CHAPITRE 34
Fureur sur l'océan
Le pont principal de l’Aurore était devenu un véritable champ de bataille, les elfes et les pirates se livraient à des corps à corps mortels entre les mats. Le Capitaine Ekoal’Jin plongeait dans la mêlée avec opiniâtreté, il haranguait ses hommes pour qu’ils puissent repousser les assaillants hors du navire.
L’elfe se retrouva face à un pirate vociférant, son sabre taché de sang, peut être celui d’un de ses hommes. Il cueillit le pirate de la pointe de son épée, repoussant sans peine l’assaut grossier de son adversaire. Mais le forban n’était pas un novice non plus, avec vivacité il se fendit de coté pour mieux prendre de travers l’elfe. Ekoal’Jin plia un genou au dernier moment, sentant le coup de sabre lui frôler la tête.
Sans attendre il se releva, l’épée en avant, le pirate réussit à l’éviter avec la garde de son sabre. L’homme voulut profiter de sa position haute pour écraser par la force le capitaine, mais celui-ci fit un bon de coté et lui transperça le poumon découvert. Le pirate mourut une dernière insulte sur ses lèvres écarlates de son propre sang.
En se relevant, Ekoal’Jin aperçut l’un de ses soldats blessé qui tentait de se rendre vers l’accès à l’infirmerie. Le capitaine fut rapidement à ses cotés pour l’aider à atteindre la porte. Cryanne et quelques marins défendaient toujours l’entrée, pas un seul pirate n’était passé. Un mousse prit la suite de l’elfe pour porter le blessé à l’intérieur.
- Comment vous vous en sortez ? Demanda la métis dans un souffle.
- Il faut tenir, nous allons en voir la fin.
L’elfe replongea dans la mêlée, il avait remarqué le flanc droit qui fléchissait. A nouveau le bouillant capitaine fut aux cotés de ses soldats, il ferrailla d’abondance pour reprendre le terrain perdu et faire la jonction avec les marins qui se battaient à la proue.
Parmi les pirates Maneke, le second de Yurda, attendait son heure pour frapper. Il avait bien compris que cet elfe était l’obstacle principal pour la victoire. L’homme profita d’un flottement dans la défense des soldats elfiques pour se rapprocher du capitaine, il tira sa dague et saisit sa chance quand il le put. Sa spécialité était l’assassinat, et encore une fois sa rapidité ne pouvait être contrée.
Le second enfonça la lame jusqu’à la garde dans le coup découvert de sa proie. L’elfe se retourna pour tenter de toucher son adversaire, mais celui-ci en quelques bonds fut de retour au milieu des pirates, bien protégé. Les soldats elfes entourèrent immédiatement leur chef pour le protéger. En quelques instants, le changement dans les rangs des défenseurs fut radical, privé de leur soutien, les elfes perdirent peu à peu du terrain.
La scène n’avait pas passé inaperçu aux yeux d’un autre officier de l’Aurore, Lantis avait assisté à l’agression d’Ekoal’Jin sans pouvoir intervenir. Il devait intervenir sans quoi tous les efforts du courageux capitaine seraient réduits à néant.
- Archord, Harnes, Moju, suivez moi !
Accompagné des trois impressionnant kadjis, Lantis Alaster ouvrit les rangs des pirates pour atteindre les elfes. En quelques pas il fut à l’endroit où il avait vu s’effondrer le capitaine de la garde. Il était sur le sol, se tenant le coup où un flot de sang ne cessait de s’écouler.
Lantis comprit sur l’instant que la blessure était très grave. Il voulut le prendre par l’épaule pour l’emmener à l’infirmerie, mais Ekoal’Jin l’arrêta.
- Je sais qu’il est trop tard, fit l’elfe du sans à la commissure de ses lèvres.
- Je suis sûr que Gouran pourra vous aider, ne perdez pas espoir.
Mais le capitaine fit un signe négatif de la tête.
