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Jeudi 31 mai 2012, 17:35


Voici une histoire écrite par Trimor et dont le titre est Chevalier - chapitre 62 - Départ.

Bonjour à vous ^^

Le retour à la réalité est arrivé pour Mel, Patinil, Ekart et les soldats qui les accompagnent. Après toutes les découvertes qu'ils ont faites, le Conglomérat va leur sembler étrange, presque irréel. Mais il leur faudra maintenant de méfier de tout le monde, ils vont retrouver l'Inquisition et sa surveillance.
Le groupe passera t'il à travers les mailles du filet ?

Bonne lecture ^^


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CHAPITRE 62
Départ


Malgré le ciel nuageux, le temps était agréable, qui aurait pu penser que cette vallée se trouvait dans une zone montagneuse inhospitalière. Les portes fenêtres qui donnaient sur la terrasse étaient grandes ouvertes, laissant entrer un courant d’air léger. Les rideaux voletaient au gré du vent comme le jouet d’une main invisible.
Patinil se tenait debout devant le miroir de pied de la chambre, elle regardait son visage et son cou. L’inflammation de sa peau du au traitement avait déjà beaucoup diminué, elle avait presque retrouvé la blancheur d’avant. La jeune fille n’en revenait toujours pas d’un tel prodige, elle qui avait fini par se faire à l’idée qu’elle garderait ses cicatrices toute sa vie.
Elle leva le bras droit retirant le gant qui le camouflait jusqu’au coude. Les fines cicatrices apparurent, des images de cette horrible nuit lui revinrent immédiatement en mémoire. Elle voyait le regard froid et calculateur de son bourreau, et le fin stylet traçant des sillons sanglants. Sa main aussi était rouge, les ongles repoussant de manière étrange, le travail de la tenaille et du feu.
La diplomate frissonna en fermant les yeux, elle chassa de sa tête tous ses souvenirs. Elle put faire le vide peu à peu, mais elle savait bien que ces horreurs la poursuivraient partout, ses rêves étant encore peuplés de sang. Elle ne pouvait pas l’oublier, elle souffrait encore quand elle saisissait des objets à l’aide de cette main meurtrie.

Mel entra dans la pièce, elle vit son amie les yeux brillants devant la glace. L’écuyère avança vers elle à grand pas, elle ne comptait le nombre de fois où elle l’avait vu ainsi en plein détresse devant son image.
- Patinil, tu vas bien ? S’inquiéta t’elle en arrivant à ses cotés.
- Ne t’en fais pas, tout vas très bien.
La diplomate remit son gant rapidement et regarda son amie en souriant.
- Tu m’avais l’air bien empressé en entrant.
- C’est aujourd’hui que je dois recevoir mes épées, j’ai hâte de les tenir.
L’écuyère avait retrouvé le sourire, elle sautillait presque sur place à cause de l’excitation.
- Il est temps, nous partons demain matin normalement.
- C’est vrai …
Mel avait du mal à se faire à leur départ, elle n’avait pas vu le temps passé.
- Il faut bien que nous retournions dans notre monde, fit Patinil, avec tout ce que nous avons appris, il faut maintenant l’utiliser pour le bien du Conglomérat.
- Tu as raison, mais tu crois que nous retournerons ici un jour ?
- Je ne sais pas, mais je l’espère.
Patinil désigna son bagage près sur le lit.
- J’ai terminé de réunir toutes mes affaires, tu as pu aussi le faire ?
- Oui, elles sont au pied du lit, dés que je récupère mes armes, nous pourrons nous rendre à l’auberge.
- Bien, alors maintenant il ne reste plus qu’à patienter.
- Je déteste attendre.
La diplomate se mit à rire.
- J’avais déjà remarqué.
Mel s’approcha de son amie et la prit dans ses bras.
- Tu connais donc tout de moi ?
- Je suis diplomate n’oublie pas, j’ai l’habitude de découvrir d’un regard la personnalité des gens.
- C’est déloyal.
- A chacun ses armes.
Les deux jeunes filles se serrèrent l’une contre l’autre en riant. Bien qu’elles étaient tristes de quitter la cité des mages, elles resteraient ensemble et c’était le plus important.


