CHAPITRE 23
La Princesse
Le Vent soufflait sans discontinuer dans une plainte sans fin poussant le navire toujours plus au sud. Après avoir quitté les abords du port de Nogen et le lieu de la bataille, l’Aurore Boréale avait trouvé les vents de suroît les emmenant rapidement vers leur nouvelle destination.
Les dernières traces du combat avaient complètement disparu, les marins portaient encore des bandages mais seul les blessés encore graves étaient alités sur des lits. L’infirmerie avait été transférée dans l’entrepont à la demande de Gouran Dé Hydalis, avec les portes de la cale ouvertes, de l’air frais parvenait aux blessés.
Zeïna profitait du beau temps pour faire un tour parmi ceux encore soignés pour les encourager et se renseigner sur leur état. Il y avait encore une dizaine de personne, le médecin était aidé de Nefrita Hagus qui était une parfaite aide pour lui. Son caractère froid et détaché en faisait une infirmière imperturbable et très efficace.
- Bonjour Docteur Dé Hydalis, lança la jeune fille en approchant.
- Bonjour Capitaine, répondit l’homme en souriant.
Il avait encore des cernes sous les yeux mais elles avaient considérablement diminué depuis les premiers jours.
- Capitaine, fit la commis en la voyant.
- Mme Hagus, toujours à votre poste.
- Elle m’a été d’une grande aide, répondit Gouran en souriant.
La femme se contenta de sourire à son tour.
- J’ai déjà fait ça tant de fois avec Cryanne et ses hommes que j’y suis habitué.
La jeune fille opina de la tête.
- Alors comment vont vos patients Docteur ?
- Ils se remettent doucement, les blessures sont seines et je n’ai heureusement aucune infection, même le marin qui a eu la jambe amputée se porte bien. Par contre …
Il hésita à poursuivre.
- Pour Hina, fit Zeïna comprenant l’arrêt de Gouran dé Hydalis.
- Elle n’a toujours pas repris conscience, elle a perdu trop de sang et son corps en a grandement souffert. Pour le moment je ne peux rien faire de plus, il faut attendre.
La capitaine baissa la tête, tous les jours elle venait voir les blessés, et à chaque fois l’état de la jeune fille ne s’améliorait pas. Sur le navire, sa présence manquait à beaucoup de monde, et notamment au jeune cuisinier qui avait perdu le sourire.
- Vous pensez qu’à la prochaine escale nous pourrions trouver un moyen de la ramener parmi nous.
- Honnêtement je ne sais pas.
La réponse du médecin était franche.
- Continuez à prendre soin d’elle nous aviserons à la prochaine escale où en cas de changement de son état.
Zeïna quitta l’infirmerie improvisée, la mine sombre, elle aurait préféré avoir de bien meilleures nouvelles. En posant les mains sur l’échelle qui la mènerait sur le pont, elle remarqua une petit forme qui tentait de se cacher derrière un tonneau. La capitaine reconnut la petite fille qui était venue avec le chasseur de pirate, elle essayait de voir ce qui se passait dans l’infirmerie.
Ne voyant pas de traces du marin qui l’accompagnait partout, Zeïna décida de s’approcher d’elle. Quand elle l’aperçut, la mystérieuse petite fille se recula dans l’ombre les yeux agrandis par la surprise. La jeune fille ne voulait pas lui faire peur et afficha un grand sourire.
- Que fais tu là ? Tu n’es pas avec Mr Hacknel.
La petite garda le silence sans bouger.
- Il ne faut pas avoir peur tu sais, reprit Zeïna, si tu es perdue je peux t’aider.
Elle semblait hésiter, elle sortit légèrement de l’ombre et regarda en direction des blessés installés dans la cale.
- Tu veux voir les blessés, ce n’est pas un endroit très joyeux.
La petite fille regarda la capitaine avec de grands yeux implorants, faisant sourire la jeune fille.
- Tu peux t’y rendre, mais ne gène pas le docteur d’accord.
Elle acquiesça en hochant la tête très vite, un grand sourire sur le visage.
Elle quitta sa cachette pour se rendre où elle voulait aller. Par curiosité, Zeïna lui emboita le pas se demandant bien ce qui la poussait à se rendre dans l’infirmerie.
