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Jeudi 31 mai 2012, 16:30


Voici une histoire écrite par Wsephiroth et dont le titre est Et si on inversait les rôles... - chapitre 06 - Chacun chez soi.

Tout d'abord je m'excuse du retard (très gros retard) de ce chapitre mais des pannes d'ordi, du net et d'inspiration m'ont retardé fortement. A tous ceux qui ont attendu et qui lisent ces lignes : "Merci beaucoup".
Et maintenant le chapitre tant attendu par mes millions de lecteurs ( qu'elle doux rêve) !





Vu qu'ils avaient un quart d'heure pour rejoindre leur classe, ils en profitèrent pour faire un petit détour par le gymnase. C'était une grande bâtisse recouvert de crépis légèrement orangé. Le toit était en verre, ce qui offrait une vision dégagée du ciel aux personnes qui devaient rester à l'intérieur du bâtiment.

Le gymnase pouvait abriter quatre terrains de basket-ball et six terrains de badminton simultanément. Il était également pourvu de l'équipement nécessaire pour loger deux terrains de hand-ball, et il possédait aussi un étage qui faisait le tour de l'ensemble des terrains. Ce dernier pouvait soit servir de gradins lors de rencontre inter lycée, soit de terrain sur lequel on installe des tables de ping-pong.

Évidemment, le gymnase n'était pas le seul équipement sportif du lycée « les bois endormis », il possédait également une piscine couverte et il était installé près d'un terrain de football, d'un terrain de rugby et d'un stade d'athlétisme.

Thomas et Éric s'approchèrent de la porte de l'édifice et jetèrent un coup d'œil à l'intérieur afin de déterminer qu'elles étaient les classes qui faisaient autant de bruit.

_C'est la classe de Durion. -cracha Éric à l'adresse de Thomas-
_En effet.

Le "petit" Michaël Durion était le capitaine de l'équipe masculine de basket-ball du lycée. Il était une vraie coqueluche. Les garçons étaient envieux et les filles désiraient ardemment l'avoir pour guide voire même pour petit ami.

Ce garçon était à peine plus petit que Thomas. Il avait des cheveux fins et châtains clairs, des yeux marrons et son visage était une vraie gravure de mode. Tous les petits défauts que l'on pouvait trouver sur son visage semblaient avoir été placés là dans le seul et unique but de faire ressortir la beauté de l'ensemble.

Michaël était le fils de la vice-présidente de Simex. C'est ainsi que Thomas et Michaël se sont connus. Leurs mères étaient les fondatrices de la multinationale, donc ils leur arrivaient souvent d'être ensemble au début de Simex, lorsque tout était à faire.

Jusqu'à leur entrée au lycée, Thomas et Michaël avaient entretenu une relation amicale. Cependant, une fois lycéen, leur chemin s'est séparé en deux. La version donnée par Thomas était une divergence d'opinion sur le rôle de guide. L'un étant fier de son succès auprès des jeunes filles et l'autre faisant tout pour ne pas avoir à faire à celles-ci.

Cependant, Éric connaissait Thomas suffisamment bien pour savoir qu'il y avait anguille sous roche. Mais, malgré les multiples insistances de son ami, Thomas n'avait jamais rien dit d'autres que ses vagues allusions.

_Tu en penses quoi ? -entama Éric afin de briser le silence qui s'était installé-
_Ce que je pense de quoi ?
_L’équipe de basket du lycée. Trois des titulaires sont dans la classe du beau gosse. Donc, penses-tu qu'elle peut aller loin dans le tournoi inter lycée ?
_On verra ça au moment de la confrontation contre le lycée Lumière.

Le lycée Lumière était un lycée de garçons d'élite, de futurs maris parfaits. Tous les ans, à l'approche de Noël, les deux lycées s'affrontaient dans divers domaines : sportifs, artistiques et intellectuels.

Personne ne savait pourquoi cet "affrontement" avait lieu tout les ans, mais Éric et Thomas soupçonnaient les deux directrices d'y être pour quelque chose.

_En tout cas, le capitaine à l'air d'être en forme.
_… À force de traîner on va être en retard. Dépêchons-nous.

Thomas s'éloigna sans se retourner et passa à côté de la piscine couverte avant d'entrer dans le bâtiment où se trouvait sa classe. Éric revint à son niveau pour tenter de faire avouer Thomas.

_Maintenant que tu es guide, il me semble que plus rien ne vous sépare.
_Cette affaire ne te regarde en rien.
_Si. Ça fait presque deux ans que je te connais, et à peu près autant que je te vois aussi joyeux qu'un croque-mort. Tu ne souris pratiquement jamais.
_Et si c'était dans ma nature.
_Possible. Mais je n'y crois pas trop. Et puis…
_Oui ?
_Je me demande ce que deviendrait ma réputation si je commençai à le fréquenter.
_Saches que tu m'énerves Éric.
_C'était une simple plaisanterie. Pourquoi, dès que je fais une blague sur le fait de tirer profit de quelqu'un, tu prends la mouche ?
_Occupes-toi de tes affaires.
_Comme tu veux. -puis en murmurant- Tu devrais ravaler ta trop grande fierté.

Thomas fit comme s'il n'avait rien entendu. Ils arrivèrent à destination quelques secondes avant que la sonnerie annonce la fin du cours d'anglais. Devant la porte de la salle, Clara Jones semblait fatiguée, et même épuisée. Lorsqu'elle se rendit compte de l'approche du duo, elle se redressa et son regard changea du tout au tout. De vide, il devint inflexible.

_Tiens, Mlle Jones. J'espère que tu as compris la leçon.
_Ne fais pas le fier Lanza. Sans Thomas, tu étais fini.
_Peut-être bien. Mais c’est mon ami et il m'aide.
_Personnellement, je me demande combien de temps Thomas va encore te défendre avant de comprendre que tu te sers de lui.
_De quoi !

