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Jeudi 31 mai 2012, 10:25


Voici une histoire écrite par Amaryllis et dont le titre est Cet homme et nous, ou le rêve vampirique - chapitre 03.

Salut !!!

Alors voilà, je met enfin en ligne le 3ème chapitre ^__^
J'ai eu quelques petits problèmes (en dehors des techniques) quant à la tournure des événements... parce que, comme à la base mon histoire est un rêve que j'ai fait, je n'ai pas envi de mélanger les scènes, bruler les étapes, etc... donc peut-être que la rencontre avec le Comte n'est pas telle que vous l'auriez souhaitée (moi elle me conviens, mais bon u__u" c'est justement parce que je l'ai vécue ainsi) enfin voilà voilà.... J'espère quand même que ça vous plaira = )
Ah! oui, c'est vrai, excuse aussi de ne pas pouvoir m'empêcher d'écrire des pavés =__=" j'essaye de faire toujours dans les mêmes proportions, mais des fois je m'emballe, j'avoue... :p

_______________________________________________________


***Derrière ces portes, se tient le diable***

La servante, Katsumi, comme elle s’était présentée sur le chemin menant à la chambre, avait, une fois rejoint celle-ci, laissé l’enfant aux mains d’une domestique sortant tout juste de l’adolescence.
Une jeunesse qui semblait d’ailleurs vouloir se dissimuler autant que possible… Car en effet, à la place d’une tenue fantaisie comme en portait sa supérieure, et à laquelle on aurait pu s’attendre, la jeune fille se trouvait affublée d’une robe de soubrette plus que puritaine : col haut, manches longues et robe jusqu’aux chevilles, cheveux châtains clair convergeant en multiples nattes vers un chignon serré…
C’était là l’uniforme typique, parfaitement approprié pour l’emploi, mais tellement décalée pour la divine figure qui se tenait devant la fillette, que cette dernière en avait d’abord était choquée, voire prudente face à tant d’austérité...
Elle pensa que soit Katsumi, dans sa robe du soir en soie, ne respectait pas les règles, soit les jeunes de leur « espèce » n’avaient pas le même fonctionnement cérébral que les adolescents humains… Car il était évident à la vue des oreilles de la jeune femme, bien qu’elles soient plus longues et fines que celles de la belle aux cheveux verts, qu’elles étaient toutes deux faites de la même inhumanité.
« Pour rater ce détail, il faudrait vraiment être aveugle… C’est d’ailleurs plutôt étrange : comment se fait-il que je n’en ai jamais rencontré lorsque nous allions en ville avec papa ?!?… Enfin peu importe, une fois dehors, je ne me porterais que mieux loin d’eux ! »
Puis une chose lui fit tilt : ces gens n’étaient pas humains, Katsumi l’avait dit elle-même. Alors ce pouvait-il que les chants fantomatiques qu’elle avait entendu dans les couloirs leur appartiennent ?!? En ce cas cela expliquerait le pourquoi du comment : si ces êtres pouvaient disparaître, elle en avait certainement déjà croisée sans le savoir…
Mais non, elle avait beau essayer de comparer les voix et l’effet que celles-ci produisaient, ça n’avait rien à voir…
Alors, qui d’autre ? et pourquoi l’enfant n’avait pas plus tôt rencontré d’êtres en chair et en os dans le château ? Bizarrement, le temps de sa fugue, l’étage semblait avoir augmenté en population…
« En fait j’ai peut-être des propriétés répulsives… » songea l’enfant. « il suffit que je m’éloigne pour que des gens sortent de leur trou… »
Elle ricana intérieurement, puis chassa ces pensées superflues et sans intérêt d’un mouvement de tête, préférant regarder silencieusement le ballet de Katsumi : celle-ci se déplaçait rapidement dans la chambre, en ouvrait les volets pour l’aérer, retirait de l’armoire la robe claire pour ensuite la tendre à sa jolie subordonnée, ceci tout en ne cessant de donner des torrents d’instructions à cette dernière, qui elle, restait muette, scrutant sa nouvelle maîtresse.

