Bonjour bonjour ^^
Le plan de l'Inquisition est maintenant connu d'Onèan et de ses compagnons. Ils sont horrifiés de voir ce qu'ils préparent réellement, le mage paladin retenant à peine sa colère.
Ils doivent retourner le plus vite possible pour prévenir les koradjis du danger qu'ils les guettent dans le Nord. Mais parviendront ils à leur ouvrir les yeux à temps ?
Bonne lecture ^^
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CHAPITRE 71
Le rassemblement des Clans
Onèan et ses compagnons revinrent au village fortifié du clan des Griffes Sombres avec deux fois moins de temps qu’à l’allée. Grâce à l’appui de Layon, ils purent se rendre directement auprès du chef du village.
Comme à ses habitudes, Ryouk s’entrainait avec les autres guerriers du clan, il entretenait sa forme physique pour être toujours prêt en cas d’attaque de la part de n’importe lequel de leur ennemi.
Ryouk accueillit l’arrivée précipitée de son jeune fils avec dédain, il le trouvait encore trop immature pour mériter tout son respect, pas comme son frère ainé.
- Ta patrouille ne devait pas durer encore plusieurs jours Layon ?
- Si père, mais nous avons découvert quelque chose de très important.
- De quoi parles-tu ?
Le jeune guerrier donna au chef la carte avec les annotations, le visage renfrogné du chef devint soudain plus sérieux. Il lut avec attention les commentaires, et regarda toutes les flèches et les directions notées. Ryouk releva la tête de sa lecture pour faire face à son jeune fils.
- A qui as-tu pris ces documents ?
- Une troupe de l’Inquisition, accompagné par des barbares Taugres.
- Ils semblent que l’Inquisition soit mêlée aux récents troubles qui menacent la frontière de la forêt, intervint Onèan.
Ryouk fixa le mage paladin.
- Comment pouvons-nous être sûrs qu’ils nous attaqueraient ? Il leur faudrait une armée pour vouloir nous anéantir, où est elle ?
- Elle doit être à la frontière entre la forêt et le bastion du Conglomérat, continua Onèan, c’est elle qui pourrait les menacer en premier, donc ils doivent l’éliminer immédiatement, comme cela est expliqué sur le plan.
Le chef des Griffes Sombres poussa un grognement d’énervement faisant reculer les jeunes gens, peu habitués au saut d’humeur du guerrier. Le grand koradji avait besoin de s’éclaircir les idées pour pouvoir se vider la tête.
Il se mit à réfléchir aux implications de ces découvertes, ces plans étaient une preuve que l’Inquisition préparait un sale coup, mais de là à imaginer une telle opération. Il finit par hocher la tête, il avait arrêté une première solution à ses interrogations.
- Ces documents sont très importants, merci de nous l’avoir amené sans délai, je vais réunir le conseil des anciens pour savoir ce que nous allons faire.
Ryouk se tourna vers les guerriers rassemblés avec lui.
- Portez la nouvelle dans tout le village et aux alentours, nous sommes en état d’alerte, que tout le monde se prépare au combat.
Les koradjis acquiescèrent et partir en courant donner les ordres avec promptitude. Ils vivaient dans un état de guerre permanent, et le reste du village serait au courant et déjà entrain de préparer les combats futurs.
- Layon, tu vas reconduire nos invités dans leur quartier, reposez vous et préparez vous pour la bataille. Tu me rejoindras après à la maison des Ancêtres.
- Oui père.
Le chef partit à son tour en direction de l’habitation fortifié sur la butte, le guerrier koradji obéit scrupuleusement à son père, conduisant les aventuriers dans leur maison. Malgré des protestations et des demandes, ils ne purent pas suivre Layon qui sortit. Karez jeta sa cape sur le sol en poussant un grognement dégouté.
- Nous arrivons à leur dénicher les cartes et les plans de l’ennemi et voilà comment ils nous remercient !
- Je n’aime pas non plus la réaction de leur chef, renchérit Anya.
- C’est simple, il ne nous fait pas encore confiance, fit Yurda, il a bien fallut un peu de temps pour toi aussi Onèan, non ?
Le jeune homme leva brusquement la tête.
- Oui, oui bien sûr, répondit le jeune homme qui tenait un parchemin.
Les autres regardèrent ce qu’il tenait et poussèrent une exclamation de surprise.
- Mais c’est la carte que nous avons amené ? S’écria Yurda.
Le mage paladin sourit.
- Je suis désolé de vous l’avoir caché, mais j’ai profité d’une pause pour en faire une copie rapide, je pensais bien qu’il ne nous laisserait pas la garder.
- Et bien, voilà une excellente idée, fit Lynaïs en se penchant vers le jeune homme, Ekart serait étonné.
- Oh non, répondit Onèan, il aurait eu l’idée bien avant moi.
Etalé sur le sol pour que tout le monde puisse le voir, les aventuriers se mirent à étudier le plan, regardant les directions notés par l’inquisiteur.
- La forteresse du Corbeau, c’est une place forte très importante dans le Nord, remarqua Yurda, elle contrôle la passe qui permet d’entrer dans le Conglomérat.
- Cette citadelle est si imposante qu'elle parait ? Demanda Karez.
- Je ne la connais pas vraiment, mais elle verrouille tout le secteur, elle est en première ligne contre les invasions venues du grand nord.
Onèan écarquilla les yeux.
- Mais Mel se trouve là bas !
Les autres le regardèrent sans trop comprendre, sauf Lynaïs qui réagit aussitôt.
- Mel Davard, ton amie écuyère de l’Académie.
