CHAPITRE 04
La prison
L’aube se levait à peine et pourtant une effervescence qu’il n’y avait plus depuis longtemps régnait dans le comptoir Dé Feryo. Des ouvriers, prévenu le jour d’avant, étaient occupés à rendre une nouvelle jeunesse à l’établissement, la peinture était refaite, les fenêtres nettoyées et remises à neuves. Dans l’entrepôt, d’anciens employés étaient revenus et préparaient le renouveau du comptoir avec entrain.
Au bureau de l’édifice, Zeïna et Tyrande réglaient les derniers détails sur les documents officiels à fournir à l’organisation des Marchands. Ces papiers étaient obligatoires pour que le nom de Dé Feryo soit de nouveau reconnu comme un comptoir marchand. La jeune fille attendait surtout l’arrivée de Lantis pour partir, la présence de son grade du corps allait l’aider et lui donnait plus de poids face aux fonctionnaires.
Le jour naissant passait par la fenêtre, il fut obscurcit par une personne entrant dans le comptoir. Zeïna et Tyrande restèrent un instant figé face au nouveau venu, ils n’osaient pas croire ce qu’ils voyaient. Le Lantis qui venait d’entrer à l’instant n’était plus le même, il portait des jambières en cuir brunes, anciennes mais bien coupées, une chemise blanche aux manches bouffantes avec un juste au corps marron. Des bottes noires brillaient à ses pieds, elles paraissaient neuves, une épée était accrochée à sa ceinture.
Son visage était le plus surprenant, il avait complètement changé. Il s’était rasé de prés, révélant un menton carré, ses cheveux étaient lavés et tressés très serrés. Il se tenait bien droit dans l’ouverture de la porte, une nouvelle lumière dans les yeux.
- Nous pouvons partir quand vous voulez capitaine, fit Lantis.
La jeune fille reprit ses esprits.
- Oui, les documents officiels sont prêts, nous y allons, Tyrande continue de chercher un chargement.
- Bien mademoiselle.
Malgré l’heure matinale, le port bruissait d’activité, Zeïna marchait bien droite avec de grande enjambée, elle avait gardé sa robe de velours mais elle avait troqué sa chemise ample par un bustier de cuir bleu, faisant ressortir le médaillon qu’elle portait autour du cou. Les marins et les habitants se retournaient à son passage, l’écusson des Dé Feryo était bien connu et le revoir était des plus surprenant et surtout au cou d’une jeune fille.
Son arrivée à l’Organisation des Marchands surprit les fonctionnaires, l’homme qui la reçu avait du mal à parler.
- Vous … Vous êtes Mademoiselle Zeïna Dé Feryo, fille de Rodéric Dé Feryo et vous reprenez sa charge de capitaine marchand ?
- En effet, répondit seulement la jeune fille.
- Et qui sera le capitaine du navire ?
- Moi évidemment !
Cette fois l’homme faillit s’étrangler de stupeur.
- Vous ! Mais … Mais vous êtes juste une jeune fille sans expérience !
Zeïna réussit à garder son calme malgré la colère qui montait en elle.
- J’ai toutes les compétences requises pour être capitaine, j’ai le navire, et j’aurais bientôt l’équipage. Je ne vois pas où se trouve le problème.
Le fonctionnaire restait la bouche ouverte comme un poisson hors de l’eau.
- Excusez moi, reprit Zeïna, les papiers sont il en règle, j’ai encore beaucoup de chose à faire pour préparer le départ de mon navire.
- Oui … Oui tout est en règle Made … Capitaine Dé Feryo.
- Merci.
La jeune fille fit un de ses sourires dont elle avait le secret et sortit du bâtiment avec les accréditations nécessaires et le sceau de l’organisation prouvant la légalité de son commerce. Le pauvre homme était encore à se demander si il n’avait pas rêvé, mais les papiers qu’il avait devant lui étaient bien réels. Le fonctionnaire se leva alors d’un seul bon, comme sortant du sommeil et courut divulguer la nouvelle du retour des Dé Feryo.
Une fois sur le quai, la jeune fille se tourna vers Lantis.
