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Jeudi 31 mai 2012, 17:28


Voici une histoire écrite par Trimor et dont le titre est Chevalier - chapitre 34 - Secrets bien gardés.

Bonjour les lecteurs ^^

Le voyage de l'expédition va reprendre, bien que les épreuves s'enchaînent rien n'arrête leur détermination à avancer toujours plus loin pour découvrir le secret de la magie.
Mais cette fois, ils vont se méfier et tenter même de contrattaquer pour se défaire de l'Inquisition.

Bonne lecture ^^


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CHAPITRE 34
Secrets bien gardés


Une nouvelle aube se levait sur les montagnes de la frontière Nord du Conglomérat, deux semaines étaient passées après l’incident avec le groupe de l’Inquisition. La routine des habitants du village de Barigne avait reprit le dessus sur la peur des représailles que pouvaient faire les hommes en noir. Les gens allaient et venaient vaquant à leurs occupations, les sourires étaient revenus sur les visages et des rires des enfants se répercutaient dans les rues.
Le séjour des membres de l’expédition venu de la forteresse du Corbeau s’était très bien déroulé. Gero Proxin leur avait laissé le temps de se reposer, avec la possibilité de rencontrer les habitants du village. Grâce à leurs nombreuses discussions ils purent en apprendre plus sur tout ce qu’il fallait savoir pour se déplacer en montagne. Des informations qui pourraient assurément leur sauver la vie en cas de danger.
La petite troupe était réunie devant la résidence du chef du village, le groupe de la forteresse repartait dans son voyage. Ils avaient pris une longue pause pour soigner leurs blessures, surtout pour celles de Patinil. La jeune fille n’avait pas pu quitter son lit pendant la première semaine, mais grâce au soin du mage Nertas et à l’attention de ses amis, elle avait pu retrouver suffisamment de force assez rapidement pour reprendre leur voyage.
Patinil était montée sur un poney des montagnes, un animal typique de cette région froide avec de longs poils qui traînaient presque sur le sol. Il pouvait en plus transportait son propre poids sur le dos sans se fatiguer, un compagnon parfait pour les voyages dans les cimes. La monture était prêtée par le village pour lui permettre de continuer à marcher.
La diplomate avait tenté de refuser avec politesse le cadeau se sentant capable de parcourir la montagne par elle-même. Le chef lui répondit qu’une fois en la jeune fille en parfaite santé ils pourraient toujours l’utiliser pour transporter leurs paquetages.
Maintenant l’heure du départ avait sonné, les diplomates et l’écuyère saluèrent une dernière fois Gero Proxin et toutes les personnes présentes. Les villageois ne voulaient pas les manquer pour saluer leurs invités une dernière fois.
- Merci pour tout, fit Ekart en s’inclinant légèrement, vous nous avez été d’un grand secours.
- Les gens de confiance sont rares, c’est toujours un plaisir d’en rencontrer.
Gero Proxin lui redonna la carte que le jeune homme lui avait confiée à sa demande. Le document était maintenant enrichi de lignes manuscrites tout au long du parcours.
- J’ai noté dessus les villages que vous devriez éviter.
- Pourquoi cela ? Demanda Mel intriguée.
- La vie est dure dans les montagnes, et il y a de nombreuses façons de survivre, certains deviennent des bandits, d’autres collaborent étroitement avec l’Inquisition.
Ils comprirent les recommandations du chef de village.
- Mais j’ai aussi précisé ceux qui sont nos alliés, des communautés qui tout comme Barigne souhaitent lutter contre l’Inquisition.
L’homme désigna plusieurs points sur la carte.
- Normalement, vous y serez toujours bien accueilli, si évidemment vous savez comment leur parler. Vous pouvez utiliser mon nom, je suis une personne connue dans les montagnes, c’est le meilleur des laissé-passés.
- J’espère ne pas avoir à l’utiliser trop souvent, répondit Ekart, nous devons pouvoir éviter de divulguer le nom de ceux qui nous soutiennent.
- Une sage décision, mais pour les villages que j’ai indiqué, il n’y aura aucun souci, leurs habitants n’hésitent pas à accueillir les mages à la recherche d’une cachette.
- En parlant de mages, demanda Patinil, je ne vois pas Nertas, il est déjà parti ?
Gero Proxin sourit.
- C’est tout à fait son genre, il n’aime pas les grands discours et les remerciements. Et je pense qu’il ne voulait pas que vous cherchiez à la suivre.
Ekart ne cacha pas son sourire à son tour.
- C’est exactement ce que j’avais en tête pourtant, il est vraiment très intelligent, j’ai hâte de le rencontrer de nouveau.
- Je pense que se sera lui qui nous trouvera et non l’inverse, fit remarquer le chef du village avec malice.
- Qui sait ? Lança le jeune diplomate. Nous pouvons aussi faire preuve de plus de surprise qu’il ne le pense.
Gero Proxin n’aurait pas imaginé autre chose, ces jeunes gens étaient des phénomènes, et ils seraient bien capables de débusquer le vieux bougre dans sa cachette perdue dans les cimes du massif.
- Allons, reprit le chef du village de Barigne, mettez vous en route alors qu’il est encore assez tôt, la nuit tombe vite dans les montagnes et le temps change tout aussi rapidement.

