Bonjour à vous ^^
Les jeunes gens vont découvrir l'Académie, Onèan et ses amis vont faire l'expérience des cours, des professeurs, des camarades de classes, mais aussi les ennemis.
Que réserve le destin à nos héros ?
Bonne lecture et n'hésitez pas à mettre un commentaire
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CHAPITRE 06
Le vol
La nouvelle promotion de l’Académie avait pris place dans la grande institution, les étudiants y resteraient en moyenne pour une durée de un an, un peu plus pour certain domaine comme celui de la diplomatie. Durant cette période, les élèves ne devaient pas quitter l’Académie, seul ceux habitant à Manilaus et ses environs pouvaient retrouver leur famille. Pour les autres, l’année devait se passer entre ces murs avec quelques sorties en ville.
Cette école devait sa réputation à l’excellence de ses cours et aux professeurs particulièrement doués dans leur domaine. Ils étaient choisis pour leurs connaissances et leurs dons pour transmettre ce qu’il savait aux autres. Ils jouissaient d’un statut envié dans le Conglomérat, respecté par les dirigeants des comtés, mais aussi par l’Empereur et ses conseillés.
Pour les étudiants, cette période était surtout le moyen de monter dans l’échelle sociale, en profitant des conseils et des cours donnés par leur maître. Peu d’élèves osaient se rebeller contre les ordres donnés de peur de se faire exclure sans possibilité de retour de l’Académie. Ils seraient alors marqués toute leur vie par ce déshonneur avec peu de chance de pouvoir se sortir de l’ombre de ce renvoi.
Ainsi, même l’imprévisible Ekart avait décidé de se mettre véritablement au travail. L’entrée faite par son maître lui avait donné envi d’en savoir plus, une soif de connaissances qu’il faisait tout pour assouvir. Il trainait souvent dans la grande bibliothèque de l’Académie qui réunissait des milliers d’ouvrages, voir même plus. Les étagères croulaient sous le poids des livres, un monde où le jeune homme se sentait particulièrement à l’aise.
Son enthousiasme et son intelligence malgré son âge en faisait une cible parfaite pour ces camarades de classe. Les meneurs étaient bien souvent les personnes les plus jalouses de son talent. Ekart s’en fichait bien, tout ce qu’il désirait pour le moment était suivre les cours et démontrer à tous sa supériorité. Il n’avait pas besoin de s’entourer d’une cour d’admirateur et de complaisants qui ne cherchaient qu’à obtenir quelque chose de lui en retour.
Le jeune homme n’était pas le seul ciblé par les moqueries et les railleries de ses camarades. L’autre victime était une jeune fille à la beauté troublante, elle se cachait bien souvent derrière des vêtements larges et des capes. Elle n’aimait pas attirer l’attention, et elle faisait tout pour passer inaperçue.
Ayant repoussés les avances d’un des meneurs, elle avait fini par devenir la deuxième souffre douleur de la classe. Ekart s’intéressa tout de suite à cette personne, il la voyait souvent à la bibliothèque, tout comme lui. Surtout, elle réagissait de la même manière que lui face aux critiques, elle ne laissait rien paraître, gardant son visage impassible.
Le jeune homme ne lui avait toujours pas adressé la parole, mais il connaissait son nom, Patinil Ojir. Agissant comme pour un jeu, il l’observa de loin en faisant attention de ne pas se faire remarquer. Il se retrouva ainsi un soir à la bibliothèque, au coin d’une étagère à scruter la jeune fille. Ekart pouvait passer pour un voyeur ainsi dans le noir, mais il s’en fichait bien et continuait son observation.
La jeune fille ne portait pas de cape pour se dissimuler, une chose rare, en même temps il était tard et personne ne trainait dans la bibliothèque. Le jeune homme put ainsi mieux la voir, elle avait en effet une beauté surprenante, de petite taille elle avait une silhouette très agréable. Son corps était fin habillé de robes longues touchant le sol, soulignant sa taille fine et ses courbes. Elle possédait une longue chevelure blonde qui descendait jusqu’au bas de son dos, ils renvoyaient la lumière comme un miroir.
