Bonjour ^^
Chevalier se poursuit, les aventures de nos héros continuent.
Onèan a pu trouver la force d'aller au delà du courage pour montrer ce qu'il est vraiment, Oroky doit maintenant poursuivre la quête.
Le voyage de Lynaïs vient de débuter, il va l'emmener loin de son village en direction de la terrifiante forêt de Veraï.
Bonne lecture, et n'hésitez pas à mettre un commentaire si cela vous plait ^^
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CHAPITRE 35
Apprendre et comprendre
Aidé d’Anya, Onèan retourna dans la hutte du shaman. Il se sentait soudainement très fatigué, sa jambe valide le portant à peine. L’écuyer ne savait pas pourquoi son corps ne lui répondait plus. Oroky montra la couche du blessé et il prépara un remède pour le remettre sur pied. Il avait encore perdu une grosse quantité de sang et les blessures semblaient s’être réouverte.
Après la tirade d’Onèan, le chef du village avait fait quelques pas en arrière en fixant l’humain, incrédule. Puis il s’était retourné vers sa propre maison sans ajouter un mot, accompagné par les quelques guerriers qui l’accompagnaient partout. Les autres koradjis s’étaient peu à peu éloigné à leur tour, des petits groupes se formaient pour discuter de ce qu’il venait de voir. Pas une seule des personnes présentes n’avait pas pu ne pas voir la réaction de leur chef et la ferveur de ce jeune humain.
Oroky s’agenouilla près du blessé et lui tendit un bol.
- Boit ce breuvage, il te permettra de reprendre des forces.
Le jeune homme porta le récipient à ses lèvres et il fit une grimace en avalant la mixture à la couleur étrange.
- C’est amer.
- Si le goût est affreux, c’est que le médicament est efficace.
Onèan laissa échapper un petit rire.
- Il va être sacrément efficace alors.
Il remarqua alors qu’Anya était restée assise dans un coin de la pièce. Elle avait replié ses jambes contre elle, comme pour se cacher. Le jeune homme s’apprêta à lui demander si elle allait bien mais le shaman le prit de vitesse.
- Tu dois te préparer à la suite mon garçon.
- Comment ça ?
Onèan ne voyait pas où il voulait en venir.
- Le monde va changer, les signes sont là partout autour de nous. J’arrive à les voir, ils sont de plus en plus précis, et ils montrent qu’une période de troubles va bientôt commencer.
Il désigna alors l’humain.
- Je sens que tu seras l’un des instigateurs de ces changements.
- Mais pourquoi moi ?
Onèan se releva sur un coude en fixant le shaman.
- Tu es le deuxième humain à venir ici, avant toi il y avait ton père. Peu à peu vous les Terrenoir vous avez ouvert les yeux de mon peuple et maintenant tu viens de bouleverser en quelques mots tout notre ordre.
L’écuyer ne pensait pas que ses paroles auraient une telle portée. Il voulait se sortir de cette mauvaise passe mais aussi défendre Anya qui avait été prise pour cible. Elle le surveillait tous les jours et il avait pris de lui-même la décision de la suivre.
De son coté, Oroky se leva vers sa table pour préparer un nouveau remède, ses mains s’activaient rapidement en faisant à peine attention aux herbes qu’il piochait autour de lui. Le shaman continuait de parler tout en travaillant.
- Les koradjis sont prit aux pièges de leurs traditions et de leur vie, il est temps pour nous de vivre libre sans craindre d’être attaqué par le Conglomérat. Cette liberté passe avant tout par un bouleversement de l’ordre d’aujourd’hui, il faut dénoncer l’Inquisition et combattre ce qu’elle ose faire au nom d’une fausse justice.
Il se retourna et il déposa le bol à nouveau plein d’une mixture violette.
- Je vais prendre les devants et aller directement à la rencontre de Korahyn. Il faut aussi que je convoque les anciens, c’est le moment où jamais pour tenter de changer les choses, se sera long mais il faut commencer maintenant.