Le groupe salua avec beaucoup de chaleur et de reconnaissances les gens du village. Ceux qui avaient été si mal accueillis repartaient maintenant comme des amis de longues dates. Deux hommes aidèrent Patinil à monter sur le poney, bien qu’elle était en bonne voix de guérison, elle souffrait encore de ces nombreuses blessures.
Pourtant, la jeune fille ne montra pas sa douleur, gardant un visage impassible. La force de son caractère s’en été décuplé, elle ne voulait pas dévoiler la peur et la souffrance qu’elle ressentait réellement. Pour camoufler ses bandages, la diplomate portait de longs gants qui couvraient ses bras jusqu’au dessus de ses coudes. Elle avait rabaissé la capuche de sa grande cape pour cacher son visage, mettant en plus foulard pour ne pas dévoiler ses cicatrices.
Le petit groupe, escorté par les villageois prirent la direction de la haute montagne, par la deuxième entrée du village. Les montagnards les saluèrent avec affection, agitant leurs bras le plus haut possible en leur souhaitant bon voyage.
L’expédition diplomatique reprenait son cours, le village de Barigne disparut au détour d’un virage pour ne laisser apparaitre que les rochers des montagnes. Une fois éloigné de leur précédente étape, Mel s’approcha d’Ekart qui marchait à la hauteur de la monture de sa camarade.
- Dans quelle direction allons-nous maintenant ? Demanda l’écuyère.
- Il est vrai que je ne vous en ai pas encore parlé, répondit le diplomate.
Ils s’arrêtèrent au milieu du chemin, les soldats se regroupant autour des jeunes gens pour connaitre leur prochaine destination. Mel ouvrit la carte devant le jeune homme pour qu’ils leur montrent à tous la prochaine étape. Ekart désigna alors un endroit sur le document non loin de la position où il se trouvait.
- Nous allons jusqu’à ce village pour commencer, Hautegarde.
L’écuyère écarquilla les yeux, les soldats firent de même en découvrant le nom du lieu de leur prochaine étape. Seul Patinil sur sa monture ne semblait pas étonnée par le choix prit par son camarade.
- Mais c’est un des villages désignés par Gero Proxin comme étant à la solde de l’Inquisition, s’écria Mel.
- En effet.
- Nous allons prendre bien trop de risque après ce qui est arrivé, lança Caner Tyuro, ce n’est vraiment pas raisonnable je trouve.
Patinil lui répondit.
- Nous avons une mission à mener à son terme, et éviter les villages tenus par l’Inquisition serait trop voyant.
- Et oui, renchérit Ekart, nous allons justement faire en sorte que les espions de l’organisation à la serre d’aigle nous prennent pour ce que nous sommes, de simples diplomates en mission.
Mel finit par hoche la tête.
- L’idée n’est pas si mauvaise, mais il faudra vraiment jouer de prudence sur ce que nous dirons et ferons là bas.
- Mais il n’y a pas à s’inquiéter, lança le diplomate avec assurance, nous allons jouer notre meilleur rôle, celui de diplomates, il n’y aura aucun soucis.
- Et pour les blessures de Mademoiselle Ojir ? Demanda Caner Tyuro. Comment éviter qu’ils s’y intéressent ?
- Chaque chose en son temps, répondit Ekart, nous avons trois jours de voyage pour trouver une solution, et je suis persuadé qu’elle viendra rapidement à mon esprit.
Le vent emporta son rire, le jeune homme s’était préparé pour la suite du parcours et l’Inquisition aller en avoir pour son argent.


