CHAPITRE 33
Batailles navales
L’Aurore menait l’armada des elfes depuis le départ du Havre d’Ynala il y a bientôt une semaine. Les navires avaient eu de la chance, il n’y avait pas eu de tempêtes, seulement un coup de vent. Les bateaux avaient pu se retrouver rapidement. Si l’orage avait été plus fort, il aurait pu disperser toute l’armada aux quatre coins de l’archipel des elfes.
Zeïna se tenait sur le pont arrière, elle observait les bateaux en les comptabilisant un à un pour n’en oublier aucun.
- Alors tout le monde est là ? Demanda Portyd en s’approchant.
- Il me semble, un des bateaux capturés se traîne toujours un peu.
- Ces coques de noix sont de véritables sabots sur l’eau.
- Espérons qu’ils ne prennent pas trop de retard sur nous, je ne voudrais pas manquer d’un seul navire pour le combat.
Elle quitta le pont arrière en repliant sa lunette, elle se demandait encore comment elle allait bien pouvoir mener cette bataille. La jeune fille n’était pas une grande tacticienne, elle laissait volontiers ça au militaire. Le prince avait parlé d’un conseil de guerre juste avant d’arriver sur place, normalement ils ne devraient plus en être trop loin. Pour s’en assurer elle demanda à la personne la mieux à même de la renseigner.
- Acoya, dans combien de temps allons-nous arriver normalement ?
L’elfe pencha sa tête, elle semblait réfléchir, mais avec elle rien n’était moins sûr.
- Les étoiles m’ont parlé cette nuit, elles m’ont dit qu’il ne restait plus que deux jours de voyage, peut être moins si le vent continue de forcer.
Elle s’approcha soudainement pour n’être plus qu’à quelques centimètres de la capitaine. Zeïna retint sa respiration machinalement en se raidissant.
- Je sens ton inquiétude, mais tu ne dois pas l’être tu n’es pas seule.
- Ou … Oui mais pourrais tu t’écarter un peu s’il te plait.
Acoya pencha la tête de nouveau, en faisant la moue.
- Dommage, j’aime toujours autant ton odeur, c’est la même que l’Aurore.
L’elfe s’écarta à contre cœur en poussant un soupir résigné. La jeune fille put respirer de nouveau, elle commençait à se faire au caractère étrange de son pilote, mais parfois elle était vraiment trop déroutante.
- Un messaaaaage du navirrrrrre du prrrrince, lança l’homme oiseau depuis sa vigie.
Lantis était déjà sur le bordage pour lire les signaux lumineux, il fit son rapport à son capitaine une fois traduit.
- Il demande à ce que l’armada se regroupe, ce soir une réunion aura lieu à son bord pour préparer l’assaut.
- Très bien, je m’y attendais, faites réduire la voilure pour vous rapprocher de leur navire.
Les ordres furent transmis tandis que Zeïna se préparait pour le rendez vous le soir même.
La nuit était tombée sur l’océan, les capitaines de chaque navire étaient réunis à bord du navire du prince du Royaume des elfes, ainsi que plusieurs autres officiers de l’armée. Meklio Da’Hine présidait l’assemblée, il était debout les poings serrés sur la table devant lui. Il représentait le royaume, ayant réussi à convaincre sa mère de le laisser prendre la tête du contingent.
- Merci d’avoir répondu à mon appel, commença le jeune elfe, demain nous devrions être en vue de Malath’Rhyne.
Des murmures parcoururent les capitaines, tous avaient hâte d’arriver à la capitale.
- Nous allons pouvoir mettre au point une stratégie claire pour mener cette bataille à bien.
Le prince déplia une carte maritime sur la table au centre, elle représentait l’île qu’ils visaient avec tous les courants et les récifs.
- Le port est le seul point d’accès à la cité, mais il est protégé à l’entrée par deux tours à balistes redoutables, donc ce que j‘ai décidé est d’abord d’envoyer deux commandos pour prendre les tours, et ensuite de faire entrer l’armada pour envahir le port. Il faudra évidemment faire attention aux navires de protection qui sillonnent les alentours, nous devrions envoyer les commandos de nuit pour surprendre nos adversaires.
Les officiers de l’armée hochèrent la tête, ils avaient planifié l’attaque depuis plusieurs jours et ils croyaient en sa réussite.
- Je pense que votre plan oublie quelque chose, intervint une vois parmi tous les elfes réunis.