- Oui elle-même, elle a été envoyé là bas pour la suite de son entrainement.
- Elle sera en première ligne, répondit Anya en désignant une flèche, avec ce qu’ils savent sur la citadelle, elle ne tiendra pas longtemps.
Le silence se fit dans l’assemblée, personne ne sachant quoi faire.
- Si seulement nous pouvions entrer dans la maison des ancêtres, lâcha Impa, nous pourrions au moins savoir ce qu’ils comptent faire.
Anya releva la tête soudainement.
- Il y a une personne qui peut sans mal nous y faire rentrer, et même participer au débat.
- De qui veux-tu parler ? Demanda Onèan.
- Noake évidemment, viens il faut lui demander.
La koradji obligea le mage paladin à se lever pour sortir, Lynaïs bondit à son tour en prenant l’autre bras du jeune homme.
- Je vous accompagne, nous n’avons plus de temps à perdre.
Les trois jeunes gens sortirent de la maison sous les regards amusés de leurs amis, Elifain ne put s’empêcher de rire.
- Je me demande si nous ne venons pas de voir le rapt d’Onèan sous nos yeux.
- Il me semblerait bien aussi, répondit Impa.
Karez se coucha alors sur son lit en soupirant.
- De toute façon, le héros c’est lui non ?
Les autres observèrent l’elfe avec des regards amusés.
- Comme nous n’avons plus rien à faire à part attendre, reprit Karez, je pense que nous devrions en profiter pour nous reposer.
- Toi, moins tu en fais mieux tu te portes, lança Elifain.
L’elfe se contenta pousser un soupir de dédain et se couvrit de sa couverture.
Pendant ce temps, les trois jeunes gens atteignirent les forges du village, le chef avait fait regrouper tous les ateliers au même endroit pour avoir un approvisionnement plus pratique. Les bruits des marteaux martelant l’acier étaient assourdissants. Les aventuriers n’eurent aucun mal à trouver le forgeron qu’il cherchait, Brom les accueillit avec le sourire.
- Vous êtes déjà de retour ?
- Oui, répondit rapidement Lynaïs, tu sais où se trouve Noake ?
- Il est là à coté.
Ils expliquèrent rapidement au koradji leur demande, il comprit que l’affaire était grave et qu’il valait mieux y assister. Noake laissa ses outils à la forge, laissant Brom continuer, puis il emmena directement les jeunes gens vers la maison des ancêtres. Le bâtiment était encore plus imposant vu de prêt, il rivalisait avec les grandes forteresses du Conglomérat. En cas de siège, il formait un ultime repli pour le village tout entier si besoin.
Le forgeron pénétra sans mal dans la maison des ancêtres malgré la présence des humains avec lui, son titre était le meilleur moyen pour entrer n’importe où. Il y avait foule dans la grande salle, le chef trônait au milieu, faisant force de voix pour imposer ses paroles sur celles des autres. Les anciens discutaient entre eux, apparemment le débat ne faisait que commencer.
Noake prit une place sur le coté, il voulait entendre ce qui se disait avant d’intervenir à son tour. Il voyait bien que la population était divisée, certains voulaient donner la châsse aux orcs et aux Taugres sans attendre. D’autres préféraient préconiser la prudence, ne sachant que peu de chose sur leur ennemi à part quelques vagues chiffres. Même si grâce aux documents il connaissait les plans de l’Inquisition, Ryouk ne voulait pas prendre la mauvaise décision pour son peuple.
Onèan murmura quelques mots à l’oreille du forgeron, qui hocha la tête. Le jeune homme avait raison, il était grand temps de remettre un peu d’ordre dans ce vacarme. Le koradji s’avança près de l’estrade et poussa un hurlement long et puissant, faisant taire toutes les disputes dans la grande salle. Ryouk regarda Noake avec un mélange de surprise et de colère d’avoir été interrompu de cette manière.
- Vous voulez intervenir Maître Noake peut être, lança t’il ironiquement et avec un agacement certain.
- Je te pris de m’excuser pour mon intervention un peu cavalière, mais je pense que la situation et assez grave pour éviter de tels débordements.
Le chef en avait bien conscience, il hocha la tête pour inviter le forgeron à poursuivre. Il était connu pour son caractère emporté mais il savait aussi faire preuve de calme quand la situation le demandait.
- J’ai été mis au courant il y a peu des dernières nouvelles, nous avons la chance de connaitre les plans de l’ennemi, il nous faut en profiter pour les contrecarrer.
- Il a raison, intervint un guerrier, nous devons les attaquer sans attendre.
Un brouhaha d’assentiment lui répondit, Ryouk ramena le silence d’un hurlement.
- Nous le savons bien, mais nous ne pouvons pas partir en guerre sans en savoir plus.
Noake acquiesça de la tête.
- Je suis tout à fait d’accord avec toi, chef Ryouk, le danger est bien trop grand pour l’affronter ainsi tête baissé. Ils comptent anéantir une forteresse puissante du Conglomérat, ils ont donc une armée suffisante pour mener à bien se projet.
Les anciens hochèrent de la tête en murmurant entre eux.
- Alors qu’as-tu en tête ? Demanda Ryouk.
- Nous devrions rassembler tous les clans, et le faire maintenant, nous n’avons que très peu de temps devant nous.
Le silence se fit dans la maison des ancêtres, le forgeron venait de proposer une chose qui ne s’était pas vu depuis des dizaines d’années, peut être même un siècle. Le chef des Griffes Sombres était incrédule, il ne pensait pas en venir à de telle extrémité.