Le village de Hautegarde se trouvait sur promontoire qui dominait la route principale qui traversait la montagne. La bourgade était forte de plusieurs centaines d’habitants, nichés sur deux étroits promontoires. L’entrée du village était défendue par un petit mur de maçonnerie ne laissant le passage que pour un chariot.
La bourgade devait son nom à un petit château perché sur le plus haut plateau qui dominait une bonne partie de la vallée. Il n’était pas très grand ni particulièrement impressionnant, mais il suffisait amplement à la protection des habitants de la petite ville.
Hautegarde possédait des mines de fer et de cuivre qui lui permettaient de gagner assez d’argent pour acheter de la nourriture et tout ce dont ils avaient besoin. Un noble venu des plaines avait acheté le château et les puits d’excavation, il était devenu ainsi l’homme le plus puissant de la zone.
Les montagnards n’avaient pas accueilli à bras ouvert ce nouveau venu, ils étaient comme tous les habitants de la région très farouche. Mais la présence de ses hommes de main en grand nombre les avait poussés au silence. L’homme était tout de même habile, laissant une part non négligeable des bénéfices retomber sur tout le village.
L’expédition diplomatique se présenta au soir du troisième jour devant l’entrée de Hautegarde. Les hommes de garde les observèrent avec suspicion, Ekart comprit tout de suite que les soldats n’étaient pas originaires de ses montagnes.
- Bonjour messieurs, nous sommes des voyageurs en provenance de la capitale pour rencontrer le maître de ces lieux, lança le jeune homme sur le ton le plus diplomatique possible.
- Vous êtes bien loin de votre confortable bureau, railla l’un des soldats.
- La diplomatie demande beaucoup de voyage, y compris dans des zones parfois très reculées.
- Et qu’est ce qui me prouve que vous êtes bien un envoyé de la capitale ? Demanda l’homme dédaigneux.
Ekart dévoila le document exposant son ordre de mission avec le sceau de la Congrégation des diplomates.
- Ceci répond il à votre question ?
Le garde observa quelques instants le parchemin, il finit par se rendre à l’évidence que le groupe venait bien de Manilaus.
- Très bien, je vais vous emmener jusqu’au château du Seigneur Nalden, suivez moi.

