Bonjour à vous, vois la deuxième partie d'Océan, nous avons quitté le bateau au retour de Calasta, une nouvelle campagne s'apprête à débuter pour l'Aurore Boréale.
Je vous invite à lire les premiers chapitres pour mieux comprendre les personnages et les intrigues ^^
Bonne lecture ^^ Et merci par avance pour vos commentaires.
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CHAPITRE 37
Nouveau Départ
Les mouettes passèrent dans le ciel en poussant leurs longues plaintives, elles sillonnaient le ciel en déployant leurs ailes. Les oiseaux planaient dans les alizés venus de l’océan, douces brises aux saveurs iodées. Le jour venait de se lever sur la cité de Calasta, l’un des plus grands ports de l’Archipel des Miles Iles. Le bruit de l’effervescence du port montait jusqu’à la hauteur des quartiers résidentiels qui partaient des larges entrepôts.
Des quartiers cosmopolites s’étaient construits avec l’expansion de la grande cité, les habitants venant de tous les pays bordant l’océan, presque toutes les maisons étaient différentes. Dans l’un d’eux, une belle villa avait été construite par un armateur devenu riche en très peu de temps. Il voulait être le plus proche possible de ces chantiers. Mais les fortunes se faisaient et se défaisaient aux grés des coups de chance, et l’homme perdit tout ce qu’il avait en peu de temps et partit de la cité.
Après une longue période d’inoccupation, la maison de maître trouva un nouveau souffle et une nouvelle propriétaire, Zeïna Dé Feryo. La jeune fille avait trouvé ce bien par l’intermédiaire de l’ami de son défunt père, Yars Hapos, l’homme lui avait fait un prix et elle était tombée rapidement sous le charme de cette maison. La villa avait surtout l’avantage de se trouver non loin du port, elle pouvait ainsi facilement se rendre au port et à son comptoir.
Zeïna se tenait sur le balcon de sa chambre qui donnait sur le port. Le vent souleva une mèche de cheveux blonds qui battaient follement sous les assauts de la brise. D’une main délicate, elle la replaça derrière son oreille, sa chevelure blonde était détachée lui tombé harmonieusement jusqu’au milieu du dos. Elle venait de se lever et elle ne portait qu’un léger déshabillé qui mettait jeunes courbes en valeur.
La jeune fille regardait le port et les navires avec les mêmes yeux que lors de son arrivée à Calasta. Il lui semblait que cela faisait une éternité qu’elle se trouvait ici, et pourtant il n’y avait que quelques mois. Dans ce laps de temps beaucoup de chose avaient changé dans sa vie, elle était venue dans cette grande cité pour réclamer son héritage, l’Aurore Boréale, le navire de commerce de son père ainsi que la charge de Capitaine marchand.
Zeïna avait réussi au-delà de ses espérances, malgré les débuts difficiles pour recruter un équipage, elle avait trouvé des personnes de confiance pour l’épauler, le second de son père, une ancienne chef de gang, et un paria devenu un ami proche. La chance lui avait sourit, le dieu du commerce aussi, elle avait réussi à faire fructifier l’argent que Yars Hapos lui avait prêté.
Elle se rembrunit en songeant à ce qu’ils avaient affronté, les esclavagistes, les pirates, les combats avaient été âpres. L’Aurore Boréale avait du se transformer en navire corsaire pour venir en aide au Royaume des Elfes des mers, devenu la proie d’un odieux marchand sans scrupule. Avec courage et détermination, Zeïna avait su conduire son navire d’une main de maître et remporter de grandes victoires. Elle en était sortie grandi et elle avait pu obtenir des droits commerciaux sans précédent, retrouvant la gloire et la fortune de son père.
Maintenant, le nom des Dé Feryo retentissait de nouveau dans les bars et les tavernes du port. Les marchands et les capitaines de toute la cité savaient qu’ils devaient de nouveau compter sur cette famille de voyageurs renommés. Hélas jalousie et flatterie allaient aussi de concert avec ce nouveau statut et elle devait se méfier des belles paroles.
Une petite table tomba soudainement sur le sol, le vase posée dessus de cassant dans la chute. La jeune fille se retourna vivement et elle trouva Acoya sur le sol, affichant un petit sourire gêné de circonstance.
