Une rencontre inattendue (bis)
Un petit problème que je n’avais pas répertorié était l’arrivée de Criscioss, dans MON métro volant. J’avais pas penser à ce genre de désagrément. Je ne peux d’ailleurs vous décrire avec précision l’expression de son visage lorsqu’il m’aperçut… Je me demande s’il n’a pas cru voir arriver une troisième Lilée. Le pauvre en bavait avec moi, et pourtant, il était loin de mériter cela. Il est venu vers moi alors que je cherchais à détourner la tête au maximum, style j’allais passer inaperçu. On peut toujours y croire. À la base, il ne cherchait pas à me retrouver, du moins, pas ici… Il rentrait simplement chez lui. Il m’a attrapé le bras et m’a fait reculer pour que je me retrouve en face de lui.
- Qu’est ce que tu fais là, Lilée ?
Peut-être me prenait-il pour elle, mais je partis du principe où, encore une fois, il m’appelait pas son prénom.
- Lou, je m’appelle Lou.
- Heu, oui, Lou, si tu veux, mais qu’est ce que tu fais ? Mon pot’ m’a dit que tu étais parti, je t’ai cherché partout mais je ne m’attendais pas à te voir ici ! Qu’est ce qu’il s’est passé ? Il n’a pas été bien avec toi ? Il ne m’en a rien dit mais je me doute qu’il s’est passé quelque chose !
- Nan, c’est pas ça du tout. Te prends pas la tête, c’est juste que je ne pouvais pas rester là-bas… enfin je suis libre alors…
- Tu as raison je n’aurais jamais du te laisser là-bas c’était ridicule. Je te ramène à la maison ! S’exclame-t-il.
Je me figeai :
- Nan, nan ! C’est pas ça Criscioss. C’est juste que…
Je perdais mes mots, pour qu’il comprenne, j’insista à nouveau sur la notion de liberté qu’il n’avait pas retenue dans ma phrase.
- Voilà, je te suis très reconnaissante de tout ce que tu as fait pour moi mais maintenant que je suis libre …
On pouvait lire une grande déception dans les yeux de Criscioss.
- Tu comptes partir ? Qu’est ce qu’il y a ? Lilée dit moi, j’ai fait quelque chose qui t’as déplu ?
- Lou, insistais-je gentiment. Nan, tu as été parfait et très gentil !
Il pris alors un tout autre chemin. Comme si je luis devais quelque chose :
- C’est toute la reconnaissance que tu as pour moi ? demanda-t-il déçu.
J’étais jusqu’alors souriante mais à sa remarque je fronçai les sourcils, il vit au moment où il avait prononcé ces mots qu’il n’aurait pas du dire ça.
- Ah, c’est donc ça, tu me veux pour toi ! Tu te sens bien peu récompensé par les risques que tu as pris pour un clone.
- Ce n’est pas ce que je voulais dire, ni ce que je voulais insinuer, se défendit-il.
- C’est pas grave, je m’excuse.
Je lâchais mes phrases avec dégout. Peu satisfaite, je continuais :
- J’avais bien vu que le cas de ton ami Lilée faisait plus que t’inquiéter, de là à penser que … je ne suis pas Lilée ! J’en suis vraiment désolé désolée. Si c’est un clone d’elle que tu cherches tu te trompes de personne. Enfin pas tant que ça, puisque je suis son clone, m’embrouillais-je, mais je ne veux plus l’être. Je désire rien de plus que d’être moi, que moi… Je te croyais différent.
Je me détacha de son emprise en écartant son bras qui me tenait.
- Lou, soupira Criscioss… je … je suis désolé. J’ai jamais pensé un seul instant en venant à l’hôpital hier, ou même en voyant Lilée participer à cette course ridicule que tous ces événements allaient se passer. Je suis un peu paumé, je te signale que j’ai fait évader un clone ! Merde, c’est pas rien ! Alors je ne veux pas que tu te trimballes comme ça dans la ville ! Je pense que tu peux le comprendre ? La police ne peut pas intervenir, ne doit pas interve-nir. Tu pourrais très bien être recherchée mais, pour cela, il faudrait que mon père dévoile ses agissements. Vu qu’il ne le ferra pas, de ce côté-là tu n’as rien à craindre mais il va forcement faire appel à quelqu’un pour te retrouver ! Il ne peut pas te laisser gambader seule dans la nature sans agir. C’est pourquoi je m’inquiète. Si il remonte jusqu’à moi ce n’est pas grave. Je suis son fils, à part de lourdes punitions ou privations, je suis plus ou moins à l’abri mais toi… Il y a trop de risques ! Restes, il y a aussi le problème de mon clone …
Je relevai la tête et lui déclara froidement :
- Ce n’est plus mon problème.
- Je te croyais différente … à l’évidence je me suis trompé. Tu as raison j’aurais pu te prendre pour Lilée. La même détermination, la même froideur, le même égoïsme ! Il s’arrêta, dans son énumération, il voulait me faire réagir et ça ne loupa pas.
