Bonjour ^^
La suite de Chevalier est avancée, profitez en bien.
Patinil a été enlevée par l'Inquisition, entre les mains de ses hommes, elle ne peut plus rien faire. Son seul moyen de se sortir de ce mauvais pas, ses compagnons, ils vont se mettre en chasse et tout faire pour l'arracher aux mains de leurs ennemis.
Mais arriveront ils à temps ?
Bonne lecture ^^
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CHAPITRE 30
Peu de temps
Le vent soufflait entre les cimes des montagnes en un sifflement aigu quand il s’insinuait dans les crevasses des pierres. Le petit groupe de soldats de l’Inquisition avançait rapidement par un étroit sentier à peine carrossable. Deux d’entre eux étaient chargé en plus d’une prisonnière mais ils ne se plaignaient pas des douleurs, ils avaient bien trop peur de l’inquisiteur.
Depuis le levé du soleil, leur avancée avait été plus rapide, prenant parfois des risques pour mieux brouiller les pistes. Bien que fort, les soldats n’étaient pas assez nombreux pour combattre tout un village. La peur pouvait donner des ailes bien plus encore que le cœur de l’homme le plus courageux au monde.
Phorse marchait en tête, il voulait mettre assez de distance entre lui et le village pour pouvoir interroger le plus calmement possible sa prisonnière. Il avait fait prendre à son groupe des sentiers peu connus, son oblat était en charge de camoufler au maximum les traces de leur progression. Il était aidé par un soldat pour multiplier les mauvaises pistes, les hommes en noir savaient bien qu’ils seraient poursuivis.
L’inquisiteur connaissait une bonne partie des sentiers des environs, pour l’avoir étudier des jours durant au siège de l’Inquisition de Paragahi. Il avait suivi des routes qui étaient presque inconnues des marchands et de certains montagnards. Son objectif était de trouver un endroit assez grand et plat pour être à son aise, il aimait avoir de l’espace pour interroger ses prisonniers.
Un soldat près de lui désigna un contrefort non lui d’eux.
- L’endroit parait être adéquat, il y a une large bande de terre et un poste de surveillance nous pourrons voir tout ce qui arrivera.
- C’est une bonne idée, je pense que nous avons mis assez de distance entre nous et le village, de plus la piste à suivre va être bien compliqué. L’oblat Kaze est capable parfois de grandes prouesses quand il fait preuve d’un peu d’attention.
Phorse regarda en arrière vers la procession.
- Notre invitée est encore inconsciente.
- Oui Maître Inquisiteur, j’ai même craint que nous ayons frappé trop fort, répondit l’un des hommes qui portaient Patinil.
- Tu n’as pas à t’inquiéter pour ça, les diplomates issus de l’Académie ont la tête dure.
Il sourit.
- Nous allons voir si elle résistera longtemps à mon art de la question, en avant, je veux que nous atteignions le contrefort avant la nuit.
Ils se remirent en marche en direction de leur objectif, la promesse du repos les encourageait à aller plus vite. Ce soir ils auraient en plus un spectacle digne de ce nom, peu de gens avait la chance de voir un inquisiteur au travail, et surtout que Phorse était un véritable artiste dans son genre.
Mel connaissait Ekart depuis qu’ils s’étaient rencontrés à l’Académie, mais jamais elle ne l’avait vu dans un tel état. Il avait perdu son calme au fur et à mesure de la journée qui passait et maintenant le jeune homme marchait en avant avec un villageois pour repérer la route.
Le groupe de la forteresse était parti peu après la découverte de la disparition de Patinil et le corps des deux gardes qui étaient portés disparus. Avec l’observation de leurs blessures, ils n’eurent aucun mal pour deviner les auteurs de ces crimes.
Avec cette macabre trouvaille, les habitants de Barigne ne souhaitaient qu’une seule chose, se venger de ceux qui avaient tué leur camarade. Ainsi, ils s’étaient divisés en petit groupe pour guider les gens de la forteresse et les aider en cas de combat. Gero Proxin n’avait même pas hésité pour participer à ces recherches.
Un premier groupe composé de montagnard exclusivement était parti en direction des autres villages des cimes. Les jeunes gens avec les soldats en compagnie du maire et d’une demi-douzaine de miliciens avaient pris le chemin de retour vers la forteresse. Des traces infimes permettaient de croire que les hommes en noir prenaient cette direction, mais d’autres éléments indiquaient le contraire.