Le shaman se leva de nouveau, et il alla prendre un bâton posé contre un mur. Il ne le prenait que dans les moments importants ou dans les cérémonies solennelles, ce bâton était le symbole de sa charge.
- Mais tout cela va beaucoup trop vite, lança Onèan après avoir enfin repris ses esprits.
Le vieil homme le regarda surpris.
- Il est vrai que les événements se précipitent un peu, je comptais sur un changement plus lent, mais tu es toi-même l’instigateur de tout ça.
- Je suis le fautif ? Mais je ne sais pas même pas en quoi mes actes ont-ils une telle portée ? Allez-vous m’expliquer un peu plus toute cette histoire.
Le shaman haussa les épaules.
- Tu apprendras rapidement que j’adore laisser les gens sans explication, c’est tellement plus amusant.
Il rajusta sa cape sur son dos.
- Toi tu ne bouges pas d’ici et tu te reposes, je pense que tu en as assez fait pour aujourd’hui. Anya tu peux rester ici aussi qu’il te plait, je préviendrais ta tante pour qu’elle ne s’inquiète pas.
La jeune fille fit seulement un hochement de tête. Oroky remarqua la mine sombre de la koradji, il savait que les propos de Korahyn l’avaient sûrement blessé, mais le shaman savait que le passé n’était pas simple à oublier. Sans ajouter un mot, il souleva la tenture à l’entrée de sa hutte et il sortit d’un pas vif
Le silence se fit dans la maison du shaman, Onèan était plongé dans ses pensées. Il avait du mal à comprendre tout ce qu’avait voulu dire le vieux koradji. Comment pourrait-il être celui qui allait changer le Conglomérat tout entier ? Pour le moment il se sentait bien faible couché sur cette litière d’herbe sèche. Une jambe en piteuse état, le souffle court, la tête lourde, le jeune homme ne trouvait pas que sa condition ressemblait à une personne qui allait réaliser de grande chose.
L’écuyer voulait découvrir les secrets de la magie, il voulait que les gens apprennent son existence. Il désirait rendre justice pour son père et pour tous ceux qui étaient traqué et maltraité par l’Inquisition. Mais que pouvait il bien faire lui seul, pauvre humain sans force, blessé et seul perdu dans la forêt ?
Onèan se prit la tête entre les mains en poussant un soupir de rage et de frustration. Toutes ses préoccupations commençaient à le rendre totalement fou, son rêve de chevalerie était devenu si lointain maintenant.
Le jeune homme remarqua qu’Anya n’avait toujours pas changé position, elle ne semblait même pas avoir réagi au départ du shaman. Elle était restée silencieuse depuis leur retour dans la hutte, surement encore sous le coup des paroles du chef à son encontre. Il tourna la tête dans sa direction pour lui parler.
- Anya, tu ne dis rien, tu vas bien ?
L’écuyer se leva légèrement pour pouvoir la voir.
- Anya ? Appela-t-il de nouveau.
Il n’obtenait toujours pas de réponse, inquiétant un peu plus le jeune homme.
- Répond moi s’il te plait.
La jeune fille finit par s’animer, son visage s’extirpa de la cachette où il était enfoui. Avec cette apparition, le jeune homme put très aisément discerner les yeux mauves rougis par les larmes. La trace de sillons avait sali le pelage sur ses joues.
Onèan l’avait toujours vu joyeuse et insouciante, il la voyait maintenant sous un autre jour. Le jeune homme se sentit mal en la découvrant ainsi, sous le coup d’une culpabilité dont il était en partie responsable.
- Désolé, je n’aurais pas du autant insisté, excuse moi.
- Non ça va, répondit elle.
La jeune fille s’essuya rapidement les yeux du revers de la main, elle essayait de faire disparaître les traces de ses pleurs.
- Tu es sûre que tu vas bien ? Demanda de nouveau Onèan.
- Rien, ne t’inquiète pas.
Elle afficha un grand sourire mais il n’était qu’une façade pour camoufler la douleur qui agitait son cœur déchiré. Bien qu’il n’aurait pas du aller plus loin, l’écuyer voulait en savoir plus, il sentait qu’il devait chercher à en savoir plus.