- Noake, pourquoi penses tu que nous devrions réunir les clans ? Demanda l’un des anciens.
- Pour la même raison qu’ils seraient capable d’anéantir une forteresse, les guerriers des Griffes Sombres sont puissants, mais si l’ennemi est trop nombreux, ils ne gagneront pas. De plus, ils ne veulent pas détruire un clan, mais tous les clans vivants dans la forêt, si nous intervenons ensemble, nous pourront aisément les repousser, et gagner cette bataille.
Tout le monde se mit à parler ensemble, les koradjis des Griffes Sombres étaient connus pour leur individualisme. Ils portaient secours sans hésiter aux autres clans mais ils ne supportaient pas de demander de l’aide dans un combat.
Ryouk s’étaient tournés vers les membres du conseil du village, les anciens étaient pour lui une source d’expérience presque inépuisable, il se portait très souvent sur leur avis. Tous anciens combattants de grande valeur, ils avaient mainte fois pris les armes pour défendre leur terre et leur famille contre toutes les menaces extérieures.
- Maître Noake n’a pas tord, fit l’un deux.
- Mais nous nous sommes toujours débrouillés jusqu’à maintenant, lança un deuxième, nous sommes puissants, nos guerriers les massacrerons tous.
- Au prix de combien de perte ? Lança le premier. L’Inquisition cherche à éliminer deux problèmes à la fois avec une seule attaque.
- Il a raison, renchérit un troisième, ils se jetteront sur le peuple survivant pour les massacrer. Nous pouvons gagner cette bataille, mais combien de braves y laisseront la vie ?
Ryouk n’aimait pas demander de l’aide, c’était une marque de faiblesse, et les Griffes Sombres n’étaient pas des faibles. Il serra les poings de colère, pourtant les anciens avaient les bons arguments, à quoi servait une victoire si trop de guerriers mourraient pour elle ? Sans les chasseurs, la nourriture se ferait rare pour les familles restées derrière.
- Combien de temps nous reste-t-il selon les documents pris à l’ennemi ?
- Dix jours, surement moins, répondit l’un des anciens.
- Si nous envoyons les messages grâce à la magie des shamans, pensez vous qu’il est possible de tous les réunir ?
Les anciens se consultèrent.
- Oui, des troupes de guerriers iront toujours plus vite si un grand danger menace.
Le chef avait pris sa décision, elle lui coutait mais il n’avait pas vraiment le choix, et encore moins la liberté d’attendre plus longtemps. Il ramena de nouveau le calme dans la maison des ancêtres, les guerriers et les spectateurs étaient pendus à ses lèvres.
- Peuple des Griffes Sombres, avec l’aide du conseil des anciens, j’ai pu trouver une solution. Bien que nous soyons puissants, ce n’est pas seulement notre territoire mais tout le bois qui est menacé. En conséquence, je vais faire envoyer des messages dans chaque clan qui existe par le biais des shamans, pour contrer la menace je décide de faire appel au rassemblement des Clans de la forêt de Veraï.
Les koradjis poussèrent des hurlements guerriers pour ponctuer la déclaration de leur chef, qu’ils soient pour ou contre, une grande bataille s’annonçait pour le clan, l’essence même de la vie des Griffes Sombres.
Contre un pilier de la salle les trois jeunes gens se tenaient serrés derrière Noake pour ne pas se faire trop remarquer. Onèan souriait, la décision de faire appel à tous les clans de la forêt était pour lui la meilleure qu’il puisse y avoir.
- Je n’arrive pas à le croire, tous les clans réunis, fit Anya incrédule.
- Se n’était jamais arrivé ? Demanda Lynaïs.
- Si bien sûr, répondit la jeune fille, mais il y a très longtemps, c’est exceptionnel.
- En effet, intervint Noake, c’est rare d’assister à un rassemblement de Clans, mais c’est aussi l’annonce de combats terribles.
Les deux jeunes filles acquiescèrent.
- Alors nous devons aussi nous préparer au pire, lança Onèan d’une voix ferme.
Le mage paladin savait qu’il avait là l’occasion de venger son père et les milliers d’innocents mort par la faute de l’Inquisition. Il mettrait toutes ses forces et toute sa magie pour empêcher le désastre de frapper ses terres.
Oroky était dans sa cabane redevenu enfin silencieuse, sans la présence des jeunes gens elle avait aussi repris son aspect désordonné, le vieux shaman n’était pas un grand amateur du rangement. Il était penché sur sa table, il avait enfin trouvé la dose exacte d’alcool de levure pour créer la bière parfaite.
Sous un petit trépied en acier, sa préparation bouillait dans un alambic, il prit une cuillère et versa lentement son contenu. Le koradji avait besoin de toute sa dextérité et de toute sa concentration pour ne pas rater son expérience. Des jours de recherches pouvaient être réduits à néant par l’arrivée intempestive d’un visiteur. Il avait d’ailleurs fait en sorte que tout le monde le croit parti en forêt pour avoir la paix.
Il ne manquait plus que quelques grammes, quand surgissant de nulle part, un oiseau lumineux apparut sous son nez. Surpris, il lâcha la cuillère qui déversa d’un seul coup son contenu dans l’alambic bouillant. Le flacon explosa, envoyant des morceaux de verres et des gouttes brulantes d’alcool dans toute la pièce. Une épaisse fumée noire jaillissait de la porte et de la fenêtre de sa hutte, le shaman en sortit, couvert de poussière et d’alcool.
Oroky toussa de plus belle en cherchant sa respiration, des habitants proches accoururent pour lui prêter main forte. Le shaman les envoya balader en poussant des jurons qui fit pâlir les koradjis de peur. Le vieil homme saisit le message magique d’une main énervée.
