Bonjour les lecteurs ^^
Retour en forêt, sous la protection des branches des arbres, les tribus koradjis sont en sécurité, peu de personnes osent encore s'aventurer au coeur de leur territoire protégé.
Les aventuriers sont de retour avec l'armure légendaire et des présents offerts par le gardien de la tombe. Ils vont pouvoir fêter leur réussite et apprendre à se servir de leurs nouvelles acquisitions.
Mais cette quiétude pourrait bien disparaitre, une ombre au nord plane sur les tribus, un danger mortel.
Bonne lecture ^^
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CHAPITRE 69
La frontière Nord de la forêt de Veraï
Le clan de la Grande Cascade avait fêté le retour du groupe d’aventuriers, la nouvelle de la réussite de leur mission était arrivée avant eux dans le village. Les jeunes gens ne s’attendaient pas à un tel accueil, Onèan ne savait plus quoi dire, essayant de répondre à toutes les sollicitations en même temps. Les autres aussi étaient tout aussi réclamés, chacun voulait entendre le récit des combats, une nouvelle légende semblait naître peu à peu.
Il fallut que le groupe se rende à la maison des ancêtres du village pour raconter en détail les combats et les épreuves qu’ils avaient traversés. Onèan fut heureux de voir Elifain prendre la parole pour faire un récit détaillé de l’aventure. Elle parlait avec emphase, s’amusant à décrire avec des gestes les coups d’épées, de temps à autres ses compagnons venaient rajouter des petites anecdotes pour combler les trous ou pour corriger certains points.
Un à un, les aventuriers présentèrent les dons qu’ils avaient reçu, le chef et les anciens hochaient la tête en faisant quelques commentaires. L’arrivée d’Onèan et la tenue de mage paladin fut accueilli avec des exclamations de surprise, les koradjis reconnaissaient les armoiries du héros disparu qui étaient décrites dans les légendes.
Une fois le conseil terminé, des messagers partirent dans la forêt pour apporter les nouvelles, des oiseaux s’envolèrent avec des rouleaux de parchemin accrochés à une patte. Onèan profita de ce répit pour porter l’armure auprès de Noake le forgeron, Anya et Lynaïs l’accompagnaient comme deux ombres jumelles, Yurda suivait en compagnie d’Elifain, eux aussi voulaient présenter leurs armes au forgeron. Les autres s’occupèrent des villageois pour leur permettre de vaquer à leurs affaires.
Le koradji observa de plus près l’armure en silence, il regardait les attaches des mailles et les détails des assemblages. Brom et l’apprenti du forgeron restaient derrière lui, observant avec attention aux gestes de leur maître.
- Elle est vraiment magnifique, commenta Noake, une véritable œuvre d’art.
Il se releva en tendant le bras.
- Tu peux me donner le casque s’il te plait.
Onèan s’exécuta. Le koradji tourna le heaume dans ses mains, regardant l’attache des ailes. Il reposa l’objet délicatement sur son établi, et regarda le jeune homme.
- Cette armure est tout simplement stupéfiante, je sens la magie qui imprègne l’acier quand je la touche du bout de mes doigts.
- Le gardien m’a dit qu’elle se mettrait à mes couleurs quand je l’endosserais, expliqua le mage paladin, je n’ai pas osé le faire pour le moment, je préférais d’abord avoir votre avis sur l’armure et sur ce qu’elle est vraiment.
Noake hocha la tête.
- Une bonne réaction, il arrive que ces chefs d’œuvre soient protégés par des sorts ou même l’âme de leur ancien processeur.
Le jeune homme écarquilla les yeux, tout comme ces autres compagnons, le forgeron se mit à rire.
- Mais ne t’inquiète pas, celle-ci n’est pas un danger pour celui qui la porte.
Onèan respira mieux, il n’aurait pas aimé sentir la présence d’un fantôme à chacun de ses pas en portant l’armure.
- Pour le coté plus pratique, il est vrai qu’il y a besoin de l’ajuster sur toi, mais je ne pense pas qu’il est beaucoup de retouche à faire.
Le forgeron se tourna vers les deux jeunes gens derrière lui.
- Voilà un bon entrainement pour vous deux, préparez moi la forge et les outils, nous allons voir ce que nous pouvons faire.
Brom et l’adolescent se mirent au travail immédiatement en suivant les ordres du maître. Pendant que son atelier était encore en préparation, Noake regarda les autres armes qu’apportaient les aventuriers. Il commença par l’épée du chevalier légendaire offerte au soin et à l’habileté de Yurda.
- Cette épée est de facture humaine, fit celui-ci en observant l’arme, elle a été plusieurs fois trempée et travaillée, elle ne se brisera jamais.
- Le gardien a fait la même remarque, observa l’écuyer.
- Elle possède un tranchant surprenant, je pense que même une armure de plaque ne pourrez y résister, tu vas devoir faire attention à ce que tu fais avec elle.
- J’y prendrais bien garde.
Miko débarqua sans prévenir et elle se jeta sur les aventuriers en poussant un cri de joie, en les attrapant par les épaules sans ménagement.
- Vous êtes revenus, enfin, j’aurais tant voulu vous accompagner, je n’étais même pas là pour votre arrivée, je m’en veux !
L’apprentie shaman vit les pièces d’armures que tenait Anya dans ses mains, elle poussa une exclamation de surprise.
- Une armure shamanique ! Tu as de la chance, tu as vu papa.
Les autres la regardèrent les yeux agrandis de surprise.
- Je ne vous l’avais pas di peut être ? Lança la koradji.
Un nom collectif retentit.
- J’avais oublié, désolée.
Miko se mit à rire.
- Tu as bien deviné, répondit Noake en prenant une épaulette en cuir, elle était donnée aux shamans qui souhaitaient se battre comme des guerriers.
Il regarda de plus près l’armure.
- Il faudra que je te l’ajuste aussi, elle était faite pour un homme, je vais devoir faire quelques changements sinon tu ne te sentiras jamais à l’aise en la portant.
- Merci Noake, fit Anya.
- Pas besoin, je ne me souviens pas d’avoir travaillé sur de si belles pièces avant.