Ekart se pencha légèrement au risque de se faire prendre pour apercevoir son visage. Elle était penchée sur son ouvrage avec un air attentif. Sa peau était très blanche avec des traits d’une grande finesse comme ceux d’une fille noble avec un petit nez et une bouche étroite aux lèvres roses. Elle avait des yeux bleu très clair légèrement allongé sur les cotés, lui donnant un petit air exotique.
Elle releva soudainement son buste, poussant le jeune homme à replonger dans le noir. Il espérait ne pas s’être fait remarquer, la jeune fille referma le livre en posant ses mains sur la table devant elle.
- Je sais que tu es là dans le noir, fit-elle d’une voix posée.
Ekart s’était fait prendre, il choisit de sortir de sa cachette pour lui faire face. Il la salua d’une petite courbette élégante en affichant un grand sourire, son visage ne cilla pas.
- Je crains que je ne me sois faire prendre, je suis désolé de t’avoir ainsi observé.
- Donne-moi une bonne raison pour ne pas me plaindre pour harcèlement et voyeurisme.
Le jeune homme sourit encore plus, elle avait du répondant.
- Je ne faisais rien de mal, je regardais c’est tout.
- Et pourquoi cet intérêt ?
- Une curiosité un peu mal placée je dois dire, mais je suis ainsi de nature.
Le jeune homme s’installa devant la jeune fille sans lui demander si celui-ci en avait le droit.
- Je m’appelle Ekart Caras, nous sommes dans le même groupe des diplomates.
Elle le détailla quelques instants en silence avant de répondre.
- Patinil Ojir, enchanté.
La voix était glaciale, mais cela n’allait pas arrêter Ekart.
- J’ai remarqué que tu as les mêmes petits ennuis avec nos camarades, je suis persuadé qu’un peu d’entraide entre nous deux serait profitable.
- Je ne vois pas ce que cela pourrait bien me faire, je suis là pour devenir diplomate et le reste ne compte pas.
- Mais moi aussi, répondit le jeune homme en s’esclaffant, je suis là pour le devenir, et c’est quelques imbéciles de me feront pas changer d’avis.
- Alors que me veux-tu à la fin ?
- Tout simplement que nous devenions ami pour monter que nous ne sommes plus des cibles faciles et solitaires.
La jeune fille réfléchit, Ekart la trouva exactement comme il l’imaginait, elle agissait déjà comme une diplomate, tout comme lui.
- En somme, tu me proposes une sorte de partenariat ?
- Oui, en quelque sorte, une petite protection mutuelle pour éviter les ennuis.
- Et qu’est ce que j’aurais à y gagner ?
Le jeune homme se pencha vers elle.
- Mon amitié et des alliés dans l’Académie.
- Des alliés ?
- J’ai quelques compagnons dans l’école, des amis d’enfance qui pourront toujours nous aider en cas de besoin. Alors qu’en penses-tu ?
Patinil croisa les mains sur la table, en pleine réflexion, mais elle ne montrait toujours pas ses sentiments, à la grande admiration d’Ekart. Enfin la jeune fille le fixa de ses yeux bleus azur avec une étrange intensité.
- Tant que cela restera une relation amicale et dans le cadre de l’école, ça me va.
- Une négociation rondement menée, aucun problème.
Elle referma son livre.
- Je dois rentrer chez moi, ma mère va s’inquiéter.
- Tu habites à Manilaus ?
- En effet, répondit-elle sans en ajouter plus.
Patinil se leva avec grâce pour enfiler sa cape qui la dissimulait entièrement. Ekart quitta son siège à son tour tandis qu’elle reprenait son sac pour le mettre en bandoulière sur le coté. Le jeune homme tendit la main devant lui en souriant le plus amicalement possible.
- Je te dis donc à demain Patinil.
Elle hésita quelques instants avant de saisir la main tendue.
- A demain Ekart.
Le jeune homme la regarda partir en souriant, il était satisfait pour sa première négociation, même si son interlocutrice avait fait preuve d’une belle résistance. Il avait maintenant une alliée parmi les élèves de son cour, c’était pour lui la naissance de son réseau de connaissances et d’alliance qu’il allait créer dans l’Académie.
Lynaïs trainait les pieds dans le couloir pour rentrer dans son dortoir, la tête basse, pas vraiment presser de se retrouver entre quatre murs avec celle qui partageait sa chambre. Les étudiants qui venaient de tous les comtés du Conglomérat ne pouvaient pas rentrer chez eux. L’Académie avait donc construit un grand internat qui accueillait les élèves mais aussi une partie des professeurs et des surveillants. Le bâtiment était en pierre sur six étages, il permettait ainsi de loger tous les étudiants par chambre de deux.
