Bonjour à vous ^^
Premier chapitre qui présente les aventures de nos héros dans la découverte de leur métier et de leur avenir.
Nous allons suivre Onèan qui a découvert une lourd secret sur son père, son voyage ne fait que commençait.
Lynaïs apprend aussi son métier de maître archer, mais que lui veut cet étrange elfe ?
Bonne lecture ^^
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CHAPITRE 13
Magie
Onèan était toujours perdu dans ses pensées, il venait de quitter ses amis pour se rendre vers les écuries afin de retrouver son tuteur. Il fut interpelé par un homme quand il apparut à ses yeux en sortant des autres personnes réunies sur le terrain d’entraînement.
- Et bien, voilà enfin que tu pointes ton nez, je commençais à me demander si tu ne te planquais pas quelque part pour échapper à mes griffes.
- Je suis désolé Sir Nartero.
L’homme lui sourit, il était plutôt jeune, un peu plus grand qu’Onèan avec une carrure ordinaire. Mais l’écuyer voyait en lui un homme d’action, se tenant bien droit, les mains devant lui à porté de son épée. Il possédait un visage ovale, ouvert et chaleureux sans aucune trace de colère ou d’énervement. Il avait des yeux marron avec une chevelure châtain, coupé très court comme tous les chevaliers. L’homme portait une tenue de cuir plus pratique pour les voyages qu’une lourde armure, des protections métalliques sur les jambes, les épaules et la poitrine complétaient sa tenue.
- Pas besoin de te confondre en excuse, je plaisantais évidement, je savais bien que tu devais faire tes adieux avant de me rejoindre.
- Je ne vous ai pas fait trop attendre tout de même.
- Je t’assure que non, reprit le chevalier, une chose seulement, oublie donc le « Sir », je ne suis pas si âgé que cela appelle moi Edwin, se sera mieux.
Onèan hocha la tête, restant tout de même respectueux envers celui qui ferait de lui un vrai chevalier.
- J’essaierais de le faire.
Son tuteur lui sourit.
- Bien, donc toi c’est Onèan Terrenoir, le fils de notre regretté Rodéric.
Le jeune homme le fixa avec surprise.
- C’était le nom de mon père, vous le connaissiez ?
- Ah ça, il était connu à Paragahi, voilà une personne que restera dans les mémoires de ceux qui l’ont rencontré.
Sir Nartero leva la tête vers le ciel.
- Un homme qui était juste et droit, un vrai chevalier mais par contre avec un sacré tempérament.
Le chevalier gloussa.
- Je me souviens d’une fois, nous étions dans une auberge pour boire une bière, là nous avons assisté à une scène plutôt désagréable, une servante se faisait durement réprimander par son patron pour une histoire de bière renversée. L’aubergiste se mit à la battre comme plâtre en continuant de l’invectiver, Rodéric c’est alors levé de son siège pour lui faire face. L’homme a passé une semaine au lit après qu’il lui est flanqué une raclée mémorable, la garde de la ville a failli intervenir pour sauver l’aubergiste.
Onèan écoutait avec attention Sir Nartero, son père ne racontait jamais ce qu’il faisait dans sa vie de chevalier, et c’était là une occasion pour en savoir enfin plus. Le tuteur du jeune homme vit l’intérêt qui brillait dans les yeux de son protégé, il se doutait bien qu’il ne devait pas connaitre ce genre d’histoire.
- Mais bon je m’égare, reprit le chevalier, nous avons une longue route jusqu’à Paragahi, j’aurais bien l’occasion de te raconter d’autres petites anecdotes sur ton père pendant le voyage. Je voudrais arriver rapidement à destination, sinon je vais encore me faire taper sur les doigts par mes supérieurs, ils trouvent que je m’égare un peu trop.
- Je vais me charger de ma monture immédiatement alors, je n’ai plus qu’à la sceller.
- Je l’ai déjà fait, lança Sir Nartero, je voulais gagner un peu de temps.
- Il ne fallait pas, c’est mon travail.
- Laisse tombé, tu auras bien l’occasion de t’occuper de mon cheval en retour, un écuyer doit faire les corvées de son maître non ?