Pendant ce temps, dans la rue face au portail d’entrée de la propriété de la deuxième Maître, un chariot venait de se ranger sur le coté. Le maître forgeron Nokara en descendit, il portait un paquet sous le bras. Le vieil homme grommelait dans sa barbe, il n’aimait pas quitter sa forge, mais là il n’avait pas le choix. Il demanda au conducteur de l’attendre le temps qu’il fasse la livraison.
Nokara se dirigea vers le portail végétal, il lui jeta un regard mauvais que peut de personne aurait pu soutenir.
- Laisse-moi passer, je n’ai pas que ça à faire.
Le portail frémit comme s’il tremblait, et il s’ouvrit largement sans attendre. Le forgeron hocha la tête satisfait et il prit le chemin de rose sans un regard en arrière. Il poursuivit sa route jusqu’au manoir, il croisa quelques jardiniers et étudiants qui n’osèrent l’aborder. L’homme se présenta à la porte de la grande maison, il fut accueilli par Malna, elle était au courant de son arrivée grâce au portail d’entrée.
- Maître forgeron Nokara, je vous remercie d’avoir fait le déplacement.
- Je n’aime pas quitter ma forge, mais je n’avais pas vraiment le choix.
La magicienne sourit, elle savait bien qu’il fallait vraiment beaucoup de tact et de volonté pour faire sortir l’homme de son antre.
- Mademoiselle Davard devenait presque intenable, elle avait hâte de recevoir ses armes fabriquée de vos mains.
- Elle sera satisfaite, j’en suis sûr.
Le vieil homme afficha un air volontaire, esquissant presque un sourire. Malna fit appeler ses invités, peu de temps après, une écuyère essoufflée apparut devant eux, Patinil arriva ensuite avec une démarche plus posée.
- Bonjour Maître Nokara, je vous attendais avec impatience.
- J’imagine bien vu ton empressement.
La jeune fille baissa la tête en gardant les mains dans le dos comme une enfant prise en faute.
- Bonjour maître forgeron, lança Patinil en apparaissant à coté de son amie.
- Vous devez être l’une des autres personnes venues du Conglomérat.
- En effet, Patinil Ojir, diplomate, je ne le montre pas mais je suis également particulièrement curieuse de voir le résultat de votre travail.
Nokara hocha la tête.
- Alors si vous voulez voir un peu cela, nous allons dehors, il faut que tu essayes tes armes pour voir si tout se passe bien.
- Je vous suis ! Fit Mel avec enthousiasme.

