Bonjour les lecteurs ^^
Voici la suite de Chevalier, nous retournons dans le Nord, dans la grande chaîne de montagne. Mel, Patinil et Ekart ont quitté la vallée des mages, ils doivent retourner à la civilisation. Mais ce retour est aussi le signe du danger, l'Inquisition sera de nouveau présente.
Pourtant, les jeunes gens vont de l'avant, à la recherche de la vérité et de la liberté pour le Conglomérat.
Bonne lecture et merci de me suivre ^^
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CHAPITRE 64
Recherchés
Les grandes portes de Grangorff s’ouvrirent devant le groupe de voyageur, l’imposant portail fit entendre une longue plainte agressant les oreilles. Maître Hannero en tête, ils passèrent l’ouverture avec beaucoup plus de facilitée que lors de leur premier passage en ce lieu.
Nessira Handaé se présenta devant eux pour les accueillir, elle affichait comme toujours son air revêche, mais du soulagement pouvait se déceler dans ses yeux.
- Vous voilà enfin de retour, nous commencions tous à nous demander où vous aviez bien pu passer.
Le guide fit geste de la main, préférant ne rien dire, ces allers et retours n’étaient pas rares. Ekart se rangea aux cotés de la femme en usant de son charme et de sa verbe habituelle. Il avait apparemment oublié ses premières craintes avec la chef du village, prenant même quelques familiarités audible dans le ton de sa voix.
- Ah madame, après un tel voyage, je n’aurais jamais espéré autant. J’était persuadé que sous ce masque de rigueur se cachait le visage d’une mère pour les voyageurs venus demander asile sous son toit.
Nessira Handaé fixa le jeune homme avec incrédulité.
- Je peux savoir ce qui te prend ?
- Une petite taquinerie pour détendre l’atmosphère, rien de plus.
Elle préféra laisser passer la réplique du diplomate pour poser une question qui lui brûlait les lèvres depuis qu’elle avait appris leur retour.
- Vous avez donc découvert cette vallée secrète qui vous a fait courir à travers ses montagnes durant une si longue période ?
Maître Hannero cacha sa surprise, il avait pris l’habitude de ne pas réagir en entendant quelqu’un parler de la vallée des mages. Mais par contre, il ne savait pas encore de quoi penser des autres voyageurs, le diplomate semblait d’humeur bavarde et cela l’inquiétait énormément. Les autres le fixaient également, ils n’auraient pas cru que le jeune homme puisse trahir ses secrets de cette manière.
- Hélas, hélas, ce n’était qu’un mythe, lança Ekart avec emphase.
- Mais alors qu’avez-vous fait pendant tout ce temps ?
- Nous avons trouvé bien autre chose, il y avait de somptueuses ruines qui nous ont appris une partie de l’histoire de ces montagnes, nous avons aussi rencontré des ermites, sages parmi les sages.
Nessira Handaé regardait le jeune homme avec étonnement, elle voulut lui répondre, mais il la prit par la taille pour l’entrainer à sa suite.
- Et pour le ravitaillement, comment avez-vous fait ? Demanda la chef du village.
Ekart lui lança un regard évasif.
- Je ne vous ai pas encore parlé des villages perdus dans les cimes non ?
- Euh … Je ne crois pas
- Oh, alors il faut que je vous en touche quelques mots, savez vous que des bergers ont créé de petites communautés perdues, et …
La suite de son discours se perdit au fur et à mesure qu’ils s’éloignaient en la tenant pas le bras. Les voyageurs qui étaient restés encore derrière le portail d’entrée n’en croyaient pas leurs yeux.
- Il m’a fait peur l’animal, fit Maître Hannero, dites à votre compagnon d’être plus discret la prochaine fois
- Je ne pense pas qu’il ne le pourra, lança Patinil, mais vous n’avez pas à vous inquiéter il est toujours comme à ça.
Le mage leva les bras au ciel en prenant le sentier qui menait au village, les soldats de la forteresse lui emboitèrent le pas. Les deux jeunes filles n’avaient pas encore emboité le pas à leur camarade, elles se regardèrent.
- Je crois qu’Ekart est redevenu lui-même, commenta la diplomate.
- Je t’avouerais que je commençais à le trouver vraiment changer, répondit Mel, il paraissait si affecté les premiers jours.