Ekart s’était arrêté à la hauteur du villageois qui était en avant en éclaireur, il observait le sol en cherchant des traces. Mais la patience du jeune diplomate fondait comme neige au soleil, il était bien trop inquiet pour rester ainsi sur place.
- Vous ne trouvez aucunes traces ? Je croyais que vous viviez dans ses montagnes !
- Ils ont effacé leurs traces, j’ai du mal à les suivre.
Le montagnard avait répondu sèchement, il n’aimait pas particulièrement qu’un simple citadin osait mettre en doute ses capacités.
- Alors nous avons peut être pris la mauvaise piste ?!
Mel arriva à la rescousse de son camarade pour lui éviter un mauvais coup. Elle avait bien remarqué que le villageois semblait sur le point d’exploser à son tour.
- Calme toi un peu Ekart, tu ne vas pas les aider en lui hurlant dessus, nous ne pouvons pas faire autrement que d’attendre.
Le diplomate écarquilla les yeux un peu surpris par le ton de la jeune fille. Il comprit alors son erreur et il baissa la tête.
- Je suis désolé.
L’éclaireur poussa un soupir d’exaspération, il se remit au travail en étudiant le sol sans répondre pour éviter d’envenimer les choses. L’écuyère ramena son amie avec les autres soldats et les villageois qui avaient profité de l’arrêt pour marquer une pause.
Depuis le matin, le groupe de sauvetage n’avait pas cessé de courir les sentiers et les chemins à demi effacés par le temps. Plusieurs fois, ils avaient du faire demi tour, les traces étaient vraiment très habilement effacées au point que même les montagnards se perdaient.
En rejoignant les autres, Mel en profita pour parler avec Ekart qui avait besoin de se calmer pour reprendre ses esprits.
- J’ai toujours été impressionné par ton contrôle, mais j’ai l’impression que tu n’arrives pas à garder ton calme cette fois.
Le diplomate se redressa, tentant de masquer son appréhension, mais son regard en disait long sur ses véritables pensées.
- Maître Garynlos nous avait mis en garde, l’Inquisition est cruelle surtout si elle suspecte quelque chose, elle est prête à tout pour obtenir ce qu’elle veut.
L’écuyère comprit pourquoi il se comportait ainsi, elle se doutait aussi que leur amie courrait un grand danger.
- Et tu penses à quoi ? Demanda la jeune fille.
- Ils vont la soumettre à la question, répondit Gero Proxin à la place d’Ekart.
Mel ferma les yeux, elle n’aurait pas voulu connaitre la réponse à cette question.
- Je sais que votre amie est forte, reprit le chef du village, mais nous devons arriver à temps pour lui épargner le pire. Tous les inquisiteurs ne sont que des monstres qui aiment torturer leur prisonnier pour obtenir ce qu’ils désirent.
- Voilà pourquoi je perds mon calme, même si nous connaissions les risques, y être confronté est bien différent.
- Se sont les risques, et je vous avais prévenu, tout comme Nertas.
Ekart serra les poings en fixant le maire.
- Oui, tout le monde nous a prévenus, et nous n’avons pas lâché notre affaire, et même si cela est arrivé, nous ne devons pas nous arrêter maintenant. Ce rapt est une preuve de plus que nous les gênons, et donc que nous sommes sur la bonne voix.
Le jeune homme avait repris confiance en lui, il était sous le choc de la disparition de Patinil mais il avait très mal réagi.
- Ce n’est pas en me morfondant que je pourrais aider mon amie à se tirer de ce mauvais pas.
- Tu as raison, lança Mel.
Gero Proxin était surpris de voir une telle détermination dans la voix des jeunes gens. Le danger était grand, mais ils reprenaient courage malgré tout et ils en sortaient même grandis. L’éclaireur se leva pour faire quelques pas devant le groupe, il s’agenouilla sur le sol à nouveau pour faire une dernière observation avant de se tourner vers les autres.
- J’ai retrouvé leurs traces, lança l’homme en se relevant, ils ont tout fait pour se cacher mais j’ai fini par démêler le vrai du faux.
Leur groupe repartit sur le flanc de la montagne, le sentier était étroit, ils devaient faire attention à ne pas tomber. En file indienne, ils avançaient le plus rapidement possible mais avec les pierres instables, la progression était dangereuse. Peu à peu le soleil baissait sur l’horizon et leur progression devenait de plus en plus difficile. Le pisteur fit de nouveau arrêter la colonne, et cette fois il affichait une mine sombre.