Toutes les têtes se tournèrent en direction de Zeïna, Ekoal’Jin près d’elle s’était empourpré, gêné par tant d’impudence.
- Et qu’avons-nous oublié ? Demanda Meklio d’une voix où ne pointait aucune colère.
Il respectait la parole de la jeune fille malgré son âge et sa différence de race, il avait compris que son expérience était très importante. Les autres officiers quand à eux faisaient la grimace, une simple humaine n’allait pas leur dicter comment ils devaient libérer leur royaume, même si elle était leur allier.
- L’intelligence du seigneur marchand, il n’a peut être pas dévoilé toute sa force, mieux vaut envoyer d’abord des éclaireurs pour savoir ce qui nous attend là bas.
- Nous avons de nombreux informateurs parmi les habitants de la capitale, intervint l’un des officiers, ils nous auraient dit si il y avait un quelconque piège.
L’elfe se grandissait pour affirmer un peu plus ses propos.
- Là est le problème, renchérit Zeïna, Koarha sait très bien qu’il y a des espions parmi la population et il fera en sorte de cacher ses projets aux yeux de tous.
Le prince hocha la tête.
- Vous avez raison Capitaine Dé Feryo, nous nous sommes peut être un peu trop emporté.
Il se tourna vers ses officiers.
- Quels sont leurs moyens de défense ?
- Il devrait y avoir les navires de défense, peut être un navire pirate mais pas plus, répondit l’un d’eux en fouillant dans ses papiers.
- Vous n’en êtes pas sûr ? S’étonna Meklio.
L’officier gêné bafouilla avant de répondre.
- Nous n’avons pas reçu de rapport depuis de nombreux jours, nous avons mis ça sur les exactions de l’usurpateur sur la population.
- Koarha est rusé, reprit la jeune fille, il me l’a déjà prouvé en me tendant un piège avec son allier pirate, il ne faut pas le sous estimer.
Un des capitaines elfes intervint à son tour.
- Majesté, j’étais présent lors de notre première grande bataille, nous avons cru pouvoir battre cet homme, mais nous avons été pris de court par l’arrivée des pirates, le capitaine Dé Feryo a raison, mieux vaut rester sur le mouillage et attendre ce que nous rapporterons les éclaireurs.
Le prince acquiesça totalement convaincu.
- Vos paroles sont sages, il ne faudrait pas commettre les mêmes erreurs que la dernière fois. Commandant Nythi que vos meilleurs nageurs partent en éclaireur, je veux qu’ils puissent nous rendre compte le lendemain matin.
- Je les envoie immédiatement majesté.
L’officier quitta la pièce sans attendre, le prince se tourna vers les capitaines de son armada.
- Pour le moment gardez une allure à voile réduite, nous saurons à quoi nous en tenir demain.
Tous les officiers saluèrent Meklio avant de retourner à leur bord. Une fois dans leur barque, le capitaine Ekoal’Jin se pencha vers Zeïna.
- Pourquoi êtes vous intervenu ainsi ?
- J’ai un mauvais pressentiment, je ne sais pas pourquoi.
- Vous pensez qu’il y pourrait y avoir un piège ?
- J’ai compris qu’il était rusé, et le silence des informateurs n’est vraiment pas de bon augure. Je ne veux pas transformer cette bataille en un désastre complet.
Le silence se fit dans la barque, ils ne pouvaient plus rien à faire à part attendre le retour des éclaireurs.
Des coups furent frappés à sa porte, Zeïna ouvrit un œil fatigué. La jeune fille avait réussi par finir à s’endormir, mais il ne semblait pas s’être passé beaucoup de temps. Elle s’assit sur son lit en cherchant ses bottes, elle avait dormi toute habillé et sa mise était plutôt débraillée. S’en prendre le temps de remettre un peu d’ordre dans sa tenue, elle alla ouvrir la porte.
- Capitaine enfin, lança Lantis Alaster en la voyant ouvrir, j’ai …
Il oublia ses mots quand son regard tomba sur elle et surtout sur sa chemise ouverte qui laissait entrevoir plus qu’il n’en fallait. L’homme releva la tête en tentant de penser à autre chose, la jeune fille le fixa sans comprendre.
- Alors Mr Alaster, qu’aviez-vous à me dire de si urgent ?
- Je … Nous avons reçu un message du navire amiral, il demande une réunion d’urgence sur son navire.
- Vous ne pouviez pas me dire plutôt, préparez ma chaloupe et prévenez le capitaine Ekoal’Jin, j’arrive tout de suite.