Patinil sourit.
- Je vais t’avouer une chose, je préfère le voir ainsi que ces jours derniers, il me faisait presque peur.
L’écuyère soupira.
- Je ne sais pas si tu devrais vraiment te réjouir de le voir redevenu normal.
- Je prends le risque, rejoignons les autres.
Les jeunes filles se mirent en route à leur tour pour rattraper les autres qui se dirigeaient vers le village.
Les soldats furent logés dans la seule auberge de Grangorff, tandis que les trois jeunes gens avaient été invités dans l’habitation de la chef du village comme lors de leur précédent séjour dans la bourgade.
Avec le soir, ils étaient tous réunis dans la salle à manger pour partager le diner. En plus des voyageurs, Nessira Handaé avait invité deux marchands de passage dans la petite cité, Luos et Pal Guila deus frères.
Tout comme les diplomates, ils allaient de village en village pour vendre et acheter des marchandises. En même temps, les hommes apportaient les nouvelles venues de l’extérieur, que se soient des montagnes ou du Conglomérat.
- Le temps est particulièrement clément, commença Luos Guila.
- Nous n’avons pas eu de problèmes pour venir jusqu’ici aussi, répondit Ekart, c’est surprenant parait-il selon notre guide.
Le marchand hocha la tête.
- En effet, il n’est pas rare que des orages ou de brusque coup de vent surviennent. Un drôle de climat je dois dire, parcourir les montagnes est plus simple évidemment, mais je ne trouve pas que c’est naturelle si vous voulez mon avis.
Luos but une gorgée de vin de son verre avant de continuer.
- Par contre pour les affaires, c’est vraiment bien, si nous arrivons plus vite nous faisons plus de bénéfices.
Le diplomate sourit.
- Je vois bien là un commerçant dans l’âme.
- Il faut bien vivre.
Le marchand se mit à rire bruyamment.
- Vous repartez dans quelle direction ? Demanda Pal Guila, le deuxième frère.
- Et bien nous redescendons en direction de la forteresse du Corbeau, répondit Patinil, notre mission dans ces montagnes est terminée.
- Vous avez raison de ne pas trop vous attarder, lança Luos, les montagnes commencent à être mal fréquenté.
Ekart se pencha vers le marchand.
- Aurions-nous des dangers à craindre sur la route, des brigands, des orcs ?
- Si ce n’était que ça, reprit Luos, une bonne épée suffit à les tenir en respect, mais pour ces gens là, il n’y a que peu de chose à faire.
Le diplomate sourit à son interlocuteur et prit le ton le plus diplomatique qu’il avait.
- Et qui sont donc des personnes plus dangereuses qu’une troupe de bandits pour un marchand expérimenté tel que vous ?
L’homme se rapprocha du jeune homme et répondit avec une voix basse.
- Les hommes de l’Inquisition.
Les jeunes gens se figèrent soudainement, tout comme Nessira Handaé qui fixa le marchand avec plus d’intensité.
- Où les avez-vous vus ? Demanda la chef du village avec une voix ferme. Étaient-ils proches de Grangorff ?
Pal Guila répondit aux deux questions.
- Nous les avons vus il y a une semaine, ils étaient une bonne vingtaine avec deux inquisiteurs donc un officier. Ils n’étaient pas là pour plaisanter, ils nous ont posé de nombreuses questions en fouillant notre marchandise.
- Que cherchaient-ils ? Demanda Ekart.
L’homme se mit à réfléchir, mais c’est Luos qui répondit.
- Les deux inquisiteurs cherchaient un groupe de leurs camarades qui s’était perdu en montagne. Ils soupçonnaient une trahison me semble t’il, mais ils n’ont pas voulu nous en dire plus, et j’ai préféré de pas chercher à en avoir pour éviter les problèmes avec ces gens là.
Les deux diplomates comprirent tout de suite qu’ils cherchaient à leur mettre la main dessus, le voyage de retour allait être bien plus mouvementé ce à quoi ils s’attendaient.
- Si vous allez en direction de la forteresse du Corbeau, il y a de grandes chances pour que vous leur tombiez dessus, lança Pal Guila, méfiez vous d’eux, l’Inquisition est très présente à la frontière nord ces temps ci, et ils interdisent le passage à certains cols pour les caravanes de marchand, ce n’est pas bon pour le commerce tout ça.
