Deux mois plus tard
Elle accoucha deux mois plus tard. Malheureusement ce ne fut pas le jour qui changea toute sa vie mais celui qui changea toute la mienne. Et cela à notre plus grande tristesse.
Quand Aioross nous appela pour nous annoncer que Lou était à l’hôpital en train d’accoucher, Lilée et moi n’avons pas mis longtemps à arriver. Nous attendîmes avec Aioross patiemment que les sages femmes viennent nous voir. La première fois, si mes souvenirs sont bons, on nous annonça l’arrivée du premier bébé, une fille dont on nous précisa le poids, la taille et qu’elle était en bonne santé. Tout était parfait, peut-être un peu trop. Quelques minutes passèrent et Lilée eut un haut le cœur, elle partit deux fois vomir aux toilettes. Etant à l’hôpital il ne fut pas difficile de lui trouver des médicaments pour arrêter les vomissements mais rien n’y faisait. Quelques minutes passèrent et elle revint avec nous dans la salle d’attente, d’une pâleur qui me fit froid dans le dos. Je n’eu pas le temps de parler avec elle qu’une sage femme arriva dans la salle, le visage inflexible. Aioross se rua sur elle.
-Alors ? Alors ?
- Jeune homme, vous êtes le père ?
- Oui ! S’exclama-t-il pressé.
- Les deux bébés vont bien et sont en parfaite santé. Ils sont placés sous couveuse, vous pourrez aller les voir d’ici peu.
Une deuxième sage femme arriva dans la salle alors qu’Aioross continuait son interrogatoire.
- Et Lou ? Elle n’est pas trop fatiguée ? Des jumeaux ce n’est pas ce qu’il y a de plus reposant, comment va-t-elle ?
- Elle est entre les mains de notre chirurgien, elle a eu… Elle s’arrêta lorsqu’elle aperçut la seconde sage femme qui venait d’arriver dans la pièce. Elle la laissa parler sachant que ses nouvelles devaient être plus récentes.
- L’accouchement a entrainé des complications, annonça-t-elle de marbre. Nous avons failli perdre le deuxième bébé mais il est hors de danger et ne présente aucune défaillance, sa santé est parfaite.
- Et Lou ?
- La mère a dévoilé avoir des hémorragies diverses dû à l’accouchement. Le chirurgien est tout de suite intervenu…il a fait tout ce qu’il a pu mais…
- Qu’est ce que vous essayez de me dire ? S’énerva Aioross qui feignait de comprendre. Lilée me prit la main, pour ma part les mots se retournaient dans ma tête sans que je n’arrive à réfléchir clairement.
- Lou n’a pas… Lou, essayait d’articuler désespérément Aioross. Comment ? Comment ? répétait-il.
Des larmes coulaient sur mes joues, comme si l’information venait seulement d’arriver au cerveau. Je pris Lilée près de moi pour éviter qu’elle ne s’effondre tant elle tremblait.
- Nous sommes désolées, articula la première sage femme la voix légèrement nouée malgré le recule que lui obli-geait d’avoir son devoir professionnel.
- Que c’est-il passé ? Demandais-je en essuyant mes larmes qui ne cessaient de couler.
- Pouvez-vous nous suivre ? demanda la seconde sage femme. La plus petite des deux s’approcha d’Aioross et l’entraina avec nous dans une petite salle annexe. Nous nous assîmes autour d’une table toujours sous le choc.
- Le secret médical nous tenait muette mais maintenant nous pouvons vous expliquez le vœu de notre patiente, comme elle nous l’a demandé.
- Lors de sa dernière visite, continua la seconde sage femme, de son dernier contrôle prénatal, nous avons décelé chez Lou des anomalies qui n’étaient pas présente jusque là.
- Nous n’avons diagnostiqué aucune maladie connue ou réaction normal à sa grossesse. Il semblait en fait que son corps ne soit pas apte à faire naître ses enfants.
- Pourquoi n’a-t-elle rien dit ? Balbutia Aioross. Il se prit la tête entre les mains et je posai ma main sur son épaule pour lui montrer qu’il n’était pas seul à affronter l’épreuve.
- Je… Lou a demandé à ce que vous voyez cette vidéo, reprit une des sages femmes en montrant un minidisque qu’elle incéra dans un cube. Dans un cadre privé, ajouta-t-elle. Quand vous serrez prêts, appuyé sur ce bouton. Elle nous tendit une commande, pas d’erreur possible, il n’y avait qu’un bouton.
- Vous avez tout votre temps, précisa-t-elle avant de refermer la porte le regard rempli de compassion.