- Et maintenant, où pouvons nous trouver des marins à engager ?
Le garde du corps baissa un peu la tête.
- Je n’osais pas trop vous le dire, mais j’ai commencé hier soir à voir la réaction des marins, et je peux vous assurer que cela ne va pas être facile.
- Pourquoi cela ?
- Et bien …
Lantis ne savait pas comment aborder le sujet, il décida d’être direct.
- Peu de marins ont envi d’aller sur les océans avec un capitaine de 16 ans, une fille de surcroît, sur un navire au lourd passé et avec un homme comme moi à bord, les marins sont très superstitieux.
- Je vois.
Zeïna se doutait bien que cela ne serait pas évident, et les obstacles semblaient s’accumuler devant elle.
- Et tu n’as pas des solutions pour ça ?
- J’en ai quelques unes à vous proposer, mais pour l’instant allons voir dans quelques tavernes et auberges que je connais.
Le capitaine et son garde du corps entreprirent de faire le tour des établissements où ils auraient pu trouver des membres d’équipage à engager. Hélas, pratiquement à chaque fois, ils essuyaient des rires et des moqueries. Quelques marins, désespérés ou connaissant les Dé Feryo, acceptaient l’offre de Zeïna. En une matinée, ils ne réussirent à enrôler une douzaine de marins, loin de ce qu’ils pensaient pouvoir trouver.
Ils s’étaient arrêtés dans une dernière taverne, tenu par la femme du second Karia, qui avait toujours bien traité Lantis malgré les réprimandes de son mari. Ils mangeaient en silence, ne préférant pas revenir sur cette matinée bien stérile. La serveuse, Jyza la fille ainée de Portyd, s’approcha d’eux en portant deux verres de tafia.
- Et bien, tenez voici deux verres offerts par la maison pour vous redonnez le sourire.
- Ce qui nous redonnerait le sourire c’est une dizaine de marins prêt à venir s’embarquer, fit Zeïna.
- Un capitaine aussi jeune que vous est loin d’être rassurant pour les hommes d’équipage, lança Karia en s’approchant à son tour, il y a bien un endroit où vous pourriez en trouver, mais c’est loin d’être le meilleur.
La jeune fille leva les yeux vers la tenancière.
- Et c’est où ?
Karia regarda Lantis.
- Je vois à quoi tu penses, répondit le garde du corps, mais j’aurais préféré ne pas aller là bas.
- Mais de quoi parler vous à la fin, dit Zeïna.
- La prison, les autorités sont toujours prêtes à libérer des hommes si ils acceptent d’embarquer sur un navire, expliqua Lantis, nous pourrions trouver des marins là bas, mais seront ils fiables j’en suis moins sûr.
La jeune fille réfléchit un instant, elle désirait prendre la mer rapidement, et pour cela il lui fallait un équipage, mais avec les difficultés de recrutement il ne fallait pas être difficile.
- Allons à la prison, nous arriverons bien à trouver cette dizaine de marins.
- Des repris de justice, des ivrognes, des arnaqueurs.
Lantis faisait la moue.
- Je crois en ma chance, répondit Zeïna, et de toute façon nous n’avons pas trop le choix.
Ils payèrent leur repas et se dirigèrent vers la prison de Calasta. C’était un grand bâtiment en pierre, une véritable forteresse, elle servait également de garnison pour les soldats et la milice de la ville. Les sous sols fourmillaient de cellules et de cachots humides et sombres où s’entassaient gredins et innocents pris par la milice.
La jeune fille se présenta aux portes de la prison, les gardes ne voulaient pas la laisser passer au début, croyant à une farce, mais quand ils virent la médaille à son cou, ils durent bien se rendre à l’évidence qu’ils avaient à faire à un capitaine. Lantis regarda sombrement la prison, il y avait fait quelques séjours quand il était trop saoul sur le port, et il en gardait un très mauvais souvenir. Zeïna fut reçu par un officier de la prison qui l’accueillit avec les honneurs du à son rang de capitaine marchand.
