CHAPITRE 29
Le départ du Havre
Les elfes et les marins terminaient d’évacuer les derniers sauts de terre. Ils avaient travaillé avec ardeur pour dégager le maximum le fond de l’Aurore. Il n’y avait plus qu’une mince gagne de terre qui retenait l’eau de la baie, des planches avaient été mises en place pour renforcer le mur. De longues cordes étaient attachées aux étais, une longue file de personne attendant qu’un ordre pour se mettre au travail.
- C’est prêt ? Lança Zeïna avec un porte-voix.
Elle se tenait que le pont du navire avec une équipe de marins restreinte.
- Tout est en place, répondit Portyd depuis la rive droite.
- Pareil ici ! Cria Lantis depuis la gauche.
- Alors tirez !
Les cordes se tendirent en même temps dans une série de claquement bref et des gémissements d’efforts. Les étais cédèrent les uns après les autres, libérant le mince mur de terre qui se brisa sous l’assaut de l’océan. Une vague furieuse s’engouffra dans le canal et frappa avec force le navire encore sur ses propres étais.
- Abaissez les voiles ! Ordonna la capitaine.
Les marins libérèrent une à une les voiles, la pyramide de toile se déploya avec rapidité. Les étais tombèrent en même temps que le niveau de l’eau monta, l’Aurore plongea lourdement dans ce bras de mer. Bien que le navire toucha le fond, Zeïna ne s’inquiéta pas pour la coque elle était assez solide pour résister à un tel choc.
Avec le reflux de l’eau, l’Aurore avança enfin sous l’impulsion du vent et de la mer additionnée. Il racla encore le fond, faisant grimaçait la jeune fille sur le pont, elle serrait la rambarde du pont supérieur.
- Comment va la barre ? Demanda t’elle au timonier.
- Elle tient bon Capitaine, répondit Marslow.
L’homme tenait fermement la barre, les muscles saillant sous l’effort.
- Nous arrivons à la sortie du canal, lança Zeïna, cramponnez vous tous !
L’Aurore fit une embardé en plongeant dans la bais plus profonde, projetant un paquet d’écume sur le pont. L’eau balaya tout le navire, faisant balancer tout ce qui n’était pas arrimé. Cette fois le navire était sortie de son mouillage et il pouvait reprendre la pleine mer. Des hourras retentirent sur la berge, la jeune fille vint sur le bord pour les saluer.
- Remontez les voiles, ordonna la capitaine, jetez l’ancre.
L’Aurore était à nouveau au mouillage dans la baie comme à leur arrivée, mais le navire n’avait plus du tout la même allure. Sa coque était peinte en noir avec un liseré blanc juste en dessous du bastingage. Les mâts étaient renforcés au niveau des assemblages pour augmenter le nombre de voiles sur les vergues. Avec la coque propre et réparée, l’Aurore pouvait rivaliser en vitesse avec les navires de guerre et même les dépasser.
Zeïna prit place dans une barque pour retourner à terre, elle devait régler les derniers détails de leur départ. Elle retrouva la famille royale rassemblée qui l’attendait là, de nombreux elfes de la cité avaient fait aussi le déplacement. Des barques de chargement faisaient des aller et retour entre l’Aurore et la berge, ils chargeaient les marins et les derniers vivres pour l’expédition.
- Votre navire est enfin prêt capitaine, fit la reine quand elle fut à leur hauteur.
- Oui Majesté, nous allons pouvoir nous mettre en route.
La princesse Noralia était un peu triste.
- J’aurais bien voulu venir avec vous.
- C’est un voyage beaucoup plus dangereux que le précédent, répondit Zeïna, vous serez plus en sécurité ici.
- Auriez vous vu Sarn ? J’aimerais bien lui dire au revoir.
- Il faisait partie des équipes sur la berge, répondit la jeune fille, je suis sûre qu’il se cache, va le trouver tout de suite.
- Merci.
La petite fille courut vers l’embarquement, la capitaine imaginait déjà l’embarras du chasseur de pirate avec l’arrivée de la princesse. Zeïna reprit la parole après cette interruption, elle devait tout terminer rapidement pour ne pas rater la marée.
- Une fois embarqué les derniers hommes nous pourrons partir
- Justement, je voudrais vous présenter l’officier qui sera le commandant des guerriers elfes à votre bord, fit Loralia Da’Hine
Un elfe s’approcha de la reine, son visage n’était pas inconnu la jeune fille.
- Voici le Capitaine Ekoal’Jin, de la Garde Royale.
- Nous nous sommes déjà rencontrés, répondit Zeïna.
L’homme la salua avec toute la rigueur militaire dont il avait le secret.
- C’est un honneur de faire partie de votre équipage, j’espère que notre coopération sera fructueuse.
- J’aurais aimé venir avec vous également, fit le prince Meklio, mais ma mère pense que ma place est ici, pour préparer nos troupes.
Le jeune elfe était amer, il aurait voulu venger tous les morts et les souffrances subies contre son peuple.