Car c’est ainsi qu’elle percevrait la fillette dorénavant…

D’ailleurs celle-ci comprit assez facilement que son statut avait changé… Mais même s’il y avait une amélioration, elle se rendait compte que son arrivée n’était pas forcément la bienvenue, non pas que l’ambiance présente lui fut hostile, mais les réjouissances n’étaient pas au rendez-vous…
« C’est compréhensible, moi non plus je ne suis pas folle de joie à l’idée de rester. Alors je suppose qu’en plus je suis, pour elle, annonciatrice d’un surplus de travail… je ne vais pas la blâmer pour l’accueil… ».
Tendant à nouveau distraitement une oreille au monologue vénusien, chant rapide, précipité et presque incompréhensible à son cerveau engourdi, la gamine saisit cependant l’identité de sa « gouvernante ». Celle-ci répondait au doux nom d’Aika, et n’était pas seulement jeune, mais aussi fraîchement entrée au service du châtelain...
Ceci aussi pouvait expliquer son air dubitatif : peut-être ne savait-elle tout simplement pas comment se comporter face à sa petite maîtresse, ni même comment s’en occuper…

Katsumi, arrivée à la fin de ses recommandations, interrompit les réflexions de la fillette en se tournant vivement vers elle :
« -Petite, je dois maintenant y aller, j’ai quelques affaires à régler et préparer. Mais Aika va s’occuper de toi pendant mon absence. Sois gentille, d’accord ? Et écoute bien ce qu’elle aura à te dire. Tu verras, elle est très douce. » Puis elle ajouta avec un petit rire de gorge enchanteur : « En tout cas bien plus que moi ! »
La gamine ne put retenir un sourire : oui, sans aucun doute, cette femme respirait trop l’indépendance et la spontanéité pour s’occuper correctement d’enfants… Surtout au souvenir du peu de tact dont elle avait fait preuve en lui annonçant sa situation pour le moins désastreuse, quelques minutes plus tôt…
La belle lui caressa la joue avec chaleur, heureuse d’avoir pu lui décrocher un sourire, puis sortit de la chambre en roulant des hanches sous sa robe chinoise.

Le silence tomba alors sur les deux filles.
Elles se regardèrent un quart de seconde, avant que l’angélique employée, gênée, ne se décide à inviter la fillette à la suivre, la menant jusqu’à la petite salle d’eau de l’étage.
Une telle pièce, entièrement marbrée, présentait déjà une grande innovation pour la petite paysanne : bien qu’elle en connût l’existence, elle n’aurait jamais cru y entrer un jour -la rivière ou le baquet suffisaient amplement-… mais elle fut d’autant plus stupéfiée, que la salle abritait une gigantesque baignoire, bien plus grande que la fontaine du village…
C’est donc complètement dépaysée qu’il se laissa débarbouiller succinctement par Aika… Cette dernière essaya d’ailleurs d’engager une conversation décente, mais le peu de répondant de la petite la découragea un tantinet, et elle se rabattit sur les instructions de sa supérieure, prodiguant à la gamine ses premiers conseils d’une voix céleste, en parfaite harmonie avec son visage.
« -Tu sais, j’ai bien conscience que vivre ici sera difficile, mais si tu obéis au règles que l’on t’imposera, ton séjour n’en sera que plus agréable… »
La petite tourna sa frimousse dans sa direction, et lui répondit dans un sarcasme néanmoins dépourvu de méchanceté :
« -Je n’aurais certainement pas choisi cet adjectif, mais je comprend plus ou moins l’intention… alors j’écouterai. »
Elle espérait gagner la confiance des résidants au plus vite, et pour cela, un peu de docilité ne serait pas de trop… mais sa réponse arracha toutefois une faible grimace à la servante.
« -Nnnn… euh, tu peux me tutoyer si tu veux… je suis à ton service… et comme base ça serait peut-être plus sympathique, tu ne crois pas ? »
L’enfant hésita : elle se connaissait, si elles devenaient trop proches, ça la perdrait… mais d’un autre côté, marquer trop la distance serait se vendre à moitié…
« -Sûrement… » finit-elle par souffler laconiquement.
Ce ton déstabilisa Aika, déjà très peu sûre d’elle…
D’habitude les bambins ne lui posaient jamais de problème, mais celle-ci n’était pas comme les autres, elle n’agissait et ne semblait pas même penser comme eux… la différence se discernait jusque dans ses iris multicolores, totalement dépourvues des lueurs de l’enfance… Etait-ce dû à sa venue au château ? ou l’éclat de doute et d’inquiétude qui s’y lisait avait toujours été là ?!?
Ce détail avait désorienté la jeune domestique lorsqu’elle l’avait remarqué, et une profonde angoisse avait étreint son cœur… comme à l’habitude lorsqu’elle rencontrait des gens, leur peine et leur douleur lui avaient été communiquées… Pourtant, la musique qui résonnait dans sa tête prouvait clairement qu’elle n’avait pas affaire à une enfant désespérée : les notes sonnaient avec assurance, ce qui révélait la forte volonté de la petite.
Aika était heureuse de ce constat : après tant d’années à entendre le chant du cœur d’autrui, il y avait peut de chance qu’elle se trompât dans son analyse et il était donc rassurant de savoir l’enfant en bonne « santé »…
Cependant, si la fillette était trop intrépide, il était impératif qu’elle prît connaissance des interdits du château…