- Ma mort approche, mais je suis fier d’avoir pu combattre à vos cotés et avec Mademoiselle De Feryo.
Il se tourna vers l’un des elfes non loin.
- Lieutenant Hatory, je vous laisse le commandement.
Le soldat était livide, mais il hocha la tête rapidement.
- Gagnez cette bataille, murmura Ekoal’Jin.
La tête du capitaine retomba en arrière, il était mort dans les bras de
Lantis. Lui qui avait déjà vu bien des morts, il sentait l’amertume l’envahir comme un gout de fiel dans la bouche. Il reposa le corps de l’elfe sur le pont et il se releva en serrant son arme.
- Lieutenant, apostropha le garde du corps, chargez derrière moi, je vous ouvre le chemin.
Le jeune elfe acquiesça gravement il lança un appel à ses hommes, il était leur commandant maintenant. Flanqué des kadjis, Lantis poussa un cri de guerre en enfonçant les rangs des pirates. Le hurlement des hommes tigres fit merveille, les forbans reculèrent malgré eux, plusieurs passèrent même par-dessus bord tombant à la mer entre les deux navires vers une mort certaine. Les elfes chargèrent à leur tour, ouvrant un peu plus la brèche, le pont principal fut balayé par cette vague qui ne laissa pas un seul pirate s’échapper.
Lantis trouva enfin sa proie, Maneke qui cherchait toujours à rester à l’arrière avait trébuché à cause du mouvement brusque. Cette fois l’homme ne pouvait plus s’enfuir, il tira sa dague en la lançant sur le garde du corps. Il écarta la menace d’un revers de sa lame et attaqua dans le même mouvement.
Le pirate tira une autre dague pour se défendre, il bloqua l’épée à quelques centimètres de sa gorge. Lantis lui donna un violent coup de pied dans les jambes, Maneke tomba sur le pont. Il tenta de planter sa dague dans la cuisse de son adversaire en même temps, mais le garde du corps s’y attendait. Il fit un pas en arrière et plongea son épée sur le pirate, le transperçant de part en part au niveau du cœur.
Lantis retira la lame du corps, la mort du capitaine elfe était vengée. Il regarda autour de lui, les pirates commençaient à se rendre, les soldats et les marins étaient peu à peu maîtres du pont principal et de l’avant, les derniers combats s’achevaient sur leur victoire.
Sur le pont arrière les derniers échanges se poursuivaient, déjà des soldats elfes montaient pour mettre un terme au dernier corps à corps. Lantis devait s’occuper des pirates capturés, des blessés et surtout de la suite du combat, leur bataille était terminée, mais pas la guerre.
Sur le pont arrière, les pirates avaient aussi compris qu’ils étaient perdus, les marins les repoussaient toujours un peu plus. Un duel pourtant ne semblait pas fléchir, Zeïna se battait toujours contre Yurda. Les deux combattants portaient de nombreuses traces de coupures et d’estafilades, mais aucuns des deux ne voulaient admettre sa défaite.
Les yeux de la capitaine étaient devenus aussi sombres qu’un océan en pleine tempête, son visage dur jurait avec son habituelle douceur qu’elle affichait toujours. Depuis qu’elle avait vu Acoya au sol, la jeune fille avait perdu son calme, se moquant bien de son propre bien. Elle voulait en finir avec le pirate une bonne fois pour toute. Des mèches de ses cheveux s’étaient échappées de sa tresse, se collant à son front et ses joues trempées de sueur.
Yurda était essoufflé, cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas rencontré un adversaire aussi coriace. Mais il sentait aussi que se n’était plus la même combattante que la première fois qu’il l’avait affronté. Apparemment elle n’avait pas supporté de voir un membre de son équipage blessé à sa place. Il repoussa un nouvel assaut, il manqua de peu de se faire transpercer la main, l’homme devait garder sa concentration sur le combat, sinon s’en serait fini de lui.
