CHAPITRE 05
Rencontres
Zeïna était revenu au pied du grand bâtiment de l’Organisation des Marchands, elle était accompagnée d’Archord le kadji, un nouveau membre de son équipage. Il n’avait rien dit durant tout le trajet, restant derrière elle toujours aux aguets.
Ils entrèrent dans le grand bâtiment, les gardes hésitèrent à laisser passer Archord, mais l’insigne de capitaine de la jeune fille permit d’adoucir les deux hommes. A l’intérieur, il y avait plus de monde que ce matin, des marchands seuls ou en groupe conversés ou mettre au point des transactions. Certains traversaient la salle accompagnés plusieurs gardes du corps, imbu d’eux même écrasant les autres par leur mépris.
Heureusement, avec le kadji qui la suivait, elle avait un certain poids. Plusieurs marchands s’étaient retournés lorsqu’elle était arrivée, discutant en messe basse. Apparemment le retour des Dé Feryo avait fait le tour du port de la cité.
Zeïna s’approcha d’un des fonctionnaires du bâtiment pour prendre quelques renseignements.
- Excusez moi, pourriez vous …
- Je n’ai pas le temps à accorder à une gamine, fit celui-ci sans lever la tête.
La jeune fille était un peu abasourdie devant la véhémence de cet homme.
- Bon écoute, reprit le fonctionnaire en levant la tête, va re …
Il blanchit en voyant le médaillon, et le regard haineux du kadji.
- Je … Je suis désolé Capitaine Dé Feryo, je ne … Je ne vous avais pas remarqué, le travail, le …
Il fit tomber des papiers à terre et bafouillé de plus belle, il ne savait plus où se mettre.
- Pourriez vous m’indiquez la salle des cartes, s’il vous plait.
Le ton de la jeune fille était ferme.
- Bien sûr, bredouilla le fonctionnaire, la salle par cette porte à droite.
- Merci.
Sans un mot de plus, elle se dirigea dans la direction indiquée, laissant un homme complètement affolé reprenant son souffle. Une fois passé la porte, la jeune fille contempla avec un regard lumineux la grande salle. Des cartes étaient accrochées un peu partout sur les murs, les tables et les chevalets, ici était réuni tout le savoir maritime, les routes, les îles et îlots connus. On disait que dans ces salles dormaient des cartes cachées de trésors oubliés ou de routes inconnues menant à des montagnes de richesse.
Zeïna devait prendre quelques renseignements pour compléter les cartes et notes de son père sur la route du voyage. Des courants avaient peut être changé, ou des dangers avaient été peut être repérés depuis. Elle devait s’en assurer avant de partir sur les mers.
- Je dois faire quelques recherches, ça ne durera pas trop longtemps.
- Très bien Capitaine, Archord attend.
Le kadji se posta contre le mur et attendit bien droit, les bras croisés comme un soldat en garnison. La jeune fille fut impressionnée par le visage impassible de l’homme félin, mais elle se reprit et commença ses recherches. Elle se plongea dans les rouleaux de parchemin, parfois ancien, prenant des notes et faisant des mesures. Zeïna remerciait ses parents qui lui avaient donné une éducation parfaite, elle avait tout ce qu’il fallait pour être un capitaine expérimenté.
Les autres capitaines marchands présents regardaient la jeune fille un peu étrangement, se demandant ce qu’une gamine faisait ici, au milieu de leur respectable organisation. Ils n’osaient pas l’aborder pour autant, préférant la regarder de haut, quelques uns essayaient de voir ce qu’elle écrivait, mais ils avaient bien trop peur de se faire prendre sur le fait.
Après une petite heure de recherche, la jeune fille rangea les cartes qu’elle avait déroulées et reprit son carnet. Archord avait attendu patiemment, sans faire un bruit, impressionnant un peu plus les autres capitaines marchands présent.
- J’ai terminé, nous retournons au navire.
Le kadji fit un simple signe de la tête et emboîta le pas de la jeune fille. Ils furent à peine sortis de la salle aux cartes, qu’un homme marcha dans leur direction, avec une petite escorte avec lui. Il était très grand, il possédait un visage sec avec des épaules larges. Il avait le visage poudré et une perruque ainsi que des vêtements de grand prix, digne des nobles riches qui possédaient une flotte de commerce à leurs ordres. L’homme avait néanmoins un regard qui dérangeait Zeïna, un regard calculateur, qui la regardait comme une marchandise. Il était entouré de trois gardes du corps qui avaient des armes et armures qui aurait pu acheter facilement l’équipage de l’Aurore Boréale.