- Je te jure Sekti, si c’est encore une de tes blagues, tu vas me le payer !
Il se mit à lire le message, son visage changea du tout au tout, passant de la fureur à la surprise, puis à un étrange sérieux.
- Il fallait que cela arrive, fit le shaman, mais bon je l’avais prévu, ils ne pourront plus me prendre pour un fou au conseil.
Sans prendre le temps de se laver pour retirer l’odeur d’alcool qu’il transportait avec lui, le vieil homme courut en direction de la maison de Korahyn. Les guerriers devaient être prêts le plus rapidement possible.
Au pied de la grande cascade, le clan voyait les jours passer, immuables et semblables les uns après les autres. Miko soupirait à pierre fendre, tous ses amis étaient maintenant partis et les journées lui paraissaient bien longues. Les potions qu’elles réalisaient ne l’amusaient plus vraiment, elle avait pourtant un travail à rendre à Terla pour son apprentissage de shaman.
Son maître était dans la même pièce, silencieuse, la koradji étudiait un vieux texte pour préparer un remède. Un de ses patients semblait s’être empoisonné avec une plante mais elle n’en était pas encore persuadée.
Soudainement, un message magique apparut sur sa table, un peu surprise, Terla le saisit délicatement. Derrière elle, le petit oiseau lumineux n’avait pas échappé à l’attention de Miko. Elle était heureuse, voilà enfin quelque chose qui changeait de son ordinaire morne et triste de ces derniers temps.
- Qu’est ce que s’est Maitresse Terla ? Un petit mot d’un soupirant ?
La jeune fille gloussa.
- Rien de tout cela Miko, c’est plutôt un message qui va bouleverser la forêt toute entière au-delà de ce que tu peux imaginer.
La jeune koradji regarda la shaman incrédule.
- Je dois me rendre immédiatement auprès de Merkla, une fois que tu auras terminé cette potion, je veux que tu prépares le plus de baume de soin possible, va en forêt pour me chercher les herbes qu’il faut.
L’apprentie acquiesça de la tête.
- Maîtresse Terla, qu’est ce qu’il annonce le message ?
Connaissant la curiosité de son élève, elle préféra le lui révéler pour qu’elle se mette au travail rapidement.
- Un rassemblement des Clans a été demandé par le clan des Griffes Sombres, une grande bataille s’annonce, nous aurons besoin de beaucoup de potions de soin.
Miko regarda sa maitresse partir, elle se mit alors à sourire malgré l’urgence de sa mission. Elle allait pouvoir revoir tous ses amis. Sifflotant, elle se remit au travail de plus belle, elle avait beaucoup de chose à préparer.
En quelques jours, la plaine autour du village du clan des Griffes Sombres se mua en un immense campement. A chaque nouveau clan qui arrivait en provenance du Sud, de nouvelles tentes étaient montées. Après six jours d’attente, l’ensemble des clans des koradjis était enfin réuni sous la même bannière.
Depuis la haute tour de surveillance de la maison des ancêtres, les vigies pouvaient observer tous les blasons représentant les clans. Il y avait d’abord ceux du Nord, les voisins des Griffes Sombres, le clan des Marche-Nuit connu pour leur vue parfaite la nuit, et le clan des Crocs d’Acier, connu pour leur maîtrise du combat sans arme.
Ensuite, venait les clans de l’Ouest, le clan des Flèches Sûres, les meilleurs archers, le clan des Saules, le clan des Eperviers, qui vivaient perchés dans les arbres, et le clan des Ormes blancs.
Il y avait les clans de l’Est, le clan des Chênes Noirs, le clan des Ours Tonnerres et le clan des Collines Rouges, pour la terre rouge qui ressortait par des veines du sol.
Enfin pour terminer, les quatre derniers clans du Sud, le clan de la Grande Cascade, le clan des Grottes Dorées, le clan des Eaux Blanches et le clan des Porteurs de Foudre, nom donné en l’honneur du créateur de ce clan qui était connu pour frapper ses ennemis aussi rapidement que la foudre du ciel.
Avec l’arrivée du clan des Grottes Dorées, le plus éloigné, le chef Ryouk avait décidé de faire une grande réunion pour préparer le combat. Les grandes décisions pour la bataille allaient être prises en ce lieu.
L’imposant chef des Griffes Sombres se dressa de toute sa hauteur, il était entouré des anciens de son clan pour l’épauler. Devant lui, les onze autres clans formaient de petits groupes distincts, des spectateurs avaient pu rentrer derrière eux pour assister au débat. Onèan, Anya et Lynaïs en faisaient partie, le jeune homme voulait assister ces débats pour connaitre la date du début du combat.
- Merci à vous tous, chefs de tous les clans de la forêt de Veraï pour avoir répondu à notre requête. Comme vous l’avez compris, une grande menace plane sur nos terres, dont les instigateurs ne sont autres que l’Inquisition.
Des grognements de dégouts lui répondirent, les koradjis avaient tous les mêmes ennemis, et l’Inquisition était le pire.
- Grâce à l’une de nos patrouilles, nous avons pu mettre la main sur le plan de l’ennemi, ils comptent attaquer la forteresse des humains du Conglomérat en premier pour ne pas craindre d’attaque à revers sacrifiant du même coup l’un des seuls remparts de défense qu’ils possèdent. Puis ils ravageront le Nord pour mieux ensuite plonger sur la forêt par l’Est, la zone la plus propice aux attaques. L’Inquisition veut nous anéantir tous, en utilisant les orcs et les Taugres.
