Bonjour ^^
Chevalier continue, et l'histoire se développe pour plonger au cœur de la vie des héros qui s’imprègne peu à peu de la magie.
Onèan va découvrir le vrai sens de la magie, Oroky va lui dévoiler un peu plus de ce monde qui va devenir son quotidien.
Pour Lynaïs et Brom, la chance est avec eux, ils sont tombés sur Sir Nartero, il va pouvoir les aider à pénétrer dans la forteresse de l'ordre.
Bonne lecture ^^
============================================================
CHAPITRE 39
La magie qui est en toi
La convalescence d’Onèan était enfin terminée, grâce aux onguents du shaman les blessures s’étaient refermées rapidement. Pendant cette courte période, il avait appris l’étrange nouvelle, le vieux Oroky allait lui apprendre la magie.
Au départ incrédule, le jeune homme n’avait pas su comment réagir à la nouvelle aussi abrupte. Mais une fois la surprise passé, il chercha à savoir pourquoi avoir prit une telle décision sans lui en parler auparavant. L’idée même qu’il soit capable de manier la magie était bien au-delà de sa propre compréhension.
- Je ne comprends pas ce choix, vous ne m’en avez même pas parlé avant, fit Onèan.
Le koradji se contenta d’un de ses habituels gestes en l’air.
- Tu n’as pas besoin d’en faire autant pour si peu, et maintenant tu dois me tutoyer, tu es mon élève à présent.
- Comment ? Mais attendez …
- Tu vas arrêter de gémir ainsi, j’ai pris cette décision et tu devras la suivre, pour ton bien et pour celui de tout notre monde.
Le vieil homme avait parlé avec une voix autoritaire, voyant le visage surpris du jeune homme, il se radoucit et le regarda avec plus d’indulgence.
- Ecoutes, je sais que la nouvelle peut te paraitre un peu surréaliste, mais crois moi, je vais t’apprendre la magie, quoi que tu en penses.
L’écuyer finit par s’incliner.
- Très bien, je vous écouterais alors.
- Et par tous les dieux de la forêt, vas-tu me tutoyer ! Je suis ton maître dorénavant et tu dois m’obéir.
Onèan ne put s’empêcher de sourire.
- Tu seras mon professeur alors, dit-il en appuyant sur le premier mot de sa phrase.
Oroky hocha la tête avec satisfaction.
- Et bien, que tu es têtu, ça promet de longues journées, pour le moment repose toi le plus possible, tu seras bientôt guéri et nous pourrons nous mettre au travail plus sérieusement.
Ainsi, le shaman imposa son choix sans qu’il ne donne une seule explication à son futur élève. Le jeune homme ne pouvait qu’attendre et espérer que tout se passe bien en avançant vers ce nouveau monde.
Pour Anya également, la vie avait subitement prit un nouveau tournant. Après avoir fait ses corvées auprès de sa tante, elle devait passer le reste de son temps avec Onéan sous la surveillance d’Oroky. Sur la demande du shaman, la jeune fille avait commencé à apprendre au convalescent toutes les coutumes de son peuple, ainsi que son histoire.
La jeune koradji prenait son rôle très à cœur et elle prenait plaisir à parler avec l’humain de son peuple et de sa vie. De son coté, Onèan découvrait toute une civilisation inconnue, bouleversant tout ce qu’il avait appris sur les habitants de la forêt de Veraï, les sanguinaires fauves des bois comme le peuple du Conglomérat les appelait.
L’écuyer se demandait bien comment les mensonges colportés par l’Inquisition avaient pu perdurer malgré le temps. Les koradjis avaient une société de clans, chaque clan était organisé en groupes familiaux. Un chef était à la tête de chaque clan avec un conseil des anciens pour prendre les décisions les plus importantes.
Le soleil venait de se lever quand Onèan sortit de la hutte du shaman, pour la première fois depuis longtemps il gouttait au plaisir de sentir le soleil sur sa peau. Le vieux koradji avait décidé qu’il quitterait le village aujourd’hui, il était temps de commencer la formation de magie. L’écuyer n’aimait pas rester enfermé et ces derniers temps il avait passé bien trop d’heure sur une litière à attendre que le temps passe.
