Bonjour à vous ^^
La suite de chevalier est avancée ! J'espère qu'elle vous donnera satisfaction comme les précédents chapitres.
Les montagnes du Nord du Conglomérat seront dorénavant le théâtre de Mel, Patinil et Ekart, trois jeunes gens qui vont pouvoir fêter leurs retrouvailles.
Bonne lecture ^^
N'hésitez pas à laisser un commentaire si vous le voulez ^^
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CHAPITRE 22
Retrouvailles
Un vent glacial balayait les étendues désertiques, il s’engouffra soudainement dans la cape de Patinil et l’ouvrit en grand. La jeune fille rabattit avec rage les pans de son vêtement en poussant des jurons d’une voix colérique. Les marchands qui accompagnaient les deux diplomates la fixèrent surpris d’un tel langage de sa part.
Ekart se mit à rire en voyant son amie essayer de contrôler le manteau récalcitrant. Patinil réussit enfin à refermer sa cape, transi par le froid des montagnes. Elle se tourna vers son compagnon et le foudroya du regard.
- Tu trouves ça drôle peut être.
- Assez je dois dire.
La jeune fille pesta de plus belle.
- Mais pourquoi ai-je accepté de te suivre dans ces montagnes ?
Ekart lui sourit.
- Parce que tu ne peux pas te passer de moi ?
- Espèce d’abruti ! Cria Patinil.
Elle se retourna et alla plus loin prés de son cheval, pour ne pas voir la face réjouit de son compagnon. Un des marchands qui regardait la scène avec amusement s’approcha du jeune homme de quelques pas.
- Elle n’est pas très commode votre amie.
- Elle est un peu soupe au lait, mais ça ne dure jamais très longtemps.
- Si vous le dites.
Ekart sourit, il avait pris l’habitude des sautes d’humeur de sa camarade. Il faut dire qu’il n’avait pas eu un voyage de tout repos, la pluie et le froid s’étaient accrochés à leur pas. La monture de Patinil avait perdu un fer, et il avait été obligé d’attendre un groupe de marchand qu’ils devaient absolument accompagner jusqu’au fort. Lui aussi était un peu énervé, mais il arrivé encore une fois à se contenir, là encore au grand énervement de sa camarade.
- Que fait le guide que vous nous aviez promis ? Il en met du temps pour arriver, demanda Ekart au marchand.
L’homme le fixa.
- Je vois que c’est la première fois que vous venez dans cette région, vous ne vous êtes pas renseigné un peu avant ?
- Bien sûr que si, le climat est rude mais je ne comprends pas vraiment l’utilité d’un guide pour prendre une route.
Le marchand sourit devant l’innocence du diplomate ce qui irrita le jeune homme, il n’aimait pas être pris pour un imbécile. Il se contint malgré tout, son métier exigeait une maîtrise de soit en toutes circonstances.
- Voyez vous, nous allons d’abord prendre une route depuis cette intersection qui va nous mener à une auberge au pied du fort, de là nous prendrons un sentier sinueux à flanc de montagne qui ne permet pas de passer plus de deux personnes à la fois. Si une tempête se déclare durant la monté vers le château, nous risquons de nous perdre et de tomber dans un ravin vers une mort certaine.
L’homme se redressa assuré d’avoir impressionné le diplomate par son savoir.
- Alors pourquoi ne vous arrêtez vous pas à l’auberge ? Fit Ekart. Vous ne continuez pas votre route après la passe en direction du Nord ?
- Oh non, pas du tout, nous sommes venus refaire les stocks de la forteresse, nous sommes donc attendus là bas, le commandant nous offrira l’hospitalité, j’en suis persuadé. Nous commerçons avec le bastion depuis plusieurs années, une confiance est nait entre nous.
- Je vois mieux maintenant, nous devrions faire preuves de patiences alors.
- Tout à fait, claironna le marchand avec un doigt en l’air.
Ekart fit un signe de tête pour saluer son interlocuteur avant de s’éloigner vivement de lui. Il sentait un agacement profond l’envahir devant les airs supérieurs du marchand, il était plutôt ravi d’écourter la discussion.