- A vos ordres.
L’homme la salua sans baisser les yeux et quitta le couloir à grand pas, presque en courant. Zeïna referma la porte interrogative, elle se tourna vers son coffre prendre des vêtements et elle remarqua alors sa chemise largement ouverte. La jeune fille rougit en pensant à ce qu’il s’était passé.
- Bravo ma fille, je comprends mieux maintenant, lança t’elle toute seule.
Quelques minutes plus tard elle était prête et elle descendit dans sa chaloupe déjà prête. La mer étant calme, les rameurs purent accoster rapidement l’embarcation aux flancs du navire du Prince. Ils se retrouvèrent tous à nouveau réuni dans la cabine mais cette fois le visage de Meklio était plus grave.
- Nous avons bien fait d’écouter les conseils du Capitaine dé Feryo, nos éclaireurs sont revenus plus rapidement que prévu car ils sont tombés sur une grande flotte de bateaux qui se dirige dans notre direction.
La surprise se peignit sur les visages.
- Comment a-t-il pu savoir que nous arrivions ? Lança l’un des capitaines elfes.
- Il y aurait un traitre ? Renchérit un autre.
- Silence s’il vous plait, fit le prince en tapant sur la table devant lui.
Tous se turent pour l’écouter.
- Il n’est plus temps de savoir si il y a un traitre parmi nous, maintenant nous devons réagir, la flotte de Koarha sera là dans quelques heures, nous devons nous préparer pour les recevoir. Faites sonner le branle bas de combat sur tous vos navires, nous allons les affronter sur l’eau.
Meklio étendit un parchemin devant eux et il se mit à tracer un plan de bataille.
- Nous allons adopter une formation en pointe, mon bateau sera au centre, flanqué par les autres navires capturés, sur les ailes les goélettes, elles sont plus rapide et plus maniable.
Le prince se tourna vers Zeïna.
- L’Aurore Boréale sera en voltigeur, je sais que votre navire est particulièrement rapide, les pirates essaieront de nous prendre à revers comme la dernière fois. Vous serez notre gardien, faites des pirates votre unique priorité.
La jeune fille hocha la tête.
- Messieurs, Mademoiselle De Feryo, nous sommes à l’aube de la grande bataille qui décidera le sort de notre Royaume, soyez fort et courageux, se sera notre unique chance de l’emporter. Qu’Ynala vous soit tous favorable.
Les capitaines firent un dernier salut avant de se retirer, ils savaient que certains d’entre eux ne serait plus là ce soir.
Les bateaux se mirent en formation, tandis que l’Aurore Boréale restait à l’arrière, louvoyant pour ne pas prendre trop de vitesse. Sur le pont l’agitation régnait, les marins et les guerriers elfes embarqués se préparaient au combat. La troupe du capitaine Ekoal’Jin était plus importante, un peu plus de cinquante soldats, comme tous les autres navires les volontaires avaient été nombreux à embarquer à bord.
Zeïna était prête, elle avait pris l’habitude maintenant de revêtir sa tenue de combat. Elle remarqua que le reste de l’équipage était déjà prêt aussi, décidément, son bateau ressemblait de plus en plus à un navire de guerre avec le temps qui passait. Sur le pont supérieur, elle réunit tous les officiers pour faire une dernière fois le point sur leur stratégie.
- Etre le lièvre n’est pas toujours une position enviable, fit Lantis, même si nous évitons le choc frontal il ne reste pas moins que tous les navires qui passeront le gros de la flotte seront pour nous.
- Il faut faire confiance à l’armada, répondit Ekoal’Jin, ils n’en laisseront pas passer beaucoup.
- Espérons-le.
- Nous risquons aussi d’être la cible privilégiée des pirates, lança Zeïna.
- Ces lâches vont surement nous attaquer à plusieurs, fit Portyd.
La capitaine hocha la tête.
- Sans aucuns doutes, mais je pense que nous avons une chance, c’est qu’ils seront aveuglés par leur soif de vengeance, alors autant les laisser venir à nous plutôt que de se disperser.
- Je suis d’accord, renchérit Lantis, nous pourrons ainsi mieux nous dégager, et utiliser au maximum le piège que nous allons leur tendre.
- Par contre nous devrons faire attention aux accès à l’intérieur du bateau, lança Cryanne.
- J’y ai pensé, répondit la jeune fille, les portes de la cale sont condamnées, seul la porte qui mène à la cambuse sera laissé ouverte pour que les blessés soient transportés vers le médecin. Mme Tolado, je vous charge de protéger l’accès.
