Bonjour à vous ^^
Les aventures de nos jeunes gens venus de la forteresse va prendre un nouveau tournant, Ekart d'un coté, Mel et Patinil de l'autre, ils vont découvrir la magie et ses différents aspects.
Bonne lecture ^^
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CHAPITRE 46
Magicien - Cicatrices
Ekart avait eu énormément de mal à rester à la même place depuis qu’il avait ouvert les yeux le matin. L’arrivée d’Endarius avait monté l’excitation du jeune homme d’un cran supplémentaire, bientôt il pourrait enfin contempler des livres non censurés par l’Inquisition, des œuvres originales.
Le jeune homme avait réussi à contrôler un peu son enthousiasme le temps du repas. Il se savait fébrile, et surement encore plus invivable qu’il ne l’était à l’accoutumée. L’arrivée du mage était une délivrance, il bondit littéralement de son siège pour quitter au plus vite l’établissement où il se trouvait.
Si tôt sorti de l’auberge, le diplomate tourna la tête vers le mage, il avait tant de question mais chaque chose en son temps.
- Je vous remercie encore de nous aider dans notre quête.
Endarius se mit à rire.
- Je n’ai même pas encore commencé à te montrer quelque chose et tu te fends déjà en remerciement.
Ekart fut un peu gêné.
- Je voulais vous montrer ma reconnaissance.
- C’est vraiment agréable de voir cette sympathie, mais j’ai décidé de vous aider par que je suis aussi très curieux de voir jusqu’où vous serez capable d’aller.
- Donc vous étiez pour que nous restions ici je présume.
Le mage sourit.
- Bonne déduction, la seconde maître était plutôt contre et le troisième maître assez réservé, mais je dois dire que vous avez présenté des arguments assez surprenant.
Ekart baissa légèrement le visage, pour la première fois de sa vie il trouvait que la fin ne justifiait pas tous les moyens.
- J’aurais préféré éviter ce qui s’est passé.
- Et bien jeune diplomate, je vois que malgré vos dents longues vous avez aussi un cœur sous cette couche de rigueur et de vainqueur.
Le jeune homme ne s’attendait pas à voir le premier maître sous ce jour, même s’il avait compris que l’homme était facétieux à ses heures.
- Je ne dois pas montrer ce visage en public.
- Tu as de grand projet pour ton avenir.
Le jeune homme se redressa.
- Je l’espère bien.
Le visage du mage se para d’un nouveau sourire.
- Quelle confiance en toi, c’est impressionnant.
- Sans elle, je ne pourrais pas atteindre mes objectifs.
- Intéressant, lança le mage en hochant la tête.
En marchant dans la rue, tout le monde saluait Endarius avec déférence, les habitants de la cité appréciaient le mage. Pourtant, Ekart aperçut sur quelques visages une désapprobation visible, mais très vite cachée sous un sourire de façade de circonstance.
- Tu as remarqué je suppose, intervint le mage tout bas sans le regarder.
- Vous n’avez pas l’air populaire auprès de toute la population.
- Je suis jeune, bien trop aux yeux de certains qui trouvent que je manque d’expérience pour mon poste.
- Je vois ce que vous voulez dire.
Endarius hocha la tête.
- Tu le comprendras encore mieux quand tes talents de diplomate seront encore plus développés.
- C’est une affaire de politique, mais si vous avez pu atteindre ce rang, je pense que vous avez largement les capacités de le conserver.
Endarius ne put s’empêcher de pouffer de rire.
- Tu continues ton travail de séduction sur moi, mais avec les esprits forts, ta technique n’est pas encore bien affutée.
- C’est pour cela que je continue, il faut bien que je m’entraîne.
- Décidément, j’ai l’impression que nous nous ressemblons de plus en plus.
Ils continuèrent à marcher tout en discutant, le mage et le jeune homme se trouvant beaucoup de points communs. L’homme ne s’était pas trompé, leur esprit s’harmonisait à merveille, faisant naitre peu à peu une amitié.