L’homme se retourna et marcha en direction du village, la délégation le suivant de prés pour ne pas le perdre de vue. Leur guide ne chercha pas à savoir si les voyageurs le suivaient, il était déjà furieux de devoir les mener au château.
En traversant la bourgade, les arrivants purent observer le village, les mines étaient la principale ressource de revenu, tout tourné autour d’elles. Des quartiers de petites maisons serrées servaient d’abri aux mineurs et leur famille. Des entrepôts et des magasins en tout genre occupaient une grande partie de la ville basse, là où se trouvait l’entrée des mines.
Ils arrivèrent au château de Hautegarde, demeure du seigneur de la région et propriétaires des puits de minerais. Une fois dans la cour, une personne vint prendre en charge le poney et ils furent conduits dans la grande salle de réception. La pièce était grande, pourvu de larges fenêtres s’ouvrant sur un paysage ouvert. Un feu était allumé dans la cheminée où un homme aurait pu se tenir debout sans peine.
Une porte latérale s’ouvrit pour laisser entrer le seigneur des lieux. Ropur Nalden était un homme de petite taille avec un embonpoint signe de son attachement pour la bonne chair et le bon vin. Il était habillé richement, avec des vêtements colorés aux ourlés bordés de fourrure. Il portait de nombreux bijoux, chevalière en or, bagues surmontées de pierre précieuse, collier en or pur.
Deux soldats entrèrent à son tour dans la pièce, fortement armé, ils étaient là pour s’assurer que le noble ne risquait rien en leur présence. Un troisième homme entra à sa suite, vêtu d’une cape noir et de vêtements neutre, il était presque invisible tant il semblait normal.
Les jeunes gens et les soldats de la forteresse n’eurent aucun mal à comprendre que ce nouveau personnage était bien plus puissant que son habit voulait bien le faire croire. Le noble se présenta alors devant les voyageurs et prit la parole sur un ton enjoué.
- Je vous souhaite la bienvenue dans mon humble logis, Baron Ropur Nalden Seigneur de Hautegarde.
- Merci pour votre accueil, Ekart Caras, diplomate, et ma consœur Patinil Ojir.
Le noble affichait un grand sourire.
- Je suis heureux d’avoir des invités venant de la capitale, une route bien difficile pour parvenir jusqu’ici.
- Nous sommes accompagnés d’une escorte venue de la forteresse du Corbeau, l’écuyère Davard et ses hommes sont nos anges gardiens, répondit le jeune homme.
La jeune fille et les soldats saluèrent le noble qui leur renvoya un petit signe de la tête.
- Vous avez bien fait, les montagnes sont pleines de bandits et de renégats. Que puis-je pour vous ?
- Nous sommes en mission diplomatique pour effectuer un contrôle des villages existants ainsi que pour préparer les échanges commerciaux futurs, enchaîna Ekart.
- Oh, mais bien sûr, avec joie, je possède des mines d’où sont extraits des minerais d’une grande qualité.
L’homme à la cape noir fixa soudainement Patinil, il prit alors la parole, sa voix était suave et particulièrement irritante.
- Pardonnez-moi de vous interrompre, mais je vois que votre amie porte des bandages sur le visage, avez-vous eu un problème sur la route.
En levant la main, il montra de manière forcé la chevalière qu’il portait à la main droite, la serre d’aigle était bien visible. Mel sentit son cœur s’accélérer, elle et ses hommes pourraient maitriser guerriers présents, mais pas toute une garnison.
Sans se départir de son calme, Patinil répondit à la place de son ami comme ils s’étaient entendus pendant le voyage entre Barigne et Hautegarde.
- Veuillez m’excuser pour ma mise, mais j’ai fait une allergie particulièrement forte et ma peau s’est couverte de plaques. Je dois la garder couverte pour les soins pendant plusieurs semaines.
- Ma pauvre enfant, répondit Ropur Nalden avec une voix sincère, allons Gilderoy, ne soyez pas si incisifs.
Il se tourna vers les diplomates.
- Pardonnez mon intendant Nelio Gilderoy, il est parfois un peu bourru, il voit des complots partout.
- Se n’est rien, fit Ekart, en ses temps troublés, des hommes aussi dévoués que vous Monsieur Gilderoy sont rares.
L’intendant se redressa surprit par le compliment.
- Je … Je vous en remercie.
- Allons, reprit le noble, maintenant que tout mal entendu est dissipé, nous pouvons entrer dans le vif du sujet. Vous me parlez donc de marchés commerciaux ?
- En effet, répondit le jeune homme, nous pourrions en discuter dans votre bureau.
- Oui, immédiatement, vous êtes bien évidemment mes hôtes pour cette nuit, Gilderoy ?
L’homme se présenta devant son maître.
- Mon Seigneur ?
- Préparez des chambres pour nos hôtes venus de Manilaus ainsi que l’écuyère Davard et ses hommes.
- Se sera fait.
Tandis que les deux diplomates s’éloignaient avec le baron en échangeant des banalités comme de vieux amis, Mel sentit son calme revenir. Elle avait cru être perdue quand l’intendant avait posé la question à Patinil, il était visiblement un espion de l’Inquisition et il ne s’en cachait pas.
Pourtant avec une habileté et un grand sang froid, les deux diplomates avaient fait chuter leur adversaire en lui assénant des coups directs. L’écuyère était vraiment impressionnée par la maitrise et le tact de ses amis.
La jeune fille espérait que toutes les prochaines étapes de leur voyage puissent se dérouler aussi bien que celle d’Hautegarde. Mais elle restait sur ses gardes et elle ne relâcherait sa surveillance qu’une fois qu’ils seraient sortis du village.