- De toute façon, renchérit Luos Guila, nous allons vers l’est au moins là nous n’aurons plus d’ennuis avec ces hommes en noir, ils sont tellement nerveux qu’ils pourraient nous arrêter pour le seul fait de faire du commerce dans ces montagnes.
Le diner s’acheva dans ne ambiance plus sombre, bien que la conversation restait courtoise, les jeunes gens étaient particulièrement préoccupés. Les nouvelles n’étaient pas bonnes et ils pouvaient tomber dans un piège tendu par l’Inquisition à tout moment.
Une fois les marchands partis en direction de l’auberge, Nessira Handaé put enfin parler plus franchement à ses invités. Elle affichait un visage tendu, elle gardait son calme malgré tout après toutes ses années à protéger son village.
- Je n’aime pas savoir que l’Inquisition traine par ici, et surtout en si grand nombre.
- Nous aussi, répondit Patinil, nous aurions préféré les éviter.
- Mais pourquoi sont-ils ici, et que recherchent-ils ?
Ekart prit la parole.
- Nous vous avions parlé des ennuis que nous avons eus pendant le voyage pour venir jusqu’ici.
La femme acquiesça, se rappelant les cicatrices de leur amie. Ils lui avaient dit avoir trouvé un sage qui connaissait des soins particulièrement efficaces, bien que septique elle avait accepté la réponse sans chercher à en savoir plus.
- Et bien, reprit le diplomate, nous avons affronté des membres de l’Inquisition et défait une petite troupe.
- Vous les avez éliminés ?
Les jeunes gens hochèrent la tête, Nessira Handaé croisa les bras sur sa poitrine.
- Je comprends qu’ils soient présent alors, mais je ne pense pas qu’ils y auraient autant de monde pour seulement cela.
- Nous le pensons aussi, répondit Patinil, seul le groupe rencontré par les marchands est à notre poursuite, les autres ont un but différent.
La chef du village fit quelques pas dans la pièce pour réfléchir, elle s’arrêta soudain et elle se tourna vers les jeunes gens.
- Je vais vous faire une carte qui montrera des passages plus secrets et peu connus, vous aurez moins de chance de tomber sur eux, les chemins vous mènerons à Barigne, là Proxin prendra la suite de votre route.
- Merci pour votre aide.
- Ce n’est rien, mais si vous avez des documents qu’ils ne devraient pas voir, trouvez rapidement une cachette sûre.
Les jeunes gens acquiescèrent comprenant qu’elle avait raison, ils la laissèrent travailler sur la carte pour se rendre dans leurs chambres. Ekart rejoignit la chambre que les filles partageaient avec les livres et documents compromettant. Elles firent de même à leur tour, réunissant ainsi tout ce qu’ils devaient cacher.
Mel poussa un soupir en voyant tout ce qu’il y avait.
- Comment allons-nous cacher tout cela ?
- C’est vrai qu’il y en a beaucoup, renchérit Patinil, nous aurions du penser à ce cas de figure avant d’en prendre autant.
La diplomate regarda alors la table où étaient posées les affaires de l’écuyère.
- Tu as oublié quelque chose Mel, tes épées, elles doivent aussi être hors de vue de l’Inquisition.
La jeune fille n’y avait pas pensé, elle les prit et les poser sur le lit, à coté du reste.
- Et maintenant ? Lança-t-elle en soupirant.
- Nous ne pouvons pas tout emporter, nous devons en laisser ici pour notre sécurité.
- Je ne vois pas d’autres solutions, répondit Mel, et toi Ekart qu’en penses tu ?
Il ne dit rien, surprenant les deux jeunes filles qui se tournèrent vers lui. Le diplomate était plongé dans un livre qu’il dévorait, elles restèrent bouche bée.
- Crois-tu que c’est le moment de lire ? Demanda Patinil excédée.
- Pardon tu me parles ? Demanda le jeune homme sans lever le nez de son livre.
La jeune fille leva les yeux au ciel.
- Je croyais que tu étais contente de le voir redevenu lui-même, s’amusa Mel.
Patinil préféra ignorer l’écuyère pour sa remarque, jetant son énervement sur Ekart.
- Que fais-tu à la fin ?
- Je cherche une solution à notre problème.
