CHAPITRE 12
Reconnaissance
A la vue de la prise de leur navire, les esclavagistes n’eurent pas d’autres choix que de rendre les armes. Ils laissèrent leurs prisonniers partir vers leur sauveteur, ils furent réunis sur la plage sous bonne garde.
Le second de l’Aurore Boréale transféra ses propres prisonniers sur le sable pour pouvoir les surveiller leur mieux possible. L’équipage du navire marchand n’avait pas eu trop de mal à prendre le contrôle du bateau ennemi, il ne restait qu’une demi douzaine de marins qui préféra se rendre immédiatement que de se battre.
Portyd se porta au devant de Zeïna.
- Alors Capitaine, j’espère que je suis apparu à point nommé.
- Tu peux le dire, mais je croyais t’avoir donné des ordres bien précis
- Mais je n’ai pas quitté le navire, je suis resté toujours près de lui.
Il afficha un grand sourire, que la jeune fille ne put qu’imiter, elle savait très bien que sans lui l’affaire aurait pu très mal tourné. Avec la libération des otages, les habitants de l’île s’était réunie vers la plage, ils étaient soulagés de voir leurs ravisseurs battus. Un homme entre deux ages s’approcha de Zeïna, il avait un bras en écharpe, le bandage encore imbibé de sang.
- Je m’appelle Noron Faers je suis le maire de l’île Nerth, au nom de tous les habitants je voudrais vous remercier.
L’homme allait s’incliner devant la capitaine mais celle-ci l’arrêta.
- Non je vous en pris, ne faite pas ça, s’il vous plait.
- Grâce à vous, nous avons pu éviter l’esclavage, ces pirates étaient de véritables crapules qui n’ont pas hésité à se faire passer pour de simples marchands. Merci Capitaine …
Le maire se releva soudain, un peu gêné.
- Je me rends compte que je ne vous ai même pas demandé votre nom.
- Capitaine Zeïna Dé Feryo sur l’Aurore Boréale de Calasta.
- Une jeune fille maîtresse d’un navire marchand, c’est rare.
Il regarda les esclavagistes attachés sur la plage avec dégoût, il était soulagé de les voir prisonnier même si il aurait préféré qu’ils soient tous au bout d’une corde à se balancer dans le vent. Le maire remarqua alors que des personnes étaient transférées sur des chaloupes.
- Se sont des esclaves ? demanda l’homme.
- Oui, nous les avons trouvé à fond de cales, nous allons les emmener ici avant de leur rendre leur navire.
- Ils sont tous les bienvenus évidemment, et quand à eux ?
Le maire regarda avec haine les esclavagistes, la jeune fille comprenait bien ce que ressentait Noron Faers De même la plus part des ses hommes partageaient la rancœur contre eux, elle avait eu du mal à les retenir avant qu’ils ne les passent tous par les armes.
- Nous allons les relâcher après avoir libérer les esclaves qu’ils avaient déjà pris.
- Les laisser partir ?! S’emporta le maire.
- Ne vous inquiétez pas, reprit immédiatement Zeïna, toutes leurs armes resteront ici pour votre défense, et je vais faire en sorte de réduire au minimum leur réserve pour qu’ils ne reviennent pas ici de si tôt. D’ici là, j’aurais accosté à Mathes et prévenu les autorités, des soldats seront ici pour vous défendre.
- Je ne sais pas si vous avez bien raison de faire ça, mais je ne peux pas vous obliger à faire autrement.
- Je vais m’occuper du départ de ces crapules, après mon équipage vous aidera à vous relever.
- Merci encore je vais rejoindre le village, nous vous attendrons.
Laissant le maire rejoindre les habitations, Zeïna rejoignit les prisonniers. Le capitaine esclavagiste fulminait, résistant à grand peine de charger ceux qui lui faisait perdre tout son argent.
- Vous n’avez pas le droit ? Hurla l’homme quand il la vit approcher.
Il tenta de se lever brusquement mais Akena l’homme lézard appuya sur les épaules du prisonnier pour le remettre en place. Il poussa un grognement de douleur, il releva le visage vers Akena.