Tout le monde sortit à la suite du forgeron, à l’air libre il dévoila enfin ce que cachait son paquet avec d’infinies précautions Deux fines lames apparurent à leurs yeux, elle était aussi longue que le bras de Mel, d’une largeur ne dépassant pas le pouce. Leur garde était en acier également, décoré de plumes d’oiseau gravées, une tête de faucon au bout de chacune d’elle. Le double tranchant était affuté avec soin, le forgeron avait du passé des heures de travail pour l’obtenir.
- Elles sont magnifiques, fit Mel comme hypnotisée.
Nokara souriait fièrement devant son admiration.
- Je dois dire qu’elles sont vraiment réussi, je les ai appelé « Ailes de faucon ». Prend les dans tes mains.
L’écuyère s’exécuta avec joie, elle était d’une légèreté qui surprit la jeune fille, elle ne s’attendait pas à une telle maniabilité. Les brûlures de ses mains étaient complètement guéries grâce au soin de Malna, elle pouvait donc s’en servir correctement.
Mel fit quelques mouvements, un sifflement aigu accompagné chacun des ses coups. Elle regarda le forgeron surprise.
- D’où vient ce bruit ?
- L’élément de ses armes est le vent, ce que tu entends est leur pouvoir.
- Et quel est ce pouvoir ?
- A toi de le découvrir, continue à te battre comme si tu avais un ennemi devant toi.
La jeune fille hocha la tête et s’écarta des autres pour ne pas les blesser. Elle se mit alors en garde avant d’effectuer une série d’attaques et d’estocs comme si un assaillant se tenait devant elle. Ses mouvements étaient d’une fluidité déconcertante, ses mains semblaient muées par une force supérieure.
Patinil écarquilla les yeux de surprise, même Malna semblait déconcertée, tandis que le forgeron affichait un grand sourire. Sous leurs yeux, Mel devint si rapide que les mouvements de ses mains en étaient presque flous. Les sifflements du vent ponctuaient chacune de ses attaques, déroutant et envoutant à la fois. Elle s’arrêta pour reprendre son souffle, son visage affichant la même surprise que les autres.
- C’est incroyable cette rapidité !
- Comme le faucon, ses épées sont rapides et frappent avec justesse.
Mel était aux anges, elle ne s’attendait pas à une telle réussite, le résultat allait au-delà de ses espérances les plus folles.
- Mais je dois te mettre en garde, fit Nokara, il ne faut pas te perdre dans cette vitesse, elle est grisante mais tu as beaucoup d’ouvertures dans tes attaques. Tu dois t’habituer à ce pouvoir et le contrôler.
- Je ferais attention Maître Nokara, merci pour votre travail.
Elle s’inclina devant lui, faisant rougir le vieil homme gêné. Il bredouilla quelques mots dans sa barbe, avant de lui tendre une paire de fourreau de cuir.
- Tu auras besoin de cela pour les emmener avec toi, je te les offre.
Mel prit le cadeau le regard pétillant.
- Merci encore, je ne mérite pas tant.
- Utilise tes armes comme tu me l’as dit, et nous serons quittes.
- Je vous jure de toujours je faire.
Le forgeron ne savait plus où se mettre.
- Maître Nokara, vous voilà bien embarrassé, fit Malna, j’ai bien l’impression que c’est une de vos plus belles œuvres, vous pouvez en être fier.
- Je vous remercie deuxième maître, répondit le forgeron en hochant la tête.
Il se tourna vers la jeune fille.
- Je dois retourner à ma forge, j’ai du travail, prend garde à toi jeune fille et évite de montrer ces épées à n’importe qui, l’Inquisition n’aime pas vraiment ce genre de chose.
- Je ferais très attention.
Le vieil homme regarda l’écuyère en souriant.
- Bon retour chez toi.
- Au revoir Maître Forgeron.
Nokara salua les autres personnes présentes et partit en direction du portail sans se retourner. Il refit le même chemin en sens inverse, affichant son air sévère habituel. Il remonta dans le chariot qui l’avait emmené jusqu’ici, le chauffeur se pencha vers lui.
- Je vous ramène aux grandes forges ?
- Evidemment, lança t’il, tu crois que j’ai envi de me balader !
L’homme se retourna vivement en rentrant la tête dans les épaules. Il saisit les rênes et se mit en route, il remarqua alors que le forgeron à l’intérieur s’était endormi, un étrange sourire sur le visage. Le conducteur secoua la tête en soupirant.
- A son âge, travailler trois jours et trois nuits presque sans dormir n’est vraiment pas raisonnable.
L’homme regarda droit devant lui en continuant silencieusement pour ne pas le réveiller, il avait besoin de repos.


