Bonjour à vous ^^
L'expédition diplomatique tourne au drame, l'Inquisition vient d'apparaitre et elle a capturé les membres du groupe. Grâce au sang froid et au courage de chacun, la vraie nature de leur voyage n'a pas été découverte.
Mais maintenant, comment vont ils pouvoir se sortir de ce piège ?
Bonne lecture et n'hésitez pas à mettre un petit commentaire.
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CHAPITRE 66
Embuscades
Dans le village de Barigne, une activité peu coutumière agitait le hameau de montagne. Des gens allaient et venaient dans la grande maison du chef du village pour s’enquérir des dernières nouvelles. Gero Proxin faisait les cent pas devant sa cheminée pour tenter de comprendre les derniers rapports de ses éclaireurs.
En premier lieu il y avait ce groupe de l’Inquisition menait par cet inquisiteur qui laissait à Gero Proxin un souvenir douloureux. Ils étaient évidemment à la recherche de la troupe que les villageois avaient éliminé avec l’aide des jeunes gens et des soldats de la citadelle. Heureusement ils ne s’étaient guère attardés dans les parages, préférant poursuivre leurs recherches dans les montagnes. Le chef avait tout de même fait suivre discrètement le groupe pour être sûr qu’ils ne s’approchent pas du lieu de la bataille.
Pourtant selon les dires des quelques gens de passages, la frontière Nord aux environs de la citadelle du Corbeau étaient occupée par un très grand nombre de troupe de l’Inquisition. Il était rare qu’ils osent se montrer en si grand nombre et à la vue de tous. Gero Proxin était persuadé qu’ils préparaient un mauvais coup dont ils avaient le secret.
Enfin il y avait cet autre fait étrange et qui le rassurait encore moins. Des orcs et des taugres avaient été aperçus sur la route entre la citadelle et le village de Barigne. Cette menace éclipsait totalement la présence de l’Inquisition dans ses montagnes. Comment des petits groupes de ces barbares sanguinaires avaient pu passer à travers les patrouilles sans être repérées ?
Les raides commis par les orcs ou les taugres faisaient encore trembler les plus anciens parmi les habitants de la bourgade. Grâce aux chevaliers protecteurs et aux soldats du Conglomérat, la menace avait été en grande partie écartée. Pourtant, les hommes qui les avaient vus n’étaient pas fous, et au vu de leur frayeur, ils n’avaient surement pas menti, pas sur un sujet aussi grave que ces monstres sanguinaires.
Des jours sombres étaient à prévoir pour l’avenir, il devait préparer le village en cas d’attaques. Une fois encore les armes allaient sortir de leur coffre, Gero Proxin regarda son épée pendue sur la cheminée, elle était ancienne mais elle tenait bon au milieu du combat. Sa femme arriva à sa hauteur, portant un plateau où une tasse fumante était posée.
- Tu devrais te calmer, fit la femme, je t’ai fait un thé.
- Merci Dakie, mais avec tous ces soucis, j’ai bien du mal à conserver mon calme.
Il saisit la tasse en soupirant.
- Mais si tu continues à montrer ta triste figure, tu vas vraiment inquiéter tout le village.
- Je ne pense pas que nos voisins aient besoin de voir ma …
Son fils ainé débarqua soudainement dans la pièce en respirant bruyamment.
- Père, le groupe de l’Inquisition revient par ici !
Gero Proxin se figea.
- Dans combien de temps seront-ils là ?
Le jeune homme reprit son souffle avant de parler.
- Peu de temps, mais ils ne sont pas seuls, ils ont des prisonniers.
Il se redressa brusquement en quittant son siège.
- Les captifs sont visibles ?
- Oui père, hélas se sont les voyageurs venant de la citadelle.
L’homme faillit lâcher la tasse qu’il tenait à la main de stupeur.
- Il faut réagir, les autres prennent déjà leurs armes pour les recevoir, renchérit son fil avec l’emportement de la jeunesse.
- Kayl, va leur dire d’arrêter leur bêtise, Mahers est un Maître Inquisiteur, nous ne pouvons pas les battre comme ça, pas sans une aide extérieure.
- Mais père, nous ne pouvons pas laisser faire une chose pareille.
- Cours dire à tout le monde de ne rien faire, je ne veux voir que les guetteurs que nous avons mis en place à l’entrée et à la sortie du village.
Le jeune homme acquiesça à contre cœur, il se retourna en courant. Gero Proxin reposa la tasse sur la table, avant de marcher jusqu’à la cheminée. Là il s’appuya sur le bord de la poutre qui surplombait le foyer éteint, abasourdi par la nouvelle.
- Que pouvons-nous faire ? Demanda Dakie à son mari.
- Rien hélas, je peux seulement leur faire gagner un peu de temps.
- Tu crois que cela suffira.
- Pour l’instant, nous ne pouvons faire que ça pour les aider.
Sans attendre, Gero Proxin se saisit de son épée et attacha le fourreau à sa ceinture, il mit son manteau est sorti. Il allait faire le tour du village rapidement pour s’assurer que personne ne ferait une folie pour délivrer les captifs des mains de l’Inquisition.
La colonne en noir avait stoppé à quelques centaines de mètres avant d’entamer la descente qui les mènerait au village de Barigne. L’inquisiteur Kochian interrogea son supérieur qui était à sa hauteur.