- Ton heure viendra mon fils, répondit Loralia Da’Hine, Capitaine De Feryo la mission que je vous ai donné est bien dangereuse, j’espère ne pas vous précipiter dans un piège.
- J’ai choisi cette voie, maintenant il n’y a plus de marche arrière.
La détermination de la jeune fille fit sourire la reine.
- Faites attention à vous, les hommes de main de l’usurpateur sont nombreux et plus fort que vous pensez.
- En premier lieu, nous allons leur faire peur et attaquer ce qu’ils ont de plus précieux, leurs navires de commerce.
- Chaque bateau capturé pourra nous servir pour notre armée, fit le prince, avec ces navires nous formerons une armada capable de combattre le capitaine marchand et le chasser de la capitale.
Zeïna hocha la tête.
- Vos hommes sont t’ils prêt pour l’embarquement ? Demanda t’elle.
- Oui Capitaine, répondit Ekoal’Jin, les derniers monteront dans peu de temps.
Elle se tourna vers la reine.
- Avez-vous trouvé un pilote pour nous accompagner dans l’Archipel ?
- Et bien …
Loralia Da’Hine était gênée, le prince avait baissé la tête, tout aussi embarrassé que sa mère.
- Nous avons trouvé une personne qui sera parfaite pour vous guider, elle nous a demandé depuis longtemps ce poste.
Acoya Yna’Hi apparut comme par magie près de la capitaine, elle portait une besace sur l’épaule prête pour le voyage.
- Je suis si heureuse de pouvoir venir avec toi sur ton navire.
L’étrange elfe souriait avec une candeur toute enfantine, Zeïna affichait une surprise qu’elle ne cherchait pas à cacher.
- Elle est la mieux placée pour nous aider ?
- Vous n’avez pas à vous inquiéter, répondit la reine, ma nièce parait toujours dans la lune mais elle connaît les courants marins et elle s’est lire dans les étoiles pour trouver le meilleur chemin.
Loralia Da’Hine se tourna vers sa nièce.
- Acoya, le Capitaine Dé Feryo aura besoin de toute ton aide, ne l’oublie pas nous comptons tous sur toi.
L’elfe inclina la tête sur le coté.
- Ne t’en fais pas tantine, j’aime l’Aurore et j’aime Zeïna.
La capitaine resta stupéfaite, complètement désappointée par la réponse de son nouveau pilote. Elle n’était pas la seule, tous les autres elfes affichaient un air ébahie, même si ils avaient déjà eu affaire aux exubérances d’Acoya.
- Bien, reprit le prince pour rompre le malaise, votre équipage est maintenant complet.
- Oui, répondit la jeune fille qui avait repris un peu de contenance, je dois vous faire mes adieux. Nous reviendrons avec les navires prit à l’ennemi pour former votre flotte.
Loralia prit les mains de la capitaine dans les siennes.
- Qu’Ynala vous guide tout au long de votre route, revenez vite.
- Merci votre majesté.
Elle serra la main du prince qui lui avait tendu en premier vers elle.
- Au départ je n’avais pas confiance en vous, comme tous les humains, mais vous m’avez prouvé le contraire, et j’espère que vous continuerez.
- J’espère bien Prince Meklio.
La jeune fille quitta la mère et son fils pour rejoindre la zone d’embarquement accompagnée du capitaine de la garde et de son pilote. La grande barque de l’Aurore l’attendait, quatre marins étaient aux rames, et le quartier maître Nethan Ghoef était à la barre.
- Monsieur Ghoef, en avant pour l’Aurore.
- A vos ordres, répondit le jeune homme.
Les marins tirèrent sur leurs rames, bien synchronisés ils ne leur fallut pas longtemps pour prendre de la vitesse. En quelques minutes l’embarcation vint se coller contre la coque du navire au pied de l’échelle de corde.
Zeïna laissa passer Acoya et le capitaine avant de prendre les barreaux de l’échelle à son tour. Au moment où elle posa le pied sur le pont, le second lança un appel sur le navire.
- La capitaine est à bord !
Une rangée de guerrier elfe en arme se mit au garde à vous, et les marins se réunirent sur le bord en bon ordre. La jeune fille sourit, elle ne s’attendait pas à cette réception, digne d’un vaisseau de guerre.
- Mr Odell, je dois tout ça à vous j’imagine ?
L’homme borgne hocha la tête.
- Un peu de discipline sur un bateau ne fait pas de mal, surtout que maintenant nous sommes un navire corsaire.
- Vous avez raison, mais je pense que nous n’avons pas besoin d’être aussi strict.
La capitaine se tourna vers son équipage aligné, les elfes étaient bien droits, les épées tirées à la verticale devant leurs yeux.
- Tout le monde à son poste, nous allons appareiller.
Les marins coururent sur le pont pour rejoindre leurs équipes et leur place.
- Capitaine Ekoal’Jin, menez vos hommes à leur quartier, nous verrons plus tard pour les quarts.
- A vos ordres Capitaine.