Pour oublier un peu sa colère, le jeune homme se rapprocha de sa camarade partie un peu avant. Elle était occupée une fois encore à vérifier que ses bagages étaient bien attachés à sa selle et ne risquaient pas de tomber.
- J’ai de plus en plus de mal à supporter nos compagnons de route, lança t’il sur un ton agacé.
- Je suis d’accord avec toi, répondit Patinil calmée après son coup de sang, j’en ai surpris un ou deux qui me fixait avec des regards vicieux. Si un seul d’entre eux ose m’approcher, je n’hésiterais pas à calmer leurs ardeurs comme il se doit.
- Je ne t’en empêcherais pas, bien au contraire.
Elle se tourna vers lui.
- Et pourquoi nous nous sommes arrêtés en plein vent ? Je croyais que nous allions continuer ainsi jusqu’à l’auberge au pied de la forteresse du Corbeau.
- Les marchands ne s’arrêtent pas là, ils vont jusqu’au château, et il faut un guide pour grimper jusqu’au sommet sans risque.
La jeune fille poussa un profond soupir.
- J’en ai assez de ce voyage qui traine en longueur, nous avons à peine atteint les montagnes et il me semble que cela fait une éternité que nous avons quitté Manilaus.
- Nous avons perdu seulement une semaine, maintenant nous sommes arrivés et c’est l’essentiel, il faut garder son calme en tout instant, rappelle toi, expliqua Ekart.
Elle fit la moue.
- Je le sais autant que toi, mais honnêtement j’avais besoin d’exploser.
- Le livre est toujours là ?
Patinil le regarda surprise, elle ne s’attendait pas à cette question de son ami.
- Mais comment sais-tu que j’ai vérifié ?
- Parce que tu le fais très souvent, même si c’est discrètement calme toi, personne ne le trouvera là si tu ne te fais pas remarquer.
La jeune fille avait réuni toutes leurs notes sur la magie en un seul ouvrage, un carnet de voyage, plus facile à consulter et à emmener. Elle l’avait caché au milieu d’autres carnets, mais elle avait tout le temps peur de l’avoir perdu.
- Je n’arrive pas à m’empêcher de le faire, c’est plus fort que moi.
Le trot d’un cheval se fit entendre, et un chevalier apparut devant le groupe de voyageurs, suivit d’une demie douzaine de soldats à pied.
- Bonjour à vous marchands, Dame Kuery de l’Ordre de la Lumière, je viens vous escorter jusqu’à la forteresse, nous partirons dés que vous serez prêt au départ.
Enfin le guide était arrivé, c’était une grande femme chevalier. Ekart ne pu s’empêcher de penser à son ami Onèan qui appartenait à l’ordre de la Lumière lui aussi, il aurait bien aimé avoir de ses nouvelles, mais il devait lui aussi être occupé par sa formation. Il se mit en selle pour se préparer au départ.
La plus part des marchands avait réagi promptement à l’arrivée de Dame Kuery, et la caravane se mit en marche quelques minutes après. Personne ne voulait passer une nuit de plus dans cette froide région, un bon lit et un feu les attendaient dans la forteresse.
Le jeune diplomate fit signe à sa compagne de se rapprocher de la tête du convoi, à la hauteur de la guerrière. Il lui fit un grand sourire en se mettant à sa hauteur.
- Bonjour Dame Kuery, je me nomme Ekart Caras et ma camarade Patinil Ojyr, nous sommes diplomates attachés aux régions du Nord.
- C’est vous les envoyés de la Congrégation des Diplomates, nous vous attendions depuis un certain temps déjà.
- Tout à fait noble dame, nous avons voyagé en compagnie de ces marchands ce qui explique notre retard, et nous avons connu quelques déboires en chemin, mais rien de bien grave.
- Vous êtes venus faire quoi dans ce pays perdu ? Espionner les barbares Taugres ?
Ekart se mit à rire de bon cœur.
- Oh dieux, non ! Nous allons juste faire le tour des communautés des montagnes pour conforter nos liens commerciaux.
- Je suppose que vous aurez besoin d’une escorte ?
- On ne peut rien vous cacher, mais quelques hommes devraient suffire amplement, nous ne menons pas une expédition guerrière.