- Maître Mahers, les gardes semblent plus nombreux que la dernière fois que nous sommes passés par ici, il n’est peut être pas très sage de passer ce bourg.
- Je sais bien que ces montagnards sont des hommes rustres, mais ils ne sont pas aussi bêtes que tu ne l’imagines, ils n’iraient pas attaquer une colonne de l’Inquisition ainsi, surtout avec la présence de deux inquisiteurs.
- Alors c’est la peur qui les rend ainsi.
- Il y a de fortes chances, mais mieux vaut être sur ses gardes, dites à tous les soldats de se tenir en alerte.
- Se sera fait Maître.
Alors qu’il se retournait pour faire appliquer les ordres, Mahers l’interpella.
- Encore une chose, fait mettre un nœud coulant autour des cous de nos prisonniers, si un seul d’entre eux tente de fuir, ils seront tous étranglés. Je trouve que ce moyen est parfait pour les empêcher de tenter quelque chose.
L’inquisiteur Kochian arbora un grand sourire.
- Je le ferais moi-même.
Il courut en donnant des ordres, saisissant une corde sur une de leur bête de bât au passage. Mahers aimait beaucoup son subordonné, d’une grande obéissance et d’une magnifique cruauté, il prenait tant de plaisir à donner des châtiments.
Le Grand Inquisiteur marcha vers ses prisonniers, les premiers avaient déjà le dispositif autour du cou. Ekart qui était en tête le défia du regard.
- Nous sommes déjà entravés et nous voilà attaché comme des esclaves, qu’est ce que cela signifie ?
- Une simple précaution mon cher Caras, je tiens à ce que vous vous teniez tranquille quand nous traverserons le village de Barigne en contrebas. Etant donné que c’est le dernier lieu habité avant la forteresse, c’est aussi le dernier endroit où vous pouvez encore tenter de vous échapper.
Ekart se borna dans son mutisme, pourtant il enrageait silencieusement, ce Mahers était vraiment très intelligent et il pensait à tout. Le diplomate avait eu l’idée de profiter de ce passage pour tenter de s’échapper, mais avec ce nœud autour du cou c’était complètement suicidaire d’essayer de s’enfuir.
Une fois que tous les prisonniers furent attachés, la colonne se remit en marche. Les soldats de l’Inquisition affichaient un air patibulaire pour faire hésiter les assaillants possibles. Les gardes à l’entrée du village restèrent en position, ils avaient bien reçu des ordres mais voir les insignes sur les poitrines des guerriers les rendait nerveux.
- Laissez nous passer, ordonna l’inquisiteur Kochian.
Les villageois serrèrent le manche de leur lance, mais ils s’écartèrent au bout de quelques instants sans émettre un son. Les soldats en noir se remirent en marche, pénétrant dans le village avec un pas ferme. Leurs rangs se refermèrent sur les prisonniers, affichant clairement ce qu’encourraient ceux qui tenteraient d’aider les captifs.
Gero Proxin se porta au devant du groupe armé, bien qu’il avait une épée battant sa hanche il ne montrait aucune animosité. Le Grand Inquisiteur fit arrêter ses hommes d’un geste, il sortit des rangs pour parler avec le chef du village.
- Pourquoi y a-t-il autant de gardes à l’entrée de ce village ? Oseriez-vous empêcher notre avancée ?
Mahers frôla d’une main sa masse d’arme à sa ceinture, bien décidé à s’en servir s’il fallait. Gero Proxin leva les mains devant lui pour apaiser la colère montante de son interlocuteur et éviter tout malentendu.
- Loin de là cette idée, mon seigneur, mais je devais de vous prévenir que la route que vous allez emprunter est très périlleuse.
La remarque étonna Mahers.
- Je sais bien que les sentiers de montagne sont dangereux, se pourrait-il qu’il s’agisse de menaces.
- Je n’oserais pas, reprit le chef rapidement, mais je dois vous prévenir que des bandes d’orcs et de barbares taugres ont été aperçues.
Le Grand Inquisiteur se mit à réfléchir, cet homme pouvait essayer de les arrêter ici pour mieux les attaquer durant leur sommeil. Cette nouvelle n’était pas à prendre à la légère, mais il était au courant qu’un mystérieux projet était en cours. Sa mission était de vérifier qu’aucuns dissidents ne perturbent la bonne marche de ce projet dans la forteresse du corbeau et les villages alentours.
- Je pense qu’il ne doit s’agir que de quelques individus isolés, ils ont déjà du être éliminé par les patrouilles de la citadelle.
- Pourtant, les témoignages se multiplient et nous n’avons pas vu de patrouilles depuis longtemps.
- Il suffit, c’est clairement ridicule, laissez nous donc passer sans faire d’histoires ou je fais brûler les masures de ce hameau !
La menace était claire, et Gero Proxin savait très bien qu’il était bien capable de le faire. Si le chef du village voulait éviter un bain de sang, il devait obéir sans faire d’histoires. L’homme fit signe aux gardes de l’autre coté de s’écarter, Gero Proxin sentait les yeux de toute la population dirigés vers lui derrière les vitres de leur maison.
- Vous avez pris la bonne décision, j’espère que nous n’aurons pas d’autres ennuis avec vous, sinon je serais dans l’obligation d’en faire part à mes supérieurs. Dans ces montagnes isolés, les raides des barbares sont monnaies courantes, et des villages disparaissent sans que personne ne sache comment.