La douce domestique, un peu plus assurée, reprit alors la parole tout en peignant sommairement les cheveux de sa petite maîtresse.
« -J’ai cru comprendre que tu avais le goût de l’aventure, il serait donc malvenu de t’enfermer dans ta chambre au moindre écart, mais tu devrais toutefois être plus prudente, et éviter autant que possible de te promener dans les couloirs comme tu l’as fait ce matin… ce n’est pas très recommandé, crois moi… »
Elle se pencha pour mieux voir son interlocutrice, voulant lui préciser les raisons de cet avertissement, mais elle n’en eut pas besoin : à l’air de la gamine, celle-ci les connaissait déjà…
Aika en fut plus qu’intriguée : elle savait pertinemment que le Comte n’avait pas quitté son bureau de la matinée, sauf pour se rendre à l’immense salle de bal où les jeunes filles et lui-même déjeuneraient, il n’y avait donc aucun risque qu’il ait croisé l’enfant… Mais alors, était-il possible que celle-ci ait fait les « rencontres hasardeuses » auxquelles le Maître faisait référence, lorsqu’il recommandait à tous ses employés de ne pas trop traîner dans les couloirs ?
Jusque là, le personnel n’y avait jamais cru, pour la simple et bonne raison qu’aucun domestique n’avait expérimenté ces dires… Mais leur véracité, aussi délirante qu’elle soit, semblait se justifier…
Il y avait donc double danger pour l'aventureuse petite fille…

A cette nouvelle lumière, la jeune femme se replaça précipitamment devant la gamine, agrippant doucement ses épaules, et plantant ses grands yeux dans les siens, sa voix retentissant cette fois avec nervosité dans la salle carrelée :
« -Tu as l’air plutôt téméraire… alors j’insiste sur ce point : ne te blesse pas… ne saigne pas ! seigneur, cela pourrait tourner au désastre si tu n’y prenais pas garde… alors je t’en conjure, fait attention, et si par malheur tu t’égratignais, cour vite chercher quelqu’un qui pourra te soigner, d’accord ? »
L’enfant, secouée tant physiquement qu’intérieurement par la jeune servante, ouvrit des yeux exagérément ronds, alors qu’un flot d’inquiétantes questions commençait à l’assaillir : à présent, la bâtisse avait de quoi lui fiche la trouille, semblant regorger d’endroits et d’êtres tout aussi dangereux que la galerie d’art avait été belle…
Muette, elle ne montra pas son effroi, et se contenta d’acquiescer, attendant le moment propice pour poser ses questions.
« -Bien. » murmura Aika avec soulagement, son regard devenant un peu plus doux. « Autre chose, et pas des moindre… » continua-t-elle en s’agenouillant, « c’est même les deux conditions à une vie sans danger au château… »
A nouveau, la fillette douta qu’une parfaite sûreté fût possible… mais en aucun cas elle ne voulait exposer ses craintes, qui plus est à cette presque inconnue.
Elle la laissa donc la sermonner en silence :
« C’est extrêmement important, alors jure moi que tu obéiras au moins à ces deux règles !
-Si c’est pour mon bien…
-Je dirais même pour ta santé… »
Face à tant d’insistance, la gamine avait de plus en plus de doute quant à sa survie… Et sentait que l’inquiétude de sa gouvernante n’était pas feinte… Alors sans aucun doute, elle voulait bien lui promettre tout ce qu’elle voudrait si ça pouvait la maintenir en vie…
« -Formidable » souffla la jeune servante une fois qu’elle le lui eut fait comprendre.
Puis approchant un peu plus le délicieux ovale de son visage face à la frimousse enfantine, elle se lança à demie-voix : « premièrement, ne contredis jamais le Maître… C’est évident, mais autant le préciser tant qu’il en est encore temps… de toute façon, une fois que tu l’auras rencontré, tu y percevras ton propre intérêt…
« Mais quoi qu’il en soit, le pire est ce qui suit : ses paroles et ses actes sont une chose… sa personne elle-même en est une autre, et là, bien plus qu’un conseil c’est une ordre : ne le touche jamais ! tu entends ?!? et par dessus tout, ne croise jamais son regard ! ne te risque même pas à le chercher… » chuchota-t-elle agitée.
Tout à coup s’en fut trop pour la petite fille, qui, malgré son envie de dissimuler sa peur, ne put retenir un « pourquoi ? » n’ayant rien d’enfantin.
Et bien que la domestique ait eu conscience de sa panique, tant sa chanson s’emballait en une cacophonie atroce, elle ne prit pas le risque de répondre, éludant le problème en prétextant leur retard :
« - Tu comprendras plus tard, pour l’heure nous devons nous dépêcher : nous avons déjà fait attendre le Comte plus que de raison… Il doit sûrement être fâché… Mais ne t’inquiètes pas, » reprit la jeune femme devant le regard anxieux de la petite, « si tu restes polie et discrète, tu ne rencontreras aucun problème. »
Elle lui caressa tendrement la joue, espérant la calmer ne serait-ce qu’un peu. Puis, alors qu’elle se relevait, elle ajouta à voix basse : «Ce n’est pas comme si le Maître était un monstre… »
Apparemment, pensa l’enfant, la jeune servante n’avait pas le même point de vue que sa supérieure sur le sujet…

