Bonjour lecteur ^^
Laissons Onèan et Lynaïs sur ce précédent chapitre pour nous intéresser un peu à Mel, Ekart et Patinil.
L'écuyère part pour la grande montagne du Nord, bien loin de sa maison et de sa région qui la vu naitre. Elle doit aussi faire l'apprentissage de la vie et de l'éloignement.
Ekart et Patinil se trouve encore à l'Académie, leur formation a besoin de quelques semaines pour se conclure. Les deux jeunes gens vont faire des découvertes qui vont changer leur vie à tout jamais.
Bonne lecture ^^
===========================================================
CHAPITRE 14
L'Inquisition
Un vent froid venu des montagnes balaya la poussière de la route en une bourrasque glacée. Les deux cavaliers resserrèrent les pans de leur manteau sur leurs épaules pour combattre la morsure du souffle glacée.
- Mais pourquoi il fait si froid, ce n’est pas encore l’hiver, fit Mel en frissonnant.
Sir Gaudric éclata de rire.
- Ce n’est qu’une petite brise, les tempêtes de neige peuvent vous geler sur place dans les montagnes.
- Quoi ?
Le Chevalier se mit à rire à nouveau devant le visage défait de la jeune fille.
- Tu t’y habitueras, ne t’inquiète pas, nous te fournirons des vêtements plus chauds que ceux que tu portes.
- Je suis pressée de les avoir.
- Dans une semaine, nous devrions être à la forteresse je pense, si le temps se maintient évidement.
Les deux cavaliers avaient quitté la capitale depuis une semaine déjà, et leur route s’était bien déroulée. Plus ils s’approchaient des montagnes, plus le temps se faisait plus menaçant, de gros nuages gris envahissaient le ciel et les bourrasques de vent froid soufflaient avec force.
Sir Gaudric et Mel avaient très vite sympathisé, le chevalier était très chaleureux. Il possédait des cheveux poivres et sels coupés courts, et une moustache de la même couleur qui dépassait de chaque coté de sa bouche jusqu’à son menton. Son visage était parcouru de rides et de cicatrices qui montraient son expérience et son age. Malgré tout, il était grand avec une carrure d’athlète, habitué à voyager et à se battre. Il était toujours un guerrier habile, respecté pour son expérience et sa maitrise de l’épée et de la lance.
L’homme aurait pu très bien devenir un officier parmi la chevalerie, plusieurs fois des propositions lui avaient été faites. Mais Sir Gaudric n’aimait pas les éloges et les grades, il préférait garder sa liberté. Restant simple chevalier, il était devenu l’un des meilleurs formateurs d’écuyers, tous les jeunes gens passaient entre ses mains étaient connus pour leur courage et leur force.
Sir Gaudric s’amusait beaucoup au dépend de sa nouvelle écuyère, elle était sympathique mais très frileuse. Il n’avait encore jamais eu de jeune fille à entrainer, mais pour lui le sexe n’était pas un obstacle pour devenir un membre de l’ordre.
- Tu prendras vite tes marques, j’en suis sûr, reprit le chevalier.
- Merci Sir Gaudric.
- Pas besoin de me remercier, je suis ton tuteur et je dois te préparer à devenir un chevalier.
Mel était toujours un peu inquiète, elle partait totalement vers l’inconnu, elle qui n’avait pas été plus au nord que la capitale, et encore seulement par la cote. Le chevalier s’en était aperçu rapidement, il voulait la tranquilliser sur sa vie là dans la forteresse.
- Quand nous seront arrivés, tu verras le fonctionnement de la citadelle, le temps se partage entre les patrouilles en montagne, les tours de gardes sur les remparts et les tours de guet, et enfin les entrainements. Tu ne pourras pas t’ennuyer, ne t’inquiète surement pas.
La jeune fille sourit en resserrant les pans de sa cape.
- Et avec nos voisins ?
Sir Gaudric esquissa un sourire.
- Ils sont plutôt tranquille ces temps si, les orcs et les barbares Taugres viennent de temps en temps non loin de la forteresse pour voir si nous sommes toujours là. Du coté des koradjis, le climat est calme, nous ne les voyons pas et je peux t’assurer que j’en suis bien content.
