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Jeudi 31 mai 2012, 17:30


Voici une histoire écrite par Trimor et dont le titre est Océan - chapitre 18 - Poursuite.

CHAPITRE 18
Poursuite


L’Aurore Boréale semblait voler à la surface de l’eau tel un oiseau aux ailes grandes ouvertes. Une immense montagne de voiles était déployée sur tous ses mâts, à chacune de ses vergues, profitant du moindre souffle d’air pour faire avancer toujours plus vite le bateau.
- Retendez moi aussi plus vite que ça ! Hurla le second aux marins dans la mature.
La moitié de l’équipage était parti à l’assaut pour garder toutes les voiles en bon état. Les hommes tiraient sur les cordages pour retendre la toile détachée. Elle se gonfla généreusement quand les derniers nœuds furent faits. Le mat craqua sous l’impulsion mais ne rompit pas, le navire pouvait très bien le supporter.

- Quelle est notre vitesse Mrs Odell ? Lança Zeïna du pont supérieur.
Deux mousses lancèrent une ligne à plomb pour la calculer, le fil fila rapidement brulant presque les mains du gamin. Quand il voulut l’arrêter au top de son camarade, il fut soulevé du bord entraîné sous le coup de la vitesse. Portyd arriva à temps et rattrapa le mousse avant qu’il ne passe par-dessus bord.
- Tiens un peu mieux sur des jambes toi.
- Désolé Monsieur, fit le gamin tout penaud.
- 14 nœuds, fit son camarade ébahi.
Le second reposa le mousse sur le pont en souriant, l’Aurore avait beau être un navire de commerce, il était extrêmement rapide. Il s’approcha de son capitaine.
- 14 nœuds Capitaine, elle est plus fringante que jamais.
- Je savais que nous pouvions compter sur ce navire.

Elle avait donné la barre à un homme d’équipage pour mieux organiser les manœuvres, elle multipliait les ordres relayées par le second sur le pont et la métis dans la voilure. Près de la porte menant à la calle, le garde du corps préparait les armes avec l’aide d’Olans Ménalas son second ainsi que le jeune cuisinier et Hina. Bien que rapide, Zeïna préférait se préparer à toute éventualité en cas de combat si il devait avoir lieu.
La jeune fille prit sa lunette et regarda par l’arrière. La goélette pirate s’était encore rapprochée, même si celle-ci avait plus de mal qu’avant. Malgré tout ce que pouvait donner l’Aurore Boréale, le bateau était fait pour le commerce, pas pour la course.
Le second arriva à ses côtés en portant son regard vers le navire qui les poursuivait.
- Ils sont bordés des bonnettes supplémentaires, ils vont encore gagner en rapidité.
- Les pirates courent aussi à leur perte en faisant ça, si une seule vergue cède ils peuvent perdre un mat en même temps.
- Je pense qu’ils ont du avoir des ordres stricts.
- Ce « Démon » est il si terrible pour inspirer tant de peur même à ses propres hommes ? Demanda Zeïna.
- Sa réputation est plus que justifiée, les rumeurs existent mais elles sont en grande partie vraie.
La jeune fille replia sa lunette d’un coup sec, elle regarda rapidement autour d’elle pour voir si aucuns marins étaient proches.
- Si la goélette se rapproche encore, est ce que tu crois que nous pouvons déployer de la voilure supplémentaire sur les vergues ?
Le second remarqua qu’elle le tutoyait, elle était plus inquiète qu’il n’y paraissait. Il réfléchit quelques instants.
- C’est possible mais il va falloir renforcer la structure.
- Donne l’ordre au charpentier de se mettre au travail immédiatement, que tous les hommes disponibles les aident.
- Très bien, nous allons les semer, j’en suis persuadé.
- Moi aussi.