Le sourire du chevalier montrait qu’une nouvelle fois il plaisantait, le jeune homme sourit à son tour.
- Je vais chercher ma monture et je vous suis.
Onèan entra dans l’écurie et trouva son cheval prêt au départ, il posa ses sacoches de selle sur la croupe. Il entra dans le box et flatta l’encolure de sa monture qui piaffa d’impatience.
- Tu as senti le départ toi aussi, tu vas pouvoir te dégourdir un peu les pattes sur les chemins.
Il saisit la bride en cuir et mena le cheval jusqu’à la sortie de l’écurie, évitant de gêner les nombreuses personnes qui se pressaient dans le bâtiment. Il sortit et suivit Sir Nartero qui le mena jusqu’à sa propre monture, une jument qui frappa le sol en pierre de la cour en reconnaissant son maître.
Le capitaine Abastar les salua avant de partir, il tenait à voir une dernière fois chacun de ses élèves avant le grand départ.
- Bon courage, écuyer Terrenoir, et félicitation pour votre affectation.
- Je vous remercie Capitaine.
L’officier fit un signe à Sir Nartero.
- Vous avez là l’un des meilleurs élèves de cette promotion, j’espère qu’il vous fera honneur.
- Je ferais en sorte d’en faire un membre de l’ordre convenable.
- Bonne route.
Le capitaine serra la main du chevalier puis de l’écuyer, et les laissa partir en direction de la grande grille d’entrée de l’Académie. Sir Parsian et ses amis l’attendaient pour le saluer une toute dernière fois. Le jeune homme leur rendit en souriant, il ne savait pas quand il pourrait les revoir mais il espérait bien que cela ne serait pas trop long.
Sir Nartero se pencha vers lui.
- Jolies demoiselles, laquelle des deux est ta petite amie ?
- Aucune, répondit vivement le jeune homme en se tassant sur sa selle.
- Dommage, tu aurais du en profiter, la jeunesse est trop courte.
Le chevalier affichait un grand sourire, son tuteur semblait toujours enjoué et prêt à plaisanter. Onèan était content de voir qu’il n’était pas aussi strict qu’il ne l’avait imaginé. Alors qu’ils franchissaient le portail d’entrée de l’enceinte de l’Académie, le jeune homme se retourna pour contempler une dernière fois la grande école.
Après avoir rêvé de cette période, le temps des études était déjà terminé et il allait entamer sa carrière d’écuyer qui allait faire de lui un chevalier. Il repensa soudain à la discussion qu’il avait eue avec Maître Garynlos, il sentait encore son cœur battre en pensant à ses paroles. Il savait que dans ses bagages il y avait ce livre, jamais du papier et un peu de cuir n’avait été aussi lourd à porter.
- Alors, déjà nostalgique, intervint Sir Nartero.
Onèan sursauta mais se reprit tout de suite.
- C’est juste pour graver en moi une dernière image de l’Académie.
- Ne t’inquiète pas, une fois à Paragahi tu ne t’ennuieras plus, je peux te l’assurer. Je te montrerais les bons endroits pour boire une bonne bière et écouter des histoires d’aventures comme tu n’en as jamais entendu de ta vie.
Le jeune homme sourit à l’excitation de son tuteur.
- Je suis votre premier écuyer, je ne me trompe pas.
- Non en effet, j’ai enfin eu l’autorisation d’en prendre un, j’ai eu de la chance en faisant parti des personnes sélectionnées des étudiants venant de l’Académie.
- Pourquoi cela ?
- Habituellement se sont les chevaliers les plus en vu qui ont la chance d’avoir des écuyers venant de la prestigieuse Académie.
Sir Nartero se pencha alors à son oreille en murmurant.
- Apparemment pour un premier coup c’est un coup de maître, je dois avoir la côte auprès des chefs, tu ne crois pas ?
Le chevalier se mit à sourire malicieusement, imiter par Onèan.
- Bon dépêchons nous de sortir de cette ville, reprit le chevalier, nous aurons tout le temps de parler une fois cette foule derrière nous.