Le jeune homme arriva à se rassoir lentement en se relevant sur ses coudes. Il s’adossa à un mur en grimaçant de douleur, le shaman lui avait dit de se reposer, mais le blessé s’en soucierait plus tard.
- Mais arrête de bouger, Oroky veut que tu te reposes.
La jeune fille s’approcha de lui et voulut l’obliger à se recoucher, mais l’écuyer posa sa main sur celle de la koradji.
- Tout va bien, je voudrais te poser te poser une question.
Le ton de son ami était doux et fort à la fois, elle tenta de s’échapper à ses yeux mais elle ne put se détacher de son regard. La jeune fille avala sa salive avec difficulté et hocha la tête brusquement.
- Oui, murmura-t-elle.
- Qu’est il arrivé à tes parents ?
Elle retira vivement sa main et fixa l’écuyer.
- J’ai compris en l’écoutant que Korahyn a dit quelque chose qui t’a profondément blessé, reprit Onèan, je voudrais savoir pourquoi.
La jeune fille détourna le visage sans répondre, elle cherchait à esquiver la question qui lui pesait. L’écuyer aurait du arrêter son interrogation, mais au fond de son âme, il sentait qu’il devait aller plus loin, il devait connaitre la vérité.
Le jeune homme fixa son amie, il se mit alors à parler avec une extrême douceur.
- Je ne connais pas la souffrance qui habite ton cœur, mais sache que j’ai moi-même appris à vire avec elle. Mon père était un chevalier protecteur au service du Conglomérat, il avait voué sa vie pour défendre la population.
Onèan fit une pause, la koradji se retourna alors vers lui. Voyant qu’il avait retenu son attention, l’écuyer continua son récit.
- Mon père a fait certaines découvertes qui ont précipité sa chute loin de son foyer. Durant une expédition qu’il a conduit dans la forêt de Veraï, mais il disparut pendant une attaque dont personne n’a jamais pu nous parler. Je ne l’ai jamais vraiment connu, il était le plus souvent en garnison ou en campagne je me rappelle très peu de lui. J’ai souffert de vivre sans lui, sans son affection, heureusement j’avais ma mère et ma sœur avec moi pour sourire.
Anya gardait la tête baissée à la fin du récit de l’humain. Elle préféra garder le silence pendant quelques instants encore, se battant avec sa propre conscience. Mais finalement elle prit une profonde inspiration avant de prendre la parole.
- Je n’ai presque pas de souvenir de ce que je vais te raconter, mon esprit a tout fait pour effacer les images de cette journée terrible. Mon histoire est connue de tous les habitants du village, mais c’est un sujet tabou que personne n’ose aborder.
Elle ferma les yeux un instant.
- Le clan des Chênes Noirs n’est pas mon clan d’origine, reprit la jeune fille, je suis née dans le clan de la Source-Esprit, il n’existe plus aujourd’hui, détruit lors d’une attaque de l’Inquisition. Mes parents sont morts lors de cet assaut sur le village, avec la plupart des habitants, les hommes en noirs sont apparus pas surprise. Nos guerriers n’ont rien pu faire pour sauver le clan, ceux des Chênes noirs, nos plus proches voisins, sont arrivés trop tard.
Onèan préféra ne pas intervenir pour laisser parler son amie. Plus Anya s’ouvrait à l’écuyer, plus son cœur semblait s’alléger, elle poursuivit son histoire en gardant un ton neutre, tentant de rassembler ses souvenirs.
- Je te parle d’une époque où je n’étais qu’une toute petite fille, sachant à peine marcher. Tu dois donc te demander comment j’ai pu survivre, et bien j’ai eu la chance que le toit se soit effondré sur moi, me cachant à la vue des soldats.
Des larmes de colère et de tristesse reparurent dans ses yeux alors qu’elle continuait de parler.