Mais surtout le plus important était que pour la première fois le jeune homme pouvait marcher seul dans le village sans être escorter par quelqu’un. Ce sentiment de liberté emplissait le cœur d’Onèan qui ne put retenir un large sourire se dessiner sur son visage.
Certains koradjis le regardaient avec surprise, le voyant ainsi seul dans le village. Pourtant, pas un seul d’entre eux ne l’empêcha d’avancer, depuis l’attaque de l’ours hibou et le conseil des anciens, les mentalités avaient un peu changé sur son compte, bien que de la suspicion restait encore ancrée en eux.
Onèan n’en prenait pas ombrage, sa liberté n’était que fraichement retrouvée et il n’était qu’un étranger vivant parmi un peuple ennemi des humains depuis de très nombreuses années. L’écuyer salua chaque personne qu’il croisait faisant bien attention de ne pas leur faire peur, pour ne pas les déranger.
Le jeune homme sortait ce matin pour une bonne raison, Oroky lui avait demandé d’aller chercher Anya. Le vieux koradji était entrain de préparer plusieurs sacs, le jeune homme avait bien compris qu’il allait enfin en savoir un peu plus sur l’étrange projet que seul le shaman connaissait réellement.
Marchant d’un bon pas, l’écuyer marcha entre les huttes alignées, grâce aux explications du vieux koradji il savait où il devait retrouver la jeune fille. Il trouva enfin le lieu qu’il cherchait, une maison de bonne taille, adossée à un grand arbre plus que centenaire.
L’entrée était délimitée par un chambranle sculpté fait de bois massif, le sentier était délimité par des pierres plates jusqu’à la tenture qui cachait l’intérieur de la maison. Les murs étaient semblables aux autres huttes, faites d’argile et de paille mêlée sur une ossature en bois. De l’herbe séché au soleil et réunie en fagot formait le toit, protégeant de la pluie et préservant des fortes chaleurs.
Onèan ne savait pas comment il pouvait s’annoncer. Il hésitait devant la maison quand la tenture s’écarta, une femme koradji d’âge mur en sorti. Elle était de taille moyenne avec une forte corpulence, habillée d’une robe de lin à bretelle large serrée à la taille par une ceinture de cuir. Son pelage était marron tout comme ses cheveux qu’elle gardait en chignon bien serré. Quand ses yeux noirs se posèrent sur l’écuyer, il sentit toute l’autorité qui émanait de cette femme.
La koradji mit ses poings sur les hanches en continuant de le fixer.
- Alors tu vas rester longtemps là sans bouger ? Demanda-t-elle.
Onèan s’empourpra, il devait avoir l’air bien idiot ainsi debout au milieu du chemin sans bouger. Il prit la parole d’une voix calme et respectueuse.
- Bonjour, je m’appelle Onèan Terrenoir.
La femme sourit.
- Tu n’as pas besoin de te présenter, je te connais comme la plus part des habitants du village.
Le jeune homme secoua la tête en rougissant, c’était évident qu’elle savait très bien son nom.
- Alors qu’est ce qui t’amène ?
- Euh … Je viens de la part d’Oroky pour chercher Anya avant le départ en forêt.
- Et bien, tu ne m’as pas l’air bien dégourdi ma parole, je suis sa tante Najie, je l’ai envoyé chercher de l’eau à l’instant.
- Je vais attendre alors.
La tante le regarda debout au milieu du chemin.
- Tu vas rester là alors que tu gènes le passage ?
L’écuyer était gêné et cherchait un endroit pour se mettre.
- Viens donc à l’intérieur, tu pourras l’attendre assis au moins.
- Merci.
Il suivit la koradji qui était déjà rentrée. Le jeune homme découvrit une maison plus chaleureuse que celle du shaman, une table se tenait au centre, entourée par des tabourets en bois. Une cuisine était installée non loin avec un petit établi pour y préparer les repas, un foyer en pierre servait à la fois de four et de plaques de cuissons. Plusieurs étagères et un coffre en bois complétaient la décoration, un petit couloir donné sur deux autres pièces séparées par des cloisons faîtes de branchages et feuillage séché.
