Bonjour à vous ^^
La bataille bat son plein et le chaos devient générale, il n'y a plus besoin de paroles seul compte le langage de l'acier.
Qu'arrivera t'il à tous nos compagnons ?
Bonne lecture ^^ Merci pour les commentaires par avance.
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CHAPITRE 74
Le choix d'une vie
A l’orée de bois, la folie de la guerre avait envahi la plaine, les vies se jouaient à la pointe d’une épée. Les émissaires du monde des morts faisaient la fête en parcourant le champ de bataille, recueillant entre leurs filets les âmes des guerriers malchanceux.
Les orcs hurlaient des cris de guerre en chargeant les rangs des soldats du Conglomérat. Les monstres voulaient faire couler le sang de leur ennemi de toujours. En réponse, les chevaliers plongeaient au cœur de la mêlée en rang serré, les lances perçant les corps et les sabots des chevaux écrasant les blessés.
Les koradjis se frayaient un chemin sanglant au cœur des troupes ennemies, qu’importent les origines géographiques, les clans s’étaient mélangés pour remporter la victoire. Face à eux, la puissance des barbares mettait à mal l’unité des koradjis, les épées et les haches gigantesques des humains faisaient le vide autour d’eux.
L’acier frappait l’acier, les épées cherchaient la chair, la flèche volant dans l’air à la recherche d’une proie, la masse brisant les boucliers et les membres. La folie de la guerre s’était emparée du Nord, l’herbe et les rochers se teintaient de rouge, comme une mer de haine qui submergeait lentement la terre.
Aux abords du champ de bataille, trois hommes habillés de noir tentaient de voir à travers la masse de soldats. Ils avaient réussi à atteindre un lieu assez proche des combats sans craindre de voir les koradjis ou les hommes de la forteresse.
Keridan envoya l’un de ses comparses en haut d’un arbre pour parvenir à scruter l’horizon au dessus des affrontements. Pearce Nofolio porta son regard au plus loin qu’il puisse le faire, il assister au spectacle de la guerre dans toute son ampleur.
- Alors tu arrives à le voir ? Demanda Cerissac sur un ton haineux.
Le jeune homme était sur les nerfs depuis le départ du campement de l’Inquisition. Avec la réprimande qu’il avait reçue par le Grand Maître Inquisiteur, le noble voyait ses espoirs d’une grande carrière dans les rangs de l’Inquisition s’envoler. Mais il ne voulait pas en rester là, pour lui tout était de la faute de ce Terrenoir et il allait payer très cher.
Keridan manipulait son épée avec nervosité, il n’en pouvait plus d’attendre. Le bruit du combat proche faisait bouillir son sang, il avait si hâte de surprendre son ennemi et de plonger son arme dans son dos sans que celui-ci ne s’en rendre compte. Le jeune noble n’aurait pas de meilleure chance d’en finir.
- Vas-tu enfin le repérer ? Cria-t-il en se relevant.
- La plaine est vaste, trouver quelqu’un est presque impossible, lança Pearce pour se défendre.
- Tu dois bien voir un cavalier au milieu de ces fantassins.
Duncan observait les orcs proches qui les regardaient d’un œil mauvais, pour les calmer il désigna son insigne, ce qui les fit reculer. Les monstres avaient peur des hommes en noir, beaucoup d’entre eux avaient payé cher d’avoir osé contredire leur autorité.
Pearce se concentrait pour tenter d’apercevoir Terrenoir, il avait autant peur des combats que de la colère de son chef. Le noble était au bord de la crise de nerf, il pourrait même s’en prendre à ses propres alliés dans son état de haine. Il monta sur une branche plus haute, elle craqua sous son poids mais elle ne rompit pas. Le jeune homme poussa un soupir de soulagement, il ne serait pas sorti indemne d’une telle chute.
