CHAPITRE 16
Ennemis identifiés
Le second et la métis sortirent de la salle, ils avaient encore du mal à se remettre de l’annonce qu’ils venaient d’entendre. Le Démon était à leur trousse, la terreur de toutes les mers, celui qui avait coulé des centaines de navires. C’était un pirate qui ne reculait devant rien pour vaincre ses ennemis, il était devenu l’ennemi de toutes les nations de l’Archipel. Son seul nom faisait trembler les plus endurci, et voir son navire à l’horizon était un signe funeste.
Les deux officiers ne préférèrent rien dire pour le moment devant Hina et l’homme lézard qui les attendaient dehors. Quand les deux membres de l’équipage demandèrent si tout allait bien, ils se contentèrent de hocher la tête, se murant dans le silence. Onela Fanea les raccompagna jusqu’à la sortie du marché noir du port, toujours flanqué de son escorte musclé. Mais rien ne pouvait leur arriver tant qu’ils étaient en la compagnie du maître des lieux.
La sortie apparut, les gardes qu’ils avaient malmené peu avant étaient encore là, les hommes se reculèrent par précaution. Le vieil homme leur fit face.
- Se fut un plaisir de faire affaires avec vous.
La métis acquiesça en souriant.
- C’est à nous de vous remercier pour votre aide.
- Je compte évidemment sur votre discrétion.
- Il va s’en dire.
Onela Fanea leur fit une légère révérence.
- En espérant vous revoir par ici, Dame Tolado, Monsieur Odell.
Le groupe de l’Aurore quitta le vieil homme et le marché clandestin, toujours en silence. Hina n’y tenant plus, elle apostropha Cryanne.
- Alors que s’est t’il passé ? Vous faites une tête à faire peur depuis que vous avez quitté le bureau du vieux.
La métis regarda Portyd, ne sachant pas comment apprendre la nouvelle.
- Pour l’instant gamine, nous ne pouvons pas vous en parler tout de suite, répondit le second, il faut d’abord voir avec le capitaine.
- Mais elle n’est pas au navire pour le moment.
- J’avais oublié.
Le second s’apprêta à faire demi tour, mais Cryanne l’arrêta.
- Attend Portyd, Hina va lui porter un message.
Elle sortit de sa poche un morceau de papier et elle se mit à écrire rapidement quelques mots, elle ne pouvait pas s’épancher mais elle devait être ferme pour faire comprendre à Zeïna que la situation était urgente. La métis donna le message cacheté à Hina.
- Porte lui de message le plus vite possible, ne t’arrête pas en chemin c’est très important.
- Très bien, répondit la jeune fille en souriant.
- Et n’essaye pas de le lire.
- Mais … Pour qui me prends tu !
Elle se mit à rire avec innocence, Hina se retourna pour partir, mais à nouveau Cryanne l’arrêta en l’attrapant par le bras.
- Fait attention à toi s’il te plait.
Le ton étrange de la métis rendit la jeune fille plus sérieuse.
- Allez va et dépêche toi.
Hina partit en courant dans les rues sombres du port, en direction de la maison du gouverneur. Dans le même temps, les trois autres regagnèrent le quai où avait accosté le bateau. La mer était calme, les vagues venaient battre régulièrement les parois en pierre des quais. Ils arrivèrent en vu du navire, et une petite forme surgit de l’ombre à leur approche, c’était la belette.
- Rien à signaler ?
- Je n’ai rien vu, il y a bien eu quelques marins ivres mais ils ne s’intéressaient pas plus que ça au navire.
- C’est une méthode pour tromper les guetteurs, remarqua le second.
- Ils ne peuvent pas tromper la belette, c’était le meilleur pour trouver les espions des autres gangs à Calasta, répondit Cryanne.
- Je continue à surveiller les aller et venu ?
- Non, ce n’est pas la peine, si il n’y a personne pour le moment c’est que nos ennemis ne nous ont pas encore mis sous surveillance. Remonte sur le navire avec nous.