- Pourriez-vous m’en dire un peu plus sur ses propriétés ?
- Et bien, c’est une armure assez classique, mais elle est résistante à tout type de magie, elle peut surtout augmenter ton pouvoir de protection quand tu utiliseras des sorts pour te renforcer ou pour améliorer tes performances. C’est pour ça que se sont les shamans guerriers qui l’utilisent, il n’en existe que très peu encore intact, prends en bien soin, elle te sauvera la vie.
Anya hocha la tête en fixant l’armure, elle comprendrait mieux son fonctionnement en s’entrainant avec elle. Le forgeron termina par l’arc d’Elifain, celle-ci se colla presque au koradji, sautillant d’un pied sur l’autre d’excitation.
- Alors, alors ! Trépigna-t-elle.
Noake souleva l’arc et le bandit dans le vide plusieurs fois.
- Il est fait en bois rare et il est imprégné d’une très ancienne magie, il est de facture elfique à n’en point douté.
- En me le donnant, le gardien m’a assuré qu’il pouvait tirer deux flèches magiques à la fois, est ce possible ?
- Connaissant l’art de ton peuple, leurs enchantements sont puissants. Pour en être sûr, tu vas devoir t’entrainer pour connaitre son utilisation.
Elifain afficha un sourire jusqu’aux oreilles, la curiosité la démangeait comme jamais. Mais elle voulait voir Onèan en armure, l’elfe prit son mal en patiente en remettant l’arc dans son dos, elle aurait tout le temps de l’essayer plus tard.
Justement, la forge était prête, Noake prit alors l’amure en enlevant le tabard. Il sortit ses outils de forgeron mystique, il en aurait besoin. Le koradji demanda à Onèan d’approcher et il prit quelques mesures à l’aide de corde, tout le monde observait en silence le travail du maître. Une fois les côtes prises, il les releva sur la chemise de maille en hochant la tête.
Noake se mit au travail, très concentré, il appelait souvent ses deux apprentis pour l’aider. Des étincelles et des éclairs de magie bondissaient de son ouvrage, faisant reculer les spectateurs. D’autres villageois, attirés par le feu d’artifice, se mirent à se rassembler autour de la forge, les anciens apparurent également. Ils se disputaient comme toujours mais cette fois à voix basse pour ne pas gêner l’artisan au travail.
Une petite heure passa, le forgeron semblait produire un effort incroyable, des gouttes de sueur perlait sur son front et son museau. Pourtant, ses gestes étaient précis et fin, avec une grande dextérité du à son expérience, peu à peu l’armure se dévoila. Le casque vit les grandes ailes disparaitre, et le tabard redevint blanc comme neige, vierge de toutes inscriptions. Noake poussa un soupir de contentement, et il se releva, son ouvrage était terminé.
- Et bien, je ne pensais pas qu’elle me donnerait autant de mal, fit le koradji, le forgeron qui l’a créé était véritablement un maître.
Il se tourna vers les jeunes gens, remarquant pour la première fois l’attroupement qui s’était formé entre temps.
- Et bien, il y a foule, approche Onèan.
Le jeune homme obéit, les apprentis enlevèrent l’armure de cuir que portait l’écuyer, elle était usée par le temps et l’usage. Il se sentit bien vulnérable sans elle d’un seul coup, il avait pris l’habitude de la porter. Noake souleva la cote de maille et la présenta devant le jeune homme. Avec son aide, Onèan put l’enfiler, elle lui parut étrangement légère, presque comme une seconde peau.
- Je l’aurais cru plus lourde, commenta l’écuyer.
- C’est un alliage très particulier, répondit le forgeron, il permet de créer des armures d’une grande légèreté. Le minerai utilisé ne se trouve pas ici, il faut aller dans les terres du sud, au-delà de la frontière du Conglomérat.
Noake se pencha pour vérifier la longueur de la cote de maille, elle tombait parfaitement bien, juste en dessous du genou du jeune homme. Elle était coupée entre les jambes pour permettre à son porteur de monter à cheval, et les pans permettaient de protéger ses cuisses dans cette position.
L’adolescent saisit le tabard et le tendit à son maître qui en revétit Onèan, le tissu était doux, comme du velours. Il était coupé de la même manière que la cote de maille, permettant de monter à cheval facilement.
Brom prit une ceinture en cuir brun avec une boucle en argent et l’attacha à la taille de son ami, faisant de même avec la sangle portant le fourreau de son épée. Ils terminèrent en lui donnant des gants en cuir identique à la ceinture qui lui montait jusqu’au dessus des poignets.
- Essaye de faire des mouvements maintenant.
Onèan se mit à faire quelques pas pour sortir de l’atelier, la foule s’écarta pour lui laisser de l’espace. Il regarda ses amis qui lui sourirent, puis il mima des postures de combat. Il n’avait aucun problème pour exécuter ses mouvements, l’armure était très légère comme si le jeune homme ne portait que de simples vêtements sur lui. Il regarda alors le tabard, mais il restait vierge.
- Je ne comprends pas, le gardien a dit qu’elle devait se mettre à mes couleurs, mais rien ne se passe.
Noake lui tendit son casque en souriant.
- L’armure n’est pas encore complète.
Le jeune homme sourit et saisit le heaume qui ressemblait à un masque de fer sans ses ornements. Il prit une grande inspiration en fermant les yeux, puis il enfila le casque sur sa tête, en regardant dans la direction de ses compagnons.
Rien ne se passa au départ, Onèan allait parler quand il sentit soudain des picotements lui parcourir le corps, les mêmes qu’il ressentait parfois en utilisant la magie. Il regarda ses mains, et vit une auréole de lumière apparaitre, tout son corps se mit à luire subitement. Les spectateurs poussèrent des exclamations de surprise, un léger mouvement de recul naquit dans la foule.
La lumière se changea alors en flammes orangées qui montèrent des pieds de l’écuyer jusqu’à sa tête. Le feu se mua alors en la salamandre de son pouvoir qui poussa un cri de triomphe dans les airs en disparaissant en une boule de flamme.