A nouveau le soldat de l’Inquisition scruta le champ de bataille, soudain une langue de flamme déchira les rangs des orcs. Pearce fixa l’endroit où il avait aperçu le phénomène, une nouvelle langue de feu déchira l’air. Cette fois il n’y avait plus de doute à avoir, il avait enfin trouvé l’endroit où se trouvait leur proie. Le jeune homme redescendit de son perchoir pour annoncer la nouvelle à son chef impatient.
- J’espère que tu ne descends pas pour rien ? Demanda Keridan en serrant la garde de son arme.
- Je l’ai trouvé, mais il se trouve loin par rapport à ici, il faut traverser une bonne partie du champ de bataille.
- Qu’importe nous devons le rejoindre immédiatement !
Sans ajouter un mot, le noble se mit en marche en parlant tout haut.
- Je vais te tuer, et tu ne me gêneras plus petit nobliau, j’en fais le serment !
Pearce regarda Duncan à coté de lui, plonger au milieu d’une immense bataille pour traquer un seul homme était pure folie.
- Nous n’allons pas le suivre ? Fit le premier.
- Qu’est ce que nous pouvons faire d’autres, nous sommes à son service, répondit Duncan d’une voix nonchalante.
Le soldat tira son épée et suivit le noble. Pearce hésitait, mais l’avenir de sa famille dépendait de son choix. S’il reculait maintenant, toutes les terres de ses parents seraient entre les mains du Duc de Coeurfer, ses parents perdraient leurs titres et se retrouveraient à la rue. Il poussa un profond soupir, et se hâta de suivre le noble et son comparse pour ne pas les perdre dans les combats.
La langue de feu balaya les deux orcs devant lui comme une bourrasque de vent. L’espace enfin libéré, Onèan put reprendre son souffle quelques instants. La fièvre du combat l’avait envahi depuis son arrivée au centre de l’armée orcs. Il sentait son cœur battre la chamade à rompre sa poitrine, sa respiration était haletante et chaque instant de repos était une bénédiction.
La magie bouillait dans ses veines comme jamais auparavant, il sentait la colère de la salamandre se repaître de chacune de ses victimes. Ce sentiment faisait presque peur au mage paladin, il devait rester bien concentrer pour contrôler la fureur de la magie décuplée par la bataille.
Onèan tourna la tête autour de lui rapidement, les guerriers koradjis l’entouraient, se battant contre les orcs. Les hommes loups étaient méconnaissables, paisible en forêt, ils devenaient de véritables bêtes sauvages au combat. La plus part des guerriers en compagnie du jeune homme était des membres du clan des Griffes Sombres, ils étaient impitoyables avec leur ennemi, leurs griffes faisant voler du sang dans les airs.
Le jeune homme ne devait pas se laisser aller à la rêverie, il fit volter sa monture et il chargea le groupe d’orcs le plus compact. Le premier de ses adversaires reçut le coup d’épée en pleine face, dans le même temps, la créature de droite reçut un coup de pied dans la mâchoire. La salamandre entoura la gorge d’un troisième orc pour l’étouffer sous les flammes.
Mais un autre orc évita l’attaque avec une impressionnante agilité. Saisissant son marteau à deux mains, il frappa Onèan dans le dos en poussant un cri de rage. Le mage paladin ne put pas éviter l’attaque, il vida les étriers et tomba sur le sol lourdement. Le jeune homme en eut le souffle coupé, des étoiles volant devant ses yeux.
Pourtant Onèan chercha à se remettre debout immédiatement, il se savait à la merci de son attaquant. L’orc justement fonçait sur le cavalier au sol pour lui asséner un autre coup de masse mais en visant la tête cette fois. La salamandre réagit avant même que son maître lève son épée, elle ouvrit une large gueule et mordit férocement la créature au visage. Le feu entra par les yeux et la bouche de sa victime, l’orc lâcha son marteau et mourut en quelques instants sans pouvoir rien faire.
Le mage paladin se releva alors, sa salamandre l’entourant de ses flammes. L’attaque avait fait reculer plusieurs de ses adversaires, même Onèan avait trouvé l’agression particulièrement sauvage, mais au moins il était sauf. En tombant, il s’était fait mal à l’épaule, le poids de son corps et de son armement l’avaient entraîné rapidement vers le sol. La blessure ne semblait pas trop grave, il pouvait continuer à se battre sans problème.