- Au moins je serais sûre que personne n’ira fouiller ma cabine, lança la métis.
- Tu as donc peur qu’ils voient tous tes petits secrets, répondit Portyd en ricanant.
- Tu préférerais aller voir à leur place peut être ?
L’ambiance était bon enfant, à la veille d’un tel combat, que les officiers puissent garder la tête froide était encourageant.
- Nous allons disposer les hommes comme prévu, reprit Zeïna, Capitaine Ekoal’Jin au centre avec vos soldats.
L’elfe acquiesça d’un signe de la tête.
- Mr Alaster à l’avant, Mr Odell à l’arrière avec vos équipes respectives, les hommes pour le piège sont en place ?
- Ils sont déjà prêt, dés qu’ils voudront sauter, les assaillants auront une petite surprise, lança Lantis.
L’idée venait de lui, avec quelques marins et un peu d’arrangement dans les vergues, elle avait pu être mise en place. La capitaine se redressa, elle regarda un instant la mer, le ciel s’était légèrement couvert.
- Je n’ai plus qu’une chose à vous dire, bonne chance à tous.
Zeïna serra la main de chacun de ses officiers, ils reprirent tous leur place attendant fébrilement l’annonce du combat.
Il ne fallut pas longtemps pour que les premiers signaux apparaissent en haut du mat du navire du prince, relayé par tout le reste de l’armada. L’ennemi était en vu droit devant, faisant voile vers eux. La jeune fille était montée tout en haut du mât, le vent fouettant son visage, elle observait la flotte réunie par Koarha.
Une imposante frégate était visible au premier rang, elle portait plusieurs pavillons aux armes du seigneur marchand. Elle parvint à voir le nom, « Le Conquérant » le bateau personnel de Koarha, cette fois il ne plaisantait plus, il était lui-même en première ligne. Derrière la frégate, quatre petits navires de commerce voguaient de concert, armés pour la circonstance. Elle compta également plusieurs sloops de surveillance, au moins une demi-douzaine.
Zeïna se demanda bien comment le seigneur marchand avait fait pour cacher aux habitants de Malath’Rhyne l’existence de pareille flotte. L’homme devait avoir une autre base proche de la capitale inconnue des elfes.
- Mais où sont les pirates ? Lança tout haut Zeïna.
Elle fit le tour de la flotte sans les voir, c’était eux qui importaient le plus pour la jeune fille. Et pourtant ils n’étaient pas en vu, selon leurs informations, l’allier de Koarha avait encore au moins trois autres navires.
- Capitaaaaiiine, par l’arrrrrrièrre deux voiles !
Loan s’agitait follement en haut de son nid de pie. Aussitôt Zeïna se retourna et pointa sa lunette, les deux navires arrivaient sur eux par l’arrière avec une prodigieuse vitesse.
- Vous voilà donc, tu croyais me prendre ainsi par surprise Capitaine Jurda, mais je t’ai vu.
Elle se pencha en direction du pont en se tenant à un cordage.
- Virez de bord ! Barre au Nord Ouest, droit sur les pirates.
Les marins se lancèrent dans les mats par grappe entière, l’ennemi était enfin en vu. Zeïna observa la manœuvre de son emplacement, son équipage avait réagi promptement et avec efficacité. Elle sentit le bateau vibrer sous ses doigts, le mat s’inclina et bientôt elle ne vit plus le pont, l’océan s’ouvrant sous ses pieds. La jeune fille aimait ce moment où elle croyait voler par-dessus les vagues tel un oiseau.
L’Aurore se redressa et chargea en direction des pirates, il fallait les immobiliser pour éviter qu’ils prennent la flotte à revers. Mais apparemment, le corsaire était leur cible car ils ne changèrent pas de cap. Le troisième navire était toujours invisible, elle espérait qu’il ne voulait pas profiter du combat entre les trois bateaux pour atteindre le reste de la flotte des elfes.
Pour l’instant, Zeïna devait se réoccuper de son propre problème. Elle fit de nouveau changer de cap à l’Aurore, perdant de la vitesse par la même occasion. Mais la capitaine ne voulait surtout pas s’éloigner de la zone de la bataille navale pour pouvoir venir en aide à ses alliés. Au loin justement, les elfes étaient sur le point de rencontrer leurs ennemis, les deux navires amiraux s’apprêtaient à s’affronter.