- Bonjour, fit-elle avec une petite voix.
Zeïna soupira, l’elfe des mers était d’une maladresse maladive sur la terre ferme, et elle n’en faisait jamais défaut. Bien qu’une excellente pilote, capable de desceller les courants marins aussi bien qu’un dauphin, elle n’arrivait parfois pas à aligner un pas devant l’autre. La capitaine s’avança dans sa direction et l’aida à se relever, l’elfe s’était prise le pied dans la petite table.
- Qu’est ce que tu fais là ? Demanda la jeune fille sans colère. Je ne t’ai pas déjà dit de frapper avant d’entrer.
Acoya semblait avoir un faible pour Zeïna, ou pour le navire personne ne le savait vraiment, et il lui arrivait souvent d’apparaitre dans des pièces subitement, surtout si la jeune fille pouvait s’y trouvait.
- Je voulais t’accompagner pour le petit déjeuné, tu as dit qu’aujourd’hui la journée était très importante pour le prochain départ.
La capitaine hocha la tête, elle avait en effet prévenu l’elfe pour qu’elle vienne avec elle, mais pas que celle-ci devait venir la trouver dans sa chambre. La jeune fille se contenta de sourire, elle n’allait tout de même pas en vouloir à Acoya.
- Je vais me préparer à descendre, attends moi en bas j’arrive.
L’elfe hocha la tête, visiblement déçue de ne pas rester, elle laissa pourtant la capitaine seule qui poussa un soupir de soulagement. Elle n’en voulait pas à l’elfe des mers, la pauvre était loin de son royaume, nièce du roi et de la reine de son pays, elle avait tout quitté pour accompagner l’Aurore Boréale dans son périple.
Zeïna se pressa, elle avait beaucoup de chose à faire aujourd’hui, comme l’avait dit Acoya, il y avait beaucoup de chose à préparer. L’Aurore Boréale allait partir pour une nouvelle campagne commerciale après quelques semaines de repos, la jeune fille avait hâte de retrouver le mouvement familier des vagues. Après une toilette rapide, elle s’habilla de sa tenue de capitaine préparée la veille avec sa veste au galon cousu de fil d’or. Dans une glace, elle ajusta son foulard blanc qui faisait ressortir le pendentif aux armes de sa famille, l’insigne qui faisait d’elle un capitaine marchand de la cité de Calasta.
La jeune fille hocha la tête en voyant son image, satisfaire, elle saisit son tricorne et descendit l’escalier qui menait au grand hall d’entrée, percé de fenêtres et surmonté d’une belle verrière en fer forgé. Acoya l’attendait à la porte avec impatience, l’elfe des mers s’était vêtue d’un pantalon de toile simple et d’une chemise blanche ouverte sur sa gorge. Une tenue plus adéquate que celle traditionnelle qu’elle portait dans son royaume et sur le bateau.
Une femme d’âge mur se présenta alors à ses cotés, sortant du couloir qui menait aux cuisines. Elle portait un uniforme de gouvernante, ses cheveux châtains parsemés de mèches grises étaient attachés dans un chignon strict. Elle s’appelait Reginia Kirsh, c’était la sœur de Tyrande Kirsh le gérant du comptoir commercial sur le port.
- Mademoiselle, vous sortez déjà ? Mais vous n’avez encore rien mangé.
La gouvernante prenait son travail très à cœur.
- Je suis désolé Reginia, mais je n’ai pas le temps ce matin.
- Vous n’avez jamais le temps, ce n’est pas bien, vous avez besoin de force pour la matinée.
- Je vais bien, je rentrerais tard ce soir je pense.
La femme secoua la tête, résignée.
- Bonne journée Mademoiselle Zeïna.
En sortant, la jeune fille remarqua les trois grands kadjis qui patientaient dans le jardin, près de la grille d’entrée. Elle sourit en reconnaissant Archord Dentdesabre et les frères Griffesombre qui faisaient parti de son équipage.
- Bonjour Capitaine, fit le premier kadji en inclinant la tête.
- Bonjour Archord, bonjour à vous également Harnes et Moju.
Ils la saluèrent avec respect.