Dame Kuery hocha la tête.
- Vous verrez ça avec le commandant, il vous fournira une escorte convenable pour aller dans ces montagnes.
Le diplomate fit un léger signe d’acquiescement et un sourire, puis il se recula un petit peu pour se mettre à hauteur de Patinil.
- Notre projet de partir seule tombe à l’eau, murmura la jeune fille.
- Je m’y attendais un peu, ça va compliquer les choses mais nous devrions arriver à être seul de temps en temps.
- Ou alors il faudra les semer dans la montagne, fit Patinil.
Ekart secoua la tête.
- Se n’est pas une très bonne idée, cela serait trop suspect, soyons patient et attendons.
Les deux cavaliers restèrent silencieux le reste du chemin, cherchant une solution à leur problème chacun de leur coté. Ils découvrirent alors l’auberge au pied de la forteresse, un établissement grand et rustique qui était typique de ces régions isolées. La caravane ne s’arrêta pas et poursuivit sa route sous la direction de la chevalier.
Le sentier qui menait au bastion est tel que l’avait décrit le marchand à Ekart, long et sinueux. D’un coté se dressait la paroi de pierre abrupte avec des bords tranchants comme des rasoirs, de l’autre un ravin de plus en plus profond au fur et à mesure de la progression. La route exigeait une attention de chaque instant, le silence se fit dans les rangs pour éviter les accidents.
Après une heure de monté lente avec quelques passage très difficiles pour les chariots, les voyageurs furent enfin en vue de la forteresse. Elle était dressée sur un haut plateau de montagne, lançant ces tours de guet à l’assaut du ciel. Le bastion dominait les environs et il semblait menaçant avec ses épaisses murailles et le croassement des corbeaux dans le ciel.
Le pont-levis était baissé et la caravane pénétra dans la place forte. Avec un regard aiguisé, Ekart et Patinil repérèrent les gardes et les moyens de sortir du château. Il fallait toujours se préparer à toutes éventualités même les pires, un précepte maint fois répété au court de leur formation. La caravane fut immédiatement prise en charge par les palefreniers de la forteresse, les marchands et leurs aides s’affairaient déjà à décharger ce qu’ils avaient apporté. Un chevalier notait sur une tablette les marchandises pour voir si rien n’avait été oublié.
Ekart vit une jeune fille prés de l’homme qui comptabilisait les ballots, elle était de dos, mais il lui semblait qu’il l’avait déjà vu quelque part. Soudain il l’a reconnu, et donna un coup de coude à son amie.
- Regarde là bas, ce n’est pas Mel ?
Patinil observa à son tour la jeune fille et sourit en hochant la tête.
- Mais oui, c’est bien elle !
Pourtant avant qu’ils puissent l’approcher, un soldat vint les voir pour les conduire auprès du commandant de la place. Ils pénétrèrent dans la grande bâtisse du château, ils traversèrent le grand hall de réception sans s’arrêter, il n’y avait pas besoin de cérémonie. Le commandant les reçut dans son bureau, c’était une pièce agréable et meublée avec goût.
Un bon feu brûlait dans la cheminée, des tapis et des tentures avaient été disposées un peu partout sur les murs et le sol. Les meubles étaient de très bonne qualité, avec des dorures et des ferronneries d’art. Quelques tableaux et vases précieux complétaient la décoration de la pièce. Le commandant était un homme de goût qui aimait s’entourer de belles choses.
Quand les diplomates entrèrent dans le bureau, le commandant se leva pour venir les accueillirent. C’était un homme de taille moyenne avec un grand sourire chaleureux sur le visage, il avait une longue moustache noire et des cheveux courts de la même couleur. Le commandant ne portait pas l’armure réglementaire des chevaliers, il préférait des habits de nobles en velours beaucoup plus confortable. L’insigne de son grade brillait d’un vif éclat, la fierté se lisait dans son regard.
- Bienvenu à la Citadelle du Corbeau, fit chaleureusement l’homme.
- Merci bien Sir Hyuraze, répondit Ekart en effectuant une petite révérence.
Patinil l’imita en silence.
- Alors c’est vous venez faire un tour des villages de montagnes de la frontière.