- Il n’y a plus aucunes traces, rien, c’est vraiment étrange, j’ai regardé tout autour, j’ai même marché un peu plus loin, c’est comme si ils avaient disparu.
- Mais comment ont-ils pu disparaître ? Fit Mel.
- La magie, lança le chef du village, c’est le seul moyen qu’ils ont pu utiliser pour disparaître ainsi.
- Mais alors comment allons nous les retrouver alors ?
La voix d’Ekart était encore assurée, mais la peur perçait à travers ses paroles. Il serrait machinalement la garde d’un poignard qu’il gardait toujours sur lui. Le jeune homme avait une allure terrifiante, ses yeux exprimaient toute sa rancœur contre lui-même.
- Ne t’en fais pas, répondit Gero Proxin en posant une main sur lui, j’ai envoyé un message à un ami qui ne manquera pas de nous aider.
- Un ami ? Qui est ce ?
L’homme se contenta de sourire devant le visage interrogatif du diplomate.
- Vous le serez en temps voulu.
Gero Proxin s’éloigna du jeune homme pour se mettre à l’écart. Le jeune homme de son coté avait bien du mal à réfléchir correctement. La situation échappait à son contrôle et il n’appréciait vraiment pas cette situation. Il avait beau réfléchir de toutes ses forces et faire appel à toutes ses connaissances, il ne parvenait pas à trouver une solution.
Dans un silence pesant, soldats et villageois se mirent à scruter le sol à la recherche de traces éventuelles du passage des hommes de l’Inquisition. Ils regardaient chaque rocher, soulevant parfois les pierres pour chercher un indice pouvant leur permettre de reprendre la chasse à leurs adversaires.
Soudain une brusque bourrasque souffla sur le groupe, provoquant un début de panique, les épées étaient tirées de leur fourreau. Un vieil homme encapuchonné apparut dans un nuage de poussière tourbillonnant. Il regarda autour de lui, surpris de voir les épées dirigées vers lui.
- Et bien quel accueil ?
Le chef du village, qui était le seul à ne pas avoir sorti son arme, le salua.
- Je ne leur avais pas dit que tu arrivais, une petite surprise qui m’amuse beaucoup.
- Tu as de la chance que nous soyons amis, sinon je ne me serais pas déplacé avec les risques.
Les jeunes gens écarquillèrent les yeux en reconnaissant la voix qu’ils avaient déjà entendue auparavant.
- Nertas, c’est vous, fit Mel avec surprise.
Le magicien se tourna vers l’écuyère et le diplomate.
- Je vous avais dit de faire attention non ?!
Il baissa sa capuche pour révéler son visage, il était visiblement énervé d’avoir du se déplacer jusqu’ici.
- Nous ne pouvions pas savoir que nous serions suivis depuis la forteresse, plaida Ekart, nous avions pris des précautions avant le départ pour camoufler nos intentions.
- Avec l’Inquisition, rien n’est une certitude.
Le mage avait parlé durement, il remarqua alors les traits anxieux des deux jeunes gens qui lui faisaient face. Le vieil homme poussa un soupir avant de reprendre la parole.
- Enfin je ne vais pas vous faire un discours de vieux grincheux, j’imagine que ce n’est vraiment pas le moment. Je vois que la victime de l’enlèvement est la jeune diplomate, alors où en êtes vous ?
- Nous avons perdu toutes traces de leur passage, répondit Gero Proxin, apparemment ils ont utilisé la magie pour les dissimuler.
Le magicien fit la moue en fronçant le nez.
- J’avais senti leur odeur nauséabonde, attendez quelques instants.
Il traça dans l’air des arabesques douces en prononçant des paroles étranges. Même si Ekart était troublé par le kidnapping de son amie, il grava dans sa mémoire les mots du sorcier pour poursuivre son enquête sur la magie.
Une petite lumière apparut devant le mage, partant dans une direction bien précise.
- Voilà, j’espère qu’il ne pensait pas me tromper ce petit praticien de pacotille, lança Nertas en se redressant, il suffit de suivre l’étincelle, elle nous indiquera la bonne route.
- Merci mon ami, fit le chef du village en se portant à sa hauteur.
- Trêve de remerciement, répondit il, mieux vaut poursuivre la route pour ne pas arriver trop tard, je ressens un pouvoir puissant mieux vaut que je vous accompagne.
- Vous avez pourtant parlé d’un sorcier de moindre importance, fit remarquer Mel.
