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Jeudi 31 mai 2012, 17:34


Voici une histoire écrite par Trimor et dont le titre est Chevalier - chapitre 60 - Armes magiques.

Bonjour à vous ^^

Retrouvons Mel dans sa recherche pour posséder une arme magique. Elle a réussit à convaincre le grand forgeron Nokara de lui en fabriquer une, mais le travail sera long. Le résultat n'est pas assuré mais la jeune fille est pleine d'espoir, elle ne lâchera pas aussi facilement.

Bonne lecture, et si vous en avez envi, laissez un petit commentaire pour savoir ce que vous pensez de l'histoire ^^


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CHAPITRE 60
Armes magiques


La nuit venait juste de tomber sur la vallée, pourtant les grandes forges d’Alantaria bruissaient encore d’une intense activité. Les foyers des hauts fourneaux ne devaient jamais s’éteindre quoi qu’il arrive, la qualité des objets fabriqués ne serait la même sans cet incessante recherche d’excellence.
Une fois n’était pas coutume, la forge du Maître Nokara était grande ouverte, une abondante lumière en sortait. La façade amovible avait été retirée pour montrer l’intérieur de l’atelier du Maître. Cela n’arrivait que pendant les grandes occasions, et la liaison entre une arme magique et son futur propriétaire en était une.
Nokara avait revêtu un tablier de cuir élimé, il paraissait aussi vieux que lui. A sa ceinture pendant un marteau et une tenaille, les outils étaient différents de ceux qu’il utilisait habituellement. Ils étaient en argent parcouru de gravures et de signes étranges. Plusieurs autres forgerons l’accompagnaient, ils étaient tous réunis devant l’atelier et ils attendaient l’arrivée de leur client pour effectuer la livraison.
Mel se tenait un peu en retrait, elle obéissait scrupuleusement aux ordres de Nokara. Il lui avait demandé d’observer en silence ce qui allait se passer et de surtout ne jamais intervenir. En simple spectatrice, la jeune fille gardait en mémoire chaque image pour bien comprendre ce que signifiait cette cérémonie.

Plusieurs cavaliers arrivèrent depuis la petite route pavée, l’homme de tête était plus âgé, les cheveux sur ses tempes étaient grises. Il portait à sa ceinture une arme qui brillait d’un éclat bleuté.
- Maître Nokara, c’est un plaisir de vous revoir.
- Seigneur Rangueld, vous avez failli être en retard.
- Je suis désolé Maître, nous n’avons pas vu le temps passé.
- Bien, bien, ce n’est pas grave, que votre fils approche.
Un jeune homme prés du seigneur se porta à la hauteur du forgeron en le saluant avec beaucoup de respect.
- Me voici Maître Nokara.
- Bon, si tout le monde est présent nous allons pouvoir préparer la cérémonie, suivez moi.
Les nouveaux venus et les forgerons suivirent le maître qui se dirigeait vers les bords du lac, Mel se joignant aux hommes des forges pour ne rien manquer. Nokara avait érigé une table de pierre en bordure de l’eau, il posa ses outils sur celle-ci et se dressa devant elle.
- Approche jeune homme, que les témoins fassent cercle autour de la table.
Le fils du seigneur se plaça aux côtés du maître, tandis que les spectateurs se disposèrent comme l’avait demandé le forgeron.
- Retire ta veste et ta chemise.
Le jeune homme obtempéra sans prononcer une parole. Le forgeron se pencha et posa la lame qu’il avait forgée sur la table encore recouverte par un drap. Il la découvrit d’un geste théâtral faisant tressaillir toutes les personnes présentes.
- Hetan Rangueld, que viens tu faire ici ?
- Je désire être lié à l’arme que vous m’avez forgé.
- Crois-tu être digne de cette arme ?
- Oui je le crois.
Le ton était solennel mais la cérémonie existait depuis des temps immémoriaux, et rien n’avait changé depuis.
- Si ton cœur et ton courage sont sincères, alors tend les bras et accepte d’être jugé par cette lame.
Le jeune homme eut un moment d’hésitation, puis il tendit les deux mains en avant. Nokara saisit la lame qu’il avait forgée et la posa aux creux des paumes ouvertes. Il vacilla légèrement sous son poids mais il resta bien droit sans émettre un son. Le Maître forgeron saisit son marteau et sa tenaille et se posta devant le jeune homme.
- Par la magie de la forge et de la terre, vois en toi si tu es digne de lever cette arme.