- Tout à fait commandant, répondit le jeune homme.
- J’ai reçu un courrier prévenant de votre arrivée, je suppose que vous voulez vous mettre au travail dés que possible ?
- Nous ne pouvons rien vous cacher, mais évidement selon le temps qu’il fera, j’ai cru comprendre que le climat n’était pas vraiment très charitable.
Le commandent éclata de rire.
- Hélas oui, vous aurez besoin d’une escorte armée ?
Patinil devança son ami.
- Un écuyer et quelques soldats suffiront amplement, nous ne voulons pas effrayer les gens des montagnes.
Ekart fut surpris, mais il avait confiance en sa partenaire.
- Et puis, reprit la jeune fille, vous avez besoin de tous vos effectifs pour protéger le Conglomérat.
- Très juste mademoiselle, répondit Sir Hyuraze, mais qui vais-je assigner à votre escorte ?
Le jeune homme comprit soudain où voulez en venir Patinil et enchaîna.
- Je crois que l’écuyère Mel Darvad se trouve ici ?
L’homme réfléchit un petit peu.
- Oui, elle est là depuis quelques temps.
- C’est une amie, vous ne pourriez pas l’assigner pour notre escorte.
Ekart avait parlé sur le ton le plus aimable possible, et Patinil fit son plus beau sourire, elle avait remarqué que le commandent semblait beaucoup l’apprécier. Sir Hyuraze fixait la jeune fille, comme hypnotisé par son regard, puis il hocha la tête.
- Je ne pense pas qu’il y aura de problèmes, de plus elle a déjà été souvent par là bas, elle pourra vous guider au mieux.
- C’est entendu alors, fit Ekart, nous partirons dés que l’escorte sera prête.
- Vous pourrez partir dés demain, je vais faire le nécessaire.
Le commandent appela un messager qui partit immédiatement une fois que le chef de la citadelle lui communique les ordres.
- J’ai vraiment beaucoup de visiteur ces temps ci, reprit le chevalier, je n’ai pas l’habitude d’en recevoir autant.
- Vous avez d’autres invités ? Demanda Ekart.
Le jeune homme avait prit un ton détaché pour camoufler son réel intérêt. Une autre leçon très importante qu’ils avaient apprise à l’Académie était de toujours savoir les personnes qui se trouvaient dans leur environnement immédiat.
- Oh, des ôtes bien plus délicats que vous j’ai bien peur, j’héberge une petite troupe de l’Inquisition entre mes murs.
Les deux jeunes gens masquèrent leur surprise du mieux qu’ils pouvaient, ceux qu’ils cherchaient à fuir le plus possible se trouvaient au départ de leur quête à la recherche de l’ancienne magie.
- Ils me donnent bien du souci je dois dire, reprit le commandant, ils sont là pour inspecter les lieux pour je ne sais quelle mission de grande importance. Le Maître Inquisiteur Mahers n’a rien voulu me dire, certifiant que c’était l’affaire de l’Inquisition et que l’Ordre de la Chevalerie n’avait pas à s’immiscer dans les directives de l’Empereur.
- Cet Inquisiteur soupçonne quelques malveillances contre le Conglomérat ? Fit Ekart avec une voix basse pleine de complicité.
- Avec ce genre d’individus, tout peut leur paraitre suspect. Mais je ne pense pas qu’une mission diplomatique dans les montagnes en direction des villages disséminés dans cette région inhospitalière ne les intéresse.
- Bien évidemment, enchérit le jeune homme en se mettant à rire.
Sir Hyuraze afficha un sourire satisfait, il n’avait pas l’occasion de parler avec d’autres personnes dans le fort, et il espérait pouvoir bien en profiter.
- J’espère que je pourrais compter sur votre présence ce soir pour le diner, je souhaiterais tant pouvoir vous avoir à ma table.
- Se sera avec plaisir, répondit Patinil.
- J’en suis fort aise, nous avons si peu de visiteurs, nous allons pouvoir avoir des nouvelles du Conglomérat, surtout que ce Mahers n’est pas très loquace. Votre beauté embellira à coup sûr le repas malgré la présence de cet oiseau tout de noir vêtu.