- Mais il n’y a jamais de combat ?
- Oh ! Pour cela tu en auras ton lot, ne sois pas si pressé, les orcs et les Taugres arrivent en bandes peu organisées, une patrouille suffit à les repousser, mais ils sont toujours très dangereux et leurs armes peuvent tuer.
Mel hocha vivement la tête, elle savait que la zone où elle avait été envoyée pouvait devenir particulièrement dangereuse. En cas d’invasion venu du Nord, les forteresses du Nord étaient les premières à être attaqué. L’imposante citadelle du Corbeau était une place forte qui n’était jamais tombé, même au pire des invasions barbares.
- Tu auras besoin d’un entraînement quotidien pour devenir une garde de la frontière Nord aguerrie.
La jeune fille le savait bien, et elle n’hésiterait pas à aller jusqu’à l’épuisement pour devenir assez forte et atteindre ainsi son but : devenir chevalier. Regardant droit devant elle, Mel fixa un point dans le lointain, elle fronça des yeux et essayant de voir ce que s’était.
- Ce ne serait pas de la fumée au loin là-bas ?
Sir Gaudric regarda dans la direction que la jeune fille lui indiquait.
- Oui, il me semble.
En se rapprochant, ils se rendirent compte que le panache de fumée était bien plus grand qu’ils ne l’imaginaient.
- Il y en a trop pour qu’il ne s’agisse que d’un feu de cheminée, commenta le chevalier.
- C’est un corps de ferme.
- Un incendie peut être ?!
L’excitation se lisait dans le ton de la voix de la jeune fille.
- Il faut aller voir, reprit t’elle à brûle pourpoint.
- Attends un peu que nous nous rapprochions pour mieux voir.
- Mais il sera peut être trop tard !
Le regard de Mel se fit plus brillant d’un seul coup, après une semaine bien trop tranquille, elle avait enfin l’occasion de se changer les idées. Le chevalier restait indécis pour sa part, les habitants d’une ferme isolée savaient affronter toutes les situations.
- Ce n’est qu’un petit incendie …
Mais l’homme n’avait pas achevé sa phrase que Mel partait au galop en direction du groupe de bâtiment. De la poussière volait dans les airs au rythme de sa course effrénée, Sir Gaudric avait stoppé sa monture en ouvrant les yeux stupéfait.
- Je savais la jeunesse pleine de fougue, mais j’ai l’impression que cette demoiselle remporte la palme.
Le chevalier poussa un soupir de résignation, il finit par talonner les flancs de sa monture pour rattraper son écuyère. Mel galopait sur la plaine sans s’occuper du reste, elle allait enfin avoir un peu d’action. Son avance sur son tuteur était déjà importante, elle arriverait au corps de ferme bien avant lui.
Au fur et à mesure qu’elle s’approchait des bâtiments, elle commençait à avoir une meilleure vue de la situation. Une aile de la ferme était en flamme, une épaisse fumée montait dans le ciel avec une odeur âcre de paille brulée. Elle voyait trois hommes en arme qui menaçaient les habitants de la maisonnée. Un autre homme malmenait un vieil homme qui essayait de se dégager de la poigne de son tortionnaire.
Ce dernier était entièrement habillé de noir tout comme les soldats, mais il portait en plus une cotte de maille sombre et un casque gris anthracite. La visière du heaume était baissée cachant son visage à la vue de la jeune fille qui ne pouvait pas le décrire. Ils arboraient tous les quatre un insigne inconnu à la jeune fille, une serre d’aigle noire sur fond rouge.
Prise dans son élan, Mel se laissa emporter par ses sentiments, elle ne voulait pas voir de simples villageois ainsi maltraités sans qu’elle ne fasse rien. L’écuyère tira son épée de son fourreau et saisit son bouclier de son autre main. Gardant les rênes serrées de la main gauche protégée par l’écu, elle brandit son arme au dessus de sa tête en poussant un cri de colère.