- Et tu crois qu’elle est dans ce bouquin.
- Evidemment, claironna t’il fièrement, car je viens de la trouver.
Il montra la page ouverte aux deux jeunes filles qui fixèrent les lignes écrites l’ouvrage, elles poussèrent un murmure de surprise en même temps.
- Tu veux faire de la magie ? Lança Mel.
- Mais tu ne la pratiques que depuis quelques semaines, tu ne peux pas faire ça, renchérit Patinil.
Le diplomate secoua la tête.
- Allons, vous ne me connaissez encore pas assez pour savoir à quel point je suis talentueux, Endarius lui-même me félicitait tous les jours pour mes progrès.
Deux soupirs jumeaux retentirent au même moment, étonnant le jeune homme.
- Vous n’avez donc plus confiance en moi ?
- Là n’est pas le problème, fit Patinil, mais est ce que tu vas vraiment réussir ton sort sans provoquer une catastrophe. En plus seras tu capable d’inverser ta magie une fois le danger écarté ?
Ekart reprit le livre et tourna une page avant de la montrer à ses amies.
- Voilà le contre sort qui leur rendra leur aspect normal.
Les deux filles se consultèrent du regard, elles ne savaient pas ni l’une ni l’autre si cette solution allait fonctionner.
- Ecoutez, reprit le diplomate, de toute façon nous n’avons pas d’autre choix, faites moi confiance je vais réussir ce sortilège.
Il se mit à fouiller dans sa besace à la recherche de ce qu’il avait besoin. Le jeune homme sortit deux petits sachez en papier, il les versa dans une coupelle et les mélangea avec application comme il avait appris pendant ses cours. Une fois cette opération terminée, Ekart désigna les affaires sur le lit.
- Mettez les sur le sol, je ne voudrais pas que les meubles de notre hôte en pâtisse aussi.
- Je commence vraiment à me demander si c’était une bonne idée, lança Patinil en s’exécutant.
Les livres et les carnets de notes furent posés sur le sol, les épées et les cadeaux d’Endarius faits à Ekart rejoignirent le tas. Le diplomate prit soin de recopier les deux formules sur une feuille de papier avant d’ajouter son grimoire. Il le regarda avec envi, mais il n’avait pas le choix, il devait le mettre avec les autres.
- Bon, maintenant je vais me lancer, fit le jeune homme, attention vous allez voir le grand magicien à l’œuvre.
Patinil leva de nouveau les yeux au ciel, elle commençait à se dire qu’elle le préférait pendant sa mélancolie. Les deux jeunes filles se reculèrent tout de même, elles préféraient prévenir que guérir.
Loin de s’en soucier, le diplomate saupoudra les affaires devant lui à l’aide de la poudre qu’il avait au préalable préparé. Puis il s’éclaircit la voix et commença à égrainer les mots de son sort un à un. D’une main, l’apprenti magicien fit des gestes précis appuyant les mots sur un rythme nerveux. De la lumière naquit au creux de sa main tout comme sur le tas devant lui, la poussière qu’il avait jetée se mettait à luire à l’unisson de sa voix.
Enfin, Ekart lança le dernier mot de son incantation avec force et conviction, écartant les doigts de sa main libre devant lui. Les livres et objets se mirent à frémir puis lentement ils rétrécirent, les deux filles écarquillèrent les yeux de surprise. Le tas se réduisit encore et bientôt il ne devint tout petit, pouvant tenir aisément dans une main d’enfant.
Le jeune homme poussa une petite exclamation de victoire et regarda ses deux spectatrices en se redressant.
- Alors mesdemoiselles, encore une remarque de reproche peut être ?
Patinil devait bien se rendre compte qu’il avait bel et bien réussit.
- Ton idée était la bonne, fit la diplomate, tu as réussi.
- C’est fantastique, lança Mel, nous allons pouvoir les mettre dans une bourse et la cacher dans un endroit sûr.
Ekart se baissa pour récupérer les affaires au sol, mais Patinil le devança.
- Je préfère les prendre.
- Tu as peur que je les perde ?
- Non pas du tout, mais j’ai la cachette parfaite pour une bourse.
Le jeune homme hocha la tête, sachant les cours qu’ils avaient eus à l’Académie, il ne doutait pas qu’elle puisse trouver l’endroit idéal.