Un koradji se leva parmi les chefs.
- Gregan, chef des Ormes Blancs, pourquoi nous inquiéter de cette attaque si l’Inquisition a décidé de commencer par la forteresse des humains ?
- Nous pourrions en effet penser qu’ils s’entretueront, répondit Ryouk, mais dans leur perfidie, l’Inquisition n’a pas hésité à vendre leur forteresse en leur permettant de la faire tomber sans combat. Il ne faut donc pas compter sur cette option.
- Korahyn, des Chênes Noirs, si nous ne faisons rien pour les arrêter avant qu’ils passent dans le Conglomérat, les clans de l’Est seront les premiers à en pâtir !
Les autres chefs de clans de la même zone géographique acquiescèrent à leur tour.
- C’est aussi pour ça que nous devons maintenant prendre une décision, lança Ryouk, devons nous les attaquer maintenant alors qu’ils ne se doutent pas de notre approche !
Les koradjis présents murmurèrent entre eux, la perspective d’une bataille n’était pas toujours pour leur plaire. Un nouveau chef se leva, il était plus âgé que les autres, en plus d’être le dirigeant de son clan, il était un shaman respecté.
- Lhan, du clan des Porteurs de Foudre, connaissons nous la taille de cette armée ?
- J’ai envoyé des patrouilles le plus près possible de la frontière, l’une d’entre elle n’est jamais revenue, ceux qui ont pu parvenir jusqu’aux collines du Nord ont relevé des milliers de traces et des feux de camp. Nous pouvons compter sur plusieurs milliers d’orcs et de barbares, nous ne pouvons pas être plus précis.
Un autre chef se leva.
- Uran des Crocs d’Acier, mes guerriers sont prêts à se battre contre nos ennemis, peu importe le nombre, ils ne pourront pas nous résister.
- Merci pour votre participation aussi active, chef Uran.
Les deux clans étaient des alliés de longues dates, la réaction du chef des Crocs d’Acier était attendue.
- Merkla, du clan de la Grande Cascade, nous avons une armée puissante qui peut rivaliser avec celle de notre ennemi, avec une stratégie appropriée nous pouvons remporter la victoire. Ils ne s’attendent pas à une attaque venant de la forêt, c’est là qu’est notre avantage.
Les autres chefs hochèrent la tête.
- Ryouk, toi qui connais la zone, où se trouve la meilleure zone où nous pourrons les surprendre, demanda Lhan.
Le chef des Griffes Sombres savait très bien où ils avaient le meilleur endroit.
- Juste avant la passe qui mène au Conglomérat, il y a une zone semi boisée qui est parfaite pour nos guerriers.
Les koradjis hochèrent la tête, l’avantage de leur peuple était la forêt, sous la protection des arbres ils pourraient battre leur ennemi plus facilement. Il ne restait plus qu’une seule chose à faire avant de clore cette assemblée.
- Chefs de clan, lança Ryouk, que ceux pour l’attaque dans le Nord lèvent la main.
Tous les koradjis levèrent le bras, ils savaient très bien que seul un peuple soudé pouvait parvenir à vaincre la menace.
- C’est à l’unanimité que je déclare prise la décision de passer à l’attaque sur le champ, notre armée partira demain à l’aube pour rallier la frontière du Nord.
Des applaudissements retentirent tandis que les chefs s’étaient tous redresser, le rassemblement des Clans allait se mettre en marche.
Après l’annonce faite à la maison des ancêtres, chaque habitation du village bruissait d’une activité intense. Dans chaque foyer, les guerriers s’apprêtaient à partir au combat, et les adieux à la famille étaient parfois remplis d’une grande émotion.
Les forges étaient en pleine activité, malgré l’heure tardive, les artisans fabriquaient des armes jusqu’au bout pour les besoins des guerriers. Brom ne faisait pas exception, il avait décidé de prendre part au combat au coté de ses compagnons. La barre de fer que son père lui avait légué allait de nouveau fendre l’air entre ses mains, et cette fois il serait au coté de Onèan, Lynaïs et tous les autres.
Le jeune homme se tenait au dessus de son enclume, tenant à l’aide d’une tenaille une des griffes en acier de l’arme des koradjis. De l’autre, il portait un marteau de forgeron, plus léger que celui qu’il maniait habituellement. Il fixa la pièce et se concentra sur elle comme lui avait apprit Noake. Il devait visualiser l’intérieur de l’objet pour découvrir d’instinct les imperfections, lui qui avait tant de mal à se concentrer, maintenant l’exercice était devenu presque simple.
Brom découvrit ce qu’il cherchait, il leva son marteau et frappa plusieurs coups puissants sur la griffe. Il recommença l’opération plusieurs fois, de la sueur perlait sur son front causé par ses efforts de réflexion. Enfin, après avoir abattu une dernière fois son marteau, il hocha la tête satisfait de son ouvrage.
Noake se tenait non loin de lui, il avait fait une pause pour voir son élève travailler, il avait énormément progressé et surtout il avait un œil sûr dans ses choix. Il s’avança près du jeune homme et saisit la pièce à l’aide d’une tenaille. Il l’observa quelques instants, puis il la plongea lui-même dans un saut d’eau proche. De la vapeur s’éleva quand le matériau brulant fut en contact avec le liquide.
- Une belle lame, fit le forgeron en la sortant du saut d’eau.
- Merci, répondit Brom souriant.
- Tu manques encore de rapidité, mais tes gestes sont bien assurés, avec un peu plus d’entraînement, tu devrais être capable de créer des armes encore plus belles.