Cependant, la voix mélodieuse d’Aika la tira de ses songes :
« -Et, puis n’oublie pas : je serai là. Pas seulement moi d’ailleurs. Il y aura aussi d’autres domestique, et plus particulièrement un très gentil valet. Tu verras, il fera de son mieux pour que tu te sentes à l’aise, et tout se passera bien. Il s’appelle Shinpi. »
Elle se tourna vers la petite et lui fit enfiler sa robe. Puis quand la tête de l’enfant ressurgit d’entre les méandres de tissus, elle reprit avec un sourire chaleureux :
« -Tu le reconnaîtras facilement, il a de grosses cernes sous les yeux et de longs cheveux châtains clair, un peu comme les miens en fait. Et puis de tout façon, il est plus que reconnaissable : de tous les employé, c’est le seul qui ait l’air d’un clochard dans sa livrée usée. » plaisanta-t-elle en s’essuyant les mains sur le tablier qui ceignait sa taille.
La gamine répondit par un timide sourire.


Le trajet jusqu’à la salle à manger fut très rapide.
Mais la gamine put par conséquent repérer l’emplacement des fameux escaliers, assez traîtres pour s’être dissimulés dans un recoin de l’étage, et constater que l’immense salle où elle déjeunerait chaque jour jusqu’à son évasion, était située au rez-de-chaussée, semblant en occuper la majeure partie de l’espace. En fait, c’était autour d’elle que la voie principale tournait, suivant le même schéma qu’au premier. Et, chose cruciale, ses portes se tenaient en face de l’entrée du château…
« La prochaine fois que je sors de cette satanée chambre, j’emmène du papier et un crayon, et je trace un plan des lieux… » avait tout de suite pensé la petite fille.
Car, contrairement aux autres enfants de son âge, elle avait un esprit pratique très développé, « de la suite dans les idées » avait dit ses parents, le jour de son dixième anniversaire, quelques mois plus tôt.

Et c’était donc devant les panneaux fermés de la salle de bal, accessoirement celle des déjeuners, qu’elle hésitait à lâcher la main d’Aika.
Instinctivement, l’aura rassurante dont celle-ci était aussi pourvue, l’avait ré-attiré vers elle, et elle se sentait plus ou moins abritée, cachée derrière la large robe de la servante.
« -Allez, chérie. Je vais te faire entrer. Tu marches derrière moi, et un valet te guidera jusqu’à ta chaise. Ensuite, tu fais comme on a dit. » Un clin d’œil discret accompagna ses paroles.
Celle à qui il était destiné compris que l’homme derrière ces murs, « le Maître », devait avoir l’ouïe fine et des regards partout. Elle eut un frisson, se rappelant ses étranges impressions dans les couloirs et la réaction de Katsumi après sa réflexion sur le propriétaire.
Sans plus tarder, la petite suivi sa nouvelle « amie ».
Car après sa toilette improvisée, un rapport de totale défiance lui paraissait malavisé : tout le mal qu’elle et les autres se donnaient méritait un minimum de sincère confiance…
Toutefois, ce motif, qui touchait sa raison, n’était peut-être pas le plus déterminant : la gamine avait toujours suivit son instinct, et celui-ci, dans la situation présente, l’éclairant plus certainement que n’importe quel guide, lui indiquait que cette jeune fille un peu coincée, et sa tutrice au corps de rêve ne pouvaient être que des alliées, tout du moins tant qu’elle leur ferait croire à sa soumission…