Ils furent bientôt en vu de grand bâtiment central de la cité, toujours aussi impressionnant aux yeux du jeune homme. Les proportions des tours allaient bien au-delà de tout ce qu’il avait déjà pu apercevoir durant ces voyages. Le palais de l’Empereur à Manilaus faisait office d’une petite construction en comparaison.
Les portes étaient grandes ouvertes laissant passer de nombreuses personnes, autant pour rentrer que pour sortir. Il y avait toujours des va-et-vient incessant dans le bâtiment, soit pour consulter un livre dans la bibliothèque, soit pour aller dans l’école de magie, ou même pour rencontrer un membre du Concile.
Le premier maître entra sans prétention dans le flot de passants, échangeant quelques mots avec les gens qu’ils rencontraient. Ils s’intéressaient aussi à l’étranger avec lui et Ekart dut se présenter de nombreuses fois affichant le sourire de rigueur et en enregistrant les noms et les visages. Ils traversèrent les bâtiments périphériques sans s’arrêter, eux se rendaient dans la grande tour centrale.
Après avoir passé une nouvelle porte, puis grimpé plusieurs escaliers, le mage passa sans hésiter le portail en bois décoré qui marquait l’entrée de la bibliothèque d’Alantaria. Derrière lui, le diplomate stoppa nette, les yeux écarquillés de surprise et la bouche ouverte.
Les dimensions de la pièce étaient impossibles à saisir à l’œil nu, d’immenses colonnes en pierre se lançaient à l’assaut du plafond, se perdant dans une forêt de plancher. Des étages, le jeune homme ne pouvait pas dire leur nombre, il y en avait tant, couverts d’étagères pleines de livres. Il y avait là un trésor immense qui s’offrait à ses yeux émerveillés.
Ekart afficha un sourire figé, il ne s’attendait pas à trouver dans ce monde, une telle bibliothèque. Il était persuadé qu’à cet endroit précis, toutes les questions du monde pouvaient être résolues. Endarius se retourna, voyant que le jeune diplomate ne le suivait plus, il revint sur ses pas sans se départir de son air amusé.
- Alors comment trouves- tu notre bibliothèque ?
- C’est immense, réussi à dire Ekart le regard figé.
Soudain un objet passa devant ses yeux, il eut un mouvement de recul en croyant voir tomber un objet sur lui. Il se rendit alors compte que le projectile était en fait une sorte de barque qui volait dans les airs sans aile. Le jeune homme faillit pousser une exclamation de surprise en étant le spectateur d’un tel prodige.
- Qu’est ce que s’est ?
- J’ai oublié de te le dire, en même temps voir ton visage surpris était réellement un plaisir que je ne me prive pas.
Ekart regarda le mage.
- Mais se sont des bateaux ! Ils ne peuvent pas voler.
D’autres barques volantes passèrent alors dans les airs, transportant plusieurs personnes et des livres.
- Et oui, se sont bien des barques, elle serait très bien capable de traverser un lac ou descendre une rivière, elles sont conçues un peu de la même façon d’ailleurs.
Endarius fit un pause avec de reprendre.
- C’est le moyen de transport idéale pour se rendre à l’étage que tu le souhaites, vu la taille de l’endroit nous avons du trouver une solution qui permette de gagner un peu de temps. Rends toi compte, les bibliothécaires devait parfois préparer de véritables expéditions pour chercher les livres les plus éloignés dans les étages.
Il se pencha le diplomate pour ajouter plus bas.
- De plus un nombre important de personnes se perdait dans les rayons et certains ont même disparu totalement.
Les yeux d’Ekart brillaient.
- Nous allons en utiliser un ?
- Evidemment, comment pouvoir se déplacer en ce lieu sans lui ? Se serait tout bonnement impossible.
Ils entrèrent dans la bibliothèque tandis que le premier maître du Concile continuait de parler.
- Je voudrais commencer par les fondamentaux, l’histoire du Conglomérat avant l’arrivée de l’Empereur.
- J’ai déjà lu un livre qui en parlait avec Maître Garynlos.