- Je parie que s’est une idée de Lantis, lança Zeïna.
Les kadjis sourirent sans répondre.
- Combien de fois il va falloir que je lui répète que je n’ai pas besoin d’escorte pour me rendre sur le port.
Elle soupira en souriant.
- Allons, mettons nous en route, je n’ai pas de temps à perdre.
Archord ouvrit la route, suivit par Zeïna et Acoya, les frères Griffesombre fermèrent la marche en regardant tout autour d’eux. Avec une telle escorte, la jeune fille ne passa pas aperçue, mais elle savait très bien que les passants l’auraient tout de même reconnu même sans la présence des trois imposants kadjis.
Lors de son premier départ, le retour d’un Dé Feryo et surtout d’une fille en avait fait sourire plus d’un. Mais maintenant avec la richesse soudaine de la capitaine et ses exploits contre les pirates, les gens se tournaient sur son passage. Sa notoriété la gênait beaucoup, elle était flattée de revoir le nom de sa famille prononcé avec respect, mais elle n’était pas prête à être le centre de l’attention aussi rapidement.
Le petit groupe traversa les rues qui étaient déjà envahies par les nombreux passants, Calasta était un important centre commercial qui faisait vivre des milliers de personne, voir même plus selon les rumeurs qui circulaient. Les maisons en bois se touchaient presque les unes aux autres, le feu était autant l’ennemi sur les bateaux que dans la ville tentaculaires.
La capitaine se rendit bien vite compte de l’avantage d’avoir les trois kadjis avec elle. Archord ouvrait la voix en indiquant leur passage pour que les passants et les marchands s’écartent plus rapidement. De leur coté, les frères Griffesombre repoussaient les badauds qui tentaient d’approcher de la jeune fille. Bien qu’elle se savait hors de danger, elle aurait eu bien du mal à se débarrasser de ces vautours venus quémander ses faveurs.
Le port s’ouvrit largement devant Zeïna, elle revit avec ravissement la forêt de mâts qui s’élançait à l’assaut du ciel. Les marins sautaient de vergues en vergues pour redresser des voiles ou réparer des cordages. Sur les quais, les dockers bataillaient ferme avec les charretiers pour passer plus vite. Ce n’était qu’un grand concert de cris, d’insultes dans un va et viens incessant de marins, gardes du port, passants, voyageurs et marchands de tout poil.
Suivant le flux continu, la jeune fille et ses compagnons arrivèrent devant le comptoir de Feryo. Elle sourit en voyant la devanture, lors de son arrivée à Calasta, l’établissement tombait presque en ruine. La façade était défraichie par le temps et les embruns, tandis que les fenêtres étaient sales et mal entretenues.
Depuis, les choses avaient bien changé, la façade avait été repeinte de plusieurs couleurs, débarrassée de tous les clous et pointes en fer parasite. Les fenêtres étaient neuves avec des volets en bois épais, elle avait souhaité conserver la porte d’entrée en souvenir de son père. Se dont elle était le plus fière était l’enseigne, de la largeur du bâtiment les lettres du Nom des Dé Feryo brillaient avec éclat, rehaussé par des feuilles d’or.
La capitaine pénétra alors dans l’établissement en poussant la porte, l’intérieur était propre et bien entretenu. Tyrande était pointilleux, tout autant de sa femme qui s’occupait également des affaires des Dé Feryo. La jeune fille avait toute confiance dans la gestion des affaires par le couple qui était déjà là à l’époque de son père. Les kadjis restèrent dans la salle commune qui servait à recevoir les clients, et elle monta par une porte sur le coté à l’étage où se tenait la salle de réunion, Acoya la suivant de près.
Zeïna entra dans la pièce dont les murs étaient tapissés de cartes marines, l’héritage de la jeune fille. Une grande table en bois épais trônait au centre avec une douzaine de chaises matelassées autour. La salle de réunion était restée la même qu’à l’époque où elle était plus jeune, beaucoup de souvenir dormaient là entre ses murs. Elle fut accueillit par les salutations des personnes déjà présentes.
- Capitaine, il ne manquait plus que vous, lança Portyd en s’approchant.