Zeïna poussa un cri de rage et attaqua encore et encore, la puissance de ses coups était décuplée par sa rage de vaincre. Elle en oubliait même tout ce qu’elle avait appris sur l’escrime pour charger encore et toujours son adversaire. Yurda le vit également, il profita d’une ouverture pour utiliser son stylet, la fine lame fit une nouvelle estafilade, zébrant sa poitrine d’un trait sanglant.
La jeune fille repoussa le pirate en poussant un cri de douleur, mais elle se positionna en attaque tout de même, faisant abstraction de la douleur. Le capitaine pirate sourit en la regardant droit dans les yeux.
- Tu perds ton calme, petite demoiselle, c’est ma chance.
- Tu ne vivras pas assez longtemps pour la saisir.
La capitaine plongea sur le pirate, elle enchaîna plusieurs bottes de plus en plus hautes obligeant son adversaire à lever toujours plus haut sa garde. A la dernière attaque, les flancs de Yurda étaient dégagés. Elle fit mine de réattaquer en hauteur mais elle changea d’angle et plongea sur la droite. Le pirate avait compris son manège il bloqua la lame à l’aide de sa garde et contre-attaqua avec sa main gauche libre.
Zeïna se baissa juste au dernier moment, évitant le stylet de peu. Elle profita de sa position pour faucher les jambes du pirate qui fit un bond pour l’éviter. La jeune fille s’appuya sur sa main libre et projeta son pied en direction de Yurda. Il ne put qu’écarquiller les yeux, il ne pouvait rien faire en l’air, le coup de pied le repoussa contre la rambarde, son épée lui échappa des mains. La jeune fille se relava aussitôt et se jeta sur lui, la pointe de son épée s’appuyant sur sa gorge découverte.
La poitrine de la capitaine se soulevait à un rythme effréné, son regard de colère se posa sur le pirate à sa merci. L’homme lut dans son regard que sa mort était proche, il sourit malgré tout attendant le coup fatal. Zeïna pressa la pointe, faisant naître une goutte de sang sur la peau du pirate, elle allait enfin pouvoir venger Acoya.
La jeune fille s’apprêta à le transpercer, mais un souvenir lui revint en mémoire, son père encore vivant qui l’entrainait à se battre avec un bâton de bois. Son père l’avait désarmé, il avait posé son bâton sous la gorge. L’homme lui avait alors dit « quand tu tiens ton adversaire à ta merci, tu te sens fort et tu as envi de le tuer, mais sache que la vraie force est de ne pas abuser de ce pouvoir ».
Zeïna laissa choir ses épaules, elle se relâcha mais garda la pointe de son épée sous la gorge du pirate. Yurda laissa échapper un petit rire nerveux.
- Et bien, pour notre deuxième rencontre, je suis encore battu et tu me laisses la vie sauve, de quoi vais-je avoir l’air auprès des autres pirates ?
- Dites à vos hommes de se rendre !
Le pirate se mit à rire franchement cette fois, la jeune fille le regarda avec incrédulité.
- Je crois que ne se sera pas la peine.
La capitaine se rendit compte soudain que les bruits des combats avaient cessé. Elle jeta un coup d’œil rapide autour d’eux, elle se rendit compte que son équipage avait gagné, et que les derniers pirates se rendaient.
- Décidément, reprit Yurda en soupirant, vous êtes une jeune femme bien surprenante Capitaine Dé Feryo.
Deux marins saisirent le pirate pour l’attacher, il se laissa faire, il ne pouvait plus faire grand-chose pour lutter. La jeune fille baissa son épée en soupirant, toute la pression de son combat tomba en même temps. Ses jambes tremblèrent mais elle resta bien droite malgré tout, il n’était pas encore temps de se reposer.
- Mr Odell, l’état de l’équipage ?
Personne ne lui répondit, elle se tourna vers un marin près d’elle inquiète.
- Lorna, Mr Odell n’est pas là ?
- Il a été blessé Capitaine, il doit déjà être entre les mains du docteur je pense.