Voyant l’humain regardait la disposition de la maison, Najie sourit.
- J’imagine qu’en vivant dans la hutte du shaman tu n’as jamais eu l’occasion de visiter une autre maison et le connaissant il ne doit pas avoir un intérieur particulièrement agréable.
- Non en effet.
La tante d’Anya se mit à rire.
- Ce vieux bonhomme aurait bien besoin d’une femme pour mettre son nez dans ses affaires et ranger un peu.
- J’ai du mal à voir une compagne dans les jambes du vieil homme.
Najie le regarda avec des yeux amusés.
- Tu es donc resté suffisamment sous son toit pour en apprendre assez sur lui.
Ils échangèrent un sourire.
- Enfin, reprit la femme, si tu veux en apprendre plus sur l’intérieur, là bas se sont les chambres et ici la pièce principale de vie, nous avons aussi un appentis accolé à la maison dehors pour stocker le bois. Je vais continuer mes occupations, si tu veux, prend un tabouret et assis toi, elle ne devrait pas être longue.
- Merci.
L’écuyer s’installa sur un siège en attendant qu’Anya revienne, il regardait la koradji vaquait à ses occupations. Elle n’était pas vraiment dérangée par la présence de l’humain, elle préparait le repas en sifflotant. La femme maniait son couteau avec rapidité, coupant des tubercules bruns qu’il n’avait jamais vu. Il semblait étrange à Onèan de voir avec quelle ressemblance elle faisait la cuisine tout comme dans son village.
Perdu dans ses pensées, il n’entendit pas les graviers crisser sur le chemin de l’entrée menant au chemin. La tenture se souleva soudainement dans un claquement bref et énergique, révélant la jeune koradji portant un saut à la main.
- Voilà ton eau, lança Anya en arrivant dans la maison.
Elle faillit lâcher le saut qu’elle venait de ramener en voyant Onèan dans sa maison. Elle ne s’attendait pas à le trouver ici, et il la trouvait dans une tenue sale qu’elle n’aurait jamais voulu lui montrer. Le rouge monta à ses joues que sa fourrure ne pouvait pas cacher.
- Bonjour Anya, Oroky m’a demandé de venir te chercher, si évidemment tu es libre.
- Je … Je reviens tout de suite.
La jeune fille disparut dans une des chambres, la tante se mit à rire.
- Et bien, la voilà bien chamboulée la petite.
Elle posa son couteau et s’essuya les mains sur un chiffon.
- Tu pourras y aller Anya, Oroky m’avait prévenu que tu devais aller en forêt avec eux aujourd’hui.
Après quelques minutes, la jeune fille sortit en trombe de la chambre, changée avec des vêtements plus commode pour courir dans les bois. Le visiteur reconnut ceux qu’elle portait quand le jeune homme l’avait vu la première fois après son combat contre Keridan et ses acolytes. Il trouvait d’ailleurs que cette tenue lui allait parfaitement bien.
- Tu aurais pu me le dire.
- Et manquer ce spectacle ?
Najie partit en riant sous les regards courroucés de la jeune fille, Onèan ne put s’empêcher de pouffer à son tour en essayant de la cacher.
- A ce soir, tante Najie.
Anya entraîna l’écuyer sortant de la maison le rouge toujours aux joues.
- Je suis désolé si je t’ai gêné, lança Onèan en se mettant à sa hauteur.
- Se n’est rien, j’ai juste était surprise, dépêchons nous, je ne sais pas où nous devons aller et mieux vaut ne pas faire attendre Oroky trop longtemps.
Le jeune homme voyait bien qu’elle était encore renfrognée, contrairement à ce qu’elle disait, elle était très gênée. L’humain préféra ne pas en rajouter plus pour éviter qu’elle soit plus en colère en l’entendant se moquer.
