Le concours de chant arriva bien trop vite au goût de Mitsuki. La jeune fille appréhendait légèrement son retour sur les planches. Elle avait l'impression que sa dernière fois sur scène remontait à quelques siècles et surtout, elle avait toujours autant le trac qui lui rongeait les entrailles. Quand elle entendit le signal pour tous les candidats de se réunir dans les coulisses, elle eut envie de prendre ses jambes à son cou pour s'enfuir trèèèèèèèès loin, le pôle nord devait être sympa en cette saison.
Son regard croisa soudain celui de Luffy qui assistait aux réjouissances d'une cage montée sur une sorte de plate-forme. Elle se rappela que c'était pour lui qu'elle participait à ce foutu concours. Une vague de honte l'envahit quand elle repensa à son égoïsme et elle redressa la tête. Son regard fier balaya le reste des concurrents, que des hommes, joie !
Un de ces malotrus osa même lui pincer les fesses, se récoltant une baffe directement sur la joue droite sous les rires et les quolibets des autres. Mitsuki eut un sourire goguenard et se dirigea vers le fond de la pièce où ils se trouvaient afin d'aller confirmer son inscription.
Un petit homme chauve l'accueillit en souriant.
"Une fleur délicate dans un océan d'immondice !
-C'est qui les immondices ?, gueula un participant.
-Tu sais ce qu'elles te disent les immondices ?, cria un autre.
-Quel est votre nom mademoiselle ?, demanda le grefier sans se soucier outre mesure des protestations des autres candidats.
-Mitsuki Talindia.
-Pseudonyme ?"
Mitsuki hésita un instant. Elle était connue sous un nom et ne désirait pas l'utiliser maintenant, d'autant plus que le "cygne bleu" était légèrement trop connue dans ce coin du globe et qu'elle préérait se faire oublier.
Mi : Blue moon.
Greffier : C'est noté. Allez vous asseoir en attendant votre tour.
Mi : Bien.
Greffier : Vous connaissez les règles de ce genre de concours ?
Mi : Oui, on doit chanter deux chansons d'un interprète connu puis en chanter deux de notre création.
Grefier : C'est cela. Vous avez donné vos partitions ?
Mi : Oui monsieur.
La jeune fille alla ensuite s'asseoir dans un coin sombre. Elle devait être la dernière à passer. Vu le nombre de candidats, le concours avait été étalé sur deux jours : Le premier pour les chansons connues, le second pour les compositions. Mitsuki soupira en entendant le premier des bardes se mettre en place, une voix stridente s'éleva dans les airs et la jeune fille fit la grimace, très long. Lorsque vint enfin son tour, Mitsuki était à moitié sourde. Certains concurrents chantaient bien mais d'autres... Elle monta sur scène sous l'oeil moqueur des candidats qui avaient fait une bonne performance. Elle ne leur accorda même pas un regard.
Mitsuki avança sur scène, le dos droit. Sans le savoir, elle fit une grande impression sur le public. Après tous les grands costauds qui s'étaient succédés, cette adolescente semblait presque perdue. Le silence se fit sur la place lorsque le piano et les autres instruments égrénèrent les premières notes de la chanson Si mort à mors de Tri Yann.
Si les matins de grisaille se teintent
S'ils ont couleur en la nuit qui s'éteint
Viendront d'opales lendemains
Reviendront des siècles d'or cent fois mille et mille aurores encore.
Si mort à mors duchesse, noble Dame
S'il n'en sera plus que poudre de corps
Dorme son cœur bordé d'or
Reviendront les siècles d'or cent fois mille et mille aurores encore.
Si moribonds sont les rois en ripaille
Si leurs prisons sont des cages sans fond
Viennent l'heure des évasions
Reviennent des siècles d'or cent fois mille et mille aurores encore
Si mort à mors duchesse, noble Dame
S'il n'en sera plus que poudre de corps
Dorme son cœur bordé d'or
Reviendront les siècles d'or cent fois mille et mille aurores encore.
Si mille soleils de métal prennent voile
Dix mille soleils de cristal font merveille
Viennent des lueurs de vermeil
Reviennent des siècles d'or cent fois mille et mille aurores encore
Si mort à mors duchesse, noble Dame
S'il n'en sera plus que poudre de corps
Dorme son cœur bordé d'or
Reviendront les siècles d'or cent fois mille et mille aurores encore.
Si mille brigands à l'encan font partage
Dix mille enfants des torrents font argent
Viennent des fleurs de safran
Reviennent des siècles d'or cent fois mille et mille aurores encore
Si mort à mors duchesse, noble Dame
S'il n'en sera plus que poudre de corps
Dorme son cœur bordé d'or
Reviendront les siècles d'or cent fois mille et mille aurores encore
La voix de Mitsuki se tut peu à peu, laissant la foule silencieuse, perdue dans ses rêves. Peu de gens chantaient encore ces chants traditionnels et encore moins les jeunes filles. Après toutes les chansons paillardes que les gens avaieent écouté aujourdhui, ce chant était bienvenu.
La musique reprit doucement, sur une ballade du Cygne Bleu, une barde appréciée pour ses chants difficiles. La difficulté de la chanson étant prise en compte, Mitsuki réussissait là un coup de maître et ce sans tricher, ou si peu. Ce n'était quand même pas sa faute si elle était connue sous son autre pseudonyme, non ?
Ce n'est pas la mort qui effraie le plus
Mais bien la donner à un autre.
Cette guerre pourtant n'était pas la vôtre
Pourquoi vous êtes-vous battu ?
Pourquoi a-t-il fallu nous battre ?
Qui sont les responsables de tout ce gâchis ?
Qui nous a poussé à combattre ?
Qui nous a réclamé nos vies ?
Vous n'étiez pour la plupart, que des enfants,
Embrigadés par les mensonges de vos parents.
Moi j'ai préféré suivre la lumière.
Et j'ai trahi ma famille, ma mère.
Je n'ai pas voulu suivre ce tyran
Qui réclamait tant et tant de mon sang.
Êtes-vous heureux là où vous êtes ?
J'aimerais savoir ce que vous faites.
Refrain
Aujourd'hui c'est à vous que je m'adresse
Vous qui avez vu la fin de la guerre.
Avez-vous vu nos larmes, notre tristesse ?
Avez-vous trouvé la paix, la lumière ?
Nous vous avons tous enterrés,
Que vous soyez nos ennemis ou nos alliés
Nous avons signé bien des traités
Pour pouvoir préserver la paix.
Mais je sais à quel point, cette chose est fragile.
Nos vies ne tiennent qu'à un fil.
Les héros sont morts et enterrés
Cette guerre est terminée.
J'espère que vous ne souffrez pas
Que les anges vous ont ouverts leurs bras.
Dites à mon père, si vous le croisez
Que sa guerre est terminée,
Que dans pas mal d'années,
Si la vie et le destin le veulent bien,
Je m'envolerais par un beau matin
Pour venir le retrouver.
Refrain
Cette chanson était le Chant au morts du Cygne Bleu, écrit en hommage aux hommes et femmes décédés lors de la guerre d'Amaril, quelques siècles auparavant. Elle l'avait écrite en se mettant à la place de la princesse de ce pays qui avait vu mourir son père et sa mère.
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