Ekart soupira en fermant le livre qu’il avait devant lui, il venait de terminer le dernier travail que lui avait demandé Endarius. Le jeune homme s’étira sur sa chaise en écartant les bras, demain il devait repartir sur les routes pour revenir dans le monde réel.
- Toujours aussi bruyant, lança Rosaline acerbe.
Le diplomate regarda la jeune fille, elle avait été particulièrement grincheuse toute la journée.
- C’est la dernière fois que nous nous voyons avant un bon moment, et la seule chose que tu trouves à faire c’est de grogner, je me croirais revenu à notre première rencontre.
L’adolescente leva vivement le visage de son livre.
- C’est comme ça que tu me voyais ?
- Au tout début, je dois dire que oui, mais maintenant tu t’es améliorée, même si aujourd’hui tu as comme régressé.
Rosaline se contenta de pousser un grognement qui fit pouffer de rire Enoch, le familier d’Endarius. Elle lui jeta une craie qu’il esquiva avec agilité tout en continuant de rire de plus belle de l’infortune de l’adolescente.
- Tu n’es donc pas triste de partir, reprit-elle.
- Un peu, concéda Ekart, mais je suis aussi impatient de reprendre la route et de commencer enfin la reconquête de la vérité.
- Et tu ne regretteras rien ici ?
Une note d’espoir vibrait dans la voie de la jeune fille, elle n’attendait qu’une réponse de la part de son nouvel ami.
- Si une chose, lança Ekart, les cours du premier maître sont vraiment intéressants.
De la colère monta en Rosaline, ses yeux lançant presque des éclairs.
- Espèce d’imbécile !

Elle lui jeta un livre au visage et s’enfuit en courant de la salle en serrant un autre livre contre elle. Elle garda la tête baissée vers le sol pour que personne ne puisse apercevoir son visage, manquant de peu de percuter Endarius qui venait les voir.
Le mage leva un sourcil interrogateur et se tourna vers Ekart.
- Que se passe-t-il ?
- Je ne sais pas, elle est bien étrange depuis le début de la journée, c’est dommage demain je partirais.
Endarius soupira à la surprise du diplomate.
- Mon jeune ami, tu as beau être très intelligent et particulièrement observateur pour ton âge, tu as encore besoin d’en apprendre un peu plus sur la gente féminine.
- Les femmes sont d’un ennui parfois, répondit Ekart, leurs réactions sont difficiles à comprendre alors que les hommes, il est si facile de les duper. J’espère tout de même qu’elle sera de meilleures humeurs demain et qu’elle viendra me voir.
- Tu n’as pas à t’inquiéter, elle sera présente demain j’en suis persuadé.
Le jeune homme oublia bien vite l’incident pour se tourner vers le mage.
- J’ai terminé le dernier exercice que vous m’avez demandé, je voudrais partir plutôt pour pouvoir réunir mes affaires en vu du départ.
- Je le sais bien, j’ai donné des ordres pour que vos provisions soient prêtes pour votre départ ainsi que le matériel dont vous aurez besoin.
- Merci beaucoup pour votre aide.
Ekart s’inclina légèrement devant le mage.
- Tu retrouves tes habitudes de diplomates, c’est une bonne chose.
- Je vais bientôt revenir dans le monde « normal » si je peux décrire ainsi le Conglomérat que je connais depuis toujours.
- Je voulais justement te parler de ton retour, fit Endarius, maintenant que tu sais manipuler la magie, tu seras en sécurité nulle part une fois sortie de cette vallée. Surtout, tu ne dois jamais utiliser la magie devant des étrangers, il en va de ta sécurité mais aussi de celle de tes amis et de ta famille.
- Je m’y attendais, répondit le diplomate, c’est un don que vous m’avez enseigné mais aussi une malédiction, je ne l’utiliserais qu’en cas d’extrême danger.
Le mage hocha la tête.
- Tu as compris ce que je voulais dire, tu peux très bien utiliser des sorts discrets ou de protection, mais évite surtout les sorts d’attaques.
Il tendit un livre au jeune homme.
- J’ai réuni dans cet ouvrage des sorts simples que tu pourras utiliser, les ingrédients sont assez courant pour que tu puisses les trouver toi-même.
- Merci beaucoup Endarius, je prendrais grand soin de ce grimoire.
Le mage sourit.
- Je sais que tu en prendras soin, tu peux y aller, nous nous verrons demain matin avant votre départ de la cité.
Ekart hésita avant de partir.
- Je peux vous demander quelque chose ?
- Bien sûr, je t’écoute.
- Pourriez-vous continuer à donner des cours privés à Rosaline de temps en temps, je pense que cela lui ferait vraiment plaisir.
Endarius hocha la tête.
- Tu penses tout de même à elle, tu n’as pas à t’inquiéter, elle a un grand potentiel que je trouve magnifique, il serait dommage d’avoir commencé quelque chose et de ne pas le terminer. Je continuerais à lui donner des cours, si elle le veut évidemment.
- Je vous remercie, par contre, si vous pouviez éviter de lui dire que l’idée vient de moi.
- Je n’en dirais rien.
Le jeune homme sourit
- Merci encore, et à demain.
Ekart le salua sans oublier d’adresser un signe à Enoch qui lui rendit d’une aile nonchalante. Il réunit ses affaires dans son sac avant de quitter la pièce. Il voulait se rendre dans sa chambre à l’auberge pour finir ses bagages, normalement il devrait retrouver tout le monde pour passer leur dernière soirée dans cette vallée qu’ils ne seraient pas prés de revoir. Le jeune homme poussa malgré lui un soupir de lassitude, c’était bien dommage tout de même.