Les espoirs de la jeune fille furent entendus, la délégation en provenance de Manilaus fit escale dans plusieurs villages. A chaque fois, Ekart et Patinil firent preuve d’une ingéniosité et d’un charisme impressionnant. Les bandages de la diplomate étaient à chaque fois remarquées, mais les explications étaient dites avec tant d’aplomb que personne ne les releva. Ils trouvèrent même une bourgade où un maire leur proposa des soins.
Le voyage se poursuivit ainsi durant une semaine, leur troupe passa par deux nouveaux villages notés sur la carte confiée par Gero Proxin. Les deux bourgades étaient décrites comme des endroits collaborant étroitement avec l’Inquisition. Les diplomates furent le centre d’attention de tous les villageois durant leur passage.
Ekart prit soin à chacune de ses arrivées de repérer qui étaient les personnes affiliées avec l’Inquisition. Il était aisé de les voir au milieu de la population, les hommes avaient de l’influence et des richesses. Le diplomate faisait en sorte de toujours les traiter avec beaucoup de déférence, les espions étaient encore plus bouffis d’orgueil. Certains allaient même jusqu’à faire des confidences sur les prochains villages qu’ils allaient rencontrés.
Mel admira les techniques utilisées par les deux diplomates qui faisaient merveilles pour manipuler les mots et adoucir leurs interlocuteurs. Ekart faisait preuve d’une langue si habile qu’il aurait pu arracher le moindre des secrets à un homme. Patinil n’était pas en reste, malgré ses cicatrices elle arrivait à envoûter d’un regard ses interlocuteurs.