Onèan suivit de prés son tuteur à travers la grande place pour ne pas le perdre. Ils arrivèrent assez vite dans les artères principales menant aux grandes portes de la ville. Le jeune homme put ainsi voir le respect qui entourait la chevalerie, les passants s’écartaient rapidement de leur chemin. Les gens leur faisaient des signes de la main en les interpelant, les saluant avec chaleur et arborant des visages remplis de joie.
Les portes Ouest de Manilaus furent en vue, la garde était très présente comme à l’accoutumée. Les sorties et les entrées de la ville étaient toujours particulièrement filtrées, les fouilles étaient systématiques quand les soldats soupçonnaient un problème.
Onèan pensa alors au livre qui était dans ses affaires, si l’un des gardes tombait dessus, il risquait d’avoir des ennuis. Il tenta de se calmer en cherchant un moyen de le dissimuler en cas de fouille de ses bagages.
En arrivant sur le corps de garde, Sir Nartero les salua avec un grand geste d’une voix pleine d’entrain.
- Bonjour messieurs, alors cette garde toujours aussi pénible.
- C’est encore vous Sir Nartero, et bien vous n’êtes pas resté longtemps en ville.
- Je vous avais prévenu, je ne suis venu que pour récupérer mon écuyer qui vient juste de sortir de l’Académie.
Le garde regarda en direction d’Onèan, le jeune homme fit un sourire en saluant à son tour l’homme en arme, espérant que le contrôle n’irait pas plus loin.
- Les étudiants sont déjà sur le départ, le temps passe si vite que j’ai du mal à m’en rendre compte des fois. Bon voyage de retour à Paragahi, vous allez devoir traverser tout les Conglomérat dans sa largeur pour arriver jusqu’à destination.
- C’est vrai que nous avons de la route, mais c’est autant de temps tranquille sans les officiers sur le dos.
Le garde ricana.
- Vous en avez de la chance.
Le chevalier fit un signe de la main et passa la porte, suivi de prêt par Onèan. Il poussa un soupir de soulagement, il n’avait pas eu besoin de trouver un moyen de cacher le carnet grâce à son tuteur.
Les deux cavaliers montèrent sur leur selle pour avancer un peu plus vite, mais restant au pas à cause du trafic assez important. Une fois les derniers faubourgs de la cité atteint, le chevalier attendit que son écuyer parvienne à sa hauteur pour lui parler.
- Hier soir je me suis arrêté à la forteresse pour passer la nuit, mais pour ce soir nous dormirons jusqu’à une auberge sur le chemin.
Onèan hocha la tête.
- Tu n’es pas très bavard.
- Désolé, mais j’ai encore un peu de mal à me faire à mon nouveau statut.
Sir Nartero gloussa.
- Allons, tu n’es plus un étudiant obligé de rester enfermer entre quatre murs avec des professeurs qui te disent ce que tu dois faire. Maintenant tu es un écuyer, même si l’Ordre a ses règles cela ne t’empêche pas d’en profiter un peu.
Onèan sourit.
- Allons, reprit le chevalier, je voudrais arriver au relais de Spectalut avant la nuit, c’est un peu loin mais je suis persuadé que nous pouvons très bien y arriver en accélérant un peu, tu es partant ?
- Avec grand plaisir Sir Nartero.
- Edwin je t’ai dit !
L’homme se saisit de ses rênes avec force, le regard plein de malice.
- J’espère que tu suivras le rythme.
Onèan cala ses pieds dans ses étriers.
- Vous allez bien voir.
- Un défi ? J’aime ça !
Sir Nartero fit volter sa monture et partit au grand galop, aussitôt suivi par Onèan. Le jeune homme appréciait cette chevauchée rapide, il avait besoin de se remettre les idées en place. Le mystérieux livre allait lui révéler des secrets sur son père qui allaient peut être changé sa vision de celui-ci. Une partie de lui ne voulait pas connaitre le contenu du carnet, mais une autre brulait de curiosité.
Laissant son dilemme pour plus tard, Onèan poussa sa monture à aller plus vite encore pour laisser ses doutes s’envoler dans le vent.