Ekoal’Jin la salua avec un claquement de talon, il donna immédiatement les ordres à ses hommes qui quittèrent le pont pour rejoindre la cale. Zeïna chercha son pilote, mais l’elfe n’était déjà plus à côté d’elle, la jeune fille se demanda immédiatement où elle pouvait bien se trouver.
- Mr Alaster, appela t’elle quand il passa près d’elle, auriez vous vu Acoya, je dois la voir.
- Elle est déjà avec le timonier.
Zeïna était surprise, elle rejoignit à son tour le pont supérieur, et elle trouva l’elfe en pleine discussion avec Marslow, l’homme à la barre.
- Acoya, tu …
Elle avait l’habitude de la tutoyer, mais maintenant le navire était sur l’eau. C’est l’elfe qui régla la question d’elle-même en l’abordant directement en souriant.
- Je montre à Sand où il faut passer, je m’en occupe comme tu me l’as demandé Zeïna.
La capitaine était un peu soulagée, le problème du tutoiement était résolu.
- Alors en avant, nous prenons la direction de la pleine mer !
Les elfes saluèrent le navire depuis la berge, la reine et ses deux enfants étaient bien visibles au milieu. Ils regardaient tous leurs derniers espoirs quitter la baie pour prendre la pleine mer. Ils n’étaient qu’une poignée, et pourtant ils devaient combattre une armée de pirates et de mercenaires. Loralia Da’Hine prit sa fille et la serra tout contre elle, la reine avait jeté là peut être ses derniers atouts.
- Mère, ils reviendront bientôt ?
- Je l’espère ma petite Noralia, je l’espère.
Les parois mobiles qui camouflaient l’entrée de la baie s’écartèrent laissant le passage à l’Aurore. Déployant ses voiles comme des ailes, le bateau prit de la vitesse pour quitter les abords de l’île vers son terrain de chasse.
La nuit était tombée depuis longtemps, le premier jour après le départ du Havre d’Ynala s’achevait. L’Aurore avait gagné en vitesse, s’était indéniable pour la Zeïna qui calculait la vitesse parcourue depuis la baie. Elle referma son carnet de feuiller sur le bureau et elle s’étira les yeux fermés.
La jeune fille se frotta la nuque, elle avait beaucoup travaillé depuis leur départ, organiser les quarts, préparer les stratégies de combat. Bien qu’elle avait encore un peu de mal à s’y faire, mais l’Aurore était maintenant un corsaire, en tant que tels les combats seraient plus courants. Engager son navire dans une guerre était peut être dangereux pour elle et pour tout son équipage. Elle allait peut être devoir affronter à nouveau les blessés et les morts.
La capitaine chassa ses dernières pensées, elle préparait son avenir et celui de son comptoir commercial. Elle voulait que son père soit fier d’elle, où qu’il soit, il la regardait et il était toujours à ses cotés, dans son cœur.
Sa lampe allumée sur le bureau projetait des ombres sur les murs en fonction des mouvements du bateau sur les mers. En levant les yeux de ses papiers, la jeune fille aperçut Acoya assise contre un mur de sa cabine. Elle poussa un murmure de surprise, sursautant de sa chaise en fixant l’elfe.
- Mais comment es tu rentrée ?
- Par la porte, répondit tout simplement Acoya.
La capitaine afficha de l’incrédulité sur le visage.
- Evidemment, mais depuis quand ? Je ne t’ai pas entendu entrer.
L’elfe réfléchit un doigt sur la bouche.
- Je crois que je suis là depuis une bonne heure.
- Tu ne dois pas entrer dans ma cabine sans ma permission, c’est une règle importante sur un bateau.
- Je ne savais pas, je suis désolée.
Acoya baissa les yeux.
- Ce n’est rien, reprit la jeune fille, essaye de t’en souvenir la prochaine fois.
L’elfe hocha la tête en retrouvant le sourire, elle se leva pour s’approcher de son bureau.
- Tu es jolie quand tu travailles, tu sais.
Zeïna rougit en fixant l’elfe.
- Tu … Tu ne devrais pas dire trop souvent ce genre de chose s’il te plait.
- Pourquoi ? S’est la vérité, et en plus il est d’accord avec moi !
- Quelqu’un d’autre ? Demanda la jeune fille curieuse.
- l’Aurore évidemment.
La capitaine ne savait pas ce qu’elle devait penser de ça, Acoya s’approcha tout près de la jeune fille et déposa un baiser sur sa joue. Zeïna se releva subitement en regardant l’elfe qui se contentait de sourire.
- Je te laisse Zeïna, bonne nuit.
Acoya fut à la porte en quelques pas, et elle sortit de sa cabine. La jeune fille était encore debout dans la pièce, seule devant son bureau en se tenant la joue. Elle ne s’attendait pas à avoir ce genre de marque d’affection.
- Je sens que le voyage ne sera pas de tout repos.
La jeune fille se laissa tomber dans son siège en soupirant, elle commençait à se demander quand les premières chasses allaient enfin débuter.
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L'Aurore a fait peau neuve pour sa nouvelle carrière, les guerriers sont embarqués, et maintenant la chasse aux navires de commerce ennemis.
Bonne lecture ^^
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