- Et tu crois pouvoir le battre avec ton épée et ton courage, répondit Nertas.
L’écuyère baissa la tête, le magicien avait raison, que pouvait elle espérer avec une si faible connaissance de l’ennemi. Ils reprirent leur progression en silence suivant la petite lumière qui leur faisait face, avec un magicien avec eux ils pourraient tenir tête aux soldats de l’Inquisition.
Patinil se réveilla en sursaut après avoir reçu un bac d’eau glacé en plein visage, sa tête lui faisait mal et elle n’arrivait pas à remettre toutes ses idées en place. La jeune fille ne savait pas où elle se trouvait, elle était immobilisée contre une paroi, les mains attachées en croix. La fraîcheur du vent la fit frissonner jusqu’au plus profond de son corps. Une main la saisit brutalement par le menton pour lever sa tête.
Elle découvrit un visage dur qu’elle ne connaissait pas.
- Alors tu es enfin réveillée, bienvenue parmi nous jeune fille.
Il rejeta brusquement le visage de Patinil, l’arrière de sa tête heurta la paroi faisant voler des étoiles devant ses yeux. Ce coup la réveilla complètement, elle se souvint de ce qu’il s’était passé le jour d’avant, elle venait de se faire enlever. Elle regarda autour d’elle et vit les hommes qui l’entouraient, et surtout le symbole qui ornait leur poitrine, une serre d’aigle sur fond rouge. Ses yeux s’écarquillèrent d’horreur en comprenant la situation dans laquelle elle se retrouvait, elle était entre les mains de l’Inquisition.
Un nouvel homme apparut devant elle, il avait le crâne rasé, son visage ovale possédait une mâchoire carrée. Ses yeux étaient les plus terrifiants, gris et froid qui allaient longtemps hanter ses cauchemars. Le sourire qu’il afficha était loin de la rassurer, se serait plutôt le contraire tant son cœur se serra.
- Je me nomme Phorse, inquisiteur au service de l’Inquisition, mais je pense que tu as compris qui nous sommes.
Patinil ne répondit pas en essayant de calmer les battements de son cœur.
- Je me doute que tu ne me répondras pas aussi facilement, reprit l’homme d’une voix mielleuse, mais ne t’inquiète pas nous avons tout notre temps pour faire connaissance.
Le premier homme qu’elle avait vu s’approcha de l’inquisiteur et déroula sur une pierre plate un sac de cuir, faisant apparaître toute une gamme d’outils en fer, du simple couteau à la fine tenaille. L’horreur se peignit sur le visage de la jeune fille.
- Alors, par quoi allons nous commencer, fit Phorse une main sur son menton.
- Vous n’avez pas le droit de faire ça, lança courageusement la jeune fille.
L’inquisiteur se tourna vers sa prisonnière, de la surprise peinte sur le visage.
- Le droit ? Quelle étrange réaction, sache ma chère petite que l’Inquisition a tous les droits.
Il se rapprocha tout prêt de la diplomate, elle tourna la tête pour s’éloigner le plus possible de son tortionnaire. L’inquisiteur effleura de ses lèvres la joue de la jeune fille et il se mit à parler tout doucement.
- S’il me prend le désir d’interroger quelqu’un, personne ne pourra m’empêcher de le faire, et je sens qu’avec toi ma belle, je vais m’amuser comme un petit enfant.
Phorse se recula pour s’approcher de ses outils de torture étalé sur la pierre plate. Il se mit à réfléchir quelques instants avant de se saisir d’un stylet fin et aussi long que sa main. Il s’approcha à pas lent de la prisonnière, affichant un sourire gourmant.
L’arme semblait voler entre ses doigts, Patinil suivait le manège presque hypnotique. Elle ne sentait plus la morsure du vent sur ses vêtements humides, de la sueur coula sur son visage.
- Je dois t’avouer que je suis passé maître dans le maniement de ces merveilleux instruments, avec moi-même les plus silencieux m’avouent absolument tout, même les plus intimes secrets.
L’oblat était juste derrière l’inquisiteur, affichant un visage de joie pure, les soldats s’étaient également tournés vers la pierre pour assister au spectacle. L’homme serra le petit couteau fin qu’il tenait avec adresse et habileté.
- Bien, si nous commencions notre petite entrevue.
La voix sinistre raisonna dans la tête de la jeune diplomate tandis qu’elle fixait le stylet s’approchant inexorablement de la peau de son visage.