Le second de l’Aurore Boréale était de taille moyenne, mais ses épaules larges et ses bras musclés ne laissaient pas de doute sur sa véritable force.
- Bonjour Portyd, je suis désolée d’être un peu en retard.
- Ne t’en fais pas, répondit Cryanne, les bouteilles de Tyrande sont toujours un plaisir à vider.
La femme était un ancienne chef de gang connue dans Calasta, mais avec les revirements de fortune elle avait du fuir pour sauver sa vie. Elle était devenue un officier très important de l’Aurore et une très bonne conseillère, gardant de son ancien métier des tenues provocantes qui laissaient dévoiler ses charmes sans vraiment les montrer. Elle se mit à rire en laissant glisser les petites tresses de ses cheveux dans son dos, le vieil homme bougonna.
- A ce rythme, c’est clair qu’il n’en restera plus, fit Tyrande.
- Je suis navrée, reprit Cryanne, nous ne sommes tous comme Lantis.
Le maître d’arme du navire sourit, Lantis Alaster avait été tour à tour un héros puis un paria avant de retrouver une légitimité à bord de l’Aurore. Marqué par les rigueurs de la mer, il n’en restait pas moins attirant avec ses yeux gris, sa mâchoire carrée et un bouc parfaitement taillé.
- Allons, nous ne sommes pas là pour vider la cave, répondit le maître d’arme.
Une femme silencieuse était assise à la table, une tasse de thé devant elle. Nefrita Hagus était la commis du bord, elle gardait les compte du navire aussi surement qu’une femelle blaireau protégeant ses petits. Un homme était debout contre le mur, il s’était redressé précipitamment, mettant à nouveau sa perruque de travers, en relevant la tête d’un ouvrage ouvert qu’il tenait dans une de ses mains.
- Bonjour Docteur, lança Zeïna, je vois que vous ne changez pas.
Le médecin du bord sourit.
- J’étais tellement pris dans ma lecture que je n’ai pas fait attention à votre arrivée.
Une fois les salutations terminées, chacun prit place autour de la table, la réunion pouvait enfin commencer. La capitaine s’éclaircit la gorge pour s’adresser à toute l’assemblée, cet exercice devenait de plus en plus facile pour la jeune fille.
- Merci à tous d’avoir pu venir, nous allons pouvoir discuter de notre prochain départ.
Des murmures de contentements retentirent, tous avaient hâte de reprendre la mer.
- Normalement si tout va bien nous pourrons appareiller dans quelques jours, reprit Zeïna, la route du voyage est tracée.
Acoya sourit en caressant un carnet devant elle, l’elfe avait pris soin de faire des recherches sur les courants pour faire une campagne la plus rapide et la plus simple pour l’Aurore. Elle était très fière de son travail et du temps investi. La jeune fille poursuivit son discours.
- Il ne reste plus qu’à voir quelques détails, Portyd, où en est le recrutement ?
Le second se redressa sur sa chaise.
- J’ai pu trouver le nombre de charpentier qu’il nous fallait, ainsi que plusieurs marins expérimentés. L’équipage est normalement au complet, mais si d’autres personnes se présentent, je pense que je les accepterais sans problème.
- Tu as raison, nous n’avons jamais assez de bras à bord, répondit Zeïna.
- Mais, reprit Portyd, j’ai quand même un souci, je n’ai toujours pas trouvé un timonier valable pour remplacer l’excellent Nareifens, une sacrée perte j’aurais bien voulu le garder.
La capitaine hocha la tête.
- Je te fais confiance, je suis persuadé que tu le trouveras.
Elle se tourna vers Cryanne.
- Quand est-il des rumeurs sur les pirates ?
- J’ai fait ma petite enquête dans le port, les flibustiers ne nous tiennent pas en bon terme, entre l’affaire du port de Nogen et notre carrière de corsaires, nous leur avons laissé des souvenirs plutôt cuisants.
La métis croisa les bras sur sa poitrine.
- Le « Démon » en particulier pique encore des colères noirs en entendant le nom de l’Aurore d’après mes informateurs, mais il n’y a pas plus de rumeurs que cela, il faudra nous tenir sur nos gardes.