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Lynaïs se tenait adossée à un arbre, l’air songeur. Elle ne comprenait pas pourquoi elle avait été tenue à l’écart des autres pour cette après midi. La jeune fille se demandait bien ce qu’elle faisait là à attendre une personne voulant lui parler. Le professeur d’archerie de l’Académie Hera Boutlef n’était pas du genre à faire des plaisanteries, elle espérait seulement qu’elle n’allait pas avoir de problème.
Perdue dans ses pensées, la jeune fille n’entendit pas approcher l’elfe sur le coté. Il se déplaçait avec aisance au milieu des bois sans émettre le moindre son malgré les branches mortes et les feuilles qui jonchaient le sol. L’homme resta plusieurs minutes sans dire un mot, observant la jeune humaine. Il sentait qu’il ne s’était pas trompé en voulant la voir seul, loin de ses camarades, quelque chose en elle ne demandait qu’à être révélé.
L’elfe finit par se racler la gorge pour sortir la jeune fille de sa rêverie. Elle se redressa soudainement en bondissant de son arbre, elle tenait son arc à la main, cherchant à voir la personne qui l’avait surprise. Elle découvrit alors l’elfe les bras croisé qui la fixait avec amusement. La jeune fille resta interdite, elle ne s’attendait surtout pas à voir apparaitre l’un des habitants de ses bois face à elle.
- Bonjour, lança l’elfe avec douceur.
- Bon … Bonjour.
- Ton nom est bien Lynaïs Amarra.
Elle hocha la tête sans oser l’interrompre.
- Je pense que tu m’as déjà vu au campement, je m’appelle Maître Guyt’Ji, je suis un maître archer habitant ses bois.
La jeune fille resta bien droite, mais elle commençait à éprouver une grande curiosité. Qu’est que lui voulait cet elfe pour demander à son professeur de la voir seul à seul. Il reprit la parole comme s’il avait lu dans les pensées de son interlocutrice.
- J’imagine que tu demandes ce que tu fais ici ?
L’archère hocha la tête de nouveau, de la surprise dans le regard.
- J’entraine des jeunes gens comme toi depuis très longtemps, reprit l’elfe, j’arrive à repérer les talents de mes élèves en les ayant vu que quelques jours.
- Vous m’avez repéré ?
L’excitation se sentait dans le ton de sa voix, amusant Maître Guyt’Ji.
- En quelque sorte, je voudrais pouvoir te voir juste toi pendant un moment, tu vas suivre mes indications et écouter ce que je te demande. Tu veux bien ?
La jeune fille ne savait pas où il comptait l’emmener, mais sa curiosité la poussait à en savoir plus. Elle allait peut être pouvoir profiter d’un cours avec un maître dans l’archerie, les elfes connaissaient des secrets que même les plus grands archers du Conglomérat n’avait vu.
- Je vous suis.
Maître Guyt’Ji se contenta de faire un signe de la tête et il avança en direction des bois. Elle emboîta son pas en veillant à respecter une distance entre eux. Lynaïs ne connaissait pas les mœurs des elfes, elle ne voulait pas heurter l’étrange personnage. Ils marchèrent un moment en silence avant d’atteindre une ravine évasée qui s’ouvrait dans la forêt. L’endroit était étrange, le rocher effleurait le sol par endroit, des étranges déchirures marquaient le sol.
L’archère tourna la tête en tout sens, l’atmosphère était irréelle dans une forêt, la terre semblait ravagée par des griffes géantes qui avaient déchiré le sol. L’ai était chargé d’électricité qui faisait frissonner la jeune fille. Elle senti un courant lui parcourir l’échine la faisant se redresser de toute sa taille.
- Qu’est ce que s’est que cet endroit ?
L’elfe regarda le paysage en souriant.
- Un terrain d’entraînement.
La jeune fille écarquilla les yeux.
- Mais je ne vois pas de cibles ?
Maître Guyt’Ji ne put s’empêcher de sourire, il n’avait pas souvent l’occasion de le faire.
- En effet, il n’y a pas de cibles, mais il ne faut pas s’arrêter à ce genre de détail pour le moment.
L’elfe désigna ne marque plus clair sur l’un des murs en terre qui se trouvait devant eux.
- Je voudrais que tu tires quelques flèches dans cet espace.