Surpris, les soldats furent complètement pris au dépourvu par l’arrivée inopportune de la cavalière. La jeune fille assomma du plat de l’épée l’homme le plus proche et donna un violent coup de pied dans la mâchoire d’un autre qui s’écroula en gémissant. Dans son élan elle chargea l’homme au casque noir qui avait pris son arme après avoir jeté à terre son prisonnier.
La jeune fille tenta de frapper son adversaire à la tête profitant de sa position haute plus avantagée pour le combat. En bougeant à peine de sa position, l’étrange guerrier pivota sur sa droite et évita l’épée de l’écuyère. L’inexpérience de Mel joua alors en faveur de son adversaire, après son premier passage, son flanc resta sans protection.
Profitant de l’occasion qui lui était offerte, il frappa de sa masse le corps de la cavalière. Mel poussa un cri de douleur, elle ne portait qu’une tenue de cuir et le choc fut particulièrement violent. Elle vida ses étriers et tomba sur le sol dans un nuage de poussière, désorientée elle était maintenant à la merci de son adversaire.
Sir Gaudric arriva à ce moment précis, et écarquilla les yeux en voyant l’adversaire de la jeune fille. Il descendit de sa monture encore en mouvement et il s’interposa entre l’écuyère et l’homme en noir qui avançait vers elle.
- Seigneur Inquisiteur, excusez la, elle ne savait pas que vous étiez en mission.
L’homme qui portait la masse suspendit son geste, il s’apprêtait à frapper son adversaire, mais l’intervention du chevalier l’en avait empêché. Il souleva sa visière pour dévoiler un visage rude portant une balafre qui lui barrait la face. L’homme regarda avec dédain la jeune fille avant de fixer le nouveau venu avec colère.
- Vous êtes un chevalier protecteur, je suppose que c’est votre écuyer ?
- Oui messire, elle est encore jeune et pleine de fougue, elle ne connait pas encore toutes les règles.
L’inquisiteur regarda de nouveau la jeune fille qui se relevait à peine du coup qu’elle avait reçu il y a peu.
- Elle manque d’éducation, quelques coups de fouet parviendraient surement à lui faire garder en mémoire qui sont ses supérieurs.
Sir Gaudric sentit la nervosité de l’homme malgré la distance qui les séparait.
- Je vous assure qu’elle ne le savait pas, je la réprimanderais pour ce qu’elle à fait, veuillez lui pardonner.
L’inquisiteur serra le manche de sa masse d’arme, il semblait hésiter, sa colère était grande et il avait envi de se défouler. Un gémissement de l’homme qu’il tenait quelques instants plus tôt lui rappela ses devoirs. Il pesta en crachant sur le sol, remettant son arme à sa ceinture.
- J’ai à faire, elle a beaucoup de chance je trouve, pour cette fois je veux bien laisser passer. Mais quelle ne recommence pas ce genre de charge stupide et inconsidérée, où alors je m’occuperais d’elle personnellement. Je me ferais une joie de laisser sur sa peau nue des marques inaltérables de ma colère.
Le ton du soldat en noir était froid et autoritaire, la voix de l’homme montrait qu’il était tout à fait prêt à mettre ses menaces à exécution. Sir Gaudric comprit qu’il venait de frôler une catastrophe qui aurait entraîné beaucoup de conséquences.
- Je veillerais à lui faire comprendre Inquisiteur.
Sans lui prêter plus d’attention, l’homme en cotte de maille anthracite donna des ordres à ses soldats. Ils se relevaient tant bien que mal après les coups qu’ils avaient reçus. De la honte se lisait dans leurs yeux, ils auraient surement bien voulu se venger sur l’écuyère présomptueuse.
- Emparez vous donc de notre prisonnier au lieu de rester à ne rien faire, aboya l’Inquisiteur avec colère, vous n’êtes même pas capable d’empêcher une gamine de vous flanquer une raclée.
Les hommes en noir serrèrent les dents sans rien dire, ils se saisirent du prisonnier couvert de sang. Battu et blessé, il ne pouvait pas s’enfuir pour se soustraire à la poigne de ses tortionnaires. Ils quittèrent la ferme sans se préoccuper des flammes qui ravageaient l’aile de l’habitation.