Gero Proxin serra les dents, gardant le silence, il était pied et poing lié et il ne pouvait que restait là à regarder leurs amis captifs passer devant eux. Ekart lui jeta un coup d’œil rapide, lui faisant comprendre qu’il valait mieux ne rien tenter. Le chef resta bien droit en regardant passer la colonne en noir, les pas des soldats étaient les seuls bruits audibles dans un silence de mort.
Le groupe de l’Inquisition acheva sa traversée sans aucune agressions Les gardes du village avaient résisté vaillamment pour ne pas intervenir, ils comprenaient que il était impossible de les empêcher d’avancer.
Alors que les soldats en noir disparaissaient au premier tournant de la route, les villageois sortirent enfin de leurs maisons. Gero Proxin avait rejoint les hommes en armes à l’entrée basse de Barigne, il était aussi en colère que ses comparses, mais que pouvait il faire d’autre à part rester de simples spectateurs ?
- Nous allons les laisser partir comme ça ? Demanda enfin l’un des gardes avec les accents de la haine.
- Réfléchis Honan, ils étaient trop nombreux, répondit un autre homme en arme plus âgé sur le premier.
Le dénommé baissa la tête en serrant le poing, impuissant tout comme ses compagnons. Les commentaires se mirent à pleuvoir sur la situation, parfois les paroles se faisaient menaçantes, mais personne ne savait vraiment ce qu’ils devaient faire. Tous se tournèrent alors vers le chef du village qui étaient resté silencieux jusque là.
Gero Proxin releva la tête après avoir pris une grande inspiration.
- Nous ne pouvons rien faire pour l’instant, conclut tout haut l’homme, ils étaient trop nombreux et trop puissant, c’était inutile et bien trop couteux en vie.
Il croisa les bras.
- Mais si nous ne pouvons pas les attaquer nous allons tout de même les suivre à distance, il me faut deux volontaires, rapides, discrets et qui connaissent parfaitement la montagne.
Il y eut beaucoup de bras levés, plus qu’il n’en fallait bien entendu. Proxin choisit deux hommes jeunes, rapidement et avec l’aide de tout le monde, ils reçurent un paquetage avec de la nourriture et des armes pour se défendre.
- Faites bien attention de ne pas vous faire voir, et surtout ne faites rien de dangereux, ordonna le chef.
Le ton de sa voix était sans appel, les deux volontaires hochèrent la tête sans émettre un son ou une remarque.
- Je veux seulement que vous les suiviez, je vais tenter de contacter les renforts.
Les villageois saluèrent les courageux qui partaient à grandes enjambées poursuivre la colonne de l’Inquisition. Gero Proxin se retourna pour regagner sa maison, il devait trouver toutes les personnes prêtes à les aider, et il en connaissait au moins une qui n’hésiterait pas à venir au secours des jeunes gens.
Le reste des habitants restèrent en petit groupe, ils se sentaient impuissant devant l’Inquisition, mais beaucoup se demandait s’ils ne devaient pas prendre les armes malgré le danger. Ils se préparèrent alors au combat, pariant sur un changement rapide de la situation.
Les soldats de l’Inquisition marchaient d’un pas rapide et mécanique, ils parcoururent ainsi une grande distance en très peu de temps. Les captifs s’écroulèrent sur le sol quand le campement pour la nuit fut dressé, les liens les empêchaient de marcher aussi bien qu’ils le voudraient.
Mahers avait fait retirer les nœuds coulant qu’ils avaient autour du cou dés que la troupe ne fut plus en vue du village. L’homme n’avait pas agi par bonté, il ne voulait seulement pas que cela les ralentisse, d’ailleurs les coups de fouet n’étaient pas rares pour les faire avancer plus vite.
Les prisonniers furent réunis dans une cuvette entre le parement d’une saillie dans le dos et un précipice sur la droite. Avec si peu de moyen de s’échapper et la fatigue de la route, deux gardes seulement suffisaient pour les faire se tenir tranquille.
L’inquisiteur fit mettre trois guetteurs pour la nuit qui seraient relevés régulièrement. Il voulait jouer de prudence pour éviter tout désagrément et invités surprises durant la nuit.
- Maître Mahers, intervint Kochian, allons nous commencer à les interroger ici ?
Une lueur d’espoir dans les yeux de l’inquisiteur apparut.
- Nous ne pouvons pas nous permettre d’en estropier un, répondit le chef du groupe, je suis désolé mais il va falloir que tu attendes d’être arriver à la forteresse pour ce genre de chose.
Kochian ne cachait pas sa déception, Mahers reprit la parole.
- Amène-moi quand même le diplomate, ce Caras, nous pouvons toujours lui faire passer un petit interrogatoire, histoire de lui montrer ce qui l’attend plus tard. Je suis persuadé qu’une petite discussion en tête à tête va le faire changer de ton avec moi.
Le sourire revint sur le visage de son subordonné.
- Je vous l’amène tout de suite.
Il marcha rapidement vers les captifs, l’endroit où ils étaient retenus était plus bas que le campement, ils ne pouvaient donc pas voir ce qui s’y passer. L’inquisiteur désigna Ekart aux deux gardes devant lui.
- Amenez-le au Maître.