- Maintenant que nous avons résolu le principal problème, fit Ekart, il faut nous préparer à répondre à cet inquisiteur et son acolyte.
Les deux filles hochèrent la tête en silence.
- C’est surement le chef du groupe qui était arrivé un peu avant vous à la forteresse qui est à leur tête, continua Mel, je ne sais pas grand-chose sur eux, mais apparemment l’homme avait mauvaise réputation.
- Connaissant l’Inquisition, je ne pense pas qu’il y est beaucoup de personnes recommandables dans leur rang, lança le diplomate.
Patinil caressa sa main droite machinalement comme si elle lui démangeait.
- Il faut surtout nous préparer à leur interrogatoire, lança t’elle d’une voix neutre.
Ses camarades la regardèrent quelques instants, sachant très bien où elle voulait en venir.
- Avec autant de témoin, ils n’oseront pas aller jusque là, pensa Ekart, mais ils ont tout à fait le droit d’user de la force.
- Il faut bien se rendre compte d’une chose, si nous tombons sur eux il faut garder nos lèvres sceller le plus longtemps, reprit Patinil.
- A la rigueur, laissons filtrer quelques informations, renchérit le jeune homme rien de bien dangereux mais juste assez pour les appâter. J’essaierais de passer en premier entre leurs mains, j’ai quelques idées qui me viennent en tête.
La diplomate se leva soudainement pour lui faire face avec de la colère dans le regard, faisant disparaitre son petit sourire.
- Tu crois vraiment que c’est un jeu, ils sont sérieux et tu pourrais être tué.
Ekart vit les yeux brillants de son amie, il comprit qu’il avait été un peu loin.
- Excuse-moi, je ne voulais pas dire ça de cette manière.
Il se dirigea vers la porte de la chambre pour regagner la sienne, il se tourna une dernière fois vers elles.
- Demain, nous partirons à l’aube, il vaut mieux profiter de cette nuit de repos, les prochaines risquent d’être mouvementées.
Le jeune homme quitta la pièce en refermant la porte derrière lui, Patinil relâcha ses épaules, elle s’était emportée. Mel se plaça derrière elle en glissant ses mains sur les hanches de sa compagne avec douceur.
- Je n’aurais pas du réagir ainsi, fit Patinil.
Elle toucha machinalement son bras droit.
- Ekart prenait ça trop à la légère, tu as bien fait, lui répondit l’écuyère.
- Je ne veux pas que la même chose arrive à quelqu’un d’autre, que se soit Ekart, les soldats qui nous accompagnent, ou bien toi.
Mel serra la diplomate contre elle.
- Cela n’arrivera pas, je les aurais déjà passés au fil de mon épée avant.
Patinil fit un petit sourire.
- Espérons que tout se passe bien.
Elles restèrent quelques instants ainsi, l’une contre l’autre avant de se coucher, un moment de calme qui était le bienvenu.
Le lendemain, le soleil se levait à peine, le groupe était déjà à la porte de la grande muraille, prêt à partir. Tyuro et ses compagnons avaient grimacé à l’annonce de la présence des hommes de l’Inquisition dans la montagne, mais pas un seul ne s’était plaint. Ils avaient juré également de ne rien dire sur la vallée cachée et sur tout ce qu’ils avaient entendu.
Nessira Handaé donna une carte à Mel, elle désigna un tracé sinueux entre les montagnes. La route semblait longue et dangereuse, passant par des zones qui ne paraissaient même pas avoir de chemin.
- Les dangers que vous voyez sont bien réels, faites attention de bien suivre les sentiers que je vous ai montré.
- Nous ferons attention, répondit-elle.
- Bonne route, j’espère que vous éviterez l’Inquisition.
- Nous l’espérons aussi.
Le groupe se mit en route en direction du village de Barigne dans un silence nerveux seulement ponctué par le rythme des pas saccadés.
Un pan de la montagne semblait s’être détaché pour dévaler toute la pente, un amas de pierre et de terre barrait la route de la caravane diplomatique. Ils contemplaient le désastre impuissant et désemparé.
- Nous allons devoir rebrousser chemin, fit Tyuro, c’est trop dangereux.
Pour bien montrer ce qu’il disait, il posa un pied sur l’éboulis, faisant glisser une pierre qui tomba dans le vide.