Je regardais Aioross pour savoir quoi faire mais il était toujours dans la même position. La tête entre les mains. Lilée était blottie contre moi et pour ma part la rivière qui coulait sur mes joues ne tarissait pas. Je respirai fort puis ap-puya sur le bouton. Une image apparue en face de nous : Lou assise sur une chaise, la main posée sur son ventre rond.
« Ca y est ! Si vous voyez cette vidéo c’est que j’ai accouché, annonçait-elle le sourire aux lèvres. J’ai la prétention de savoir dans quel état vous êtes, alors je vous pris de vous redresser. C’est surement un jour très important pour nous quatre, un beau jour. Regardez-moi et souriez en pensant bien fort que je suis heureuse où que je sois ! Elle s’arrêta puis reprit. Aioross je m’adresse à toi tout particulièrement. Si tu savais comme je m’en veux de t’abandonner ainsi mon amour, au début de notre nouvelle vie. Je les ai peut-être qu’à peine aperçut mais je suis sûre d’une chose : nos bébés sont parfaits ! Ils sont le plus beau cadeau que l’on pouvait avoir. Je sais que vous êtes effondrés, que vous vous posez des questions sur mon silence, ce qui m’a poussé à vous cacher la vérité mais je ne souhaite pas que le jour de la naissance de mes jumeaux soit un drame ! Serrez les poings, serrez les dents et essuyez vos larmes. Je…je suis vraiment désolée de vous avoir menti ainsi, continua-t-elle avec émotion. C’est une chose que je ne me pardonne pas mais je ne pouvais vous avouer qu’à 99,9% il était probable que je meure lors de l’accouchement. Le verdict a été dur à avaler, croyez-moi ! Mais j’ai vécu les derniers plus beaux jours de ma vie à vos côtés, dans votre ignorance vous m’avait fait oublier l’angoisse de l’accouchement, ce qui m’a permis d’arriver à terme sans soucis. Et oui Criscioss…, je redressai la tête, j’ignorais comme toi mais je n’étais pas destinée à être mère porteuse, je n’étais pas une des clones dont le rôle était de porter l’enfant de leur client et par conséquent, c’est ce que j’ai compris en relisant mon dossier que je n’avais pas du bien étudier, mon corps de clone n’était pas à 100% de ses capacités, notamment pour donner la vie. Et pour être franche je suis bien heureuse d’avoir loupé ce détail dans mon dossier car il m’a permis de faire naître deux adorables bébés. Je meurs officiellement d’un mystère médical et officieusement pour vous, je meurs comme une réserve à organe qui a tenté d’être une vraie femme. Si seulement j’avais été une mère porteuse… Peu importe, se reprit Lou, les choses sont telles qu’elles sont. Je ne regrette rien, du début à la fin je ne regrette rien. Même de vous avoir menti en fin de compte. Après tout, comment aurais-je pu vous annoncer cela ? En vous glissant dans une conversation qu’en donnant la vie je perdrais la mienne, que dans deux mois précisément je ne serrais plus à vos côtés. Ce n’était pas concevable ! Alors voilà, c’est mon dernier secret, mes dernières confidences… Aioross, j’ai confiance en toi, quoique tu fasses, quelque soit ton comportement, je sais que tu ferras et que tu auras fait le bon choix pour nos jumeaux. Une larme coulait sur sa joue. Entendre sa voix était une déchirure mais la voir pleurer était encore pire. La voir si vivante devant nous fut quelque chose de difficile. Aioross était pris de tremblements, j’arrêtai la vidéo. Puis lorsqu’il fut légèrement plus calme j’appuyai à nouveau sur le bouton et la voix de Lou résonna à nouveau dans la pièce. Je m’étais promis de ne pas pleurer mais c’est plus difficile que ce que je ne pensais. Elle essuya rapidement ses larmes comme si c’était une faiblesse de sa part. Criscioss, je sais que tu ferras un bon père plus tard, tu es quelqu’un d’important pour moi, quelqu’un de confiance, celui qui a donné un tournant à ma vie, que je n’imaginais même pas envisageable. Tu es quelqu’un qui va jusqu’au bout de tes convictions quelque en soit le prix, c’est personne là sont rares. Nous nous sommes beaucoup disputés, cela est vrai, mais pour des choses si futiles au fond… Lilée, comment pourrais-je te détester, te haïr ? Tu es mon autre, tu es moi. Je ne t’ai jamais détesté, parfois je ne te comprenais pas mais quelque soit tes actes saches que s’il avait fallut te pardonner quelque chose, aujourd’hui tu le serrais amplement car tu es une fille bien, c’est ce que je pense mais comme tu es moi, mon avis n’est pas vraiment neutre. Aioross, mon amour, je ne veux pas te voir pleurer, je ne veux pas que mon absence t’effondre, tu dois être fort pour nos enfants comme tu l’as toujours été. Tu sais que je t’aime mais si l’occasion se présente j’aimerais de tout mon cœur et c’est difficile à dire… que tu rencontres à nouveau quelqu’un pour que nos enfants aient une mère. Tu mérites d’être heureux. Je vous aime tous, et même si je suis sûre que la mort n’est pas la chose la plus triste qu’il puisse nous arriver, je souhaite vous revoir que dans très très longtemps. Je vous embrasse bien fort. Prenez soin de vous. »
Les infirmières pénétrèrent à nouveau dans la pièce dix minutes plus tard accompagnées d’une autre femme.