L’homme se tenait debout, de toute sa hauteur face à la jeune fille interdite.
- Voici donc l’héritière Dé Feryo.
Le ton condescendant déplut immédiatement à la jeune fille.
- Depuis ce matin on ne parle que de toi, il faut dire qu’on pensait la famille Dé Feryo disparu depuis le tragique destin du Capitaine Rodéric Dé Feryo.
Les grands airs de ce noble commençaient à l’énerver, et de quel droit parlait-il ainsi de son père et de sa famille ?
- Et à qui ai-je l’honneur ? Répondit Zeïna sur un ton cassant.
- Le comte Jasper Dé Varousis Aras, tu devrais avoir un peu de respect pour ceux qui te sont supérieur jeune demoiselle.
- Respectez quand à vous la mémoire de mon père, et évitez d’utiliser ce ton badin réservé au jeune enfant avec moi, je suis Capitaine Marchand, et non votre domestique.
Le visage du comte vira au rouge.
- Comment oses tu me parler ainsi, je vais t’apprendre le respect moi.
L’homme fit un pas vers la jeune fille, levant sa canne pour frapper le visage de Zeïna. Il y eu à peine le bruit de quelques pas sur le sol et le bras du noble fut bloqué par Archord, à la stupeur générale. Le kadji avait parcouru la distance en un éclair sans que personne ne s’en rende compte. Le comte affichait un visage plein de surprise et de colère mêlée, alors qu’Archord restait parfaitement impassible.
- Et alors qu’attendez vous pour réagir, je vous paye pourquoi ? Rugit le noble en faisant plusieurs pas en arrière pour se mettre à l’abri.
Comme sortant de leur torpeur, les gardes du corps du comte avancèrent sur le kadji, qui se plaça devant eux, sans peur apparente. Un premier homme se jeta sur lui, son gourdin levé, Archord bloqua le bras de son adversaire d’une main et empoigna de l’autre sa ceinture et le fit passer par-dessus sa tête en profitant de son élan. Il alla s’écraser un peu plus loin sur le sol, assommé sur le coup.
Les deux autres attaquèrent ensemble, l’un avec un bâton et l’autre avec un gourdin. Le kadji se prépara à les recevoir et fit un bon fantastique pour les éviter au dernier moment. Pris dans leur élan, les deux hommes ne purent s’arrêter et se percutèrent violemment avant de s’effondrer dans un ensemble de bras et de jambes mêlés au plus grand amusement de toutes les personnes présentes.
Imperturbable, le kadji se rangea derrière Zeïna sans rien dire, sous les regards incrédules de l’assemblée. La jeune fille regarda les hommes à terre, puis Archord, et sourit, elle avait fait un très bon choix en l’engageant.
Le comte s’étouffait de colère, se cramponnant à un bureau pour ne pas tomber tant il trembler de rage.
- Tu me le paieras jeune demoiselle, tu es bien comme ton père, tu me le paieras je te le jure.
Le noble fit demi tour faisant claqué sa canne, suivit de deux gardes du corps, le visage tuméfié, qui soutenait leur troisième camarade toujours inconscient. Même une fois sorti, les vociférations de rage du comte s’entendaient encore.
- Bien joué, murmura Zeïna à l’attention du kadji.
Archord fit un simple signe de tête, un léger sourire en coin dévoilé, mais très vite effacé. Un employé de l’établissement était déjà entrain de nettoyer les traces de l’altercation. Alors qu’ils allaient sortir, la jeune fille et son garde du corps furent aborder par un vieil homme.
- Bonjour mademoiselle Dé Feryo, je m’appelle Yars Hapos, je suis un ami de ton père, je suis content de voir que tu reprends ses affaires.
- Merci, même si cela n’a pas l’air de plaire à tout le monde.
- Tu veux parler du comte, un grand ennemi de ton père, qui jalousait sa réussite, méfie toi de lui, il en veut particulièrement à ta famille.
La jeune fille retint le nom de ce noble, elle devait en parler avec Tyrande.
- Alors comment se passe la reprise ? Reprit le vieil homme.
- Très bien, j’ai commencé à recruter un équipage et le navire se refait une peau neuve, j’espère partir au début de la semaine prochaine.