La nuit était tombée maintenant, et pourtant le groupe de sauvetage n’avait toujours pas cessé de poursuivre la piste tracée par la petite lueur créée par le magicien. La progression était pourtant devenue dangereuse, plus d’une fois une pierre avait roulé sous le pas de l’un d’eux. Les personnes venant de la forteresse étaient particulièrement exposées aux dangers, peu habituées à des sentiers aussi escarpés.
Gero Proxin s’apprêtait à arrêter les recherches pour le moment, mieux valait attendre l’aube qu’un drame vienne s’ajouter aux derniers événements. Quand soudain porté par le vent un cri déchirant de douleur retentit, faisant se lever toutes les têtes.
- Cette voix, c’est Patinil, lança Ekart.
Le jeune homme allait partir en courant en direction de la source du cri, mais il fut immédiatement arrêté par le chef du village.
- C’est trop dangereux de se lancer dans une telle course en pleine nuit.
- Mais elle est entrain de souffrir !
- Calme toi, intervint Nertas, plus de précipitations n’aidera pas ton amie.
Il fit disparaître leur guide magique pour ne pas montrer leur présence.
- Ils ne doivent pas être loin, dit un des hommes du village qui les accompagnaient, le vent n’est pas très fort ce soir.
- C’est ce que je pense aussi, répondit le magicien, ils ont du mettre un guetteur pour éviter d’être pris au dépourvu, il faut d’abord le neutraliser.
Un nouveau cri retentit, Ekart serra les poings impuissants. Mel s’approcha de lui pour essayer de le calmer.
- Si nous l’entendons, c’est qu’elle est encore vivante.
Le jeune homme la regarda interloqué, mais il devait reconnaître qu’elle avait raison. Le magicien reprit la parole.
- Il n’est plus temps de discuter, mais il faut agir avant qu’il ne soit trop tard. Isone approche toi.
Un des villageois qui était parti avec eux sortit des rangs à son appel. Le mage murmura doucement quelques paroles presque inaudibles et toucha le front de l’homme. Il écarquilla les yeux de surprise quand le doigt se retira.
- Maintenant tu peux voir la nuit, va en avant et trouve le guetteur, nous allons te suivre de prés, à toi de le neutraliser pour nous permettre de les attaquer.
- Très bien, répondit seulement l’homme.
Il sortit un long poignard de son fourreau et plongea dans la nuit. Il n’avait même pas hésité, connaissant les soudards de l’Inquisition, tuer l’un d’eux ne serait qu’un service rendu au monde.
- Attendons un peu avant de partir, préparer vos armes, lança Nertas, les hommes de l’Inquisition ne se laisseront pas prendre sans combattre jusqu’à la mort.
Mel fit un signe aux soldats qu’elle commandait, Caner Tyuro et deux de ses compagnons se saisirent de leur épée. Mund Hasra brandissait sa hallebarde en faisant quelques mouvements en l’air pour assouplir ses muscles en vu du combat. L’écuyère resserra ses protections aux jambes et sur les avant-bras, son épée ne devait pas faillir au cours de la confrontation.
Ekart tira son poignard de son fourreau, il n’était pas un guerrier dans l’âme ni en force. Il resterait derrière les autres combattants pour les protéger en cas d’attaques fourbes. Il se faisait la promesse qu’au moins l’un de ses adversaires goutterait l’acier de son arme.
Les villageois se préparèrent en silence, tout comme Gero Proxin, ils haïssaient l’Inquisition et ils n’hésiteraient pas au moment de frapper. Manquant d’entrainement, ils comptaient sur leur hargne et leur courage pour faire pencher la balance de leur coté.
Ils se mirent en route quelques instants après, guidés par les cris de souffrance qui se faisaient entendre de temps en temps. Le diplomate et l’écuyère serraient les dents avec rage à chaque fois, promettant mille tourments.
Leur groupe arriva en vue du promontoire, la lueur d’un feu était à peine visible, en partie dissimulé derrière une paroi rocheuse. Un cri étouffé s’éleva suivit d’une chute lourde de deux corps sur le sol rocheux, l’effet de surprise était complètement perdu.
- Il n’y a plus à hésiter, lança Mel, chargeons !
