Eric grandit comme cela, baigner dans l’équilibre parfait de la réalité du monde et de l’imaginaire des histoires. Il devint vite un garçon épanoui, curieux du monde et de ses merveilles. Il est intelligent, mais sans plus. Ce n’est pas un génie, ou si s’en est un, il cache bien son jeu. Pour lui, une moyenne générale de 12 est largement suffisante, et 13, c’est le paradis. Il a quelques amis, mais dans un certain sens, c’est un solitaire qui évite de se faire remarquer, enfin, autant que possible. Il est du genre calme, pas très impulsif, surtout passif envers l’environnement extérieur. Il n’y a qu’avec 2 personnes qu’il se dévoile parfois un peu plus. La première, c’est Jérôme Jolivet, son meilleur pote, qu’il a coutume d’appeler DJ (les initiales, c’est cherché loin, hein...). Lui, c’est un bon vivant un peu loufoque, un grand baraqué qui a deux priorité dans la vie : s’amuser et rigoler. Pour certaines personnes, il n’y a pas trop de différences entre ces 2 concepts, mais pour lui, il y a un gouffre entre les deux. S’amuser, c’est un moyen d’oublier la futilité du monde, la monotonie des cours, c’est le moyen d’être soi sans qu’aucunes pensées négatives ne viennent nous perturber. Rigoler, c’est ne plus savoir ce qu’on fait, c’est l’espace d’un instant ne plus être dans son corps mais dans son cœur. Et c’est aussi un bon moyen d’avoir mal au ventre et de se détruire les muscles faciaux. Analyse tout à fait personnelle, je vous le conçois. En tout cas, DJ est la personne chez qui Eric se réfugie le plus souvent car il sait qu’il peut lui faire confiance, et qu’avec lui il retrouvera toujours le sourire. Ils font les 400 coups ensembles, passent leurs temps dans la maison de l’un ou de l’autre, s’entraident pour les devoirs et les petits tracas du quotidien. Pour eux, ils sont les meilleurs amis du monde, mais leur amitié résistera-t-elle aux événements futurs ? L’avenir le leur dira. Pour l’instant, DJ somnole à moitié à côté de notre héros, à demi écroulé sur la table, s’amusant à pianoter sur sa calculatrice. La haute technologie au service du paresseux en quelque sorte...bon, passons, ça devient pitoyable à voir.
La deuxième personne, c’est plus ambigu à expliquer. Elle est assise devant lui, presque aussi intéressée que lui par le cours. Cette personne, elle s’appelle Catherine Déméter, comme la déesse grecque. Et c’est bien ce qu’il s’est dit la première fois qu’il l’a vu. C’était en Seconde, à la rentrée. Cathie (comme elle est appelée par ses amis et amies) n’était pas là la première semaine, alors quand elle arriva en classe, entrant comme une étrangère dans les groupes en formations, elle ne se sentait pas très à l’aise. Il pleuvait ce jour là, un véritable déluge. Elle entra dans la salle, les cheveux humides allant ici et là, certaines mèches lui tombant sur le visage. Elle donnait une impression de fillette perdue avec une beauté sophistiquée, naturelle et sauvage à la fois. Eric n’eut qu’une seule réaction, une seule petite phrase qu’il murmura : ‘ Mon dieux...c’est une déesse...’. C’était la première fois qu’il voyait une fille aussi belle, avec un sourire si magnifique. Il aime même à croire (en fait, il en est certain) qu’à ce moment, il eut une de ses crises, mais que pour une fois, il n’était pas déboussolé, bien au contraire. Il pense être resté fixé sur la nouvelle venue, la seule gardant des couleurs normale tandis que tout était rouge autour de sa silhouette. Elle était, et elle est toujours, d’un charme presque froid, ce qui est une étrange contradiction en soi. Elle a des cheveux roux foncés faisant presque croire qu’ils sont rouges sombres lui tombant jusqu’au niveau de la poitrine et un visage fin et délicat ‘ comme une rose’ aime à dire Eric. Ses yeux sont verts, brillant comme du jade, rendant son regard troublant, mystérieux, mais terriblement craquant aussi. 1m60, une taille fine, presque parfaite, une poitrine discrète, tout chez elle faisait sombrer notre pauvre Eric dans des rêveries profondes. Personne ne sut vraiment s’il tomba amoureux d’elle directement, car leur relation devint très vite ambiguë. D’abord, elle s’assit à côté de lui dès son arrivée car Eric était le seul encore solitaire (DJ étant dans une autre classe, et Eric n’aimant pas trop les nouveaux amis). La première journée, ils ne s’adressèrent pas une seule fois la parole, ils ne se regardèrent même pas. Les jours suivants, ce fut quelques paroles pour s’emprunter des affaires ou demander de l’aide pour un exercice. Puis bientôt, ce fut les grosses discussions, les petits rires après les plaisanteries foireuses sur les profs. Ils commençaient petit à petit à se rapprocher, devenant de bons copains. Puis il y eut cette fête, en octobre, chez une fille de leur classe dont l’esprit très ‘aware’ lui avait mis en tête que leur classe devait être unie, et donc qu’une fête s’imposait pour créer des liens durables entre tous. Un tantinet niais, vous ne trouvez pas ? Alors donc, les deux nouveaux amis s’y rendirent et restèrent ensemble toute la soirée, discutant de tout et de rien, se racontant leur vie. Ils ne ressentaient aucune gêne, aucune honte car ils sentaient qu’ils pouvaient se parler sans se cacher, s’ouvrir l’un à l’autre sans difficultés, en toute honnêteté. D’après leurs camarades, le vrai déclencheur fut une crise qui les prit de court au beau milieu d’un slow. Elle l’aida à sortir pour prendre l’air et ils restèrent dehors pendant près de deux heures, sans rien dire. La lune était pleine, les étoiles brillaient, il n’y avait pas un bruit. Pendant ces deux longues heures (pour les autres bien sûr, car pour eux, ce n’était qu’un simple instant dans leurs esprits), un grand silence les enveloppa. Et pendant ces deux heures, Cathie serra la tête d’Eric qui était posée sur son épaule. Pour leurs camarades, cela signifia que la crise avait été beaucoup plus forte que toute les précédentes, mais en fait, la vérité était toute autre. Et cela, même Eric ne le savait pas... Quand il reprit ses esprits, les deux adolescents rentrèrent et ils dormirent ensemble, mais sans se toucher, juste la tête collée l’une à l’autre, sans plus. Le matin, ils se rendirent compte qu’ils avaient fait le même rêve, un rêve où chacun voyait l’autre, comme si une hypothétique connexion s’était tissée entre eux. Depuis ce jour, Cathie est devenue la meilleure amie d’Eric, ne se séparant quasiment jamais de lui, discutant tout le temps avec lui, parlant même de sujets dont elle ne parlerait pas avec des garçons. Mais elle lui en parlait car elle savait au fond d’elle-même qu’elle pouvait compter sur lui. Leur relation gênait un peu Eric, surtout depuis trois mois avant le début de notre histoire, car il savait que leur amitié était un frein à l’amour naissant qui mûrissait dans son cœur. Si seulement il savait que seul l’éclosion de la fleur de ses sentiments pouvait encore le sauver...
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