Mordifère était comme toujours sur son vieux canapé de velours usé, occupé à dévorer un livre. Le rat était confortablement installé, découvrant avec plaisir et curiosité les secrets des marées des océans lointains.
Soudain, arrivant comme une furie, Rosaline apparut dans ce petit salon tranquille pour se jeter dans un autre canapé vide, soulevant un nuage de poussière. L’animal sursauta sur son siège, perdant le fil de sa lecture, il poussa un grognement dépité et se tourna vers la nouvelle venue.
- Dis donc petite, tes parents ne t’ont pas appris la politesse, tu pourrais prévenir avant de débarquer ici.
Il n’obtint pas de réponse, Mordifère s’apprêtait à relancer une diatribe acerbe quand il entendit les pleurs de l’adolescente. Le rat se radoucit en se rasseyant dans son canapé, il poussa un soupir avant de reprendre la parole.
- Et bien qu’est ce qui t’arrive ?
Venant de sous un oreiller, une voix à peine audible lui parvint, elle était incompréhensible et entrecoupée de sanglots répétés. Le rat leva les yeux au ciel en maudissant les hormones des jeunes humains.
- Si tu pouvais te calmer et éviter de parler sous un tas de coussin, je pourrais comprendre enfin ce que tu tentes de me dire.
Rosaline se rassit en essuyant ses larmes, elle tentait de se calmer.
- Je … Je suis désolée, je ne savais pas où aller.
- Ce n’est rien, ce n’est rien, maintenant vas-tu me dire enfin ce qui se passe ?
- Ekart part demain, et je ne sais pas quand je pourrais le revoir, peut être jamais.
Les larmes se remirent à couler presque automatiquement, Mordifère comprenait maintenant le problème.
- Alors tu devrais être avec lui pour en profiter le plus au lieu de pleurer ici, tu ne crois pas ?
- Mais il ne comprend rien, il n’a même pas l’air triste.
- Il cache ses sentiments, comme tous les hommes.
Rosaline le regarda surprise, le rat leva les moustaches.
- Il y a plein de livres qui traitent de la psychologie humaine, j’en ai lu quelques uns.
- Mais comment je sais si je vais lui manquer ?
L’adolescente prit ses jambes dans ses bras en se blottissant dans le canapé. Même s’il n’était qu’un rat, Mordifère avait saisi les sentiments de la jeune fille.
- Pourquoi tu ne lui as pas parlé de ce que tu ressens ?
La jeune fille se cacha la tête dans ses jambes en secouant la tête en tout sens.
- Non, non et non, je ne peux pas.
Le rat poussa un nouveau soupir.
- Mais si lui ne dit rien, et que toi non plus, vous n’allez jamais vous en sortir, et tu le regretteras toute ta vie
- Tu crois ?
L’animal se tenait assis sur sa queue, les pattes avant croisées, il hochait la tête les yeux fermés.
- J’en suis sûr.
- Alors que dois-je faire ?
- Offre-lui un cadeau
- Un cadeau ? De quel genre ?
- Tu n’as donc jamais offert de cadeau à quelqu’un ?
La jeune fille se blottit un peu plus dans le canapé.
- Pas avec pour ce genre de déclaration, et puis je suis bien trop timide pour faire ce genre de chose.
Mordifère bondit de son canapé jusqu’à celui de l’adolescente.
- Tu l’as dit toi-même, tu ne le reverras pas avant une longue période, alors à toi de faire ton choix.
- Je cacherais le cadeau dans ses affaires pour qu’il ne s’en aperçoive pas tout de suite.
Rosaline se mit à réfléchir, elle devait lui faire un cadeau personnel pour qu’il se rappelle d’elle à chaque fois qu’il le verrait. Une mèche de cheveux vint lui chatouiller la gorge, une idée lui vint en tête. Elle se leva précipitamment de son canapé, manquant de faire tomber le rat qui se tenait à coté d’elle.
L’adolescente saisit l’animal et le souleva en le serrant contre elle, le sourire revenu.
- Merci pour tes conseils Mordifère, je viendrais te revoir plus souvent, promis !
- Pas … Pas de quoi, fit il complètement chamboulé.
Elle reposa le rat sur le canapé tout proche et partit en courant en sens inverse, la joie retrouvée.