Zeïna poussa un soupir de soulagement. Elle marcha jusqu’à la rambarde du pont supérieur pour voir la situation. Son regard tomba sur Lantis qui s’occupait des pirates prisonniers, elle prit l’escalier pour le rejoindre.
- Mr Alaster, je suis contente de vous voir.
- Moi aussi Capitaine, allez vous bien ?
Il la regarda inquiet, la jeune fille surprise inspecta sa tenue, elle était en effet ensanglantée. Comprenant la réaction de l’homme, elle le rassura aussitôt.
- Se ne sont que des égratignures, ne vous en fait pas, combien de perte ?
- Peu par rapport au combat que nous avons mené, quatre mort parmi l’équipage et une dizaine de guerrier elfes, malheureusement, le Capitaine Ekoal’Jin en fait parti.
La jeune fille accusa le coup, elle sentit la tristesse l’envahir, l’elfe avait toujours été un homme agréable et un officier dévoué, une grande perte.
- Nous pleurerons nos compagnons plus tard, pour le moment il faut immédiatement rejoindre le reste de la flotte pour leur prêter main forte.
- Que faisons-nous des pirates ? demanda Lantis.
Un jeune guerrier elfe apparut près d’eux, il portait une blessure au visage qui lui barrait la joue jusqu’à l’œil.
- Nous pouvons les laisser sur leur navire, j’ai demandé à mes hommes de casser leur gouvernail, ils ne pourront pas aller loin.
- Je vais les faire embarquer alors, sans leurs armes ils ne pourront rien faire de plus, répondit le garde du corps.
- Pour s’assurer qu’ils ne feront rien, nous allons enfermer dans la prison leur capitaine, renchérit Zeïna.
- Je vais charger mes hommes de cela, répondit l’elfe, je ne me suis pas présenté, je suis le lieutenant Hatory, j’ai reçu le commandement du capitaine Ekoal’Jin.
La jeune fille hocha la tête.
- Je veux que tout soit fait en un minimum de temps.
Les deux hommes partirent en même temps pour exécuter les ordres. La capitaine se dirigea vers l’entrée de l’entrepont, Cryanne organisait la descente des blessés, ils étaient nombreux, elle devait les installer dans le couloir en attendant. Nefrita Hagus l’aidait à trier les cas les plus grave pour les faire soigner par le médecin.
- Mme Tolado, réunissez tout de suite les hommes disponibles, nous allons nous diriger vers le cœur de la bataille, que les mousses coupes tous les grappins qui nous retiennent encore aux deux navires des pirates.
- Je devrais trouver ça, répondit la métis.
La femme se mit à haranguer les marins autour d’elle, Zeïna était contente de la voir aussi prompte à lui obéir. L’Aurore se relevait rapidement de son précédent combat, il était déjà entrain de se préparer pour le suivant.
La capitaine monta sur le pont supérieur et commanda la manœuvre. Les pirates avaient tous été reconduits à leur bord, complètement désarmé, ils n’étaient plus une menace pour la flotte des elfes. Les blessés légers étaient peu à peu soignés, les plus graves étaient tous conduit à l’intérieur du navire.
L’Aurore déploya de nouveau ses voiles, et le bateau se remit à avancer en direction du cœur des combats. Le navire prenait lentement de la vitesse, la proue se tourna vers la flotte pour offrir un panorama de fin du monde.
Le tableau était saisissant, pas un seul membre d’équipage à bord de l’Aurore ne pouvait se détacher de ce qu’ils voyaient. Les bateaux des deux flottes s’étaient mélangés, il ne restait plus qu’un grand rassemblement de navires. Seuls les pavillons en haut des grands mats pouvaient encore les différencier les uns des autres.
Zeïna avait blanchi, elle ne s’attendait pas à voir pareille vision, la mer était pour elle le plus beau des mondes, mais là l’océan offrait un bien triste visage. Deux bateaux étaient en flamme, un navire marchand de Koarha et une goélette elfique. Les autres étaient toujours en plein combat, certains avaient amené les pavillons, déjà hors de combat. Dans l’eau, des débris de bois flottaient à la surface, mais aussi des cadavres de marins ou de guerriers.