Elle retourna son attention vers le monde extérieur, au moment où un valet miteux ouvrit les portes, et les laissa entrer.
Aika s’avança.
« -Maître, voilà votre invitée. Excusez nous pour notre retard, elle n’était pas présentable lorsque nous l’avons retrouvé… »
Du centre de l’immense salle, le bruit d’une chaise que l’on repousse se fit entendre, se réverbérant ensuite sur le marbre blanc du sol et sur les claires pierres éternelles qui en marquaient les limites.
Puis une voix profonde, presque grave, retentit, éclipsant par son timbre assuré les quelques échos restants.
« -Il était temps ! Aurais-je omis de vous faire savoir mon manque de patience, chère Aika ? Vous avez encore tout à apprendre : que m’importe le soin que vous aurez à rendre cette paysanne présentable, elle reste une enfant, et les enfants sont des êtres crasseux par définition ! Mon temps est trop précieux pour le consacrer à de telles niaiseries. Je ne tolèrerai plus aucun retard, et si par malheur il se trouvait qu’elle ne soit pas « prête » lors de nos prochains repas, alors elle ne mangera pas. »
La petite sentit une flèche de glace transpercer son crâne baissé comme il la fusillait du regard.
« -Toutefois, il serait regrettable d’en arriver à de telles extrémités, c’est pourquoi je pense que l’enfant et moi aurons quelques mises au point à faire quant à son attitude… »
L’intéressée frémit et compris sans mal ce que la domestique avait voulu dire par « y trouver son propre intérêt » quant au fait de respecter les conseils prodigués : elle avait trop peur pour relever la tête et encore plus pour regarder en face l’homme qui tenait à la punir.