Les hommes en noir se saisirent du jeune homme qui affichait un visage fermé, Patinil ne cacha pas la peur qu’elle ressentait, ses souvenirs lui revenaient en tête.
- Qu’est ce que vous faite ? Demanda Mel. Il est sous ma responsabilité, vous ne pouvez pas l’emmener ainsi.
Kochian fit claquer son fouet en direction de l’écuyère pour toute réponse, une trace sanglante zébra sa joue. Elle n’avait émis aucune plainte, un grognement sourd monté des soldats de la forteresse, tous le regardait avec haine.
- Votre tour viendra bien, ne soyez pas pressé.
Ekart fut emmené devant Mahers, son subordonné obligea le captif à se mettre à genoux. Il foudroya du regard le Grand Inquisiteur qui soutint son regard avec dédain.
- Que me voulez vous ?
Mahers fit la moue, il n’aimait pas ce ton de défi. Kochian le frappa à l’arrière de la tête avec rudesse.
- Un peu de politesse devant le maître.
Le diplomate releva la tête sans répondre.
- Toujours aussi revêche à ce que je vois, fit Mahers, tu ne comprends donc pas que tu as de très gros ennuis.
- Je m’attendais à être amené devant vous ainsi, lança Ekart, vos méthodes sont si prévisibles et si méprisables.
- Tu en sais donc plus que tu ne veux en dire.
Le diplomate se maudit, il en avait trop dit.
- Maintenant reprenons, avez-vous vu l’Inquisiteur Phorse et son groupe dans la montagne ?
- Je vous ai déjà dit que nous ne les avions pas rencontré, combien de fois je …
Kochian donna un coup de pied dans l’estomac d’Ekart qui se plia en deux sous la douleur. Il toussa en tentant de retrouver son souffle, son tortionnaire tournant autour de lui comme un fauve près à attaquer. Le diplomate se releva affichant toujours un regard de défi.
- Je reprends ma question, avez-vous vu l’Inquisiteur Phorse et son groupe dans la montagne ? Se contenta de répéter Mahers.
- Nous ne les avons pas vus.
Un nouveau coup de pied arriva comme s’attendait le jeune homme, mais cette fois il fut suivi d’autres. Les coups plurent drus sur le prisonnier qui se mit en boule pour tenter d’éviter les blessures graves. Après un véritable déchainement, Mahers stoppa son subordonné d’un ordre sec qui claqua dans l’air.
Deux soldats remirent Ekart à genoux devant le grand inquisiteur, le jeune homme respirait avec peine, du sang à la commissure des lèvres et le visage tuméfié. Le chef de la troupe se pencha alors sur son prisonnier, affichant un petit sourire.
- Ce n’était qu’un avant gout de ce qui t’attend avant notre retour à la forteresse du Corbeau, d’ici là profite bien de ces quelques moments de paix, bientôt ils seront de l’histoire ancienne.
Le diplomate défia du regard Mahers qui se releva en soupirant.
- Nous verrons bien combien de temps tu garderas ce regard devant moi, ramenez le !
Ekart fut soulevé sans ménagement par deux soldats en noir, ils le portèrent presque sur le chemin pour ensuite le jeter au sol près des autres captifs. Ils repartirent aussitôt sans dire un mot, les gardes n’avaient même pas bougé de leur place.
Tyuro et Mel qui étaient les plus près aidèrent leur compagnon à se relever. Ekart laissa échapper un gémissement étouffé de douleur.
- J’ai l’impression qu’ils t’ont passé à tabac, fit le soldat.
- Quelque chose comme ça, répondit le jeune homme en grimaçant.
- Tu vas bien ? S’inquiéta Patinil.
- Ne t’en fait pas, dit Ekart, rien à voir avec ce que tu as du affronter, mais je pense que nous allons avoir de sérieux problèmes si nous n’arrivons pas à leur échapper.
Le silence se fit parmi les prisonniers, tous l’avaient compris.
- Avec la vitesse de marche, nous seront dans deux jours à la forteresse, lança Mel.
- Il ne nous reste donc plus que très peu de chance pour se sauver, conclut le diplomate.
Le silence se fit dans le groupe, chacun réfléchissant à un moyen de s’enfuir de ce piège.
A quelques pas de là, les deux villageois de Barigne qui suivaient la troupe observait le campement.
- Je n’arrive pas à voir les prisonniers, fit Honan en tendant le cou.
- Il y a une petite cuvette en contrebas, répondit Liat son compagnon de route, je suis sûr qu’ils les ont mis là mais c’est trop bas pour que nous puissions les voir.
- Qu’est ce que nous faisons alors ?
Liat réfléchit, il connaissait parfaitement le sentier et ses environs, il regarda autour de lui cherchant une inspiration.
- Nous allons faire demi-tour pour prendre la corniche, c’est un peu dangereux de nuit mais nous pourrons nous rapprocher sans être vu.
- Bonne idée, allons y.
Les deux hommes se remirent en route d’un pas assuré.
Une partie de la nuit était passé, dans le campement de l’Inquisition le calme régnait. Les trois guetteurs étaient en garde tout comme les deux autres à l’entrée de la cuvette. Les hommes étaient silencieux, scrutant l’obscurité à la recherche d’éventuels ennemis. Le vent soufflait dans les ravins avec une plainte lugubre et lancinante, mettant à mal les nerfs des plus endurcis.