Les jeunes gens firent le chemin qui les ramenait vers l’habitation du shaman bien plus rapidement qu’Onèan à l’allée. Ils arrivèrent devant la hutte d’Oroky, il était déjà sorti pour attendre les deux personnes qui l’accompagneraient dans les bois. A ses cotés se tenaient le chef du village, il affichait un air sévère, mais il était visible qu’il le faisait surtout pour la forme.
- Vous voilà enfin, dit le vieux koradji.
- Désolé de vous avoir fait attendre, répondit Anya, j’étais partie chercher de l’eau pour ma tante quand Onèan est arrivé pour me prendre.
Oroky fit un geste vague en l’air.
- Humain, intervint Korahyn avec une voix autoritaire, tu vas quitter le village avec eux, j’espère pour toi que tu ne vas pas chercher à t’enfuir.
- Où irais-je ? Je ne connais pas la forêt, et je ne compte pas prendre la poudre d’escampette dans un endroit inconnu comme la forêt de Veraï.
- Soit, tu as la confiance d’Oroky, fais en sorte de la respecter et tout ira bien.
Le chef partit sans un regard en arrière.
- Bon assez parlé, nous devons nous rendre en forêt est la vallée que je dois te montrer jeune humain est assez éloignée.
Ils se mirent en route immédiatement, rythmé par le pas soutenu du shaman. Bien que vieux, Oroky n’avait aucun à imposer sa cadence aux deux jeunes gens qui l’accompagnaient, il allait même bon train. Il était pressé d’arriver à destination, le travail allait surement être long et le commencement était le plus important.
Anya s’était portée à l’avant, elle avait emmené son arc et une dague à la ceinture en cas de mauvaises rencontres. Bien que d’apparences tranquilles la forêt pouvait devenir mortelle à celui qui ne connaissait pas les signes pour les éviter. Outre les ours hiboux, des loups pouvaient apparaitre sans prévenir, tout comme des grizzlis enragés.
La nature n’était pas la seule à craindre, les hommes sauvages s’en prenaient à tous les êtres qu’ils croisaient. Les koradjis eux même ne savaient pas d’où ils venaient, Ils avaient l’apparence des hommes mais avec une intelligence très diminuée et une rage de se battre décuplé. Mais ils manquaient de discrétion et ne sortaient que très rarement de leur territoire de chasse, les voyageurs devaient donc s’assurer de ne pas pénétrer sur leurs terres.
Onèan souriait, il quittait pour la deuxième fois le village après une période si longue qu’il en avait perdu le compte des jours. Lors de l’attaque de l’ours hibou, il n’avait pas pu en profiter pleinement. Mais cette fois, il comptait bien vivre chaque moment de liberté que les koradjis lui offraient enfin.
L’écuyer n’était déjà plus le même que lors de son entrée dans la forêt de Veraï. Sa tenue de cuir était trop abîmée pour l’utiliser pour le moment, il avait pu trouver des vêtements neufs fournis par le clan. Sa tenue était simple mais très pratique pour les bois, un pantalon de cuir souple et une chemise de lin que des lacets permettaient de fermer. Seules les bottes qu’il avait au pied étaient encore là pour lui rappeler d’où il venait.
Pourtant malgré l’éloignement, le jeune homme commençait à s’habituer à sa nouvelle vie, il avait soif de bouger. Il sentait tout son corps vibrait, il se serait même mi à courir s’il avait pu le faire. Chaque arbre, chaque fourrais était presque un émerveillement à ses yeux, il tentait de repérer son chemin pour pouvoir circuler sans peur de se perdre. Même sans vouloir quitter le clan par lui-même, il espérait bien parvenir à se débrouiller seul par la suite.
Anya revint près du shaman et de l’écuyer, elle était totalement différente dans les bois par rapport au village. Dans ce lieu, elle se sentait revivre, retrouvant ses réflexes de chasseuses et sa discrétion.
- Où allons-nous Oroky ? Demanda-t-elle.
- Dans une partie des bois que tu ne dois pas connaître, je suis même sûr que tu n’en as presque jamais entendu parler.
