Bonjour ^^
Le chapitre 33 est là, "dite 33" XD
Sans plaisanter, nous retrouvons Onèan dans la forêt de Veraï qui doit affronter son destin. Il ne doit plus reculer, pour avancer il doit garder la tête haute et rien d'autre.
Lynaïs doit également affronter l'annonce de la disparition de son ami, mais elle ne renonce pas et elle compte bien le sauver même au coeur du danger.
Bonne lecture ^^
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CHAPITRE 33
Faire face à son destin
Onèan et Anya avaient tous les deux la mine basse, ils marchaient entourés par les trois guerriers qui les avaient sauvé. Leur lance était prête à servir en cas où leurs prisonniers auraient tenté de fuir. Les enfants koradji avaient été secourus juste après la mort de l’ours hibou, la présence du monstre était rare aussi prés du village. Ils avaient couru devant pour rejoindre le village, la peur encore vissé au ventre.
L’écuyer marchait lentement, il était soutenu par la jeune fille qui l’entourait de son bras. Même sans la surveillance de leur sauveteur, ils n’auraient pas cherché à s’enfuir au vu des blessures de son camarade.
Les jeunes gens n’avaient pas osé échanger une parole depuis l’arrivé des trois chasseurs. Onèan partageait ces pensées entre sa douleur à la jambe et les questions sur ce qui allait arriver maintenant. Il n’aurait jamais pensé que le sauvetage des enfants allait être aussi dangereux et qu’il allait finir aussi mal, autant pour lui que pour son amie.
Anya, quand à elle, serrait les dents pour garder à l’intérieur toute la rancœur qu’elle ressentait. Ils avaient tous les deux risqués leur vie pour sauver les enfants et ils étaient ramenés comme des criminels ayant bravés le pire des interdits. Pour une fois la jeune fille avait réussi à se taire, sa langue trop rapide lui avait coûté cher et elle devait être patiente quand elle serait face au chef des koradjis.
Le village était agité, les enfants étaient revenus dans leur famille et les parents les serraient contre eux. L’arrivée des trois guerriers et de leurs prisonniers fit sensation, plusieurs autres chasseurs étaient revenus également. Le shaman arriva à leur rencontre, il regarda la jambe de l’humain en faisant la moue.
- Je t’avais enfin guéri et tu trouves le moyen de te blesser à nouveau.
- Désolé, répondit seulement Onèan.
Oroky soupira mais il sourit tout de même, il se tourna vers Anya.
- Emmène-le à ma hutte, je vais arranger ça au mieux.
Une lance se dressa alors devant les deux jeunes gens pour les empêcher d’aller plus loin, elle était tenue avec fermeté et sans frémissement.
- Il n’ira nulle part pour le moment, ni Anya qui est avec lui, intervint Ban, ils ont quitté le village sans permission, ils doivent être conduits auprès du chef immédiatement.
Le shaman marqua un temps d’arrêt, son visage se renfrogna au fur et à mesure que le jeune chasseur parlait. Il n’appréciait pas du tout le ton que le koradji employait contre lui, et il n’allait pas le laisser faire sans réagir.
Oroky leva la tête vers le guerrier.
- Tu crois vraiment que je vais laisser ce jeune homme se vider de son sang devant moi sans réagir pour le soigner.
Le shaman se campa devant le guerrier, en le fixant sans une trace de haine dans les yeux, seulement sa volonté. Bien que plus petit, le vieil homme faisait preuve d’une force intérieure bien plus grande, il savait se faire respecter. Le chasseur tenta de soutenir le regard du shaman, mais il céda et recula d’un pas, il ne pouvait pas lutter face à la prestance d’Oroky.
Ban essaya de se remettre devant ses prisonniers, mais il n’arrivait plus à bouger, ses jambes ne semblaient plus le lui obéir. Le vieil homme esquissa un sourire au coin de la bouche, il venait de lui montrer qu’il était un adversaire bien jeune pour tenter de l’affronter.
- Bien, reprit Oroky sur un ton détaché, je vais soigner ce blessé chez moi pour avoir toutes mes médecines à porté, si vous voulez vous pouvez rester à l’extérieur pour être sûr que personne ne s’enfuit si cela vous chante.