Il se mit à chanter les paroles d’une prière ancienne aux accents gutturales que Mel n’avait encore jamais entendu. Nokara se mit à frapper plusieurs fois ses outils l’un contre l’autre faisant naître des étincelles d’argent.
Au fur et à mesure de la prière, de la lumière naquit dans la lame, le visage du jeune homme se crispa de douleur. Soudain une explosion de lumière jaillit de l’arme pour entourer le porteur, il poussa des gémissements de souffrance. Le forgeron continuait ses imprécations, levant ses outils il continuait à les frapper l’un contre l’autre au rythme de sa prière. Sa voix semblait jaillir de toute part, assaillant les spectateurs à le limite du supportable.
Au milieu de la gerbe de lumière, le jeune homme tenait bon, il souffrait visiblement et de la fumée montait de ses deux mains ouvertes. Au point culminant de la cérémonie, le porteur poussa un cri de douleur aigu, mais il ne lâcha pas la lame. Le forgeron acheva enfin sa litanie, la lumière baissa rapidement en intensité replongeant au fond de la création. L’épée brillait d’une lueur bleutée semblable à celle de l’arme de son père.
Nokara claqua une dernière fois ses des outils au dessus de la lame avant de les poser sur celle-ci, ses épaules s’affaissèrent la fatigue se lisant sur son visage.
- Cette épée t’a trouvé assez digne pour la manier, soit fier de ton arme et elle te le rendra tout autant.
Le jeune homme tremblait encore, il avait du mal à conserver son équilibre.
- Je vous remercie pour votre travail Maître Nokara.
Son père le retint par l’épaule pour ne pas qu’il tombe, il s’inclina devant le forgeron.
- Merci Maître
- Je n’y sui pour rien moi, faut féliciter votre fils, moi je ne suis que le créateur, son épée sera prête à la fin de la semaine.

Il reprit la lame des mains du jeune homme avec sa tenaille et il l’enveloppa de nouveau dans le drap pour la protéger. Mel put voir distinctement les brulures dans ses mains, elles n’étaient vraiment pas belles à voir, le jeune homme semblait souffrir mais il conserver le sourire. Les spectateurs se mirent à discuter entre eux, le seigneur voulait organiser une petite réception pour la réussite de la cérémonie.
Loin de s’en soucier, Nokara nettoyait avec attention ses outils, il n’avait rien à faire des mondanités et de toutes ces choses qu’ils considéraient comme inutiles. L’homme reprit l’épée son ouvrage sous le bras pour quitter le lieu quand il croisa la jeune fille.
- Alors gamine, tu veux toujours une arme ?
- Oui, toujours.
Le forgeron stoppa net sidéré.
- Tu as bien vu ce qui s’est passé, les brulures, la douleur, je trouve que la cérémonie s’est bien passé, j’ai déjà vu des personnes être brulés jusqu’aux épaules pour une arme, et parfois il y a des rejets. Tu n’as donc pas peur de souffrir ?
Mel repensa aux longues et terribles heures qu’elle avait pensé à soulager Patinil pendant son traitement. La diplomate avait affronté tout cela grâce à son admirable courage et son sang froid, l’écuyère ne pouvait pas reculer.
- Oui j’ai peur, je vous mentirais si je disais le contraire bien évidemment, mais je veux aller jusqu’au bout, voulez vous bien me faire une arme magique ?
La jeune fille affichait toujours la même détermination, le forgeron fit un sourire en coin, cette petite lui plaisait de plus en plus.
- Très bien, je vais te faire cette arme.
- Merci, lança Mel en sautant sur place.
- Doucement, d’abord il faudra que nous parlions un peu, je pense que tu ne va pas rester longtemps et je vais donc m’y mettre dés demain. Il faudra que tu sois là avant l’aube, je peux forger une arme en quelques jours, mais il me faut ton entière disponibilité.
Mel n’hésita pas une seconde.
- Vous l’aurez, vous pouvez en être persuadé, je dormirais sur place s’il faut.
- Très bien, je vais demander à Leriot si nous pouvons te donner un lit pour dormir.
- Juste une chose par contre, lança Mel.
- Qui y-a-t’il ?
- Ne comptez pas sur moi pour me dénuder devant tout le monde.
L’image passa devant les yeux du vieil homme qui ne put s’empêcher de glousser.
- Ne rêvez pas, je garderais une brassière.
Le vieux forgeron sourit, ces quelques jours allaient être intéressants. De son coté Mel pensa à Patinil qui devait l’attendre, elle ne serait pas de retour avant plusieurs jours. Elle profiterait d’un petit moment pour lui écrire un mot avant de dormir. Demain, elle trouverait bien quelqu’un pour l’emmener en ville en ramenant le cheval au capitaine Malio.
La jeune fille était heureuse, elle avait pu passer le premier barrage, maintenant elle se demandait bien ce qui l’attendait demain.


