infortuné ressemblait à une tortue que l’on aurait mise sur le dos. Quand enfin, le jeune homme fut relevé, il foudroya Onèan du regard.
- Petit malotru, et en plus cela te fait rire.
- Je suis vraiment désolé, je ne t’avais pas vu.
Le jeune homme qui était tombé à terre était du même âge qu’Onèan, un peu plus grand que lui de quelques centimètres. Sa carrure n’était pas très impressionnante, il flottait presque dans ses vêtements, ses mains n’étaient pas abimées par les travaux pénible. Son visage était long avec une mâchoire carrée et un menton proéminent, son nez légèrement crochu le faisait ressembler à un rapace. Ses yeux étaient noirs et ronds où une lumière de colère et de défi brillait, ses cheveux brun foncé étaient parfaitement bien coiffés.
Son allure et son maintien le désignaient comme une personne de noble ascendance. D’ailleurs, il était richement vêtu d’une tunique de velours vert bordé d’une légère fourrure de vison, avec une ceinture muni d’une boucle en or. Il portait des bottes faites en peau de reptile qu’Onèan n’avait encore jamais vu. Autour de son cou, bien visible, un collier en or portait un écusson où se voyait les armoiries de sa famille, un cœur entouré d’une couronne soutenu par la serre d’un rapace.
- Tu es désolé ?
Le nouveau venu poussa un cri de rage et fit un pas en avant, ces des compagnons firent de même. C’était deux montagnes de muscles sans cervelle, faisant une tête de plus que le noble au centre, ils avaient un visage patibulaire.
Le premier ressemblait à un ours autant par la carrure que par son visage avec des petits yeux marron enfoncés dans les orbites. Ses cheveux était châtain tirant sur le roux coupé à la mode des chevaliers, une tenue en cuir épousé son corps musculeux.
Le deuxième aussi grand que son compagnon arborait un visage carré avec des yeux gris plus expressif que le précédent. Il avait des cheveux blonds foncés très courts, d’une rigueur toute militaire. Il portait un pantalon noir en tissu et un juste corps de cuir élimé sur une chemise grise.
En voyant les deux brutes faire bloc autour du noble, Onèan sentait que cela allait mal tourner.
- Depuis quand les roturiers de ton espèce s’adressent ainsi au grand de ce monde, on ne t’a jamais dit que tu devais te coucher devant tes supérieurs !
Le jeune noble se grandit en affichant un air suffisant, Onèan venait de faire une terrible erreur, il venait de percuter une personne de très haute noblesse.
- En plus tu m’as sali, ajouta le jeune homme sur un ton écœuré, je vais te faire rosser pour m’amuser un peu.
Le jeune homme commençait à trouver ces manières très déplaisantes.
- Me prendrais-tu pour un serviteur ? Je ne suis pas d’une grande famille mais j’ai aussi ma fierté et je la défendrais. Je me suis excusé alors que tu m’as percuté, je trouve que cela suffi.
- Mais en plus tu me tiens tête ! Tu vas voir comment je traite les gens qui ose me défier, vous deux avec moi.
Onèan se mit sur ses gardes, il ne pouvait rien faire face à 3 adversaires en même temps, surtout les deux acolytes. Il sentit que Mel s’était rapprochée de lui, il soupira intérieurement, il pouvait compter sur elle.
- Que se passe t’il ici ?
Sir Parsian apparut entre les protagonistes.
- Je crois que vous êtes attendus, le retard est toujours sanctionné.
Le regard du chevalier était glacial.
- Très bien, nous y allons tout de suite.
Le noble fit demi-tour et repartit en direction des écuries, flanqués des deux autres écuyers. Il jeta un dernier regard haineux à Onèan avant de lui tourner le dos définitivement.
- Merci Sir Parsian, vous êtes arrivé à point nommé.
- Je le crois en effet, ne sais-tu donc pas à qui tu avais à faire mon garçon ?
Le jeune homme fit un signe négatif de la tête.
- Non, vraiment pas.
- Keridan de Cerissac, le fils ainé du Duc de Cœurfer
- le chef de l’armée, un des hommes les plus proches de l’Empereur, lança Mel avec étonnement, il me semblait bien avoir reconnu le blason qu’il portait autour du cou.
- Lui-même.
Onèan comprit dans quel guêpier il venait de se mettre.
- Tu t’es fait là un très dangereux ennemi, commenta Sir Parsian.
- Ce n’est qu’un noble bouffi d’orgueil, fit Mel sur un ton désinvolte, je trouve même qu’il ne respecte pas sa famille et son rang en agissant de cette manière, c’est pitoyable.
Les gens du sud étaient connus pour ne jamais suivre le protocole et les usages, la jeune fille n’en faisait pas défaut.