Tout le monde se protégea les yeux pour ne pas être ébloui, quand la lumière se dissipa, les spectateurs purent découvrir l’armure d’Onèan. Sur le tabard, deux salamandres jaunes et noires étaient apparues, elles se faisaient face, crachant une langue de flamme rouge en direction de la poitrine du jeune homme. Les bordures du tabard étaient faites d’une frise enflammée de rouge et d’orange mêlé.
Le plus impressionnant était le casque, une salamandre d’acier s’était formée, la queue dressé en l’air et la gueule ouverte, crachant une flamme rouge sang qui tranchait avec l’acier du heaume. Des exclamations pleines d’admiration retentirent, Onèan se sentait étrange, les yeux papillonnant. Il retira alors son casque, et admira à son tour l’animal qui s’y était formé.
- C’est magnifique, fit le jeune homme sous le coup de la surprise.
Noake se tint debout devant lui.
- L’armure t’a accepté comme son nouveau propriétaire.
- Je le crois bien aussi.
Elifain et Miko se précipitèrent en même temps sur lui, la curiosité trop forte pour la contenir. Elles voulaient voir de plus près les détails des dessins et du casque, ses autres amis le rejoignirent aussi, le félicitant. Onèan souriait, il leva les yeux vers le ciel et pensa à son père, mort sans pouvoir un jour revêtir une telle armure.
- Je me battrais pour toi, père, murmura le jeune homme.
Un oiseau passa dans le ciel comme pour porter le message du mage paladin vers l’âme du défunt.
Après leur aventure, les jeunes gens purent goutter à quelques jours de repos bien mérité, seul Brom travaillait presque nuit et jour à la forge de Noake. Le jeune homme avait changé en peu de temps, il s’était jeté de toutes ses forces dans son apprentissage, et ses efforts portaient déjà leurs fruits. La magie naissait entre ses mains à une rapidité que même le koradji n’aurait pas imaginée. Il chargea Brom de l’ajustement de l’armure d’Anya, son travail était encore un peu brouillon, mais avec l’aide de son maître, il put mener à bien son ouvrage.
Avec leur nouvelle notoriété, les aventuriers avaient à faire à une horde d’admirateurs. Des koradjis d’autres clans arrivaient dans le village pour rencontrer ceux qui avait fait renaître la légende de Hadak le héros. Trouver un endroit tranquille était presque devenu un vint espoir, mais Miko dénicha une retraite idéale, leur permettant de souffler.
La cachette se trouvait à une petite heure de marche du village, ils devaient prendre des sentiers étroits et presque invisibles à l’œil nu. La koradji l’avait déniché pendant ces longues promenades alors qu’elle tentait d’échapper aux corvées et à ses devoirs. Entourée par des rochers, une petite pleine herbeuse se dressait bien à l’abri des regards, des arbres permettaient d’avoir un peu d’ombres. Surtout ce lieu avait un secret, une petite source chaude naturelle s’écoulait de la roche granitique.
Protégé par des buissons, les filles profitaient de l’eau miraculeuse, Lynaïs avait juré de crever les yeux du premier garçon qui oserait essayer de regarder. Commençant à la connaitre, pas un seul ne voulait faire l’expérience de sa colère. Onèan avait laissé son armure et ses armes au village, tout comme les autres, il n’y avait pas de danger à craindre.
Impa et Karez étaient partis dans une dispute dont ils avaient le secret, ils échangeaient leur point de vue avec force. Fared se tourna vers Yurda qui était allongé dans l’herbe, se laissant caresser par le soleil.
- Dis Yurda, d’après toi quand est ce que nous retournerons à Paragahi ?
La question était vraie, lui-même se la posait souvent.
- Je t’avouerais que je n’en sais rien, et toi Onèan.
Le jeune homme se rassit en tailleur.
- Je suis dans le bois de Veraï depuis plus longtemps que vous, je me suis habitué à la vie en forêt et la question ne se pose plus vraiment pour moi.
Il fit une pause avant de reprendre la parole.
- Avec l’Inquisition, je ne peux plus me permettre de me déplacer librement dans le Conglomérat, vous avez encore cette chance je crois, ils ne vous recherchent pas.
- Détrompes toi, intervint Impa, quand nous sommes partis de Paragahi, ils en avaient aussi après nous.
- Pour une fois je suis d’accord avec toi, répondit Karez, il y a très peu d’endroits où nous seront en sécurité hors de la forêt de Veraï, à part parmi les elfes.
- Tu as déjà le cafard ? Demanda Yurda à Fared.
Le jeune homme baissa la tête un peu gêné.
- Non se n’est pas vraiment ça, ici les gens sont très amicaux et je me sens très bien, mais … J’aimerais revoir mon pays, et ma famille.
Les mots de l’écuyer étaient justes, tous avaient de la famille dans le Conglomérat ou dans la forêt des elfes.
Les filles revinrent de la source chaude à ce moment là, découvrant les visages songeurs. Anya s’installa près d’Onèan, en se penchant vers lui.
- Et bien que se passe-t-il ?
- C’est vrai quoi, pour ces mines tristes, lança Lynaïs en se couchant sur le sol à son tour.
- Rien, rien, juste un peu de nostalgie, répondit Yurda.
Miko se laissa tomber sur l’écuyer qui rougit sans le vouloir.
- Tu n’es pas bien avec nous ? Je ne suis pas assez gentille ?
Yurda devint cramoisi.
- Ce n’est pas ça …
Sa panique ramena les rires sur le groupe, le jeune homme baissa la tête pour tenter de se calmer.
- Ce n’est pas tout, reprit Lynaïs, mais que faisons-nous maintenant, nous n’allons pas rester ainsi sans rien faire ?
- Personnellement cela ne me gênerait pas, commenta Karez.
- Toi, tu es feignant de nature, lança Elifain en le foudroyant du regard.
L’elfe se contenta de hocher les épaules, ne cherchant pas à démentir les propos de son amie. Anya prit la parole pour répondre à Lynaïs.
- Onèan est sensé passer par tous les clans que comptent la forêt.
- Oui c’est vrai, répondit celui-ci, c’est une demande d’Oroky, mais je ne veux pas laisser ici Brom tout seul, il commence à peine à se familiariser avec ses pouvoirs.