Le jour pointait à peine, pourtant sur les rives du lac, derrière la forge de Nokara, le forgeron et l’écuyère étaient déjà debout.
- Qu’est ce que nous faisons là ? Demanda Mel.
- Pour te forger une arme, j’ai besoin de voir comment tu te bats, fais quelques mouvement avec ton épée, je veux voir tes déplacements et comment tu te tiens.
La jeune fille tira son épée de son fourreau et se mit en garde, elle effectua plusieurs parades et esquives face à un ennemi invisible. Elle s’entraînait souvent ainsi pour augmenter la rapidité de ses mouvements, elle savait très bien qu’elle n’avait pas la force d’un homme, donc la vitesse devait compenser cette lacune.
Nokara regarda la jeune fille, il observa ses jambes et ses bras. Quelque chose n’allait pas dans ses mouvements, comme si elle ne pouvait pas se relâcher.
- Dis-moi, tu te sers des deux mains de la même manière.
La question la prit un peu au dépourvu.
- Et bien, je suis plutôt droitière, mais il est vrai que je sais aussi bien me servir de ma main gauche, mes parents ont d’ailleurs été très ennuyés quand ils m’ont appris à écrire, ils ne savaient pas de quel coté ils devaient me l’apprendre.
- Ton arme, c’est celle standard pour le chevalier ?
- Oui, soit l’épée bâtarde, soit l’épée longue, nous touchons aux autres si nous le désirons après.
- Tu le tiens à deux mains pour te donner plus de force, une erreur je trouve.
- Une erreur ?
La jeune fille était stupéfaite.
- Mes maîtres m’ont toujours bien appris et …
- Ne t’inquiète pas, tu n’as pas besoin de t’emporter, je ne remets pas en cause tes anciens maîtres, mais je pense qu’ils n’ont pas réussi à voir ton vrai potentiel.
- Quel genre ?
- Tu as une facilité à être ambidextre, et je pense que l’arme qu’il te faut n’est pas une épée longue, mais deux épées plus courtes et plus légères que tu pourrais manier en même temps.
- Deux lames en même temps, mais je n’ai jamais fait ça.
- Attend moi là.
Le forgeron alla jusqu’à sa forge et revint avec deux bâtons courts, il les donna à Mel qui les saisit. Elle regarda les deux morceaux de bois qu’elle tenait dans les mains, elle trouvait un peu étrange de sentir ses deux mains prises ainsi.
- Et maintenant ?
- Fais quelques mouvements de nouveau en prenant en compte que tu peux attaquer avec une lame et parer avec l’autre en même temps.
Mel se mit en garde et se mit à effectuer quelques figures. Au départ, ses gestes étaient désordonnés, elle n’arrivait pas à trouver ses marques. Pourtant peu à peu, ses mouvements devinrent plus fluides plus naturelles. Elle se rendit vite compte que le poids de l’épée n’était plus un handicap et qu’elle pouvait bouger, sauter ou accélérer à sa guise avec plus de facilité.
L’écuyère s’arrêta le souffle court, étonnée par elle-même. Elle regarda Nokara qui souriait les bras croisés sur la poitrine.
- Alors convaincue ?
- Complètement, répondit la jeune fille.
- Bien, maintenant que je sais l’arme qu’il te faut exactement, nous allons passer à ma forge, j’ai plusieurs petits détails à voir.