Le jeune homme chercha son cheval des yeux, il avait fui le champ de bataille, effrayé par le bruit. Il devait être retourné vers le camp des koradjis, il le retrouverait après les combats. Onèan serra son épée, la salamandre poussa un cri de colère face à ses adversaires. Sans attendre, le jeune homme se jeta au cœur de la mêlée au coté des guerriers loups tourbillonnant au milieu des orcs vociférants.
Le barbare Taugre fouetta l’air de sa claymore à quelques encablures de la tête de Yurda, le son siffla à ses oreilles. Le jeune homme en comptait plus le nombre de fois où ses réflexes lui avaient sauvé la tête ou un de ses membres. Il se dressa devant son adversaire de toute sa taille, bien que grand, le barbare le dépassait d’une bonne douzaine de centimètres. Le Taugre lâcha une diatribe dans sa direction, mais son langage était inconnu de Yurda qui se contenta de la fixer en murmurant.
- Parle autant que tu veux, je ne comprends rien.
L’écuyer bondit sur son adversaire, les épées s’entrechoquèrent violemment. Une épreuve de force commençait, aucun des deux ne voulait céder à l’autre, la sauvagerie de l’homme des plaines affrontait la rigueur de la chevalerie. Un combattant fut jeté au sol tout près d’eux, les bousculant dans le même temps, ils durent rompre leur duel pour ne pas tomber, Yurda fut le plus rapide à se redresser et repartit à l’attaque. Il prit appui sur une pierre affleurant du sol et il se propulsa sur l’ennemi droit en avant pour ne pas le manquer. Le Taugre tenta de l’intercepter mais il était trop tard, l’écuyer le blessa à la jambe grièvement, traversant de part en part la cuisse offert à sa lame.
Yurda s’écarta vivement pour éviter une contre attaque, son adversaire s’appuyait de son épée en pressant de sa main libre la plaie béante, il lui jeta des regards noirs. Le blessé fut soudainement avalé par la foule des combattants qui l’entouraient. L’écuyer se détourna alors de son combat pour prêter main forte à Impa aux prises avec un orc particulièrement imposant. Fared arriva à son tour pour les aider, ayant pu se débarrasser de son adversaire. Ils n’eurent aucun mal à se défaire de la créature grâce à leur force jointe.
Les trois écuyers avaient chargé en même temps qu’Onèan et les autres koradjis, mais avec son cheval, leur ami avait été bien plus rapide qu’eux, partant loin devant. Au fur et à mesure des combats, ils s’étaient portés sur la droite, non loin de l’endroit où avaient attaqué les forces de la Forteresse du Corbeau. Yurda avait en tête de faire la jonction entre les deux armées et ainsi former un front commun et uni.
Par chance, Merkla se trouvait justement là avec ses guerriers, lui aussi avait comprit rapidement l’importance que pouvait avoir l’union des deux puissances face à un ennemi commun. L’idée et la fougue des écuyers humains étaient parfaites pour mener à bien cette mission. Menant ses guerriers, le chef du clan de la Grande Cascade les poussait toujours plus en avant, abattant tous les orcs et les barbares qui se mettaient en travers de leur route. Yurda et ses deux comparses en pointe de l’attaque, ils espéraient redonner courage à leurs alliés du Conglomérat.
Sa lame fit basculer de vie à trépas un nouvel ennemi, Yurda releva la tête pour assister à un drame annoncé. Un chevalier était au sol, la jambe apparemment coincée sous sa monture morte transpercée par une lance. Un orc en profitait pour attaquer l’homme à terre avec rage, celui-ci levait son bouclier pour se protéger des coups mais il ne tiendrait plus très longtemps.