La jeune fille eut un haut le cœur incontrôlable, la guerre avait un visage horrible quand il fallait le regarder en face. Lantis et Cryanne la rejoignirent sur le pont supérieur, ils voulaient savoir ce qu’ils allaient faire maintenant.
- Nous avons eut de nombreux blessés, commença le garde du corps, mais nous sommes encore capable de nous battre, les guerriers elfes ne veulent pas s’arrêter maintenant.
- Je sais que tout le monde est fatigué, mais il faut encore garder courage car rien n’est encore gagné, fit Zeïna.
- Nous prenons d’abordage un autre vaisseau ? Demanda la métis.
La capitaine réfléchissait, elle se demandait ce qu’elle pouvait bien faire pour éviter les pertes supplémentaires. Les bruits des combats arrivaient à l’Aurore, ils allaient bientôt arriver sur la zone de la bataille.
- Nous n’avons pas un équipage suffisant pour nous battre seul contre un autre vaisseau, lança la jeune fille.
- Un bon tiers des hommes à bord sont hors de combat, répondit Lantis.
Zeïna hocha la tête.
- Je ne vois qu’un moyen de faire pencher la balance en notre faveur.
Elle désigna de la main une grande frégate au centre.
- Nous allons prendre d’assaut le navire de Koarha, en aidant le prince et ses hommes nous pourront le vaincre une bonne fois pour toute.
Le garde du corps sourit.
- Le meilleur choix possible, nous devrions prendre la frégate par l’autre coté pour les prendre à revers.
La capitaine fixa leur cible avec intensité.
- Mr Alaster, préparez tous les hommes et soldats encore disponibles, nous allons les prendre à l’abordage. Mme Tolado, je vous laisse une équipe d’une demi-douzaine de marins pour garder l’Aurore.
Les deux officiers hochèrent la tête, et partirent donner les ordres aux autres membres de l’équipage. Zeïna gagna à grand pas sa cabine, elle voulait se changer et essuyer le sang qui la maculait. Hina l’avait devancé, elle se trouvait déjà dans la pièce, sortant une chemise propre pour sa capitaine.
- Merci Hina, tu m’as devancé.
- Je me doutais que vous viendriez vous changer.
Aider par la jeune fille, Zeïna enleva la chemise déchirée, en profitant pour soigner les blessures infligées lors du précédent combat. La capitaine grimaça, mais elle resta stoïque quand les compresses d’alcool se posèrent sur les plaies. La chemise propre fut enfilée rapidement, Zeïna en profita pour se recoiffer et boire un verre de vin pour se redonner du courage.
Après un remerciement à Hina, la jeune fille remonta sur le pont pour commander la manœuvre d’approche de l’Aurore à travers les flottes en plein combat. Ils croisèrent deux navires en plein combat, les elfes semblaient avoir le dessus mais les soldats humains continuaient de se battre malgré tout. C’était la raison pour laquelle Zeïna voulait en finir rapidement avec Koarha, tant que leur chef ne serait pas vaincu, ils se battraient jusqu’à la mort.
La silhouette de la frégate fut bientôt en vue, le vaisseau était élégant, avec des courbes presque aériennes. La jeune fille avait du mal à voir un homme aussi cupide et mauvais aux commandes d’un si beau bateau. La capitaine retint son attention sur son équipage, les hommes d’abordage s’apprêtaient à repartir à l’assaut. Elle rejoignit les soldats et les marins sur le pont principal, Lantis et le lieutenant Hatory s’approchèrent.
- Nous n’avons pas assez d’hommes pour faire plusieurs attaques en même temps, fit la jeune fille, nous allons donc mener un abordage commun.
- Vos marins sont plus habile pour lancer les grappins, répondit le lieutenant, nous passerons en premier pour vous ouvrir le chemin.