Le mage sourit.
- Je te parle de l’histoire détaillée, pas seulement un survol.
Une barque attendait sur le sol, le responsable de la bibliothèque salua avec déférence le premier maître. Ekart s’assit sur le banc arrière, tandis que le mage se mit à l’avant. Il posa les mains sur une sphère de verre devant lui, la boule s’illumina et lentement l’embarcation s’éleva dans les airs. Le jeune homme comprit qu’Endarius le contrôlait grâce à la pensée, le dirigeant en un regard dans la bonne direction.
- C’est donc vous qui la contrôlait ?
- Tu as compris, il suffit de penser pour qu’elle prenne son essor.
- Il faut donc être un mage pour la manipuler.
Endarius secoua la tête.
- Même toi tu serais capable de la faire voler, la barque se sert de ta pensée, pas besoin de pouvoir spécial.
- Je voudrais bien essayer, fit Ekart avec empressement.
- Une autre fois peut être, pour le moment profite du voyage.
Le jeune homme était un peu déçu, mais il se promit d’essayer rapidement de piloter une barque. Suivant les conseils du mage, il s’installa mieux pour mieux apprécier l’occasion qui lui était offerte de voler. Il se pencha par-dessus le bord de l’embarcation et il regarda le sol disparaitre tout doucement.
Ils gravirent les étages un à un sans effort, croisant au passage d’autres barques flottantes, chargée de personnes ou de livres. Ekart imaginait déjà toutes les applications possibles d’un tel procédé, il pourrait faire voler des navires entiers avec le bon nombre de mage et parcourir le monde en toute sécurité.
Endarius dirigea sa barque vers un des planchers bois, ils étaient arrivés au bon étage. Le mage la laissa sur une sorte de quai où plusieurs autres attendaient déjà. Des rayonnages de livres s’alignaient partout où le jeune homme regardait, des tables et des chaises étaient disposées pour consulter les ouvrages.
- C’est la section histoire, nous essayons de réunir ici toute la mémoire des anciennes terres, mais aussi du Conglomérat, expliqua le premier maître.
- L’histoire du monde entier réunit ici …
Le mage se mit à rire.
- Peut être pas du monde entier, mais au moins de cette partie du Padaillan.
Ils circulèrent dans les rayonnages remplis d’ouvrages, Ekart caressa les tranches des livres, il mourrait d’envie de les prendre et de les lire tous. Mais il suivait le mage qui savait parfaitement où ils devaient se rendre. L’homme s’arrêta devant une étagère, regardant quelques instants avant de claquer sa langue sur son palais.
- Voilà je savais bien qu’il était ici.
Endarius retira l’ouvrage de son rayon, il le donna au jeune homme dans le même mouvement sans le prévenir. Le livre était bien plus gros que ce à quoi il s’attendait, il se rattrapa contre l’étagère proche pour ne pas tomber. Le mage se mit à rire, très heureux d’avoir un peu de temps libre pour se divertir malgré ses lourdes charges.
Ils continuèrent pendant quelques instants naviguant entre les rayons, le mage prenait quelques ouvrages, les donnant au fur et à mesure au diplomate. Une fois satisfait de sa sélection, le mage emmena le jeune homme à une table pour enfin voir le contenu de ses livres.
A peine assis, Ekart se jeta sur le premier sur la pile, il lut le titre à voix haute.
- « Histoire des pays de l’Enderand » De quel pays parle t’il ? Je connais pourtant une bonne partie de la géographie du Padaillan.
- C’est l’ancien nom que l’on donnait au Conglomérat avant l’arrivée de l’Empereur.
Les yeux brillants, le diplomate ouvrit la lourde reliure de cuir, elle craqua sous ses doigts. En silence, le mage laissa le jeune homme parcourir les premières pages, il affichait un air sérieux et particulièrement concentré.
- Alors tes espérances sont elles comblées ?
- C’est inimaginable, l’auteur a commencé par résumer le livre, mais c’est incroyable ce que j’apprends.