Le chasseur serra les dents, ses deux compagnons qui n’avaient pas osé bouger jusqu’à présent se penchèrent vers lui. Ils le poussèrent à accepter la proposition du shaman, ils craignaient et respectaient le vieil homme pour son savoir et ses secrets.
- Très bien, nous vous suivons, finit par dire Ban à contre cœur.
Sans attendre de réponse, le vieil homme mena la petite procession jusqu’à chez lui. Les habitants du village les regardaient passer avec un mélange de curiosité et d’interrogation. La présence de l’humain au sein même de leur clan soulevait bien des questions parmi eux, et le voir ainsi emmené pouvait faire douter bien des gens.
Oroky fit entrer Anya et Onèan dans sa hutte, mais il arrêta tout de suite les chasseurs.
- Passe encore de vous voir à ma porte mais vous ne pénétrerez pas sous mon toit quand je soigne un blessé.
Ban ne répondit rien, il ne pouvait pas lutter contre le shaman qui était un membre important du clan. Une fois le vieil homme disparu, le chasseur se tourna vers un de ses compagnons qui étaient avec lui.
- Va prévenir le chef, dis lui où nous nous trouvons et ce qui s’est passé.
- Pourquoi veux-tu autant te précipiter ? Demanda le chasseur. Anya est ton amie, pourquoi autant lui en vouloir pour cette affaire.
- Je crois que ça ne regarde que moi, va chercher Korahyn.
Le koradji regarda son camarade, troublé par cette réaction agressive, il tourna les talons sans ajouter un mot et il parti en direction de la hutte du chef du clan des Chênes Noirs.
Dans la maison du shaman, Oroky était déjà au travail sur la jambe d’Onèan. Il travaillait vite avec des gestes précis, il voulait avant tout arrêter le sang au plus vite. Avec la dernière blessure, son patient avait perdu une très grosse quantité de sang, il ne devait pas perdre de temps. Anya l’aidait comme elle pouvait, assistant au mieux l’homme médecine.
- Tu as fait un bon bandage en urgence ma fille, tu devrais apprendre plus de chose avec moi tu es douée.
- J’ai fait avec ce que j’avais sous la main.
- Ne sois pas modeste, tu es faite pour ce métier.
- Pourquoi cela ?
La question de la jeune fille ne reçut aucune réponse de la part d’Oroky. Elle le regarda sans comprendre, pourquoi deviendrait-elle une shaman tout comme lui alors qu’elle désirait plus que tout devenir une chasseuse du clan.
L’écuyer serrait les dents, la douleur n’était pas très forte mais elle lui rappelait de mauvais souvenirs. Oroky passa un baume de sa décoction, elle arrêterait le saignement et permettrait de cicatriser plus rapidement. Il refit ensuite un nouveau bandage à l’aide d’une écorce souple qui permettait à la peau de respirer.
Une fois terminé, le shaman regarda les deux jeunes gens.
- Maintenant vous allez m’expliquer ce qui se passe, j’ai entendu des rumeurs mais je veux l’entendre de votre bouche.
Ils se mirent à parler en même temps en bafouillant.
- Stop ! Un seul à la fois, Onèan repose toi, Anya raconte moi tout.
La jeune fille expliqua toute l’histoire tandis que le jeune homme resta couché sans ajouter un mot, il ne voulait pas mettre le vieil homme en colère. A la fin de l’explication, Oroky se mit à réfléchir en tapotant son menton.
- Tu avais l’interdiction de quitter le village jeune homme, et le chef était catégorique sur ce point. J’ai déjà eu assez de mal à te faire sortir de ma hutte sans une escorte armée, mais sur ce coup là je vais devoir redoubler d’ingéniosité pour te sortir de ce pétrin.
- Mais nous sommes allé sauver les enfants, intervint Anya en se redressant, est-ce un crime que de tenter de secourir des innocents !
- Je sais, ne t’emporte pas ainsi.
La jeune fille se rassit en baissant la tête, elle n’avait pas réussi à se contrôler cette fois. Le shaman sourit tout de même.
- Tu n’as pas à t’inquiéter, je suis d’accord avec toi, vous avez enfreint la règle mais vous aviez une bonne raison, je vais prendre votre défense auprès du chef.