Elle fit un grand sourire, mais Portyd sentit qu’elle n’était pas tout à fait assurée. Il fit semblant de ne pas le remarquer et courut transmettre les ordres. Zeïna retourna dans sa cabine et consulta rapidement sa carte, selon la dernière position qu’elle avait pu lire avec le soleil, il était encore à plusieurs jours de la première ile habitée. Le bateau ne pouvait espérer trouver un refuge rapidement, les possibilités s’amenuisaient.
En retournant sur le pont, elle croisa le médecin du bord qui portait un grand sac de voiles déchirées.
- Qu’allez-vous faire de tout cela Docteur ?
- Je prépare des bandages, répondit Gouran Dé Hydalis, en cas de combat je préfère avoir un stock près.
La commis du bord arriva derrière lui, portant également son fardeau dans les bras.
- Il vous a embauché à ce que je vois.
- Je ne voulais pas rester à rien faire, lança Nefrita Hagus, et je ne peux pas vraiment aidé à grimper dans un mat ou à tirer une corde.
- Comment se présente la poursuite ? Demanda le médecin en tentant de garder son équilibre après une embardée du navire.
- La distance est encore grande mais elle s’amenuise, mais nous allons augmenter la surface de voiles, je dois vous laisser.
La jeune fille les salua et prit l’escalier qui montait sur le pont.
- J’ai l’impression que nous n’allons pas faire des bandages pour rien, lança Gouran.
- Allons, tout n’est pas encore terminé, il ne faut pas de lamenter avant d’avoir mal.
Nefrita Hagus le poussa dans le dos avec son sac.
- Si nous nous mettions au travail, je ne pense pas que les bandages vont se préparer tout seul.
Ils se dirigèrent vers la cambuse pour préparer l’infirmerie.

Sur le pont, les coups de marteau du charpentier répondaient aux appels des hommes pour retendre une voile dans les mats. Plusieurs madriers étaient entrain d’être posé autour du grand mat pour le rigidifier un peu plus. Une autre équipe faisait la même chose au niveau de l’assemblage des vergues.
- Monsieur Janferg quand pensez vous avoir finit ? Demanda Zeïna en s’approchant du pied du mat.
Olaf Janferg était le charpentier du bord, il était déjà sur le navire au temps de son père. Malgré son âge avancée, la jeune fille n’aurait jamais voulu trouver un autre charpentier, et de toute façon l’homme n’était pas près de quitter le bateau. Il en connaissait toute la structure, jusqu’à la moindre planche, au moindre espar, il sentait aussi quand le navire n’allait comme une mère avec son enfant.
Le charpentier avait deux aides qu’il avait pu trouver parmi les nouveaux arrivants, grâce à ses efforts l’Aurore était toujours aussi solide et robuste malgré les tempêtes et les coups durs. Là encore, son expérience lui permettait de savoir où le navire avait besoin d’être renforcé et comment il fallait faire. C’était un membre très important du navire pour sa santé et la sécurité de tout le reste de l’équipage.

Olaf Janferg salua la jeune fille d’un bref signe de la tête.
- Pour la mat, c’est presque finit, il ne restera plus que les vergues mais je ne peux pas vous garantir que cela tiendra plusieurs jours à ce rythme.
- Il faudrait que vous ayez terminé le plus vite possible, faite le moi savoir immédiatement.
- Bien capitaine, vous pouvez compter sur nous.
A peine une heure après que les charpentiers aient commencé leur travail, les bonnettes supplémentaires étaient déployées de part et d’autre du bord. L’impulsion se ressentit dans tout le navire, le mat grinça de plus belle mais rien ne cassa.
Le vent fouettait le visage des marins et des paquets de mer énorme s’écrasaient sur le pont à un rythme régulier. La proue du navire rasait les flots sous la force des voiles, donnant l’impression que le navire voulait plongeait dans l’eau.
- Mr Odell, je veux que tous les cordages soient vérifiés un à un.
- A vos ordres.