- Toi, je me taillerais des bottes dans ta peau.
Loin de l’émouvoir, l’homme lézard croisa seulement les bras en dévoilant une rangée de dents carnassières. Le chef des esclavagistes cracha en direction de son geôlier sans réussir à l’atteindre, il fixa de nouveau Zeïna qui n’avait pas bougé pendant l’échange.
- Sais tu seulement ce que tu viens de faire.
- J’ai seulement empêché votre bande de forbans d’agresser des gens innocents.
- Je suis le Capitaine Senorth, j’ai de l’influence, si tu te me laisses continuer mes affaires, je serais peut être clément.
La menace n’eut aucun effet sur la jeune fille.
- Qui que vous soyez je m’en moque, l’océan est un espace de liberté et je ne laisserais jamais des gens de votre espèce le gâcher, si je vous revois sur mon chemin, je serais beaucoup moins clémente.
- Tu oses me menacer, petites gourde, tu crois que parce que tu as cette médaille tu es un Capitaine, je serais heureux de te voir à genou devant moi à me supplier quand je t’aurais enfin dans ma main.
Elle s’approcha plus près de Senorth, le dominant de toute sa taille. Akena décroisa les bras pour réagir au cas où le prisonnier attaquerait.
- Pour le moment celui qui est à genou, c’est vous !
L’esclavagiste bouillait de rage mais il ne pouvait rien faire pour lui répondre, il serrait les dents si fort que toutes les personnes proches pouvaient entendre le crissement des mouvements de ses mâchoires entre elle.
Se détournant des prisonniers, la capitaine se préoccupa du débarquement des esclaves libérés. Ils étaient sales et fatigués, certains souffraient de blessures purulentes. Le médecin de l’Aurore avait fort à faire, il voulait soigner les cas les plus graves le plus rapidement. Gouran Dé Hydalis avait découvert ce que ses semblables pouvaient faire de pire, traiter les êtres humains comme du bétail. Sans soin, avec juste assez de nourriture pour survivre, enchaîné aux parois du bateau, le médecin n’aurait jamais cru cela possible.
Une à une les chaloupes ramenèrent à terre tous les esclaves, les marins faisaient en sorte qu’ils ne passent pas prés de leurs anciens geôliers pour éviter tout risque d’émeutes. Les pauvres gens étaient de toute façon trop heureux d’être libre, traité à nouveau comme des êtres humains et plus de simples paquets.
La dernière barque ramena le médecin avec les derniers prisonniers délivrés. Le second avait fait manœuvrer l’Aurore Boréale pour l’éloigner du vaisseau des esclavagistes. Le reste des marins avec Zeïna libérèrent les pirates, les armes tirées prêtes à servir au cas d’agression. Le Capitaine Sernoth n’était pas fou, il avait déjà perdu pas mal de ses hommes dans l’attaque, et face à autant d’agresseurs près à se battre, c’était une pure folie.
Il fit signe à ses hommes de se diriger vers les barques, les valides soutenant les blessés. Il se planta face à la jeune fille qui n’avait même pas pris son épée dans en main. Une nouvelle insulte envers Senorth, il la regarda avec une haine pure.
- Tu as gagné, je me retire, mais je te jure que je te retrouverais et je te ferais payer.
- Des mots ne servent à rien, venant de vous cela ne m’atteindra jamais.
Zeïna resta bien droite, affichant un visage impassible.
- Un jour …
Sur cette ultime menace il alla vers la dernière barque chargée de ses hommes, il devait laisser là plusieurs des esquifs ne pouvant les ramener. L’homme resta debout dans l’embarcation, il ne quitta pas du regard Zeïna, comme pour graver son image dans sa tête. Les esclavagistes regagnèrent leur bateau, quelques instants après ils envoyèrent leurs voiles sur tous les mats. Ils étaient pressés de quitter cette île qui était pour eux un véritable échec, l’équipage avait tout perdu dans l’affaire.
- Capitaine Senorth, lança un des marins, nous prenons la direction de la planque.