La jeune fille hocha la tête et se mit en position, tenant son arc d’une main et retirant une flèche de son carquois de l’autre. La cible désignée n’était pas très éloigné, à peine une soixantaine de mètres. Avec application elle enchaîna les tires avec adresse, ne laissant pas un seul de ses projectiles quitter la marque.
Maître Guyt’Ji voyait de mieux en mieux le potentiel de l’humaine, il était curieux de savoir jusqu’où elle pouvait aller.
- Maintenant, je voudrais que tu vises la branche du chêne situé un peu plus loin que la première marque, mais cette fois tu devras tirer en courant. Tu vas faire des allers et retours sur place, et à mon signal tu pourras tirer.
Lynaïs regarda la nouvelle cible, la branche était distante d’une bonne centaine de mètre, peut être plus. L’exercice n’était pas simple, mais en mouvement en même temps, les chances de toucher la cible devenaient minces. Voyant son hésitation, l’elfe lui donna un conseil.
- Rappelle toi les précédents cours avec mes confrères, concentre toi en respirant profondément.
La jeune fille fit le vide en elle, une fois qu’elle se sentit prête, elle commença à courir de long en large. Seul le bruit de ses pas était audible dans la forêt, la concentration de Lynaïs était à son apogée.
- Maintenant ! Cris le maître archer soudainement.
Guidée par son instinct, elle visa et lâcha la corde dans le même temps. La flèche décrivit une courbe dans l’air, la jeune fille suivait sa course avec attention. Elle écarquilla les yeux en voyant qu’elle avait visé légèrement trop à gauche. Elle se maudit en poursuivant la course du projectile avec colère.
Subitement, la flèche changea de direction sous ses yeux et se planta profondément dans la branche du chêne. Lynaïs se figea sur place, le regard ébahi par ce qu’elle venait de voir, comme sa flèche avait elle pu avoir une trajectoire aussi étrange. Le vent n’avait pas changé, il n’y avait aucun obstacle visible pour modifier le parcourt de la flèche.
Maître Guyt’Ji était étonné aussi, mais pas pour le même raison. Il savait pertinemment pourquoi le projectile avait changé sa course. L’elfe avait observé la jeune fille, il avait senti le picotement caractéristique.
- Belle démonstration, fit le maître archer à son élève.
- Mais j’aurais du manquer la branche, je ne comprends pas.
Maître Guyt’ji saisit son propre arc et visa sans réfléchir. La flèche partit droit dans les sous bois, soudain en plein vol, elle tourna soudainement, marquant une grande courbe. Le projectile changea de direction encore faisant un demi tout complet et vint se planter entre les pieds de l’elfe. Lynaïs n’avait même pas bougé, la bouche ouverte de stupéfaction, elle venait d’assister à un prodige.
La jeune fille regarda l’arc que tenait l’elfe, mais il était tout à fait normal, rien ne le différencier du sien. Elle le va la tête vers le maître qui se pencha pour récupérer sa flèche sur le sol, il la glissa dans le carquois.
- C’est moi qui est changé la course de la flèche, expliqua Maître Guyt’Ji.
- Vous influez sur la flèche !
- Oui, comme je te l’ai dit.
- Comment avez-vous fait ça ?
L’elfe fixa son élève.
- De la même manière que toi juste avant.
- Alors j’ai changé la direction de ma flèche en la regardant ?!
Lynaïs était abasourdie, elle ne savait plus quoi dire. L’elfe la contemplait, pour la première fois il voyait un humain capable d’utiliser ce genre de capacité. Quelques parts il avait accepté d’entrainer les étudiants de l’Académie pour cette raison. Il la regarda avec attention, peut être y avait il une chance de sauver le Conglomérat ?
Maître Guyt’Ji devait suivre son instinct, il aurait surement des problèmes avec les anciens, mais il s’en fichait bien. Il sentait que le destin de cette jeune fille était spécial, il n’avait pas encore pu en savoir plus, mais dans son cœur il le pressentait.
- Lynaïs, va récupérer tes flèches, je t’attends là.