- Merci, fit le jeune homme en affichant un petit sourire.
Oroky poussa un grognement de dépit.
- Je savais que ta venue aller perturber le village, mais je n’aurais pas cru que ma vie tranquille soit autant chamboulée.
Alors qu’il terminait sa phrase, une voix sévère s’éleva au dehors de la hutte.
- Oroky, laisse les sortir, ils ne resteront pas indéfiniment sous ta protection, ils doivent comparaître devant moi.
Le shaman reconnut Korahyn, et apparemment il était de méchante humeur. Les murmures d’une foule étaient audibles, les villageois s’étaient rassemblés derrière le chef pour voir ce qui allait se passer. Le vieil homme eut soudain une idée, le moment était peut être venu après tout. Il regarda les jeunes gens avec beaucoup plus de sérieux habituellement.
- Mieux vaut ne pas le faire attendre.
Le vieil homme se releva en s’appuyant sur le sol, tandis qu’Anya aida son ami à se redresser. Ils sortirent à l’air libre, le shaman en premier faisant reculer plusieurs guerriers, mais le chef resta fermement à sa place, sans broncher. Le puissant koradji fit un pas en avant et domina le trio, il fixa l’humain d’un air mauvais.
- Je vois que sans protection tu essayes de voir si tu peux t’échapper, j’ai été bien clément, et toi pas assez prudente !
Korahyn avait terminé sa phrase en regardant la jeune fille, elle ne put soutenir son regard plein de colère et baissa la tête. L’écuyer préféra attendre qu’Oroky prenne la parole pour le défendre, mais étrangement il resta de marbre.
Quand le jeune homme se tourna vers lui pour lui demander de commencer, il n’eut qu’un sourire pour toute réponse. Il comprit qu’il devait prendre la parole lui-même face au chef des koradjis. Onèan sentit la panique l’envahir, mais il ne devait pas baisser les bras, il jouait peut être sa vie avec quelques mots.
- Je n’ai jamais essayé de fuir, finit par dire l’écuyer, j’ai suivi Anya dans le seul but de lui prêter main forte.
- Les humains sont fourbes, je suis sûr que tu projetais de partir quand tu en aurais eu la possibilité.
Anya ne put se contenir plus longtemps, elle intervint d’une voix pleine de colère, guidée par son cœur.
- Non se n’est pas vrai ! Il n’a pas fui le combat, il a affronté l’ours pour sauver les enfants pris au piège.
Elle fit un pas en avant en même temps qu’elle parla, oubliant Onèan qui faillit tomber. Elle se remit en position pour éviter de le faire trébucher, en murmurant un pardon gêné. Le jeune homme était particulièrement étonné de voir avec quelle force de conviction elle avait prononcé ces quelques mots.
- Tu es bien jeune Anya, tu ne connais pas assez les humains, pense à tes parents qui ne sont plus à cause d’eux ! Répondit Korahyn sur un ton hargneux.
La remarque toucha la jeune fille en plein cœur, elle se mit à trembler en essayant de contrôler son corps. Des larmes pointaient au coin de ses yeux à ses souvenirs douloureux qu’elle tentait d’oublier. L’écuyer n’avait jamais entendu son amie parler de ses parents, et il avait peur de comprendre pourquoi il ne les avait pas vus.
- Korahyn, tu vas trop loin, fit remarquer Oroky avec une voix calme et posée, tu n’es pas obligé de parler avec autant de malveillance contre une jeune fille qui a déjà assez souffert. La colère te domine pour une raison que je comprends très bien, mais tu ne dois pas en abuser d’une telle manière.
Le chef du village fusilla du regard le shaman, mais celui-ci resta impassible, faisant douter le koradji. Il reprit la parole, tentant de contrôler le bouillonnement de son sang dans ses tempes.
- Les humains sont une plaie pour nous ! Ce n’est pas à toi que je vais l’apprendre Oroky, combien des nôtres ont-ils du se battre contre des humains ? Les morts se comptent par dizaine, et même par centaine avec la disparition de clans entiers !
Des murmures parcoururent les spectateurs, des images anciennes planant encore dans les esprits de quelques koradjis témoin de ses atrocités.