La jeune fille avait commencé sa formation de maître archer, les entraînements étaient plus durs qu’elle ne le pensait. Autre le tir à l’arc, les élèves devaient faire preuve d’une grande endurance, ils devaient courir de longues heures en ne faisant que des pauses brèves. Elle n’aurait jamais cru être aussi fatiguée après seulement quelques semaines de cours.
Mais la course et les efforts répétés n’étaient pas les seuls en cause, étant la seule fille de sa promotion, elle partageait sa chambre avec une personne venu d’une autre branche d’étude. Elle s’appelait Madeline Coventry, elle était entrée dans l’Académie pour devenir une prêtresse aux services des dieux.
Lynaïs pensait que ce genre de personne passait leur instruction dans les couvents ou dans des institutions particulière. Mais les futurs prêtres pouvaient très bien passer par l’Académie pour avancer plus vite dans leur formation. Ils allaient pendant un an apprendre les bases de leur instruction en prenant aussi des solides bases générales. Ensuite les futurs prêtres et prêtresses devaient faire le tour des principales églises du Conglomérat pour apprendre leur métier.
Au départ, la jeune fille avait accueillit avec le sourire sa camarade de chambre. Même si elle ne s’entendait pas toujours avec les autres filles, Lynaïs voulait faire des efforts pour que tout se passe bien. Mais elle avait découvert que Madeline était une personne exaltée et particulièrement irritante quand elle se mettait à parler de son futur métier.
L’archère se trouvait face à sa porte, elle hésita à rentrer mais elle était bien trop fatiguée pour marcher encore dans les couloirs. Elle prit une profonde inspiration et rentra dans la chambre en poussant la porte le visage fermée.
- Lynaïs, tu es de retour !
Madeline se leva précipitamment de son siège pour l’accueillir. Elle était plus petite que l’archère avec un léger embonpoint qui allait tout à fait avec la bonhommie de la jeune fille. Son visage était rond à la peau rose avec des cheveux brun bouclés qui lui tombaient sur les épaules. Ses yeux étaient de la même couleur que sa chevelure, se cachant derrière des lunettes qu’elle gardait en permanence sur le nez.
- Je commençais à m’inquiéter en ne te voyant pas arriver.
Lynaïs posa son arc et ses flèches contre son armoire avant de s’effondrer sur son lit en poussant un soupir.
- Tu es fatiguée peut être, je connais un très bon moyen de se relaxer, la lecture des écrits du Père Loconais, il écrit avec une telle aisance que ton âme s’envole à chaque paragraphe.
L’archère regarda au plafond.
- Je ne pense pas que ton prêtre pourra faire passer mes courbatures aux jambes.
La prêtresse réfléchit.
- Je ne sais pas, je n’ai jamais essayé, mais je suis sûre que …
- Madeline ! La coupa Lynaïs. S’il te plait, ce que j’ai besoin en ce moment c’est de calme et de repos.
Sa camarade de chambre afficha un visage plein de déception.
- Une prochaine fois alors.
- Oui si tu veux, mais pour le moment j’ai besoin de calme.
Madeline rejoignit alors son lit pour s’y assoir, le nez plongé dans un livre. L’archère n’aimait pas trop parler ainsi à sa camarade de chambre, mais elle était parfois si énervante. Elle se releva pour enlever ses protections de cuirs, le professeur d’archerie les obligeait à courir avec tout leur équipement pour s’y habituer.
Lynaïs retira le bustier de cuir et les deux poignets de force, ses bottes volèrent vers le même endroit où elle avait jeté les autres affaires. Elle se mit alors à retirer son haut pour en passer un propre quand Madeline l’interpela soudainement.
- Tu pourrais te retourner quand même.
- Pourquoi ? Demanda-t-elle en retirant son haut.
Madeline se cacha les yeux en rougissant.
- Mais enfin tu enlèves tes vêtements sans me prévenir.
- Tu sais nous sommes deux filles, donc identiques.
- Là n’est pas la question, ça ne se fait pas, tourne toi s’il te plait.