Éric repensa alors au conseil de Mme Loran, et commença à se calmer par de grandes inspirations.

_Et toi Jones. Combien de véritables amis peux-tu compter parmi ton entourage ?
_Éric. Arrêtes ça. Tu deviens lourd. Ça fait deux fois en quelques minutes.

Pour Thomas, Éric avait été trop loin. S'attaquer à ce point précis l'énervait toujours. Thomas avait connu un bon nombre de parasites, intéressés uniquement par son seul nom et la seul réputation de sa famille, durant la première année de lycée. Mais, depuis qu'il côtoyait Éric, il s'était calmé.

Au bout de quelques instants, Éric fit le lien et sembla ne plus savoir où se mettre.

_Désolé Thomas. Je ne voulais pas…
_Tu te trompes de personnes. C'est à Clara qu'il faut le dire.

Éric possédait une certaine fierté. Celle-ci lui intimait l'ordre de ne jamais fléchir devant une fille. Dans ce cas précis, même s'il savait qu'il avait été trop loin, il ne pouvait pas s'excuser.

_Désolé pour lui, déléguée.
_Soyons clair. Tu n'as pas à t'excuser pour lui mais pour ce que tu as fait. De plus, tu n'as plus à m'appeler déléguée.
_Comment ça ? Tu n'as quand même pas été renvoyé. -avec une réelle inquiétude dans la voix-
_Non. Et c'est ce qui te sauve la mise Rave. Je change simplement de classe afin de "limiter le nombre de nos confrontations".

Le regard plein de compassion que lança Thomas énerva au plus haut point Clara, qui se mit à crier à travers le couloir.

_Je ne veux pas de ta pitié Thomas. Tu étais bien content de t'en sortir il y a quinze minutes.
_Miss Jones ! Be quiet, please !

Mr Stenton, qui avait ouvert la porte en silence, surprit Clara pendant une crise de nerf, ce qui eu le bon côté de la calmer instantanément. Son visage vira au rouge pivoine. C'est du moins ce que Thomas pût entrevoir avant que Clara ne plonge dans l'entrebâillement de la porte menant à la salle de classe.

Lorsque Mr Stenton passa à côté de Éric et de Thomas, ils lui dirent « merci » ensemble.

_De rien, mister Lanza and mister Rave.

Et, alors que nos deux amis allaient entrer dans la classe, Clara en sortit, en courant, la tête fixant le sol.

_C'était quoi ça ?
_La réalité que tu lui as énoncé juste avant.
_Hein ?!
_Elle vient de découvrir que ceux qu'elle croyait être ces amis, n'étaient en fait que des personnes intéressées.
_Oh ! J'aurais mieux fait de me taire.
_Tu aurais dû, en effet. Mais vu que tu es aussi sensible qu'un bloc de marbre, je ne suis pas étonné que tu n'es pas pût t'en empêcher.
_Je t'ai déjà dit que je m'excusai d'avoir dit ça.
_Et j'ai déjà dit que ce n'était pas à moi qu'il fallait dire ça. Et une dernière chose avant que cette conversation ne soit définitivement close. Si, moi, je dois ravaler ma fierté démesurée, alors toi, tu dois calmer ton orgueil mal placé.

Puis Thomas entra dans la classe, laissant Éric figé dans le couloir. C'était la première fois que son ami réagissait ainsi. Même si c'était un sujet sensible et qu'Éric avait poussé un peu, pour lui, Thomas n'avait pas réagir de cette façon. Ce n'était pas comme s'il l'avait attaqué lui.

Comme son ami était rentré dans la classe et que plus rien ne l'empêchait d'entrer, il passa à son tour la porte. Ce qui l'accueillit était un spectacle des plus désagréable. Tout les élèves lui souriaient, ceux-là même qui, une heure plus tôt, auraient exigé son renvoi. Ils ne souriaient pas seulement à lui, le même petit jeu se déroulait du côté de Thomas. Mais ce dernier était trop absorbé par Samantha pour prêter la moindre attention à ce manège dégoûtant.

Samantha Klastovic, debout, le regard fixé sur Thomas, n'avait pas de sourire aux lèvres, bien au contraire. Son regard en disait long sur ses sentiments. C'était le genre de regard comme seules les femmes sont capables de lancer. Un regard qui disait à un homme quand il avait fait une bêtise grave, et là, la bêtise était très grave. Par contre, on ne prêtait pratiquement aucune attention à Élie, qui, comme à son habitude, se cachait derrière sa sœur. Cependant, on pouvait malgré tout sentir une sorte de désappointement dans les coups d'œil furtifs qu'elle jeta aux deux ex-accusés.

Éric s'approcha encore, lentement, sans trop de brusquerie, jusqu'à arriver à la droite de son ami. À ce moment, l'attention de Samantha se porta complètement sur lui. Elle lui jeta un regard brûlant, et pourtant sans aucune lueur de colère. Lorsqu’Éric avait ce regard, c'était lorsqu'il ressentait de la haine pour son vis-à-vis. Mais, là, rien de tout ça. Juste une sorte de défi lui demandant s'il oserait prononcer une quelconque raillerie.

Bien, qu'en général, il aimait relever les défis que l'on lui lançait, cette fois, Éric eu le bon sens de se taire. Malgré tout, son orgueil lui interdisait de baisser la tête devant les yeux enflammés de Samantha.

_Ma sœur ne se sent pas bien. Elle rentre et, bien évidement, je l'accompagne.

Thomas et Éric n'auraient pas pu être plus surpris qu‘à ce moment-là. Alors qu'ils s'attendaient à se faire hurler dessus, Samantha leur annonçait calmement qu'elle avait décidé de partir.

