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Jeudi 31 mai 2012, 12:03


Voici une histoire écrite par Ti-ole et dont le titre est Mémoire d'une speed - chapitre 08 - De retour chez lui.

De retour chez lui

Nous sommes donc descendus au terminus et nous avons emprunté une seconde navette pour arriver aux appar-tements de Criscioss. Nous nous sommes assis dans son canapé et je profitai du silence pour lui glisser une re-marque :
- Je trouve ça un peu culotté quand même de me faire venir ici alors que c’est précisément ton père qui me recherche !
- N’ai pas d’inquiétude. J’ai reçu un message de mon père tout à l’heure, il est trop occupé par ta disparition pour rentrer à la maison. Il m’a dit qu’il restait sur place, il a un petit apart’ à l’hôpital., pour des problèmes professionnels. Et pour ce qui est de ma mère, elle est partie dans la journée. Elle ne devrait pas revenir avant la fin du mois. Rassurée ?
- Bah tu sais, moi je dis ça pour toi parce que moi …
- Ben quoi ? Tu ne vas pas te laisser reprendre si facilement ?
- Au pire… Tu sais aujourd’hui je viens de comprendre que ma vie c’est rien, une création totalement artifi-cielle, une aberration.
- Alors tu baisses les bras ?
- Nan, je compte bien profiter de ma liberté potentielle mais je ne me fais pas de film, je ne serais jamais « humaine ». Et puis je suis totalement naïve, je ne connais rien de ce…monde. J’ai toujours été conditionnée pour vivre dans une pièce alors tout cet espace c’est trop en peu de temps.
- Tu n’es pas si naïve que ça puisque tu te rends compte de tout ça.
- Ouais mais ce n’est pas suffisant pour me fondre dans la masse. Ce que je trouve vraiment bizarre c’est ce que je fais. Regardes, j’ai pris le bus sans me poser aucune question alors que je n’en avais encore jamais pris. Et puis, j’ai eu à un moment l’intuition que je pouvais me rendre à un grand parc et je savais, à priori, par où me diriger alors que…
- … tu n’y ais jamais allé.
- Oui c’est ça. C’est vraiment bizarre, je ne l’explique pas !
- On en a déjà parlé il me semble mais c’est vrai que c’est de plus en plus étrange.
Il prit le temps de réfléchir puis reprit :
- D’un sens, c’est plus ou moins logique. Tu es faite sur les mêmes bases que Lilée par conséquent on peut supposer que sa mémoire et la tienne ont des souvenirs communs. Lilée connaît ce monde, elle y a toujours vécue et toi, grâce à elle quelque part, tu profites de ce savoir.
- Je n’apprécie que très peu ce partage d’information à sens unique.
- Toujours est-il qu’il va te permettre de t’habituer à ta nouvelle vie à une vitesse impressionnante !
- J’ai l’impression d’être dépendante de Lilée et cette situation me déplait.
- D’avoir été. Je pense que ce qu’y t’apparait actuellement, c’est ce que connaissait Lilée avant ta création. Tu as donc, tout de même, 3 ans de retard.
Comme pour répondre à mon soupir, Criscioss s’approcha de moi et me prit les mains :
-Il te faut voir les points positifs !
- Ce n’est pas si évident …
- Je me doute mais tu n’as pas le choix.
Alors que je m’accordais quelques minutes de réflexions, mon hôte reprit :
- Je ne vais pas t’exploiter en te faisant cuisiner, me dit-il en se levant, je vais faire cuir une pizza !
Il revint à peine 5 minutes plus tard avec deux plateaux.
- Le repas de madame est servi, ironisa-t-il devant la simplicité de ce qu’il me proposait.
- Merci ! Au fait, tu es retourné à l’hôpital ?
- Oui, je n’ai pas pu m’occuper de mon clone. Trop risqué pour lui et pour moi actuellement.
- As-tu été voir Lilée ?
Criscioss grimaça mais répondit à ma question :
- Ouais, elle est sortie du coma. Elle a un problème au poumon et est actuellement sous assistance respira-toire. Je n’ai pas pu aller la voir car quand j’y suis allé il l’emmenait au bloc, cependant j’ai pu parler avec le chirur-gien qui s’occupe d’elle. Sa situation n’est pas critique, elle peut s’en sortir sans clone. Cependant, l’opération comprend certains risques. Il paraissait plutôt confiant alors je ne m’inquiète pas trop. Ce sont de très bon chirurgien, l’hôpital est très bien réputé.
- Oui, c’est sûrement pour cela que l’on ne soigne que les patients de catégorie 5. J’ai lu ça dans le dossier…
Devant l’embarras de Criscioss, je me passai d’autres commentaires. Ma remarque avait jeté un silence, la pizza fut par conséquent engouffrée en moins de 10 minutes...
- Regrettes-tu ?
- Pardon ? S’étonna le garçon devant ma question.
- Regrettes-tu d’avoir découvert mon existence et de le faire payer à ton amie.
Criscioss sourit :
- Nan ! Pas du tout ! J’ai simplement du mal à accepté ce que je suis en train de faire à Lilée, et en même temps je ne peux cautionner ce que fait mon père.
- M’aurais-tu fait échapper juste parce que tu trouves ça contraire à tes principes ?
- Oui, bien sûr, répondit le jeune homme, heu… non, rectifia-t-il en comprenant le sens de ma question. Je n’avais pas bien compris où tu voulais en venir…
Il reprit son calme devant la bourde qu’il avait failli faire et continua :