Lynaïs poussa un soupir à pierre fendre en obéissant à la demande de sa camarade de chambre. Elle se demandait si elle tiendrait le coup jusqu’à ce que sa formation soit terminée, Onèan et ses amis lui manquèrent soudainement.
Les premières semaines à l'Académie furent un véritable enfer pour Onèan et les autres écuyers. Le Capitaine Abastar soumit ses élèves à toutes sortes d’épreuves physiques mais aussi mentales, et le professeur Etaniel leur donna des tests extrêmement ardus. Leurs instructeurs voulaient avant tout savoir qui avait vraiment le potentiel pour devenir Chevalier Protecteur et ceux qui ne le possédaient pas. Les étudiants jugés trop faibles seraient alors écartés pour laisser la place à ceux qui pouvait aller jusqu’au bout.
Jamais Onèan n'avait autant couru ou chevauché pendant ces quelques semaines. Mais il en était de même pour les cours théoriques, le jeune homme n’avait jamais particulièrement brillé sur un banc d'école. Il devait travailler deux fois plus pour arriver à se maintenir au niveau exigé par leur professeur.
Après les premiers jours passés ensemble, Onèan et Mel nouèrent une amitié qui se renforça de jour en jour. Ils s’entraidaient dans les moments de difficultés, le jeune homme soutenant Mel dans les exercices physiques, et la jeune fille l’aidant dans la théorie où elle avait nettement plus de facilité qu’Onèan.
Le point positif à cette situation d’intense activité était que le fils du duc de Cœurfer l’avait complément oublié. Le noble avait bien autre chose à penser, il luttait tout comme les autres étudiants pour tenir le rythme imposé par les instructeurs. Ces deux acolytes ne le quittaient jamais telles deux ombres à ses pieds, ils étaient là pour le faire parvenir au bout des épreuves.
Les élèves terminaient une longue course d’obstacles qui les avait emmenés en dehors de la ville. Des soldats de l’une des forteresses qui entouraient la capitale étaient venus pour renforcer les équipes de surveillance pour qu’aucun des prétendants ne s’essaye à tricher. La ligne d’arriver était matérialisé par la sortie d’un petit bois qui achevait la course.
Onèan arriva parmi les premiers, Mel sur ses talons qui avaient profité de l’élan de son ami. Les étudiants étaient essoufflés, la course étant minutée ils ne devaient pas arriver en dessous d’une certaine durée qu’ils ne connaissaient pas évidemment. Mel qui observait les derniers arrivants donna un coup de coude au jeune homme.
- Regarde-le qui arrive, murmura Mel.
Keridan de Cerissac arrivait en cherchant son souffle, accompagné par ces deux gardes du corps qui ne le laissait jamais seul. Ils avaient du ralentir pour ne pas le lâcher, le noble semblait arriver à ses limites et il avait besoin d’aide pour terminer.
- Si son père n'était pas si haut placé, il y a longtemps que les instructeurs l'auraient chassé, fit la jeune fille.
- Tu ne devrais pas dire cela, il a un statut bien plus haut que nous, ironisa Onèan.
Les deux jeunes gens pouffèrent de rire en se détournant, ils avaient eu assez d’ennuis avec le noble pour en rajouter avec leur moquerie. Les derniers étudiants arrivèrent enfin, le capitaine Abastar échangea quelques mots avec un soldat de la forteresse, celui-ci hocha la tête avant de le saluer.
- Aller tout le monde debout ! Hurla le Capitaine en leur faisant face.
Une nouvelle fois, les futurs écuyers se levèrent pour s’aligner devant leur maître d’instruction. L’homme les observa quelques instants, il ne voulait pas que ses élèves ailles au-delà de leur limite. Une fois assuré qu’ils étaient tous en état pour continuer, il leur adressa la parole sur un ton rude et militaire.
- Nous retournons à l’Académie, je vous veux parfaitement ranger et prêt au départ !
Les étudiants se remirent péniblement en ligne, les jambes étaient douloureuses et les respirations encore pénibles. Mel poussa un profond soupir en tentant de faire passer une crampe par quelques pas sur place.
- Mais quand cela va t'il s'arrêter ?
- Aller, encore quelques jours difficiles et nous seront enfin tranquilles.
Onèan sourit à son amie qui leva les yeux au ciel, le capitaine Abastar donna le signal de départ et ils se remirent tous en route en direction de l’Académie.