*Soit elle a la décence d'attendre un moment où il y aura moins d'oreilles indiscrètes, soit elle se moque totalement de ce qui vient d'arriver. La seule chose que j'espère, c'est que ça ne présage pas un renvoi de notre fonction de guide.

Une fois l'annonce assimilée et le choc totalement passé, Éric demanda :

_Bien. Et est-ce qu'il faut qu'on vous raccompagne ?

À peine la phrase était-elle finie d'être prononcée, que Thomas écrasa la pointe du pied d'Éric pour lui signaler son manque de politesse.

_Aïe… Mesdemoiselles.

La pression sur ses orteils se fit moins forte puis disparut.

_Tu as de ses questions, Lanza. Bien sûr que vous nous raccompagnez. On vient d'arriver, on ne connaît pas encore le chemin. Et puis, il me semble ne pas me tromper si je dis que c'est votre rôle de guide.
_Éric a posé cette question dans le seule but de savoir si vous aviez la possibilité de demander à quelqu'un de venir vous chercher ?
_C'était vraiment mon but ?

Une nouvelle pression sur ses orteils, plus importante que la précédente, vint coupé la parole d'Éric.

_Aïeeeeeeee…
_Alors, mesdemoiselles ? -avec un grand sourire enjôleur-
_Oui, nous pouvons. Mais nous n'en n'avons pas envie.

*Et bien ! Ça promet si elle commencent à nous faire des caprices pareilles.

_Bien mesdemoiselles. Et comment désirez vous rentrer ? Je peux faire appeler une voiture, ou nous pouvons vous raccompagner à pieds.
_En moto.

La petite voix, douce et mélodieuse, arriva aux oreilles de Thomas qui localisa rapidement sa provenance : dans le dos de Samantha. Élie, qui jusqu'alors s'était tue et était restée cachée derrière sa sœur, venait de parler pour la première fois et montra son visage pour redemander :

_Je veux rentrer en moto, s'il vous plait. -puis elle recacha son visage derrière sa sœur-
_Vous avez entendu. Il me semble que vous avez vos permis moto, n'est-ce pas ?

*Comment elle sait ça elle ? Avant qu'elle ne le révèle devant toute la classe, ils l'ignoraient tous.

Le fait est qu'il n'est pas rare que des jeunes de 16 ou 17 ans possèdent leur permis moto. Même si les principaux intéressés sont les élèves, garçons ou filles, des écoles d'élite, ils arrivent de trouver des lycéens, relativement fortunés, qui ont passé avec succès leur permis. Le fait est que c'est un avantage non négligeable, pour les guides, que de pouvoir raccompagner eux-mêmes les filles dont-ils ont la charge. Ils ont donc plus de chances d'être dans les bonnes grâces des demoiselles et, au final, de rester guide le mois suivant.

Pour Thomas et Éric, la raison était évidemment différente. Lorsque ceux-ci se sont rencontrés, Éric travaillait pour pouvoir se payer son permis. Étant devenu amis, Thomas décida d'aider son ami à réaliser son envie. Mais Éric possédait déjà un orgueil démesuré et Thomas dut attendre le seizième anniversaire de son ami pour pouvoir l'aider. Il en profita pour le passer aussi car à force d'entendre Éric en parler, il voulut savoir ce qu'on ressentait en pilotant une moto. Puis un an plus tard, Thomas paya une moto à Éric, encore à son anniversaire, et à lui-même.

_Vous avez bien compris.

La surprise et la curiosité se partageaient chez Thomas. D'abord, le fait que Samantha connaisse l'existence du permis moto l'intriguait. Mais plus que tout, le fait que la timide Élie soit celle qui réclame le retour à moto surprenait Thomas.

Thomas tourna la tête en direction de son ami, afin de lui demander du regard ce qu'ils devaient faire maintenant. Pour toute réponse, Éric fit un haussement des épaules et le ponctua par un léger sourire.

*Pourquoi pas, hein ? Tu pourrais me donner des réponses plus claires de temps en temps.

_Très bien mesdemoiselles. Si vous voulez bien nous suivre.

Thomas et Éric se dirigèrent vers leurs places, prirent leur sac à dos et rejoignirent les deux jumelles. À ce moment-là, le professeur de sciences physiques, Mme Louis, entra dans la classe. C'était une petite femme d'une cinquantaine d'années, d'un certain poids. Elle avait des cheveux bruns, avec des reflets rouges dus à une coloration de mèches. Sur son nez, une paire de lunettes carrées,avec une monture rouge, était posée. Mme Louis avait tendance à les poser sur le bout de son nez pour pouvoir regarder ses fiches de cours, qu'elle avait posé sur son bureau, tout en restant debout. C'était un professeur assez sympathique, mais intransigeant vis-à-vis des horaires de début et de fin de cours.

Thomas s'approcha de Mme Louis pour lui demander l'autorisation de partir.

_Et pourquoi je vous autoriserais à partir ?
_Mademoiselle, Élie Klastovic, ne se sent pas bien et mademoiselle, sa sœur, ne veut pas la laisser seul. Éric et moi, étant leurs guides, nous nous devons de les accompagner afin d'être sûr que tout ira bien.

Mme Louis jeta un coup d'œil rapide aux deux nouvelles élèves, demandant déjà à sécher les cours après à peine une demi-journée, avant de reporter toute son attention sur Thomas.

_C'est d'accord, Mr Rave. Soyez prudent sur le retour, et faîtes attention à ces jeunes filles.
_Bien évidemment, madame.

Et, Éric et Thomas, suivit des jumelles, sortirent de la classe pour se diriger vers la sortie principale de l'établissement.