- Parfois, j’ai l’impression que tu le fait exprès Lou, de m’embrouiller ! Donc je voulais dire que je ne pouvais pas cautionner ce que fait mon père, par conséquent je m’oppose à ce qu’il fait, cependant je ne t’ai pas li-béré uniquement parce que je voulais agir à l’encontre de mon père. De toute façon ça revient presque au même.
Devant mon air d’incompréhension il reprit :
- J’aurais cautionné ses actes si je ne t’avais pas fait échapper… De toute façon je ne me suis pas prit la tête longtemps sur place je n’ai même pas réfléchit aux conséquences vis-à-vis de mon père, ce n’était pas le plus important. Pour tout te dire, j’ai découvert mon clone en premier, j’ai voulu le faire échapper mais c’est là que j’ai réagi sur le fait que Lilée devait en avoir un et que comme elle venait d’avoir un accident le clone allait être utilisé… enfin pas utilisé mais…
- Nan, ne t’inquiètes pas c’est le terme exact.
Il se racla la gorge et continua :
- Je suis donc allé vérifier, je t’ai découvert. La suite est simple, j’étais venu pour te délivrer, je l’ai fait.
- Si elle en avait péri, je suis persuadé que tu t’en serrais voulu de m’avoir libérer, moi, le simple petit clone, au profit de la vie de ton amie.
- Lilée ne mérite pas ta mort ! Lança Criscioss en haussant le ton.
- Ma vie et celle de Lilée ne peuvent se résumer à un simple échange ! Je valais plus qu’elle à tes yeux, je vis. Si elle était morte…
- Peu importe Lou ! S’énerva Criscioss. Tu es là, je suis là ! Je m’en serrais voulu, oui. Et après ! Comment peux-tu être si peu reconnaissante ! Ce n’est pas assez difficile pour moi ! Il faut que tu insistes, encore et toujours …Tu … tu te rends compte que tu m’en veux de t’avoir choisi ! Selon toi, qu’est ce que j’aurais pu faire de mieux ? Te laisser périr sous prétexte que tu es un clone.
- Je n’ai pas dit ça. Je suis perturbée car j’ai l’impression de manquer à mon devoir.
- Tu es encore très imprégné de ce que tu as vécu, cela se dissipera et un jour tu ne penseras plus que par toi, et pour toi.
- Et si ça ne se dissipait pas ? Et si j’étais trop empreinte de ce que l’on voulait me faire devenir ? Mon cer-veau oscille constamment entre liberté et devoir, c’est à m’en rendre folle. Tu n’aurais jamais du me faire évader… Pur folie.
- Qu’est ce que j’aurais pu faire de mieux ?
- Je ne sais pas.
- Alors ne me juge pas ! Pas toi !
- Parce que je suis un clone ?
- Oui ! Parce que tu es un clone et que si tu ne soutiens même pas ta propre cause et si tu n’arrêtes pas de me faire des reproches alors que je tente aussi bien que je puisse le faire d’aider TA cause, qui le ferra ?
- Personne. Personne puisque personne ne se sent concerné, répondis-je calmement, et comme tu le pré-cises bien cette cause, tu ne la considères même pas comme la tienne ! Même pas toi ! Le clonage devrait être l’affaire de tout le monde et non pas uniquement celle des clones !
- Ne changes pas de conversation. Comment peux-tu me dire ça ? Me demanda-t-il plus calmement.
- Je change de conversation si ça me chante.
- Tu m’énerves Lou.
- Je suis peut-être chiante, mes caprices t’énervent, ça ne me pose aucun problème ! Tu n’avais qu’à m’oublier et me laisser dans mon bus au lieu de jouer les chevaliers servants ! Je n’arrive pas à te comprendre, c’est mon droit de me poser des questions nan ? J’ai vécu un an entre quatre murs, totalement ignorante et je ne cherchais même pas à m’enfuir, du moins je ne l’envisageais pas parce que mon cerveau n’était pas conditionné dans ce sens là. Qu’est ce qui me fait croire que je ne me fais pas manipuler ? Qui me dit que ça ne fait pas parti des programmes de recherches de ton père auquel tu participes ?? Rien, rien… la seule chose que je sais c’est que tu m’as sauvé au dépend de ta meilleure amie. Alors excuses moi d’avoir des doutes, mais ils sont fondés !
- Tu deviens parano ou alors tu t’humanises trop vite ? Je te préfère en clone ignorante et naïve au moins tu te poses moins de questions inutiles. Si te sauver ce n’est pas une preuve, j’avoue ne pas être en mesure de t’en donner d’autres plus convaincantes…
- Oui… j’ai aussi l’impression de devenir folle… Mais c’est trop de chose en même temps… trop de doute, de rancoeur, et de dégoût envers une société que je découvre à peine.
Je me sentais partir, une étrange sensation de vide très déplaisante.
- Je pense que tu as du mal à digérer la journée d’aujourd’hui et je préfère mettre ça sur le compte de la fatigue. Je te propose de dormir dans ma chambre ce soir, moi j’occuperais le canapé, annonça Criscioss.
Comme je ne réagissais pas il reprit :
- LOU ! Je te propose de dormir dans ma chambre. Tu y serras plus confortablement installée, si tu dors mieux peut-être que tu serras de meilleure humeur demain. Moi je vais prendre le canapé ça ne me gêne …
Criscioss s’arrêta :
- Lou ? Tu m’écoutes ?
Il n’eut même pas le temps de me reposer la question que je m’affalai sur le canapé, inerte.
 
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