- S’il n’y avait que les hommes sauvages et les orcs pour nous attaquer au sein même de notre territoire, mais il faut en plus que les humains du conglomérat se permettent de venir jusque dans nos villages nous tuer.
Il désigna d’un doigt accusateur Onèan.
- Lui aussi fait partie de ce monde, pour le moment il parait bien inoffensif, mais bientôt comme les autres membres du Conglomérat, il voudra notre mort à tous !
Le jeune homme prit de plein fouet les mots comme un coup de poing, il resta pourtant droit, le visage fermé. Il sentait contre lui Anya qui tremblait encore, il sentait la haine du chef et la colère de plusieurs autres koradjis assemblés là.
Mais Onèan en avait assez d’être ainsi jugé, s’il devait lutter pour vivre, alors il lutterait jusqu’au bout. Il prit une profonde inspiration et il se lança dans une réponse dictée par le fond de son âme.
- Vous nous mettez tous dans le même sac, mais ne vous êtes vous pas demandé si parmi les humains il n’y avait pas des personnes différentes !
La voix de l’écuyer était sûre, il ne bafouillait pas et il fixait le chef qui dévoilait ses dents en proie à la colère.
- Ceux qui viennent ici ne pense qu’à te transpercer avec une épée, tu ne sais absolument rien de notre monde, de notre vie.
- Je reconnais que nous ne connaissons pas votre peuple, et pour la plupart des habitants du Conglomérat vous êtes considérés comme des monstres sanguinaires.
Les guerriers présents se saisirent de leurs armes, Onèan devait faire vite pour éviter un accident.
- Mais avant tout c’est notre ignorance qui nous pousse à agir ainsi, les dirigeants du Conglomérat et l’Inquisition nous masquent la vérité pour mieux nous dominer. J’ai découvert le secret de ces manipulations seulement depuis quelques temps, j’ai vu les mensonges et tous ces morts innocents.
Il fit une pause pour observer le chef et son auditoire, les koradjis s’étaient tus pour écouter ses paroles.
- Je ne suis que peu de chose dans ce monde, mes moyens sont limiter, voir presque inexistants. Pourtant je souhaite faire éclater la vérité pour enfin briser ce carcan de noirceur. Et pour y parvenir je ne compte pas me servir de mon épée, mais de la force de mes mots !
La tirade souleva des murmures dans l’assemblée, d’autres koradjis les entouraient venant toujours plus nombreux attirés par l’attroupement. Le chef n’osait pas intervenir, il semblait presque abasourdi par le jeune homme, ses guerriers avaient baissé leurs armes, intrigués. Oroky souriait, il sentait le vent tourner peu à peu, un souffle qu’il avait toujours espérer.
Onèan s’était redressé malgré sa blessure, il était pris dans son discours et il ne comptait pas s’arrêter. Il reprit la parole en gardant la même force dans sa voix.
- Anya m’a dévoilé jour après jour votre culture, votre vie, j’ai compris alors que nous avions tout faux. Nous avons été manipulés pour faire des actions terribles et ignobles, je ne peux pas modifier le passé, je ne peux pas le faire disparaitre de vos mémoires non plus. Mais je ferais tout pour que le futur qui se trouve devant nous soit différent.
Il reprit sa respiration et enchaîna.
- J’ai quitté le village, allant contre vos ordres pour suivre Anya et l’aider, je ne voulais pas fuir je voulais sauver ces enfants au péril de ma propre vie s’il fallait. Le Conglomérat a une dette envers vous, envers votre peuple, et j’ai voulu commencer à l’honorer par mes actes pour faire tomber ce mur d’ombre qui règne depuis trop longtemps sur nos vies à tous.
L’écuyer inspira profondément, il avait retenu sa respiration tout le long de sa tirade. Il avait donné toute sa force dans chacun des mots pour que sa conviction pénètre dans le cœur de toutes les personnes présentes.
- Il a attaqué l’ours sans armes, intervint Tréarn en se détachant des bras de sa mère, il a tout fait pour l’attirer à lui pour que nous sauver.
- Oui c’est vrai, enchaîna un autre en s’avançant.