- Bonjour, je suis Amanda, la psychologue de cet hôpital. Je ne souhaite pas faire un long discours sur la mort de votre amie mais simplement parler un peu avec vous pour connaître ses dernières volontés et remplir les papiers avec vous.
- Elle voulait être incinérée, murmura Aioross.
- Etiez-vous marié ?
- Non, soupira-t-il. Pas encore.
- Grâce à son testament, vous n’aurez pas de soucis à vous faire, vous êtes reconnu comme étant le père des en-fants.
Le dialogue continua pendant presque une demi-heure, après cela nous partîmes chez Aioross. Les bébés restaient à l’hôpital deux semaines en observation au cas où il trouverait des défaillances. L’incinération eut lieu trois jours plus tard, ce fut éprouvant pour tout le monde. Lilée se sentait particulièrement faible et cela dura presque un mois. Certains jours elle restait au lit une journée entière, et son visage était d’une blancheur… Sa « liaison » avec Lou l’a marqué. Nous étions rentrés chez moi, à l’appartement car cela faisait déjà trois semaines que nous étions partis. Nous avons fait promettre à Aioross de nous appeler au moindre petit souci. Il ne le fit pas et un nouveau moi passa, nous n’avions toujours pas revu Aioross trop occupé par diverses activités et par les jumeaux. Il vint nous voir à la fin du deuxième mois. Les retrouvailles furent anormalement rapide et pendant que Lilée s’occupait des jumeaux d’un peu plus de deux mois. Aioross et moi sommes partis faire une longue balade. Il voulait me parler, son visage pâle et sa voix tremblante m’inquiétait sérieusement. Cette journée fut très longue, ses actes, mon rôle dans sa décision. Il tenta de me convaincre, d’abord en vain puis, peu à peu, je me laissais prendre à ses arguments. Et ce fut difficile pour moi d’accepter ou on de prendre la garde de ses enfants, des jumeaux de Lou. Je ne pus rien lui promettre avant d’en avoir parlé avec Lilée et la décision fut rapide. Devant le choix que faisait Aioross nous ne purent qu’accepter car si ce n’était pas nous cela aurait été de parfait inconnu. Ce que nous refusions tout les deux. Après tout, Lou lui avait dit qu’elle lui faisait confiance, que je ferrais un bon père dans le futur et puis Lilée était la mère la plus proche de Lou. Nous ne savions pas comment on allait pouvoir expliquer à nos enfants adoptifs l’histoire qu’ils allaient devoir connaître un jour. En soit, c’est ce qui nous faisait le plus peur.
Je termine ici les mémoires de Lou. Nous sommes le 14 janvier 2142. Les jumeaux ont aujourd’hui 13 ans et je fête mes 11 ans de mariage avec Lilée. Je n’ai plus de doute maintenant sur le cadeau que ma fille et mon fils recevront, ce serra ces mémoires. Les mémoires de leur mère, ce qui pourra au mieux leur faire comprendre leur histoire et la notre. Aioross est décédé le 23 mai 2137 lors d’une répression de manifestation anti clone. Dans son testament nous pûmes découvrir les véritables raisons de son abandon à élever ses enfants. Il avait choisi la voie du combat et de la lutte pour faire valoir les droits des siens et grâce à lui un grand nombre de clone en attente d’être jugé purent accéder à une vie libre, la justice commençait à pencher du bon côté et voir que son sacrifice n’était pas vain atténua notre peine. La boucle fut fermée pour Lilée et moi. Nos jumeaux n’auront connu leur vrai père que jusqu’à leur huit ans, et ce sans le savoir puisque Aioross nous demanda de le présenter comme un oncle pour ne pas interférer dans notre vie paisible. Aujourd’hui Kylian et Lilou connaitront leur véritable histoire. Et nous même, citoyen de catégorie 5, nous commençons notre lutte pour cette égalité et cette liberté que Lou et Aioross n’ont que trop peu gouté. Pour que le clonage humain soit abandonné dans tous les domaines et que les riches, l’élite, ne bénéficie pas d’une réserve d’organe personnalisée. Pour que leur histoire, leurs actes ne soient pas vain, pour que le mouvement de manifestation continu malgré les répressions pour montrer la force de nos convictions…
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