- Je n’avais pas l’habitude de me concentrer autant pour manier mon marteau.
Noake se mit à rire.
- Tu n’es pas obligé de le faire constamment tu sais.
Le koradji donna la lame refroidit à son élève.
- Aiguise la lame et tu pourras aller te reposer, demain tu auras besoin de tes forces pour partir au combat.
Le jeune homme hocha la tête et s’installa sur la pierre à aiguiser. Il actionna une pédale du pied et elle se mit à tourner permettant au forgeron de travailler sans peine. Brom remarqua alors pour la première fois Elifain qui le regardait travailler. Elle était assise sur une pierre contre un muret, la tête dans ses mains, les coudes appuyés sur les genoux. Le visage de l’elfe semblait encore plus doux à la lueur des flammes bondissantes des foyers.
- Tu es là depuis longtemps ? Demanda Brom.
- Depuis quelques temps, tu ne m’avais pas vu et je ne voulais pas te déranger en te prévenant de ma présence.
Le jeune homme pencha la tête.
- Pourquoi viens tu aussi souvent me voir ? C’est si passionnant de me voir travailler.
La jeune fille se redressa en affichant un grand sourire.
- J’adore venir te voir, les étincelles qui volent, les coups de marteau sur l’enclume assourdissant. Tu ne veux pas que je reste ?
L’elfe perdit son beau sourire, inquiète. Le jeune homme s’empressa de se rattraper pour effacer la tristesse naissante da ns ses beaux yeux.
- Non surtout pas ! Tu ne me gènes pas, je suis surpris seulement, mon travail est bruyant et très salissant.
Le jeune homme était torse nu, le corps couvert de suie et de poussière, il ne devait pas être beau à voir.
- Ce n’est pas bien grave je trouve, en plus comme ça je pourrais rentrer avec toi, tu ne seras pas seul comme cela.
Brom rougit et baissa la tête pour ne pas qu’elle s’en aperçoive, il se remit alors au travail, espérant intérieurement avoir très rapidement terminé d’aiguiser cette lame.
Dans le village en pleine activité malgré l’heure tardive, des voix s’échappaient d’une petite maison où logeait habituellement les invités venus de l’extérieur. Dans la pièce commune Impa et Karez se disputaient sur un nouveau sujet, l’habitude faisant, Fared avait préféré grimper dans son lit à l’étage pour dormir le plus possible avant le départ demain.
L’elfe se tenait assis contre un mur, les bras croisés, il aurait été le premier à dormir si ses nerfs le lui permettaient. Il n’avait rien dit aux autres, mais il appréhendait la bataille, il ne voulait surtout pas que ses compagnons le sachent pour éviter les moqueries. Il profitait de la présence d’Impa pour aller de dispute en dispute, pour penser à autre chose.
L’écuyer était installé de l’autre coté du feu, en face de l’elfe, il fumait une pipe, ayant prit cette habitude auprès des guerriers koradjis. Le jeune homme faisait en sorte de sortir pour ne pas déranger les autres, mais avec la nuit chaude et bruyante les portes et les fenêtres étaient ouvertes, permettant à la fumée de s’échapper.
Impa tira une nouvelle bouffée, le silence qui régnait dans la maison était presque surnaturelle en comparaison du reste du village. L’écuyer observait son camarade devant lui, il voyait bien qu’il était nerveux, tout comme lui, mais avec son caractère l’archer n’allait pas le dire préférant ruminer dans son coin. Le jeune homme devait prendre les devants pour aider son ami perdu dans ses pensées.
- J’appréhende la bataille qui approche, même si j’ai déjà participé à des combats j’ai du mal à imaginer ce qui va se passer.
Karez releva la tête dans sa direction.
- Je sais que toi au contraire tu es calme et posé, comme à ton habitude, reprit Impa, je t’envie.
L’écuyer tira une bouffée de sa pipe, l’archer esquissa un petit sourire.
- Sans vouloir te contredire, mais moi aussi ce combat m’effraie un peu.
- Je n’aurais pas cru !
Le ton du jeune homme était clairement badin, l’archer s’apprêta à lancer une réponse cinglante, mais il comprit en voyant le visage de son compagnon qu’il ne se moquait pas de lui. Karez soupira.
- Et voilà qu’un humain me prend à défaut.
- Nous avons tous nos mauvais moments tu sais.
L’elfe ne put s’empêcher de sourire malgré tout.
- Tu vas faire quoi après la bataille, si nous étions libres de nos mouvements ? Demanda Impa.
- Je ne sais pas, avoua Karez, peut être que je retournerais chez moi pour revoir ma famille.
- Je me demande à quoi ressemble un village elfe ?
L’archer regarda l’écuyer, il avait un léger sourire aux lèvres.
- Tu voudrais que je t’y emmène ?
- Oui, j’aimerais la visiter, et voir ce que cela fait d’être le seul humain au milieu des elfes et prendre un peu ta place.
Les deux jeunes gens rirent, un peu de détente faisait le plus grand bien.
- Alors pourquoi pas, lança Karez, mais attention il faudra m’écouter.
- A vos ordres chef, ironisa le jeune homme.
L’elfe se mit à grommeler sous les rires moqueurs d’Impa, l’archer ne s’était même pas aperçu que ces peurs s’étaient apaisées. Les deux jeunes gens poursuivirent leur dispute bonne enfant sans se soucier du reste.
Yurda marchait seul dans les rues de la cité, il avait besoin de faire le point avec lui-même à la veille du départ. Il avait tout abandonné pour suivre la piste d’Onèan et maintenant il allait se battre dans un combat épique qui entrainerait tout un peuple. L’écuyer avait un peu de difficulté à se rendre compte de cette dimension que le dépassait.
