CHAPITRE 08
La tempête
L’orage était arrivé sur le navire en quelques heures seulement, le temps avait complètement changé passant radicalement à un magnifique soleil à une tempête sans précédent. Les éclairs parcouraient le ciel suivis de prés par des coups de tonnerre qui faisaient trembler l’air à en percer les tympans. Les marins sur le pont devaient hurler pour se faire entendre et les ordres avaient bien du mal à arriver à leurs oreilles torturées.
Des vagues immenses s’écrasaient sur le pont à un rythme ininterrompu rendant le travail des marins encore plus dangereux et incertain. Le second courrait partout pour remettre de l’ordre dans ce marasme. Cryanne l’aidait également en se mêlant aux équipes de travail, quelques hommes restaient accrochés à un filin ou à une rambarde, figé par la peur. Ils n’osaient pas faire un mouvement pour ne pas le courir le risque de passer par dessus bord vers une mort certaine.
Zeïna avait revêtu un grand manteau qui la recouvrait entièrement, elle était un peu déboussolée, perdu comme son navire au milieu de la tempête. Derrière elle, Lantis pareillement couvert d’un grand manteau s’apprêtait à courir dans une équipe de marins pour leur prêter main forte. La jeune fille ne pensait pas qu’une chose pouvait arriver dés le début de son voyage, et surtout avec une telle force et une telle rage.
Portyd Odell s’approcha à grand peine d’elle et lui hurla une phrase dans l’oreille. C’est comme si la jeune fille avançait dans un rêve, elle s’envolait au loin, dans un autre monde. Elle se revoyait avec sa mère, dans leur petite maison, les oiseaux qui chantaient dans les arbres, les rayons chauds du soleil sur son visage. Tout ce bonheur si bon si doux, cette plénitude éternelle, pourquoi avait elle choisi de partir, pourquoi ?
Le second la secoua soudainement pour la ramener à la réalité, elle écarquilla les yeux de surprise. Une mèche de ses cheveux s’était échappée fouettant son visage battant follement sous les assauts furieux du vent. Zeïna fixait Portyd avec un regard un peu éteint, elle réussit à fixer ses pensées vers son interlocuteur.
- Capitaine, nous devons rentrer au port ! Nous devons aller nous protéger sous la protection des digues pour ne pas faire naufrage !
La pluie cinglait la peau de son visage comme des centaines d’aiguilles.
- Capitaine Dé Feryo, vous m’entendez ? Vous comprenez ce que je vous dis ?
Alors, elle comprit enfin les mots qu’il disait. Revenir au port en faisant demi tour, c’était une décision sage. La tempête était sans précédent, elle voyait bien que les marins n’étaient pas assez entraînés pour affronter aussi tôt une telle catastrophe.
Mais retourner à quai pour se protéger s’était montrer à tout le monde que les mauvaises langues avaient raison, qu’une jeune fille ne pouvait pas prendre ainsi les commandes d’un navire de commerce sans aucune expérience. Faire demi tour s’était hurlé à la face du monde qu’elle n’était pas capable de faire ce qu’elle avait toujours rêvé.
Zeïna serra les poings de rage, jamais elle ne ferait demi tour, jamais elle ne ferait une chose pareille, jamais !
- Pas question Monsieur Odell, l’Aurore Boréale a affronté bien pire et ce n’est pas maintenant qu’elle va aller se cacher !
Elle se mit en marche à pas forcer sur le pont apostrophant tous les marins à sa portée, les incitant au travail, les aiguillonnant par des piques acerbes. Les hommes furent secouer par le changement de son comportement, la douce jeune fille était devenue un démon rugissant et vociférant, plus craint que la tempête elle-même. Des marins crurent même voir que des éclairs sortaient de ses yeux prés à les frapper.
Le changement était complet, Lantis et Portyd qui la suivaient n’en revenaient pas, ils étaient obligés de courir pour la suivre sur le pont. Zeïna avait cure des paquets de mer qui la frappaient avec force, malgré son petit corps frêle elle se tenait fermement sur le pont la tête droite, les pans de son manteau battant dans le vent.
Elle revint sur le pont supérieur, ses officiers sur les tallons, Cryanne les avait rejoint.