Tout un concert de petite voix se fit entendre, faisant naître une grande bouffée de chaleur dans le cœur de l’écuyer. Anya avait relevé la tête, elle avait écouté les paroles de son ami retrouvant son calme. La jeune fille n’en revenait pas d’entendre ces mots de la bouche d’un humain, elle était aussi abasourdie que nombre de koradjis devant elle.
- Silence ! Hurla Korahyn pour que le brouhaha s’arrête.
Les enfants reculèrent dans la foule sous le coup de la peur. Le chef du village serrait les dents, bien que son autorité n’était pas remise en doute par le blessé, il lui tenait tête ce qui n’était pas à son goût. Mais il devait admettre que ce maudit humain avait une force de conviction hors du commun.
- Tu veux rembourser une dette, toi qui es encore qu’un gamin, qui crois-tu être ?
Onèan se redressa un peu plus en fixant Korahyn dans les yeux, et il répondit d’une voix ferme et forte.
- Je m’appelle Onèan Terrenoir écuyer de l’ordre de la lumière, fils de Rodéric Terrenoir Chevalier Protecteur du Conglomérat, ennemi de l’Inquisition et défenseur de la vérité !
Les membres du clan des Chênes noirs rassemblés restèrent muets de stupéfaction, ils avaient été frappés comme par un souffle de vent puissant en pleine face. Le chef lui-même était pantelant, figé avec les yeux écarquillés, toute sa force semblait avoir disparu.
Un seul koradji ne semblait pas étonné, Oroky arborait un grand sourire. Le shaman était persuadé que le jeune homme allait permettre de grands changements pour son peuple, et ils venaient de débuter maintenant.
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Une nouvelle détermination dans le cœur, Lynaïs pénétra dans l’auberge de Winrya. Elle savait que son amie Bron devait y être, ils s’étaient donné rendez vous ici pour parler ensemble. L’ambiance dans l’établissement était lourde, apparemment la nouvelle de la disparition d’Onèan était arrivée jusqu’ici. Elle chercha du regard son ami et elle le trouvé à une table, une bière à la main le visage rempli de tristesse. La jeune fille avait oublié que le forgeron était aussi un ami d’Onèan.
Lynaïs fit signe aux deux elfes de la suivre, et ils rejoignirent Bron. Il s’essuya rapidement les yeux pour ne pas montrer les larmes qu’il avait versées pour son ami disparu, mais son visage parlait pour lui.
- Comment vas-tu ? Demanda la jeune fille d’une voix douce en s’asseyant près de lui.
- Un peu comme toi j’imagine.
Le jeune homme poussa un soupir.
- Je n’arrive pas à le croire, jamais nous ne le reverrons.
La tristesse de Bron l’avait anéanti, ce grand gaillard aux muscles puissants semblait soudainement bien petit face à son chagrin. Lynaïs sentit une boule se former dans sa gorge, elle se revoyait aussi désespérée il y a quelques temps avant. Elle décida de mettre au courant son ami tout de suite sur son projet, elle voulait lui faire partager cette petite étincelle qui avait ranimé la joie dans son cœur.
- Pour moi, il y a encore un espoir, murmura t’elle doucement.
- Quoi ! S’exclama Bron.
Il avait levé la tête brusquement en fixant son amie.
- Oui, je suis sûr qu’il est vivant, et je compte bien aller le chercher dans la forêt de Veraï.
La première réaction du forgeron fut l’in crédulité, il ouvrait la bouche pour tenter d’assimiler les paroles de l’archère. Enfin après quelques instants, le jeune homme reprit la parole sur un ton brusque.
- Mais tu es folle, c’est surement la tristesse qui t’égare.
- Non, je suis sûr de moi, demain je pars pour Paragahi avec mes compagnons et après je remonterais la piste dans la forêt pour le retrouver.
- Mais il est mort ! Comment pourrais-tu le trouver si même l’expédition n’a pas réussi.
La jeune fille fixa son ami dans les yeux.
- Je le sens il n’est pas mort, Onèan a besoin de nous pour le sauver et j’irais le chercher même au cœur de la forêt de Veraï s’il le faut. Ne le sens tu pas en toi ? Ne sens tu pas au fond de toi ce doute qui m’assaille à chaque instant que je pense à notre ami ?