L’écuyer ne perdit pas un instant en veine réflexion, il chargea l’orc en tenant son épée à deux mains et en poussant un cri sauvage. Le monstre releva la tête pour faire face à son nouvel adversaire, il saisit sa masse d’arme pour la faire voler dans les airs en visant la tête de l’humain. Yurda évita l’attaque en effectuant une roulade rapide en avant, gagnant quelques précieux mètres de plus. Il se redressa alors d’un geste et bloqua l’attaque de l’orc en mettant toutes ses forces et tout son poids.
Pendant ce temps, Impa et Fared tirèrent le chevalier en sécurité derrière les rangs des koradjis. L’homme s’était laissé faire pour ne pas les gêner, il poussa un soupir de soulagement bien qu’il se trouvait au milieu des hommes loup, les ennemis du Conglomérat.
- Merci à vous jeunes gens, mais je ne vous reconnais pas, vous ne faites pas partie des soldats de la forteresse.
- Nous sommes écuyers de l’ordre à Paragahi, répondit Impa, êtes vous blessé ?
Le chevalier se remit debout en grimaçant, il avait quelques bleus mais rien de grave.
- Il semble que je n’ai rien, Sir Tafaric, second du commandant de la Forteresse du Corbeau.
Les deux écuyers comprirent qu’ils venaient de sortir d’affaire un des hauts gradés parmi les forces du Conglomérat. Merkla qui avait aussi entendu intervint à son tour.
- Si vous êtes un officier, vous êtes la personne que je cherchais.
Le chevalier se redressa devant l’homme loup.
- Que me voulez vous ?
- De l’aide, dites à vos hommes de se regrouper avec mes guerriers, nous formerons un front uni et plus solide face à l’ennemi.
Sir Tafaric était surpris, c’était une alliance peu commune, mais ils affrontaient le même ennemi et toute aide était toujours la bienvenue. Comprenant la gravité de la situation, il n’hésita pas plus, il hocha la tête en direction du chef de clan et lança un appel général au tour de lui. Relayé par le bouche à oreille, en quelques instants un front uni se forma entre les deux armées, koradjis et humains combattirent côte à côte pour la première fois depuis des siècles de haine et d’incompréhension.
Les combats faisaient rage, le premier rang des chevaliers s’était enfoncé loin dans l’armée ennemie. Les cavaliers avaient fait plusieurs charges, profitant au maximum de leur élan et de leur avantage pour éliminer le plus de guerriers. Alors qu’ils combattaient avec hargne, le commandant et ses hommes virent la boule de feu dans le ciel, avec l’apparition des koradjis fonçant sur le flanc de l’armée ennemi.
La bataille devint générale, le rang parfait des chevaliers avait éclaté pour se morceler en petit groupe. Le commandant Hyuraze était entouré d’une demi-douzaine de cavaliers qui ne le quittaient pas pour le protéger. Il essayait de donner des directives pour garder la main mise sur les combats, il ne fallait pas perdre de vu l’objectif principal, vaincre les orcs.
Le chevalier tournait la tête pour embrasser tout le champ de bataille, ses gardes écartant le danger. Il vit alors deux de ses chevaliers isolés au milieu des orcs. Sans une intervention extérieure, les deux hommes n’en réchapperaient sûrement pas. Il leva son épée devant lui en montrant la direction à prendre.
- Messieurs avec moi !
Ils lancèrent leurs chevaux au galop, piétinent les combattants ennemis qui ne s’écartaient pas assez rapidement. Grâce à la charge providentielle, les deux chevaliers bloqués purent se défaire de leurs adversaires et rejoindre les rangs des soldats de la forteresse.
- Commandant, il faut rejoindre nos lignes, lança Sir Jundell à ses côtés.
- Vous avez raison.
Il fit volter sa monture.
- Rejoignons nos …
Une hache orc vola dans les airs et percuta subitement le dos du commandant qui vacilla sur sa selle. Sir Jundell le prit par la taille et fit galoper sa monture de concert avec celle de son chef à l’abri des rangs des soldats du Conglomérat.
- Commandant, parlez moi.
L’homme poussa un gémissement de douleur, en crachant du sang.
- Je vais vous emmener voir un prêtre.