- Mais de là où je me trouvais, je pouvais voir tout ce qui se déroulait dans le village. J’ai vu les humains tuer hommes, femmes, enfants sans distinction, tous ceux qui ne courraient pas assez vite devant leurs armes. J’ai …
Sa voix se figea un instant, Onèan avait du mal à respirer en écoutant le récit de la jeune fille.
- J’ai vu mes parents mourir dans les bras l’un de l’autre tuer par un homme de l’Inquisition, j’ai vu son sourire et …
Elle serra son poing de rage en ressentant de nouveau la rage et la rancœur qu’elle avait refoulé en elle pendant tant d’année. Mais les paroles de Korahyn avaient réveillé ce passé qu’elle ne souhaitait pas revivre.
L’écuyer portait un regard différent sur la jeune fille, elle avait du surmonter son dégoût et sa haine pour le sauver. Malgré son passé douloureux et ses souvenirs, elle avait du le côtoyer chaque jour alors que ses semblables avait massacré sa famille. Il regarda ses mains, comme si elles étaient tachées de sang, celui de tous ces innocents tués au nom d’une fausse justice, au nom d’un mensonge.
- Plus jamais, murmura t’il, je ne veux plus jamais voir ça.
Anya regarda Onèan, elle eu la surprise de voir sur son visage de la peine et de la rage. Ces sentiments, elle les voyait si souvent dans son cœur que de pouvoir les observer chez quelqu’un d’autre lui était tout nouveau.
- C’est la première fois que je vois une telle réaction, fit la koradji.
- Comment cela ? Demanda le jeune homme surpris.
- Et bien, habituellement j’ai le droit à des yeux plein de compassion et de la pitié, je déteste voir ces visages mielleux, ils sont pour moi que des mensonges et des faux semblants.
La jeune fille poussa un profond soupir.
- Je crois que c’est la première fois que je parle de tout ce que je ressens à quelqu’un, et il faut que cette personne soit un humain …
Onèan comprenait sa surprise, lui-même n’aurait jamais imaginé se trouver dans une situation pareille. Il regarda celle qui était devenue son amie dans ce mon étrange qu’il découvrait jour après jour.
- Ecoute moi, je ne sais pas comment mais je ferais payer à l’Inquisition, reprit l’écuyer, je leur ferais payer pour nous deux, et pour tous ceux qui ont soufferts.
Les paroles firent l’effet d’un éclair traversant le ciel, la koradji eut un léger mouvement de recul, les yeux écarquillés. Les paroles de l’humain étaient pleines d’assurance, la force des mots semblait presque palpable.
- Mais comment comptes-tu faire ça seul ? Arriva-t-elle à articuler.
- Si tu es avec moi, nous serons au moins deux.
La réponse désarçonna Anya qui rougit, elle ne s’attendait pas à ce que venait de dire le jeune homme. Mais l’idée qui lui paraissait étrange aux premiers abords lui sembla plus clair, elle ne savait pas pourquoi mais avec Onèan elle savait qu’ils pourraient y arriver.
- Tu es différent des autres humains, je ne sais pas pourquoi, répondit la koradji, mais je t’aiderais contre Korahyn même s’il faut.
- Merci Anya.
Le sourire que lui fit l’écuyer fit battre son cœur plus fort, elle se secoua mentalement pour faire passer son trouble.
- Pour le moment, tu ne pourras combattre personne si tu ne te reposes pas, rallonges toi et bois le remède d’Oroky.
- Il est infect.
- Alors c’est qu’il fonctionne, lança Anya en imitant la voix du shaman
Anya l’obligea à se recoucher et resta assise près de lui pour être sûr qu’il n’aille pas se relever. Seule dans ses pensées, la jeune fille se rendait compte que sa peine s’était atténuée, comme si l’espoir de cet humain l’avait apaisé. La koradji ne savait pas où allait le conduire Onèan mais elle ne voulait pas être absolument à ses cotés pour le savoir.
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La nuit était tombée sur Winrya, le petit village du Trynchao venait de passer une nouvelle journée dans la douceur de la campagne. Les familles prenaient leur repas ensemble, partageant un moment de bonheur.