- Aller, dépêchez-vous, vous allez finir par être en retard également, lança le chevalier
- Encore merci pour votre aide, fit Onèan en s’inclinant rapidement.
Le chevalier hocha la tête.
- J’ai pu intervenir cette fois, mais tâche d’éviter les ennuis.
- Je ferais attention.
Les deux écuyers se pressèrent et arrivèrent enfin prés des écuries, tous les autres étudiants étaient déjà là. Le chevalier se présenta à son tour et fit un signe de la tête aux deux hommes qui attendaient devant les écuyers rassemblés.
Le premier était grand avec une véritable carrure d’athlète. Il avait un visage carré, rasé de prés, avec les cheveux coupés très courts. Sa peau était bronzée et ses yeux noirs fixés les écuyers avec dureté. Il avait toute l’apparence et la rigueur d’un Chevalier Protecteur.
Le deuxième était complètement différent, petit et au léger embonpoint, il portait une toge de professeur, il avait toute l’apparence d’un lettré. Il avait une calvitie naissante mais possédait toujours des cheveux bruns qui frisottaient légèrement. Il possédait des yeux marrons qu’il cachait derrière de grandes lunettes. Il portait également une petite barbe bien taillée.
L’homme à la forte carrure se racla la gorge pour obtenir l’attention de tout le monde.
- Bienvenu à l’Académie écuyer.
L’homme parcourut l’assemblée du regard.
- Je suis le capitaine Mirsk Abastar, de l’ordre des Chevaliers Protecteurs. Je serais votre instructeur pour cette période d’entraînement, j’interviendrais sur le métier des armes, ainsi que sur la discipline et le dogme de la chevalerie.
Le capitaine se redressa plein de fierté.
- Je serais aidé par Sir Parsian dans cette tâche, et également Maître Hogar pour l’équitation qui n’est pas présent aujourd’hui.
Le dénommé présent fit un bref signe de la tête, puis le chevalier instructeur reprit.
- Le professeur Etaniel, quant à lui, vous inculquera le savoir que tous les chevaliers doivent connaître.
Le petit homme chauve s’inclina.
- Capitaine Abastar, intervint Keridan de Cerissac
- Oui écuyer.
- Devons-nous vraiment s’encombrer de nobliaux de campagne qui ne sont même pas capable de porter leur monture aux écuries ?
Onèan garda sa rage en lui et posa une main sur le bras de Mel qui avait fait un pas en avant. Le capitaine fixa d’un regard morne le jeune noble.
- Les titres ne veulent rien dire dans la chevalerie, tous sont traités de la même manière, surtout pour les simples écuyers
Le fils du Duc de Coeurfer s’apprêta à répondre mais il fut devancer par Sir Abastar.
- Il suffit.
Son ton était sans appel.
- Pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, repris le capitaine, veuillez confier vos montures aux écuries de l’Académie, ensuite nous vous montrerons vos quartiers. Le reste de la journée sera entièrement consacré à la prise en compte du règlement intérieur de l’Académie.
Keridan de Cerissac bouillait de rage, il lançait des regards meurtriers en direction de Onèan. Il gardait les poings fermés, et tremblait de colère. Mel se pencha discrètement à l’oreille du jeune homme.
- Je crois que là il ne te pardonnera pas de sitôt cette affront, chuchota t’elle.
Onèan ne répondit rien et il avala difficilement sa salive.
Son séjour à l’Académie commençait très mal, pour son premier jour il venait de se faire un ennemi du fils d’un des homme les plus puissants du Conglomérat.
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Ekart était assis contre une fenêtre, le regard perdu su la grande cour d’entrée. Les discutions animées autour de lui le laissaient de marbre, laissant leur exubérance loin de lui. Juste après avoir signé le registre, le secrétaire lui avait dit de se rendre dans une salle à l’intérieur du grand bâtiment principal de l’Académie.
Une fois passé la porte, il ne s’était pas attardé pour contempler le décor chargé du hall comme les autres élèves. Le jeune homme savait qu’il aurait tout le loisir possible de regarder en détail la beauté des lieux durant le temps qu’il passerait entre ses murs. Il grimpa l’escalier et suivit les panneaux indiquant les directions que devaient prendre les étudiants selon leur orientation.
Ekart entra alors dans une belle salle au mur recouvert de tenture de velours rouge, de grandes fenêtres dispensaient une abondante lumière. La salle était disposée comme un amphithéâtre, des gradins sur une douzaine d’étage accueillant des tables. Le jeune homme ne perdit pas de temps et se dirigea directement au niveau le plus haut vers la zone la plus proche de la porte, de là il pouvait aisément voir tous ceux qui rentrait dans la pièce.