Zeïna savait qu’elle pouvait faire confiance dans les paroles de Cryanne, elle avait ses entrées dans les bas-fonds de Calasta.
- Je ne compte pas affronter de front les pirates, mais si un seul vient nous importuner, nous nous défendrons. Justement, Lantis, quand est il de nos combattants ? Sont-ils tous présents comme nos compagnons kadjis ?
Le maître d’arme afficha un air confiant.
- Nous avons quelques départs parmi l’équipage, mais tous les défenseurs sont toujours présents et justement nous avons la chance d’avoir deux nouveaux kadjis dans notre équipage, un frère et une sœur cette fois.
- Ils sont souvent en famille pour se protéger et ne jamais être seul, expliqua Cryanne, Archord est bien le seul kadji que je connaisse à se déplacer seul.
- C’est une bonne chose que nos forces soit toujours présente, fit Zeïna, mieux vaut être bien préparé pour partir.
- Justement, intervint Nefrita Hagus, je voulais vous faire part de notre avancée avec Tyrande, nous avons conclu plusieurs contrats très importants et le bateau peut être chargé dés demain si nous le désirons.
Le gestionnaire du comptoir hocha la tête.
- J’ai pu trouver des chargements avec mes contacts sur certaines îles que vous avez choisi mademoiselle De Feryo.
- Merci pour votre travail Tyrande.
Le vieil homme avait retrouvé une nouvelle joie de vivre et une volonté pour avancer dans la vie grâce au renouveau du comptoir.
- Il y a un autre problème, le Madelan a besoin d’un capitaine dont nous pourrions être sûr, commenta Nefrita Hagus, il aura évidemment une troupe de mercenaires pour le protéger mais un maître à bord et obligatoire.
- J’ai déjà réfléchi à cela, j’ai quelqu’un de prévu pour ce poste, il devrait être là demain, lança Zeïna
Les autres la regardèrent sans comprendre.
- Si tous ces points sont réglés, nous pouvons nous rendre au navire pour les préparatifs, reprit la jeune fille.
Elle se leva, imité par les autres participants à la réunion. Les visages étaient réjouis, bientôt l’Aurore Boréale naviguerait sur l’océan. Alors qu’ils allaient tous regagner la salle commune en bas, Kina Kirsh apparut à la porte. La femme de paraissait un peu paniquée, elle cherchait la capitaine parmi l’assemblée.
- Mademoiselle De Feryo, il y a quelqu’un pour vous, il est venu répondre à une offre de place à bord.
- Pourquoi ne s’est il pas présenté au navire ?
- Et bien … Vous allez voir par vous-même.
Intriguée, la jeune fille regarda les autres officiers du navire, en particulier Portyd qui s’occupait du recrutement habituellement.
- Je n’en sais pas plus que vous, fit il en haussant les épaules.
- Alors autant descendre, je verrais bien ce qui nous attend.
Zeïna prit les escaliers avec assurance et les descendit en regardant droit devant elle. La porte s’ouvrit sur la salle commune et la capitaine marqua un temps d’arrêt, très surprise, elle ne s’attendait pas à voir ce qui se tenait sous ses yeux.
Les kadjis qui composaient son escorte s’étaient prudemment écarté de la personne qui attendait au milieu de la pièce. Les hommes tigres étaient grands, mais le minotaure l’était plus encore, il paraissait même plutôt petit en comparaison.
Les cornes noires de la créature frôlaient presque les poutres épaisses du plafond. Son corps massif était tout en muscle, un buste large couvert d’une épaisse fourrure noir où reposait une tête de taureau deux fois plus grande que celle d’un humain normal. Ses bras étaient musclés avec des mains larges et épaisses, ses membres inférieurs se terminaient par des sabots larges. Une courte queue se terminant par un panache de poils noir faisait des allers et retour derrière lui.
La créature était revêtue d’un simple pagne en cuir retenu à la taille par une corde de voiles tressés. Il ne semblait pas avoir d’autre bagages qu’un sacoche de selle qu’il portait à l’épaule droite. Il patientait dans la pièce que quelqu’un lui adresse la parole, aucune agressivité n’était visible.
Zeïna fit un pas devant le minotaure en gardant un visage impassible, les kadjis se préparèrent à intervenir en cas d’agression de sa part.