Cette dernière course d’obstacle marquait la fin de la période de test, un seul d'entre eux finit par abandonne. Son niveau avait été jugé encore trop juste pour poursuivre dans la voie d'écuyer. L'infortuné se résigna à son triste sort et quitta l'Académie, la tête basse. Le capitaine n’étant pas un homme mauvais conseilla au jeune homme de s’entrainer un peu plus et de retenter sa chance l’année suivante.
Les autres étudiants se réjouirent, ils avaient réussi le test final de leur inscription, mais tous ressentaient la fatigue des journées pénibles qu'ils venaient de vivre. Le Capitaine Abastar leur demanda de se réunir en cette fin d’après midi dans la cour entre les écuries et leur bâtiment. Il se présenta devant eux, son air strict toujours accroché à son visage, mais cette fois une petite lueur de satisfaction semblait briller au fond de ses yeux.
- Elèves de l’Académie, vous avez fait le premier pas vers la chevalerie vous êtes maintenant des écuyers en formation, ce sont l'obstination et l'endurance qui forment de grand chevalier.
L'instructeur se releva.
- Demain, vous commencerez les cours avec le professeur Etaniel, il aura lieu sous l'appentis accolé aux écuries. Vous pouvez disposer maintenant, profitez en pour vous reposer un peu pendant que vous en avez encore la possibilité.
Le chevalier fit un bref signe de salut et tourna les talons avec toute la rigueur militaire dont il était capable.
- Enfin, soupira Mel, j'ai bien cru qu'ils ne nous laisseraient jamais en paix.
Elle s'étira.
- Je suis fourbue.
- Et moi donc, renchérit Onèan, je ne rêve que de mon lit.
- Petit roturier, tu n'as donc pas abandonné comme je l'aurais cru.
Keridan et ses deux acolytes s'étaient rapprochés d'eux.
- Quoi que, imaginant la vie que tu as pu avoir dans ton coin de bouseux, tu devais avoir l’habitude des travaux pénibles avec les paysans qui te tenaient compagnie.
Onèan pouvait supporter les insultes du noble à son égard, mais il n’appréciait pas du tout qu’ils traitent ses amis de paysans. Il faillit se ruer sur son adversaire pour lui donner une bonne correction, mais Mel lui barra la route d'un bras pour lui éviter des ennuis. Elle se dressa entre les deux protagonistes en jetant un regard glacial à Keridan
- Tu devrais avoir honte de souiller le nom d'une autre noble famille, En faisant cela tu te salis toi-même de tes insultes. S’il est ici, c'est grâce à sa persévérance et son travail, non par le nom qu’il porte.
Sur ces mots, la jeune fille lui tourna le dos, entraînant Onèan à sa suite vers leur dortoir, aussi impériale qu'une reine, plantant là Keridan de Cerissac, médusé. Les autres écuyers rirent de sa déconvenue, tout le monde avait reçu au moins une insulte du jeune noble, et le voir ainsi remis à sa place était particulièrement divertissant.
Quelques écuyers se regroupèrent derrière lui et le plaignirent, voulant s'attirer ses bonnes faveurs et celle de sa famille. Mais le jeune noble se fichait pas mal de leurs jérémiades, il était furieux d’avoir pu recevoir une telle insulte en public par cette fille.
- Laissez moi donc en paix !
Les flatteurs s’excusèrent précipitamment en se reculant rapidement, ils ne voulaient pas pâtir de la colère du jeune homme et de voir leurs efforts réduits à néant. Une fois seul avec les deux autres écuyers qui ne le quittaient jamais, il laissa exploser sa colère intérieure.
- Je n’arrive pas à croire ce qu’il vient de se passer, comment a-t-elle bien pu me faire ça !
Keridan se mit à faire les cent pas en tapant rageusement sur le sol de ses pieds.
- Tu vas me le payer petite garce comme ce paysan, tu seras la première je le jure
Le jeune noble serra les poings de rage.
- Messire, fit Pearce le plus grand des deux écuyers qui le suivaient comme son ombre, il serait temps de prendre du repos.
- Oui, tu as raison pour une fois, tu n’es pas aussi bête que je le pensais.