Elle sentit alors une légère pression dans son dos, ce qui la fit sursauter… mais ce n’était que le domestique qui leur avait ouvert et qui, à présent, l’invitait à le suivre en lui ouvrant la voie.
Obéissante, elle répondit au geste et prit sa suite, profitant de l’occasion pour l’examiner furtivement, histoire de savoir identifier ses alliés lorsqu’elle en aurait besoin :
Il était exactement comme Aika l’avait décrit… passant facilement pour un vagabond amaigri. Et seuls son bon parfum et le fait qu’il était absolument propre malgré ses habits usés, l’auraient démasqué aux yeux des paysans crasseux… et éventuellement la forme de ses oreilles… car oui, leur sempiternelles pointes était au rendez-vous...
Cependant la petite n’en était presque plus choquée, vite blasée de cet environnement.
« Je n’ai pas l’intention de m’y attarder, alors pourquoi m’inquiéter ou m’émerveiller devant des détails comme celui-ci ? au pire je m’échinerais à trouver un sens à cette particularité physique, et l’absence de réponse ne m’apportera que frustration… Mieux vaut encore jouer les indifférente ! »
Elle reporta son attention sur les cheveux du valet, qui se balançaient paisiblement au rythme de ses pas.
Bizarrement, cette vision la rassura. Elle ne savait pas vraiment pourquoi, peut-être était-ce une sorte d’hypnose, ou encore était-il muni de « l’aura magique » lui aussi. Sûrement. Enfin, de toute manière, cette sensation était maintenant la bienvenue : dans seulement quatre ou cinq pas, elle atteindrait son siège, et devrait commencer le combat psychologique qui la confronterait au Maître.
Voilà, elle y était.
Shinpi recula le fauteuil pour lui permettre de s’asseoir, ce qu’elle fit avec le plus de calme dont elle était capable en cet instant.
Une fois installée, elle regarda ses couverts et son assiette vide, puis essaya de se concentrer sur les battements de son cœur afin qu’ils s’apaisent. Elle n’était pas directement au côté du maître des lieux –dieu soit loué-, mais à deux chaises de lui.
Malheureusement c’était assez pour voir son ombre au coin de l’œil…
Il semblait bien habillé, comme un haut aristocrate peut-être, et se tenait droit sur sa chaise.
Elle comprit qu’il allait s’adresser à elle lorsqu’il se pencha légèrement en avant.
« -Mia, c’est cela ? » fit la voix de l’hôte.
Cette fois, son ton, bien que la question portât sur un élément plus ou moins essentiel, dénota l’absence totale d’intérêt…
La petite acquiesça doucement, après une certaine surprise.
« -Oui, je m’appelle Mia… Stravski. » s’empressa-t-elle d’ajouter, désireuse de garder une identité stable en terrain hostile.
L’homme ne fit pas attention à l’intervention, et continua sur sa lancée, démontrant clairement l’indifférence avec laquelle il abordait la « conversation ».
« -Bien, c’est un joli nom, et il sera facile à retenir. » Il s’interrompit, peut-être pour que l’enfant apprécie le compliment qu’il lui avait fait par charité, puis il reprit : « D’autant plus qu’il ressemble à celui de votre sœur. N’est-ce pas Minska ? »
Mia, qui avait gardé les yeux baissés jusque là, n’avait pu savoir où se trouvait exactement sa sœur. Elle avait presque cru que, peut-être, elle n’était pas dans la pièce, contrairement à ce qu’on lui avait promit. Car le silence qui avait régné tout au long de son entrée, ne lui avait en rien prouvé sa présence...
Puis soudain, un tout petite murmure, presque un couinement, se fit entendre.
« -Oui. » fit l’adolescente.
Minska semblait être vers sa gauche, de l’autre côté de la table.
La petite fille dirigea son regard dans la direction que lui indiquait son ouïe. Et en levant la tête elle pu constater que sa si chère sœur se trouvait à la gauche du Maître. Elle en eut un terrible frisson, et pria pour que leur geôlier n’ait rien remarqué.
Mais il était trop occupé à être servit par ses domestiques.
Alors la fillette s’accorda un regard plus direct vers son aînée, et comprit que si elle n’avait pas perçu sa présence plus tôt, c’était car, toute de noire vêtue, elle se confondait avec le dossier du siège…
Au grand désespoir de la fillette, la vision de son aînée qui s’offrait à elle, était loin d’être réjouissante…
L’adolescente se tenait au dessus de son plat, le regard perdu dans les méandres du chou-fleur qu’on venait de leur servir. Ses yeux tristes brillaient de larmes retenues avec effort, et a priori, cela devait faire déjà un petit moment qu’elle était dans cet état, à en juger par la peau irritée de ses paupières, et les multiples vaisseaux sanguins qui rougissaient ses yeux… De plus, de larges cernes la paraient de leur ombre, et ses cheveux blonds pendouillant lamentablement de chaque côté de son visage, ajoutant à l’air pathétique qui se dégageait d’elle.
Elle semblait avoir passé une très mauvaise nuit.
« Elle a dû se réveiller bien avant moi et comprendre la situation de suite… Elle a eu tout son temps pour pleurer sur notre sort… Pauvre Minska, il faut absolument que je la vois en privé pour lui parler. »

Puis la tablée entama le repas dans un lourd silence seulement perturbé par le bruit des couverts et la molle mastication des deux filles… car même si quelques minutes auparavant, l’estomac de la gamine grondait encore, la présence de leur geôlier, et surtout l’image de sa sœur, lui coupaient l’appétit…

« -Vous n’avez pas beaucoup de conversation, dîtes moi… » fit soudain le Maître, de sa voix profonde et sans trace de sympathie –ni même d’aucun autre sentiment d’ailleurs-, « J’aime que l’on me raconte diverses anecdotes, alors ne vous gênez pas mesdemoiselles. Je suis sûr que la vie au village regorge de petite scènes intéressantes. » termina-t-il avec un rictus qui se serait voulu bienveillant. Fort heureusement, Mia ne vit pas cette grimace à faire peur.
L’atmosphère se plomba un peu plus encore...
« -Bien, » soupira-t-il, laissant retomber son semblant de sourire avec agacement, « je vois que le moment est mal venu. Je vous donne une excuse pour cette fois, mais si vous êtes ici, j’attend un minimum de distraction de votre part. Vous l’aurez sûrement remarqué, je suis seul dans ce château, votre compagnie sera souvent requise. Gardez cela en tête. » finit-il avec dédain.
Mia remarqua que si cet homme était avare de tout geste, il n’avait aucun mal à faire comprendre ses pensées par la seule intonation de sa voix. Et c’est seulement après cette constatation, que le sens de la phrase percuta l’esprit de la petite.
« Ah ouais ? il est seul dans ce château ? et tous ses domestiques, il en fait quoi ? et puis il nous excuse ?!? Je dois rêver… » pensa la plus jeune des Stravski avec mépris. Mais elle ne savait que trop la réalité des événements… toutefois, de ce ressentiment, elle ne laissa rien paraître, finissant son assiette en silence.