La réponse énigmatique était loin de la rassurer, encore moins pour Onèan qui intervint à son tour.
- Pourrais-tu en dire plus ? Je ne sais toujours pas ce qui m’attend.
Le shaman se mit à rire.
- Tu es bien impatient, chaque chose en son temps.
- J’attends depuis assez longtemps pour me poser de nombreuses questions.
- Ecoutes je vais satisfaire un peu ta curiosité, répondit Oroky, pour apprendre la magie tu dois avant tout prendre conscience de son existence, et surtout qu’elle est en toi.
Il toucha sa poitrine d’un doigt.
- Là où je t’emmène, tu retrouveras une partie de ton passé et de celui de tes ancêtres.
Onèan resta sans voix, il ne savait vraiment pas où il voulait en venir. Il regarda Anya, mais celle-ci fit un signe négatif de la tête pour montrer qu’elle était aussi perdue que lui.
Le petit groupe continua sa progression, ils quittèrent la route principale pour s’enfoncer dans les bois. Plus ils s’avançaient, plus le sentier devenait difficile et tortueux. De temps en temps des arbres tombés obstruaient le passage, il n’y avait parfois pas d’autres solutions que de les contourner en traversant les broussailles. Ils traversèrent un cours d’eau qui dévalait la pente en un bouillonnement incessant.
Après de longue heure de marche silencieuse, les voyageurs débouchèrent dans une forêt plus profonde, plus vieille, les arbres se perdaient dans les cimes sans qu’il ne soit possible de savoir où ils se terminaient. A terre, des rochers polis par le temps étaient couverts de mousse, certains formaient des arcades d’où pendaient des lianes comme des bras voulant attraper les imprudents qui auraient osés s’approcher. Les deux jeunes gens se sentaient écrasaient par un poids étrange, respirer était même difficile par moment.
Le shaman savait très bien où ils les menaient, il avait pris la tête en regardant de temps en temps une pierre ou d’étranges boursouflures sur les branches des arbres alentours. Enfin Oroky s’arrêta en faisant signe aux autres d’en faire autant. Ils avaient stoppé devant une haie de petits arbres qui formait un écran donnant dans une clairière.
- A partir de là, tu dois avancer seul, ne t’inquiète pas il n’y a aucun danger.
- Pourquoi seulement moi ?
Le vieil homme ne put s’empêcher de lâcher un profond soupir d’agacement.
- Toujours des questions, marche devant toi et traverse cette haie, ce n’est pas compliqué que diable.
- Se n’était qu’une question, je vais le faire.
Anya resta près d’Oroky respectant sa demande même si elle mourrait d’envie de l’accompagner. L’écuyer prit une profonde inspiration et il traversa la haie pour découvrir ce qui était caché de l’autre coté. Il se protégea les yeux de la lumière qu’il n’avait pas vu aussi forte depuis leur départ, une fois sa vue rétablit le jeune homme contempla ce qui s’offrait à son regard.
Une petite vallée se formait en plein centre de ce bois ancien. Sur les pentes douces, des dolmens de pierre étaient dressés les uns à coté des autres sans ordre apparent. Ils étaient tous couverts de gravures et de dessins représentant des animaux où des formes étranges aux grandes arabesques. Partout où ses yeux se posaient il découvrait des pierres gravées et des stèles aux formes variées.
Au centre du vallon, un petit lac circulaire trônait, entouré par des portiques en pierre qui paraissaient avoir toujours été là. L’eau était cristalline, le scintillement du soleil éclairait les pierres en une myriade d’étincelles. Onèan n’arrivait pas à se détacher de ce qu’il voyait, il sentait dans son corps une chaleur l’envahir, une sensation étrange de bienêtre et de bouillonnement en même temps.