Ils retournèrent dans l’atelier du vieil homme, la cloison avait été remise et la porte restée grande ouverte comme habituellement. Dans le foyer de la forge, des braises couvaient encore gardant une chaleur étouffante à l’intérieur.
- J’ai besoin de prendre quelques mesures, fit Nokara, laisse toi faire.
Le forgeron saisit un ruban et posa une ardoise sur la table à coté. Il fit mettre Mel debout devant lui, les bras écartés. Il se mit à prendre plusieurs mesures, son allonge, son poignet, sa main, il prit également la longueur de ses jambes à sa grande surprise.
- Pourquoi mes jambes ?
- J’ai besoin de connaitre tes pas aussi, pour que les épées soient adaptés à ta taille et ta morphologie.
Après plusieurs minutes, le vieil homme hocha la tête en contemplant les mesures sur l’ardoise. Bien qu’elle n’était pas très grande, la jeune fille avait des dimensions adaptées à un combat rapide et nerveux.
- Dans toute ma carrière, j’ai fait très peu d’armes pour une femme, je peux les compter sur les doigts d’une main.
- Alors vous allez pouvoir rajouter un doigt de plus alors.
Le forgeron sourit.
- En effet, mais j’ai l’impression que celle-ci je vais m’en souvenir. Bon trêve de plaisanterie, nous avons beaucoup de travail.
- Je vous écoute.
Nokara hocha la tête satisfait et donna les ordres. Pendant qu’il sélectionnait le minerai qu’il utiliserait pour sa création, Mel se chargea d’apporter les sacs de charbon. Le Maître ne travaillait qu’avec les meilleurs matériaux et il était particulièrement exigent. Il avait demandé à la jeune fille un type bien précis de charbon, la demande ne surprit même pas Leriot.
- Je vais te montrer quel sac il te faudra prendre, ne te trompe pas, sinon tu devras affronter sa colère.
- Je ferais attention.
- Alors suis-moi.

Le forgeron lui montra les sacs, ils étaient lourds et difficiles à manier, mais Mel ne se plaignit pas et chargea le premier sur son dos. Elle poussa un petit gémissement de douleur en sentant le poids, mais elle se mit en route sous le regard désolé de l’homme.
Après son deuxième voyage, une bonne partie des personnes présentes aux forges en cette heure matinale la regardait faire. Plusieurs personnes lui avaient proposé de porter sa charge mais elle déclina l’offre, préférant tout faire elle-même. Elle apporta les quatre sacs demandés par le vieil homme qui hocha la tête pour toute réponse.
- J’ai sélectionné les premiers ingrédients, tu vas m’aider à chauffer le feu, je te préviens il va faire chaud.
Mel ne se laissa pas démonter, elle retira sa tunique de cuir et retroussa ses manches en les attachants au dessus de son coude. Une fois prête, elle se mit au travail avec entrain, une pelle à la main, elle jetait le charbon à allure régulière selon les ordres du forgeron. Il était penché vers le foyer et regarda les flammes et leur intensité. Il était particulièrement concentré,
ne communiquant que par geste pour indiquer à la jeune fille de s’arrêter.