Les soldats de l’Inquisition avaient un entraînement particulièrement difficile, ils étaient endoctrinés pour obéir à n’importe quel ordre. Ces hommes n’émettaient jamais de plaintes, et ils ne montraient aucune peur. Ils étaient faits pour se battre sans réfléchir et rien d’autres, des armes parfaites entre les mains de l’Inquisition.
L’un des guetteurs aperçût un mouvement rapide dans l’obscurité, presque imperceptible. Il saisit son arme et fixa le vide avec plus d’intensité, écoutant à la recherche du moindre bruit. L’homme était persuadé d’avoir vu quelque chose, nerveux il tourna la tête quelques instants pour voir l’autre guetteur non loin de lui. Il s’apprêta à l’appeler quand le bruit d’une pierre roulant sur le sol le fit se retourner brusquement.
Les yeux écarquillés, il vit une hache énorme lui arrivait en pleine tête. Il n’eut même pas le temps de lever son épée alors que l’arme lui fit éclater le crane avec un bruit écœurant. L’attaque n’avait pas échappé aux autres guetteurs qui poussèrent des cris d’alerte pour réveiller tout le campement.
- Des orcs !
Les monstres surgirent dans la nuit en poussant des cris sanguinaires. Les orcs avaient la taille des humains mais avec une carrure plus imposante, des épaules très larges sur un corps massif tout en muscle. Leur tête était plutôt carrée, avec une mâchoire proéminente couverte de dents tranchantes, d’où surgissait deux imposantes défenses. Il avait la peau verte ou marron, des oreilles se terminant en pointe et des yeux rouges injectés de sang.
Les orcs vivaient en tribu avec plusieurs clans tout comme les barbares Taugres. Ils partageaient également le même habitat, les grandes plaines du nord mais ils affectaient aussi les montagnes et les hauts plateaux. Plus fort que les humains, les orcs étaient leur ennemi de toujours, des témoins parlaient d’effroyables monstres qui dévoraient la chaire des cadavres sur les champs de bataille.
En peu de temps, le campement de l’Inquisition se transforma en une bataille rangée. Grâce à leur entrainement il n’y eut aucune panique, mais les hommes en noir devaient maintenant défendre leur vie. Les monstres maniaient des haches et des épées avec leur force brute, ils pouvaient facilement couper un membre ou une tête d’un seul revers.
Les prisonniers virent leurs gardes se saisirent de leurs armes pour prêter main forte à leur camarade. Ils entendaient les bruits des combats, particulièrement effrayé, impuissant ils ne pouvaient pas se défendre.
- Se sont des orcs, lança Caner Tyuro, comment une bande aussi nombreuse a pu échapper à la vigilance des patrouilles de la citadelle.
- Comment sais tu qu’ils sont nombreux ? Demanda Ekart.
- Les orcs sont des monstres sanguinaires, mais ils sont aussi intelligents, répondit Dyante Habifa, ils n’attaquent jamais à moins d’être aussi nombreux voir plus que leur proie.
- Plus d’une vingtaine d’orcs dans ses montagnes, sur les routes, s’étonna Mel, mais jamais ils n’auraient pu passer à travers la surveillance des patrouilles.
- A moins que quelqu’un les empêche de faire leur travail.
Les paroles de Patinil étaient justes.
- Pour le moment, il faut que nous profitions de ce moment, nous n’en aurons pas d’autres pour tenter de nous enfuir, fit Ekart.
Il s’agita pour tenter de défaire les nœuds de ses liens, les autres en firent autant, animés par l’espoir de s’échapper. Hélas, les cordes étaient trop bien serrées, les captifs s’écorchaient les poignets en vain. Deux ombres atterrirent soudainement derrière eux, les prisonniers s’agitèrent encore plus croyant voir arriver des orcs, ils devaient se défaire de leurs liens pour se défendre.
Mais un homme apparut devant eux, les voyageurs reconnurent avec stupeur l’un des gardes de Barigne qu’ils avaient déjà rencontré auparavant. Rapidement, avec un couteau il coupa les liens qui retenaient les captifs, il ne fallait surtout pas perdre de temps.
- Merci, fit Mel en souriant à son sauveteur.
- Plus tard les remerciements, lança Liat, suivez Honan, nous connaissons un chemin par le flanc de la falaise, je reste pour surveiller.
Un a un, les membres de l’expédition suivirent les recommandations du jeune homme pour avancer. Les jambes d’Ekart lui faisaient encore mal, voyant la périlleuse corniche à franchir. Caner Tyuro et Dyante Habifa le prirent par les bras pour l’aider à s’échapper. Il ne resta plus que Mel et Liat dans la cuvette, elle posa le pied sur la corniche et se retourna.
- Nous sommes tous passés, venez vite !
Liat ne se fit pas prier, les bruits de combat commençant à diminuer, l’homme remit son arbalète à sa ceinture et prit le chemin à son tour. En quelques minutes, les prisonniers venaient de s’échapper, ne laissant derrière eux que quelques liens coupés.
Dans le campement de l’Inquisition, Mahers regardait autour de lui pour avoir une idée de la situation. Il n’en revenait pas, ses chefs à Paragahi lui avaient pourtant certifié qu’ils ne risquaient rien avec les orcs et les barbares. Mais en contemplant le résultat, il douta fort de leurs paroles rassurantes. Une demi douzaine de ses hommes était mort dans l’affrontement, quatre autres étaient blessés dont un qui ne pouvait pas se déplacer seul.