Pour la prochaine étape, les deux diplomates avaient décidé de choisi un village de sympathisant à la magie. Grâce aux indications fournis par Gero Proxin et à ses conseils, les jeunes gens espéraient trouver de nouvelles informations sur la magie et son histoire.
Patinil n’avait plus besoin d’être assise sur le poney que les habitants de Barigne leur avaient confié, elle marchait en compagnie des autres. Mel restait le plus souvent à ses cotés, préférant s’assurer qu’il ne lui arrive rien. L’animal avait trouvé un nouvel usage, il transportait une partie des paquetages de l’expédition sans jamais paraître fatigué.
La troupe arriva en vue de leur prochaine étape à leur voyage dans les montagnes du Nord, Grangorff. Après leur expérience à Barigne, ils savaient que leur accueil serait tout aussi froid et distant. Les diplomates espéraient seulement que les armes ne seraient pas sorties de leur fourreau comme la première fois.
Mais les voyageurs comprirent que les villageois ne se laisseraient pas amadouer aussi facilement. Une grande muraille en pierre de taille bloquait le passage qui permettait de se rendre à Grangorff. L’ouvrage était particulièrement impressionnant, personne n’aurait pu s’attendre à découvrir une protection aussi massive.
Une grande porte en bois bardée de fer en était apparemment le seul moyen de traverser, aucune autre ouverture n’était visible dans le mur. Des créneaux surplombaient le mur, rien n’était visible du sentier où se tenaient les membres de l’expédition.
- J’ai l’impression que nous ne sommes pas vraiment les bienvenus, remarqua Mel.
- Des guetteurs devaient être disposés sur le chemin, supposa Caner Tyuro, ils ont prévenu les autres pour garder les portes fermées avant notre arrivée.
- Nous voilà devant un gros souci en somme, lança négligemment Dyante Habifa, l’un des soldats.
Le sergent posa sa main sur la garde de son épée pour la sortir de son fourreau, les autres s’apprêtaient à en faire de même.
- Il n’est pas besoin de faire preuve de force Sergent Tyuro, fit Ekart, je pense que nos futurs hôtes sont assez à cran pour le moment pour éviter tout conflit armé avec eux.
Le soldat lâcha son arme non sans faire la moue.
- Laissons faire notre cher diplomate à la langue si bien pendue, ironisa Mel.
- Alors comment allons-nous entrer ? Demanda le sergent.
- Les mots sont plus puissants que les armes, et dans ce cas, ils seront plus compréhensibles qu’une épée brandit.
Le diplomate se sépara du groupe sans crainte et il s’approcha du rempart, accompagné de sa consœur. L’écuyère et les soldats de la forteresse restèrent en arrière, elle donna des ordres rapides pour qu’ils se tiennent prêts en cas d’agression.
- Nous avons le cas que nous redoutions j’en ai peur, fit Patinil à voix basse.
- Faire des compliments d’un coté ne va pas améliorer notre popularité de l’autre, comme nous nous y attendions.
- Tu as un plan ?
- La diplomatie est de rigueur.
La jeune fille fixa son camarade.
- Tu te moques de moi en plus.
Ekart se permit de sourire.
- Une petite plaisanterie, pour détendre l’atmosphère.
En voyant la moue de Patinil, le jeune homme se ravisa.
- Je reconnais que mon humour est mal placé, mais nous allons devoir prouver notre bonne fois.
- Prenons les dispositions que nous avons vues ensemble.
Le diplomate fit un signe négatif de la tête.
- Ne t’inquiète pas, j’ai pris quelques précautions au cas où.
- Mais tu ne nous en as pas parlé ?
Ekart fit un geste dans l’air sans répondre, énervant une fois de plus Patinil. Ils s’arrêtèrent à quelques pas de la porte, restant à portée de voix du chemin de ronde. Le jeune homme prit une profonde inspiration et il se lança.
- Bonjour à vous habitants de Grangorff
Le silence répondit à l’appel du diplomate, mais il continua sans y prêter attention.
- Nous venons de Manilaus, nous sommes deux diplomates mandatés par la Congrégation pour effectuer un recensement de village en village avec la signature de contrat commerciaux avec vous. Les soldats qui nous accompagnent viennent de la forteresse du Corbeau, pour nous servir d’escorte dans ces montagnes.
Il n’y avait toujours pas de réponse.
- Je ne trouve pas que tu sois très efficace, remarqua Patinil ironique.
- Crois tu que j’en ai terminé ?
Ekart se tint bien droit.
- Nous vous apportons le bonjour de maître Proxin chef du village de Barigne, il m’a vanté l’hospitalité de votre village.
Cette fois une personne apparut entre les créneaux.
- Comment connaissez-vous Proxin ?
- Se fut notre première étape, répondit le jeune homme avec applomb.
L’homme semblait hésiter, il disparut à nouveau, sûrement pour discuter avec une autre personne cachée. Enfin il se pencha vers le diplomate.
- Vous pouvez entrer.
Le diplomate sourit à son amie.
- Alors qu’en penses-tu ? Demanda-t-il.
Patinil soupira, et ne préféra pas lui répondre pour ne pas l’entendre se vanter encore une fois. Elle fit signe à leurs camarades qu’ils pouvaient approcher à leur tour. Les imposantes portes s’ouvrirent lentement dans un grincement long qui déchirait les tympans. En passant l’entrée, ils purent se rendre mieux compte de l’épaisseur des murs, ils pouvaient résister à toutes les armes de sièges.