Une fois la forge à la température souhaitée, Nokara plongea un récipient en fonte au cœur des flammes. Mel n’osait poser de question, elle se demandait bien comme le chaudron pouvait tenir dans cette fournaise sans fondre. L’écuyère restait un peu en arrière en tenant sa pelle prête à réagir au moindre des ordres.
Le vieil homme était axé sur son travail, plus rien d’autre n’existait autour de lui à par sa forge brulante. Il saisit deux pinces à l’aide de chiffons mouillés et sortit le chaudron de l’enfer. Le minerai à l’intérieur s’était transformé en une matière liquide. Sans attendre le vieil homme versa son contenu dans un moule en argile réalisé avant à même le sol dans un creuset prévu à cet effet.
- Remet du charbon dépêche toi.
Mel s’exécuta immédiatement, elle charia sans se plaindre des pelletés de coke, le jetant dans le foyer avide et glouton. La même opération se répéta plusieurs fois, Le forgeron fit couler quatre barre de métal dans ces creusets de terre, la jeune fille continuait de travailler sans émettre un son ni une plainte.
A la fin de la matinée, les sacs de charbon étaient vides et les creusets refroidissaient lentement. Mel était couverte de suie et de sueur mêlée, elle n’avait pas imaginé une pareille chaleur aussi près d’une forge. Le vieil homme ne paraissait pas atteint par les températures torrides, habitué depuis tout ce temps passé ici.
- Sais-tu pourquoi j’ai fait quatre barres ?
- Non, répondit la jeune fille qui avait la bouche sèche.
Il lui tendit une gourde d’eau fraiche, elle poussa un soupir de soulagement en sentant l’eau dans sa gorge asséchée.
- Pour être sûr d’avoir au moins deux ébauches parfaites, le métal en fusion est comme un être vivant, il fait ce qu’il veut dans le moule, et même si tu prends grand soin à les réaliser, il y a toujours une surprise qui peut t’attendre.
Mel hocha la tête.
- Maintenant, reprit le forgeron, remplis moi ce bac là bas d’eau du lac, nous allons découvrir notre travail.
Tandis que la jeune fille s’exécutait, le vieil homme sortit par l’autre porte pour demander que quelqu’un lui apporte du charbon. Il manqua de se cogner à Leriot qui se tenait prés de l’ouverture de son atelier.
- Sacré bon dieu, tu ne peux pas faire attention ! Qu’est ce que tu fais planter là ?
- Et bien …
Nokara remarqua alors qu’il y avait bien plus de monde rassemblé là, des forgerons, des apprentis, des livreurs, ils tentaient de faire mine de discuter entre eux, mais le maître n’était pas dupe.
- Vous n’avez rien d’autres à faire qu’à vous pavaner ainsi, allez donc vous mettre au boulot, et ramenez moi du charbon, de première qualité attention j’y veillerais.
Plusieurs apprentis coururent à la réserve pour exécuter ses ordres, les autres forgerons fuirent dans leur atelier respectif. Leriot se remettait debout en enlevant la poussière qui le recouvrait après avoir roulé sur le sol.
- Et toi, tu es encore là ?
- Ecoutes, il ne faut pas être trop dur avec les gars, ils s’inquiètent pour la gamine qui est avec toi.
- Ils n’ont pas à s’en faire, elle est bien plus en sécurité avec moi qu’avec n’importe lequel d’entre eux.
- Les sacs de charbon étaient un peu lourds pour elle non.
- De quoi je me mêle, retourne travailler et occupes toi de tes affaires.
Les apprentis revenaient avec empressement en portant les sacs de charbons, le vieil homme sourit.
- Un peu d’autorité ça sert tout de même.

Une fois le combustible rentré et la réserve d’eau remplie, le vieil homme renversa le bac dans le bassin. Les moules disparurent sous l’eau qui se teinta d’ocre, de la vapeur jaillit du bassin pendant quelques secondes à peine. Ils patientèrent plusieurs minutes, et quand le forgeron trouva la température bonne, il plongea les mains dans l’eau pour en ressortir les barres de métal.
Nokara les regarda quelques instants avant de hocher la tête.
- Regarde, j’ai bien fait d’en faire plusieurs, tu vois celle-ci, elle est ratée, le moule s’est légèrement fendu et de l’air est rentré à l’intérieur. Les trois autres sont réussis par contre, je vais prendre les deux meilleurs et nous allons poursuivre le travail.
Ils firent une courte pose déjeunée pour laisser refroidir un peu plus les barres de métal avant de se remettre au travail. Mel continua à charrier des pelletés de charbon sous le commandement autoritaire du vieil homme. Pourtant elle ne se relâcha pas et continua de lui obéir, le forgeron était très satisfait d’avoir une apprentie aussi travailleuse.
Le soir tomba sans même qu’ils ne s’en rendent compte, Nokara plongea plusieurs fois les barre de métal dans les flammes, puis dans des bains de métal en fusion différents et ensuite dans l’eau. L’homme qui était passé maître dans son art connaissait chaque secret des minerais et de leur température de fusion, rien ne lui échappait.