- Si vite ? Pourquoi tant d’empressement, tu connais à peine tes marins et tu viens juste d’arriver.
- Je préfère faire vite, nous n’avons que peu de trésorerie.
- Oui je comprends, et tu as réussi à trouver des marins ?
- Peu, mais j’espère en recruter d’autres par le bouche à oreille, mais j’ai déjà quelques bons éléments.
Le vieil homme sourit en regardant le kadji.
- J’ai vu ça, mais j’ai une proposition à te faire, suis moi jusqu’à l’auberge.
La jeune fille accepta, avec le kadji elle ne risquait rien et elle sentait qu’elle pouvait avoir confiance en cet homme. Yars désigna une table et tira la chaise de Zeïna pour la faire s’assoir en bon gentleman avant de l’imiter à son tour. Archord s’était accoudé au comptoir, pour ne pas déranger son capitaine, mais sans jamais le perdre de vue.
Une fois leur commande arrivée, le vieil homme but une gorgée de son verre avant de prendre la parole.
- J’ai toujours respecté ton père, un grand homme, et je lui ai fait confiance de nombreuses fois pour transporter des marchandises.
Zeïna gardait le silence écoutant son interlocuteur.
- Aujourd’hui je ne suis plus dans les affaires, et je gère des biens immobiliers sur le port. Cette nouvelle profession me fait bien gagner ma vie, et j’ai envi de t’aider, en souvenir de ton père. Que dirais tu que je te finance le réarmement de l’Aurore Boréale ?
La jeune fille regardait l’homme avec surprise.
- Vous seriez prêt à me donner des fonds pour préparer mon départ !
- Oui oui jeune fille, se serait avec plaisir, il faudrait faire un contrat évidement mais je serais très heureux d’aider le renouveau du comptoir Dé Feryo.
- Merci, vraiment merci.
La jeune fille souriait largement.
- Nous pourrions faire ce contrat dés demain.
- Oui bien sûr, le plus tôt sera le mieux
- Très bien, alors je vous dis à demain, dans mes bureaux, je vais faire préparer les documents par mon secrétaire.
- Je viendrais accompagné de la personne gérant le comptoir.
Ils se serrèrent la main et se séparèrent à l’entrée de l’auberge, chacun partant dans une direction différente. La jeune fille pressa le pas, se dirigeant vers le comptoir, Elle entra dans la bâtisse toujours suivit par le kadji surprenant Tyrande qui faillit tomber de sa chaise.
- Et bien Tyrande, qu’as-tu donc ?
- Rien Mademoiselle Dé Feryo, fit il en soupirant, vous avez un équipage bien étrange.
Sans l’écouter, Zeïna prit la parole.
- J’ai une formidable nouvelle, j’ai trouvé des fonds pour financer ce qui manquait pour le navire.
- Comment avez-vous fait !?
- Yars Hapos, je l’ai rencontré à l’Organisation des marchands, il veut m’aider pour le réarmement de l’Aurore Boréale
- Ce vieux Yars, un ami de ton père, il a été sauvé plusieurs fois par le Capitaine, en emmenant des chargements, ça ne m’étonne pas de lui.
- Il veut bien signer un contrat dès demain, nous irons ensemble.
- Très bien, je préparerais les documents.
- Une chose encore, reprit Zeïna, j’ai eu une altercation avec un noble, le comte Jasper Dé Varousis Aras.
Tyrande fixa la jeune fille.
- Que s’est il passé ? Après ton père il s’en prend à toi ?
- Que veux tu dire ?
Le vieil homme soupira.
- C’est un vieux conflit qui se trame entre les deux familles depuis bien longtemps, et elle a atteint son apogée à l’époque où ton père était vivant, je soupçonne même qu’il été pour quelque chose dans tous les accidents qu’a eu le comptoir avant la disparition de ton père.
Il s’approcha de Zeïna.
- Méfie toi de lui et évite le autant que tu peux.
- Très bien, je vais au navire, je vais voir où en est l’armement et si les nouveaux membres d’équipage s’intègrent bien.
- Ne t’attarde pas, nous avons encore énormément de chose à voir ensemble.
Elle fit un dernier signe de la main au vieil homme et sortit du comptoir. Elle se dirigea vers le dock où était amarré le navire, avant même de monter à bord, elle entendait la voix tonitruante de Portyd.