Son subordonné achevé les blessés orcs encore en vie sur le sol, il portait un bandage de fortune sur le bras. Un coup de hache avait bien faillit lui couper la main, son bras s’était écarté au bon moment. Soudain le grand inquisiteur remarqua un corps parmi ses hommes, s’étaient l’un des gardes qui était assigné à la surveillance des prisonniers. Voyant l’autre bien en vie s’occupant d’un blessé, il se précipita sur lui.
- Qui t’a dit de quitter ton poste ? Hurla-t-il.
- Je suis venu prêter main forte.
- Sombre idiot, vous ne deviez pas bouger sous aucun prétexte.
Mahers courut en direction de la cuvette et poussa un cri de rage sans borne, les prisonniers n’étaient plus là. Il avança pour chercher des indices, des traces de pas sur le sol le mener directement à la falaise. En regardant mieux, il vit la petite saillie qui dépassait du parement. Les liens tranchés au couteau ne voulaient dire qu’une chose, ils avaient été aidé et l’homme savait par qui.
Kochian arriva à ce moment, guider par le cri de son chef, il fit à son tour la terrible découverte.
- Maître Mahers, les prisonniers où sont-ils ?
- Ils se sont échappés bien sûr, imbécile !
L’homme se recroquevilla un peu avant de reprendre la parole.
- Que faisons-nous maintenant ?
- Nous nous mettons en route immédiatement pour le village de Barigne, c’est là qu’ils se rendent guidés par des montagnards. Ils sont exténué et l’un d’entre eux ne peut pas marcher normalement, ils seront obligés de prendre une route plus facile pour avancer plus vite, nous allons les rattraper.
- Mais le soldat Urin ne peut pas se déplacer ?
- Achevez le, l’Inquisition ne s’embarrasse pas des inutiles.
Sa voix était sourde et rempli de colère, Mahers était fou de rage de s’être fait berner. Il allait bruler ce village s’il le fallait, mais il remettrait la main sur ses prisonniers.
- Le jour se lève déjà !
Honan venait de pousser cette exclamation désespérée, il se rendait compte qu’ils n’avançaient pas assez vite, tout comme le reste du groupe. Les deux montagnards avaient remplacé les soldats pour aider Ekart à marcher. Le jeune homme faisait ce qu’il pouvait pour ne pas être une gêne mais ses jambes et ses côtes le faisaient souffrir après son passage à tabac.
Tous les autres membres de l’expédition étaient à la limite de l’épuisement, après la marche de la journée, ils avaient couru le reste de la nuit avec les forces du désespoir. Mais maintenant, chacun de leurs muscles les faisait souffrir, leur rappelant à chaque pas la fatigue et le manque de repos.
- Allez courage, lança Liat avec entrain, nous devons avancer plus vite pour atteindre le village, là bas nous seront en sureté.
Seul l’espoir pouvait encore les pousser à poursuivre malgré la douleur et l’angoisse d’être repris par l’Inquisition. La marche douloureuse continua vaille que vaille, ils regardaient droit devant eux sans jamais se retourner, encourager par les montagnards. Le chemin devint raide, les pierres du sentier roulant sous les pieds, Patinil glissa sans prévenir, Caner Tyuro la rattrapa avant qu’elle ne tombe sur le sol.
- Merci Sergent Tyuro.
- Nous devons nous entraider, répondit le soldat.
La diplomate se retourna pour regarder la pierre sur laquelle elle avait glissé, quand elle écarquilla les yeux. Au dernier tournant, une centaine de mètre en arrière, un soldat en noir venait d’apparaître, suivi de toute la colonne de leurs poursuivants.
- Ils sont déjà derrière nous !
Tout le monde se retira soudainement, ils poussèrent une exclamation de détresse et de lassitude. Ils étaient encore trop loin du village pour tenter de se sauver, ils étaient perdus. Ekart serra les poings de rage, tout ne devait pas se terminer ainsi, pas maintenant.
- Liat, y a-t-il un endroit défendable proche ?
L’homme surpris se mit machinalement à réfléchir.
- Oui, oui, un peu plus haut, mais vous ne pensez pas quand même à les combattre ?
- Nous allons nous gêner, en avant plus vite !
Le diplomate se mit à grimper la cote de lui-même, s’aidant même de ses bras pour aller plus vite. Poussés par sa détermination, les autres le suivirent, les deux villageois l’aidèrent de nouveau à avancer. Une terrasse était creusée dans la montagne, le palier était assez plat avec une rangée de pierres usées par le temps qui formaient un rempart naturel.
- Se sera mieux que rien, fit Ekart en reprenant son souffle, tout d’abord il nous faut des armes, Liat, Honan distribuez ce que vous avez avec les soldats.
- Et vous ? Demanda Liat.
- Mademoiselle Ojir devrait nous donner ce qu’il nous faudra.
Patinil savait ce que voulait le diplomate, elle glissa ses mains à l’arrière de son cou pour faire apparaître une petite bourse en cuir.
- Tu es vraiment très forte, lança Ekart en souriant.
De la bourse, le diplomate sortit se dont il avait besoin, et grâce à la formule, les épées de Mel, le grimoire du jeune homme et sa bourse d’ingrédient reprirent leur forme normale. Les soldats et les montagnards écarquillèrent les yeux, ils venaient de voir de la magie devant eux.