- Pffff… parlons en de l’égoïsme. Qui m’a fait sortir de là-bas ?
- Moi, répondit Criscioss sans comprendre. Tu me le reproches peut-être ?
- Nan, mais c’est une forme d’égoïsme !
- Pardon ?
- Tu savais ce qu’il m’attendait…
- Oui, c’est pourquoi je t’ai aidé à t’enfuir ! Je ne voulais pas te voir réduire à servir de réserve à organes.
- Nan, je te parle de ce qui m’attendait dehors, l’inconnu … l’absence… Tu ne peux même pas imaginer ce que je ressens ! Tout cet univers faux, résumé une pièce, quatre murs ! Alors qu’il y avait tellement plus, tant de choses … la liberté.
- Et c’est égoïste de vouloir t’offrir cette liberté ?
- Oui, dans ce cas précis OUI ! Tu as vu en moi une Lilée naïve avant tout ! Une jeune fille qui t’as fait pitié parce qu’elle RESSEMBLAIT à Lilée. Tu as soudain trouvé ça injuste. Mais au fond tu aurais ouvert la porte et décou-vert une fille pas forcement belle, un clone « alpha » comme ils les appellent dans ton dossier, sans intelligence. Un clone non développé qui était condamné à servir de réserve de secours, tu aurais fait quoi ? Tu aurais pris peur, mais au lieu d’aller vers lui avec fascination et curiosité comme tu l’as fait avec moi, tu serrais resté planqué derrière la vitre blindée ! Tu n’aurais pas franchi le sas et serait sûrement reparti aussi vite. Choqué ? Oui. Mais sûrement sans aucune compassion.
- Tu es dure.
- Oses nier ? J’irais même jusqu'à dire que tu es amoureux de Lilée. Sans trop de prétention d’ailleurs puisque c’est une évidence. Je me demande même à quoi tu as bien pu penser en me sortant de là-bas !
- Si je t’avais assimilé à Lilée, tu peux être sure que tu serrais encore en train de moisir là-bas ! Lâcha-t-il.
- Ne me mens pas ! De toute façon ça se lit dans tes yeux, lui dis-je plus calmement.
- Je te demande juste de patienter plus longtemps avant … avant de prendre ton envol. Que ça se tasse.
- Tu as déjà fait bien assez de choses, murmurais-je. Je ne pourrais jamais te remercier assez.
- Ah bon ? Maintenant tu ne me reproches plus ton évasion ? S’étonna-t-il.
- En soit, ce n’est pas ça que je te reproche, juste le fait de t’être mis dans la tête que je suis version améliorée ou améliorable de Lilée. Si tenté qu’on puisse l’améliorer…
- Je ne t’ai jamais confondu avec elle. Il m’est arrivé une fois d’inverser vos prénoms, se défendit-il.
- Si seulement ça ce résumé à ça…
Je m’arrêtai un instant puis enchaîna :
- Deuxième exemple : Si j’avais été un clone quelconque, le clone d’une personne inconnue, adulte par exemple. Tu aurais fait quoi ? Tu m’aurais persuadé de rester avec toi le temps que ça se tasse ?
Devant l’absence de réponse du jeune homme, je continuais :
-Tu te serrais frotté les mains et tu te serrais dit, bon voilà j’ai fait ce que j’avais à faire, c’est déjà beaucoup, maintenant à elle de vivre sa vie !
- Lou …
- Ouuuuiii
- Pourrais-tu arrêter de raisonner comme si tu étais dans ma tête. C’est énervant !
- J’en suis consciente, seulement c’est actuellement mon seul mode de raisonnement pour deviner ce qu’il peut bien se passer dans ta tête.
- Et ben arrête, et laisse-moi exprimer seul mon point de vue.
- En même temps tu n’as pas répondu à ma question alors il faut bien que je sois inventive.
- Alors vas-y, reposes ta question ?
- Si j’avais été une adulte quelconque, comment aurais-tu réagi ?
Criscioss prit le temps de réfléchir et répondit.
- Je ne peux même pas t’affirmer que tu serais sortie de l’hôpital alors, pour ce qui est de mon offre d’hébergement… les probabilités sont faibles.
- Donc, tu admets que j’ai raison !
- Le fait que tu sois la copie de Lilée a surement influencé mon choix, j’ai été plus compatissant, c’est sans doute vrai. Disons que tu n’avais pas totalement tort.
- Quelle différence ?
- Mon orgueil, il se racla la gorge et reprit, maintenant que tu as loupé ton arrêt et que l’on arrive au mien, je te repose ma question : Acceptes-tu de me refaire des toasts pour le repas de ce soir ?
- Formulé de cette manière je ne peux qu’accepter.
Je grimaçais, il avait gagné mais ce n’était que partie remise. Je n’avais absolument pas dans l’intention de traîner chez lui.
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