- Très bien, mais faites attention, nous avons perdu déjà beaucoup trop d’hommes.
Hatory hocha la tête et se mit en première ligne avec ses soldats. L’homme oiseau atterrit lourdement à coté des deux officiers, les plumes ébouriffés.
- Les combats ont liiiieuuu sur le baaateau du prrrrince.
- Je m’en doutais un peu, répondit Zeïna.
- Il nous sera d’autant plus facile alors de semer la pagaille, renchérit Lantis, ils devront se séparer d’une partie de leurs hommes si ils voudront conserver leur bateau.
- Il faut s’attendre à une vive résistance.
- Peut être pas, ils sont déjà fatigués par les combats passés.
Loan bondit sur place et s’envola de nouveau, sa place était dans les mats. Une fois les deux navires l’un contre l’autre sa tache principale était d’empêcher les marins adverses de monter dans les mats pour sauter sur l’équipage d’assaillants. Ce genre de combat était parfait pour l’homme oiseau qui n’attendait que d’entendre le crissement des coques l’une contre l’autre pour s’élancer.
Cryanne menait la manœuvre, elle tenait la barre d’une main ferme. Les marins qui restaient à bord s’activaient pour maintenant le bateau dans la bonne marche, ils devaient fournir trois fois plus de travail qu’à l’accoutumée mais ils n’émirent aucunes plaintes. La métis amena l’Aurore à la bonne place du premier coup, sans même toucher la coque de l’ennemi. Bien qu’ils aient surement déjà étaient repérés, le corsaire arrivait dans une position de force face à leur ennemi.
Les grappins en acier volèrent dans les airs, s’accrochant avidement dans les vergues et le plat bord de la frégate. Les elfes se lancèrent à l’abordage en poussant des cris guerriers, les marins de l’Aurore les suivirent presque aussitôt. Laissant les elfes se battre avec les quelques ennemis qui apparaissaient, Zeïna profita de son élan pour mener ses hommes directement dans le dos des forces de Koarha.
Les combats faisaient rage sur le pont du navire du prince, les corps s’amoncelaient sur le pont. Il n’y avait pas de pitié pour les blessés que se soit d’un camp ou d’un autre, seul comptait la victoire. Meklio Da’Hine était à la tête de ses hommes en première ligne, il ferraillait d’abondance poussant ses soldats à repousser les assauts répéter des humains. En nombre inférieur à l’équipage de Koarha, les elfes leur tenaient toujours tête même si les rangs se clairsemaient. Pourtant le prince ne voulait pas perdre espoir, ils ne devaient pas perdre.
Soudain des cris retentirent depuis le pont de la frégate de Koarha, une partie des assaillants firent demi-tour pour rebrousser chemin. Les elfes venaient de recevoir de l’aide, enfin ils allaient pouvoir inverser le court de la bataille. Sur le bastingage de la frégate, plus haut que celui du navire amiral des elfes, une personne apparut l’arme à la main, plusieurs autres marins à ses cotés surgirent.
- Pour l’Aurore, à l’attaque ! Lança Zeïna en pointant son épée sur les rangs des soldats du seigneur marchand.
En quelques instants, la formation des humains se désagrégea, la belle unité avait disparu pour faire place à des corps à corps furieux. Les corsaires se battaient avec panache, le moral des soldats ennemis tomba au plus bas.
Koarha apparut alors, une épée ornait de pierres précieuses en main. Il poussait ses hommes à se battre, les insultant et en leur promettant la mort s’ils ne faisaient pas preuve de plus de force. Melkio Da’Hine devait saisir cette chance, se serait peut être la seule qu’il pourrait prendre durant toute la bataille.
Le prince chargea droit devant lui en entraînant ses soldats avec lui, les rangs des humains qui protégeaient le seigneur s’ouvrirent. L’elfe faisait face à celui qui avait tant fait souffrir son royaume et son peuple.
- Koarha ! Au nom de la couronne du Royaume des Elfes des mers, rends toi !
L’homme éclata de rire.