Le matin se levait avec lenteur et paresse, un soleil blafard tentait de percer les nuages bas qui se traînaient encore dans le ciel. Un vent léger soufflait, venu de la cime des montagnes, la journée semblait propice à un départ.
Le groupe venu du Conglomérat sortit de l’Auberge « la Table d’argent », chargé de leur sac. Le patron de l’auberge les salua en personne, les forçant presque à signer son registre en laissant un mot. L’homme tenait beaucoup à garder une trace de tous les voyageurs de passage surtout si ceux-ci venait de si loin. Au-delà de la chaîne de montagne.
Endarius leur avait demandé de passer par la maison de réception, le premier endroit où ils avaient été logés lors de leur arrivée. Bien qu’il soit encore tôt, de nombreuses personnes étaient déjà debout dans la rue, leur départ devait avoir fait le tour de la cité des mages, et certains habitants voulaient y assister. Un peu gêné, les voyageurs accélèrent le pas pour arriver plus vite au lieu de rendez vous fixé. Ils se rendirent bien vite compte que plus de personnes encore semblaient s’être rassemblé.
Les trois premiers Maître du Concile s’était réuni, avec plusieurs autres mages de la grande assemblée. Toutes les personnes qu’ils avaient rencontrées dans la vallée étaient présentes pour leur souhaiter bon voyage. Le départ allait être d’autant plus difficile pour eux qui avaient tissé des liens auprès des habitants.