Les habitants de la maisonnée attendirent que les membres de l’Inquisition ne soient plus en vu pour combattre l’incendie. Avec quelques sots et beaucoup de courage, ils se mirent à l’ouvrage pour sauver le bâtiment.
Sir Gaudric s’occuper de son écuyère, elle était assise sur le sol, se tenant le flanc meurtri. Les pensées encore embrouillées, Mel se sentait perdue et nauséeuses.
- Tu vas bien, tu n’es pas blessée, demanda le chevalier en posant une main sur son coté.
Elle fit non de la tête.
- Je ne pense pas, le coup a été amorti par la cape et ma tunique, mais je pense que je vais souffrir des côtes pendant quelques temps.
La jeune fille poussa un soupir en fermant les yeux.
- Par contre le mal de tête ne va pas me lâcher de si tôt.
- La chute a été plutôt rude.
Mel leva la tête vers son tuteur.
- Mais qui est cet homme que vous avez appelé « inquisiteur » ? Pourquoi ont-ils le droit de faire des choses pareilles sans être inquiété ?
Sir Gaudric fixa son écuyère.
- Il fait parti de l’Inquisition, l’armée secrète de l’Empereur, ils sont très dangereux et ils ont absolument tous les droits. Ne refais plus jamais ça contre l’un d’entre eux, je ne pourrais pas te sortir d’affaire aussi facilement à chaque fois.
- J’ai entendu mon père en parler, mais il n’osait pas le faire en notre présence.
Le chevalier connaissait l’identité du père de la jeune fille.
- Il devait collaborer avec eux sans avoir le choix, tous les dirigeants de chaque conté doivent les laisser faire ce qu’ils veulent, sans intervenir.
- Ce n’est pas juste, fit Mel.
- Je le sais bien, mais il y a des forces que personne ne peut combattre.
Sir Gaudric se releva.
- Je vais aider ces pauvres gens à éteindre l’incendie, repose toi pour le moment.
La jeune fille voulut se lever pour aider elle aussi, mais elle en était incapable, sa tête lui tournait trop. Elle dut se contenter de regarder les autres combattre les flammes sans pouvoir agir, un voile de douleur devant les yeux.
Mel repensa à ce qu’elle venait d’assister, elle comprenait maintenant pourquoi son père les forçait à rester dans leur chambre certain jour. Il devait recevoir les membres de l’Inquisition et il ne voulait pas que ses enfants soient témoin de leur malveillance.
L’Inquisition agissait impunément, maltraitant et terrorisant la population sans aucune pitié. Elle se jura de ne pas oublier ce jour et de tenter par tous les moyens de soustraire la population à leur agissement, quitte à risquer sa propre vie.
============================================================
Une nouvelle année était déjà entrain de se préparer pour l’Académie, les examinateurs étaient partis dans tous les contés du Conglomérat pour chercher des jeunes gens. Une bonne partie des étudiants était partie pour poursuivre leurs études avec des tuteurs dans leur métier.
Quelques branches avaient besoin de plus de temps pour que leurs élèves soient parfaitement prêts à entrer aux services de leurs ainés. Les métiers les plus exigeants demandaient plusieurs mois supplémentaires d’apprentissage, des écoles de plus petites importances prenaient également la suite de l’Académie.
Les élèves diplomates faisaient partie des catégories qui exigeaient plus de travail et plus de temps pour former des personnes prêtes à entrer au service des ambassades. Avec le départ des autres étudiants, les couloirs commençaient à devenir bien vide, de nombreuses salles de classe se trouvaient alors inoccupées.
Madeline était partie également, sa formation se poursuivait au sein d’un des nombreux temples qui existaient dans le Conglomérat. La jeune fille avait été envoyée dans un monastère situé au centre du Conglomérat, elle allait devoir travailler ses pouvoirs de guérison qui lui faisaient défauts. Patinil et Ekart lui avaient fait leurs adieux, comme à leurs autres compagnons.