Après une telle journée, Mel était au bord de l’évanouissement, couverte de saleté et de sueur. Elle avait du mal à garder les yeux ouverts, Nokara voyant ça intervint avant qu’elle ne se blesse par inadvertance.
- Va te laver et tu pourras aller te reposer, nous reprendrons demain.
- Très bien Maître Nokara, répondit la jeune fille en soupirant de contentement.
Elle sortit de l’atelier par la porte de derrière qui menait au lac pour enlever la crasse accumulé de la journée. Le forgeron resta seul dans son atelier, il contemplait les deux barres de métal encore fumante sur la table de pierre. Des coups furent frappés au montant de la porte d’entrée, Leriot entra dans la forge.
- Tu arrêtes enfin, je ne t’ai pas vu travaillé ainsi depuis quelques temps.
- Je me surprends aussi.
L’homme tendit une flasque d’alcool au maître qui poussa un petit soupir de contentement. Il en but une gorgée avec plaisir, refermant la bouteille en la retendant à Leriot.
- Elle est comment la petite.
- Dure à la tache, elle est mieux que bien des apprentis que j’ai eu.
- A bon ?
Leriot avait été l’apprenti de Nokara.
- Aurais-tu peur ?
- Mais non, je suis surpris.
- Je ne sais pas ce que j’ai, mais je sens que les armes que je lui prépare seront particulièrement réussies.
- J’aimerais voir ça alors.
- Tu n’auras pas beaucoup à attendre vu la vitesse à laquelle j’avance.
Les deux hommes restèrent silencieux en contemplant les lames sur la table de pierre.


Deux jours de plus passèrent, Nokara et Mel apprirent beaucoup l’un de l’autre. La jeune fille avait découvert le monde de la forge et le travail que représentait la création d’une arme. Le vieil homme s’ouvrit un peu plus à cette écuyère pétillante, il y a bien longtemps qu’il n’avait autant sourit pendant ces deux jours.
Mais ce soir, la grande cérémonie allait avoir lieux. Tout le personnel des Grandes Forges était encore là, bouillant d’excitation, le maître Nokara avait travaillé avec acharnement pendant ces deux jours comme jamais il n’avait été vu auparavant. Les armes créées promettaient d’être particulièrement puissante.

Le Maître forgeron ne s’attendait pas à voir tant de monde pour une cérémonie, et il aurait préféré plus d’intimité. Le vieil homme bougonnait pour lui-même en tapant le sol du pied. Enfin les invités arrivèrent en un convoi de calèche, Nokara écarquilla les yeux de surprise en voyant les écussons des inscrits sur les portes.
De la première calèche, sortit la deuxième maître du concile, Dame Malna en personne, elle était accompagnée de plusieurs jeunes gens. Mel les accueillit avec beaucoup de joie, elle prit Patinil dans ses bras en la serrant contre elle, se moquant bien des remarques qu’elles pourraient recevoir. Elle salua Ekart et Rosaline avec autant de joie, elle était contente de les voir également pour cette grande cérémonie.
- Dame Malna, bienvenue aux grandes forges, fit Leriot en s’inclinant.
- Merci, fit la magicienne.
Endarius descendit de la deuxième calèche, il affichait un grand sourire devant la stupéfaction des forgerons.
- Une jeune fille venu du Conglomérat qui reçoit une arme magique, je ne pouvais pas ne pas être présent.
Les soldats de la forteresse apparurent à leur tour, accompagnés de plusieurs soldats de la 3ème caserne. Le capitaine Malio avait fait le déplacement depuis son poste pour y assister également. Nokara était plus grognon que jamais, il gardait les bras croisés sur sa poitrine.
- C’est bon il n’y a plus personne, nous allons pouvoir commencer ?
- Maître Nokara, c’est toujours un plaisir de vous voir, lança Endarius.
- J’aurais pu être mis au courant de votre venue.
- Allons, allons, je ne suis qu’un simple observateur, montrez moi encore une fois vos talents.
Le forgeron rentra la tête dans les épaules, il n’aimait pas trop les flatteries.
- Oui, oui, nous allons pouvoir commencer.
Il se retourna pour se diriger vers le bord du lac. Mel n’avait pas le temps de parler à ses amis et elle le suivit accompagné par ses camarades, les deux maîtres du concile, les soldats et une bonne partie du personnel des forges. De mémoire, il n’y avait pas eu autant de monde durant ne cérémonie depuis des dizaines d’années.
Mel se sentait soudainement faible, la peur l’envahit devant une telle foule. La main de Patinil se logea dans la sienne, la surprenant un peu.
- Courage, je suis avec toi.
- Merci, répondit elle tout bas.
Sans sa présence, l’écuyère aurait pu presque s’enfuir à toutes jambes.