Le petit groupe salua le garde en faction, surprit de revoir déjà revenir certains membres de l’équipage. Lantis vint à leur rencontre en les voyant arriver.
- Et bien, la fête ne devait pas être très joyeuse pour que vous rentiez si tôt.
Il remarqua soudain leur mine soucieuse.
- Que se passe t’il ? Il y a eu une bagarre en ville, des marins ont déserté ?
- Il faut que nous nous réunissions dans la cabine immédiatement, répondit Portyd, nous avons fait prévenir le capitaine pour qu’elle revienne au navire.
- C’est si grave que ça !?
- Viens nous allons t’expliquer.
Les deux officiers entraînèrent Lantis en direction de la cabine du capitaine. Une fois la porte fermée, le garde du corps les fixa les poings sur les hanches.
- Pourquoi tant de secret ?
Cryanne croisa les bras sur sa poitrine la mine basse.
- Nous avons appris que l’Aurore est la cible d’un groupe de pirate, lança de but en blanc Portyd.
Lantis faillit s’écrouler, sous le choc, il se retint juste à temps à une poutre du navire.
- Vous en êtes sûr, d’où tenez vous cette information ?
- Au départ ce n’était qu’une rumeur apprise par un de mes hommes, enchaîna la métis, mais pour pouvoir la confirmer nous avons mené une enquête dans les coins plus sombres du port que je connaissais.
Elle reprit son souffle avant de reprendre.
- Nous avons eu l’information d’une source fiable, l’Aurore est la proie d’un pirate qui veut sa perte.
Le garde du corps encaissa le coup, mais il resta stoïque.
- Et avons-nous le nom de ce pirate ?
Cette fois Cryanne n’arrivait pas à répondre, elle ne savait franchement pas comment faire pour l’annoncer. La métis fixa Portyd, apparemment c’était à lui de parler de la suite, et ce n’était pas pour lui plaire. Le second prit une profonde inspiration, il n’aimait pas passer par quatre chemins pour annoncer une mauvaise nouvelle.
- C’est le Démon qui en a après nous.
Lantis écarquilla les yeux de stupeur, un tremblement le prit sans qu’il ne puisse le contrôler.
- Calme toi, reprit immédiatement Portyd, ce n’est pas en s’emballant que nous allons trouver une solution.
Le garde du corps serra le poing sous l’effet de la colère et il frappa durement la poutre à laquelle il s’était rapproché plus tôt. Ce geste lui permit de reprendre le contrôle de lui-même.
- Il y a une chance pour que se soit une fausse information.
Cryanne secoua la tête.
- Non, notre informateur est sûr, de toute façon j’ai encore deux autres personnes qui recueillent des informations sur la menace, ils ne devraient pas tarder à revenir.
Lantis se retourna et fit quelques pas, il n’aurait jamais pu imaginer pareille chose.
- Ce n’est pas vrai !
Portyd comprenait pourquoi le garde du corps le prenait aussi mal.
- Tu n’y es pour rien, répondit le second, nous pensons que c’est à cause des esclavagistes, ils devaient faire partie de la bande du Démon, nous avons été imprudent.
Lantis s’arrêta de marcher, Portyd avait raison.
- Attendons le retour de Zeïna pour chercher un moyen de se sortir de se guêpier.
Les trois officiers se murèrent dans le silence, ils attendaient l’arrivée du capitaine pour prendre les mesures contre cette menace.
La maison du gouverneur était illuminée de mille feux, elle avait été décorée de fleurs fraîches et de sculptures. Les fêtes organisées par le gouverneur de la cité étaient connues pour leurs fastes et leur largesse. Elles ne manquaient jamais de bons vins et de jolies dames, la musique ne s’arrêtait jamais régalant les invités de douces mélodies.