La petite fille se présenta devant le médecin qui ne fut pas surpris de la voir arriver. Plusieurs blessés s’étaient relevés, la gaité retrouvée en l’apercevant. L’enfant trouva une caisse dans un coin qui ne dérangeait pas le travail du docteur et s’y installa. Elle ferma les yeux et elle commença à chanter d’une voix douce. L’atmosphère changea presque immédiatement, la petite fille avait une voix si belle que les douleurs semblaient s’envoler.
Zeïna sentit un frisson la parcourir, des images anciennes de bonheur avec ses parents lui revinrent comme par magie. Elle se sentit apaiser, les contrariétés et les douleurs s’estompant. La petite fille avait un don pour faire ressortir l’âme de sa chanson, bien que les paroles n’étaient pas compréhensibles.
La capitaine se retira sans bruit pour ne pas interrompre la petite fille. En remontant sur le pont, elle se rendit compte que la voix de l’enfant était audible ici aussi, les marins qui travaillaient affichaient un grand sourire. Elle croisa Hacknel qui accourait vers l’échelle pour descendre dans la cale, la jeune fille l’arrêta.
- Laissa là chanter, cela ne dérange pas et les blessés semblent appréciés.
Le visage du chasseur de pirate était marqué par de la peur, la jeune fille s’en étonna.
- N’ayez craintes, une si belle voix doit être entendue.
- Très bien.
Hacknel retourna à son poste, non sans jeter des regards en arrière. Zeïna se demanda ce qui pouvait lui faire autant peur.
Le soir tomba sur le navire, le quart venait de changer et le second se trouvait sur le pont, dirigeant les manœuvres dans les voiles. Zeïna était dans sa cabine, elle venait de terminer son repas et elle travaillait sur la route qu’elle voulait emprunter. Avec le changement de cap qu’ils avaient du prendre, elle devait maintenant reprendre tous les prochaines étapes.
Des coups furent frappés à sa porte.
- Entrez, lança Zeïna en levant la tête.
Un jeune mousse se présenta devant elle.
- Excusez moi de vous déranger Capitaine, je viens reprendre votre plateau.
La petite voix du mousse fit sourire la jeune fille, elle avait reconnu l’un des membres les plus jeunes de son équipage, Elio Frachen.
- Tu peux le prendre Elio, je te remercie.
Le mousse prit le plateau et quitta la cabine, une autre silhouette apparut derrière lui au moment où il fermait la porte. Cryanne laissa passer l’enfant avec le plateau en tenant la porte ouverte, elle regarda en direction de la capitaine.
- Je peux entrer ?
- Viens je t’en pris, répondit Zeïna.
Elle se permettait de la tutoyer, dans sa cabine la hiérarchie pouvait s’oublier un peu.
- Prend un siège, tu veux boire un verre de vin.
La jeune fille sortit une bouteille de son bureau et deux verres, elle aimait boire un peu de vin quand elle travaillait tard. Elle les remplit et en donna un à Cryanne qui l’accepta bien volontiers. Depuis leur première rencontre, les deux femmes s’étaient tout de suite bien entendu, l’expérience de la métis était un atout non négligeable pour la jeune capitaine.
- De quoi voulais tu me parler ?
- C’est au sujet de la chanson de la petite fille.
Zeïna était surprise.
- Il y a un problème ?
- Non, pas vraiment, c’est plutôt une interrogation.
La jeune fille écouta attentivement Cryanne
- Et bien, reprit elle, cette chanson était d’une beauté sans égale, elle vous transpercer l’âme jusqu’au plus profond de son cœur. J’ai déjà entendu parler de cet état par des marins de passage, c’est fou ce que les hommes peuvent raconter sur un oreiller.
La capitaine la regarda en rougissant.
- Il ne faut pas être gênée ma petite demoiselle, si j’étais une chef de bande au moment où tu m’as connu, j’ai fait avant bien d’autres métiers et notamment courtisane dans les bars du port. Enfin bref nous ne sommes pas là pour revivre ma jeunesse.
La métis se redressa sur son siège.
- Pour en revenir avec cette chanson, les hommes me disaient qu’ils existaient une zone sur l’océan où les chants envoûtaient les marins, c’était presque un mythe pour eux mais ils rêvaient tous de l’entendre un jour.
L’histoire commençait à intéresser la jeune fille.
- Et tu avais d’autres indications ?
- Oui, répondit Cryanne, ils me disaient que pour entendre les chants divins il fallait trouver la cité des elfes aquatiques.
