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Jeudi 31 mai 2012, 12:03


Voici une histoire écrite par Ti-ole et dont le titre est Mémoire d'une speed - chapitre 12 - Jusqu'au bout.

Jusqu’au bout

Quelques jours passèrent et je sentais la grande détermination de Criscioss flancher. Vu dans quel pétrin on était j’ai réussi à la convaincre d’aller jusqu’au bout, délivrer son clone. Il partit très le matin et revint avec lui vers la fin de la journée. Lorsque je leur ai ouvert la porte j’ai été bousculé par ces jumeaux parfaits. Ils se ressemblaient trait pour trait, l’unique différence résidait dans leur coupe de cheveux. L’un court, l’autre long, au moins je ne me tromperais pas. Criscioss me raconta vaguement comment il avait réussi à le faire sortir de l’hôpital. Rien de bien difficile puisqu’il avait le pass fait par son père qui avait déjà servi à ma délivrer. Il n’eut pas de problème, il n’y avait pas de garde, après tout, tout cela était fait dans la clandestinité la plus secrète.
Au fil des absences de Criscioss, je me familiarisais avec son « autre ». Après quelques jours il commença à prendre ses repères et à être moins paumé. Il se baptisa Aioross. Nous nous comprenions parfaitement, après tout nous avions vécu la même chose.
J’ai adoré tous ces moments passés sur Vylia, des moments plus qu’inoubliables avec Aioross et Criscioss, où tout l’enfer que j’avais vécu s’effaçait de ma mémoire au fil des jours. Criscioss n’était pas toujours là, à vrai dire, il occupait l’appartement à mi-temps. Toujours au regret de partir, il revenait quelques fois, tard le soir et ne nous parlait que très peu de ses discussions avec Lilée et John. Un jour qu’il rentrait plus tard qu’à son habitude Aioross et moi avions eu une grande conversation, nous nous sommes rapprochés et au cours d’un grand moment de fou rire il m’embrassa. Ce fut de courte durée mais l’on ne pouvait pas dire que cela avait eu pour effet secondaire de nous écarter. C’est au moment où je lui expliquais que je n’avais pas compris ledit argument, qu’il murmura « je peux articuler » tout en m’attirant à lui que Criscioss fit son entrée dans l’appartement. Comme nous étions dans la pièce principale, il eut, dès l’ouverture de la porte un gros plan sur la scène. Je crois sincèrement que c’est ce jour là qu’un fossé c’est creusé entre nous. « Officiellement » Aioross et moi n’étions absolument pas ensemble mais notre proximité semblait, depuis ce jour, exaspérer Criscioss. Un matin, Aioross était parti faire une commission et Criscioss s’assit à côté de mon matelas. Il me réveilla en douceur :
- Lou… murmura-t-il.
- Hum…
- Lou ? Désolé de te réveiller mais il faudrait que l’on parle.
Je me redressai, enroulée dans mon duvet et il reprit.
- J’aimerais te parler un peu, je ne voulais pas te réveiller mais comme je voulais te parler seul à seul, je profite donc de l’absence d’Aioross.
- Qu’est ce qu’il y a ? M’enquis-je en me frottant le cou, signe que je m’étais mal endormi.
- Je ne sais pas ce qu’il se passe entre Aioross et toi, même si vous n’êtes pas réellement ensemble je vois bien qu’il y a beaucoup d’affection entre vous. Vous êtes très proches, c’est génial mais je n’arrête pas de réfléchir et je ne suis plus sûr maintenant d’avoir ma place dans cette maison.
Qu’est ce qu’il lui arrivait ? Il ne comptait pas partir quand même ?
- Je ne suis pas à ma place ici, répéta-t-il devant mon mutisme. Mon clone, Aioross, se reprit-il rapidement, prend une place plus importante que je ne l’aurais pensé.
- Aioross et quelqu’un de formidable, il comprend réellement ce que j’ai vécu, répondis-je simplement, peu certaine de bien comprendre le problème.
- Je suis tout aussi capable de te comprendre…Même si je n’ai pas vécu des choses similaires.
- Que se passe-t-il Criscioss ? Demandais-je, sûr de vouloir maintenant comprendre que quoi il s’agissait.
- Je n’arrive pas à imaginer l’avenir et cela me perturbe. Je pensais que tout les deux… mais tous les trois ce n’est pas possible. Je ne veux pas être en compétition, continua-t-il sur la même lancée, surtout en compétition avec moi-même, enfin avec mon autre moi. Difficile de la battre… soupira-t-il.