Le premier Maître se présenta devant eux en les saluant.
- Bonjour à vous, comme vous pouvez le voir, de nombreuses personnes souhaitent vous dire un dernier au revoir avant que vous nous quittiez.
- Depuis le temps que nous sommes là, cela est tout à fait normal, répondit Ekart.
Des groupes se formèrent alors autour des voyageurs venus du Conglomérat.
Dame Malna se dirigea vers Patinil et Mel, son apprenti Sania était à ses cotés.
- Je sais que je t’ai donné des onguents pour te soigner, fit la magicienne, mais je voudrais aussi te donner ceci.
Elle lui tendit un petit pot en porcelaine.
- Qu’est ce que s’est ?
- C’est une crème de ma fabrication pour ta main droite, bien que tu souhaites conserver les cicatrices ce médicament pourra soulager tes douleurs.
- Merci beaucoup pour tout ce que vous avez fait Dame Malna, répondit Patinil, vous m’avez redonné plus qu’un visage, mais aussi ma vie.
Elle s’inclina devant la magicienne, qui la releva immédiatement.
- Tu n’as pas besoin d’en faire autant, j’ai vécu la même chose et je sais à quel point c’est difficile de vivre ainsi.
- Je voudrais vous remercier aussi pour l’aide sur nos recherches, avec les documents que nous avons réuni, nous avons de quoi prouver l’existence de la magie et les mensonges de l’Empereur.
Malna affiche un air plus sérieux.
- Faites attention à vous, l’Inquisition est puissante.
- Nous ferons attention, répondit Patinil.
- Et puis tant que nous restons unis, nous pourrons nous protéger, renchérit Mel.
Les deux jeunes filles affichaient le même sourire, la magicienne acquiesça.
- Vous avez raison.
Non loin, Endarius tendait un paquet à Ekart.
- Qu’est ce que s’est ? Demanda le diplomate en ouvrant la boite.
A l’intérieur se trouvait une paire de lunette en argent, le jeune homme regarda le mage.
- C’est un objet un peu spécial, grâce à elle tu peux détecter la magie.
Ekart hocha la tête.
- Voilà qui est vraiment très pratique, merci beaucoup.
- La magie aura différente couleur, comme les différents éléments, et tu peux voir aussi la magie noire des inquisiteurs.
- J’en ferais bon usage, merci pour votre aide.

Les dernières salutations étaient échangées, une petite silhouette se tenait en retrait. Rosaline se cachait derrière sa tante en regardant Ekart, elle ne savait pas comment faire pour l’aborder. Malna se pencha vers sa nièce, la faisant sursauter.
- Tu devrais aller le voir maintenant.
- Ou … Oui.
L’adolescente passa entre les gens rassemblés et réussit à atteindre le jeune homme, il était de dos et ne l’avait pas encore remarqué.
- Euh … Ekart ?
Le diplomate se retourna immédiatement en souriant.
- Je croyais que tu étais encore fâchée, je n’aurais pas voulu partir sans te dire …
Il écarquilla les yeux, la parole coupée. Rosaline avait coupé ses cheveux jusqu’au niveau du coup à sa grande surprise.
- Tu t’es coupée les cheveux ?
- Oui, je voulais changer de tête, lança t’elle dans un souffle.
Sans qu’il ne s’en aperçoive, elle lança une incantation silencieuse, elle vit naitre un renflement dans le sac de son ami, le cadeau était bien arrivé.
- Je te remercie de m’avoir aidé, j’espère que tu ne te laisseras plus faire par les autres même quand je serais parti, fit Ekart.
L’adolescente se tourna vivement vers son ami.
- Non … Non, je ferais attention.
- Tu as l’air bien nerveuse, qui y-a-t’il ?
- Rien, rien ne t’en fait pas, répondit la jeune fille en agitant les mains devant elle.
Le diplomate se demanda bien ce qu’elle avait.
- Je dois y aller maintenant, porte toi bien.
Il lui sourit, la faisant rougir soudainement.
- Alors tu ne me dis pas au revoir ?
Rosaline fut prise d’une inspiration soudaine et se jeta sur le jeune homme en l’embrassant sur la bouche. Le temps se figea pour les deux jeunes gens qui devinrent le centre d’attraction de tout le monde. L’adolescente rouge de confusion se recula après plusieurs très longues secondes, en s’écartant de son ami.
- J’espère que tu reviendras vite, murmura t’elle.
Elle partit en courante sans attendre, fendant la foule, laissant Ekart les yeux grands ouverts complètement surpris. Patinil et Mel éclatèrent de rire suivi de toute l’assemblée, le jeune homme retrouva ses esprits. Pour la première fois de sa vie, il se mit à rougir en public sans pouvoir se contenir.
- Je … Je pense que nous devrions y aller, lança Ekart en se retournant.
- Oui, il ne faudrait pas qu’il meure de honte devant tout le monde, ajouta Mel en pouffant de rire.
Les voyageurs firent de grands signes de la main aux gens rassemblés avant de partir. Endarius souriait, même s’il ressentait une pointe de tristesse malgré tout.
- J’espère que tout se passera bien pour eux, fit Malna.
- Je le souhaite aussi, répondit Endarius, peut être qu’ils arriveront vraiment à changer la face du Conglomérat et de toute la région.
- Nous verrons bien, répondit la magicienne.
Les deux maîtres du Concile restèrent quelques temps le regard tourné vers les montagnes où s’éloignaient les voyageurs.