Les pirates se rapprochaient de plus en plus, sur leurs ponts les forbans criaient des insultes et des menaces aux marins de l’Aurore. Le combat allait être acharné, ils avaient soif d’en découdre, les grappins étaient déjà visibles.
- Tout le monde, préparez vous à l’assaut, lança Portyd depuis le pont supérieur.
Les armes furent tirées, piques, haches, épées, gourdins. Zeïna tenait fermement son épée, elle regarda une dernière fois son second et les hommes autour d’elle. Elle remarqua qu’Acoya était près d’elle, elle tenait une dague pointe vers le bas, l’elfe sourit à la jeune fille.
Les navires pirates passèrent chacun d’un bord pour les prendre sur les deux cotés à la fois. Les grappins volèrent depuis le navire pirate pour s’accrocher avidement sur le bordage de l’Aurore. Aussitôt les marins se jetèrent dessus pour trancher les cordes, mais toujours plus de crochets venaient mordre le bois de la lisse.
Des cris furent lancés depuis le bateau de pirate avec des exclamations de joie quand les trois navires furent les uns contre les autres. L’assaut fut lancé avec brutalité, bien que les pirates avaient des bateaux plus petits que l’Aurore, leur agilité leur permit se sauter rapidement sur le pont du corsaire les armes brandies. Des dizaines de pirate surgirent en même temps, hurlant et vociférant des insultes à leurs ennemis.
Lantis Alaster sourit avec avidité, c’est le moment de montrer à ses pirates qu’eux aussi pouvaient tendre des pièges. Il leva le bras et l’abaissa en criant.
- Maintenant !
Avec un coup sec et net, une douzaine de hache s’abattirent sur des cordes tendues à l’extrême. Cachés par les voiles, des filets lestés de plomb tombèrent sur les pirates entassés sur le bord. Certains fouettèrent l’air de leur arme pour les coupes mais les cordages étaient épais. Les filets firent parfaitement leur office, clouant sur place la première vague d’assaillant empêtrés dans leurs entraves.
- Rejetez moi ces crapules d’où ils viennent ! Cria Ekoal’Jin à ses hommes
Pris dans les filets, les pirates ne pouvaient pas se défendre efficacement. Ils tentèrent de reculer, mais leurs camarades arrivaient à leur tour, les faisant trébucher. Le piège avait fonctionné parfaitement, les pirates avaient perdu leur avantage dés le début du combat.
Mais le Capitaine Jurda n’avait pas dit son dernier mot, il arrangea ses hommes à l’attaque, sautant sur le pont arrière. Il l’avait vu là, il en était persuadé, il voulait sa revanche avec la demoiselle De Feryo. La surprise des filets passée, les combats au corps à corps se firent plus intenses, les pirates étaient nombreux et l’équipage et les guerriers de l’Aurore n’étaient pas sortis d’affaire pour autant.
Zeïna se battait contre un imposant gaillard qui la dépassait de deux têtes, il maniait un sabre presque aussi imposant que celui du second. Loin d’avoir peur, la jeune fille évitait habilement les estocs meurtriers de son adversaire, un seul aurait pu lui couper un bras. Elle savait très bien le pont faible de ce genre de combattant, les jambes. La capitaine le laissa charger, profitant de la large lame, elle accompagna le mouvement en faisant un pas de coté. La jambe gauche de son adversaire n’était plus protégée, la jeune fille plongea vers le sol et frappa le genou du pirate. L’homme poussa un cri de douleur et tomba sur le sol, ne pouvant plus se tenir debout.
Le forban n’avait pas si tôt tombé, qu’une personne qu’elle connaissait bien pris sa place.
- Capitaine Jurda, fit elle en le saluant de l’épée.
- Capitaine De Feryo, j’avais hâte de vous revoir.
- Un plaisir que je ne partage pas vraiment.
Le pirate sourit.
- Ne vous en faites pas, je n’en suis pas offusqué, mais sachez que cette fois je gagnerais.
- De bien belles paroles, mais allez vous pouvoir aller au bout ?
Les deux capitaines se jetèrent l’un sur l’autre, les armes se rencontrèrent en une myriade d’étincelle. Ils échangèrent plusieurs parades rapides, attaques et contre-attaques se suivant les unes après les autres. Les duellistes se séparèrent, le souffle court.
- Tu dois être la première femme qui me donne autant de mal, lança Jurda taquin, mais j’aime bien ce genre de fille, surtout quand j’en viens enfin à bout.