Keridan prit alors à son tour le chemin des dortoirs, ces deux compagnons lui emboîtèrent immédiatement le pas. Tout comme les autres écuyers et malgré son statut, il devait passer toute la semaine dans une petite chambre individuelle. Elle était à peine plus grande qu’un simple placard dans son château familial.
- Vivement que je puisse retourner dans mon château, j’en ai assez d’être cloitré dans ce cagibi tout juste bon à servir de poulailler.
Il frappa du poing fermé contre le mur du couloir, quelle idée stupide de devoir passer par là pour devenir chevalier. Soudain son regard tomba sur le règlement intérieur de l’Académie affiché sur le mur juste au dessus de sa main. Après quelques instants de réflexion, un sourire cruel illumina son visage.
- Duncan, sais-tu quand sera le tour de garde de cette petite gourde ?
Le deuxième jeune homme qui l’accompagnait se mit à chercher dans ses souvenirs, il avait regardé les tours de garde de tout le monde.
- Dans deux jours si je me souviens bien.
- Très bien alors, nous n’avons pas beaucoup de temps pour préparer mon idée, mais je pense que nous pouvons y arriver tout de même.
Les deux jeunes gens le regardèrent sans le comprendre.
- Il faut tous vous expliquer, ce n’est pas possible, suivez-moi.
Keridan de Cerissac ne pouvait se départir de son sourire, sa vengeance allait bientôt frapper, et il allait tout faire pour la savourer le plus longtemps possible.
Deux jours passèrent après l’échange houleux entre Onèan, Mel et Keridan, les cours du professeur Etaniel semblaient étrangement calmes après les semaines effrénées que les écuyers venaient de vivre. Mais Onèan était préoccupé par autre chose, il s’était attendu à une réaction rapide du noble mais il n’en était rien. Mel lui répétait qu’il préférait sûrement se concentrer sur son travail que sur une quelconque vengeance.
La journée de cours venait de s’achever, les écuyers se trouvaient dans une salle d’étude réservée à leur formation. Le bâtiment séparé du reste de l’Académie empêchait le contact régulier entre les étudiants, pour préserver leur attention selon le capitaine. Onèan avait terminé ses travaux de soir, il était soucieux, pensant encore à l’altercation, Mel referma son livre bruyamment pour attirer son attention.
- Tu ne devrais pas t’en faire pour Keridan, il a plus de parole que de courage, ce n’est qu’une langue de vipère.
- C’est bien là le problème, fit le jeune homme, un serpent est toujours sournois.
- Tu te fais du mouron pour rien, si tu continues, tu vas ressembler à un vieillard avant l’âge à force de chercher le mal où il n’y en a pas.
La jeune fille se mit à rire, faisant sourire le jeune homme. Il appréciait beaucoup la bonne humeur de sa nouvelle amie et son accent chantant ponctuant toutes ses phrases. Elle s’arrêta de rire, reprenant son souffle, les autres écuyers avaient juste levé la tête, ils commençaient à s’habituer à l’humeur joyeuse de la fille du Sud.
- Par contre, je dois te laisser Onèan, je suis de garde ce soir.
- C’est vrai, j’avais oublié, bon courage pour la nuit.
Mel soupira en se levant, remettant sa chaise en place à la table.
- Quelle perte de temps je trouve !
- Cela fait partie de la formation.
- Garder des couloirs vides et mornes fait partie du travail de chevalier ?
Le jeune homme réfléchit quelques instants.
- Il est vrai que vu sous cet angle ce n’est pas vraiment utile, mais imagine que tu es là pour protéger un prestigieux trésor !
Elle le fixa en faisant la moue.
- Tu te moques de moi là j’imagine.
- Allons, je n’oserais jamais, tu me connais.
Mel préféra ne pas répondre au propos de son ami.
- Enfin, reprit elle, je vais aller prendre les clefs chez le capitaine, fais attention de ne pas sortir en douce, je ne raterais pas.
- Je suis ton ami, tu ne le ferais pas quand même.
- Tu veux essayer ?
Elle sourit à Onèan en laissant sa question en suspend, le jeune homme ne comptait pas tenter une sortie nocturne pour avoir la réponse à cette interrogation.
Au matin, le soleil était caché derrière de gros nuages gris, la journée promettait d’être maussade. Les écuyers s’étaient réunis dans la cour face aux écuries, ils avaient un entraînement avec Sir Parsian. Ils s’étaient habillés chaudement en prévision des exercices matinaux auxquels ils seraient soumis.