- Il est en sécurité avec nous, lança Miko, je ne peux pas partir avec vous, donc je pourrais très bien lui tenir compagnie.
Le mage paladin réfléchit quelques instants avant de se tourner vers ses compagnons de route pour leur demander leur avis. Tous étaient d’accord pour reprendre leur voyage pour visiter les autres clans de la forêt de Veraï.
L’après midi touchant à sa fin, les jeunes gens quittèrent leur cachette pour se rendre au village. Onèan et Anya avait décidé de prévenir Merkla de leur départ, les autres préparant le voyage, ils mettraient Brom au courant par la même occasion.
Les deux amants se présentèrent devant la maison du chef du clan de la Grande Cascade, mais ils apprirent qu’une affaire urgente l’avait appelé à la maison des ancêtres. Ils se rendirent donc à leur tour dans la bâtisse situé en bordure du lac. Les koradjis qui se tenaient à la porte les laissèrent passer, ils faisaient presque partis du clan maintenant.
Une fois entrés, Onèan et Anya aperçurent le conseil du village en pleine réunion, deux guerriers koradjis se tenaient devant eux. L’un était particulièrement grand et musclé, il avait un pelage noir épais avec des rayures blanches par endroit. Le deuxième, plus petit, n’était pas moins impressionnant avec son pelage fauve, une abondante crinière dans le dos.
Les deux jeunes gens purent se frayer un chemin près de Terla qui les salua de la tête. Anya se pencha vers la shaman en chuchotant près de son oreille.
- Qui sont-ils ?
- Des envoyés des Griffes Sombres, répondit la femme.
- Le célèbre clan du Nord de la forêt, j’avais bien reconnu leur apparence guerrière. Pourquoi ont-ils fait tant de chemin pour venir jusqu’ici ?
- Ils sont venus demandé du fer et la présence de Noake pour les aider, apparemment il y a une recrudescence d’attaques d’orcs et de Taugres à la frontière.
La situation était grave pour qu’un clan aussi puissant que les Griffes Sombres vienne demander de l’aide. Appelé plus tôt par le chef, le forgeron entra à son tour dans la maison des ancêtres. Bien que très grand, il arrivait à peine à la hauteur du guerrier à la fourrure noire, il salua les messagers puis les membres du conseil.
- Je suis venu comme tu me l’as demandé Merkla.
- Merci d’avoir été aussi prompte, répondit le koradji, nous venons de recevoir une demande de ses deux guerriers du clan des Griffes Sombres, apparemment les orcs et les barbares Taugres sont devenus plus pressant aux frontières Nord, leurs guerriers ont besoin de plus de fer et de ta présence pour réparer leurs armes.
Le plus petit des deux koradjis inclina la tête devant le forgeron.
- Nous n’aurions jamais osé vous faire une telle demande si la situation n’était pas grave, nous avons besoin de vos talents.
- Je te crois guerrier, je connais le courage et la vaillance des Griffes Sombres, si tu le permets Merkla, peut être que je peux les accompagner avec un chargement de minerais, mon apprenti peut me remplacer à la forge et il y a plusieurs autres forgerons dans le village.
Le chef hocha la tête.
- J’autorise évidemment ton départ, le clan de la Grande Cascade aidera toujours ses alliés en cas de problème.
Les deux messagers s’inclinèrent devant le chef de clan, ils savaient qu’ils pouvaient compter sur l’entraide entre koradji. Le forgeron remarqua alors la présence d’Onèan, il leva le bras pour prendre la parole.
- Excuses moi Merkla, je peux te faire une autre demande ?
- Bien sûr, je t’écoute, répondit le chef un peu étonné.
- Pourquoi ne pas proposer aux Griffes Sombres l’aide du jeune Terrenoir et son groupe ? Je pense qu’ils seront un atout pour leur clan dans les combats.
Onèan et Anya sursautèrent en entendant la question du forgeron, ils le fixèrent éberlués, ils ne s’attendaient pas à cela. Les deux messagers étaient tout aussi estomaqués, ils ne voyaient pas de quoi ils voulaient parler.
- Et bien, fit Merkla un peu ennuyé, il faudrait avant tout demander aux intéressés.
Il se tourna vers les jeunes gens.
- Onèan Terrenoir, que penses-tu de la proposition ?
Le mage paladin ne savait pas quoi répondre, il fit un pas en avant pour prendre la parole à son tour.
- Je venais justement vous faire part de notre départ sans vraiment savoir dans quelle direction nous allions nous diriger, mais si les membres du clan des Griffes Sombres sont d’accord, je pense que nous serions près à les suivre.
Les deux koradjis regardèrent dédaigneusement le jeune homme, ils vouaient une haine viscérale pour les humains. Ils avaient bien évidemment entendu parler du mage paladin, mais ils ne savaient pas ce que leur chef allait en dire.
- Toute aide nous serait profitable, mais que pourrait-nous apporter la présence d’un seul humain en plus ? Lança le plus petit des deux guerriers.
Il avait particulièrement appuyé sur le mot « humain » d’une manière dédaigneuse.
- Il n’est pas seul, répondit Anya qui se rangea au coté de son amant, nous sommes en tout neuf combattants qui formons un seul groupe.
- Je tiens aussi à préciser que plusieurs d’entres eux manipule la magie, renchérit Noake, un mage paladin, trois archers mages et un apprenti forgeron mystique, de plus, ils peuvent compter également sur trois écuyers humains de grands talent, et une guerrier shaman du clan des Chênes Noirs.
Les deux Griffes Sombres se consultèrent du regard, bien qu’hostile, ils ne devaient pas oublier qu’ils avaient grand besoin de soutien dans les combats.
- Nous acceptons la proposition, finit par dire le koradji au pelage fauve, mais se sera à notre chef de trancher une fois sur place.
- Alors c’est décidé, acheva Merkla, Noake tu peux préparer ton départ, tout comme vous et vos amis.
Les deux jeunes gens hochèrent la tête. La maison des ancêtres se vida des participants, Onèan et Anya se mirent à la hauteur du forgeron.