A peine traversée, la porte se referma derrière eux, Mel ne put s’empêcher de saisir la garde de son épée peu rassurée. Ce qui se trouvait devant eux ne la rassura encore moins, une dizaine d’homme et de femmes armés d’arbalètes et de lances leur faisait face, sans compter les arcs qui les visaient depuis les remparts.
Une femme d’une cinquantaine d’année s’avança devant eux. Elle n’était pas très grande mais elle avait une prestance qui imposait le respect. Sa chevelure noire était parcourue de mèches grises, ses traits étaient marqués par le passage du temps mais elle gardait tout de même la beauté de sa jeunesse dans le bleu de ses yeux.
La femme fixa Ekart qui avait prit la parole au départ.
- Maintenant que je t’ai fait rentrer, j’espère pour toi que tu ne m’as pas parlé de Proxin sans le connaître.
La voix de la femme était rude et celle-ci n’autorisait aucunes répliques. Le jeune homme prit alors son ton le plus mielleux qu’il pouvait prendre.
- Je n’aurais jamais osé pareil stratagème contre vous.
- Pas la peine de faire des faux semblants, montre moi une preuve où une demi-douzaine de carreaux d’arbalète te transpercera.
La menace était claire, et Patinil ne voulait pas perdre de temps. Elle saisit la carte que gardait Ekart dans son sac en bandoulière.
- Voici la preuve, c’est un document que nous a confié Proxin quand nous l’avons quitté.
La femme saisit la carte et la consulta rapidement, elle regarda chaque détail pour ne pas se tromper. Enfin la femme hocha la tête en redonnant la carte à la jeune fille.
- Heureusement que tu as une amie plus vive à réagir que toi.
Le jeune homme se contenta de sourire sans relever la pique, ils avaient réussi à entrer ce n’était pas le moment de se lancer dans une joute verbale.
- Désolé pour notre accueil mais nous avons eu des échos de vos précédentes visites et cela ne nous a pas du tout rassuré sur vous.
- C’était notre but, répondit Ekart, ainsi ils ne se méfient pas de nous.
- Je me nomme Nessira Handaé, je suis le chef du village de Grangorff.
Les membres de l’expédition se présentèrent à leur tour, ils furent emmenés à l’intérieur de la petite bourgade. Les maisons étaient construites sur des terrasses adossées aux pans de la montagne que des escaliers reliés les unes aux autres. Des champs étaient aussi ainsi perchés permettant au village d’être presque autonome une fois les portes fermées.
- Cette muraille est très imposante, c’est le premier village que nous voyons ainsi protégé, remarqua Patinil qui marchait à la hauteur de Nessira Handaé
- Nous avons été obligé de nous protéger ainsi après les nombreuses attaques que nous avons subies, par les taugres, les créatures des montagnes ou bien par l’Inquisition.
La femme n’avait pas caché l’existence de l’Inquisition, elle avait comprit que si Proxin leur avait donné cette carte c’est qu’ils étaient au courant.
- Ici vous serez en toute sécurité, reprit la chef du village, Grangorff est un havre pour ceux qui veulent être hors de porté de l’Inquisition.
- Comme les mages, lança Ekart.
Elle s’arrêta et fixa le jeune diplomate.
- Tu es direct toi, mais oui en effet, nous recevons parfois des mages ici, mais pas en ce moment.
La femme désigna une maison sur une terrasse basse.
- Je vous invite dans ma demeure le temps de votre séjour.
- Merci infiniment, nous espérons ne pas vous déranger en nous imposant ainsi, fit Ekart en s’inclinant légèrement.
- Tu as vraiment bien choisi ton travail, tu es vraiment parfait.
Nessira Handaé n’était pas femme à se laisser marcher sur les pieds. Une fois ses invités installés, elle convia les trois jeunes gens dans une petite pièce qui lui servait de bureau. Les murs étaient couverts d’étagères où s’entassaient des livres et des parchemins qui attirèrent l’attention de Patinil. Une grande fenêtre donnait généreusement la lumière du soleil couchant inondé la pièce.
Ils s’installèrent sur des chaises sur l’invitation de la femme. La première partie de la discussion se borna au véritable but de l’expédition, les droits commerciaux et les demandes de besoins pour le village. La chef se plia de bonnes grâces aux documents que lui tendaient les diplomates, préférant les relire une fois seule avant de les signer.
Une fois cette première partie faite, elle se pencha vers eux avec un léger sourire.
- Alors pourquoi êtes vous venus jusqu’ici ? Proxin ne vous aurait pas fourni une carte aussi détaillée sans une bonne raison.
Ekart afficha un grand sourire.
- Je vois que vous êtes aussi directe que je le suis, nous sommes à la recherche d’informations sur la magie.
La femme se pencha en arrière.
- Vous n’avez pas froid aux yeux avec l’Inquisition qui est partout dans le Conglomérat.
Elle jeta un coup d’œil rapide à Patinil.
- Et je vois que l’une d’entre vous a déjà fait l’expérience des méthodes de ces hommes.
La diplomate se tassa sur son siège. Elle portait tout le temps des gants et des longues robes pour cacher ses cicatrices, mais elle ne pouvait pas garder un foulard perpétuellement sur le visage.
- Pour ce soir il est tard, mais demain je vous présenterais une personne qui en connaît plus que moi sur la magie, c’est la mémoire de notre village. Pour le moment reposez vous, et profitez de la maison.
Mel et Ekart la remercièrent en même temps, tandis que Patinil restait plus discrète encore un peu sous le coup de la remarque. Leur enquête allait leur faire découvrir un secret bien gardé au cœur des montagnes.

 
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