_Je suis désolé, mais il faut marcher un petit peu, mesdemoiselles.
_Il n'y a aucun problème Thomas.
_Je m'inquiétais juste pour la santé de votre sœur, mademoiselle.
_Ne t'en fais pas. Un peu d'air frais et de marche ne peuvent que lui faire du bien.

*Je vois… Que du bien.

Ils sortirent du bâtiment et arrivèrent à la grille principale, où Mr Maleau montait toujours la garde. Celui-ci, qui, jusque-là, regardait avec assiduité la rue, trouva un soudain intérêt à une tache se trouvant sur sa chaussure gauche.

Arrivées à la grille, les sœurs Klastovic le gratifièrent d'un grand sourire avant de dire :

_Au revoir, Mr Maleau.

Une fois qu'une certaine distance sépara le quatuor de l'enceinte de leur lycée, Éric se rapprocha de Thomas, vérifia que les sœurs discutaient entre elles et entama la conversation avec son ami :

_Je n'aurais jamais imaginé qu'on nous autorise, un jour, à sortir alors qu'il n'est que 15 H 00.
_C'est vrai. Finalement, il n'y a pas que des désavantages.

Éric sembla hésiter à continuer la conversation.

_Allez, dis moi ce qui te démange autant.
_Et bien… Tu les trouves comment ?
_Qui ça ?
_Les jumelles, bien sûr.
_Intéressantes. Je dirais même très intéressantes.
_Pas comme ça. Je veux dire… Quand l'extravertie, je veux dire, mademoiselle Samantha, m'a regardé avec son regard chalumeau… Brrr ! J'étais complètement électrisé. Et, quand sa sœur a parlé et nous a lancé ce petit regard… Double Brrr !
_Et moi qui croyais que tu étais insensible aux charmes féminins. Donnes moi un sandwich, avant que je ne tombe à cause d'une anémie.

Éric ouvrit son sac, attrapa deux sandwiches emballés dans une feuille d'aluminium, en donna un à Thomas et conserva le second pour lui-même, et répondit :

_C'est pas moi qui passe pour un insensible. Elles sont super mignonnes ses filles. Comment tu fais pour ne rien ressentir ?
_Je pense à leur mère.
_Thomas… Tu as des goûts bizarres.
_Imbécile.
_Hé hé. Allez, essayes de te détendre un peu. Oublies qui elles sont, et amuses toi un peu.
_Je devrais, c'est vrai. Mais n'oublies pas, avant tout, ce sont des femmes et nous, nous sommes leurs guides.

*Je vais "oublier" de lui rappeler qu'on ramène les filles chez elles, et que, par conséquent, on risque de rencontrer leur chère mère. On verra comment il trouvera mon humour lorsque je me détends.

_Et, vous deux. C'est quoi toutes ces messes basses ?
_Rien mesdemoiselles. Je félicitais Éric pour les sandwiches qu'il avait préparé.
_Ah oui. Et, dites moi, vous mangez cela tous les midis ?
_Oh, non mesdemoiselles ! Seulement lorsqu'on décide de rester en cours toute la journée. -répondit Éric-
_Alors, ça ne doit pas arriver très souvent.
_Sauf votre respect mademoiselle, ce n'est pas très gentil de dire cela. -fit remarquer Thomas- Les rumeurs à notre sujet sont très exagérées, comme toutes bonnes rumeurs.
_Dans ce cas, que mangez-vous les jours où les cours vous semblent quelque peu long ?
_Rien. -se dépêcha de répondre Éric-
_Ne fais pas le modeste Éric. C'est toi qui…

Éric se précipita sur Thomas pour l'empêcher de continuer sa phrase. C'est dans ce but qu'il plaqua ses mains sur la bouche de son ami, en se plaçant derrière celui-ci. Puis, nos deux compères s'éloignèrent des jumelles sous l'impulsion d'Éric. Les jumelles regardèrent leurs guides fuir jusqu'à ce qu'ils soient hors de portée d'oreilles. À ce moment-là, Éric murmura à l'attention de Thomas :

_Tu dis quoi que ce soit sur le fait que je fais la cuisine, et je te coupe la langue, la fais frire et je la sers à mon chien pour son dîner.
_Et fi vu 'eti'é vé faim de ba bousse.

Éric enleva ses mains pour comprendre son ami :

_Tu disais ?
_Et si tu retirais tes mains de ma bouche.

Ce petit échange dura le temps nécessaire pour que Samantha et Élie rejoignent notre duo.

_Pourquoi as-tu empêché Thomas de parler ?
_Pour rien. Sans raison précise. Je t'assure Samantha.

*IDIOT !

_Éric ! Viendrais-tu de me tutoyer et de m'appeler par mon prénom ?
_C'est possible.
_Je te serai gré d'arrêter tout de suite. Je préfère que tu m'appelles mademoiselle et que tu me vouvoies.
_Bien madame… Heu, je veux dire mademoiselle.

*Imbécile ! Tu crois vraiment que c'est le moment de jouer au plus fin.

Thomas attrapa Éric par le bras et l'amena un peu à part, tout en disant à Samantha :

_Excusez-moi, mademoiselle. Je dois dire deux mots à Éric.
_Fais donc, Thomas.

Samantha était sur le point d'exploser, et même si Thomas tentait de la calmer en parlant avec une voix mielleuse, cela ne servait à rien à cause d'Éric, qui n'arrêtait pas de la défier du regard.

Une fois que Thomas jugea la distance suffisante, Thomas s'arrêta, se tourna vers Éric et resta dans cette position. Au bout d'un petit moment, il baissa la tête et écrasa violemment les orteils de son ami.