Le jeune homme tomba alors sur un autel en pierre, il était sculpté avec soin, représentant des êtres semblables aux koradjis. De leurs mains jaillissaient de la lumière qui s’envolait vers le ciel en tourbillonnant. L’endroit était bien entretenu, des arbustes taillés avec attention, de l’herbe verte coupée. Deux bancs en pierre permettaient aux gens de s’assoir non loin de l’autel, un espace de calme et de repos.
Yurda appréciait la sérénité des lieux, elle contrastait l’austérité affichée des koradjis du Nord si prompte à se battre. Tout à sa contemplation, il ne vit pas approcher une ombre dans son dos qui se faufiler jusqu’à lui.
- C’est un Autel du Souvenir, il nous permet de communiquer avec nos disparus.
Yurda fit un bond sur place en posant sa main sur la garde de son épée, il vit alors Miko qui se tordait de rire en le regardant. Le jeune homme s’empourpra et se redressa pour tenter de conserver un peu de contenance.
- Tu aurais pu me dire que tu étais là, j’aurais pu te blesser.
- Oui évidemment, répondit la koradji qui essuyait une larme au coin de ses yeux.
La jeune fille reprit son calme et sourit.
- Je suis désolée, je ne voulais pas te mettre dans cet état.
Le jeune homme hocha la tête, il changea de sujet pour faire oublier sa péripétie.
- Tu me disais que c’était l’Autel du Souvenir ?
- Oui, répondit Miko, la coutume veut que nous brulions nos mort et que leurs cendres soient dispersées dans la forêt. Alors pour nous souvenir de ceux qui ne sont plus, un autel comme celui-ci est dressé pour ne jamais les oublier.
- Je peux approcher ?
- Oui bien sûr.
Elle lui prit la main pour qu’il vienne s’assoir sur le bac à ses cotés, Yurda devint silencieux en regardant l’autel. La koradji se demanda à quoi il pensait, il avait l’air si triste et si songeur, elle prit alors la parole.
- Quand j’ai le temps je viens voir l’Autel à mon village pour parler à ma mère.
L’écuyer se tourna vers Miko qui poursuivit.
- Ma mère est morte de maladie, nos shamans n’ont pas pu la sauver, j’étais jeune et je n’ai pas pu bien la connaitre.
- Je suis désolé.
La koradji sourit.
- Ce n’est rien, je m’y suis habituée, et puis je peux lui parler quand je le désire. Et toi, qui as-tu perdu ?
La jeune fille avait vu juste, Yurda se confia.
- Mon père est mort lors d’une grande bataille contre une invasion d’orcs, nous laissant ma mère, mon frère, ma sœur et moi seul.
- Ton père est mort non loin d’ici ?
- Oui, il faisait parti d’une armée pour renforcer la forteresse du Corbeau, lors d’une autre grande invasion.
- Tu n’as rien dit aux autres quand tu as entendu le nom de la citadelle.
Yurda fit un petit sourire.
- Je ne suis pas une personne particulièrement extensive, je garde mes sentiments en mon fort intérieur.
Miko prit sa main dans la sienne avec une grande délicatesse.
- Tu as l’occasion de lui parler, tu devrais en profiter.
- Pour lui dire quoi ? Que je vais répéter la bêtise qu’il a faite en laissant ma mère, mon frère et ma sœur seuls ?
- Non, pour lui dire qu’il te manque, et je suis sûr qu’il sera à tes côtés pour se battre contre les orcs.
Yurda regarda avec étonnement la jeune fille, elle venait de le surprendre en lui disant ses paroles. Pourtant elle avait raison, il ne devait pas rejeter des fautes sur celui qui n’était plus, le jeune homme avait fait un choix et il s’y tiendrait. Il regarda l’Autel et adressa une excuse muette à son père, qu’il l’entende ou pas, son cœur en était apaisé.
Miko avait gardé la main de l’humain dans la sienne, elle se tourna alors face à lui. La koradji embrassa soudainement Yurda sans que celui-ci n’ait le temps de l’esquiver. Au bout de quelques instants d’un baiser fougueux, elle se recula rapidement et elle bondit du banc où elle s’était assise avec lui.
- Je te souhaite bonne chance de tout mon cœur, lança Miko, je serais à l’arrière avec les shamans pour soigner les blessés, j’espère qu’aucun d’entre vous ne viendra me voir, et surtout pas toi.
Miko disparut aussi vite qu’elle était apparue, laissant Yurda les yeux écarquillés. Le jeune homme se relâcha et laissa son regard se porter vers l’Autel.
- Je ne sais pas si j’ai fais le bon choix papa et seul le temps me le dira, lança le jeune homme tout haut, pourtant je ne regrette rien et j’irais de l’avant comme tu l’as fait.
Yurda sourit alors.
- Mais dieu qu’elle embrasse bien !
Dans une petite cabane en bois à l’extérieur du village, Onèan avait établi une petite grange pour y mettre son cheval. Les koradjis n’utilisaient pas de chevaux pour se déplacer ou se battre, ils n’avaient donc pas prévu d’endroit pour s’occuper d’eux. Avec l’aide de Layon, le fils cadet du chef Ryouk des Griffes Sombres, il avait pu monter une petite grange dans un vieux bâtiment désaffecté un endroit calme pour que sa monture se sente bien.