L’un des habitations en particulier vibrait d’une animation peu coutumière, les Amarra fêtaient comme il se devait le retour de leur fille ainée. La mère de famille avait préparé un repas où rien ne manquait, les rires se mêlaient aux conversations et tout le monde parlait en même temps dans une joyeuse cacophonie.
Elifain était littéralement harcelée de questions par les frères de Lynaïs, ils voulaient tout savoir sur les elfes. La jeune fille leur répondait avec entrain, elle adorait parler et elle était particulièrement heureuse de pouvoir échanger sur ses coutumes et sa cher forêt.
Karez était plus réservé, il affichait un visage neutre, goutant à tous les plats et gardant une tenue parfaite. Néante Amarra semblait au petit soin pour l’archer, elle venait lui servir son assiette en demandant sans cesse si le repas était à son goût. Le jeune homme, un peu embarrassé par cet intérêt, finit par se laisser aller à parler avec la femme.
Mais au bout de la table, Néante Amarra observait sa fille, elle souriait mais il voyait bien que quelque chose l’ennuyait. Il profita qu’elle prétexte un besoin de prendre l’air pour sortir à son tour et la rejoindre.
Lynaïs avait laissé ses pas la guider vers la boutique de son père, elle était au réez de chaussée de la maison. La jeune fille caressa d’un doigt le bureau qui se trouvait au centre, des patrons de vêtements étaient visibles ainsi que des travaux en cours. Elle sourit, combien de fois n’avait elle pas vu son père à l’ouvrage derrière cette table, penché sur des morceaux de tissus ?
L’archère n’entendit pas son père qui était entré à sa suite sans faire de bruit. Il regarda son fille qui semblait se plonger dans ses souvenir d’enfance, il ne put s’empêcher de la revoir toute petite, venant le voir quand il travaillait.
- Tu aimais beaucoup venir me rejoindre quand tu étais plus jeunes, lança Néante Amarra avec de la nostalgie dans la voix.
La jeune fille se retourna brusquement, retirant sa main de la table où elle l’avait posé.
- Ou … Oui, répondit elle, tu es là depuis longtemps, je ne t’ai pas entendu entrer.
- Je viens d’entrer il y a quelques instants.
Elle hocha la tête.
- Alors autant revenir ensemble à la fête, ils doivent nous chercher.
Alors que la jeune fille se dirigeait vers la porte, l’homme l’interpela.
- Qu’est ce qui te préoccupe Lynaïs ? Je vois bien qu’il y a quelque chose que tu n’oses pas nous dire.
L’archère stoppa net, elle regarda son père.
- Comment peux-tu le savoir ?
- Tu as appris aujourd’hui que ton meilleur ami est porté disparu en forêt, probablement mort, et tu n’es pas …
- Il n’est pas mort ! Le coupa Lynaïs avec force et conviction.
Néante Amarra baissa la tête en acquiesçant les yeux fermés.
- Voilà donc la réponse à ma question.
Il releva la tête et fixa sa fille.
- Mon enfant, tu ne comptes tout de même pas te rendre là bas pour le chercher ?
Lynaïs se figea, il avait tout découvert sans qu’elle ne lui en parle, elle ne savait pas ce qu’elle devait répondre maintenant. Devant l’hésitation de celle-ci, le père fit un petit sourire pour cacher sa tristesse.
- Si tu te demandes comment j’ai fait pour le découvrir, tu n’as pas besoin de chercher bien loin, je suis ton père je te rappelle, je te connais.
- Papa, je …
Elle baissa la tête un instant avant de reprendre en affichant cette fois un regard plein de détermination.
- Papa, je sais qu’il n’est pas mort, je le sens au fond de moi, il ne peut pas mourir, c’est d’Onèan que nous parlons. Je veux aller le sauver, et j’irais, même si tu ne le veux pas je m’y rendrais quand même !
Néante Amarra ne put s’empêcher de lâcher une exclamation amusée.