Sans vraiment s’en rendre compte, le jeune homme s’était avancé entre les dolmens fasciné par l’étrange ambiance des lieux. Oroky et Arya avaient à leur tour traversé la haie. Tandis que la jeune fille n’avait pas assez de ses deux yeux pour contempler ce qu’elle voyait, le shaman observait le jeune homme avancer vers le lac. Il voyait peu à peu son aura briller autour de lui, le vieux koradji ne s’était pas trompé, une magie puissante sommeillait en lui et s’est ici qu’elle pouvait à nouveau s’exprimer.
Onèan était arrivé au bord du lac, il se mit à le contempler ses yeux devenant vague entrant presque dans une transe. Des images bondirent en lui, il vit des flammes gigantesques naître et se mettre à danser au rythme des battements de son cœur. Tendant les mains, le feu s’enroula autour de ses bras sans le brûler, l’enlaçant langoureusement. Oroky posa une main sur son épaule faisant revenir au présent le jeune homme, les flammes disparurent de son esprit et il se retrouva face au lac paisible et magnifique.
- Qu’est ce qui vient de m’arriver ? Où sommes-nous ?
- Cette vallée s’appelle l’Alehecnira, c’est ici que se passe l’intronisation des shamans des kordajis, c’est un centre de magie très puissant qui existe depuis des millénaires.
- J’ai vu des flammes dans ma tête, elle m’obéissait comme si elles étaient vivantes.
Le shaman sourit.
- Ce que tu viens de vivre n’est autre que le retour à la vie de la magie qui habite en toi. Vous autres humains avez complètement oublié les anciens rites, pourtant certains d’entre vous pouvez utiliser cette magie car elle fait partie de vous, tout comme toi.
Oroky se pencha et il saisit une pierre au bord du lac, elle était de forme quelconque tenant dans une seule main. Le vieux koradji se mit à parler un langage étrange, les yeux fermés. Entre ses mains jointes une lumière naquit subitement pour disparaitre presque aussitôt sous les yeux ébahis d’Onèan et Anya. En ouvrant les mains, ils découvrirent que la pierre était devenue parfaitement ovale et transparente, un cristal pur qui brillait au soleil.
- La magie permet de faire des choses magnifiques mais aussi parfois terribles, mais avant tout il faut savoir la contrôler pour l’utiliser.
L’écuyer réalisa enfin où voulait en venir Oroky, grâce à lui le jeune homme avait pris conscience de la magie qui vivait en lui.
- J’ai compris, et je veux apprendre à développer cette force en moi si tu veux bien me l’apprendre.
Le shaman était satisfait.
- Bien j’ai encore quelque chose à te montrer, suivez moi.
Ils passèrent sous un portique et débouchèrent sur une petite zone plate, délimitée par de petites stèles dressées. Il y avait là toute une série de monticules recouverts de pierres plates bien rangées, les jeunes gens comprirent qu’ils étaient dans un cimetière.
- Bien avant ma naissance, intervint le shaman, les personnes qui étaient à la fois des mages et des guerriers étaient enterrées ici pour reposer au plus près de la magie.
Onèan écarquilla les yeux, comprenant pourquoi ils étaient là en voyant un monticule plus récent que les autres. Des larmes naquirent dans ses yeux à chaque pas qu’il faisait vers celui-ci. Il resta debout sans émettre un son, la gorge trop nouée pour pouvoir parler. Anya était près de lui, essayant de savoir ce qu’elle devait faire, mais le shaman posa une main sur le bras de la jeune fille pour l’empêcher d’intervenir.
- Je pense que tu as deviné, voici la tombe de ton père Rodéric Terrenoir, expliqua Oroky prenant une voix posée.
============================================================
- Alors qui êtes-vous ?
Lynaïs et Brom étaient en pleine panique, il venait d’être découvert aux abords d’un édifice militaire et en plus par un chevalier de l’ordre de la lumière. Ils devaient absolument trouver une solution sinon ils allaient finir dans les prisons de la forteresse.
- Bonjour, lança la jeune fille en essayant de cacher sa gêne, nous nous sommes perdus est ce que vous pourriez nous aider ?
- Tiens donc, répondit Sir Nartero, et je suppose que vous ne savez pas aussi ce qu’est le bâtiment que vous regardiez avec autant d’intérêt.