- Tu te crois si fort que ça, ce n’est pas l’arrivée de tes pitoyables alliés qui changera la donne, je serais le vainqueur et tu t’agenouilleras devant moi.
- Ouvre donc les yeux et regarde bien autour de toi, tu es en train de perdre.
- Tout comme le père, je vaincrais le fils !
Koarha se jeta sur l’elfe en usant de sa force brute, il se savait plus imposant que son adversaire. Mais Meklio n’allait pas de laisser faire aussi facilement, il sauta sur le coté et contre attaqua aussitôt. La vivacité de l’elfe était décuplée par sa rage et sa colère à l’encontre de cet homme qui avait fait tant de mal.
Bien trop habitué aux bals et aux réjouissances, le seigneur marchand avait bien du mal à suivre le rythme imposé par son adversaire. Il se cachait bien souvent derrière les autres pour éviter les ennuis et laisser les autres s’en charger pour lui. Mais voilà, tous ses soldats et ses gardes du corps étaient bien trop occupés à sauver leur propre vie pour l’aider. Il n’aurait jamais du sous estimer les elfes de cette manière, lui aurait du attendre bien sagement sur un bateau à l’arrière des combats.
Une nouvelle botte de son adversaire perça les défenses de Koarha, l’épée lui érafla le poignet. Il poussa un cri de douleur en lâchant son arme, il agrandit les yeux de surprise en comprenant son erreur. Meklio se jeta alors sur l’homme désarmé, le seigneur marchand tendit les mains devant lui en reculant. Il s’affala sur le sol lourdement, le prince arma son bras en arrière pour le tuer.
- Pitié, pleurnicha Koarha, je me rends, je me rends !
L’elfe chercha en lui le courage de stopper son bras, mais voir son ennemi aussi faible l’écœurait totalement.
- Donne l’ordre à tes hommes de cesser le combat immédiatement !
- Oui tout de suite.
Le marchand se mit à crier le plus fort possible pour que ses hommes se rendent. Peu à peu l’ordre fut entendu par tous, et les armes tombèrent sur le pont. La tête baissé, les soldats se laissèrent rassembler par les vainqueurs.
Un soldat elfe bondit en direction du pavillon arrière et amena les couleurs de Koarha, tandis que celui du haut subissait le même sort. Le drapeau du Royaume des Elfes des mers le remplaça sur l’instant pour annoncer la victoire du prince. Dans le même temps, des cornes de brume retentirent sur la frégate pour attirer l’attention dans leur direction.
Sur tous les autres navires encore à flot, les hommes et les elfes purent voir flotter les couleurs du Royaume. Les combats cessèrent d’eux même peu à peu, le seigneur marchand prisonnier, les soldats à sa solde ne pouvaient pas continuer à se battre. Des cris de joie s’élevèrent sur tous les bateaux, les elfes avaient retrouvé leur liberté.
Zeïna traversa les rangs des guerriers victorieux pour arriver à la hauteur du prince. Il lançait déjà des ordres pour que les blessés soient pris en charge. Il sourit en voyant la jeune fille, il serra la main qu’elle lui tendait pour le féliciter.
- Belle victoire, Seigneur Da’Hine !
- Se ne serait pas une victoire sans votre intervention, merci Capitaine Dé Feryo.
La jeune fille se contenta de sourire.
- Ne soyez pas modeste et profitez de votre succès, vous l’avez amplement mérité.
Meklio Da’Hine se redressa sous les encouragements et les cris de ses soldats, il voyait une nouvelle fierté brillé dans les yeux des elfes. Leur royaume était libéré de la dictature du seigneur marchand, il avait hâte de faire route en direction de la capitale pour serrer son père contre lui.
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La bataille navale se termine enfin sur la victoire des elfes, les forces de Koarha baissent les armes.
L'Aurore sort des combats avec des pertes mais son capitaine tout comme l'équipage garde la tête haute et le sourire aux lèvres.
Bonne lecture ^^ |