- Les elfes ?
La nouvelle fit frémir Zeïna, pour les marins la légende des pouvoirs des elfes était monnaie courante. Plus d’un homme avait désiré toute leur vie découvrir où ils se trouvaient, et pour certains cette quête tournait à l’obsession, les menant à la mort. Même la jeune fille avait rêvé dans son enfance rencontrer les elfes des mers, pour voir la beauté de leur art et de leurs bateaux, pour entendre leurs chants.
- Mais comment cette petite fille pourrait connaître un chant elfique ?
- Là est la question, c’est pour ça que je voulais en parler avec toi.
La curiosité de la métis était loin d’être inconnue à la jeune fille.
- Je pense que nous devrions en parler avec Hacknel, il est si protecteur avec elle qu’il doit sûrement cacher quelque chose, lança Cryanne les yeux brillants.
Zeïna réfléchit, elle avait embarqué cet homme à bord avec cette étrange petite fille. Elle ne voulait pas trop fouiller dans la vie du chasseur de pirate, mais elle était le capitaine, et elle devait savoir si il y avait un risque pour son navire.
- Pour le moment, tu n’interviens pas, j’aurais une conversation avec lui en priver pour tirer ça au clair, c’est compris.
Cryanne fit la moue, elle aurait bien aimé faire l’enquête elle-même.
- Très bien jeune demoiselle, je te laisse faire, tu es mon capitaine après tout.
La jeune fille soupira en secouant la tête.
- Je trouve que tu en profites beaucoup.
- Mais je n’en abuserais pas, je t’assure.
La métis sourit, elles trinquèrent en riant.
Dans l’entrepont, une petite silhouette tentait de passer inaperçue, elle marchait lentement à pas feutrer. Un marin s’approcha, l’ombre se cacha dans un coin, l’homme ne la vit pas et passa sans s’arrêter. La mystérieuse petite fille sortit la tête de sa cachette, elle prit une grande inspiration et elle reprit sa marche.
Dans un silence absolu, elle atteint enfin sa destination, la porte de l’infirmerie. La petite fille posa sa tête contre l’huis pour écouter ce qui se passait à l’intérieur. Il n’y avait aucun bruit, elle sourit, ce soir elle pouvait agir sans mettre en péril son secret. Bien que Sarn ne lui avait formellement interdit, elle ne pouvait pas rester à ne rien faire.
La jeune fille poussa la porte et entra à pas feutré. Le médecin n’était pas là, il était dans sa cabine toute proche, aucune chandelle n’était allumée il devait dormir. Un des blessés toussa soudainement, elle se figea sur place cherchant une cachette pour ne pas être vu. Mais heureusement, l’homme s’endormit aussitôt après. La petite fille se remit en marche pour atteindre enfin son objectif, le lit de la jeune demoiselle inanimée.
Depuis qu’elle avait entendu que le médecin était impuissant, elle ne voulait qu’une chose c’est approcher d’elle pour la soigner avec ses dons. La petite fille regarda une dernière fois autour d’elle pour s’assurer que personne ne pouvait la voir. Elle baissa la capuche de sa cape dévoilant ce qu’elle cachait à tout l’équipage, une longue chevelure verte qui cascadait sur ses épaules avec la pointe de ses oreilles qui en dépassaient. La peau de son cou était légèrement bleutée, elle cachait sa teinte sous un maquillage prononcé. Elle avait ôté les lentilles brunes de ses yeux, ils étaient dorés comme le soleil.
La petite fille retira les longs gants qui lui couvraient les bras et les mains. C’était pour mieux cachait la palmure entre ses doigts, sur le dos de ses mains des écailles mauves brillaient par intermittente. Elle se concentra un instant, elle avait besoin de retrouver son calme, cela faisait bien longtemps qu’elle ne l’avait pas fait. L’enfant posa une main sur la poitrine d’Hina et l’autre sur son front, et elle commença à murmurer des paroles.
Une lumière naquit au niveau de ses mains, plus elle incantait plus la lumière grandissait. La petite fille essaya de garder sa concentration mais elle ne pensait pas qu’elle devrait en venir jusque là pour soigner la jeune fille. La lueur finit par réveiller un des blessés proches, voyant ce qu’il se passait, le marin prit peur.
- Bon dieu, mais qu’est ce qui se passe ici, au secours à l’aide !