- Monsieur Portyd vous vous occuperez de l’avant, monsieur Alaster à l’arrière, partagez les équipes comme convenues, que les mousses s’occupent de la calle et vérifient que la cargaison soit bien amarrée et que l’eau n’envahit pas trop le navire. Que le médecin se fasse aider par les deux adolescents en cuisine si il en a besoin, ils seront chargés de lui amener les blessés et de lui apporter toute aide possible.
Le garde du corps peu habitué qu’elle l’appelle ainsi se raidit un peu comme devant un haut gradé, le second fit un juste un signe de la tête très bref.
- Madame Tolado, je vous laisse les voiles en hauteur avec les gabiers, Loan vous couvrira.
La jeune femme inclina la tête en signe de réponse, son sourire amusé était de nouveau sur ses lèvres.
- Nous allons la vaincre cette tempête, je vous le jure !
La détermination de Zeïna se lisait dans ses paroles et dans ses yeux, la jeune fille avait retrouvé ses esprits et elle vaincrait. Après avoir donné ses ordres, elle se retourna et se plaça derrière la barre en la saisissant fermement. Marslow qui était à ce poste se pencha un peu vers elle.
- Qui y a t’il Capitaine ?
- Je prend la barre Marslow, allez rejoindre l’équipe de Monsieur Odell à l’avant ils vont avoir besoin de bras.
- Vous êtes sûr ?
- Marslow, allez y, je ne retiendrais pas cette phrase.
Le marin avait blanchi en entendant la réplique de son capitaine, il l’avait grandement sous estimé.
- J’y vais tout de suite Capitaine.
Zeïna saisit la barre fermement, elle sentait la mer forcer sur le gouvernail, elle devait se battre contre l’océan lui-même. L’orage se déchaîna de plus belle, les éclairs traversaient le ciel en une myriade infinie comme si des centaines de dragons les survolaient. Plus d’un marin frémirent en voyant ce spectacle, certains en appelèrent aux dieux pour avoir la vie sauve. Mais la jeune fille gardait la tête froide, elle cria des ordres aux marins non loin d’elle, le second et le garde du corps faisait de même pour que le travail reprenne.
Cryanne et ses gabiers étaient partis à l’assaut des mats, le vent déchainé obligeait les marins à se cramponner de toute leur force aux cordages pour ne pas tomber à l’eau, une chute dans ses conditions équivalait à une mort certaine. Ils travaillaient avec acharnement pour replier les voile le plus rapidement possible, certaines étaient déjà déchirés mais il fallait à tout prix en sauver le plus.
Les équipes restées sur le pont vérifiaient toutes les amarres et retendaient tous les cordages qui avaient rompu. Un cri retentit dans les vergues, un marin avait lâché prise sous les yeux de ses camarades, un éclair noir suivit immédiatement et Loan le rattrapa de justesse. l’homme oiseau devait lutter contre le vent pour ne pas être déporté mais il savait qu’il était le seul à pouvoir les sauver en cas de chutes. Deux autres marins furent emportés sous les assaut du vent mais à chaque fois, Loan réussissait à les sauver avant l’issu fatal.
- Laissez les huniers, nous devons garder de la voilure, ordonna Zeïna de sa voix la plus forte et la plus autoritaire.
- Très bien Capitaine.
Portyd Odell transmit l’ordre à l’équipage qui se mit en branle immédiatement, que se soit les novices ou les marins aguerris, tous savait très bien qui si ils ne travaillaient pas tous ensemble, ils mourraient tous. De la cale les mousses ressortirent un de leur camarade sur une civière improvisée, une fracture ouverte sur la jambe le faisait crier de douleur.
La jeune fille vit le pauvre garçon pleurant toutes les larmes de son corps, mais elle ne devait pas s’apitoyer. Elle se cramponnait fermement à la barre pour diriger le navire vers la prochaine lame pour présenter l’avant du navire tout en essayant de garder le cap. Ses bras tremblaient sous l’effort et commençait à lui faire mal mais jamais elle ne laisserait tomber, jamais elle ne plierait devant la tempête. Son manteau était complètement ouvert et les pans claquaient dans son dos, ses vêtements étaient trempées collant à sa peau.