Le silence se fit peu à peu dans la clairière, le maître forgeron se tenait bien droit devant l’autel de pierre. Les outils étaient posés dessus attendant de servir, ils luisaient avant même que le forgeron ne les touche, comme s’ils savaient qu’ils allaient bientôt servir.
De sa voix profonde, Nokara prit la parole.
- Jeune fille approche toi, fit il en la désignant de la main.
Mel respira un grand coup et avança dans sa direction pour se tenir bien droite devant lui. Elle paraissait bien petite devant l’imposant vieil homme, il fit un signe de la tête. La jeune fille hocha la tête, elle laissa tomber sa cape sur le sol et ôta sa chemise sous les murmures de spectateurs masculins. L’écuyère sourit en imaginant leur déception en voyant qu’elle n’était pas complètement nu dessous.
Pendant ce temps Nokara fit apparaitre un paquet entourait d’un drap et le posa sur l’autel. Il enleva la protection avec attention pour révéler les deux fines lames qu’ils avaient fabriquées en quelques jours. Mel retint sa respiration, elle parvenait enfin à son but, ses armes étaient là.
- Mel Davard de Kiny’Hor, que viens tu faire ici ?
- Je désire être lié aux armes que vous m’avez forgé.
- Crois-tu être digne de cette arme ?
- Oui je le crois.
Les phrases rituelles étaient déclamées avec calme, chaque mot bien articulé, comme il lui avait recommandé de faire.
- Si ton cœur et ton courage sont sincères, alors tend les bras et accepte d’être jugé par ces lames.

Sans aucune hésitation, elle tendit les bras devant elle pour accueillir le fruit de leur travail. Nokara prit les deux lames et les posa sur ses mains ouvertes. Les lames semblèrent très lourdes à Mel, elle ne s’attendait pas à un tel poids avec leur taille. Le forgeron avait saisit son marteau et sa tenaille dans chaque main et s’était dressé devant l’écuyère.
- Par la magie de la forge et de la terre, vois en toi si tu es digne de lever ces deux lames jumelles.
Puis il rajouta tout bas pour qu’elle soit seule à l’entendre.
- Courage ma fille.
Mel fit un petit sourire, elle n’était plus aussi sûre d’elle qu’au départ, mais il était trop tard pour reculer elle devait aller jusqu’au bout maintenant. Nokara commença sa prière en frappant de son marteau et de sa tenaille et faisant jaillir des étincelles. La lumière naquit dés les premières notes de la prière, les armes se mirent à vibrer et à s’illuminer de plus en plus fort.
Les lames devinrent brulantes comme sortant de la forge, Mel ne put s’empêcher de pousser un cri de douleur. Elle savait ce qui l’attendait durant cette cérémonie, mais pas à la vitesse que le phénomène augmentait. Jamais elle n’aurait pensé connaitre pareille souffrance, elle sentait le feu lui pénétrer la chair jusqu’à l’os. Portant la jeune fille tenait bon, elle se souvint des conseils que lui avait donnés le forgeron le jour même.
« - Le lien que tu auras avec l’arme est puissant, pour qu’elle t’accepte, tu dois lui montrer pourquoi tu es celle qu’il lui faut, montre lui ta force intérieure et surtout pourquoi tu désires de lier à celles-ci »
L’écuyère poussa un nouveau cri de douleur qu’elle ne pouvait retenir. Elle se mit à respirer profondément, puis elle pensa à ce qu’elle voulait protéger, le visage de Patinil apparut, puis ceux de sa famille, de ses amies de l’Académie, et de tout ceux qu’elle connaissait. Elle serra les dents pour ne pas hurler, elle continua de se focaliser sur sa force et sur ce qu’elle voulait protéger.