Bron écarquilla les yeux, il se tourna alors vers les deux elfes qui accompagnaient sa camarade.
- Et vous deux, pourquoi gardez vous le silence, il faut l’en dissuader.
- Je ne pense pas que cela servira à quelque chose, répondit Karez, elle est plus têtue que nous tous réuni.
Elifain acquiesça en affichant un visage penaud. Le forgeron n’en revenait pas, elle allait vraiment dans la forêt pour le chercher. Il n’était pas un aventurier dans l’âme comme le reste des ses amis d’enfance, il sentait la peur qui s’insinuait en lui à chaque fois qu’il s’imaginait quittant le village de Winrya.
Mais pour lui, une telle expédition était totalement insensée, comment pouvait elle espérer retrouver une personne disparue dans la forêt de Veraï ? Il était complètement dépassé, ses épaules s’affaissèrent, vaincu et résigné.
- J’ai déjà perdu un ami et j’ai bien peur d’en perdre une autre aussi. Je sais que tu dois être anéantie par la mort d’Onèan, mais je n’aurais pas cru que ta raison en soit autant perturbée.
Le jeune homme se leva sans rien ajouter, n’osant pas regarder son amie.
- Attend, Brom ne part pas s’il te plait, tenta Lynaïs.
Mais il ne cilla pas à son dernier appel, il quitta l’auberge sans rien ajouter d’autres. La jeune fille baissa la tête, elle aurait tant voulu avoir des encouragements de sa part, mais elle devait se rendre à l’évidence qu’elle n’en aurait jamais.
Bron marchait à grandes enjambées vers la forge familiale, il était encore sous le coup de l’annonce de son amie. Il ressentait déjà une si grande tristesse après avoir appris la disparition d’Onèan, mais voilà que Lynaïs perdait la tête et elle allait courir après la mort dans une quête désespérée et illusoire.
Le jeune homme pénétra dans la forge sans prendre le temps de faire un signe à son père qui était encore là à travailler. Harn Hogat comprit que la mort de son ami était un choc pour son fils, il l’appela avant qu’il ne soit plus à porté de voix.
- Bron tu peux venir ici !
Le jeune homme revint sur ses pas, son père lui indiqua une pièce près de l’enclume.
- J’aurais besoin que tu me donnes un coup de main pour ce soc de charrue, je dois ferrer un cheval et le client doit bientôt arriver pour récupérer son outil. Tu veux bien le faire pour moi, je sais que tu t’en sortiras seul sans soucis.
Bron n’avait pas envi de s’enfermer dans sa chambre pour ruminer, il trouva que l’idée de frapper un peu avec son marteau lui ferait du bien.
- Je vais te le faire tout de suite.
Il remit son tablier de cuir épais en l’ajustant parfaitement bien, les étincelles qui volaient à chaque coup étaient particulièrement brulantes. Ses gestes étaient automatiques, il oubliait un peu ce qui venait de se passer par le travail.
Son marteau s’abattait sans fin sur le soc de charrue rougeoyant, il pliait par la force le métal pour le façonner, pour le dompter. Ses muscles se gonflèrent sous l’effort répété, il laissait peu à peu ses mauvaises pensées partir pour quelques instants.
Harn Hogat ne s’était pas trompé sur l’état de son fils, il termina son ouvrage pour le regarder travailler. Malgré la tristesse, le jeune forgeron faisait du bon travail, son père allait pouvoir commencer à lui apprendre à faire autre chose que des outils agricoles. L’homme attendit qu’il en termine avec la pièce, dans un nuage de vapeur, le soc fut achevé aussi solide qu’avant.
Le forgeron prit la pièce que venait de finir son fils, il l’observa un moment avec un hochement de tête satisfait. Le père de Brom était de la même taille que son fils, mais avec une carrure encore plus impressionnante. Dans le village, pas un homme égalait sa force et sa poigne, certain disait qu’il pouvait même soulever un cheval à lui tout seul.
- Tu as fait du bon travail.
- Merci papa.
Harn Hogat vit de nouveau la lassitude et la tristesse envahir les yeux et le visage de son fils.