Zeïna était courtisée par bien des hommes, malgré son jeune age son grade et sa beauté faisait naître beaucoup d’appétit. La jeune fille savait très bien qu’elle plaisait aux hommes, elle faisait en sorte de repousser les avances avec tact et courtoisie. Elle prenait le temps de discuter avec les marchands et de se faire des contacts parmi eux.
Le gouverneur s’approcha d’elle, il portait une tenue luxueuse et paradait au milieu de ses invités fendant la foule. Il tenait à sa main un verre en cristal rempli d’un vin fin hors de prix, Zeïna afficha le plus beau des sourires qu’elle pouvait faire.
- Capitaine Dé Feryo, c’est un vrai plaisir de vous avoir parmi nous.
- Je vous remercie pour votre invitation, cette fête est magnifique.
Le gouverneur fit un geste vague de la main.
- Ce n’est qu’une petite réception pour de pas s’ennuyer.
Il se pencha vers elle en lançant un regard de connivence.
- J’espérais tellement vous voir parmi nous, il est si rare de rencontrer une femme capitaine d’un navire, et encore moins à votre age et avec votre beauté.
Zeïna se mit à rougir, elle n’était pas habituée à ce montrer en société, et encore moins à cacher ses émotions, ce qui n’échappa pas au gouverneur.
- Et bien et bien, vous voilà dans tous vos états, il ne faut pas autant s’emporter un simple compliment.
L’homme se rapprocha un peu plus d’elle, il sentait fort l’alcool, la jeune fille devait tout de suite l’arrêter.
- Je suis désolé, mais je dois revenir à mon navire, le départ est prévu dans la matinée et j’ai encore beaucoup à faire à bord.
Le gouverneur ne cacha pas sa déception.
- C’est bien dommage, la fête n’est pas encore terminée.
- Merci encore pour votre invitation.
Un serviteur de la maison s’approcha d’eux.
- Excusez moi, fit il sur un ton guindé, une personne demande le Capitaine Dé Feryo à l’entrée.
C’était une véritable aubaine pour Zeïna.
- C’est sûrement un membre de mon équipage qui est venu m’escorter jusqu’au port.
- J’espère revoir vos voiles dans la rade, j’aurais l’immense plaisir de vous recevoir en ma demeure.
- Se sera avec grand plaisir Monsieur le Gouverneur.
Elle s’inclina avec attention comme ses professeurs lui avaient appris. Elle les remercia intérieurement pour les heures passées à lui inculquer les bonnes manières dans la haute société. Zeïna suivit le serviteur qui la mena jusqu’à la sortie, la jeune fille eut la surprise de voir Hina qui l’attendait à l’extérieur.
- Que fais tu là ?
- Je suis désolée de vous importuner Capitaine, mais j’ai un message urgent Cryanne pour vous.
Zeïna prêta plus d’attention à la jeune fille, un peu plus inquiète.
- Il y a un problème sur le navire, un homme d’équipage.
- Je ne peux pas vous répondre, elle m’a donné ce mot pour vous.
La capitaine prit l’enveloppe, elle l’ouvrit sans attendre pour lire le contenu. Son visage s’assombrit en voyant le contenu, il était court et écrit rapidement « Revenez au plus vite au navire ».
- Retournons à bord, trouve moi une voiture s’il te plait.
- Tout de suite Capitaine.
Son impatience allait croissante, heureusement Hina était la meilleure pour trouver les choses rapidement. Le voyage fut mené à vive allure sous l’impulsion de Zeïna, le carrosse bondissant dans les rues vides. Le port fut rapidement en vue, et la voiture s’arrêta au pied de la passerelle de l’Aurore Boréale. Zeïna bondit par la porte et passa devant le garde sans prendre le temps de s’arrêter, elle avait bien d’autres soucis à penser.
La jeune fille chercha sur le pont où se trouvait un des officiers du bord, c’est un des marins restés sur le bateau qui l’interpella.
- Capitaine, ils sont tous réunis dans votre cabine, ils vous attendent je pense.
- Merci.
