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Jeudi 31 mai 2012, 10:33


Voici une histoire écrite par Linine et dont le titre est Entre le Ciel et la Terre - chapitre 01 - Et c'est ainsi que je suis née....

                Connaissez-vous la légende racontant que deux frères jumeaux, Remus et Romulus, furent abandonnés en pleine nature et qu'un jour, par pur instinct, une louve les recueillit et les éleva comme s'il s'agissait de ses propres petits… ?
L'histoire que je vais vous conter commence quasiment de la même manière… Et ce il y a presque 17 ans de cela…

                Je n'ai aucun souvenir de ce jour ou cette nuit-là. La seule chose qui parvient à mon esprit lorsque j'essaye de me remémorer cet instant, sont les pleurs d'une femme (peut-être ?). Le son qu'il me reste en mémoire est confus, il me parvient par brides, dans une sorte de spasme saccadé. Le gémissement que j'arrive à percevoir me prouve pourtant que se sont là les larmes et le chagrin d'un être dépourvu de tout espoir… Puis, le noir total…
Soudain, une lumière vive, une douce chaleur et une sensation humide sur la peau… Je revois une silhouette floue, teintée de couleurs flamboyantes, les rayons du soleil derrière elle la figurant comme divine. Je la sens me soulever… par le col ? Elle me transporte quelque part quand, finalement, je me sens engloutie dans un flot énorme d'un liquide glacial…