Mel bailla largement en tentant de mettre la main devant sa bouche, Onèan la regarda et vit tout de suite que son tour de garde n’avait pas été facile. La jeune fille avait le visage pâle et de gros cernes noirs dans son regard. Malgré le peu de lumière à l’extérieur, elle avait bien du mal à conserver les yeux grand ouverts.
- La nuit à été dure, plaisanta Onèan.
- C’est vraiment très drôle.
Le jeune homme lui sourit.
- Courage Mel, la journée de fait que commencer.
Son amie bredouilla des mots inaudibles qu’il imagina sans problème. Onèan laissa sa camarade tranquille et remarqua soudain que Keridan les regardaient. Le jeune noble affichait un grand sourire satisfait, il riait et plaisantait avec ses voisins. Le changement si soudain dans l’attitude du noble l’inquiétait, quelque chose n’allait pas, le jeune homme en était certain.
- Dis-moi Mel, que s’est-il passé cette nuit pour que tu sois dans cet état ce matin ?
La jeune fille réprima un nouveau bâillement intempestif, elle ne semblait pas capable de les empêcher convenablement. Elle dut attendre de retrouver l’usage de sa voix pour pouvoir répondre à la question de son ami.
- Et bien tout de même tu te préoccupes de moi un peu.
- Je suis désolé, répondit Onèan, alors qu’est il arrivé ?
- Une drôle d’histoire en fait, j’ai même du mal à comprendre.
- Ha bon, rac …
Il fut interrompu par l’arrivée soudaine du Capitaine Abastar, il déboula dans la cour en affichant un masque de colère sans borne. Il était suivit par Sir Parsian et un homme qui travaillait pour les stocks de l’Académie, le chevalier avait un visage sombre, tandis que l’autre semblait un peu nerveux. La fureur de leur instructeur était telle que les écuyers firent un silence total dans la cour en quelques instants.
Le militaire se posta devant ses élèves, les poings fermés. Il avait du se précipiter jusqu’à la cour pour venir leur parler, sa cape était mal ajusté sur ses épaules et son plastron n’était pas serré totalement. Il s’adressa aux étudiants, le ton de sa voix était ferme avec une pointe de colère froide qui faisait frissonner les plus courageux.
- Je viens d’apprendre une nouvelle qui m’attriste particulièrement, cette nuit, un grave délit a été commis, fit Abastar.
Il marqua une pause pour que tous les élèves soient bien attentifs à ses paroles.
- Quelqu’un a volé des fournitures dans une des salles de stockage allouées à notre promotion, seul l’un d’entre vous a pu le faire. Il n’y a que la clef de notre corporation qui peut permettre d’y accéder, et elle a disparu également. Des empreintes de pas ont été découvertes, faite par une personne jeune.
Les écuyers gardèrent le silence, ils étaient choqués par l’annonce et par le ton que prenait le Capitaine.
- Alors si le coupable se dénonce, il y aura une clémence de ma part, mais il faut qu’il le fasse maintenant !
Le chevalier venait de hurler cette dernière phrase, ses yeux brillaient de colère. L’homme était particulièrement à cheval sur la discipline et le respect du code de la chevalerie, il ne supportait pas qu’un voleur fasse partie de ses élèves.
Le capitaine Abastar fixa soudainement Mel qui sursauta, son regard était rempli de colère sourde.
- Ecuyer Darvad, c’est bien vous qui étiez de garde cette nuit ?
- Oui, bredouilla la jeune fille.
- Et vous n’avez rien entendu et rien vu ?
- Non, enfin il y a …
- Mais peut être êtes-vous complice du voleur ?
Le visage de la jeune fille devint livide.
- Je n’y suis absolument pour rien Capitaine, je vous assure.
Onèan voyait son amie qui commençait à paniquer, il comprenait qu’elle était dans une très mauvaise position. Il avait confiance en la jeune fille, il savait qu’elle n’avait pas pu faire une chose pareille. Les autres écuyers la fixèrent à leur tour, de la méfiance et de la surprise se lisaient dans leur regard.