La lumière se mit alors à diminuer lentement, se laissant absorber par les deux lames. Nokara achevait sa prière en frappant ses outils l’un contre l’autre avec rythme, sans quitter des yeux la jeune fille. Enfin quand il en eut terminé, les lames se mirent à briller d’un éclat blanc qui frémissait comme le battement d’un cœur. Le vieil homme posa le marteau et la tenaille sur les lames en souriant, il semblait exténué mais heureux.
- Ces épées jumelles t’ont jugé digne de les manier, elles sont de l’élément du vent, félicitation gamine.
Son visage était blanc mais souriant, Mel tenait encore debout mais avec peine.
- Merci pour vos efforts Maître Nokara.
Le forgeron saisit les épées des mains de la jeune fille, révélant les brulures du au rituel. Patinil arriva à sa hauteur en posant un linge humide sur les blessures, Mel poussa un petit gémissement de douleur en sentant la fraicheur des compresses sur ses paumes endolories.
- C’est une potion de Dame Malna, fit la diplomate, elle savait ce qui arriverait elle avait prévu les soins.
- Cela fait vraiment du bien, lança t’elle en souriant d’aise.
Le forgeron recouvrit les lames dans leur drap de protection, elle était encore chaude sous ses mains le surprenant.
- Quand aurais-je les armes ?
- Je te les livrerais avant la fin de la semaine, ainsi tu pourras les avoir avant de partir.
- Je vous remercie Maître Nokara.
Mel s’inclina devant le vieil homme avec beaucoup de respect, le faisant rougir de plus belle. Elle se laissa ensuite guider par Patinil qui la ramenait au manoir de la deuxième conseillère, Ekart était déjà entrain de l’inonder de questions sur le rituel, en prenant des notes.
Endarius rejoignit le forgeron, son sourire malicieux plaqué sur le visage, il avait particulièrement apprécié le spectacle auquel il avait assisté.
- Une très belle cérémonie, je vous ai rarement vu donné autant de votre propre force à une de vos créations.
- Elle le vaut bien cette petite, elle a travaillé sous mes ordres pendant trois jours sans se plaindre une seule fois.
- Un exploit en effet, plaisanta le magicien en gloussant.
Nokara poussa un soupir excédé.
- Je ne sais pas pourquoi, reprit le forgeron, mais je sentais que je devais en faire un peu plus pour elle.
- Vous seriez vous attaché à cette écuyère ?
Le vieil homme bougonna.
- Je vous en pose des questions sur votre relation avec vos apprentis ?
Il marmonna quelques mots dans sa barbe avant de reprendre la parole.
- Je dois vous laisser maintenant, j’ai du travail qui m’attend, je ne vous raccompagne pas vous connaissez la direction qu’il faut prendre pour partir.
Endarius se mit à rire, décidément le passage des ces étrangers venus du Conglomérat avait bouleversé bien des choses dans la vallée. Il avait lui-même du mal à se dire qu’ils allaient bientôt les quitter. Le mage resta pensif en marchant vers la place où se trouvait sa calèche qui le ramènerait chez lui.

 
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Il y a 1 commentaire
Dark fullmetal le 30/01/2011 à 14:13:07
Haaan trop cool =D Je m'imagine déjà Mel en train d'utiliser ses lames magiques de l'élément du vent!! >3<
Alors comme ça ils partent bientôt de la vallée? C'est vrai qu'ils auront bouleversé pas mal de chose, ils ont surtout su se faire apprécier des habitants d'Alantaria et tout ^^

J'ai hâte de voir la suite!! a bientôot bye neee ^^

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