- Ne soyez pas trop surpris, répondit Patinil, il y a face à nous un homme capable de faire des choses bien pire.
Les deux diplomates se mirent à préparer des petits tas d’ingrédients pour les sorts du jeune homme, ils n’avaient que très peu de temps. Mel regarda ce qu’ils pouvaient aligner, les montagnards munis d’arbalètes, deux épées, une dague et un poignard pour les soldats.
- C’est maigre, commenta Caner Tyuro.
Mund Hasra regarda l’épée qu’il tenait.
- Je ne te le fais pas dire, sans ma hallebarde, je me sens ridicule.
- Il va falloir que tu t’y fasses pourtant, répondit Dewon Loter en serrant un poignard d’une main ferme.
- Avec ce que nous avons, il va falloir jouer de stratégie pour se défendre, commenta Mel, les deux arbalètes sur les cotés, les épéistes au centre avec moi, et les deux autres à l’arrière pour protéger les flancs.
- Bonne formation, fit le sergent en hochant la tête.
- N’hésitez pas à récupérer des armes sur les cadavres de nos assaillants, reprit l’écuyère, nous devons les repousser à tout prix.
Ils hochèrent la tête en silence et ils se mirent en position, près à se défendre. Mel jeta un regard dans la direction de ses amis, ils avaient terminé leur préparation.
L’écuyère se porta à leur hauteur avant que les combats ne débutent et qu’elle ne puisse plus le faire.
- Si nous ne pouvons pas les repousser, fuyez tous les deux, il ne faut pas qu’ils trouvent les documents de nos recherches.
- Il n’est pas question que nous vous laissions seuls face à eux, lança Ekart sans la moindre hésitation dans la voix.
Patinil baissa les yeux, elle répondit sans la regarder.
- Tu as raison, nous fuirons en profitant du temps que tu nous feras gagner.
Ces paroles lui coûtaient, mais elle n’avait pas le choix et elle devait le comprendre. Son devoir passait avant ses sentiments, le diplomate soupira.
- Espérons que nous n’en arriverons pas là, pour une fois c’est toi qui fait preuve de la plus grande clairvoyance.
- J’agis pour le bien de notre quête, mais en total contraire avec mon cœur, répondit Patinil avec franchise.
- Nous le comprenons bien, enchaîna Mel.
Elle posa une main apaisante sur celle de son amie.
- Mettons nous en place, et recevons nos ennemis comme il se doit, fit l’écuyère en affichant un grand sourire de façade.
Le rempart de défense se mit en place tandis que la vague noir montait inexorablement vers leur position, tel un monstre tendant ses griffes vers sa proie.
Mahers était en tête, il bouillait de rage, il allait les faire souffrir le plus longtemps possible, ceux qui les avaient aidé seraient tués. Il lança ses troupes à l’assaut sans attendre, cette fois il n’y aurait pas de pardon. Les carreaux volèrent depuis le haut, un des soldats trébucha en tenant sa poitrine, leur proie avait encore des dents.
Le Grand Inquisiteur lança un sort de vent, une bourrasque violente souffla les remparts, ils ne risquaient plus rien avec les tireurs. Une poudre de quartz vola dans les airs et sa magie se dissipa à son grand étonnement. Mahers vit le dénommé Caras qui tenait un libre qu’il n’avait pas vu auparavant. Ils leur avaient caché bien des choses, l’inquisiteur n’avait plus à se retenir.
Ses mains virevoltèrent dans les airs, sa voix prenant des accents gutturaux, une myriade de petites sphères noires volèrent vers le rempart. Ekart tourna les pages vivement et cafouilla dans les paroles de son sort, Patinil eut juste le temps de le tirer en arrière au moment où le sort percutait le sol, une pluie de gravois arrosa les défenseurs.
Les guerriers de l’Inquisition profitèrent de la poussière pour faire les derniers mètres jusqu’à la terrasse en hurlant. Deux hommes furent touchés à bout portant par des carreaux en pleine course. Mel apparut à travers le nuage de fumée et se jeta sur les premiers venus, elle maniait ses deux armes avec la rage de vaincre, profitant de la vélocité magique. Elle para les deux masses d’armes et attaqua dans le même temps, la jeune fille repoussa un assaillant et en blessa un autre. Il fut aussitôt remplacé par un autre, mais elle non plus n’était pas seul, ses hommes se battaient avec courage.
Ekart trouva enfin la page qu’il cherchait, il se releva en tenant une pincée de charbon. Le jeune homme récita son sort en jetant l’ingrédient dans la direction de l’Inquisiteur. Cette fois il avait fait attention à sa manière de prononcer en se concentrant tout particulièrement malgré le danger qu’il encourrait en se tenant à découvert.
Une boule de feu se forme plongeant vers Mahers, il écarta les bras en prononçant quelques mots. L’attaque percuta un mur invisible, protégeant son invocateur. Profitant de l’explosion, l’Inquisiteur sortit un cône d’argile et récita un nouveau sort en l’enfonçant dans le sol.