Zeïna voyait l’orage comme un obstacle supplémentaire, elle voyait le rire goguenard de ses professeurs quand elle leur avait dit qu’elle deviendrait capitaine, les paroles insultantes de ce noble sur son père, tous les rires moqueurs sur ses choix. Ses doigts se serrèrent encore plus sur le bois, enfonçant ses ongles, elle fixa l’orage avec un regard noir de haine.
- Tu ne me fais pas peur, tu ne me fais pas peur ! hurla t’elle de toutes ses forces.
La bateau fit une embardée soudaine, la jeune fille agrippa la barre avec rage, ses mains furent brulées par le bois, mais elle ne lâcha pas. La douleur fulgurante qu’elle ressentit n’avait qu’aucune mesure avec ce qu’elle avait déjà ressenti. Mais elle s’accrocherait, elle se le jurait elle tiendrait bon.
Toute la nuit, l’équipage lutta contre la tempête, ils firent des quarts pour que des marins puissent se reposer. Les officiers restèrent à leur poste, lançant ordre sur ordre, baisser les voiles, les remonter, un travail épuisant pour tout l’équipage. Zeïna resta à la barre, refusant d’être relevé, c’était son combat, et même si cela devait durer elle resterait à son poste.
Enfin, le matin arriva et un rayon de soleil perça les nuages noirs, la colère de l’océan s’était calmée. La houle était encore forte, mais plus autant que lors de la tempête, la jeune fille était toujours bien droite. Elle gardait le cap avec attention, elle leva la tête, son visage éclairé par le soleil réconfortant lui apportant un peu de chaleur.
Cryanne et Lantis s’approchèrent d’elle, ils avaient de grandes cernes sous les yeux mais ils souriaient, la tempête était passé et ils avaient réussi. Portyd était là aussi, moins fatigué que les autres en apparence, il avait plus l’habitude.
- Nous sommes passés, dit doucement la métis.
- Je pense que grâce à votre sang froid, vous avez gagné le respect de l’équipage, commenta le second.
- C’est le travail de tout le monde qui nous a permit de nous en sortir, fit Zeïna d’une voix lasse.
Les trois officiers regardèrent la jeune fille.
- Je pense que vous devriez vous reposer Capitaine, lança Lantis.
- Vous aussi vous devriez vous reposez, Monsieur Odell prenez le quart, vous êtes le moins fatigué.
Elle lui sourit.
- Je vous laisse la barre, gardez le même cap comme convenu.
Au moment où Portyd prenait la barre, elle la lâcha d’un coup et chuta vers le sol, ses jambes ne pouvant plus la porter. Lantis la récupéra de justesse dans ses bras et la soutint comme il le pouvait. Ils virent alors ses mains ensanglantées, sa peau arrachée par le bois.
- Prenez le minimum d’hommes qu’il vous soit nécessaire pour manœuvrer le navire Monsieur Odell, murmura Zeïna dans un souffle, tout le monde doit se reposer, prévenez aussi le coq pour qu’il prépare un repas copieux en récompense.
- A vos ordres Capitaine, dit le second avec beaucoup d’émotions dans la voix.
La jeune fille sourit faiblement avant de s’évanouir. Lantis la prit dans ses bras et la souleva, il remarqua alors qu’elle était trempée.
- Je l’emmène dans sa cabine, je préviendrais sa servante pour qu’elle la change, elle est trempée.
- Je vais la chercher, elle est avec le médecin, je lui dirais de passer la voir en même temps, répondit Cryanne.
Ils descendirent alors du pont supérieur pour aller vers les cabines. Tous les marins présent saluèrent leur capitaine avec respect, pas un seul n’eut un regard moqueur ou satisfait. Portyd les regarda avant qu’ils ne disparaissent à l’intérieur du navire, il sourit fièrement.
- Elle est vraiment comme son père, y a pas à dire !
Il se mit à murmurer les paroles d’une chanson, heureux de se retrouver à nouveau en mer avec un Dé Feryo.
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Chapitre d'Océan que j'aime beaucoup
Bonne lecture ^^ |