Elle poussa la porte et débarqua dans sa cabine comme un bateau en pleine tempête. Les trois personnes levèrent subitement la tête à son arrivée, aux mines défaites elle comprit que c’était bien plus grave qu’elle ne le pensait.
- Que se passe t’il ?
Ils se regardèrent sans répondre, ne sachant pas qui devait lui annoncer la nouvelle.
- Au fait s’il vous plait !
- Désolé, répondit Portyd, mais ce que nous devons vous dire n’est pas facile, mais mieux vaut être direct. Le bateau est sous la menace d’un ennemi qui a juré sa perte, c’est un pirate et pas n’importe lequel.
- C’est « le Démon », lança sans préambule Cryanne.
Zeïna accusa le coup sans broncher, elle laissa quelques temps pour bien assimiler la nouvelle.
- Vous êtes sûr de ça ? Demanda t’elle.
- Au départ ce n’était qu’une rumeur, reprit Cryanne, mais nous avons la certitude qu’il avait décidé de nous prendre pour cible. J’attends encore des informations par mes hommes sur le port.
La capitaine se mit à faire les cent pas, elle devait réfléchir sur ce qu’ils allaient faire. Elle savait très bien que cela ne servirait à rien de demander l’aide des autorités, peu voulait affronter ce pirate sur l’eau.
- Lantis, la marge de manœuvre.
Le garde du corps poussa un profond soupir.
- Face à lui, elle est faible, il n’y a qu’une manière de lui répondre, c’est de se battre ou la chance.
Un nouveau silence suivit la tirade de Lantis. Zeïna posa les deux mains sur la table faisant trembler le bois.
- Il n’y a pas à chercher, nous n’allons pas nous laisser faire ainsi, Madame Tolado, tu prends deux hommes à bord et tu fais le tour des tavernes pour ramener tout le monde.
La métis hocha la tête.
- Monsieur Odell, faite le tour du navire est vérifié toute la structure et les magasins, qu’il ne nous manque rien pour le voyage et pour tout imprévu.
- Oui Madame.
La jeune fille se tourna vers le garde du corps.
- Monsieur Alaster, faite l’inventaire de l’armement du bord, si il faut le compléter vous prendrez dans les caisses du navire pour en acheter plus.
- Bien Capitaine.
Elle les regarda fixement.
- Nous allons montrer aux pirates que l’Aurore est capable de se défendre et qu’il peut même mordre si il faut.
- Le Démon n’est pas n’importe qui, reprit Lantis.
- Ne crois pas que je l’ai oublié, répondit Zeïna, mais est ce que tu crois que s’est mieux de se cacher au fond d’un trou dans l’espoir que nous passions inaperçus ?
Le garde du corps sourit pour la première fois, imiter par les deux autres officiers du bord. Un miaulement bruyant les fit tous se retourner, ils remarquèrent alors que Mozemio était présent dans la cabine. Il sauta sur la table et s’étira en sortant les griffes, dévoilant une rangée de dents aiguisées. Le chat s’assit sur le livre de bord fermé sur la table et il les regarda dédaigneusement.
- Alors, vous allez laisser un chat avoir le dernier mot ? Lança la capitaine de la confiance dans la voix.
Ils sortirent tous de la cabine pour s’acquitter de leurs ordres. Une fois seule, la capitaine sentit un vertige lui prendre, et elle se rattrapa à son bureau. Mozemio n’avait pas bougé, restant à la regarder de ses yeux azur.
- Merci pour l’aide.
Le chat se contenta de pousser un miaulement aigu en la regardant. Elle le caressa avec tendresse, retrouvant son calme peu à peu.
- Je me demande bien comment nous allons nous en sortir.
Seul le silence lui répondit.
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Le "Démon" est à leur trousse, que va t'il se passer pour l'Aurore maintenant.
Plus que jamais, l'équipage devra rester soudé pour poursuivre son aventure.
Bonne lecture. |