Puis lorsque les valets remportèrent les plats, elle put constater que sa sœur n’avait presque pas toucher au sien…
Il devenait de plus en plus urgent à l’esprit de la gamine de lui parler.
Pour essayer de le lui signifier, elle tourna légèrement la tête vers l’adolescente, et un premier contact visuel réciproque s’établit, son aînée ayant eu le même geste. Cependant, le désespoir qui dégoulinait de son regard ne rassura pas l’enfant : celle-ci ne sentit aucun lien se faire entre elle et Minska, comme il y en aurait eu d’ordinaire.
Là, le regard de sa sœur était emprunt d’un vide infini, de l’absence la plus totale de pensées. On aurait dit qu’avec toute sa beauté d’hier, avait été aspiré sa joie de vivre, sa gaieté et son esprit…
Mia en resta pétrifié, et ne put plus soutenir cette plainte muette.

De tout le reste du repas, elle n’osa plus se diriger vers son aînée. L’inquiétude, fort heureusement, eut toujours le dessus sur la panique, mais une brèche dans ses plans éclairait son avenir sous un jour nouveau. Il ne serait peut-être pas possible de s’enfuir tout de suite, sa sœur étant devenue à première vu un légume, un vide littéral sur patte.
L’escale prenait une tournure de séjour. Mais la gamine s’adapterait. Elle avait toujours su aborder les événements avec stratégie, et les utiliser à son avantage…
Il suffisait qu’on lui laisse le temps de réfléchir calmement et une idée lumineuse lui viendrait… Mais ce n’était ni l’endroit ni l’heure :
En effet, la sinistre silhouette en bout de table reprit la parole, d’abord avec une hypocrisie à peine voilée, puis avec le calme sadique qui semblait la caractériser :
« - Jeunes filles, il y a ici d’innombrables pièces qui feront, je l’espère, votre joie. Mais il me paraît convenable de vous prévenir que votre présence dans ma demeure n’a pas pour fin de vous la couler douce. J’ai des projets pour chacune de vous, et je compte bien les mener à terme… »
Il s’interrompit comme Shinpi lui servait une espèce de gelée rouge en guise de dessert…
« …Vous pourrez faire ce que bon vous semblera lors de votre temps libre –à quelques exceptions près, bien entendu, mais je laisse à vos nourrices le bon soin de vous en informer-, néanmoins il est hors de question que vous coupiez à nos entrevues !
« Je veux que vous soyez ponctuelles, et je n’aime pas les excuses, qu’elles soient justifiées ou non. En résumé, vous ne pouvez en aucun cas faire abstraction de ces moments avec moi. »
Mia remarqua que sa sœur avait eu un léger sursaut, et redoublait à présent d’efforts pour ne pas fondre en larmes.
La petite frissonna sans en connaître la cause. Peut-être étaient-ce juste les paroles de leur geôlier qui résonnaient comme un glas à ses oreilles. Mais elle ne voulu pas trop s’attarder sur la question, de peur d’en trouver trop vite la réponse : celle-ci pourrait ne pas du tout lui plaire…
Elle engloutit donc sa gelée –tout à fait délicieuse comme le reste des mets qui lui avaient été offert de goûter- en se concentrant sur ce point : au moins, contrairement à ce qu’elle avait pensé un peu plus tôt dans la journée, elle ne mourrait pas de faim… Finalement, même si elle était captive, et en mauvaise compagnie, le cauchemar n’était pas entièrement invivable…