- Bonjour à vous, je suis le Capitaine De Feryo, vous désiriez me voir.
Le minotaure s’inclina légèrement, ses gestes étaient plus délicats qu’elle n’aurait pensé.
- Merci de me recevoir, je me nomme Mono Handela.
Il parlait avec une voix grave et profonde, sa grande cage thoracique amplifiant le son.
- Que puis-je pour vous ?
Elle se sentait ridiculement petite face à cette montagne de muscles.
- J’ai appris que vous cherchiez un timonier, je suis justement en quête d’une place sur un navire.
- Tu es timonier ? Demanda Portyd un peu surpris.
Le minotaure hocha la tête.
- J’ai une lettre de recommandation de mon ancien capitaine.
Zeïna saisit la lettre qu’il lui tendait et la lut attentivement, le second s’approcha pour en connaitre le contenu également. Il remarqua le nom de l’ancien commandant qui avait dirigé ce timonier, il releva la tête.
- Le Capitaine Garic est mort il y a peu de temps je crois ?
Mono Handela afficha un air triste.
- Il a été emporté par une fièvre foudroyante, il a eu juste le temps de rédiger quelques lettres de recommandations pour les marins de son équipage qui ne pouvaient rester après sa mort.
Zeïna fronça les sourcils.
- Pourquoi tu ne pouvais pas rester ?
- Je suis un non humain, et le fils du capitaine Garic qui prend sa suite ne supporte pas les marins qui ne sont pas comme lui, des humains.
La jeune fille comprenait maintenant le départ du minotaure.
- J’ai tenté ma chance auprès de vous en entendant que vous recherchiez un timonier, reprit Mono Handela, je connais votre réputation et surtout que vous n’hésitez pas à prendre des non humains parmi votre équipage.
La capitaine se tourna vers ses officiers présents derrière elle.
- Alors qu’en pensez-vous ?
- Le capitaine Garic savait choisir ses hommes, répondit aussitôt Portyd.
- Un minotaure est un atout de poids dans l’équipage, renchérit Lantis, même si le manque d’espace dans le navire lui sera peut être préjudiciable.
- J’ai l’habitude, intervint Mono Handela, les bateaux humains ne sont pas toujours adaptés à ma race mais j’en fais mon affaire.
Zeïna sourit au minotaure.
- Très bien, monsieur Handela, je vous prends dans mon équipage, Monsieur Odell, vous rajouterez son nom au registre.
- Se sera fait Capitaine, répondit le second.
Le minotaure était un peu gêné, il n’avait pas pour habitude que quelqu’un le gratifie d’un monsieur.
- Merci Capitaine Dé Feryo.
Mono Handela s’inclina devant la jeune fille qui affichait un air de contentement.
- Voilà un premier problème résolu, lança Zeïna, allons donc retrouver le navire pour voir si celui-ci se porte bien.
La capitaine reprit son tricorne et elle quitta le comptoir, accompagné des officiers, des kadjis et du nouveau membre de son équipage. Le prochain départ s’annonçait sous les meilleurs hospices, une mouette passa paresseusement dans le ciel en lançant sa plainte stridente.
Loin de l’agitation du port, le quartier des nobles et des riches marchands s’étendaient à flanc de colline, surplombant la cité de Calasta. Les maisons rivalisaient de faste pour étaler leur puissance et leur richesse aux yeux de tous. Certaines de ces grandes familles avaient tant de pouvoir qu’elles pouvaient être considérées à égalité avec le gouverneur de l’Ile Emeraude.
L’une des familles les plus riches était sans nul doute les Comte Dé Varousis Aras, ils étaient les propriétaires d’une imposante flotte commerciale. De nombreux entrepôts leur appartenaient sur plusieurs dizaines de ports importants et même une petite île entière. Des rumeurs parlaient aussi de leur relation avec certains pirates et de ports cachées dans des coins reculés de l’Archipel.
Le bureau personnel du Comte Elorn Dé Varousis Aras était un endroit très secret où peu de gens avait le privilège de pénétrer. Les rencontres qui se déroulaient dans cette pièce auraient pu mener directement le maître de la maison à l’échafaud. La sécurité de la villa était aussi importante que celle du palais du gouverneur, le comte n’avait aucune raison d’avoir peur que ses secrets soient dévoilés.