Une onde partit des pieds de Mahers pour se diriger vers le haut de la terrasse, les pierres du rempart se fissurèrent à son passage. Des pics de pierre surgirent du sol à l’endroit où le diplomate se tenait. Il n’eut pas assez de temps pour réagir, il sentit une douleur effroyable le traverser. Le jeune homme se retourna en tenant son ventre d’où jaillissait un flot de sang, la jeune fille blonde à ses cotés prit un linge et l’appuya sur la blessure.
- Fuie Patinil, réussit à articuler Ekart malgré la douleur, sauve ce que nous avons pu trouver.
- Je ne peux pas partir comme ça !
Le jeune homme prit un air sérieux qu’elle ne l’avait encore jamais vu prendre.
- Il doit y avoir quelqu’un pour les arrêter, pars, je vais tenter un dernier sort.
La diplomate sentit ses yeux se brouiller de larmes, elle se leva en aidant son ami à en faire autant. Elle regarda en direction des combats, à cause de la poussière elle ne pouvait même pas voir Mel, seul le bruit de ses épées était perceptible.
- Va, et ne te retourne surtout pas.
- Je reviendrais vous chercher, je vous le promets.
Patinil serra Ekart dans ses bras, et elle partit en courant sans se retourner pour ne pas hésiter. Le jeune homme hocha la tête, il savait ce qu’il lui restait à faire, il prit dans sa main libre un nouveau sachet.
L’inquisiteur s’était approché comme il s’y attendait, mais Ekart le recevrait comme il se devait. Il jeta la poudre sur les rochers devant lui et lança son sort, une dizaine de bloc s’éleva dans les airs, moins que pensait le jeune homme mais il ferait avec.
D’un geste, les rochers volèrent dans la direction de Mahers, il évita le premier mais un autre lui percuta le pied. Il lança alors un sort de défense, des traits d’ombre percutèrent les pierres avant qu’elles ne l’atteignent. Ekart poussa un juron, son ennemi était trop puissant pour lui. Le grand inquisiteur se releva en grimaçant, le pied en sang, mais il fixa le diplomate et courut vers lui, comprenant qu’il avait gagné.
Mahers avait atteint le haut de la terrasse, il dominait Ekart assis contre un parement. Le jeune homme avait perdu trop de sang, il sentait ses forces le quittaient peu à peu. Le grand inquisiteur teinta sa main en rouge affichant un sourire gourmand et se pencha vers sa victime, le diplomate le fixa dans les yeux, il ne montrerait aucune peur.
Le bourreau s’envola soudainement dans les airs, emporté par une bourrasque venu de nulle part. Nertas apparut devant le jeune homme médusé, il le regarda avec colère.
- Tu sais manier la magie mais tu es loin d’en savoir assez pour lutter contre un homme tel que lui, je te croyais plus intelligent que cela.
Ekart afficha un pauvre sourire.
- Même les génies ont leur moment de faiblesse.
Le mage sourit à son tour, il se tourna alors vers son combat et plongea sur l’Inquisiteur qui tentait de se relever après le choc. D’un mot, Nertas forma un barrage de flamme entourant son ennemi. Mahers comprit que son adversaire était d’un autre niveau, il joignit ses mains et les écarta en faisant naitre un arc électrique qui étouffa les flammes quand elles frappèrent le mur.
Nertas mit alors un pied en avant et lança un nouveau sort dans sa direction, frappant le sol de son talon. Une centaine de pierre s’éleva dans les airs, tourné vers l’inquisiteur, Mahers était encerclé et il avait retiré son bouclier de magie croyant avoir gagné. Il fixa le mage avec de la haine, il voulut cracher une dernière malédiction, mais les pierres furent plus rapides et la mort instantanée. Nertas se redressa, il n’avait décidément pas perdu la main.
Avec la fureur du combat, les forces de la citadelle du corbeau n’avait pas vu le combat magique. Mel était blessée, et pourtant elle luttait toujours, elle ne savait pas si ses amis s’étaient enfuis mais elle l’espérait. Caner Tyuro était toujours prés d’elle, maniant son épée avec vigueur, elle ne voyait pas les autres. C’était la fin, l’autre inquisiteur se tenait devant l’écuyère, il s’amusait comme un chat avec une souris. Elle serra les dents et poursuivit le combat, elle emporterait le plus d’ennemis dans sa chute.
Un objet traversa l’air devant Mel et il percuta Kochian en pleine poitrine, faisant stopper tout les combattants de stupeur. Un javelot transperçait de part en part l’inquisiteur, l’homme baissa la tête en regardant l’arme sans comprendre. L’écuyère se retourna pour voir Gero Proxin, le chef du village de Barigne, debout sur le rempart le regard calme mais déterminé. L’inquisiteur chancela puis il s’écroula sur le sol, affichant un visage plein de surprise et d’incompréhension.
Les villageois de Barigne apparurent alors, pointant arbalètes et lances sur les derniers membres de l’Inquisition encore vivant. Les soldats en noir poussèrent des cris et les chargèrent, les carreaux les clouèrent sur place, les hommes de l’Inquisition ne se rendaient jamais.
Patinil se montra au coté de Gero Proxin, Mel sourit en voyant qu’elle n’avait rien, l’écuyère s’assit sur le sol en se laissant presque tombée. Elle avait du mal encore à le croire, mais ils avaient réussi à vaincre la troupe de l’Inquisition. La jeune fille leva les yeux vers le ciel et laissa le vent froid lui caresser le visage, pour la première fois de sa vie elle remercia les dieux d’être vivante.
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