Bien qu’un peu trop naïve, Madeline restait une amie aux yeux des futures diplomates. Les grosses larmes exagérées de l’élève prêtresse avaient coulé abondamment, pour ne pas déranger à ses habitudes émotives. Les deux jeunes gens qui se retrouvaient en tête à tête se rendirent compte que les exubérances de leur amie leur manquaient presque.
Pour le moment, ils marchaient l’un à coté de l’autre dans les couloirs déserts du bâtiment principal. L’étage réservé aux bureaux des professeurs étaient tout aussi vides que le reste de l’Académie. Une partie d’entre eux faisait parti des observateurs de l’Académie, tandis que les autres en profitaient pour prendre un peu de repos avant de retourner aux salles de classes et à leurs élèves. Un messager de l’école était venu les chercher quelques instants plus tôt, l’un des professeurs de l’Académie voulait les voir en particulier.
- Tu sais ce que nous veut Maître Hirgur ?
Ekart regarda son amie.
- Je ne sais pas, les examens viennent juste de se terminer, il veut peut être nous parler de nos affectations en privé.
- Pourquoi en privé et pas en même temps que les autres ?
- Là, j’avoue que je ne sais pas.
Patinil lança un regard amusé à son camarade.
- Tu ne sais pas quelque chose dans l’Académie, je suis très surprise.
- J’ai de multiples sources pour m’informer de ce qui se passe dans cette école, mais hélas avec le temps et les absences, le nombre de mes informateurs diminue.
- Tu fais parler des professeurs ?!
Le jeune homme se permit un petit sourire.
- Entre autre …
Elle n’en revenait pas.
- Toi qui adore élaborer des hypothèses, tu n’en as pas une à me proposer, lança Ekart.
La jeune fille secoua la tête faisant voleter ses boucles blondes.
- Maître Hirgur est un intervenant extérieur qui ne dispense que peu de court, j’ai l’impression qu’il est surtout là pour surveiller. J’avoue que cela m’inquiète autant dans le flou.
- Nous ne risquons rien à l’Académie, que veux tu qu’ils nous arrivent franchement ? Nous serons bientôt fixés de toute façon, nous voilà devant la porte de son bureau.
Ekart frappa quelques coups brefs sur l’huis en bois.
- Entrez, fit une voix grave.
Les deux jeunes gens entrèrent dans la pièce en silence, affichant un visage neutre. Maître Hirgur était une personne sombre et très secrète, peu de gens connaissaient ce qu’il avait fait ou bien d’où il venait. Il portait toujours de grands vêtements noirs qui le dissimilait complètement, si bien que personne ne pouvait juger de sa carrure.
De taille moyenne, Maître Hirgur inspirait autant de la crainte que de la curiosité. Son visage était toujours impassible et sans âge, parfaitement lisse avec des joues rondes. Sa peau était blanche rajoutant à son allure troublante, pourtant ses yeux gris étaient perpétuellement en mouvement, rien ne lui échappait. Son enseignement portait sur la dissimulation et l’art du secret, il agissait en tant qu’intervenant extérieur que comme un simple professeur.
- Ojir, Caras, vous voilà enfin.
Les deux étudiants saluèrent leur professeur avec déférence. L’homme s’était tourné vers eux en affichant un grand sourire, mais étrangement aucune chaleur ne semblait en sortir, comme caché par un masque invisible.
- Je vous remercie d’avoir répondu à ma demande d’une manière aussi prompte, j’aime les personnes dynamiques et sûres d’elles.
Il désigna deux sièges situés devant son bureau d’un geste plein de cordialité. Les étudiants s’installèrent dans les fauteuils confortables, restant tendus malgré la bonne humeur montrée par le professeur.
- J’imagine que vous vous demandez pourquoi je vous ai demandé de venir me rejoindre dans mon bureau.
Les élèves hochèrent la tête.
- Je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps, je sais que vous avez encore beaucoup de travail pour devenir de grands diplomates pour la gloire du Conglomérat.
Maître Hirgur se pencha en avant les mains jointes sur son bureau, il fixa les deux jeunes gens tour à tour.
- Vous êtes de loin nos deux meilleurs élèves de notre promotion de cette année, vous avez réussi vos examens avec une facilité déconcertante, je voulais vous en féliciter.