- Beaucoup de choses ont changé depuis l’arrivée de l’Empereur et de ses idées, avant la magie était le centre de l’Enderand.
- Nous n’apprenons pas l’histoire du Conglomérat avant le débarquement de ses bateaux sur les côtes.
- Evidemment, ils auraient trop peur d’écorner le beau tableau du sauveur, la vérité est plus sombre que cela.
Le mage s’enfonça dans son siège pour se remémorer ce qu’il savait.
- Les pays étaient tous séparés, il y avait bien quelques querelles mais pas les guerres qui semblaient y régner selon les propos de l’Inquisition. Une école de magie était installée dans chaque région, ayant toute une spécialité bien précise. Tous les ans, pour régler les conflits, les écoles s’affrontaient en des joutes amicales. Il y avait aussi des arènes où les guerriers combattaient pour l’honneur.
Ekart avait déjà prit un carnet pour prendre des notes sur ce que disait le premier maître, amusant celui-ci.
- Je ne t’ai même pas vu le prendre.
- C’est l’habitude des cours et des professeurs qui parlaient très vite.
Le mage désigna les ouvrages qu’il avait sélectionnés et en expliqua le contenu un à un pour qu’il puisse trouver toutes les informations dont il avait besoin.
- Le premier livre que tu as ouvert et très généraliste, l’auteur était un homme consciencieux, un peu comme toi d’ailleurs.
Le jeune homme sourit.
- Les autres traitent de points plus particuliers, la conquête du Conglomérat par l’Empereur, l’histoire de la création d’Alantaria, et un autre sur les grands magiciens et mage paladins.
- Mage paladins ? Fit Ekart.
- Une classe de mage particulier qui regroupe avant tout des guerriers qui manient la magie pour augmenter leur force, aujourd’hui ils sont devenus très rares. Il y en a encore quelques uns, issus d’anciennes familles nobles.
- Comme les Terrenoir ?
- Oui si mes souvenirs sont bons, comment connais tu ce nom ?
- Un ami, Onèan Terrenoir, écuyer comme Mel Davard.
Endarius sourit, il ne s’était pas trompé sur ce petit groupe, il y avait bien trop de signes pour que se soit seulement une coïncidence. Le mage fouilla dans sa poche pendant que le jeune homme ne le regardait pas. Il posa sur la table un petit bâton de carbone, il avait prit soin de le prendre avec un mouchoir pour ne pas le tenir directement entre ses doigts.
- Ekart, je peux t’interrompre un instant.
Le diplomate leva les yeux de son livre.
- Bien sûr Endarius, qu’y a t’il ?
- Pourrais-tu prendre cette barre de carbone dans ta main s’il te plait ?
Le diplomate fronça les sourcils, il ne voyait pas en quoi cela était plus important que sa lecture, mais il consentit pourtant à faire ce que le mage demandait. Le jeune homme tendit la main et prit le bâton de carbone. Aussitôt, une lumière vive apparut au bout, de la surprise s’afficha sur le visage d’Ekart.
- Mais pourquoi il brille ?
Endarius ne paraissait pas surpris, au contraire il souriait largement.
- Tu n’as pas à avoir peur, j’étais sûr que le test serait positif.
- Le test ?
- Oui, regarde.
Il prit à son tour le bâton et à nouveau la lumière brilla comme avec Ekart. Le jeune homme restait sans voix, il avait compris le phénomène, mais il n’osait pas le dire. Le premier maître reprit le morceau de carbone et l’entoura d’un linge avant de le remettre dans sa poche.
- Je crois que nous allons passer un peu plus de temps ensemble, lança Endarius.
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Mel et Patinil ne savait pas comment pouvait être possible pareille vision. Elles étaient toujours en pleine ville et pourtant devant leurs yeux, une forêt impénétrable avait poussé là comme à l’état sauvage. Les arbres formaient une haie impénétrable, rien ne montrait que quelqu’un pouvait vivre dans cette forêt.