- Pourquoi avoir fait cette proposition ? Demanda Anya.
- Je compte partir en emmenant votre ami Brom, alors pour ne pas vous séparer je me suis dit que se serait bien si vous étiez aussi du voyage.
- Vous avez eu raison, répondit Onèan.
Noake s’arrêta sur le chemin.
- Nous partirons d’ici un ou deux jours, pas plus, je sais que le chef a déjà donné des ordres et que des chariots de minerais sont en préparation, donc soyez prêt vous aussi.
Ils hochèrent la tête en réponse, ils se séparèrent, partant chacun d’un coté, les préparatifs n’attendaient pas.
Le village du clan des Griffes Sombres était bien différent de tous ceux que les aventuriers avaient vus jusqu’à présent. Habituellement, les maisons étaient parsemées entre les arbres, entourant de petites places et des sentiers de terre, sans vraiment d’ordres précis.
Ce clan avait dressé son village sur une petite colline où trônait la maison des ancêtres qui ressemblaient plus à une forteresse qu’à la maison accueillante du conseil de la Grande Cascade ou des Chênes Noirs. Le bâtiment était plusieurs étages avec une tour d’observation en hauteur. Les maisons d’habitations étaient construites sur les pentes de la butte et tout autour de celle-ci, serrées les unes contre les autres.
Enfin, ceinturant le village, une haute palissade en bois avait été dressée, à ses pieds des pieux en bois étaient taillés pour empêcher se s’en approcher de trop prés. Il y avait quatre entrées à l’enceinte, chacune protégé par deux tours et un portail massif fait de troncs d’arbre. Les portes étaient si lourdes qu’il fallait la force d’une demi-douzaine d’hommes pour l’ouvrir.
Des koradjis en armes étaient présents à chaque entrée, observant les passants, les arrêtant quand ils avaient des soupçons. Les Griffes Sombres étaient une tribu à la longue tradition guerrière, ils étaient les plus nombreux et les plus forts. Ils étaient décrits comme les protecteurs des koradjis, ne reculant jamais face à l’ennemi. Ces guerriers étaient connus également pour leurs armes particulières qu’ils maniaient en véritable maître, deux griffes en aciers longues d’une trentaine de centimètres.
L’approche de la caravane en provenance du clan de la Grande Cascade fut aperçue rapidement, une troupe de guerrier vint les escorter. La venue d’un forgeron aussi connu que Noake, le Faiseur de merveilles, était un bon signe envoyé par les dieux. Par contre, la vue du groupe de guerriers humains n’eut pas le même effet auprès des Griffes Sombres. Bien qu’ils aient été tenus au courant par un message envoyé avant le départ de la caravane, les humains n’avaient pas laissé que de bons souvenirs aux koradjis.
Dés qu’ils furent entrés dans le village, les voyageurs furent emmenés directement à la maison des ancêtres pour être présenté au chef du clan. Sur les murs, des armes et des drapeaux pris à l’ennemi décoraient les parements de pierres. Les écuyers aperçurent une bannière des chevaliers protecteurs, ils savaient très bien comment elle avait pu finir en décoration ici.
Le chef des Griffes Sombres quitta son siège pour se dresser de toute sa hauteur pour accueillir les arrivants. Grands et musclés, il était à l’image de son clan, un guerrier né pour se battre. Il affichait des cicatrices sur les bras et le torse, témoins de toutes les batailles qu’il avait menées à la tête de son clan. Sa fourrure épaisse partait du brun sombre à ses pieds pour tirer vers le roux en montant vers ses cheveux. Il portait des pièces d’armures mêlant le cuir et l’acier mais laissant la totale liberté des mouvements.
- Maître forgeron Noake, je suis heureux que vous ayez accepté de venir nous offrir vos talents pour affronter la menace.
Le koradji salua l’homme avec respect.
- Je ne pouvais pas refuser, Chef Ryouk, je ne suis pas venu seul, j’ai amené avec moi une troupe de guerriers qui feront merveilles.
Le koradji regarda l’humain et ses compagnons, Onèan s’avança alors vers lui, sur les recommandations du forgeron, il avait enfilé son armure. Ses compagnons avaient également revêtus les dons qu’ils avaient obtenus du gardien, ajoutant un peu plus de poids. L’allure du jeune homme fit son effet auprès du chef, il hocha la tête en voyant la panoplie du jeune homme.
- Donc les messages n’étaient pas mensongers, un humain manie bien la magie comme l’ancien temps.
- Je me nomme Onèan Terrenoir, je suis mage paladin et je mets mon pouvoir et ceux de mes compagnons à votre service.
Ryouk croisa les bras sur la poitrine, en affichant un petit sourire.
- Avez-vous déjà combattu les barbares Taugres ou les orcs ?
- Non, pas encore.
- Alors savez-vous à quoi vous allez vous confronter ?
Onèan comprenait qu’il cherchait à le tester, les Griffes Sombres protégeaient le bois de Veraï depuis des années. Ils respectaient la force et le courage, et la bestialité des orcs était légendaire. L’écuyer regarda le chef dans les yeux sans colère ni défi.
- Pour récupérer les anciennes armes d’Hadak et des ses compagnons, nous nous sommes rendus au cœur de la forêt des morts, nous avons affronté les morts vivants qui y régnaient en maître. Parvenu à la tour, le gardien nous a donné pour mission d’achever la quête du héros, et nous avons brisé la pierre de nécromancie, mettant fin à la malédiction.
Le silence régnait dans la maison des ancêtres, Onèan en profita pour achever sa tirade avec calme.
- Bien que nous n’ayons pas affronté les orcs, nous sommes capables de nous battre et de vous aider contre eux.
Le chef se mit à rire à gorge déployée.
- Voilà une réponse que j’aime, tu es jeune mais tu as trouvé les mots juste, Maître Noake est vraiment de bon conseil.
L’écuyer sourit légèrement.
- Même si tu es humain, j’accepte que tu restes ici avec tes amis, mais prépare toi à te battre, nous sommes sur une zone de front.