Ekart et Patinil attendirent la suite sans dire un mot, l’un comme l’autre savait très bien qu’il ne les avait pas fait venir pour seulement les féliciter.
- J’ai une proposition à vous faire, je connais des gens qui sauront faire de vos talents de véritables armes pour la puissance de l’Empereur.
Ekart devint suspicieux, il trouvait le ton de l’homme bien trop exalté. Patinil restait impassible, mais elle cherchait surtout à cerner le personnage qu’elle avait devant elle.
- Et de qui il s’agit si je peux me permettre ? Demanda le jeune homme d’une voix posée.
- Caras, toujours aussi direct, c’est ce que j’aime chez vous.
Il se redressa sur son siège avec un regard rempli de fierté.
- L’Inquisition.
Ekart se tendit alors que Patinil ne comprenait pas de qui il s’agissait.
- Bien évidemment, je vous laisse réfléchir à cette proposition, je ne veux pas vous forcer en quoi que se soit. Mais sachez que c’est une très grande chance, vous serez dans l’élite des forces du Conglomérat. J’attendrais votre réponse demain, mais je sais qu’avec vos talents un grand avenir s’ouvre pour vous, réfléchissez à cela.
L’homme appuya ses derniers mots en les fixant avec intensité.
- Très bien Maître Hirgur, fit Ekart précipitamment, merci beaucoup de nous avoir accordé un peu de votre temps, nous allons réfléchir bien entendu.
Le jeune homme se leva en prenant le bras de son amie pour qu’elle en fasse autant. Il salua avec déférence et respect le professeur pour ne pas l’alarmer.
L’étudiant se retourna et entraîna sa camarade vers la porte du bureau fermé.
- Je vous dis à demain, lança Maître Hirgur depuis son siège.
Ekart le salua de la tête une dernière fois avant de sortir, Patinil eut à peine le temps d’en faire autant. Une fois dans le couloir, elle lui jeta un regard plein de surprise.
- Mais pourquoi tu m’as fait partir si vite, j’aurai bien voulu en savoir plus sur l’In …
- Ne dit pas ce nom si fort, c’est très dangereux.
- Comment le fait de prononcer un mot serait dangereux.
- Suis-moi, je vais te montrer quelque chose.
Ekart marcha dans les couloirs d’un pas pressé et décidé, suivi par sa camarade qui ne comprenait pas sa réaction dans le bureau du professeur. Elle reconnut la direction prise par son ami, ils franchirent sans surprise la grande porte en bois sculpté qui permettait d’entrer dans la grande bibliothèque de l’Académie.
Le jeune homme savait exactement où ils devaient aller, il venait aussi souvent que Patinil au milieu des rayonnages pour apprendre le plus de chose possible. Il devait pouvoir parler de n’importe quel sujet de discussion, un diplomate n’était jamais pris au dépourvu grâce à ces connaissances et son savoir.
Ekart passa par l’allée central dans la grande salle silencieuse, peu d’étudiants se trouvaient ici en ce moment. Le responsable de la bibliothèque devait se trouver dans son bureau à dormir comme il le faisait très souvent. Il tourna alors dans un rayonnage bien précis, s’enfonçant au milieu des livres.
La jeune fille observait la tranche des livres, ils se trouvaient dans le rayonnage des sciences et des mathématiques. Surprise par le choix de son ami, elle se demanda pourquoi il les avait emmené dans cet endroit de la bibliothèque.
- Je ne savais pas que tu t’intéressais aux chiffres et aux formules.
- Ce n’est pas un sujet que j’affectionne particulièrement, répondit le jeune homme.
- Alors que faisons nous là ?
Sans lui répondre, Ekart glissa sa main à l’intérieur d’une des étagères de livres. Il retira alors un vieil ouvrage à la couverture de cuir craquelée, il semblait ancien, son titre était effacé par le temps et les dorures passées.
- Comme tu vois, reprit le jeune homme, je viens ici pour cacher les ouvrages que je juge particulièrement intéressant.
- Et il y en a d’autres comme ça ?