L’affaire se présentait mal pour les deux jeunes gens, la fuite était inutile ils ne pourraient jamais semer le chevalier.
- Nous étions venu voir un ami écuyer en fait, dit Brom sur une inspiration.
Lynaïs se crispa, c’était une bonne idée mais elle pouvait aussi bien mal tourner.
- Voilà, pourquoi ne pas me l’avoir dit plus tôt, je n’allais pas vous coller en prison pour une simple visite de courtoisie. Comment s’appelle votre ami ? Je connais tout le monde ou presque dans ce bâtiment, je suis sûr de pouvoir vous mener à lui.
- Et bien …
Brom perdait pied, et le regard du chevalier se faisait de plus en plus sévère. Il fallait agir et vite, la jeune fille prit le risque avant qu’il ne soit trop tard.
- Pour vous dire la vérité, nous sommes ici pour en savoir un peu plus sur un écuyer en particulier, rien de grave je vous assure, c’est un ami d’enfance.
- Son nom ?
- Onèan Terrenoir, répondit Lynaïs après une légère hésitation.
- Vous avez dit Terrenoir ?!
Sur le visage du chevalier se voyait autant la surprise que la tristesse, il répondit avec une voix basse.
- Vous n’êtes donc pas au courant ?
- Pour sa disparition, si nous le sommes, répondit Lynaïs, mais nous cherchons quelqu’un qui pourrait nous donner des renseignements sur lui.
- Pourquoi faire ? Ce pauvre garçon n’est plus parmi nous, il est bien inutile de déranger les morts.
A la stupéfaction des jeunes gens, ils virent le visage de l’homme s’assombrir en quelques instants. Le désespoir qu’il montrait n’avait rien à voir avec ce qu’ils s’attendaient de la part d’un soldat du Conglomérat.
- J’étais son tuteur chez les chevaliers, et je n’ai pas pu le protéger.
Lynaïs comprit alors pourquoi elle avait vu cette tristesse sur son visage quand ils étaient entrés à Paragahi. Les deux jeunes gens avaient de la chance, ils venaient de tomber sur ne personne qui allait pouvoir les aider à trouver des pistes pour leur quête.
- Je suis désolé, de vous déranger ainsi, mais …
Elle hésita quelques instants, faisant naitre de l’intérêt dans les yeux du chevalier.
- Et bien vas-y, dis moi ce que tu désires.
L’archère se lança alors.
- Que vous me croyez ou pas n’a pas d’importance, mais je suis persuadée qu’il n’est pas mort, nous n’avons aucunes preuves qu’il soit réellement mort dans cette forêt.
Sir Nartero eut un mouvement de recul devant une telle affirmation, il fixa la jeune fille avec incrédulité en lui répondant.
- L’attaque dans la forêt est pourtant un bon argument, tu ne crois pas ? Il serait revenu au campement s’il avait été encore en vie.
- Il est vivant et je vais le chercher dans les bois, lança la jeune fille avec conviction, j’ai besoin de savoir où il était pour commencer mes recherches.
- Mais c’est impossible, je vous dis que …
- Moi aussi je le crois vivant, le coupe Brom, je la suivrais pour le sauver.
Le chevalier les regardait sans comprendre.
- Même si vous ne nous aidez pas, reprit Lynaïs, nous entrerons dans la forêt pour le chercher.
Sir Nartero regarda leur regard assuré, les deux jeunes gens lui faisaient face avec une telle détermination.
- Je ne peux pas vous envoyer là bas, c’est trop dangereux.
- Venez avec nous.
La réponse le prit au dépourvu.
- Je ne peux pas, j’ai des devoirs ici, mais …
Le chevalier se mit à réfléchir, puis il se tourna vers eux.
- Suivez-moi.
L’homme marcha en direction du donjon des chevaliers. Les deux jeunes gens se regardèrent indécis.
- Que faisons-nous Lynaïs ?
- Autant le suivre, nous n’avons pas d’autres choix.
Le jeune forgeron et l’archère emboitèrent le pas du chevalier
|