Mon nom est Shyna. J'ai 19 ans et je vis depuis 9 ans, seule, dans ma forêt, isolée du reste du monde. Je suis une marginale. Depuis toujours, je fuis la vie en communauté, ou peut-être est-ce elle qui me fuit ?
Ce n'est que quelques années plus tard que je connus les détails de mon arrivée dans la forêt de Luniver. Vous trouverez certainement insolite la "personne" qui m'a recueillie le jour où l'on m'a abandonnée dans cette même forêt. Et pourtant, une tigresse ayant le pouvoir de parler notre langue était pour moi l'être le plus banal du monde. Elle était comme ma mère ; elle m'a élevé comme telle et appris tout ce que je sais aujourd'hui. Puis lorsque je fus en âge d'apprendre la vérité, elle me raconta tout. Les personnes qu'elle avait aperçues sur le lieu où elle m'a trouvée, qu'elle en déduisit qu'il s'agissait de mes véritables parents. Elle ignorait tout autant que moi leur identité et le motif qui les poussa à me laisser en plein milieu de la nature, en proie aux prédateurs. Et malgré cela, je n'ai jamais eu la curiosité de le connaître ni de les retrouver pour qu'ils s'expliquent. S'ils m'ont abandonnée, c'est qu'il le fallait et jamais je ne contesterai ce choix. Après tout, ils ne sont que des inconnus à mes yeux, alors à quoi bon s'y intéresser ? L'unique personne qui comptait, c'était elle, ma mère. Je n'avais jamais connu son nom. Peut-être n'en avait-elle pas ou qu'elle préférait le garder secret ? Je n'ai fait que l'appeler "maman" durant les années que j'ai passé en sa compagnie… durant 8 ans.
Nous étions en automne lorsque c'est arrivé. Malgré la saison, le soleil perçait à travers les nuages et englobait la forêt de ses rayons chaleureux. La légère brise qui s'élevait dans les airs secouait les feuilles jaunies des arbres environnants. Et comme à notre habitude, ma mère et moi allions nous promener à travers les bois, pour rejoindre la clairière où régnait un petit étang aux couleurs étincelantes, réapprovisionné par une courte cascade naissant dans les collines, quelques kilomètres au dehors de Luniver. C'est d'ailleurs au même endroit que ma mère m'avait plongé dans l'eau glaciale le matin où elle me trouva. C'était une journée presque banale en somme.
Presque.
Tandis que nous contînmes notre chemin, des craquements suspects se firent entendre dans les quelques broussailles alentours. Nous avions à peine distingué leur son respectif que nous fûmes encerclées. Autour de nous se dressaient 6 hommes. Tous armés d’épées et d’objets tranchants. Leurs yeux étaient posés sur nous comme le feraient des prédateurs assoiffés de sang. Alors que la peur commençait à m’envahir de plus en plus, ma mère me rassura en frottant sa tête contre mon épaule et me susurrant que tout allait bien. Elle s’assit alors, regardant de gauche à droite nos assaillants, toujours en train de braquer leurs armes dans notre direction.
-Je sais qui vous êtes, chasseurs. Annonça soudain ma mère adoptive.
J’eus alors un sursaut. Des chasseurs ? Ils en avaient après elle, c’était certain. Les peaux de tigres valant une fortune, cela n’avait rien d’étonnant… L’un des hommes se détacha du groupe et s’avança vers nous. Il se stoppa et s’adressa à ma mère :
-Puisque tu sais pourquoi nous sommes ici, il n’y a pas besoin de faire dans les modalités alors… Shaka, gardienne de la forêt de Luniver.
Ma surprise était encore plus grande. D’une, je sus enfin le nom de la seule personne que je connaissais, et de deux, j’appris qu’elle était la protectrice du lieu où je vivais depuis 8 ans. Plus que de la surprise, je ressentis un vide profond au creux de moi. Pourquoi m’avoir caché cela ? Était-ce réellement si important de garder enfoui un secret que j’aurais parfaitement su garder ? Et pourquoi, eux, le connaissaient ?
-Tu vas nous suivre bien gentiment la minette, ou il risque d’y avoir du grabuge. Continua celui qui semblait être le leader du groupe d’étrangers.
-Et pourquoi ferais-je une chose pareille ? Demanda ma mère, incrédule.
-Oh, parce que c’est nécessaire, et tu le sais très bien.
Mon regard jonglait entre les deux interlocuteurs. Je ne comprenais rien de ce qui était en train de se passer. Pourquoi fallait-il qu’elle les suive ? Nous ne les connaissions même pas. Le silence suivit, ils se faisaient face en se regardant droit dans les yeux, comme s’ils étaient en train  de lire dans l’un et l’autre, pour y desseller la moindre parcelle de leur esprit. Et cela devenait lourd. J’avais l’impression de ne plus exister, ignorée.
-Quelle est ta réponse alors, Shaka ? Intervint enfin le chasseur.
-Je ne partirai pas d’ici, je suis la maîtresse de cette forêt et elle a besoin de moi.
-Bien… Dans ce cas…
Il claqua des doigts comme pour ordonner quelque chose à ses hommes. Deux d’entre eux réagirent et soudain, je sentis sur chacun de mes bras une pression immense. Ils m’avaient saisie, pour me rendre immobile. Je les regardais, effrayée et essayant de me défaire de leur emprise.
-Maman ! Criais-je, espérant qu’elle me vienne en aide.
-Tout va bien, Shyna. Me répéta-t-elle.
Elle se tourna vers le leader du groupe.
-Laissez-la en dehors de cela. Ce n’est qu’une enfant, elle n’a pas à être impliquée dans cette histoire.
-Nous la relâcherons si tu nous suis. Assura l’homme.
Un autre blanc s’installa. Le bruit des feuilles automnales secouées par le vent était perceptible à la perfection autour de nous. Les chasseurs, qui me tenaient les bras, me serraient tellement qu’ils s’engourdissaient et cela commençait à me faire mal.
-Très bien, je vous suivrai. Conclut enfin ma mère.
J’écarquillais les yeux. Avais-je bien entendu ? Elle acceptait leur proposition ??
-Non, maman ! Ne me laisse pas ! Suffoquais-je.
-Écoute Shyna…
Elle s’approcha de moi et continua :
-Je ne veux pas qu’ils te fassent du mal. Si je fais ce qu’ils me demandent, ils te relâcheront et tu pourras vivre tranquillement. Il ne m’arrivera rien, je te le promets.
Le chef du groupe fit un signe de tête à ses deux hommes et ils me lâchèrent immédiatement. J’étais désemparée et je regardais l’animal qui m’avait élevé depuis toutes ces années avec des yeux exorbités : je n’arrivais pas à comprendre comment elle pouvait me faire ça. Et pourtant, je ne lui en voulais pas ; je ne pouvais pas lui en vouloir, tout simplement. Je ne lui répondais pas, je la regardais toujours avec ces yeux pleins de peine. C’est vrai que ma mère m’avait appris à ne pas protester face à ses décisions et j’avais toujours été docile face à cette règle. Il y eut soudain un son rauque qui me sortit de ma torpeur. C’était le chasseur en chef qui s’éclaircit la voix :
-Bon, il est temps d’y aller si tu ne veux que rien de grave n’arrive dans les environs. Dit-il, un sourire mauvais collé sur le visage.
-Très bien, j’arrive tout de suite. Répondit ma dénommée mère, Shaka, en le regardant, sans plus d’angoisse dans la voix qu’à l’ordinaire.
Avant même qu’elle n’ait pu tourner la tête vers moi, je me réfugiais, les larmes aux yeux, contre sa chaude fourrure, toujours aussi flamboyante qu’au premier jour où je la vis comme dans un rêve. Elle frotta doucement sa tête contre mon corps encore frêle pour me dire au revoir, pour la première et dernière fois… Puis elle se retira de mon étreinte et me souffla :
-Je te confie notre forêt, ma chère fille. Elle a besoin de quelqu’un qui puisse la garder ; quelqu’un comme toi. Conserve bien en mémoire tous les enseignements que je t’ai transmis, ils te seront toujours d’une grande aide.
J’acquiesçai et elle posa finalement son museau contre ma poitrine et je sentis quasiment instantanément une force comme insufflée en moi, j’avais l’impression d’avoir une puissance incroyable se déverser à l’intérieur de tout mon corps.
-Fais-en bon usage. Termina-t-elle par me dire, avant de s’éloigner, entourée des chasseurs.
Je restai là. Le visage humidifié par les larmes qui ne cessaient de couler sur ma peau. J’étais seule… Abandonnée… Encore une fois, pensais-je.
Puis à mon tour, je m’éloignai, dans la direction inverse. J’avais une mission, et il fallait que je tienne la promesse que j’avais faite en protégeant la forêt de Luniver, qui était mon seul refuge. Et au fond de moi, je m’étais également fait un serment qu’en aucun cas je ne voulais briser : celle de rester hostile face à n’importe quel étranger que je rencontrerais, et encore plus à n’importe quel homme, car c’était l’espèce qui m’avaient enlevé ce que j’aimais le plus sur cette terre.
J’avais alors à peine 10 ans.
Et déjà, je savais ce qu’était la haine.

Je m’appelle Shyna, j’ai 19 ans et je suis aujourd’hui la gardienne de la forêt de Luniver.
 
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