Guidés par le capitaine Marco et ses soldats, ils prirent le chemin le plus rapide qui devait les mener vers la frontière de la vallée. Arrivée en haut du plateau, ils eurent la surprise de retrouver deux connaissances, l’ermite Nertas et le mage passeur Maître Hannero.
- Je vais vous guider vers la ville de Grangorff, lança le mage, à partir de là vous pourrez retrouver votre route sans problème.
- Merci Maître Hannero, et vous Nertas, vous venez avec nous ?
- Je passais par là, et je me suis dis qu’autant profiter d’un peu de compagnie pour le voyage de retour.
L’ermite paraissait un peu gêné, il était facile de comprendre qu’il n’osait pas leur dire qu’il souhaitait les voir une dernière fois.
- Bon retour chez vous, lança le Capitaine Marco, se fut un plaisir de vous rencontrez, et j’espère pouvoir vous revoir à nouveau.
- Se sera avec joie capitaine, répondit Mel.
Ils se serrèrent la main et chacun s’en alla dans une direction opposée.


Le soir venu, les voyageurs établirent leur campement à l’abri d’une grotte. Ils étaient tous encore sous le coup de ce départ, la mélancolie les gagnant peu à peu. Mel et Patinil étaient assises près du feu, l’une à coté de l’autre. Elles avaient préféré garder secrète leur relation, elles laissaient simplement effleurer leurs doigts à l’abris des regards.
Ekart n’était pas l’habituel bavard, lui aussi était nostalgique et encore sous le coup du baiser qu’il avait reçu de Rosaline. Le diplomate ne s’était pas rendu compte des sentiments qu’éprouver l’adolescente à son égard. Il se targuait pourtant de connaître les gens rien qu’en les voyant, il avait été bien attrapé cette fois. Le jeune homme comprenait mieux aussi la discussion qu’il avait eue avec Endarius après la dispute avec la jeune fille.
En cherchant un carnet de note dans son sac, il remarqua un paquet qu’il n’avait pas vu avant. Il le sortit et remarqua une carte accrochée à l’emballage. Il la prit pour pouvoir la lire à la lueur du feu sans que personne ne puisse le voir. Il reconnut immédiatement l’écriture déliée de la jeune fille, sur le carte était inscrit ses mots « Pour que tu te souviennes de moi, avec mon affection, ton amie Rosaline ».
Se demandant bien quand elle avait pu le glisser dans son sac, Ekart défit la cordelette qui fermait le paquet. Il poussa un petit cri de stupeur étouffé, il se tut en espérant que personne ne l’avait entendu. Il ouvrit complètement le paquet pour voir le cadeau, les cheveux épais de Rosaline qu’elle avait coupée pour lui en faire cadeau.
Ekart sentit son cœur se serrer, une larme solitaire naquit au coin de ses yeux pour glisser sur sa joue. Il caressa les cheveux qui était doux au toucher, il sentit le parfum délicat de l’adolescente qu’il avait prit l’habitude de sentir. Pour la première fois de sa vie, le jeune homme se trouva bien idiot, il avait été vraiment stupide. Il ferma les yeux et resta assis en passant sa main sur les cheveux de Rosaline.

 
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