L’écuyère brandit son épée et courut vers le campement ennemi, suivit par les soldats de la forteresse et les villageois. Le magicien s’éleva lentement dans les airs sous l’effet d’un sort de lévitation et domina le champ de bataille à la recherche de sa cible. C’est elle qui le découvrit en premier quand un éclair noir bondit vers lui en crépitant, il invoqua un bouclier d’air qui dévia l’attaque qui aurait pu être mortelle.
L’Inquisiteur avait grimpé sur le rocher du promontoire, il se remit à lancer des paroles rudes en direction de Nertas. Le mage ne resta pas sans rien faire, rapidement une pellicule dorée l’enveloppa. Deux boules de feu naquirent dans ses mains et il plongea vers son adversaire. Une vague sombre bondit de l’ombre de Phorse et vola vers Nertas
De la main droite le magicien percuta l’ombre, le feu disparut tout de suite, il acheva l’apparition de sa main gauche dans le même élan. Il ne s’arrêta pas pour autant de plonger sur son ennemi faisant naître devant lui une lance d’eau. L’inquisiteur hurla des imprécations inconnues, le sol s’ouvrit à ses pieds et un mur de pierre apparu. Sans même ralentir un instant, la lance le percuta de plein fouet le faisant exploser sous l’impact.
Le magicien se trouva face à Phorse le regard écarquillé de surprise. Nertas, ralenti par le coup et légèrement étourdi, se permit de sourire et posa la main sur la poitrine de l’inquisiteur en prononçant un mot de pouvoir. Un vent violent naquit dans sa paume soulevant Phorse, le souffle coupé par le choc, il tomba dans le vide les yeux vitreux vers une chute inexorable et mortelle.
En marge du combat des jeteurs de sorts, les guerriers se battaient dans une mêlée sauvage et indescriptible. Mel en tête de la troupe était tombée directement sur l’oblat muni d’une masse d’arme. La jeune fille supportait les assauts violents donnés par l’homme, mais elle sentait son bras fléchir, il avait plus de force dans ses coups. Pourtant elle pouvait compter sur un allier qui n’attendait qu’une ouverture, Ekart était tapi près des combattants. N’étant pas un guerrier le diplomate préférait frapper dans un angle mort à l’aide de son poignard.
Enfin une ouverture dans le flanc de l’oblat, Ekart bondit de l’ombre avec rapidité. Leur ennemi vit au dernier moment l’attaque sur le flanc. Il fit un pas sur le coté et donna un coup de poing au visage du diplomate en repoussant une nouvelle fois l’épée de Mel. La jeune fille n’en resta pas là, déséquilibré, son adversaire était une proie facile, elle bondit sur l’oblat et abattit son épée sur l’épaule découverte. Le sang jaillit de la blessure alors que l’homme chutait sur le sol en lâchant son arme. Il porta une main sur sa blessure pour arrêter le sang qui s’en écoulait, mais rien ne pouvait l’empêcher. Il poussa un dernier râle et rendit son dernier soupir.
Les soldats de la forteresse achevé les derniers membres du groupe de l’Inquisition, pas un seul des guerriers en noir ne plaida la clémence. Ils se battaient mécaniquement, certains reçurent des blessures graves mais ils restèrent debout à manier leur épée. Le dernier mourut, transpercé par plusieurs épées à la fois, il s’écroula d’un bloc sans émettre une plainte.
Ekart se releva en crachant du sang, sa lèvre supérieure était ouverte mais il n’avait rien de grave. Mel regarda ses hommes, elle soupira de soulagement en voyant qu’aucun de ses soldats n’était mort. L’un d’eux était allongé sur le sol un de ses camarades le soignait rapidement pour arrêter le sang, mais il ne paraissait pas en danger. Les autres n’avaient que des blessures superficielles, de même pour les villageois qui les avaient accompagnés.
- Oh mon dieu, Patinil ! Lâcha Ekart.
Il se précipita vers la paroi où était encore attachée leur amie. Mel poussa un cri d’effroi en voyant l’état de la jeune fille. Patinil était presque complètement nue, son corps n’était qu’une plaie béante, couverte de sang. Des coupures sillonnaient ses bras, sa poitrine et son ventre. Ses mains étaient écorchées, comme si elles avaient été frappées par un fouet muni d’épines. Son visage n’avait pas été épargné, bien qu’en partie recouvert par ses cheveux, les coups avaient plu et un couteau avait marqué de profondes coupures.
Mel se reprit, maintenant elle devait aider son amie. L’écuyère bondit sur la paroi où Ekart coupait déjà les liens qui retenaient Patinil qui ne semblait pas réagir, inanimée.
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