- Il n’y a plus qu’une route pour atteindre Barigne, lança Mel en consultant la carte, et c’est la route principale.
- Pas d’autres solutions ? Demanda Ekart.
- Malheureusement c’est la seule.
Ils firent demi-tour et reprirent un embranchement qui les mena sur un sentier large et entretenu. Il changeait beaucoup de tous les sentiers sinueux et étroit qu’ils avaient empruntés jusqu’à présent.
- C’est dangereux, mais nous n’avons pas le choix, lança Mel en jetant des regards nerveux dans les deux sens.
- Il n’y a plus qu’une demi-journée de marche avant d’atteindre Barigne, avec un peu de chance nous ne rencontrerons personnes, déclara Ekart confiant.
Malgré le pessimisme ambiant, ils se mirent en marche, gardant une formation serrée, Mel et deux soldats à l’avant, Tyuro et le dernier homme à l’arrière. Ils avancèrent ainsi pendant près de deux heures, dans un silence parfait, mais ne rencontrant personne, ils n’étaient plus très loin du village et bientôt ils seraient tous en sécurité.
Soudain, une demi-douzaine d’hommes apparut devant eux, tous vêtus de noir. Le même nombre surgit à l’arrière de la colonne, et d’autres encore sur les cotés, ils étaient encerclés. Le groupe se regroupa au milieu, adoptant une formation défensive. Deux hommes se détachèrent des guerriers de l’Inquisition, ils arboraient tous les deux une toge noire marquée sur la poitrine d’une serre d’aigle noire sur fond rouge.
- Halte, oh nom de l’Inquisition ! Baissez vos armes immédiatement où nous usons de la force !
Mel fixait l’homme qui venait de parler, il était autoritaire et il ne semblait pas aimer que quelqu’un lui résiste. Il serrait nerveusement une masse d’arme couverte de pique tranchant. Son acolyte restait silencieux, observant chaque membre de leur groupe.
- Ecuyère Davard, que faisons-nous ? Demanda Tyuro dans son dos sans se retourner pour garder ses adversaires bien en vu.
Elle observait toujours la situation, mais il était évident de comprendre qu’ils avaient perdu le combat avant même de se battre.
- Lâchez vos armes, cela ne sert à rien.
Les soldats de la forteresse obéirent en grognant, ils posèrent leurs épées et boucliers à terre. Ekart sortit brusquement de leur rang pour faire face à l’Inquisiteur, les poings sur les hanches il affichait un air offusqué.
- Qu’est ce que cela veut dire ? Vous vous croyez où pour menacer ainsi des diplomates du Conglomérat !
L’homme se pencha vers lui.
- L’Inquisition a tous les droits, même face à un diplomate, surtout quand ils sont recherchés.
- Comment ça recherché, je me nomme Ekart Caras, je suis mandaté pour une mission diplomatique dans ses montagnes pour recenser les villages présents et établir des contrats commerciaux. Je ne vois pas en quoi mon travail intéresserait les hommes de l’Inquisition, à moins que le commerce fasse partie aussi de vos attributions.
- Ne jouer pas au plus fin avec moi, s’énerva l’homme, si vous croyez que je suis stupide vous vous trompez.
- Et à qui ai-je l’honneur de parler ?
- Je suis le grand Inquisiteur Mahers, en charge d’une mission de reconnaissance à la citadelle du Corbeau. Il y a peu je vous ai fait suivre par l’Inquisiteur Phorse et un contingent de soldats, ils ont mystérieusement disparu. Qu’avez-vous à dire à ce sujet là ?!
L’homme était en colère et il voulait connaitre la vérité. Ekart ne perdit pas son calme et garda son visage offusqué.
- Nous revenons d’un long et périlleux voyage dans les montagnes et nous voudrions bien passer pour pouvoir nous rendre au village de Barigne pour nous reposer un peu.
- Je me fiche bien de savoir que vous êtes fatigué, je mène une enquête au nom du Conglomérat !
Ekart évita d’en rajouter, l’inquisiteur ne semblait pas être d’une très bonne humeur. Il allait devoir faire très attention à ce qu’il allait dire face à cet homme qui semblait particulièrement dangereux.