- C’est un bateau ici, et je suis le second et tu es sous mes ordres !
La jeune fille grimpa à bord et regarda la scène. Portyd faisait face à Cryanne séparé par Lantis qui essayait de calmer tout le monde.
- Pas besoin de crier comme ça je ne suis pas sourde, répondit la femme sur un ton badin.
Le second s’apprêtait à hurler sa colère quand il s’aperçut de la présence de Zeïna.
- C’est vous capitaine, fit celui-ci avec une voix plus posée, je dois vous parler.
- Que ce passe t’il Monsieur Odell ?
- Ces marins sortis tout juste de prison, passe encore, mais ça, dit il en désignant d’une main Cryanne, et ce qu’elle amène ne vaut pas mieux.
La jeune fille remarqua alors les personnes derrière la métis, ils étaient 5 tous plus différents les uns que les autres.
- C’est notre équipage Monsieur Odell, et n’ayez pas d’inquiétude tout ira bien, vous êtes un bon marin et vous serez faire de tout ce petit monde un équipage solide, et veuillez inscrire ce kadji sur le rôle d’équipage, c’est un membre très précieux.
Portyd regarda le nouveau venu est soupira de plus belle en le voyant.
- Vous me demandez l’impossible, mais on fera avec, suis moi.
Son second emmena Archord, tandis que la jeune fille s’approcha de Cryanne.
- Tenez, dit elle en rendant le bijou à la métis, je vous rend votre bien, je sais que le navire et bien petit pour tout le monde et que vous n’avez pas l’habitude d’être là, mais Monsieur Odell est mon second et vous devez lui obéir.
- Ne t’en fait pas ma belle, je ne faisais que le taquiner, je le connais ton gaillard, et sa femme aussi, je vais te présenter à mes compagnons.
Elle se tourna vers les 5 personnes attendant derrière elle.
- Le premier s’appelle Akena, un homme lézard, un combattant de grande force.
Il était d’une grande taille, dépassant presque Lantis, sa peau avait une couleur verte foncée parcourue de cicatrice. Sa tête de serpent ne transparaissait aucunes émotions et on ne pouvait pas lui donner d’âge.
- Celui qui lorgne sur le grand mât c’est la Belette, un gamin des rues que j’ai pris sous mon aile, plus agile qu’un singe.
Le gamin ne devait pas être âgé de plus d’une dizaine d’années, il avait des cheveux bruns en bataille et des yeux noisettes toujours en mouvement.
- Ensuite la jolie fille c’est Hina Langue-dorée, une jeune fille de ton âge, très intelligente.
Elle avait des cheveux roux très long retenu avec plusieurs lacets de cuir, elle avait des yeux verts et une peau très pâle. Elle restait bien droite et attendait la suite, elle ne paraissait pas à sa place sur le navire.
- Lui c’est Trachedo Yago, un brigand de la pire espèce à la langue bien pendue.
- Quelle description pour un homme de ma qualité.
Sa voix était pleine de verbe avec un accent chantant, il maniait en effet les mots comme un virtuose pour envoûter son monde. Il avait des cheveux noir, court et des yeux marrons, il était entièrement habillé de noir mais ne cachait pas le pommeau d’une épée.
- Et enfin Nefrita Hagus, elle était intendante est comptable avant, tu peux lui laisser les clés de la soute à vivre et les livre de compte du bord, rien ne lui échappera.
La femme fit un signe de la tête, elle était d’un âge mûr, elle avait des cheveux bruns bouclés mi long et des yeux de la même couleur. Sa rigueur se voyait sur sa mise et son maintien, elle en laissait passer rien au hasard sur son apparence.
- Et bien, fit la jeune fille, bienvenu à bord, vous allez tous vous inscrire sur le livre de bord auprès du second qui vous donnera vos places.
Ils firent un signe de la tête en accord.
Zeïna regarda son navire et les quelques membres d’équipage qui travaillait. Tous avançait bien, elle voyait peu à peu son projet prendre forme et cela la transportait de joie. Ce soir elle dormirait dans sa cabine, et elle ne le quitterait plus jusqu’au départ.
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Et voilà, le troisième chapitre pour le moment, j'espère qu'ils vous feront plaisir ^^
Merci par avance pour les commentaires
Petite info, la fic chevalier va aussi reprendre bientôt ^^ |