- J’ai le regret de vous dire que vous n’êtes pas mon type d’homme, répondit Zeïna en reprenant son souffle.
- Ce n’est pas grave, je ferais avec.
Le capitaine pirate rit aux éclats en attaquant la jeune fille. L’épée de l’homme se mua en un serpent agile qui frappait avec rapidité, Zeïna se fendait pour tenter de l’arrêter, mais elle était bien trop rapide. Une estafilade lui zébra la joue, une autre apparut sur son bras droit. Chaque assaut de Jurda semblait en cacher deux voir trois, elle n’arrivait pas à savoir ce qui pouvait bien arriver.
La jeune fille bloqua l’arme de son adversaire, une lueur au coin de ses yeux la fit réagir au dernier moment. Elle bascula la tête en arrière en se cambrant, elle vit passer un fin stylet en acier comme une longue aiguille à tricoter. La capitaine fit un bond en arrière pour se mettre hors de porté, elle fit face à son adversaire en le détaillant. Elle regarda sa main gauche et elle comprit enfin.
- Je crois que je suis découvert, fit Jurda.
L’homme leva le poignet en arrière et un stylet en acier surgit, une arme cachée. Concentrée sur l’épée, Zeïna n’avait pas remarqué la deuxième arme. Elle se remit en garde, cette fois elle ne se laisserait pas avoir par des tours de passe-passe. Sans arrêter de sourire, Jurda attaqua la jeune fille, en portant ses coups avec son épée et son stylet. Elle arrivait à tenir le rythme, même si quelques fois le petit poignard faisait une nouvelle entaille, elle n’était plus acculée.
Le pirate changea soudain de pied d’appel et bondit sur le coté en attaquant le flanc exposé de son adversaire. La jeune fille détourna au dernier moment l’épée, mais elle était déséquilibrée, Jurda l’avait bien comprit. Il se lança sur elle en pointant le stylet droit vers la poitrine de Zeïna, elle ne pouvait rien faire. Une dague surgit et bloqua l’arme avant qu’elle n’atteigne sa cible. Acoya était apparu de nulle part, et elle venait de la sauver.
- L’elfe, tu viens de me priver de ma victoire, je ne vais pas te laisser partir sans une égratignure, sois en persuadé.
Un pirate et un marin en plein combat séparèrent Zeïna des deux autres. Elle venait à peine de se remettre sur ses appuis, la jeune fille poussa les deux combattants pour prêter main forte à Acoya. L’elfe tenait en respect son adversaire, elle jouait sur son agilité pour repousser les assauts du pirate. Mais Jurda n’était pas un combattant né de la dernière pluie, il voyait bien qu’elle n’était pas très forte.
Le pirate tenta de faucher les jambes de l’elfe qui sauta en l’air pour l’éviter, ce qu’attendait l’homme. Il poussa une exclamation de triomphe et attaquant de son épée Acoya encore dans les airs, elle ne pouvait pas l’esquiver cette fois. Zeïna bondit sur les combattants mais trop tard, l’arme plongea dans l’abdomen de l’elfe, elle poussa un cri de douleur et s’effondra sur le sol.
- Acoya !
La capitaine repoussa le pirate loin de l’elfe étendue sur le sol, elle était encore consciente mais elle perdait beaucoup de sang.
- Il faut t’emmener voir le médecin, lança t’elle profitant d’une nouvelle bousculade qui les avait séparé du capitaine ennemi.
- Tu dois battre cet homme, fit la blessée.
Elle grimaça de douleur.
- Je ne te laisserais pas comme ça.
- Tu es la Capitaine, montre à ton bateau que tu es le maître sur le pont.
Elle sourit en tenant son abdomen d’où le sang s’échappait.
- Il arrive, fait attention.
Zeïna tourna la tête pour voir que Jurda avançait sur elle en souriant. La jeune fille ravala ses larmes et elle se releva, elle sentit la colère monter dans son cœur. La capitaine poussa un cri de rage et se jeta sur le pirate, un peu surpris par le changement soudain de la jeune fille.
Le combat autour d’eux continuait, âpre et sanglant personne ne semblait pour le moment prendre l’avantage.
==========================================================
Première partie de cette bataille où se joue l'avenir d'une nation. L'Aurore est aux prises avec les pirates, le combat bat son plein et le premier drame arrive sous les yeux de Zeïna. La jeune fille n'a plus qu'une idée la venger, que va t'il arriver pour le reste de l'équipage ?
Bonne lecture ^^
|