Patinil baissa la tête en rougissant, elle savait jouer de son charme et de sa timidité. Le chevalier fut conquis en voyant la réaction de la jeune fille, celui-ci ne put s’empêcher de pousser un soupir de contentement.
- Nous allons prendre congé, je suis persuadé que vous avez fort affaire avec vos obligations, fit Ekart.
- Bien évidemment, je vous dis donc à ce soir, je vais faire le nécessaire pour mettre en place votre escorte et ses besoins. L’écuyère Davard se débrouille très bien avec les hommes, c’est un élément prometteur qui fera surement de grandes choses dans notre Ordre.
- Nous en sommes persuadé nous aussi, répondit Ekart, c’est bien pour cela que nous désirons l’avoir à nos cotés pour nous escorter. Pouvons nous la voir dés maintenant sans que notre présence nuise à ses fonctions bien sûr.
- Je suis persuadé qu’elle trouvera bien un moment pour vous parler, vous pouvez y aller sans crainte.
Les deux diplomates saluèrent Sir Hyuraze avec beaucoup de soin, l’homme leur rendit avec plaisir. Après avoir quitté le bureau, ils marchèrent un moment en silence en s’éloignant un petit peu pour pouvoir discuter plus tranquillement.
- Nous n’avons pas de chance, lança Patinil, l’Inquisition est là, nous n’allons pas pouvoir agir tel que nous le pensions.
- Nous n’avons rien à changer à notre plan, répondit Ekart, bien au contraire, nous devons seulement faire preuve d’un peu plus de prudence. Tu gardes le carnet avec toi ?
- Oui, toujours sous mes vêtements pour éviter qu’il ne soit repéré.
- Bien, alors allons à l’extérieur pour retrouver Mel, elle sera notre meilleure alliée pour la suite de notre projet.
Patinil hocha la tête, elle espérait que la jeune fille soit de leur coté. Son camarade tourna alors son regard vers elle, une pointe d’amusement dans ses yeux.
- Au fait, tu sais jouer de ton charme quand tu veux ?
- Il faut savoir se servir de toutes les armes à notre disposition pour remporter la partie, répondit Patinil.
- Et celle-ci est bien affûtée, je dois dire.
La jeune fille fut surprise du compliment et rougit alors qu’Ekart ricanait.
- Si nous nous dépêchions de rejoindre la cour pour retrouver Mel.
Elle accéléra alors sa marche pour échapper aux questions de son ami. Ils furent bientôt à la porte d’entrée du donjon principal, ils demandèrent à un soldat qui passait pour retrouver l’écuyère. Les indications prises, les deux jeunes gens se dirigèrent vers les entrepôts où s’étaient alignés les chariots des marchands.
Ekart et Patinil retrouvèrent sans mal la silhouette de Mel parmi le personnel de la forteresse qui s’occupait des chariots. Elle tenait entre ses mains un bloc et elle faisait le compte des denrées et produits apportés pour vérifier que tout était présent. Patinil se pencha vers les écrits de l’écuyère en arrivant par derrière sans que celle-ci ne remarque sa présence.
- Toujours une aussi belle écriture Mel.
La jeune fille sursauta et se tourna vers les diplomates, elle eut un grand sourire en voyant ses amis.
- Patinil, Ekart ! Quelle joie de vous revoir !
Elle les serra contre elle l’un après l’autre.
- Mais qu’est ce que vous faite dans ce coin perdu ?
- Nous sommes en mission pour la Congrégation des Diplomates, répondit Ekart, nous devons aller à la rencontre des villages dans les sommets.
- Et bien vous allez en avoir du travail, mais vous y allez tous les deux seulement ?
Le jeune homme sourit.
- Bien sûr que nous, nous ne pouvons pas partir ainsi sans une escorte dans cette région sauvage, et c’est même toi la chanceuse qui dirigera notre petite troupe de protection.
Mel le fixa avec stupeur.
- Mais comment ça moi ? Je ne suis au courant de rien.
- Nous avons demandé expressément auprès du Commandant Sir Hyuraze de te mettre à notre service, expliqua Patinil, il a accepté en mettant en avant tes qualités, tu as apparemment fait forte impression à ses yeux.