L’archère hocha la tête et accourut pour récupérer les projectiles. L’esprit rempli de questions, elle n’arrivait pas à se sortir de la tête la courbe faite par cette flèche. Comment avait elle pu réussir un tel prodige ? Elle ne comprenait vraiment pas ce qui se passait, mais elle devait rester avec l’elfe pour en savoir plus.
Elle revint près du maître archer après avoir récupéré tous ses projectiles, il sortit de ses pensées pour lui parler.
- Connais-tu l’Inquisition ?
La jeune fille fit un hochement de la tête.
- J’en ai entendu parler, mais rien de plus, mon père m’a toujours dit de les éviter.
- Ton esprit est encore vierge alors, tu n’as pas été pervertie.
De l’inquiétude naquit dans les yeux de Lynaïs, elle commençait à se demander où voulait en venir l’elfe.
- Ecoute moi, reprit Maître Guyt’Ji, tu as une force en toi qui je ne croyais plus rencontrer chez les humains, et le Conglomérat a tout fait pour l’éliminer.
- Quelle force ?
L’elfe marqua une pause, il la fixa soudainement dans les yeux en s’approchant tout prêt d’elle. Un frisson de peur la parcourut, elle se sentit comme percer au jour au plus profond de son âme. Elle recula d’un pas, la peur prenant le dessus de sa curiosité.
- N’est pas peur, fit l’elfe, je voulais juste être sûr que je pouvais avoir confiance en toi.
Lynaïs resta hésitante malgré les paroles de son interlocuteur.
- Je voudrais te montrer quelque chose, suis moi dans les bois. Tu n’es pas obligée de la faire, mais sache qu’une fois que tu entreras dans la forêt avec moi, tu n’auras plus aucun moyen de reculer. Si tu veux en savoir plus sur cette force qui est en toi, suis ton cœur et ton instinct et viens avec moi.
L’elfe fit un signe de la tête et tourna les tallons pour pénétrer dans l’ombre entre deux chênes, disparaissant à la vue de l’archère. Lynaïs sentait son cœur battre à tout rompre, la peur, la curiosité et l’hésitation se mêler dans sa tête en tourbillon d’émotion contradictoire. Elle ne savait pas ce qu’elle devait faire à présent, suivre l’elfe ou rester là sans ne rien faire.
La jeune fille regarda ses mains, elle ne comprenait pas ce qu’elle avait fait avant, et elle voulait savoir pourquoi la flèche avait changé de direction rien qu’en le pensant. Elle oublia la peur et mit ses doutes de cotés, elle marcha droit vers elle et passa au même endroit où avait disparu l’elfe quelques instants plus tôt.
- Tu as donc fait ton choix, lança Maître Guyt’Ji en surgissant d’un fourrai.
Lynaïs avait sursauté, elle ne l’avait même pas repéré, elle hocha la tête pour toute réponse.
- Suis-moi alors, et garde le silence s’il te plait.
L’elfe plongea alors dans les sous bois, suivant un sentier que lui seul pouvait voir. La jeune fille suivait son guide pas à pas, elle savait que si elle le perdait, elle serait bien incapable de retrouver son chemin. Ils marchèrent ainsi pendant quelques temps, sans un bruit sans une seule parole.
Soudain le maître archer s’arrêta, il se mit à parler à quelqu’un d’invisible, caché à la vue de Lynaïs. Après quelques paroles, ils purent passer, elle vit alors le garde dans sa cachette, un elfe plus jeune, au regard très dure, une flèche prête à être tiré sur son arc. Il ne semblait pas apprécier la présence de l’humaine en ce lieu, elle ne se sentait pas à son aise.
Enfin, les deux marcheurs débouchèrent dans une grande clairière, entourée de grands arbres plus que centenaires. Au centre se dressait un ensemble de stèle en pierre très ancienne, mais bien entretenu. Mais ce qui surprenait le plus Lynaïs s’était que les monolithes diffusaient une douce lueur, un frisson lui parcouru le corps.
- N’est pas peur, approche.
La jeune fille acquiesça, et avança devant une des pierres que désignait le maître archer. Elle vit une grande fresque qui représentait des scènes de combat. Il y avait de grands guerriers en armure que brandissaient des épées entourées de flammes bleues, rouges ou vertes, leur corps tout entier parcouru d’un halo lumineux.