- Il n’y a pas de compétition, affirmai-je en fronçant les sourcils.
- Si, insista-t-il. Depuis qu’Aioross est là il y en a une, pour toi, et je n’y trouve pas ma place.
- je ne suis pas un trophée, m’écriai-je vexée.
- Lou… ne t’emporte pas, c’est vraiment compliqué.
- Criscioss, je suis une clone comme tu aimes tant à le rappeler, toi tu as une vie qui t’attends, une famille. Nous on est des fugitifs.
- Une famille, s’amusa-t-il. Tu as vu MA famille ! S’exclama-t-il en haussant le ton. Ma vrai famille c’est toi, pour l’autre c’est à peine si j’existe à leur yeux. Cela fait un moment que je suis parti et personne ne s’inquiète !
- Ne renies pas ta famille ainsi, surtout devant moi, tu n’imagines même pas ce que c’est que de ne pas en avoir du tout, ce que c’est que de savoir que l’on a été crée par des scientifiques dans des laboratoires, des hôpitaux.
- Nous pourrions faire valoir vos droits, le droit que tous les clones ont, celui de vivre, affirma-t-il en changeant d’argument.
- Je n’y crois que très peu …
- C’est donc ainsi que tu vois votre avenir ? S’emporta-t-il.
- Nan, nous ne pouvons dépendre de toi.
- « Nous », répéta-t-il colérique. Je te parle de toi, de moi. Aioross…
- Aioross est comme moi !
- Alors c’est lui que tu as choisi.
- Je ne parle pas de choix, mais de notre avenir à Aioross et moi qui sommes des clones. J’insistai encore plus sur le "Aioross et moi". Je n’ai choisi personne, soupirai-je contrarié par ce qu’il essayait de me faire dire. Je parle simple-ment de notre avenir à nous deux qui n’existons pas aux yeux de la société.
- Nous deux, nous pourrions avoir un avenir ! Mon père est riche, nous pouvons le faire chanter, partir au bout du monde là où il ne nous trouvera pas.
- Et Aioross ?
- S’il change d’état pas de problème pour lui, il pourra trouver un travail, vivre sa vie.
Je pouvais lire une lueur d’espoir dans ses yeux. Cela m’embêta.
- C’est ce que je veux aussi pour moi. Répondis-je plus calmement.
- Et ce n’est pas compliqué à réaliser, mon père est riche, insista-t-il. L’argent ne serra pas un problème. Nous deux se…
- Ce n’est qu’un rêve Criscioss, le coupai-je. Réveilles-toi ! Je veux une vie normale, la vie de monsieur tout le monde, la plus banale possible, insistai-je, pourvu que je sois heureuse.
- Je peux te l’offrir, je peux et je veux cela pour toi.
- Et ta famille ? Tentai-je de la raisonner par tous les arguments qui me venaient à l’esprit.
- Tant pis pour eux, peut-être qu’un jour ils auront enfin des remords et se rendront compte que j’existais.
S’en était trop, j’étais décidée à couper court à la conversation.
- Je ne désire pas être le jouet d’un gosse de riche qui ne sait plus quoi faire pour amener de la nouveauté dans sa vie et qui cherche le premier truc qui lui passe par la main pour faire réagir ses parents sur son malheur !
Nous entendîmes la porte s’ouvrir, c’était Aioross qui rentrait. Criscioss ne me lâchait pas du regard, un regard froid, amer. Il se retourna et en partit en claquant la porte en partant. J’entendis les brides d’un échange entre Criscioss et Aioross, puis une deuxième porte claqua et plus rien. Je repris mon calme et me pencha pour voir sous le lit. Pour sûr, cette journée ici serrait la dernière. Je sortis un large sac qui traîné là et y déposa les quelques affaires prêtées par Criscioss. Après avoir remis le sac sous le lit je me dirigeai vers la salle. Mon intuition me disait que je n’y trouverais qu’Aioross, ce qui fut le cas. Il était planté devant un écran holographique assit dans le canapé. Je le rejoins et nous ne parlâmes pas des événements qu’il venait de se passer. Je ne savais d’ailleurs pas quelle excuse bidon avait utilisé Criscioss pour expliquer sa colère. Vers midi, comme à son habitude, Aioross partit vers la ville, il me proposa de venir mais je refusai, voyant déjà en cette sortie le moment propice pour me carapater.
C’est ainsi que l’après-midi, je faussais compagnie à mes camarades avec mon sac et 50 euros empruntés à Criscioss. Comme il me l’avait dit, son père était riche, j’estimais donc que 50 euros ne le ruinerait pas.
 
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