_Aiiiiieeee. Ça va pas la tête ? Si tu continues à les écraser, il va pas en rester grand chose.
_Je tape où je peux. Mais dis moi, tu crois que c'est le moment de savoir qui est celui qui a le regard le plus assassin.
_Pourquoi pas ? Je n'ai fait que l'appeler Samantha. C'est pas un crime.
_Mais arrêtes, bon sang. Combien de fois je devrais encore te dire que tu dois te calmer ? Je sais que tu trouves cette situation difficile, mais encore une fois, je vais trouver un moyen pour nous sortir de ce bourbier.
_Plus facile à dire qu'à faire. Comment tu comptes t'y prendre ?
_J'ai peut-être une solution. Mais je la trouve très désagréable. Je n'aime pas me jeter dans la gueule du loup.
_Comment ça ? Tu parles comme si tu voulais aller parler à leur mère pour faire annuler le pari.

Thomas lança un regard en coin à Éric. Le regard que Éric connaissait par cœur, voulant dire : "Dans le mille".

_Attends ! Tu plaisantes. C'est ça ton idée géniale.
_Je n'ai jamais dit qu'elle était géniale. Seulement qu'on avait une chance. Et puis…
_Avez-vous bientôt fini messieurs les guides ?

La voix de Samantha leur parvint, et ils tournèrent la tête pour savoir d'où elle provenait. La jumelle n'avait pas bougé et attendait toujours à sa place, tout en défiant Éric de son regard chalumeau.

_On y retourne. -se tournant vers Éric- Je suppose qu'il est inutile de te demander de t'excuser.
_Tu comprends vite.

Thomas soupira et se dirigea vers les jumelles. Éric le suivait de près et continuait à défier Samantha du regard, qui n'était pas en reste, loin de là.

_Veuillez nous excuser de vous avoir laissées mesdemoiselles ? Si vous voulez bien me suivre, c'est par là.

Après avoir invité les deux jeunes filles à le suivre, Thomas s'engagea dans une ruelle située entre 2 murets, délimitant le jardin des habitation du pâté de maisons. Les sœurs Klastovic le suivirent et Éric ferma la marche.

Thomas n'avait pas besoin de le voir pour savoir que Samantha se retournait régulièrement pour foudroyer Éric du regard. Jugeant qu'il valait mieux attirer l'attention de tout le monde sur autre chose, il engagea la conversation :

_Mesdemoiselles. J'ai un message pour vous de la part de Mme Roubat, la cuisinière en chef du lycée.
_Et quel est-il ?
_Mme Roubat voudrait que, la prochaine fois que vous commanderez un repas au lycée, vous passiez vous présenter ?
_Mmh… Très bien, mais avant, réponds à une question. Quelle genre de femme est-elle ?
_Je ne sais pas comment le dire. Je dirais qu'elle est intéressante, mademoiselle.
_Intéressante ? Que veux-tu dire ? Je ne te comprends pas.
_Pour Thomas, intéressant = apprécie. Traduction, Thomas apprécie Mme Roubat, tout comme moi.
_…
_Mademoiselle.
_Je vois. Une femme que vous appréciez l'un comme l'autre. Je suppose qu'elle ne doit pas faire de grandes différences entre filles et garçons.

*Bonne déduction. Mais, je me demande quand même comment elle peut autant nous connaître Éric et moi-même ? Les rumeurs ont pu l'aider à nous comprendre mais pas lui faire connaître nos caractère aussi bien.

_C'est exactement ça, ma-de-moi-selle.

Samantha s'arrêta nette et se retourna vers Éric.

_Toi. Je vais…
_Nous sommes arrivés mesdemoiselles.

Thomas avait stoppé l'emportement de Samantha juste au bon moment.

_Éric, tu peux aller prévenir Lionel qu'on arrive.
_Ok.

Éric dépassa Samantha, qui le regardait toujours intensément, puis Élie, qui était aux cotés de sa sœur, et enfin Thomas. Au moment où il passa à côté de son ami, il murmura :

_Je ne te comprends pas.
_Je sais. -puis en montant le ton- Et n'oublie pas de préparer les protections pour les demoiselles.

Éric leva la main sans se retourner. Signe qu'il ferait ce que Thomas lui avait demandé.

Une fois que Thomas jugea que Éric ne pouvait plus l'entendre, il se tourna vers Samantha.

_Mademoiselle Samantha Klastovic. Je vous demanderais d'arrêter de répondre aux provocations d'Éric. Il n'est pas méchant mais il supporte mal le fait d'être considéré comme inférieur à qui que se soit.
_Aux yeux de la loi, il est inférieur à toutes les femmes.
_Mais la justice est aveugle, mademoiselle. Allons-y désormais.
_Attends une minute. Je peux te poser une question Thomas ?
_Quelle raison aurais-je de refuser, mademoiselle ?
_Éric est nerveux, je le sens. Pour quelle raison ?
_Mademoiselle devrait le savoir. Votre nom est une des deux raisons.
_Et quelle est la seconde ?
_Je l'ai déjà précisé. Il ne supporte pas le fait que vous le considérez comme inférieur. Pour lui, et moi aussi d'ailleurs, les hommes ne sont en rien inférieur aux femmes. Certains sont doués dans un domaine, et d'autres ont un quelconque autre talent. Il en va de même pour les femmes. Du moins, c'est ce en quoi nous croyons, mademoiselle.
_Je vois. C'était donc vrai. Vous faites la paire.
_ Si vous voulez bien me suivre, mesdemoiselles.

Thomas, suivit par les jumelles, sortit de la ruelle et obliqua vers la droite. Une trentaine de mètres plus loin, la rue se terminait en cul-de-sac, et Éric les attendait devant un magasin vendant des équipements de moto.

_Tu en mis du temps. Qu'est-ce qui t'as pris autant de temps ?

Une fois arrivée aux côtés d'Éric, Thomas demanda :

_Tout est prêt ?
_Oui. Plusieurs tailles ont été préparé pour les jeunes demoiselles.
_Très bien. Tu t'occupes de faire chauffer les machines.
_Ok. Je préfère faire ça.