Dans un autre coin de la scène des archers tiraient des éclairs sur les rangs ennemis. Elle eu alors un hoquet de surprise en voyant l’insigne et les drapeaux que brandissaient les soldats qui affrontaient les archers et les chevaliers lumineux.
- Mais ce sont les couleurs de l’Empereur !
- Oui, tu as raison.
- Je ne comprends pas.
- Ce que tu vois là et une très ancienne scène de combat, il y a bien longtemps la magie était partout sur ses terres, mais lorsque l’Empereur est arrivé, il a décidé de tout faire disparaître, tuant sans pitié tous ceux qui la pratiquaient.
La révélation laissa Lynaïs abasourdie, elle n’en revenait pas qu’une telle chose soit possible.
- Mais ce n’est pas réel, comment tout cela peut avoir existé ?
- Pourtant c’est l’entière vérité, cette histoire a été totalement effacée de la mémoire des habitants du Conglomérat.
La jeune fille dut baisser la tête en courbant le dos pour tenter de conserver son calme.
- Et pourquoi connaissez-vous encore ce passé oublié ? Demanda t’elle en relevant le visage en direction de Maître Guyt’Ji.
- La magie fait partie de nous, elle vibre dans notre sang et notre corps, nous ne pouvons pas nous séparer d’elle et personne ne le peut.
- Alors comment avez-vous survécu à ces guerres d’éradication ?
Guyt’Ji la regarda avec attention, elle comprenait vite malgré le choc des révélations.
- Nous utilisons toujours la magie, l’Empereur et ses forces obscures en ont peur, ils craignent que nous brisions la main mise qu’ils possèdent sur ces terres.
- Et qu’est ce que je viens faire dans cette histoire ?
L’elfe s’approcha de Lynaïs et posa une main sur son visage avec douceur. Elle frissonna sous le contact chaud de la peau du maître archer.
- Il y a en toi cette magie, je la croyais perdu pour la race des humains, mais je peux faire de toi l’un des archers mages des anciens temps, je peux t’apprendre. Il y a un grand risque pour ta vie, les hommes de l’Empereur surveillent la magie et ses pratiquants, les soldats de l’Inquisition.
- Les hommes en noir.
- Oui ceux là même, répondit l’elfe, ils ne veulent surtout pas que les habitants du Conglomérat découvrent la vérité.
La jeune fille prenait le temps de bien assimiler tout ce qu’elle venait d’entendre, le mensonge, le danger, l’existence de la magie. Elle devait faire un choix qui changerait toute sa vie entière, apprendre à contrôler une force qui vivait en elle depuis toujours sans qu’elle ne le sache. Le chalenge lui plaisait, elle voulait devenir forte, pour pouvoir montrer à Onèan qu’elle avait progressé.
Lynaïs fixa l’elfe avec intensité, son regard était rempli de détermination qu’elle voulait lui montrer.
- Je suis prête à prendre le risque, je voudrais apprendre à maîtriser la magie.
Maître Guyt’Ji sourit pour la première fois.
- Je vais prendre en charge la suite de ta formation, je vais demander à ton professeur de me laisser t’occuper de toi.
- Il acceptera ?
- J’en fais mon affaire, te voilà entrer dans un monde qui te réserve de nombreuses surprises, mais ce monde recèle aussi des zones d’ombres qu’il va te falloir découvrir et combattre de toutes tes forces.
La jeune fille hocha la tête, elle avait fait son choix, et elle ne reculerait pas.
- Maintenant partons, reprit le maître archer, je dois te ramener au campement pour le moment, demain nous commencerons notre entraînement ensemble
Lynaïs suivit son nouveau maître en gardant le silence, elle voulait maintenant ordonner ses pensées. Elle se rendait compte qu’elle avait choisi une voix dangereuse et incertaine, pourtant elle ne pouvait cacher l’excitation que montait en elle lentement. Les gravures qu’elle avait aperçu montrait des archers tirant des éclairs, allait elle réussir à en produire également ?