Le jeune homme vit alors arriver ces futurs camarades, certains par deux ou trois, d’autres tout comme lui seul. Il compta rapidement le nombre de personnes présentes, vingt quatre, Ekart n’aurait pas tant de concurrence que ça. Il avait déjà vu ceux des étudiants qui avaient le plus d’influence, des nobles familles à n’en pas douter.
Les conversations se turent alors tout doucement quand un professeur entra dans la salle. Il parcourut tout d’abord depuis la porte les rangs des élèves du regard, il s’arrêta sur chaque visage comme pour bien les garder en mémoire. Après un temps qui parut particulièrement long à toutes les personnes présentes, l’homme finit par se retourner pour refermer la porte avec soin, en faisant le moins de bruit possible.
Le professeur descendit alors les gradins pour se rendre devant tous les élèves rassemblés qui le fixaient avec curiosité. L’homme marqua alors un temps d’arrêt, regardant en direction d’un coin sombre, Ekart se demanda ce qu’il pouvait bien voir. Enfin il se retourna et afficha un visage neutre sans aucune expression, il prit alors la parole d’une voix calme et posée.
- Mesdemoiselles, messieurs, bienvenu au sein de l’Académie pour suivre notre formation en diplomatie et en relation publique, je me nomme Balior de Garithe je serais votre professeur d’expression et d’histoire.
Les étudiants écoutaient attentivement le professeur, ils étaient conscients de devoir donner la meilleure impression le premier jour. Seul Ekart ne semblait pas disposé à plaire au professeur, il se tenait nonchalamment sur sa chaise, les bras croisés sur sa poitrine.
- Durant le temps que vous passerez avec nous, vous apprendrez tous ce dont vous aurez besoin pour mener à bien votre carrière au sein du Conglomérat.
Balior de Garithe marqua une pause dans son discours, la tête légèrement penché en avant.
- Vous apprendrez également à voir au-delà ce que l’on peut voir, ajouta il en faisant un pas sur le coté.
Un rideau s’écarta soudain dans l’ombre et les étudiants virent apparaitre un autre professeur sur la scène. Grâce à un astucieux jeu de rideaux et de trompe l’œil, l’homme avait pu se cacher aux yeux des élèves. Tout comme Ekart, les étudiants reconnurent Vinte Shinjar, le professeur principal de la formation. Il s’était bien joué d’eux, en profitant pour les observer au passage.
- Bonjour à vous, lança le nouveau venu, ce petit jeu n’était évidemment pas là pour vous piéger en aucune façon, je voulais seulement vous montrer un exemple concret de ce que vous serez capable de desceller et de faire à l’issue de votre formation.
Il s’avança au milieu de la scène en souriant.
- Sachez qu’il ne faut jamais se laisser abuser par ce que l’on voit, il faut toujours chercher à comprendre au-delà de sa propre perception.
Des murmures amusés parcouraient la classe, Ekart affichait un sourire jusqu’aux oreilles. Il en était persuadé maintenant, il avait bien choisi le bon métier et il avait hâte de pouvoir commencer cette formation. Le jeune homme porta toute son attention aux paroles du professeur, il voulait le plus vite possible arriver à faire ce genre de chose.
Ekart sentait l’excitation le faire frémir de plaisir, son regard croisa celui de Vinte Shinjar, il vit que celui-ci se rappelait bien du jeune homme. L’Académie allait être la plus belle période de toute sa vie, Ekart en était persuadé.
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Lynaïs fut la dernière des trois amis à être appelé pour rejoindre son groupe. Elle ne se sentait pas très assuré sans la présence de ses deux compagnons, mais elle n’avait pas le choix et devait avancer maintenant, tout comme eux.
La jeune fille se pencha sur le registre et elle signa dans la case indiquée par une femme sur la table à la droite du perron. Lynaïs remarqua alors qu’elle la regardait avec des yeux agrandis de surprise.
- Quelque chose ne va pas ? Demanda-t-elle.
- Et bien, répondit la femme, vous voulez vraiment être maître archer ?
La question semblait incompréhensible à la jeune fille.
- Evidemment, sinon je ne serais pas venu ici et je n’aurais pas signé le registre, vous ne pensez pas ?
Voyant qu’elle avait été indiscrète, la secrétaire leva les mains devant elle.
- Je ne voulais pas vous ennuyer avec mes questions mademoiselle, mais vous savez il n’y a pas beaucoup de jeunes filles qui ont cette vocation.
- Comme toutes les branches de l’armée si je me souviens. Où dois-je me rendre maintenant ?
La secrétaire était resté figée par la réponse, elle finit par lui indiqué une direction de la main.
- Derrière le bâtiment principal, une tente a été dressée contre le mur, c’est là que vous devez vous rendre.
- Je vous remercie.