- Bonjour Capitaine Dé Feryo, Capitaine Dé Raux, votre père a laissé le souvenir d’un très grand marin à Calasta, je suis heureux de voir que sa relève est enfin prise. Que puis je pour vous ?
- Merci beaucoup Capitaine Dé Raux, je souhaite me rendre dans les cellules pour recruter quelques marins, je souhaite prendre la mer rapidement et je peine à trouver un équipage.
- Ici vous ne trouverez pas beaucoup d’hommes de valeur, seulement des brigands ou des pirates, êtes vous sûre de vouloir y aller ?
- Oui Capitaine, pourriez vous nous y conduire ?
- Très bien, comme vous voudrez, suivez moi.
Ils prirent un escalier en pierre qui descendait dans les sous sols de la prison, ils croisèrent plusieurs gardes et traversèrent de lourdes portes sévèrement gardées. Derrière une dernière grille en fer, ils atteignirent les cachots sombres et mal odorants.
- C’est ici que se trouvent les candidats les plus aptes pour votre équipage, tous une bande de gredins mais si quelques uns veulent vous suivre ils sont libres.
Le capitaine Dé Raux fit la moue, comme si les mots qu’ils venaient de dire étaient absurdes. Zeïna échangea un regard avec Lantis qui comprit ce qu’elle voulait, il se mit au centre du couloir.
- Ecoutez tous, je suis Lantis Alaster, je viens recruter du monde pour un navire marchand qui compte partir bientôt, si vous acceptez de nous suivre vous serez libre et enrôler dans l’équipage.
Du fond des cellules, de multiples visages apparurent, des mines patibulaires et sales, venues voir ce qui troublait la routine des rondes des gardes.
- Toi le porte malheur, tu vas réembarquer sur un navire, et tu comptes sur nous pour te suivre, fit l’un d’eux.
- Oui je vais reprendre la mer sur l’Aurore Boréale.
- Le navire du Capitaine Dé Feryo va reprendre la mer ! Il a été racheté ? Demanda un autre.
- Non, répondit Lantis, c’est un Dé Feryo qui sera au commande, le Capitaine Zeïna Dé Feryo.
Immédiatement un concert de rire moqueur ponctua la phrase du garde du corps.
- Une fille capitaine de navire, elle est bien bonne !, hurla le premier prisonnier qui avait pris la parole.
Tous se remirent à rire encore plus fort, Lantis bouillait littéralement de rage, il allait répliquer quand Zeïna se posta devant le prisonnier qui venait de parler.
- Quelque chose te gène peut être, dit la jeune fille à quelques centimètre de son visage une colère froide dans la voix.
- Oui, toi gamine, retourne donc dans les jupes de ta mère, où alors vient donc par ici que je te montre ce qu’une bonne fille doit faire à un homme.
Le prisonnier tenta de l’attraper, mais avec vivacité Zeïna se baissa et frappa de toute ses forces le prisonnier à son entre jambe. L’homme poussa un gémissement sur aigu et s’écroula au sol les mains plaquées sur son bas ventre.
- D’autres volontaires pour le même traitement, lança d’une voix froide la jeune fille.
Le silence se fit dans la prison, on entendait seulement les gémissements de douleur du prisonnier toujours à terre.
- Je suis le Capitaine Marchand Zeïna Dé Feryo, je viens recruter des marins pour mon équipage afin de partir le plus vite possible, je ne veux pas de vulgaires ivrognes comme votre ami qui se traine sur le sol.
- Ma belle, il se pourrait que ta proposition m’intéresse, fit une voix féminine au milieu du silence.
La jeune fille regarda dans la direction de la voix, et elle tomba sur une femme métisse appuyée nonchalamment contre la grille de sa prison. Sa peau avait une douce couleur brune, elle possédait des yeux d’un noir de jais aux lueurs malicieuses, ses cheveux étaient roux et long et parcouru d’une multitude de petites tresses en perles de bois, d’ivoire et d’osibienne. Sa silhouette était très fine, elle portait des vêtements de cuir noir avec bustier au large décolleté. Elle avait encore des bijoux sur elle, malgré le grand nombre de prisonnier, elle était très respectée par les autres.