Pourtant Siana, l’apprentie de la deuxième Maître du Concile, s’était bien arrêtée devant une grille faîte d’arbustes épineux. Elle se retourna vers les deux personnes qu’elle guidait depuis l’auberge.
- Il y a un problème, demanda t’elle
Mel ne savait pas comment aborder le sujet.
- Je ne vois pas de manoir par ici, fit l’écuyère un peu gênée.
- La résidence de ma maîtresse est devant vous pourtant.
- Mais il n’y a qu’une forêt devant nous.
L’apprentie ne semblait pas comprendre.
- Elle se tient derrière la haie, il ne faut pas s’inquiéter.
- Ces bois ne semblent pas hospitaliers, remarqua Patinil.
- Ce n’est qu’une protection, ma maîtresse déteste être dérangée par des visiteurs quand elle se trouve dans sa propriété. Je n’ai vu que le premier maître pour oser traverser la barrière comme bon le semble et surtout sans sa permission.
Siana toucha le portail en prononçant un mot à voix basse, trop pour que les jeunes filles puissent l’entendre. Les épineux se retirèrent avec un bruissement de feuilles et de racine, révélant un corridor sombre fait de ronces.
- Suivez moi je vous pris.
Elles s’hésitèrent un instant, l’endroit étant de moins en moins engageant, mais la curiosité de Mel était plus grande encore. L’écuyère avança à son tour, entraînant la jeune diplomate qui regardait avec un peu de crainte le couloir sombre.
Si tôt qu’elles eurent passé la porte, les épineux formant la grille se refermèrent juste après. Les jeunes filles sursautèrent quand le loquet végétal se remit en place, elles se serrèrent l’une contre l’autre sans s’en rendre compte. Siana les rassura en affichant un visage serein, elle devait bien admettre pour des personnes ne connaissant pas la magie, l’endroit pouvait paraître quelque peu intimidant.
- Maintenant, vous allez découvrir le manoir de la deuxième maître du Concile.
En effet, le corridor de ronce disparut comme la grille d’entrée révélant le vrai visage de la propriété cachée. Une maison en colombage trônait au milieu d’un immense jardin où des milliers de plantes et d’arbres se mêlaient en un ordre précis. Le domaine comportait également une grande grange accolée à la maison, de la fumée sortait de la cheminée unique au centre. Un étang et un bois occupaient le fond de la propriété.
Les jeunes filles étaient émerveillées par ce qu’elles voyaient, les bruits de la ville ne s’entendaient pas. Ce domaine respirait la paix et la tranquillité, un havre caché au centre d’une grande cité.
- Je vais vous mener vers l’atelier de ma maîtresse, elle doit vous y attendre, reprit Siana après les avoir laissée découvrir le manoir et ses jardins.
Mel et Patinil voyaient des allées propres et bien ordonnées, pas une mauvaise herbe ne dépassait des pelouses parfaitement tondues. Plusieurs personnes étaient occupées dans les jardins, le travail ne devait pas manquer.
- Vous devez être nombreux pour entretenir un tel lieu ? Demanda Mel tout en marchant.
- Nous sommes une dizaine, tous des étudiants de l’école de magie de la cité, répondit l’apprentie, il y a également des jardiniers qui s’occupent des plus gros travaux.
- Cela semble peu pour une telle surface.
- Dame Malna pense que pour devenir un bon préparateur de potion, il faut en premier lieu apprendre comment les plantes que nous utilisons poussent et vivent.
Elles traversèrent plusieurs sentiers avant d’atteindre la grange accolée à la maison, les portes grandes ouvertes dévoilaient l’intérieur de l’édifice. Des tables et des étagères s’étalaient sur le sol, des pots en verre et en terre cuite s’amoncelaient partout où un espace était libre. Il était presque impossible de croire que les meubles puissent soutenir le poids de tout ce capharnaüm. A l’étage, sur des fils des plantes séchaient lentement, un escalier en colimaçon permettait d’y accéder.