Un lit de d’herbe fraiche était disposé sur le sol, un abreuvoir avec de l’eau pure était tout le temps à sa disposition. Des barrières avaient même été montées pour que le cheval puisse avoir de l’espace pour se nourrir et pour galoper. L’écuyer profitait de cette soirée pour s’occuper de sa monture, il ne sait pas si après il en aurait encore le temps.
Le jeune homme avait vérifié chaque fer pour voir leur état, Brom aurait pu lui en fabriquer des neufs au cas où mais se n’était pas la peine. La robe du cheval était brillante, la monture respirait la santé, son maître était très fier de la beauté de l’animal. Il terminait de brosser la croupe du cheval avant de retourner à la maison retrouver ses compagnons.
Onèan remit la brosse dans un des sacs de selles, Sir Nartero avait pensé à mettre tout le nécessaire à l’intérieur en remettant le cheval à ses amis. Il espérait revoir son tuteur pour le remercier de son aide, mais rien ne disait qu’il était encore en vie. Cette pensée lui serra le cœur, combien d’amis perdrait-il encore à cause de l’Inquisition ?
Des pas approchèrent dans l’herbe haute, Onèan sortit de la grange improvisée pour voir arriver Lynaïs et Anya. Elles le saluèrent en arrivant, un grand sourire affiché sur leurs visages, si différents et si semblables à la fois.
- Vous êtes venues me chercher jusqu’ici ?
- Nous voulions te donner un cadeau, répondit la koradji en lui tendant un paquet.
- Un cadeau ? En quel honneur ?
Lynaïs sauta par-dessus la barrière pour entrer dans l’enclos et elle prit la parole à son tour sur un ton détaché.
- Une idée que nous avons eu toutes les deux, Elifain nous a aidées également.
Voyant qu’il ne bougeait toujours pas, elle reprit en le fixant.
- Alors tu l’ouvres ?
- Oui, oui, tout de suite.
Onèan défit le paquet et il découvrit une grande pièce de tissu épais avec des dessins cousus de dessus. En observant mieux, le jeune homme découvrit alors qu’ils représentaient des salamandres identiques à ceux de son tabard.
- Mais c’est pour couvrir mon cheval !
Les deux jeunes filles sourirent.
- Merci beaucoup, lança Onèan, vous voulez bien m’aider à lui mettre.
A trois, ils disposèrent la grande couverture sur la monture du jeune homme qui se laissa faire. Elle était blanche avec des bords rouge et orange en forme de flammes, les salamandres étaient cousues de manière à être vu même avec la selle. Les jeunes filles avaient même pensé à faire une cagoule au cheval de la même couleur que la couverture.
- Voilà, lança Lynaïs, maintenant tu ressembles vraiment à un chevalier.
- C’est vraiment trop, merci.
Le jeune homme les prit toutes les deux dans ses bras, faisant rougir la jeune humaine qui ne s’attendait pas à cela. Il le relâcha et se tourna vers sa monture, elle était vraiment magnifique, assortie à son cavalier.
- Vous avez du passer beaucoup de temps pour la confectionner.
- Pas tant que ça, nous étions trois, répondit Anya, Elifain est très adroite et que dire de Lynaïs, c’est elle qui a reproduit les salamandres.
- Je n’ai aucun mérite, mes parents sont tisserands.
Le jeune homme enleva la couverture, il la laisserait pour le moment à l’abri dans une sacoche de selle. Le mage paladin se promit de la sortir pour la grande bataille, les deux jeunes filles l’aidèrent à la replier. Une fois terminé, ils sortirent tous trois de l’enclos, Onèan leur proposa de marcher un peu, il n’avait pas vraiment sommeil et elles non plus.
Les jeunes gens s’assirent sur une butte herbeuse, la nuit était étoilée et une légère brise venait soulever l’herbe de la plaine. Les branches des arbres se mirent à danser sous les rafales du vent. Onèan soupira en s’appuyant que ses genoux repliés devant lui, Anya le regarda.
- Que t’arrive-t-il, ça ne va pas ?
- Je ne sais pas, je sais que nous sommes à l’aube d’une grande bataille, mais je n’arrive pas à m’enlever de la tête de mauvais pressentiments.
- C’est nous les filles qui devons avoir de l’instinct, pas les hommes, je me trompe, intervint Lynaïs.
- Je suis tout à fait d’accord, renchérit la koradji.
- Evidemment, à un contre deux, je ne fais pas le poids.
Elles se mirent à rire aux dépends de leur compagnon, Anya glissa sa main dans celle de son amant.
- Tu ne devrais pas avoir si peur, il ne nous arrivera rien, tant que nous restons ensemble.
- Elle a raison, répondit Lynaïs.
La jeune fille vit alors la main d’Onèan, elle aurait voulu la prendre aussi, mais dans ses circonstances, elle trouvait cela un peu gênant. Remarquant l’hésitation de Lynaïs, Anya lui fit un signe de tête pour lui dire qu’elle n’était pas jalouse.
L’archère lui adressa un sourire de reconnaissance et saisit à son tour la main d’Onèan dans la sienne. L’écuyer regarda son amie surpris.
- Nous sommes ensembles, reprit Lynaïs, nous nous protégerons mutuellement.
Le jeune homme sera les deux mains dans les siennes et les rapprocha pour qu’elles soient toutes en contact.
- Vous avez raison, nous sommes ensembles.
Onèan sourit en fermant les yeux pour laisser le vent lui caresser le visage, les deux jeunes filles posèrent chacune leur tête sur l’épaule du jeune homme. Elles fermèrent leurs yeux à leur tour pour faire durer le plus longtemps possible cet instant. Le vent continua sa course entre les branches des arbres proches, immuable et éternel.
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