- Essayer de te faire changer d’avis ? Mais autant tenter de vider l’Océan Hoëdic avec une cuillère. Je sais bien que je n’y arriverais pas, tu es plus têtue que n’importe qui, je me demande bien de qui tu tiens ça, de ta grand-mère peut être.
Le père et la fille rirent ensemble.
- Papa, je suis désolée, mais je partirais dés demain matin.
Un soupire s’échappa de la bouche de l’homme.
- Je m’en doutais malheureusement, ta mère et tes frères vont être particulièrement déçus de te voir partir aussi rapidement.
- J’imagine, mais je ne dois pas perdre de temps pour retrouver Onèan.
- Tu ne seras pas seule j’espère ?
- Non, mes deux camarades vont venir avec moi, nous serons ensemble pour nous protéger mutuellement.
Néante Amarra regarda sa fille, il trouvait qu’elle avait beaucoup changé depuis son départ à l’Académie. Pas seulement physiquement, mais son cœur aussi était devenu plus fort, elle avait muri, l’adolescente était devenue une jeune femme.
- Lynaïs, si nous avions pu avoir plus de temps, j’aurais voulu te parler de quelque chose de très important.
La jeune fille le regarda.
- Quoi donc papa ?
- Je ne peux pas te le dire ainsi, pas sans la présence de ta mère, peut être la prochaine fois que tu viendras nous voir.
L’archère était intriguée.
- Pourquoi ne peux-tu pas m’en parler ?
- Ta mère doit être présente, c’est …
Il hésita quelques instants avant de finir sa phrase de manière énigmatique.
- C’est un secret qui pourrait nous attirer des problèmes très graves.
Lynaïs fixa son père avec surprise, elle allait lui demander des précisions mais il reprit la parole en levant la main devant lui.
- Ne m’en demande pas plus s’il te plait, je ne peux pas t’en révéler davantage pour le moment. Quand le temps sera venu, nous te parlerons de tout cela, pour le moment retournons dans la salle à manger, je pense que tu as une annonce à faire.
Il s’approcha de sa fille et il l’a prit par l’épaule en l’attirant contre lui.
- Tu n’as pas à t’en faire, je serais à tes cotés pour aider ta mère à comprendre.
Elle fit un petit sourire gêné.
- Merci papa.
- Allons, ne les faisons pas attendre.
Le père et sa fille quittèrent l’atelier en refermant la porte derrière eux. L’homme était triste de le voir partir si vite, mais il ne pouvait pas la retenir éternellement à ses cotés.
Un matin brumeux se levait à peine sur le village, la plus part des habitants était encore endormi et seuls quelques paysans se trouvaient déjà dans les champs pour retourner la terre derrière leur attelage de bœuf.
Une maison était pourtant en effervescence, le réez de chaussée de la boutique d’Amarra le tisserand était rempli de monde. La mère de Lynaïs la serrait dans ses bras, elle ne voulait pas voir partir de nouveau sa fille unique. Son père était dans le même état d’esprit, mais la discussion de hier soir lui permettait de mieux cacher sa tristesse.
- J’aurais tant souhaité que tu restes encore un peu plus longtemps, fit Elia Amarra en essuyant les larmes sur ses joues.
- Je sais maman, je suis désolée, mais je dois partir.
- Tu ne te plais donc pas avec nous ?
- Si je t’assure, répondit la jeune fille, j’ai une mission à accomplir, et je n’ai pas beaucoup de temps devant moi.
- Allons, laisse là tranquille, intervint Néante Amarra, notre fille a grandit, nous devons lui laisser vivre sa vie comme elle le souhaite.
Le père prit sa femme dans ses bras pour la réconforter, les frères de l’archère en profitèrent pour se jeter sur leur sœur. Certains ne pouvaient retenir leurs larmes en lui disant au revoir, elle leur avait énormément manqué, et la voir partir aussi vite était un déchirement pour les jeunes garçons.