Sans attendre de réponse, la jeune fille quitta le perron, elle n’avait pas vraiment apprécié les paroles de cette femme. Elle savait très bien qu’elle se lançait dans une formation qui restait principalement masculine. Elle s’en fichait bien, préférant de loin la fréquentation des garçons que celle de ces homologues féminins.
Suivant les indications de la secrétaire, elle passa derrière le bâtiment principal et remarqua sans mal la tente dressée contre le mur. Lynaïs passa l’entrée, des jeunes gens déjà présents se retournèrent pour la dévisager, tous des garçons comme elle s’en doutait. Sous la structure de bois, une grande table avait été disposée en long, sans aucune chaise, une porte ouverte permettait d’entrer dans le bâtiment de pierre.
Attendant l’arrivée d’un professeur, le reste des élèves arrivèrent, Lynaïs était la seule jeune fille du groupe, attirant les regards des autres. L’un d’entre eux finit par s’approcher d’elle, au petit sourire qu’il affichait et aux ricanements de deux autres derrière lui, elle sut qu’il ne venait pas en ami pour faire connaissance.
- Excuse-moi de te déranger, lança le nouveau venu.
- Oui ? Répondit Lynaïs qui n’appréciait guère l’impolitesse du jeune homme.
- Tu ne te serais pas trompé de cours, non que cela me déplaise de voir une jolie fille avec moi.
L’importun souriait de son bon moment faisant rire ces deux camarades derrière lui. Les autres observaient la scène sans intervenir attendant de voir comme elle allait réagir. Lynaïs fixa droit dans les yeux l’étudiant qui se mit aussi à la regardait bêtement.
- D’après toi, l’arc que je porte avec moi me sert à quoi ? De porte manteau peut être ? Si je suis ici c’est pour devenir maître archer et je n’ai que faire des imbéciles dans ton genre qui s’imaginent très malin en ennuyant les autres. Va donc jouer au petit chef avec tes compagnons, peut être auras tu toute l’attention que tu désires.
Des exclamations retentirent suivi de rire, même ses deux amis riaient de son infortune, elle ajouta alors d’une voix posée mais ferme.
- Et encore une chose, si tu avais un peu de savoir vivre, tu saurais qu’il faut toujours saluer une personne avant de lui parler, mais apparemment, tu n’as pas eu la chance de recevoir une éducation adéquat.
Elle se retourna alors pour chercher une autre place sous les rires des autres étudiants, le jeune homme serra les dents, blessé dans son orgueil il n’allait pas laisser partir cette petite gourde aussi facilement. Il fit un pas vers Lynaïs et la saisit à l’épaule pour la forcer à lui faire face.
- Tu crois que tu vas t’en tirer comme …
La jeune fille se retourna brusquement et donna un coup de genou entre les jambes de son agresseur. Il se plia en deux en portant ses mains sur son bas ventre, la bouche ouverte figée dans un cri silencieux. Les rires redoublèrent tandis que le jeune homme tentait de garder son équilibre malgré la douleur.
- Allons, allons, un peu de calme ici s’il vous plait, lança une voix depuis la porte donnant dans le bâtiment.
Les étudiants se turent d’un seul coup en faisant face au nouvel arrivant, c’était un homme d’une quarantaine d’année, le visage dur avec des yeux marron qui figeaient sur place quand ils se posaient sur vous. De taille moyenne, il était d’une musculature fine et élancé, portant une tenue simple d’archer, pantalon de toile et juste au corps de cuir avec des poignets de force. Ses cheveux étaient courts, poivre et sel, légèrement ondulé, retenu par un bandeau au niveau de son front pour ne pas le gêner.
- Vous deux, aidez donc votre camarade, fit l’homme.
Les étudiants relevèrent le jeune homme qui gémissait de douleur, tandis que le nouveau venu prit la parole.
- Je suis le professeur Hera Boutlef, votre maître en archerie, je suis content de vous avoir avec nous mademoiselle, il est rare que la gente féminine s’intéresse au métier de maître archer, mais s’il vous plait, pourriez vous être plus douce avec vos camarades.
Lynaïs s’inclina légèrement en reprenant sa place parmi les autres, elle espérait que cet incident ne serait pas préjudiciable pour son année à l’Académie.
- Il en va de même pour vous messieurs, reprit le professeur, je pense que vous vous êtes aperçu que la demoiselle ne se laissait pas faire alors soyez un peu galant avec elle.
Ces camarades la regardèrent avec méfiance, elle vit aussi de la crainte. Dés le premier jour, la jeune fille avait réussi à se faire remarquer par le professeur et par la douzaine d’étudiants qui allaient être ses compagnons. La formation à l’Académie s’annonçait mouvementée pour Lynaïs, elle espérait que son mauvais caractère ne lui apporte pas d’autres ennuis à l’avenir.
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