Mel sauta de joie, elle afficha un grand sourire plein de satisfaction.
- Vous ne pouvez pas plus me faire plaisir, je vais enfin avoir une mission intéressante qui va rompre la monotonie de la vie dans cette forteresse.
Ekart regarda alors Patinil, ils échangèrent un long regard, comme si ils se concertaient en pensée. L’écuyère ne comprenait pas ce qu’il se passait entre ses deux amis, elle n’osait pas les interrompre pour leur demander. Enfin, après quelques instants, Patinil finit par se retourner vers Mel en la fixant avec beaucoup d’intensité.
- Nous voudrions te parler de quelque chose que tu dois savoir, le but réel de notre voyage, mais dans un endroit plus tranquille.
La voix de Patinil avait baissé soudainement, intriguée Mel fit une moue interrogative.
- Pourquoi tant de prudence ?
- Nous avons nos raisons, répondit Ekart.
Le diplomate se redressa soudain, devant eux, passant dans la cour, deux hommes en noir facilement repérables marchaient d’un pas vif. L’écuyère remarqua alors leur changement à la vue des soldats de l’Inquisition, de plus en plus intriguée, elle reprit la parole à voix basse.
- Oui, par là bas, dit elle en désignant un hangar.
- Allons-y alors.
Elle guida ses compagnons vers l’endroit qu’elle avait désigné. Une fois à l’intérieur, elle mit ses mains sur les hanches et fixa ses amis.
- Qu’est ce que ça veut dire ces cachotteries ?
- Connais-tu l’Inquisition ? Fit Ekart de but en blanc.
Mel fut surprise.
- Oui, qu’avez-vous avoir avec elle ? Il y a justement un petit groupe de soldats avec des inquisiteurs à leur tête ici même.
Les diplomates échangèrent à nouveau un regard.
- Ils sont là depuis quand ? Demanda le jeune homme.
- Depuis un petit moment déjà, ils ont fait un raide dans les montagnes, je faisais partie de leur escorte.
- Nous n’avions pas prévu qu’ils soient actifs en montagne, dit Patinil.
- Je continue à penser qu’ils ne seront pas un danger pour nos projets, répondit Ekart.
- Tu es trop sûr de toi, lança sa camarade.
- Mais enfin vous allez m’expliquer de quoi il retourne !
Mel avait parlé sur un ton ferme et décidé.
- Pouvons-nous te faire confiance, lança Ekart, nous sommes amis mais nous risquons notre vie à te parler.
La jeune fille était intriguée par une telle injonction, une idée lui vint en tête et elle décida de se lancer.
- Si cela concerne l’Inquisition, y aurait il un lien avec ce qu’essaye de nous cacher l’Inquisition, l’existence de la magie.
Les diplomates sursautèrent de surprise en poussant une même exclamation étouffée, la main sur la bouche.
- Tu es au courant, murmura Patinil.
- L’expédition des inquisiteurs avait pour but de tuer un pratiquant de la magie, j’ai tout appris comme ça.
Ekart hocha la tête.
- Alors cela va nous faciliter la tâche, notre but est de trouver des magiciens et de leur demander des informations pour en apprendre plus sur la magie, mais nous ne savions pas comment arriver à mettre notre projet à bien avec une escorte, avec toi, tout va se simplifier.
- Mais comment avez-vous appris l’existence de la magie vous aussi ? Demanda Mel.
- A force de fouiller dans les livres, nous avons fait quelques découvertes, répondit le jeune homme, et de fil en aiguille nous avons pris la décision de dévoiler la vérité au peuple du Conglomérat et démasquer les agissements infâmes de l’Inquisition.
- Il faut dire que nous avons eu de l’aide pour découvrir un peu plus sur la magie, expliqua Patinil, Maître Garynlos nous a fourni beaucoup de documents.
- Le directeur de l’Académie était au courant ?
Ekart hocha la tête.
- Mais fait attention de ne surtout pas en parler, nous risquons notre vie.
- C’est une évidence, répondit l’écuyère, tout de même quelle coïncidence.
Les deux diplomates hochèrent la tête.
- Si tu es avec nous, reprit Patinil, nous allons pouvoir nous entraider dans notre projet.