Les mots du chef étaient durs, mais ils reflétaient la réalité que devait affronter les koradjis des Griffes Sombres au quotidien. Le chef donna des ordres, et les voyageurs furent installés dans une petite maison, ils devaient tous cohabiter dans un petit espace. Ils décidèrent de partager la maison entre les deux sexes pour ne pas engendrer des problèmes de vie commune, tout comme ils avaient fait jusqu’à maintenant.
Noake et Brom les laissèrent sans attendre, ils avaient énormément de travail et ils étaient attendus par tout un peuple. Les compagnons ne savaient pas s’ils avaient le droit de se promener dans le village, les regards que leur avaient lancés les koradjis durant leur traversée en disaient long sur ce qu’ils pensaient d’eux.
Des coups furent frappés au montant de la porte d’entrée, les aventuriers se retournèrent pour voir qui venaient de les donner. Un jeune koradji qu’Anya et Onèan connaissait bien se présentait dans l’ouverture, celui qu’ils avaient rencontré durant la réunion des shamans.
- Bonjour à vous, fit Layon.
- Bonjour, fit la koradji en souriant, je suis heureuse de trouver des yeux qui ne nous regardent pas sans animosité.
Le koradji poussa un petit grognement dépité.
- Les humains nous ont fait beaucoup de tord, même si vous êtes étranger de nos malheurs passés, il est difficile pour beaucoup de mon peuple à voir au-delà.
- Nous devons affronter cette situation à chaque fois que nous arrivons dans un nouveau village, répondit Onèan, nous comprenons parfaitement.
- Je vous remercie pour votre ouverture d’esprit.
Les aventuriers avaient compris que les habitants vivaient en état de guerre en permanence. Ils ne les appréciaient pas beaucoup du fait de leur race et de leur statut d’étranger parmi eux. Ils se présentèrent tous un par un, Layon garda en mémoire les noms pour ne pas les oublier.
- Dés demain, vous n’aurez plus besoin d’avoir peur de leurs regards, j’ai pu obtenir de mon père je vous serve de guide en direction de la frontière pour les patrouilles.
- Ton père ? Demanda Onèan.
- Oui, le chef Ryouk est mon père, je suis son deuxième fils.
Ils auraient du le comprendre en regardant son pelage, bien que plus clair, la couleur était sensiblement la même.
- Je ne pensais pas que nous aurions l’accord de quitter le village aussi rapidement, s’étonna l’écuyer.
- J’ai personnellement appuyé pour que vous puissiez partir au plus tôt, répondit Layon, j’ai fait comprendre à mon père qu’en vous éloignant du village, il évitera toutes les tensions possibles avec les habitants pour qu’ils s’habituent à votre présence.
- C’est bien trouvé, lança Anya, et en plus si nous permettons de protéger le clan avec notre patrouille, nous aurons leur reconnaissance et un peu leur confiance.
Le jeune koradji acquiesça de la tête.
- Où vas-tu nous emmener alors ? Demanda Yurda.
- Dans les collines au Nord Est des bois, c’est une zone proche de la passe entre la forêt et les montagnes. Il y a à cet endroit de fréquentes patrouilles humaines, nous n’aimons pas trop aller là bas à cause de cette proximité, alors nous voudrions profiter de votre présence pour s’en approcher avec une chance d’éviter le conflit ouvert.
- J’espère que nous pourrons quand même éviter les combats inutiles, lança Impa en pensant aux chevaliers de son ordre.
- Nous verrons ce que nous rencontrerons en chemin, je viendrais vous chercher demain avant l’aube.
- La patrouille prendra la journée, fit Onèan.
- Oui, et encore une petite chose, préparez vous tout de même en cas de combat, les humains ne sont pas les seuls dangers, les orcs et les barbares sont devenus particulièrement nombreux.
Les aventuriers saluèrent le guerrier koradji, ils devaient maintenant prendre du repos et préparer leurs armes. Les prochains jours risquaient d’être remplis de combats, le moindre temps de pause devait être pris sans attendre.
Le Nord de la forêt de Veraï était le prolongement de la grande chaîne de montagnes qui faisait office de frontière imprenable pour le Conglomérat. Les collines étaient parsemées de bois éparses et de zones de toundra, la région était dangereuse, hanté par les bandes d’orcs et de barbares Taugres. Les koradjis des Griffes Sombres menaient une guerre quotidienne dans ces bois pour empêcher les ennemis de parvenir au cœur de Veraï.
Les guerriers devaient aussi faire face aux patrouilles de soldats du Conglomérats qui venaient parfois ici. L’Inquisition y menait également des raids pour inspirer la peur aux peuples des bois. Pourtant jamais les koradjis ne relâchaient leur surveillance, les guerriers repoussant toutes les attaques sans jamais faiblir.
Layon repoussa une branche basse de la main, ses griffes en acier ne le gênaient pas pour faire les gestes du quotidien, comme une extension de son bras. Il se pencha pour regarder une trace sur le sol, il fit la moue, Karez se pencha à son tour au dessus de l’empreinte.
- C’est bien une bande d’orcs, mais alors pourquoi y a-t-il des pas humains qui les accompagnent ?
Le guerrier se releva.
- Depuis quelques temps, nous voyons des barbares avec les orcs, c’est très mauvais signe.
- Pour quelle raison ? Demanda Onèan qui vint à leur hauteur ?
- Les anciens nous ont affirmé que les seules fois où les deux races collaborent c’est quand ils préparent une grande offensive.
- Alors ces patouilles servent à trouver des preuves de cette attaque, comprit Yurda.
Layon hocha la tête.
- Mais nous devons nous rapprocher de la toundra, une zone à découvert et particulièrement dangereuse.
- Essayons de voir ce qui s’y passe en étant les plus discrets possible, commenta Lynaïs, soyons invisibles pour mieux surprendre nos ennemis.
Le groupe reprit sa progression sur les collines, ils marchaient avec le plus de précautions possibles, essayant de passer le maximum inaperçu. Ils continuèrent jusqu’à la butte suivante, au sommet de celle-ci, les aventuriers purent voir le panorama de la grande toundra du Nord. Un immense océan d’herbes hautes occupait tout l’espace devant eux, des bosquets épars étaient encore visibles de ci de là.