La jeune fille sourit en pensant à ce qu’elle allait découvrir, elle travaillerait dure pour devenir la meilleure archère possible. Elle pourrait ainsi montrer à Onèan et ses amis tous ses talents gagnés par son entraînement.
Un nouvel avenir s’ouvrait pour Lynaïs, et la jeune fille le prenait à bras le corps.
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Très loin de la forêt des elfes, dans le relais de Spectalut sur la route de Paragahi, Onèan refermait le livre de son père, le cuir craqua sous la pression de ses doigts. Il avait les yeux grands ouverts, de surprise, de peur et de colère mêlé. La magie existait, elle était là, tout autour d’eux, et elle avait été cachée à toute la population du Conglomérat.
Le carnet était un recueil de note et d’histoires sur le plus grand secret que les autorités du Conglomérat avaient essayé de cacher depuis des siècles. Ces terres étaient autrefois baignées par la magie, elle régissait la vie des habitants et codifiait leur quotidien. Toutes les légendes sur les guerres perpétuelles qui agitaient les différents contés étaient en partie qu’une invention pour justifier l’invasion.
L’Empereur et ses navires arrivèrent en effet par de là les océans pour venir ici créer un nouveau royaume. Exacerbant les haines entre les peuples, des guerres éclatèrent et l’Empereur se dressa comme un rédempteur venu apaiser le monde. Peu à peu, il gagna du terrain, écrasant de sa poigne toute résistance pour finir par créer le Conglomérat tel qu’il était aujourd’hui.
Une fois toutes les terres annexées, l’Empereur a créé l’Inquisition, une force armée cachée qui avait un seul but, éradiquer la magie. Les hommes en noir ont traqués les pratiquants de la magie, usant eux même de leur pouvoir pour les détruire. Ils voulaient effacer de la mémoire toute trace de son existence.
Pourtant, la magie a survécu, des personnes ont pu fuir pour sauver le savoir accumulé après des siècles. Certains prirent la direction des massifs montagneux du nord, se cachant dans les innombrables vallées inconnues. D’autres s’enfuirent dans la forêt de Veraï, devenant ainsi le symbole des sauvages aux yeux du Conglomérat, un bon prétexte pour mener des attaques ponctuelles.
Des ilots de résistance se formèrent tout de même, les elfes conservèrent toute leur puissance. L’Inquisition les laissait tranquille s’ils ne divulguaient pas lé vérité, sous peine d’un anéantissement pure et simple. Les terres du Sud étaient également un lieu de légende, la magie restant bien vivante, et les peuples mystérieux la protégeaient toujours.
Parmi toutes ces notes, Onèan fit une découverte qui le bouleversa encore plus, les Terrenoir étaient les descendants d’une puissante famille de guerriers magiciens, appelé des mages paladins. La magie coulait dans ses veines comme son sang. Le jeune homme regarda ses mains avec un autre regard, comme si elles étaient devenues étrangères à ses yeux.
A la fin du livre, un texte avait été écrit rapidement, l’écuyer reconnaissant l’écriture de son père. Il demandait à Maître Garynlos de prendre soin de cet ouvrage et de le donner à son fils quand il serait assez âgé pour le comprendre. Le jeune homme avait entre les mains le véritable testament de son père, celui-ci lui demandait de poursuivre sa quête, de chercher la vérité et de délivrer les terres du Conglomérat de l’emprise de l’Inquisition.
Onèan soupira, il posa le livre sur son lit et se leva. Il marcha jusqu’à la fenêtre de sa chambre et l’ouvrit. Le jeune homme s’accouda au rebord et regarda le ciel. Les étoiles brillaient de leur éclat habituel, la lune lançait ses rayons blafards et fantomatiques. Onèan plongea son regard dans l’astre nocturne.
- Père, pourquoi m’as-tu caché tant de chose ? Que suis-je sensé faire, dois je reprendre la suite de tes recherches ?
Une brise glacée vint le frapper en plein visage, venu du nord lointain. Le jeune homme frissonna, les yeux embués de larmes.
- Tu me manques tant Père.
Il baissa la tête laissant ses larmes couler le long de son visage, il pleura, se laissant aller à la tristesse, juste pour ce soir.
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