La poursuite continua ainsi, l’écart entre les navires oscillant au grès de la force des vents. Mais au grand soulagement de Zeïna et de tout l’équipage de l’Aurore Boréale, la distance restait constante et les pirates ne se rapprochaient plus aussi vite qu’avant.
La journée passa dans une ambiance électrique, le repas fut servi sur un ordre de la capitaine. Les marins s’organisèrent en équipe pour que tous puissent manger chaud à tour de rôle. La jeune fille resta à l’arrière du navire, à observer leur poursuivant dans sa lunette. Elle pouvait voir l’agitation qui régnait à bord, des petites formes montant à l’assaut des voiles pour gagner encore quelques nœuds.
Hina s’approcha d’elle et lui tendit son déjeuner, elle ne pouvait pas le refuser alors que tout le monde pouvait la voir. Voyant le sourire de la jeune fille, Zeïna comprit que celle-ci le savait très bien et qu’elle en profitait.
- Tu as gagné cette fois.
- Mangez s’il vous plait.
La capitaine prit l’assiette des mains d’Hina et la mangea doucement, tout en regardant la goélette. Elle s’aperçut alors qu’elle avait rien mangé depuis le matin, la faim la rappelant à chaque coup de fourchette.

Le soir allait tomber, la jeune fille poussa un soupir de soulagement, ils avaient réussi à tenir l’écart entre les deux navires toute la journée. Maintenant, c’était la seule chance pour l’Aurore pour se débarrasser de leur encombrant compagnon de route.
- Mr Odell, lança Zeïna en se portant çà sa hauteur, éteignez tous les feux de position, les bougies sont interdites.
- C’est la nouvelle lune ce soir en plus, le temps idéale pour semer ces pirates.
- Vous avez tout compris.
Aucunes lampes ne furent allumées sur le bateau, le foyer de la cuisine du bord s’éteignit également. Le plus grand silence régnait sur le bord, seul le bruit des cordages et des vagues était encore audible. La nuit était d’un noir d’encre, la goélette des pirates brillait comme un phare au milieu de l’océan sombre. La visibilité était presque nulle dans de telles conditions, c’était parfait pour la manœuvre qu’avait en tête la jeune fille.
La capitaine se pencha par-dessus la rambarde du pont supérieur vers le second qu’elle discernait à peine.
- Pour l’équipe de Mme Tolado, lança à voix basse Zeïna, retirez les bonnettes supplémentaire sur les vergues, relevez toutes les voiles ne laissez que le petit et le grand hunier et préparez vous à la manœuvre.
- Oui capitaine, répondit le second avec un calme que personne ne lui connaissait.
L’ordre était relayé par les mousses disposés sur le pont pour éviter de faire du bruit. Les voiles furent retirées promptement et avec le minimum de bruit. La capitaine reçut le retour de l’ordre par les mousses quand tout fut terminé, elle fit un signe de tête satisfaite, maintenant il fallait faire le plus rapidement possible.
- A tout l’équipage parez à virer de bord.
A nouveau le message passa à tout le navire sans un seul cri ni cavalcade.
- Au timonier, direction Nord – Nord Ouest.
- Direction Nord –Nord Ouest, répéta l’homme à la barre en faisant des gestes rapides et précis.
Le navire vira de bord lentement sur lui-même glissant en douceur, la mature grinçant sous la manœuvre. Le silence qui régnait à bord avait quelque chose de surnaturelle, plus d’un se rendirent compte après qu’ils avaient retenu leur respiration tout au long de la manœuvre.
- Cap Nord –Nord Ouest, reprit le timonier pour annoncer la fin de la manœuvre.
- Toutes voiles dehors, lança Zeïna.
Les gabiers redéployèrent toutes les voiles avec rapidité. Immédiatement tout l’équipage sentirent le navire repartirent de plus belle, fendant les flots toujours aussi silencieux.
- Mr Odell, à tout les hommes silence complet jusqu’au lever du jour, que la moitié de l’équipage aille se reposer, ils relèveront les hommes en milieu de nuit.
Les ordres furent relayés dans un maximum de silence, les officiers se réunirent autour de Zeïna sur sa demande.
- Mr Odell et Mr Alaster, allez vous reposer, je prends la première vieille avec Mme Tolado.
- Très bien capitaine, répondirent ensemble les deux hommes.
Une fois les deus officiers partis, la jeune fille prit sa lunette.
- Je vais continuer à les surveiller de près, faites en sorte que le vaisseau continue sa course.
- Très bien ma belle, répondit la métis avec un sourire.
La femme était la seule qui l’appelait ainsi, elle n’aimait pas trop qu’elle le fasse devant les marins. Mais pour le moment l’heure était trop grave pour que la jeune fille fasse du zèle. La capitaine resta sur le pont arrière, la lunette collée à son œil pour observer le navire ennemi qui poursuivait sa route selon le même cap.