- Evidemment idiot, s’emporta l’homme en faisant un geste de colère dans sa direction, qu’est ce que tu veux que nous fassions maintenant sans armement et avec aussi peu de vivre.
Senorth fixa la plage qui s’éloignait lentement, observant le navire marchand qui s’était mis au mouillage dans la crique.
- L’Aurore Boréale, je ne t’oublierais pas et je peux t’assurer que tu aurais du ne pas te mêler de mes affaires. Si je deviens ton ennemi, le Démon le deviendra aussi, plus aucunes mers ne seront en paix pour toi dorénavant.
Le capitaine esclavagiste regagna sa cabine en frappant durement le pont de bois de ses pas lourds.
Sur l’île, Les membres de l’équipage de l’Aurore gagnèrent le village de l’île pour aider ses habitants à se remettre de l’attaque. Zeïna avait gardé une équipe assez nombreuse sur le navire pour le garder au cas où les esclavagistes auraient voulu revenir pour en découdre à nouveau. Les anciens prisonniers étaient accueillis chaleureusement sur l’île, après les cales sordides et les chaînes rien ne pouvait leur faire plus de bien.
La capitaine remarqua que peu de villageois avait été tué, les esclavagistes voulaient avant tout prendre des gens vivants sans les blesser. Une marchandise en bon état était bien meilleure à revendre et moins coûteuse en soin. Par contre, de si de là, des cadavres de pirates jonchaient le sol, ils avaient payé cher cette attaque. Elle se chargea de la macabre besogne avec une équipe de ses marins. Ils transportèrent un à un les corps à l’écart du village, ils creusèrent ensuite une fosse commune pour enterrer les pirates.
Quelques maisons avaient également souffert des affrontements, les portes défoncées, les fenêtres fracassées. Une salle commune était transformée en un petit hôpital de campagne, villageois et esclaves recevaient des soins par le médecin du bord et par ceux présents sur place.
Zeïna entra dans le bâtiment en compagnie de Cryanne, elle voulait voir si Gouran Dé Hydalis avait besoin de quelque chose. Le médecin les accueillit, sa perruque toujours aussi mal posée sur sa tête.
- Capitaine, je suis content que vous soyez là, je voulais vous voir.
- Qui y a-t-il Monsieur Dé Hydalis.
- Parmi les esclaves, j’ai fait la connaissance d’un homme qui vient de très loin et qui voulait vous parler.
Intriguée, la jeune fille acquiesça, elle suivit le médecin vers un coin de la pièce. Là une dizaine d’anciens esclaves s’était regroupé, leur apparence surprit la capitaine. Ils possédaient une musculature puissante, leur peau dorée était parcourue de tatouages tribaux fait d’arabesques et de fresques hypnotiques. Ils avaient de longs cheveux noirs, et un simple pagne de lin habillait leur corps retenu par une cordelette.
L’un d’entre eux se leva an voyant l’arrivée de la jeune fille, malgré le temps passé au fond de la cale il n’avait rien perdu de sa fierté qui brillait dans ses yeux. Elle se sentait étrangement en sécurité avec cet homme étrange.
- Capitaine, je vous présente Mahalo, c’est le chef d’un groupe de pêcheurs venu d’îles à l’extrême sur de l’Archipel.
L’homme fit juste un signe de tête bref, puis il prit la parole.
- Je vous dois beaucoup Capitaine, je n’aurais jamais cru être redevable d’une jeune fille.
Zeïna attendit qu’il poursuive, la fierté de l’homme était déjà assez atteinte pour qu’elle le coupe dans son discours.
- Notre embarcation a été prise dans une énorme tempête, les vagues étaient si hautes que nous avons tous cru notre dernière heure arrivée. Pourtant après des jours de luttes, l’océan s’est clamé, mais nous étions complètement perdu. Notre esquif était dans un triste état, il prenait l’eau et le mat était cassé.
Les autres marins qui accompagnaient Mahalo opinèrent de la tête en écoutant le récit de leur chef.