Remarquant l’application avec laquelle les deux filles s’interdisaient la moindre réaction, le Comte finit par se lasser de leur compagnie…
« -Il est temps pour nous de nous séparer, demoiselles. J’ai fort à faire. Je vous laisse aux soins de vos servantes respectives. » finit-il par annoncer, sitôt son plat terminé.
L’homme se leva, et Mia pu constater qu’il était de haute taille, tout en finesse dans ses nobles atours, mais elle ne le détailla pas plus, en respect des règles de sécurité qu’on lui avait dictées.
Le Maître frôla la main de Minska, et déposa un petit objet à côté.
La jeune fille, qui avait tressaillie à ce contact, et tremblait de plus belle, ne se donna pas la peine de regarder le présent.
Elle ne releva pas la tête. Pas même pour s’inquiéter de voir leur hôte contourner la table pour se diriger vers Mia.
Lorsqu’il fut arrivé à la hauteur de cette dernière, la gamine qui s’était simplement levée pour imiter le mouvement du châtelain, resta de dos tandis qu’il passait derrière sa chaise, et tenta de contrôler sa respiration altérée par la peur.
« -Mia, je souhaiterais vous voir ce soir dans la bibliothèque. » lui annonça-t-il en stoppant sa marche. « Vers 19 heures disons. Aika vous montrera où se trouve la salle. »
Le ton était froid, sans appel, faisant écho à ses précédents avertissements.
«- Bien monsieur. » répondit-elle.
Il eut un petit rire amusé, presque inaudible.
« -A ce soir, donc. »
Il se détourna d’elle, et la gamine, intriguée par sa réaction, dans un élan risqué mais irrésistible, jeta un coup d’œil dans sa direction.
Par chance, le visage de l’homme n’était plus visible, et elle n’eut pas à croiser son regard. Elle put alors, en un temps assez bref, constater que ses oreilles ne correspondaient presque pas aux critères du château… Mais elle dut précipitamment baisser les yeux quand elle comprit qu’il avait senti son regard et s’apprêtait à se retourner.
Il était encore trop proche à son goût… Que ferait-elle s’il n’appréciait pas son comportement ?!? Elle en fut prise de tremblements…
Mais rien ne se passa.
Elle jeta un dernier coup d’œil, et vit une main aux ongles vernis de noir effleurer avec volupté un pan de la chemise impeccablement blanche de son propriétaire.
Puis celui-ci s’éloigna enfin, le bruit de ses semelles résonnant sur le sol marbré, et quitta la salle à manger, ses domestiques fermant les lourds battants de la porte sur son passage.
 
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Il y a 3 commentaires
Asuka le 23/03/2009 à 19:41:56
super chapitre
il était long en plus
whoa, je m'attendais à ce que le "maître" soit un peu plus sympa.
et c'est quoi la compagnie qu'il demande à ces pauvres filles?surtout la grande soeur je préfère ne pas laisser mon esprit tordu imaginer quoi que ce soit
j'avoue que la personnalité de Mia me stupéfait. Elle est super calme moi j'aurais perdu les pédales au milieu de toutes ces oreilles pointues!
et pourquoi le maître en a pas de longues?
trop de questions...pas de réponse avant le prochain chapitre
p.s: la fic s'inspire d'un rêve que t'as fait(c'que j'ai cru comprendre)? flippant!!!!
vivement la suite!!!
Amaryllis le 23/03/2009 à 20:47:36
^____^ contente de voir que je ne déçois pas (si c'était le cas, faut pas hésiter à me le dire, histoire que je vois si je peux rectifier ce qui cloche )
Et puis ouaip ! c'est bien un rêve/cauchemar (selon les moments xD) j'ai une seconde vie quand je dors et comme presque toute les nuits je fais des rêves extra longs, j'ai toute une liste en attente de petites histoires à écrire xD
(en plus comme même mes cauchemars, je finis par les aimer, on comprend pourquoi je suis une grosse dormeuse )
Sinon j'ai quelques problèmes avec la personnalité de Mia TT_TT c'est une enfant, et j'essaye de lui donner un côté ingénu, mais globalement, elle réfléchit trop pour une gamine de dix ans >_____< ( pareil, dans les chapitres à venir, j'ai du mal à négocier les réactions de Minska.... mais pour d'autres raison )

Enfin je donne le meilleur de moi même, parce que ça fait presque un an que j'ai fait ce rêve, et je me suis vraiment attachée à ces personnages comme à leur histoire
A la prochaine, donc!
Gounie le 24/04/2009 à 23:55:56
terrible la rencontre

j'avais hâte de rencontrer le comte, il est d'apparence froide et mystérieux et il fait peur et je t'avoue qu'il a des côté pervers enfin ce sont mes pensés mes c'était cool a lire

bon ok cet fois je vais au dodo mais je veux lire la suite mes c'est a cause de mes yeux il tiennent plus la route

si je pouvais changer mes yeux je continuerai la suite car je veux savoir
- ce qui va se passer dans la bibliothèque
- et ce koi le présent que le comte a offert à Minska

ça sent l'accroc a ton histoire normal je le suis

a fond dedans mais quand c'est bon faut ps s'en priver

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