Thomas entra dans le magasin, pendant que Samantha et Éric continuaient à se lancer des regard assassins. Au bout de quelques instants, Élie émit une légère pression sur le bras de sa sœur afin que celle-ci cesse de se montrer agressive, ce qui arriva quasi-instantanément. Les jumelles passèrent la porte à leur tour et se retrouvèrent dans une pièce encombrée par tout un tas de bric-à-brac en rapport avec la moto.

Sur un des murs s'étalaient des dizaines de blousons, de gants, de vestes ou encore de combinaisons. Sur un autre mur, on trouvait des casques en tout genre, qu'ils soient pour la route ou pour le tout-terrains. Aucun ordre ne semblait régner dans la répartition des équipements de protection, certains étant même à terre. Au fond de la pièce, on observait que le mur ne s'étendait pas d'un côté de la pièce à l'autre. Il parcourait environ les ¾ de longueur de la pièce, avant de se stopper brutalement. C'est de l'autre côté de ce mur qu'apparu un petit homme.

Plutôt que petit, le qualificatif de replié sur lui-même convenait beaucoup mieux. Cet homme était le gérant du magasin. Il avait environ 70 ans et portait le poids du temps à l'aide d'une canne. Si la sagesse se montrait à l'aide d'une barbe, alors cet homme était très sage. Une barbe d'une quinzaine de centimètres pendait de son menton, et ses yeux bleus ressortaient parfaitement au milieu des rides et donnaient ainsi une impression de douceur.

_Je vous présente Mr Lionel Gissack. Le gérant de ce magasin et, également, l'un des plus vieux conseillers financiers de ma mère.
_Vieux ! C'est gentil de le faire remarquer à ses jolies jeunes filles, Thomas. -puis il s'approcha des jeunes filles d'un pas très assurait pour une personne de son âge- Si je puis faire quoi que se soit pour vous être agréable, mesdemoiselles.
_Qu'il est gentil. Mais monsieur, si vous êtes un des conseillers de Mme Rave, que faites vous dans ce lieu ?
_C'est une demande de Mme Rave. Que je reste à disposition de son fils.

*Je jure qu'un jour je ferai payer ce vieux. Je ne suis pas le fils de ma mère, je suis Thomas Rave.

_Et ce n'est pas trop dure ?
_Par moment. Il est un peu enfant pourri gâté. Mais, j'espère que devenir guide le calmera un peu, et lui apprendra ce qu'est la vrai vie.
_Je te laisse t'occuper des jeunes demoiselles. Je vais me préparer et faire chauffer ma moto.

Et Thomas sortit du magasin pour se diriger vers un garage qui se situait quelques mètres plus loin. Éric l'attendait devant, portant une combinaison rouge et orange.

_Est-ce que tu as dit à Lionel qu'on était devenus guides ?
_Non. Pourquoi ?
_Parce qu'il le savait.
_Et comment c'est possible ?
_C'est qu'une idée mais il se pourrait que…
_Ta mère soit au courant de tout. C'est ça ?
_Exactement. La directrice a bien dit qu’elle, ma mère et la mère des jumelles ont été dans le même lycée. Même si elles n'ont pas le même âge, elles ont très bien pu se rencontrer.
_Tu crois qu'elle t'aurait piégé ?
_C'est possible. Après tout, son but est bien que je devienne une sorte de guide pour ma sœur. Si elle était au courant du pari alors elle a très bien pu aguiller le pari de façon à ce que je sois désigné comme le guide.
_Et moi dans tout ça ?
_Un bonus. Sans doute parce que tu me fréquentes.
_C'est tout ! Tu as intérêt à trouver une solution Thomas.
_Je sais… Je vais mettre ma combinaison.

*Désolé mon ami. Je te jure que je vais me racheter.

Quelques minutes plus tard, Thomas revint avec une combinaison rouge et noire. Et les jumelles et Éric l'attendaient. Le bruit des moteurs au ralenti résonnaient dans le garage, ce qui forçait tout le monde à parler plus fort que la normale.

_Tu en as mis du temps.
_Je m'excuse de vous avoir fait attendre mesdemoiselles. Tiens, Lionel ne vous a pas accompagné.
_Quelle sens de l'observation ! Dépêchons-nous messieurs.
_Je suis d'accord mais qui est le passager de qui ?
_…
_Mademoiselle.
_C'est mieux. Tu vas y arriver Éric. Pour répondre à ta question, je montrais avec Thomas et ma sœur avec toi.

À ce moment-là, Élie attrapa sa sœur par un bras et lui lança un regard plein de suppliques. Aussitôt, sa sœur comprit et lui murmura :

_Tu me le revaudras, grande sœur.

*Ainsi c'est la timide qui est la plus vieille. Étonnant. Surprenant.

_Finalement, on échange. Je monte avec toi mon cher Éric.
_Ce sera un véritable plaisir, mademoiselle.

Encore une fois, ils échangèrent des regards brûlants, enflammés et électrisés. Thomas décida d'intervenir avant que les choses ne dégénèrent à nouveau. Du moins, c'est ce qu'il avait prévu, mais Élie le devança et gratifia tout le monde de sa seconde intervention vocale :

_Si vous pouviez arrêtez ça, s'il vous plait ? Je n'aime pas quand vous vous disputez.

Et une nouvelle fois, la petite voix de Élie fit des miracles. Même Éric ne put résister à elle. Lui et Samantha se calmèrent et mirent leur casque respectif. Mais malgré cela, ils n'échangèrent aucun regard après.

*Intéressant. Non seulement elle arrive à calmer Éric, ce qui, en soit, est déjà un exploit, mais sa sœur aussi, qui a l'air d'avoir un caractère bien trempé aussi. Et j'ai la très nette impression que Samantha ne peut rien refuser à Élie. Sujet à approfondir.