- Alors que nous avons cru à nouveau que nos dieux nous abandonnaient à nouveau, un grand bateau est apparut à l’horizon. Evidemment, son équipage nous a vu rapidement et ils sont venus nous secourir pour nous éviter le naufrage. Malheureusement pour nous, c’était un navire d’esclavagiste qui était tombé là sur une merveilleuse aubaine. Ils revenaient juste de vider leur chargement, et ils s’en allaient pour une nouvelle campagne et nous étions les premiers prisonniers dans la cale.
Mahalo reprit sa respiration en serrant les poings, il pensait à ses semaines d’humiliation.
- Maintenant, nous sommes très loin de notre foyer, perdu dans cette partie de l’océan. Les habitants de cette île sont près à nous accueillir mais ce n’est pas notre foyer.
Zeïna commençait à comprendre où il voulait en venir, elle le laissa finir pour en avoir le cœur net.
- Je sais que vous aller bientôt repartir, nous voudrions nous joindre à vous.
- Vous êtes expérimenté, demanda la jeune fille même si elle n’en doutait pas.
- Nous sommes des Nareifens, un peuple nomade qui vit sur la mer en petit clan, l’océan est notre maison.
- Je me doutais bien que vous faisiez partis de ce peuple, répondit Cryanne, vos tatouages tribaux sont particulièrement remarquables.
La métis savait que s’était avant tout une fierté pour ces hommes que d’affichaient ces marques de leur courage et de leur force.
- Je suis toujours à la recherche de marins supplémentaires pour combler les manques de mon équipage, reprit Zeïna, mais vous devez savoir que je ne peux pas vous assurer que vous rentrerez chez vous très vite, Je suis en pleine campagne marchande.
- Je m’en doute, mais au moins avec vous nous resteront libres et nous pourrons encore naviguer sur l’océan.
La jeune fille tendit sa main fine en direction de l’homme aux muscles saillants. Mahalo prit la main de la capitaine avec une délicatesse presque incroyable pour une personne de sa stature. Les marins derrière Mahalo se levèrent pour serrer à leur tour cette main tendue vers eux. Tous étaient grands et bronzés, ils semblaient tous heureux de retrouver à nouveau le chemin de la mer en hommes libres.
L’équipage de l’Aurore Boérale renforcé, ils restèrent sur l’île encore une journée pour aider les habitants à reconstruire ce qui avait été détruit lors de l’attaque. Les marins profitèrent de cette escale pour prendre du bon temps, deux hommes tentèrent de disparaître dans la forêt alentours, d’anciens prisonniers de Calasta.
Lantis monta une équipe et ne mit pas longtemps à les retrouver, même si ils s’étaient préparés. Les deux hommes ne pouvaient passer entre les mailles du filet quand le flair du kadji se mettait en travers de leur route. Zeïna ne pouvait laisser passer ça, elle décida de leur infliger une punition pour l’exemple une fois en mer.
Le jour du départ arriva avec la marée du matin, le maire du village et la plus part des habitants étaient réunis sur la plage pour assister à leur départ. Les œillades de certaines des filles vers ces marins agacèrent la capitaine, elle allait avoir une petite mise au point à faire après leur départ de l’île.
- Merci encore pour tout Capitaine Dé Feryo, dit Noron Faers
- De rien, le principal est que tout soit terminé, c’est moi qui devrais vous remercier, vous nous avez donné quelques caisses de perles magnifiques.
- Un modeste présent pour nous avoir secouru.
La jeune fille grimpa dans la dernière chaloupe de l’Aurore Boréale, tout son équipage était déjà à bord, près pour le départ. Elle se retourna une dernière fois et salua l’ensemble des habitants réunis sur la plage.
- Au revoir, et portez vous bien.
- Que les vents vous soient favorable, ajouta le maire.
Les habitants de l’île poussèrent des exclamations pour accompagner la barque jusqu’au navire. Alors que l’Aurore Boréale quittait son mouillage, le vent venait leur apportait les au revoir plein de chaleur venant de l’île.
========================================================
Océan continue, la route se poursuit ^^
Bonne lecture |