- Maintenant dis moi un peu comment tu vas, j’ai appris pour Onèan, c’est triste pour sa mère de perdre son enfant après la tragédie qui a déjà frappé son mari.
Bron leva les yeux vers son père, il vit ce visage si familier s’adoucir comme peu pouvait le voir. Alors il parla avec lui de ce qu’il ressentait réellement, laissant son cœur s’ouvrir enfin à la douleur qu’il conservait en lui. Après ses amis il était la personne la plus proche de lui, les longues heures de travail ensemble avait forgé leur relation.
Le jeune homme avait besoin de dire ce qu’il ressentait, sur le choc de la mort de son ami, mais aussi sur la révélation de Lynaïs. Son père l’écouta attentivement sans l’interrompre, une fois terminé il hocha la tête, il comprenait un peu mieux l’état de son fils maintenant.
- Néante ne va pas être heureux de voir sa fille disparaître à nouveau aussi rapidement.
Harn Hogat parlait du père de Lynaïs, très attaché à elle.
- Mais elle court à sa perte !
- C’est son espoir qui l’a fait avancer, elle croit en Onèan, et toi crois tu en lui ?
La question surprit le jeune homme, il resta quelques instants sans parler la bouche mi ouverte.
- Je … Il sait manier une épée aussi bien que n’importe quel soldat de la milice du village. Il se mettait tout le temps dans les ennuis et pourtant il arrivait toujours à s’en sortir.
L’homme sourit sans répondre.
- Mais où veux-tu en venir ? Demanda Brom.
- Je sais que tu tiens énormément à Lynaïs et Onèan, et même au quatrième membre de votre petit groupe, Ekart. Vas-tu rester seul ici sans essayer de trouver ton ami ? Tu ne peux pas éviter le monde qui t’entoure si celui-ci t’appelle d’une voix puissante.
Brom comprit alors les propos de son père, il essayait de lui démontrer que l’espoir qui existait dans le cœur de Lynaïs était présent également au fond de sa poitrine. Le départ de tous ses amis pour la grande Académie de Manilaus avait été un choc pour le jeune forgeron. Les journées avaient été bien longues même si le travail lui permettait d’oublier.
Pourtant, aujourd’hui, alors qu’il pourrait briser ce sentiment de solitude, allait il encore reculer et se laisser sombrer dans l’abime. Des sentiments contradictoires agitaient l’esprit du jeune homme, il ne savait plus quel choix il devait faire.
Harn Hogat quitta quelques instants son fils et il alla dans un coin sombre de la forge. L’homme revint vers lui en tenant une barre en fer pourvu d’une garde faite d’une simple lanière de cuir serrée.
- Le destin frappe à ta porte sans que tu ne le saches mon garçon, un jour il est venu à moi également et je suis parti courir l’aventure en quittant la forge de mon père. C’est à toi maintenant de reprendre le flambeau, prend cette arme, c’est moi qui l’ai fabriqué elle n’est pas belle mais très efficace.
Le jeune homme saisit la barre de fer sans vraiment s’en rendre compte, il n’en revenait toujours pas.
- Tu étais un aventurier dans ta jeunesse ?
- Oui, en quelques sortes, j’ai voulu découvrir ce qui se trouvait au-delà de ce petit village du Trynchao.
- Mais tu ne m’en avais jamais parlé ?
Le forgeron afficha un petit sourire.
- Ta mère n’avait défendu de t’en parler avant que tu ne sois marié et fixé dans le village.
- Justement, et pour maman, qu’est ce que je vais lui dire.
- T’inquiète pas, c’est mon affaire, va faire ton sac prend seulement le minimum je vais te donner des provisions.
Bron n’aurait jamais cru en arrivait là, mais voilà il tenait une arme dans ses mains et il avait la bénédiction de son père. Il ne savait pas quoi dire, ni quoi répondre.
- Fais attention à toi et surtout reviens en entier, sinon ta mère va me tuer.
Le forgeron sourit à son fils, ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre. La séparation serait difficile mais le père savait très bien que les jeunes gens devaient goutter à l’aventure pour avancer dans la vie. Et quoi de mieux qu’une mission de sauvetage dans les bois de Veraï pour en apprendre plus sur soit.
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