Thomas mit son casque pendant qu’Éric montait sur sa moto. À ce moment-là, le son de la voix d'Éric retentit dans la tête de Thomas, via le micro implanté dans son casque.

_Tu ferais mieux de trouver vite, Thomas.

La moto d'Éric vrombit, et elle partit à toute vitesse, emportant ses deux passagers vers une destination encore inconnue à Thomas. Tout en montant lui aussi sur sa moto, il demanda :

_Excusez-moi mademoiselle Klastovic, mais pourriez-vous me dire où devons-nous nous rendre ? J'ignore toujours où je dois vous déposer.

Le fait que Thomas lui parle directement sembla surprendre la timide Élie. Elle tourna la tête de droite à gauche, à plusieurs reprises, à la recherche d'un endroit où disparaître.

*Dites moi que je rêve. Heureusement qu'elles ont échangé leurs places. Éric n'aurait jamais été suffisamment patient.

_Veuillez restée calme, mademoiselle. Je ne vais rien vous faire. Alors, s'il vous plait, dites moi où devons nous nous aller ?

Mais les paroles, presque réconfortantes, de Thomas n'eurent pas l'effet escompté. Élie Klastovic se réfugia dans la pièce dans laquelle Thomas et Éric se changeaient avant d'aller en cours.

*Non mais j'y crois pas. Être timide à ce point, c'est maladif.

Comprenant que de toute façon ils ne partiraient pas tout de suite, Thomas coupa le moteur de sa moto. Puis il retira son casque et descendit de celle-ci.

*Bien. Et maintenant, je fais quoi ?

Thomas s'assit sur une chaise qui se trouvait dans la pièce et attendit. Au bout d'une bonne dizaine de minutes, une idée lui vint. Il remit son casque, mit le micro en marche et choisit la fréquence correspondant au casque d'Élie.

_Allo mademoiselle, vous m'entendez ?
_…
_Vous savez, si vous ne me parlez pas, je ne pourrais pas vous aider.
_…

Thomas poussa alors un profond soupir. Il retira à nouveau son casque et se mit à réfléchir à voix haute.

_Nous n'arriverons à rien comme ça. Qu'est ce que je vais faire ? Dès que moi ou Éric nous nous approchons, elle se réfugie derrière sa sœur. Et si… Dans ce cas, cela expliquerai bien des choses. Et elle aura préféré être avec moi plutôt qu'avec Éric. Si c‘est comme ça…

Thomas regarda autour de lui et trouva ce qu'il cherchait. Il s'approcha d'un des coins du garage près duquel une grande bâche noire était placée sur un objet assez volumineux. Il retira la bâche et révéla un side-car rouge et blanc.

*La couleur c'est pas ça mais si j'ai raison, je n'aurai qu'à le repeindre.

Thomas commença à pousser le side-car en direction de sa moto, avant de remarquer que le pneu de celui-ci était à plat.

*Il ne manquait plus que ça. J'espère seulement qu'il n'est pas crevé.

Pendant près de deux heures, Thomas s'évertua à vérifier que le pneu n'était pas crevé, à le regonfler et à monter le side-car sur sa moto. C'est à ce moment que l'aînée des jumelles choisie pour sortir de sa cachette. Thomas était toujours en train de monter le side-car lorsqu'elle se décida à faire son apparition. Elle s'approcha de Thomas et lui lança un regard interrogateur, ce dernier le vit et répondit :

_Je suis en train de monter un side-car. Comme ça, vous n'aurez pas à m'approcher de trop près mademoiselle.
_…

Thomas continua son travail en étant très concentré sur ce qu'il faisait. Quand il eut terminé, il se leva, s'étira et commença à ranger les outils qu'il avait utilisé. Après avoir terminé de ranger, il se lava les mains au robinet et se retourna vers Élie :

_Est-ce que je peux vous poser une question mademoiselle ?

Elle répondit par un petit hochement de la tête.

_Vous souffrez bien d'antropophobie, la peur des hommes ?

Élie parut un peu surprise mais répondit à nouveau par un petit hochement de la tête.

*C'est bien ce que je pensais.

_Si on y ajoute votre timidité, cela n'a pas dut être très facile tous les jours.

Le silence qui suivit était plein de signification pour Élie. Mais pour Thomas également.

*Mais qu'est-ce que je fais ? J'aurais due garder cela pour moi et l'utiliser de la bonne façon. Quel idiot !

_Merci.

La voix cristalline résonna dans les oreilles de Thomas et cela le choqua à nouveau. Il tourna sa tête vers la jeune fille et la vit faire un magnifique sourire. Il le trouva tellement beau qu'il s'empourpra et se sentit obligé de détourner la tête.

*Je comprends maintenant. Triple Brrr !

_C'est un plaisir mademoiselle. Maintenant, si vous voulez bien vous donner la peine de monter dans le side-car et vous attacher, nous allons partir.

Thomas se remit en selle et replaça son casque sur sa tête. Puis il se souvint qu'il avait à nouveau oublié un détail. Il actionna à nouveau son micro.

_Mademoiselle. Pourriez-vous me dire où je dois vous amener ?

Encore une fois, Élie ne répondit pas. Cependant, elle effectua un mouvement fluide et distingué de la main, en la dirigeant vers son sac de cours, qu'elle avait installé avec elle dans le side-car. Elle sortit de son sac un petit carnet d'adresse, le feuilleta et montra à Thomas une des pages. Au moment où Thomas voulut se saisir du calepin, Élie lâcha celui-ci en poussant un petit cri de surprise.

*Ah oui, c'est vrai. Je vais vraiment avoir du mal à m'y faire.