Un surveillant sortit du bâtiment derrière le capitaine, il portait dans une main un sac de cuir bien plein. Il s’approcha d’Abastar qui le regardait arriver, il lui chuchota quelque chose à voix basse en lui donnant une clef. Son visage se durcit au fur et à mesure qu’il écoutait, quand le surveillant eut terminé, il se redressa pour faire face à Mel.
- Nous venons de trouver les objets disparus dans votre chambre, ainsi que la clef qui avait disparu, avez-vous une explication ?
Elle poussa une exclamation d’étonnement.
- Mais je ne sais pas ce qu’est ce sac et d’où il vient ? Je n’ai rien volé, je n’y suis pour rien.
Des murmures parcoururent l’ensemble des écuyers rassemblés, Mel regarda Onèan en tentant de lui faire comprendre qu’elle n’avait rien fait.
- Il suffit ! Cria le Capitaine Abastar.
Le silence se fit immédiatement.
- Même si vous paraissez de bonne fois Ecuyère Davard, toutes les preuves sont là et vous devez arrêter de mentir.
- Mais je ne mens pas, je n’y suis pour rien, quelqu’un essaye de me piéger !
- Le mensonge ne vous mènera à rien écuyère.
Il s’approcha de la jeune fille et il saisit Mel par le poignet avec rudesse.
- Vous appartenez à la chevalerie, la noblesse de notre cœur doit être aussi forte que celle de notre âme. Aujourd’hui, vous venez de me décevoir, et continuer à nier l’évidence ne fera qu’accroitre ma colère.
La jeune fille était désemparée, elle ne savait plus quoi dire pour se défendre.
- Je vois que vous avez fini par garder le silence, c’est peut être mieux ainsi. Vous devriez passer par un conseil de discipline, mais la chevalerie a ses propres sanctions et même ici elles seront les mêmes que celles appliquées par l’ordre.
Il y eut des hoquets de surprises parmi les écuyers. Onèan sentit une boule se former dans sa gorge, les étudiants venaient de juste d’apprendre les châtiments que la Confrérie pouvaient infliger. Mel sentit ses mains trembler malgré l’aplomb qu’elle tentait de conserver, de la peur se lisait sur son visage.
- Vous auriez du recevoir vingt coups de fouet et autant de jours de cachot sans manger pour avoir commis un vol.
L’instructeur la fixa.
- Vous n’en recevrez que la moitié, et vous resterez consignée dans vos appartements toute la journée. La sentence sera appliquée ce soir, au coucher du soleil, devant tous ceux présents, professeurs et élèves.
Mel retrouva enfin l’usage de la voix, le choc de la révélation passé.
- Pourquoi vous ne m’écoutez pas ? Je ne sais pas ce que faisait ce sac dans ma chambre, je n’y suis absolument pour rien dans cette histoire de vol.
Son ton était particulièrement tranchant, le capitaine hésita avant de pousser la jeune fille vers les deux surveillants qui attendaient derrière lui.
- Emmenez là dans sa chambre et enfermez là, aucunes visites ne seront autorisées jusqu’à ce soir.
- Mais écoutez-moi !
Onèan regarda la jeune fille être conduites de force, son visage plein de colère et de rancœur. Le jeune homme ne savait pas pourquoi mais il était persuadé qu’elle était innocente, ce n’était pas possible qu’elle puisse faire une chose pareille.
- Aujourd’hui, il n’y aura pas d’entraînement, vous aurez un cours sur la discipline à la place, dit Abastar, et que ce qui arrive à votre camarade vous serve de leçon.
Sans un mot de plus, l’homme se retourna dans un claquement de sa cape et partit en frappant durement le sol avec ses pieds. Dés son départ, les écuyers se mirent à parler entre eux. Onèan remarqua le sourire satisfait de Keridan de Cerissac. Le jeune noble le fixa et afficha un air supérieur il désigna le jeune homme du doigt et mis son pouce vers le sol, expliquant ainsi qu’il était le prochain.
- Pauvre Mel, pourquoi a-t-elle fait ça ? Demanda Kodai, un autre écuyer prés de lui.
- Elle est innocente.
- Tu crois, répondit son camarade.
Onèan en était sûr, la jeune fille n’avait pas commis ce vol, et il ferait tout pour faire payer ce menteur de Keridan. Mais il devait faire vite, il n’avait que cette journée pour faire la lumière sur cette affaire, sinon son amie en subirait les conséquences.
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