Patinil s’approcha pour regarder, mais son ami se campa devant elle pour éviter qu’elle n’aille fouiller un peu plus loin.
- Là n’est pas la question, je voulais surtout te montrer ce livre.
Il le tendit à son amie qui s’en saisit avec délicatesse, il était lourd entre ses mains fines. Elle sentait la texture du cuir de la couverture, une manière de travailler qui n’existait plus aujourd’hui dans les imprimeries.
- Quand j’ai découvert ce livre, expliqua Ekart, j’ai compris que je tenais un ouvrage très dangereux, j’ai préféré le cacher ici pour que personne ne le découvre.
- Mais qui y a-t-il donc de si précieux à l’intérieur ?
- Lis le, et tu comprendras ce que je veux dire.
Devant l’insistance de son camarade, Patinil finit par s’exécuter et elle ouvrit le livre pour découvrir le titre.
- « Les premiers temps », lut t’elle à haute voix, c’est un traité d’histoire ?
Ekart hocha la tête.
- Une étude qui montre la création du Conglomérat avec une explication de la vie avant l’arrivée de l’Empereur.
- Mais comment un livre comme celui là peu se trouver ici ? Les professeurs nous ont bien dit que très peu d’ouvrages existaient sur cette période.
- Il y a eu une campagne de censure, et ce livre a échappé à la destruction sans savoir vraiment comment.
- La censure ?
Le jeune homme désigna des marque-pages dans la reliure du livre.
- Regarde directement aux endroits que j’ai noté, tu sauras alors de quoi je veux te dire.
En silence, la jeune fille se mit à lire les passages marqués par son ami. Au fur et à mesure de sa lecture, ses yeux s’agrandirent de surprise, elle n’arrivait pas à croire ce qu’elle voyait. Elle dévora littéralement les paragraphes à une allure folle. Ekart se garda bien de parler pour lui laisser le temps de bien comprendre tout ce qu’il y avait d’écrit que les pages de l’ouvrage. Lui-même avait eu besoin de lire plusieurs fois le livre pour se rendre compte véritablement de l’ampleur de la découverte.
- Mais … Mais est ce seulement vrai ?
Patinil fixa son ami.
- L’Inquisition existe, elle est là pour en attester.
- Comment ont-ils pu nous cacher tant de chose ?
- Je ne le sais pas, mais ce que j’ai compris c’est que notre monde a été créé sur une montagne de mensonges et de cadavres. Encore aujourd’hui, les assassinats et les persécutions continuent, il suffit de voir la peur qu’inspire le seul fait de parler de cette organisation.
La jeune fille dut s’asseoir sur une chaise proche pour ne pas tomber, le poids de la vérité était lourd à porter. La fougue dans la voix de son camarade était palpable, elle la comprenait au vu de la vérité qu’elle devait maintenant affronter.
- Je crois que l’Inquisition n’est vraiment pas une bonne option pour l’avenir, finit par dire la jeune fille.
- Voilà pourquoi je ne voulais que nous restions plus longtemps.
Patinil montra le livre en fixant son ami.
- Et maintenant, nous faisons quoi ?
- Je me pose la question depuis que j’ai lu ce livre, je ne sais pas ce que nous devons vraiment faire.
- J’ai du mal à me faire à l’idée que je vais travailler pour un gouvernement qui manipule tous les habitants du Conglomérat.
Les paroles de la jeune fille firent naître une idée folle dans la tête d’Ekart. Il porta une main à son menton pour réfléchir, il se mit à faire les cent pas devant son amie qui se demandait bien quelle mouche l’avait piqué.
- Qu’est ce que tu as ?
- Je réfléchis.
- Je le vois bien, je ne suis pas aveugle, mais à quel sujet.
Il s’arrêta soudainement et lui fit face.
- Et si nous essayons de combattre l’Inquisition.
Elle le regarda avec curiosité.
- Nous battre ?
- Oui, pourquoi ne pas tenter de réunir des preuves sur les mensonges éhontés du gouvernement en place pour dire la vérité au peuple et confondre les assassins.