_Je vous présente mes plus sincères excuses mademoiselle.

Celle-ci ne répondit pas, mais elle récupéra le calepin et le tendit à nouveau à son guide. Thomas tendit la main lentement pour ne pas l'effrayer. Dès qu'il se fut saisi du bout du petit cahier, de son côté, Élie le lâcha instantanément et se ratatina à sa place. À ce moment, Thomas avait tout le loisir de lire l'adresse.

*Ne me dites pas que…

_Est-ce que vous êtes sûr de l'adresse, mademoiselle ?

Élie répondit par un léger hochement de la tête.

_Je vois. Dans ce cas, nous pouvons y aller, mademoiselle.

Décidément, cette histoire est pleine de surprises. J'ai horreur des surprises.

Thomas tourna alors la poignet d'accélération et sortit du garage au ralenti. Puis il accentua son mouvement sur la poignée des gaz et partit rapidement en direction de la maison de sa demoiselle.

*La conduite avec un side-car est vraiment plus difficile. J'aurai dut faire plus attention lors des cours.

C'est ainsi que Thomas reconduisit Élie Klastovic chez elle. Ils traversèrent tout d'abord la ville, puis une fois à l'extérieur de celle-ci, Thomas accéléra et adopta une allure rapide. Il se laissa entraîner par l'air circulant autour de lui, son esprit vagabonda comme lorsqu'il en avait eu assez de lire le matin même. Il connaissait parfaitement la route qu'il empruntait et la journée l'avait épuisé, ces deux conditions firent qu'il se sentait lasse et voulait rentrer le plus vite possible. Il accéléra encore.

C'est alors que retentit un grand cri dans sa tête. Par réflexe il freina aussitôt, avant de comprendre d'où provenait le cri.

_Calmez-vous mademoiselle. Je connais cette route par cœur. Personne ne passe par ce chemin. Il est plus ou moins réservé.

Mais les paroles de Thomas n'aidèrent pas une Élie au bord des larmes.

_Si vous ne vouliez pas que j'aille vite, vous auriez dut me le dire mademoiselle. Si vous ne me parlez pas, je ne peux pas savoir ce que vous désirez.

Et encore, et toujours le silence pour répondre à Thomas.

*Je sens que je vais devenir chèvre rapidement si je ne la rend pas à sa frangine.

_Dans ce cas, je vais aller moins vite mademoiselle.

Les petits hoquets, due aux larmes qui se préparaient, cessèrent aussi vite qu'ils étaient arrivés. Puis Thomas entendit son micro s'enclencher mais il n'entendit absolument rien.

*Ça doit être sa façon de dire merci.

Une trentaine de minutes plus tard, Thomas et sa passagère arrivèrent devant un portail immense après avoir longés une grille faisant le tour d'une propriété qui paraissait gigantesque. Thomas ne pouvait faire que des supposition sur ce terrain et la maison car une barrière d'arbre bloquait toutes possibilités d'observation.

Une fois devant le portail, la moto se stoppa et Thomas retira son casque, tout comme Élie. Il s'apprêta à appuyer sur le bouton de l'interphone lorsque deux gardes féminins, ressemblant à des militaires, émergèrent de derrière les arbres. Elles passèrent le portail en passant par une petite porte et encadrèrent Thomas.

_Je ramène Melle Élie Klastovic.
_Merci. Vous pouvez repartir maintenant.
_Est-ce qu'Éric Lanza est reparti ?
_Bien évidemment. Il n'allait pas rester là. Quant à vous, soyez ici demain matin pour pouvoir emmener la demoiselle en cours.
_Très bien, ça ne devrait pas poser de problème. Mademoiselle, je vous souhaite une bonne fin de journée et un bon rétablissement.

*Me donner des ordres comme ça. Je sature aussi. Exactement comme… Éric, tu ne m'as pas attendu. Pourquoi ? Et pourquoi ne pas m'avoir appelé quand tu voyais que je n'arrivais pas ? Par moment, tu es encore plus infantile qu'un gamin de maternelle.

Thomas s'en alla une fois qu'Élie fut sortit du side-car. Celle-ci voulut rendre les protections à Thomas, mais ce dernier les lui laissa prétextant que cela ferait gagner du temps.

Étant désormais seul et n'ayant aucune raison de faire un tour en ville, Thomas décida de rentrer chez lui. Et le temps du parcours ne fut pas long, puisqu'il n'eut que deux kilomètres à faire pour arriver devant sa propre maison, ou plutôt devant son propre manoir.

*Je sens que je vais faire un massacre. Plus j'y pense et plus j'ai horreur de cette nouvelle surprise. Et j'ai le mauvais pressentiment comme quoi ce ne sera pas la dernière. De toute façon, une petite conversation avec ma chère mère s'impose, et ce le plus rapidement possible.





Et voilà, ce chapitre assez conséquent est fini. Le suivant n'a plus qu'à être réécrit sur l'ordi et transféré sur le site. Et le suivant encore est bientôt fini. Je n'ai pas fait que flané ; p
PS : Un petit com sur vos avis s'il vous plait.
 
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Il y a 2 commentaires
Natane le 23/11/2008 à 21:50:25
T'as pondu un vrai pavé !

Je suis un peu déçue que l'on ait pas plus de détails sur la maison des soeurs, mais j'imagine qu'un jour ou l'autre, on en verra l'intérieur.
L'anthropophobie d'Elie (je précise quand même ce terme désigne plutôt une peur de tous les êtres humains que des hommes) ne doit pas être très profonde si elle arrive à se tenir près d'un garçon.

Sur ces considérations plus scientifiques, je te souhaite bonne chance pour la suite !
Surikane92 le 03/10/2009 à 10:13:55
c est vraiment super j aime beaucoup tes personnages surtout Thomas ^^
bravvvo!!

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