- C’est vraiment grand, fit Anya, j’en avais seulement entendu parler par mon oncle.
- Et encore, se n’est qu’une petite part visible, répondit Layon, je n’ai encore jamais poussé mes patrouilles jusque là, et je crois que nous sommes les premiers à venir aussi proche de la frontière.
- Nous sommes trop visibles de loin, intervint Karez, nous devrions redescendre.
L’elfe avait raison, ils se remirent en route jusqu’à un étroit sentier, le chemin était caillouteux et traître. Le guerrier des Griffes Sombres ouvrait la marche, indiquant la route qu’il fallait prendre.
Impa au milieu de la colonne marcha sur une pierre qui se déroba sous ses pas, les yeux écarquillés, le jeune homme glissa sur la pente raide, entraîné avec les éboulis sous les yeux impuissants de ses compagnons. L’écuyer disparut dans les fourrais en bas de la pente, à une centaine de mètres plus bas, ne donnant pas de signe de vie.
Karez voulut partir à sa suite sur la pente, mais Layon l’arrêta d’un cri.
- Il faut d’abord s’encorder, sinon tu subiras le même sort.
Le koradji accrocha solidement la corde à un piton rocheux, une fois bien assuré, l’elfe sauta sur la corde et descendit avec adresse en direction du bas de la pente. A son tour, Karez disparut dans les fourrais, le cachant à la vue des autres jeunes gens. Ils attendaient en silence et anxieux des nouvelles de leurs camarades.
Plusieurs à-coups sur la corde les rassurèrent sur la santé de leurs amis, mais apparemment l’elfe ne pouvait pas remonter seul Impa. Une nouvelle corde fut attachée sur un autre rocher, cette fois Onèan et Yurda descendirent pour prêter main forte au Karez. Ils passèrent les fourrais épais qui cachaient la vue, ils comprirent alors que la pente était bien plus longue qu’ils ne l’aurait cru. Les deux écuyers arrivèrent enfin en bas de la pente, contre le tronc d’un arbre, Impa retrouvait ses esprits, il était seul et il n’y avait pas trace de Karez.
- Tu n’es pas blessé, fit Onèan en s’agenouillant près de son compagnon.
- Non, pas mal de contusion et des coupures, répondit Impa, j’ai eu la présence d’esprit de me rouler sur moi-même.
- Où se trouve Karez ? Demanda Yurda en cherchant dans le bois devant eux, je ne le vois pas.
Le blessé hocha la tête.
- Il a entendu quelque chose et il est allé voir, dans cette direction.
Onèan et Yurda se regardèrent, puis le mage paladin plongea dans les arbustes denses dans la direction indiquée. Il avait retiré son casque en l’attachant dans son dos pour ne pas le gêner, Au bout de quelques minutes de progression, le jeune homme vit de la lumière indiquant la sortie du bois. Avant qu’il ait pu passer la tête hors de la végétation, la main de l’elfe l’arrêta soudainement en lui intimant le silence.
Karez lui désigna une trouée dans les fourrais pour qu’il voit à son tour le danger. Onèan écarquilla les yeux après quelques instants de recherche des yeux, non loin de là, sur un plateau dégagé, une troupe de guerrier attendait. Il y avait les hommes en noir de l’Inquisition, et un nombre à peu prés égal de guerriers habillés de fourrure. Onèan comprit à leurs tatouages tribaux et leurs longs cheveux qu’ils s’agissaient de barbares Taugres. Grands et musclés, ils portaient des armes lourdes telles que des claymores, des haches ou des marteaux de guerre.
Un homme habillé d’une toge noir observait le panorama avec une carte déployée devant lui, il faisait des annotations à l’aide d’une plume. Onèan comprit qu’il s’agissait d’un inquisiteur, mais pourquoi prenait il des notes ?
- Je vais chercher les autres, murmura le mage paladin, nous allons leur tendre une embuscade.
L’elfe hocha la tête, le jeune homme se retourna et fit le chemin en sens inverse le plus rapidement possible. De retour au pied du ravin, il mit au courant les deux écuyers qui comprirent la situation. Onèan appela leurs compagnons restés en haut pour leur dire de descendre, ils obéirent sans trop savoir pourquoi ils avaient besoin encore d’aide.
L’explication fit briller les yeux de Layon, il traça des sillons dans le sol.
- Il faut les attaquer, lança t’il avec de la haine dans la voix.
- Je suis d’accord, répondit le mage paladin, mais pas n’importe comment, ils sont plus nombreux que nous.
- Nous avons l’avantage de la surprise, fit Lynaïs, si les archers se postent en bonne position, nous pouvons éliminer rapidement la moitié du groupe.
Onèan acquiesça.
- Je compte bien sur cela, mais l’autre problème est l’Inquisiteur, je n’ai pas remarqué s’il était magicien ou pas.
Yurda fit un tracé sur le sol de la zone, il était le meilleur stratège du groupe et les autres lui faisaient confiance. Layon regarda la carte en faisant la moue, les Griffes Sombres ne s’embarrassaient pas de la stratégie.
- Les archers vont se mettre sur les cotés, commença l’écuyer, toi Lynaïs avec Karez à droite, Elifain à gauche. Au centre les guerriers, moi, Impa et Fared en premier ligne, Layon et Anya sur les flancs, votre agilité est un atout que nous devons utiliser à notre avantage.
Tout le monde hocha la tête, même le koradji qui commençait à comprendre tout le bénéfice d’un plan bien en place.
- Et moi ? Demanda Onèan.
Yurda désigna un point dans la troupe ennemi.
- Toi ton objectif, c’est l’inquisiteur, tu dois être le plus rapide possible pour l’empêcher d’utiliser sa magie sur nous.
- Je comprends mieux, vous m’ouvrez la voix et je l’élimine.
- C’est le but de l’attaque, répondit Yurda, tu dois absolument le bloquer, nous ne savons pas de quoi il est vraiment capable.
- Il ne vous touchera pas, je peux vous le certifier.