L’homme était assis à son bureau, consultant des documents qu’il venait juste de recevoir d’un de ses informateurs. Des coups furent frappés à la porte de la pièce, il releva la tête de sa lecture, reposant ses lunettes sur le bureau.
- Entre Jasper.
Un jeune homme entra, le fils du comte lui ressemblait beaucoup, son caractère était encore emporté mais il deviendra aussi calculateur sur son père avec l’âge. L’homme derrière son bureau lui désigna un siège, Jasper Dé Varousis Aras s’installa dans le fauteuil confortable et fit face à son père.
- Qu’est ce qui me vaut cette convocation ?
Le comte passa tout de suite au vif du sujet.
- J’ai reçu un courrier d’un de mes informateurs à l’arsenal, apparemment l’Aurore Boréale s’apprête à repartir en campagne.
Le jeune homme afficha un masque de colère.
- C’est pour parler de cette péronnelle que vous m’avez fait venir !
- Calme-toi Jasper, je t’ai déjà dit qu’il ne sert à rien de s’énerver.
Le fils se rassit dans son siège, gardant le silence.
- Maintenant que tu es mieux disposé, je vais pouvoir parler, reprit l’homme derrière son bureau, avec toutes les informations que j’ai récolté, je pense savoir le début de l’itinéraire du navire. Nous allons pouvoir suivre ses déplacements.
- Et en quoi cela va-t-il nous aider à la faire trébucher ?
- Réfléchis un peu plus loin que ta rancœur, pense en marchand de temps en temps.
Jasper n’aimait pas que son père le rabaissait aussi souvent, mais il devait aussi faire attention à ce qu’il faisait et apprendre le plus possible de lui. Son père était un maître en matière de tractation commercial, un génie qui était capable de retourner des situations désespérées à son avantage. Le jeune homme réfléchit en se tenant le menton, prenant en compte ce que venait de dire son père, soudain il poussa une exclamation de joie.
- Nous connaissons aussi la nature de son chargement ?
Le comte Elorn Dé Varousis Aras sourit, son fils avait enfin compris où il voulait en venir.
- Evidemment que je le connais, un de nos navire est actuellement entrain de prendre un chargement identique au sien, mais lui partira dés demain dans l’après midi. Alors que je sais que l’Aurore Boréale à besoin au moins encore de trois jours de préparation avant son départ.
- Alors nous allons pouvoir la doubler, et lui faire perdre une véritable fortune.
- Et oui tu as compris, le langage des armes est parfois nécessaire, mais quand nous pouvons utiliser d’autres moyens, il ne faut jamais laisser passer sa chance.
Son père était véritablement un requin sans scrupule, Jasper l’admirait beaucoup pour ce sens du commerce.
- Le gouverneur va organiser une grande fête demain soir, reprit le comte, je sais que la jeune Dé Feryo y sera invité, elle a du recevoir le courrier aujourd’hui.
- Comment faites-vous pour tout savoir avant tout le monde ? Demanda le jeune homme.
Elorn Dé Varousis Aras sourit.
- Je t’expliquerais au moment où tu devras le savoir, en tout cas nous sommes également invités, se sera une occasion de nous montrer à cette jeune fille sous un jour plus faste et plus fort pour nous.
- Je vous ferais honneur père.
- J’y compte bien, tu peux disposer.
Jasper se leva et salua son père avec respect avant de quitter le bureau. Le comte regarda la porte que venait de passer son fils, il avait encore besoin d’en apprendre plus sur la vie avant de contrôler l’empire des Varousis Aras. Mais il trouvait que son successeur était sur la bonne voix, la même qu’il avait emprunté à son âge.
Le comte se leva à son tour et regarda par la fenêtre donnant sur le jardin. Il pouvait voir la ville en contrebas et le port, cette nouvelle bataille commerciale avec la Dé Feryo lui rappelait des souvenirs. L’époque où lui et le père de la jeune fille étaient de farouches ennemis, une fois encore il gagnerait le combat, il en était persuadé.
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