La petite fille s’arrêta nette, les yeux agrandis par la surprise, elle était découverte. Peu à peu les autres marins se réveillèrent, le médecin sortit de sa cabine en tenant une chandelle. L’enfant bondit de sa place et elle sortit de l’infirmerie en un éclair. En voulant s’enfuir elle percuta de plein fouet Portyd qui venait voir ce qui se passait en bas. Hélas pour la petite fille, d’autres marins étaient avec lui et tous purent découvrir la véritable apparence de l’inconnue qu’ils avaient embarquée au port de Nogen.
Elle n’avait plus le choix, elle se releva tout de suite et se remit à courir pour tenter de trouver un refuge. Le bateau entier se réveilla sous les cris et les courses poursuites qui envahissaient tout le bord. Zeïna sortit de sa cabine, habillé d’un pantalon et d’une chemise enfilée à la va vite. Elle stoppa un marin qui sortait de l’intérieur du navire.
- Que se passe t’il ?
Reconnaissant son capitaine, il s’arrêta net.
- Désolé Capitaine, je ne vous avais pas reconnu, un intrus a été trouvé dans l’infirmerie.
- Un intrus, où se trouve t’il ?
- Il a été encerclé à la proue.
Sans attendre, la jeune fille accourut en direction de l’attroupement qui se formait, elle devait empêcher qu’un malheur arrive. Elle joua des coudes pour passer les rangs des marins pour découvrir une étrange scène. Sarn Hacknel se tenait debout, en tenant ses deux haches dans les mains, protégeant la petite fille qui se cachait derrière lui. Zeïna ne put retenir une exclamation de surprise, c’était une elfe des mers.
Les marins poussaient des grognements, Portyd en tête, il tenait son sabre face au chasseur de pirate. Il semblait sur le point de se battre, il fallait qu’elle intervienne le plus rapidement possible.
- Que se passe t’il ici ? Lança la jeune fille en se postant entre les deux combattants.
- Il nous a caché la vraie nature de la gamine, grogna le second, elle était penchée sur Hina et elle lui faisait je ne sais quoi.
Des marins renchérirent en poussant des cris de colère, Zeïna du de nouveau réclamer le silence.
- Il suffit maintenant !
Portyd baissa son arme et imposa le silence d’une voix ferme et puissante. Hochant la tête, elle se tourna vers Sarn Hacknel.
- Je crois que vous nous devez une explication Mr Hacknel.
Le chasseur de pirate n’avait pas d’autre choix, il remit ses armes à sa ceinture.
- Je crois aussi, je vous ai caché sa nature parce que les hommes prennent les elfes pour une marchandise, j’ai réussi à la sauver alors qu’elle était prisonnière d’un navire pirate.
Il sourit à la petite fille pour qu’elle puisse sortir de l’ombre.
- Cette petite a été enlevée dans son pays pour une bonne raison, tu peux leur dire ton nom, tu peux avoir confiance en la capitaine.
L’enfant hésita un instant, puis elle finit par s’avancer non sans quitter la proximité de l’homme.
- Je m’appelle Noralia Da’Hine, princesse du royaume des elfes des mers
Les exclamations de surprise retentirent dans l’assemblée. Zeïna commençait à comprendre pourquoi il avait caché son identité.
- Je suis désolé d’avoir fait autant de grabuge, mais je voulais seulement soigner la demoiselle, reprit Noralia.
Nefrita Hagus apparut soudainement.
- Elle dit vrai, lança t’elle le souffle court, Hina est réveillée elle est complètement guérie.
Des murmures parcoururent la foule, la nouvelle faisait naître des sourires de joie sur bien des visages, y compris pour la capitaine.
- Ce n’est pas l’endroit pour parler, reprit Zeïna, que tout le monde reprenne leur poste immédiatement !
Les marins obéirent au ton autoritaire de la jeune fille, elle ne l’employait pas souvent et mieux valait lui obéir.
- Vous deux, venez dans ma cabine, je voudrais en savoir plus, Mr Alaster, Mme Tolado, venez avec nous.
Zeïna se retourna sans attendre de réponse et se dirigea vers sa cabine, une longue discussion en perspective.
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Un nouvel arc se prépare, Zeïna a découvert enfin la vrai nature de la petite fille. Mais pourquoi avait elle était enlevé ?
Bonne lecture ^^ |