- Ecoutez, j’ai bien l’impression que nous sommes tous fatigués, donc pour répondre à votre question, nous n’avons pas aperçu d’autres groupes de l’Inquisition à par vous. Evidemment, je suis étonné d’apprendre que nous avons été suivi et soupçonné d’une quelconque façon. Je n’hésiterais pas à en faire part à mes supérieurs, je déposerais même une réclamation contre vous.
Mahers se colla contre le jeune homme en le dominant de toute sa taille, dans ses yeux il n’y avait aucun sentiment.
- Si vous ne le savez pas déjà, personne ne se plains de l’Inquisition, que se soit dans l’armée ou dans la corporation des diplomates.
- Je prends note, répondit Ekart d’une voix neutre.
- J’espère bien.
Le grand Inquisiteur se retourna et s’adressa à ses hommes.
- Fouillez les, ainsi que leurs bagages.
- Je proteste, commença le jeune homme.
Mahers le foudroya du regard, lui coupant la parole aussi nette.
- Aucune protestation n’est admise.
Les soldats en noir se mirent au travail immédiatement et sans ménagement, le subordonné du chef du groupe, l’inquisiteur Kochian, prenait à cœur de mettre à sac les bagages des voyageurs. Un des guerriers mit la main sur le porte-document diplomatique d’Ekart, le diplomate voulut le récupérer, mais Mahers s’en empara tout de suite.
- Alors voyons voir si cette mission est bien réelle.
Le silence se fit parmi les voyageurs, ils se croyaient perdu sachant le peu de villages qu’ils avaient réellement visité. Le grand inquisiteur parcourut les papiers, il lut attentivement chaque feuillet, les tournant un à un avec lenteur. Peu à peu son visage changea, son sourire s’effaça pour laisser place à la colère.
L’homme referma le porte-document rageusement, il fixa le jeune homme avec intensité. Ekart se contentait de conserver un visage neutre et calme.
- Alors, vous êtes satisfait de ce que vous avez vu ?
Mahers poussa une exclamation de rage.
- Fouillez les tous.
Les voyageurs eurent le droit à une fouille au corps en règle, l’homme qui s’occupait de Patinil eut les mains un peu trop baladeuses. La jeune fille flanqua un coup de pied bien placé au soldat qui s’écroula au sol en gémissant. Les épées se tournèrent vers elle, qui conservait son calme malgré tout.
- Vos hommes manquent de correction Maître Inquisiteur.
Mahers fit signe à ses soldats de baisser les armes.
- Ils respectent les ordres, c’est tout.
Mel et Ekart se demandèrent bien où la jeune fille avait mis la bourse pour que l’Inquisition ne le trouve pas même avec la fouille approfondie. Les soldats se reculèrent, ils n’avaient rien trouvé, exaspérant encore un peu plus le grand inquisiteur. Il était persuadé qu’ils étaient responsables de la disparition de Phorse et de son groupe.
Mahers ne voulait pas laisser partir sa proie, il devait avoir un environnement plus approprié pour pouvoir poser les bonnes questions à ses prisonniers. L’homme connaissait bien des manières pour obtenir les réponses à ses interrogations.
- Vous êtes tous en état d’arrestation au nom de l’Inquisition.
- Et sur quelles charges ? Demanda Ekart.
- Espionnage, assassinat, et menaces graves contre le Conglomérat.
Le grand inquisiteur affichait un sourire triomphal, il avait tous les pouvoirs et il allait les utiliser à ses fins. Les hommes en noir attachèrent un à un les soldats de la forteresse et les jeunes gens, les cordes rêches serrèrent les poignets avec rudesse et sans ménagement. Ekart resta bien droit, ne laissant pas transparaître le début de panique qui l’envahissait.
- Vous faites une erreur qui va vous coûter cher.
- Une menace ? Outrage contre un Grand Inquisiteur, vous aggravez votre cas mon cher Monsieur Caras
- Je ne tenais pas particulièrement à vous menacer, mais à vous faire savoir qu’une telle arrestation sans preuves et sur des mensonges ne vous rapportera pas.
- Nous verrons bien.
Les soldats en noir les attachèrent tous les uns aux autres, en les mettant en ligne. Le convoi se mit en route en direction du village de Barigne, une simple étape qui les mènerait ensuite vers la citadelle du corbeau et ses geôles. Les prisonniers se demandèrent bien ce qui allait leur arriver par la suite.
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