Les deux elfes ne furent pas oublier par la famille de leur amie. Tout comme dans leur forêt natale pour l’humaine, ils avaient été accueillis à bras ouvert sans distinction de race ou d’origine. Ils avaient découvert un monde différent du leur, mais la même chaleur vibrait dans cette maison comme dans leur famille.
- Prenez soin de vous surtout, fit le père aux trois jeunes gens, la route est dangereuse et pas très tendre pour ceux qui l’empruntent.
- Nous sommes venus jusqu’ici, lui rappela Lynaïs, nous devrions nous en sortir.
Néante Amarra sourit.
- Je sais bien que vous avez pu arriver à Winrya, mais il y a des endroits et des villes qui sont bien différentes de notre petit coin de paradis.
- Nous savons nous défendre, et nous serons prudent, ne t’en fait pas.
La jeune fille embrassa son père sur ces mots, elle lui murmura rapidement.
- Tu as dit à maman où nous nous rendions ?
- Non, j’ai prétexté un voyage à la capitale.
- Et quand comptes-tu lui dire la vérité ?
- Quand vous serez loin d’ici et impossible à rattraper.
L’archère se sépara de son père et ajouta.
- Prenez soin de vous également.
- Ne t’inquiète pas, lança Néante Amarra, il n’y a rien à craindre dans ce village oublié de tous.
Le reste de la famille fit ses derniers adieux, la jeune fille et ses deux amis y répondirent avec chaleur. Ils se mirent alors en route, en se retournant pour lancer quelques signes de la main avant de ne plus être visible.
Les trois voyageurs traversèrent le village encore endormi et baigné de brume, restant silencieux pour ne pas gêner ceux qui sommeillaient encore. Ils furent bientôt sortis du village, la route s’ouvrait devant eux en direction de Paragahi.
Karez s’arrêta alors quelques instants pour interpeler Lynaïs une fois en dehors de Winrya.
- Alors tu es toujours décidée à partir pour ce voyage insensé.
- Plus que jamais, répondit la jeune fille avec assurance.
- Alors nous n’avons pas le choix, quittons notre confort retrouvé pour reprendre la route.
- Je ne savais pas que tu tenais tant à un lit douillet.
Elle aimait bien le charrier, et cela lui faisait oublier la tristesse d’un nouveau départ. Elifain s’était retournée et elle regardait en arrière en direction du village.
- Je crois que nous avons une personne qui veut nous rejoindre.
Ces deux amis se retournèrent et aperçurent alors une silhouette qui avançait dans leur direction. Elle avançait rapidement en courant presque et ils purent enfin découvrir celui qui tentait de les rattraper.
- Bron, que fais-tu là ? Demanda Lynaïs en le reconnaissant.
Le forgeron arriva à leur hauteur, il portait un sac en bandoulière et une étrange barre en fer était attachée dans son dos.
- Je pars avec vous.
- Pourtant tu as tout tenté pour m’en dissuader.
- C’est la tristesse, mais j’ai réfléchi et s’il y a une chance de pouvoir sauvé Onèan je veux bien la saisir.
- Et pour tes parents, la forge ?
- C’est déjà arrangé.
Le jeune homme était sûr de lui, son regard était dirigé droit dans le sien. C’était la première fois que Lynaïs voyait son ami ainsi, il était pourtant le plus discret de leur petit groupe et le moins assuré.
- Je ne peux pas te dire quand nous reviendrons au village, tu le sais ?
- Je m’en doute, mais j’ai fais mon choix.
Elifain frappa dans ses mains, sa joie et son entrain toujours aussi visibles.
- Chouette un nouveau compagnon de route.
Bron se mit rougir à l’enthousiasme de la belle elfe.
- Encore un humain dans les jambes, rajouta Karez en soupirant.
- Direction Paragahi, lança Lynaïs.
La jeune fille se détourna encore une nouvelle fois de son village d’enfance et elle partit à grandes enjambées sur la route. Ses compagnons emboîtèrent son pas à la même allure, les graviers crissant sous leurs pas pressés. L’expédition de sauvetage d’Onèan venait de se mettre en route avec détermination.
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