La nuit passa dans une angoisse continuelle, ponctuée par la course des marins dans les mât pour amener les voiles ou les redéployer au grés du vent. Leur manœuvre semblait réussir, le navire pirate s’éloignait de plus en plus, même si il semblait aussi changer de cap, il n’était plus qu’un lointain point lumineux quand Portyd et Lantis prirent leur quart.
Zeïna resta sur le pont malgré les protestations de ses officiers, elle voulait s’assurer que les pirates seraient loin d’eux au matin. Le vent tourna dans la nuit, leur permettant de gagner encore de la vitesse, les lumières du poursuivant disparurent enfin libérant l’Aurore du danger qu’elle encourrait.
L’aube se leva avec une très légère brume, de grosses cernes sous les yeux, la jeune fille replia sa lunette en soupirant, la tête baissée.
- Cette fois nous les avons semés une bonne fois, lança le second près d’elle.
- J’en suis sûre aussi, renchérit la capitaine, relevez l’ordre du silence, que les hommes se détendent un peu.
- Nous poursuivons dans cette direction ?
- Pour le moment oui, nous nous dirigerons vers le port de Nogen comme prévu en passant plus à l’ouest, rien de grave.
- Avec ce vent nous y seront rapidement, plus encore que si nous avions gardé notre cap de départ.
Zeïna sourit en hochant la tête.
- Depuis cette zone, il y a deux escales possible, espérons qu’ils se trompent, fit la jeune fille.
- Une fois dans le port nous serons à l’abri, répondit le second, ils n’oseront pas entrer dans la rade avec seulement un vaisseau.
- Nous verrons bien ce que l’avenir nous dira.

La capitaine prit congés du second, lui laissant la barre. Elle était bien plus fatiguée qu’elle ne le pensait et elle avait déjà du mal à garder les yeux ouverts. Zeïna prit l’escalier du pont inférieur et entra dans sa cabine, elle jeta son chapeau sur le lit et retira sa veste couverte de l’humidité du matin pour la mettre sur un porte manteau à la porte.
La petite porte latérale de sa cabine s’ouvrit, Hina entra tenant un plateau avec une tasse de café fumante et une assiette pleine de nourriture.
- Voici votre petit déjeuner.
- Merci Hina, mais tu as pu te reposer, j’espère que tu n’as pas passé la nuit à m’attendre rentrer.
- Non ne vous en fait pas, je vous connais maintenant je savais que vous ne reviendrez dans votre cabine qu’au matin.
Zeïna sourit, elle alla s’installer à son bureau où était posé le plateau, elle avait une faim de loup que l’odeur de son assiette exacerbée. Elle attaque avec entrain son repas, tandis qu’Hina préparait ses affaires. La capitaine était toujours étonnée de voir à quelle rapidité l’ancienne fille des rue s’était habituée à la vie à bord à son service.
Une fois son repas terminé, la fatigue revint de plus belle et Zeïna bailla à s’en décrocher la mâchoire. Elle se leva et se dirigea vers son lit qui l’appelait telle une sirène.
- Je vais dormir quelques heures, réveille moi quand il sera midi s’il te plait.
- Très bien capitaine, reposez vous bien.
- Merci, répondit Zeïna.
Une fois Hina sortie, la jeune fille retira ses bottes de ses pieds endoloris. Elle quitta son pantalon et sa chemise, passant une chemise propre et sèche pour mieux dormir. Sans plus attendre elle se glissa dans son lit, bien que petit, s’était un luxe non négligeable sur un navire de cette taille. Le sommeil la gagna presque immédiatement, l’esprit en repos après sa première victoire sur les pirates.


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Cette fois l'Aurore s'en sort sans combat grâce à la ruse de son capitaine et à un peu de chance il faut bien le dire
Mais les pirates n'en resteront pas là, à n'en pas douter
Bonne lecture ^^
 
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