- Tu voudrais que nous nous retournions contre le Conglomérat ? Mais c’est la folie.
- Pas tout à fait, je te propose de chercher les indices et mener notre enquêtes pour dénoncer les exactions de l’Inquisition, et honorer la mémoire des gens massacrer par cette organisation.
L’idée fit réfléchir Patinil à son tour, elle commençait à comprendre ce que voulait dire son ami.
- Je suis d’accord, nous devrions essayer.
Ekart afficha un grand sourire, il montra alors un autre marque-page à son amie.
- Il faut que tu lises ce passage, tu vas avoir une autre surprise.
Intriguée, Patinil tourna les pages pour atteindre la partie montrée par le jeune homme. A peine avait elle commencé à lire qu’elle se redressa, les yeux agrandis pas la surprise.
- La magie ! Mais qu’est ce que ça veut dire.
Ekart sautait presque de joie.
- Elle existe partout autour de nous, l’Inquisition a tout fait pour la cacher et elle continue encore, pourtant la magie existe !
- J’ai tant de mal à y croire, comment ont-ils pu effacer de toutes les mémoires son existence ?
- La terreur, la mort, la torture, ils ont tout fait pour qu’elle disparaisse, les terres anciennes du Conglomérat baignaient dans la magie.
La jeune fille dut s’adosser à la chaise, laissant tomber ses bras sur ses genoux.
- Je suis perdue.
- Moi aussi j’ai eu du mal à le croire, mais j’ai fait des recherches et j’ai pu découvrir d’autres indices, mais ils sont cachés au milieu de paragraphes sans rapport. Nous devons garder ce livre avec nous et chercher dans la bibliothèque d’autres preuves. Il doit y en avoir caché dans tous ces ouvrages, à nous de les trouver.
- Mais avec notre refus, Maître Hirgur risque d’avoir des suspicions.
- Non, nous allons lui dire que nous avons décidé d’intégrer la confrérie des diplomates, il n’aura pas de soupçons.
Patinil referma le livre avec soin, elle n’aurait jamais imaginé se lancer dans une telle entreprise. Mais elle devait bien se rendre compte que son cœur faisait des bons dans sa poitrine, elle voulait en savoir plus.
- Très bien, alors nous commencerons nos recherches dés demain.
Ekart et Patinil sourirent de concert.
Le lendemain, les deux jeunes gens déclinèrent la proposition du professeur, l’homme fit la moue mais les laissa partir sans autres questions. Ils se mirent alors immédiatement au travail. Ils n’avaient que quelques semaines avant leur départ pour trouver tous les indices qu’ils pouvaient dénicher, de longues journées de travail les attendaient.
===========================================================
Keridan marchait à grand pas dans un couloir du palais, il affichait son air supérieur habituel. Mais cette fois, une lueur de triomphe brillait dans ses yeux, il avait enfin atteint son but, il allait enfin à la rencontre de son destin.
Le jeune homme arriva devant une grande porte gardée par deux hommes en noir à la mine patibulaire. Il montra un parchemin aux soldats qui lui ouvrirent la porte immédiatement en voyant le sceau. Keridan entra alors dans un grand bureau dont les fenêtres permettaient de voir toute la cité de Manilaus et son port.
Un homme habillé tout en noir se leva pour aller à sa rencontre. Il arborait un grand sourire, mais qui ne possédait aucune chaleur, mais qui montrait un personnage calculateur. Le jeune homme n’en fut pas du tout déstabilisé.
- Seigneur De Cerissac, enfin vous voilà.
- Je suis venu dés que j’ai eu votre missive Seigneur Grazea, c’est un honneur pour moi de vous rencontrer.
Keridan s’inclina.
- Je suis heureux que ma proposition vous intéresse, votre formation à l’Académie a été fructueuse pour vous. Votre père est particulièrement fier de ce que vous avez fait entre les murs de cette école, et je dois reconnaître que votre potentiel m’intéresse énormément.
- Merci mon Seigneur.
L’homme lui tendit une broche représentant une serre d’aigle noire sur fond rouge.
- Bienvenu dans l’Inquisition.
Keridan fit un sourire éclatant.
|