Au centre de la grange, une immense cheminée occupait toute la place, un feu couvait que des braises chaudes et rougeoyantes. Près du foyer, une personne manipulait des fioles, mélangeant leur contenu au dessus d’une marmite fumante. En s’approchant, Mel et Patinil reconnurent Malna, la deuxième maître du Concile. Elle avait troqué sa toge de mage pour un ensemble en tissu plus grossier, un pantalon et une chemise. Un foulard retenait ses cheveux en arrière pour les empêcher de la gêner durant son travail.
- Vous voilà enfin, fit Malna après avoir posé ses fioles.
Son visage était toujours aussi austère, même sans sa toge de mage.
- J’ai déjà commencé les préparatifs, reprit la mage, Siana va me chercher les autres ingrédients que je t’ai demandés et amène les dans la salle.
- Oui maîtresse.
L’apprentie disparut rapidement.
- Bonjour deuxième maître, fit Patinil en s’inclinant imitée par Mel.
- Oui, oui bonjour, je ne m’embarrasse pas des familiarités, c’est une perte de temps.
Patinil hocha la tête.
- Donc je ne vous gênerais pas en vous demandant directement pourquoi vous nous avez demandé de venir ici.
- Non en effet.
Malna quitta son atelier, puis sans dire un mot elle leur indiqua d’un doigt de la suivre. Elle les emmena vers une grande baie vitrée qui s’ouvrait sur le jardin aux mille essences.
- Je sais ce que tu as vécu aux mains de l’Inquisition.
Patinil se figea, elle n’aimait pas reparler de ces terribles moments, elle garda le silence.
- Je le sais parce que j’ai vécu la même chose, reprit la magicienne en se retournant.
- Vous … Essaya la jeune diplomate, n’osant pas en parler.
- Oui, je suis tombée entre les mains de l’Inquisition quand j’étais plus jeune, ils m’ont torturé mais pas aussi brutalement que toi, mes bras et mes mains étaient couverte des mêmes cicatrices que toi.
Malna découvrit ses bras, il n’y avait plus aucune trace, seule sa main droite portait encore une balafre rouge et gonflée.
- J’ai conservé celle-ci pour ne jamais oublier ce que j’ai vécu.
- Mais … Mais comment ont-elles disparu ?
Patinil avait les yeux écarquillés, elle s’était approchée de la magicienne prenant ses bras pour les observer de plus près. La deuxième maître se laissa faire sans ne rien dire, elle comprenait parfaitement l’attitude de la jeune fille.
- J’ai développé un traitement qui peut les faire disparaître, reprit Malna.
- Elle pourrait en bénéficier, lança Mel pleine d’espoir.
- C’est pour ça que je vous ai fait venir, mais je dois te mettre en garde, je peux très bien les effacer, mais se sera long et surtout extrêmement douloureux.
La jeune diplomate se mit à réfléchir, ses marques étaient la motivation de son combat. Mais son reflet dans le miroir lui rappelait tous les jours ce qu’elle avait vécue, la peur, la douleur, la mort qu’elle avait vu de près. Elle releva son visage droit vers Malna.
- Même si le traitement est difficile, je ne pense pas que je pourrais ressentir à nouveau la même souffrance qui m’est arrive ce jour là. Si je peux faire disparaître ses cicatrices, je suis prête à l’affronter.
La magicienne hocha la tête, la détermination de la jeune fille était visible dans ses yeux. Elle avait compris bien avant ce moment le courage qui émanait de cette diplomate.
- Alors si tu es d’accord, suivez-moi.
La deuxième maître partit d’un pas ferme en direction du fond de la grange. Patinil était debout, bien droite, son corps restait figé sur place.
- Tu vas bien, lança Mel en se portant à sa hauteur.
- Oui, la nouvelle m’est tombée dessus un peu brutalement, mais j’ai pris ma décision.
L’écuyère saisit la main de la jeune fille dans la sienne.
- Tu n’es pas seule de toute façon, je suis là pour t’aider.
La chaleur des doigts passait dans sa main froide, réchauffant son sang et son cœur.
- Merci.
Les deux jeunes filles prirent la direction empruntée par la magicienne sans se lâcher la main.
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