- Je m’appelle Cryanne Tolado, et quittait cette prison et cette satané ville me plait beaucoup.
Lantis tiqua sur le nom.
- Il s’agit d’un engagement durable, fit celui-ci.
- Mais ne t’en fait pas mon cher Lantis, je compte bien y rester, et en prime je t’amène 5 autres membres d’équipage qui me suivront, ils se trouvent à l’extérieur.
Zeïna prit son garde du corps à part.
- Tu penses qu’on peut avoir confiance en elle, chuchota t’elle.
- C’est une ancienne chef de gang trahie, elle est connue ici c’est une personne de confiance avec les promesses, elle doit quitter la ville pour sa propre sécurité.
- Et les cinq autres membres promis ?
- Surement d’anciens membres du gang qui l’ont suivi.
La jeune fille se tourna alors à nouveau vers Cryanne.
- C’est d’accord, je te prends et les cinq autres aussi.
- Parfait ma belle, fit l’ancienne chef de gang.
Une demi douzaine d’autres prisonniers acceptèrent de s’enrôler à leur tour, mais personne d’autres ne les suivit malgré les demandes de Lantis. Ils allaient quitter les lieux quand une main surgissant de l’ombre d’une cellule leur fit signe de s’arrêter.
- Attendez, votre proposition intéresse Archord.
La voix de cet homme avait un accent étrange et quand il apparut à la lumière Zeïna et Lantis comprirent, c’était un kadji, un homme chat. Il était grand et musclé, il avait l’apparence d’un puma avec la peau couleur sable et les yeux verts des félins cerclés de noir partant sur les cotés. Quand il parlait il dévoilait de formidables crocs, et derrière ses grosses pattes de chats se cachaient des griffes acérées.
- Archord veut sortir de cette prison aussi.
La jeune fille consulta du regard Lantis qui ne savait pas trop quoi répondre.
- Si vous doutez de la fidélité d’Archord, reprit le kadji, il peut vous assurer qu’il désire par-dessus tout quitter cette île.
- Très bien, je te prends aussi, répondit Zeïna, qu’elle est ton nom.
- Archord Dentdesabre.
La jeune fille remonta des sous sols de la prison avec ses nouveaux membres d’équipages et prit congé du capitaine de la garde. En sortant, Cryanne l’interpela.
- Je vais chercher tes cinq autres compagnons et j’irais directement au navire par moi-même.
- Je peux vraiment te laisser partir ainsi seule, fit Zeïna en regardant la femme dans les yeux.
Pour toute réponse, Cryanne donna à la jeune fille un collier d’ambres et d’argent.
- Ce collier est tout ce qu’il me reste et j’y tiens énormément, voici un gage de ma bonne fois ne trouves tu pas ?
- Très bien, je te fais confiance, tu te présenteras à mon second sur le navire, il sera prévenu.
Cryanne fit un dernier clin d’œil et disparut dans la foule. Zeïna se tourna vers Lantis qui attendait.
- J’ai eu raison d’après toi ?
- Oui elle reviendra, c’est sûr.
- Je dois aller à l’Organisation des Marchands, je voudrais consulter quelques cartes, ramènes nos nouveaux compagnons au navire pendant ce temps.
- Je ne vous laisserais pas seule.
- Mais je ne risque rien Lantis, je sais me défendre, et je préfère que tu les escortes jusqu’au navire pour plus de sureté.
Le garde du corps hésitait, et le kadji intervint.
- Archord peut rester avec vous.
La requête de l’homme félin les surprit.
- Oui c’est une bonne idée, renchérit Zeïna.
Lantis regarda Archord.
- Tu ne la quitteras pas un instant, je peux te faire confiance.
- Quand un kadji jure fidélité à une personne, c’est jusqu’à la mort.
L’homme connaissait la réputation des kadjis mais il préférait s’en assurer.
- C’est décidé, va au navire et attend moi au comptoir.
- Très bien capitaine, fit Lantis.
Les deux groupes se séparèrent.
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Et oui encore un chapitre, j'en ai en réserve donc je fais une entrée fracassante, enfin pas trop faudrait pas tout casser tout de même
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