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Jeudi 31 mai 2012, 11:49


Voici une histoire écrite par Saphar et dont le titre est Les derniers mots de Lia Coriolan - chapitre 00 - Prologue.

Il regnait une atmosphère étrange aujourd'hui.Le monde était froid et silencieux. Il pleuvait depuis ce matin. Une pluie glaciale et triste. Tout était terne et indifférent, jusqu'au visage des gens. Mon coeur aussi pleurait, seul, caché au creux de ma poitrine, derrière mes mains froides et tremblantes, encore, depuis la veille. Ce qui s'était passé à ce moment là, nous l'attendions tous. Nous y étions préparés et il n'était pas rare que ça arrive.
Mais cette fois-là fut différente.
La ville avait été attaquée par un groupe de pilleurs beaucoup plus nombreux que d'ordinaire.En ces temps, les attaques n'étaient pas rares. Mais d'habitude, les gens ne réagissaient pas comme ça. Certes, des larmes, des pleurs, des cris étouffés par la noirceur de la nuit... Mais je n'avais jamais connu ce silence et cette froideur. La ville et les gens étaient comme tous morts.
Choqués, ils ne parlaient pas, réfugiés dans l'indifférence. Leurs visages n'exprimaient plus rien si ce n'était tristesse et fatigue. Et jusqu'à lui, qui était d'ordinaire si chaleureux, la peine s'était répandue.
Je le sentais. Il était assisà coté de moi, le front sur les genoux, la tête dissimulée sous des cheveux noirs comme le nuit et humides. Je ne l'entendais pas sangloter, cependant, je devinais les larmes de son coeur blessé. Moi aussi je ressentais ce poids dans ma poitrine, les pleurs de mon âme, sans même que mes yeux à peine ouverts ne se remplissent d'eau.
Et je le regardais, Lui, assis dans la noirceur de la solitude et de la pénombre du crépuscule. Il releva la tête et je pus appercevoir le visage fatigué, décomposé de celui qui avait été l'homme que j'avais aimé de tout mon coeur.
Il murmura dans l'obscurité des mots qui s'écroulèrent lourdement avant de laisser retomber sa tête fatiguée, les épaules courbées en sanglotant.
Je pris sa main et posai ma tête sur son épaule pour la dernière fois. Je sentais la transparence ma gagner peu à peu déjà. Avant de partir, je croisai ses yeux sombres remplis de larmes. Je caressai d'une main tremblante sa joue si douce et me levai. Jamais je ne t'oublierai, murmurais-je, s'il m'entendait.
Pour la dernière fois, je traversai la ville, ou plutôt ce qu'il en restait parmis les ruines. Dans les rues innondées, je croisai quelques unes de mes amies d'enfance, elles aussi abattues, attérées. Elles ne me regardèrent même pas. Peut-être ne m'avaient-elles pas vue.
Sous les larmes du ciel crépusculaire et les cris déchirants de mon coeur en détresse, je remontai la rue principale, innondée elle aussi. Cette froide pluie lavait le sang et la colère de la veille en même temps qu'elle effaçait lentement et silencieusement la vie passée, pour laisser place à ce sentiment étrange, partagé entre la tristesse et la fatigue, néanmoins empreint de nostalgie et la sensation de perdre quelquechose à jamais.
Et c'était ça la souffrance la plus pénible, de savoir que nous avions à jamais perdu cette vie passée, calme et douce. Maintenant le futur ne serai plus que pertes et colère.
Une larme glaciale roula sur ma joue pâle. Arrivée en haut de la rue et proche de mon but, il me devenait difficile d'avancer. Mon corps était lourd et engourdi. Chacun de mes mouvements se faisait de plus en plus difficile. Mes larmes troublèrent ma vue et mes genoux flèchirent. Je tombai à terre et lorsque toute la tristesse contenue jusqu'alors dans mon coeur s'échappa violement, je hurlai aussi fort que mon faible corps me le permettait, déchirant le ciel et brisant ce silence de plomb. La douleur était si grande que je crus en mourrir. Mais c'était impossible.
Je me contentai de m'écrouler sur la tombe nouvellement creusée sur laquelle était inscrit en lettres d'or mon nom: Lia Coriolan.
 
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