Les aventuriers entrèrent dans le bosquet et se mirent en position, Karez prit sa place au coté de Lynaïs, Elifain en fit autant à son poste. Une grande partie de la réussite de l’attaque dépendait des trois archers, leurs devaient être précis. Yurda regarda autour de lui, tout le monde était en place, l’ennemi n’avait pas bougé, l’inquisiteur prenant toujours des notes en tournant le dos aux bois.
Le jeune homme leva un bras et l’abaissa, donnant le signal de l’attaque aux archers. Ils bandèrent leurs arcs à l’unisson, les flèches magiques crépitèrent entre leurs doigts. Ils ajustèrent leur visée, prenant pour cible les groupes les plus compacts, et ils lâchèrent la corde libérant les projectiles.
L’attaque les prit totalement au dépourvu, trois barbares et deux soldats de l’Inquisition s’écroulèrent au sol d’un coup. Ils saisirent leurs armes cherchant un ennemi invisible au moment où les écuyers chargèrent en poussant des cris de guerres, le hurlement de Layon augmentant l’impact de l’assaut. Le choc fut d’une violence inouïe, les armes s’entrechoquant, les cris se mêlant aux râles d’agonie. Les flèches plurent de nouveau, toujours aussi précises, ne touchant pas leur alliés et créant la panique chez leurs ennemis.
Onèan, qui avait mis son heaume, se concentra sur le plan et chercha son objectif, l’inquisiteur faisait des gestes devant lui en regardant dans la direction des archers. Le mage paladin ne perdit pas un instant et laissa la magie l’envahir, la salamandre se métamorphosa à la pointe de son épée. Le jeune homme se jeta sur l’inquisiteur qui eut juste le temps d’éviter l’épée, il lança une boule de feu sur son agresseur. La salamandre forma un bouclier qui bloqua la déflagration.
L’homme s’était déjà relevé et lançait un nouveau sort, deux cônes de givres surgirent de ses mains. L’un percuta la salamandre qui poussa un cri de douleur en se redressant, l’autre frappa Onèan en pleine poitrine. Le jeune homme crut sa fin venu, mais l’armure encaissa le choc, il eut le souffle coupé quelques instants. Il reprit ses esprits chargea l’inquisiteur qui était surprit de voir son ennemi résister à l’attaque magique.
Le mage paladin donna plusieurs coups d’estoc devant lui, il frappa un mur invisible, son adversaire avait eut le temps de dresser un rempart invisible. Mais Onèan avait d’autre atout, la salamandre se dressa et passa par-dessus la protection, attaquant les yeux de l’Inquisiteur. L’homme poussa un cri de douleur en portant les mains à ses yeux. Le sort de protection disparut aussitôt, le mage paladin ne perdit pas un seul instant, il attaqua l’inquisiteur l’épée devant lui. Dans un dernier sursaut d’énergie, l’inquisiteur lança un éclair sans viser, il ne fit que frôler la cuisse du jeune homme. L’épée d’Onèan transperça de part en part l’inquisiteur qui mourut en quelques instants.
Il ne perdit pas un seul instant et se retourna pour prêter main forte à ses compagnons, mais il comprit que se n’était plus la peine. Les derniers barbares avaient préféré prendre la fuite, laissant à leur sort les hommes de l’Inquisition qui ne purent pas résister à l’assaut bien longtemps. Layon acheva le dernier adversaire en écartant ses griffes en acier devant lui, tranchant presque complètement la tête du soldat. Le koradji se redressa, la respiration haletante, près à en découdre à nouveau. Il se calma en voyant que tout était terminé, il essuya ses armes sur le cadavre devant lui sans aucun remord.
Onèan s’enquit de ses compagnons, l’attaque avait été si rapide qu’ils avaient réussit à battre leurs ennemis sans aucune perte ni aucun blessé grave. Yurda avait reçu un coup d’épée sur le bras, Anya était déjà occupée à le soigner, les autres vérifiés que tous étaient bien morts pour ne pas avoir de surprise.
- Un beau combat, fit Layon en arrivant à sa hauteur, nos ancêtres doivent être fier en nous observant.
Le mage paladin remit son épée au fourreau après l’avoir essuyé dans l’herbe.
- C’est une victoire en effet, je préfère me réjouir de voir qu’il n’y a pas de blessés dans nos rangs.
Karez était penché sur le cadavre de l’inquisiteur, il voulait savoir ce qu’il pouvait bien faire ici. Il prit la carte et regarda le même paysage que l’homme un peu plus tôt, ses yeux s’agrandirent de surprise. Il remarqua d’autres feuilles qu’il se mit à parcourir à une vitesse folle dans un bruit de papier froissé.
- Je crois que nous avons un très gros problème, lança t’il tout haut.
Les autres le regardèrent.
- Qu’y a-t-il ? Demanda Impa en se redressant pour lui faire face.
L’elfe se tourna vers ses compagnons.
- Si ce plan dit vrai, l’Inquisition a planifié un plan de grande envergure pour éliminer les koradjis des bois de Veraï par le biais des orcs et des Taugres.
Ils se figèrent, jamais ils n’auraient pu penser une chose pareille.
- Il faut porter cette nouvelle à mon père au plus vite, fit Layon.
- Attends, le coupa Karez, se n’est pas tout, pour s’assurer la loyauté des orcs et des barbares Taugres, ils vont les laisser envahir le Nord du Conglomérat sans réagir, ils leur ont donné les plans de la forteresse du Corbeau qui garde la passe menant au Conglomérat et le moyen de la faire tomber sans effort.
Onèan sentit la colère monter en lui.
- L’Inquisition a l’intention de sacrifier des milliers de gens pour se venger des koradjis, lança Lynaïs éberlué.
La salamandre apparut soudainement au dessus de la tête du mage paladin, elle brulait d’une intensité que ses amis n’avaient encore jamais vus. La tête de serpent émit un grondement sourd, né de la colère du jeune homme. Il leva la tête pour regarder ses compagnons.
- Jamais je ne les laisserais faire une telle horreur, je jure de les en empêcher !
Sa détermination était sans faille, la salamandre sifflait de colère et de rage, Onèan partait en guerre contre l’Inquisition toute entière.
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