- Rencontrer des mages va être extrêmement compliqué, fit remarquer Mel, ils se cachent pour ne pas être découvert et la population les protège.
- Ne t’inquiète pas nous arriveront à les voir, fit Ekart avec un sourire, alors es tu avec nous ?
Mel se redressa.
- Bien sûr que vous pouvez compter sur moi, je peux même vous promettre des soldats de confiance pour former notre escorte.
Les deux jeunes gens sourirent.
- Tu es la personne parfaite pour nous aider, je le savais, lança Ekart.
- Alors demain, nous partons à la recherche de la magie, fit Mel toute excitée.
Les trois compagnons se serrèrent la main en signe de pacte.
Plus tard, alors que la nuit était tombée sur les montagnes du Nord, de la lumière filtrait encore par une fenêtre du grand donjon. Un homme habillé tout de noir regardait la silhouette menaçante des montagnes qui se découpaient dans le pâle reflet de la lune. Son regard était rempli de haine quand il se posait dans cette direction.
- Maître, vous m’avez fait demander ?
Le Maître Inquisiteur Mahers se tourna vers son subordonné agenouillé devant lui.
- Oui, je te remercie pour ta diligence, ce soir au diner du commandant, j’ai rencontré deux diplomates de la Congrégation de Manilaus, ils doivent se rendre dans les montagnes avec une escorte pour rencontrer les habitants des villages. Une histoire de lien commercial avec les communautés, c’est une couverture, j’en suis persuadé !
Il fixa l’homme qui se tenait toujours à terre.
- Frère Phorse, je veux que tu suives de loin ces diplomates, je n’aime pas voir ces fouinards par ici, garde les bien à l’œil.
- Bien Maître.
- Prend une demi douzaine d’hommes et l’oblat Kaze avec toi, vous serez ainsi plus nombreux que leur escorte.
L’inquisiteur s’inclina à nouveau.
- Nous sommes les éclaireurs de l’Inquisition, nous sommes là pour faire état du secteur et des forces en présence. Dans quelques temps nous serons rejoints par d’autres membres de l’organisation et par le Grand Maître Inquisiteur Lancaster en personne.
Mahers croisa les bras sur sa poitrine.
- Si j’avais été mis au courant de la venue de ses diplomates plus tôt, j’aurais tout fait pour les empêcher de venir jusqu’ici. Mais nous n’avons pas le choix, frère Phorse, vous devez mener votre mission à bien et revenir avec de bonnes nouvelles, c’est bien clair ?
- J’ai compris Inquisiteur Mahers, je vous rapporterais leurs faits et gestes dans la montagne et les villages.
- Je sais que la Congrégation des Diplomates souhaite resserrer ses liens avec les populations montagnardes, mais je ne leur fais pas confiance.
Phorse salua son supérieur et s’apprêta à sortir, quand il l’arrêta soudainement d’un appel.
- Encore une petite chose, si des soupçons de rebellions sont visibles tu as toute autorité pour leur donner le châtiment qu’ils méritent. Je connais ta grande maitrise en ce qui concerne les interrogatoires, je suis persuadé qu’ils te diront absolument tout.
- Merci pour ce compliment Maître Inquisiteur, il en sera fait selon votre désir.
L’homme retourna à la contemplation du paysage extérieur, le regard tourné vers le Nord et leur plan qui apporterait encore plus de puissance à l’Inquisition. Phorse marchait d’un pas rapide dans le couloir, il venait juste de refermer la porte du bureau où il se trouvait. L’inquisiteur n’aimait pas rester ainsi à ne rien faire, il était particulièrement heureux de pouvoir sortir à l’air libre.
Mais ce qui faisait vibrer l’homme tout particulièrement était le feu vert donné par le Maître Inquisiteur Mahers pour utiliser ses talents très particuliers. Il y avait déjà bien trop longtemps qu’il n’avait pu s’exercer sur une personne, il était sûr qu’il allait trouver des suspicions de rébellion contre l’Inquisition.
Un sourire orna son visage, il aurait fait trembler le guerrier le plus endurci. Phorse se dépêchait de mettre son groupe d’intervention en action, il avait hâte de se mettre au travail.
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