- Il est trop tard, murmura Sir Hyuraze.
Il saisit le poignet du chevalier sous ses ordres.
- Pour le Conglomérat et pour le peuple, il faut continuer …
La main se détacha et le commandant se laissa aller contre son cheval, rendant son dernier soupir. Sir Jundell tenait toujours l’officier par la taille, il serra les dents en emmenant le cheval un peu plus loin du front. Les autres chevaliers escortèrent le commandant de la forteresse vers son dernier lieu. Pas un seul n’émit une parole, la mort venait d’emporter la vie d’un homme de justice, combien encore allaient ils l’accompagner ?
Les archers des clans réunis rangèrent leurs arcs et leurs flèches, ils ne pouvaient plus se servir des armes de jet sans risquer de blesser leur propre troupe. Ils se saisirent alors de lances, de haches, de gourdins et de boucliers de bois pour se lancer à leur tour au cœur des combats pour soutenir leurs congénères. Les koradjis sortirent de la protection des arbres en poussant des cris de guerre, se jetant dans la mêlée sans un pas en arrière.
Parmi les archers, quelques uns prenaient le temps de réfléchir avant de courir vers la bataille.
- Se serait bien trop risqué de continuer à utiliser notre magie, fit Lynaïs, nous pourrions blesser les guerriers koradjis même si nous pouvons diriger nos tires.
Elifain et Karez hochèrent la tête, ils ne voulaient pas se risquer à faire autant de dommages pour l’ennemi que pour leur coté.
- Alors que faisons-nous ? Demanda Brom.
Le forgeron était resté en arrière pour aider les trois archers et les protéger, tout comme Anya.
- Je ne suis pas un soldat, reprit le jeune homme, mais je ne veux pas rester ne rien faire.
Lynaïs se tourna vers la koradji.
- Pour nous c’était déjà décidé avant le début du combat, nous allons rejoindre Onèan.
- En plein cœur des combats, c’est de la folie ! Lança Karez.
- Nous le savons, répondit Anya, mais nous avons décidé de ne pas rester en arrière et le laisser seul.
Les deux jeunes filles affichaient des regards qui ne montraient aucune peur.
- Impossible de trouver plus têtue que ces deux là, fit l’elfe.
- Je vous suis, intervint Elifain à la surprise générale.
L’archère se rangea à leur coté, Brom saisit alors sa barre de fer et la posa sur son épaule d’un geste ample.
- Je ne resterais pas en arrière cette fois, qu’importe le danger, j’en suis aussi.
Il ne restait plus que Karez qui leva les yeux qu ciel.
- Mais je suis avec une bande de fou.
Le groupe au complet marcha vers le front et la zone de combat, ils croisèrent plusieurs blessés soutenus par des camarades. Les morts étaient couchés à même la plaine, laissés là pour l’instant parmi les corps des ennemis tombés avec eux.
Soudain, un orc qui se trouvait non loin de là de releva d’un bond pour se jeter sur des blessés qui tentaient d’atteindre l’arrière pour recevoir des soins. Avec un sang froid exceptionnel et une rapidité sidérante, Karez saisit son arc et bandit la corde faisant naître un projectile magique.
La flèche partit dans un claquement sec, percutant l’orc en pleine poitrine. Le monstre vola en arrière et retomba avec fracas sur le sol, mort pour de bon. Les blessés étaient sauvés et ils pouvaient rejoindre les shamans pour recevoir des soins.
- Je pense que je vais rester là, fit l’elfe en baissant son arc, si personne ne fait le ménage, d’autres orcs comme celui là essaieront d’en profiter.
- Tu ne vas pas t’en charger seul, remarqua Elifain, je vais t’aider.
Son ami secoua la tête.
- Pas la peine, je trouverais bien un shaman ou un guerrier pour me prêter main forte en cas de besoin, faites attention à vous surtout.
Les jeunes gens le saluèrent avec émotion, puis ils se séparèrent, les combats étaient maintenant tout proches. La masse de combattant était comme une forêt impénétrable.
- Comment allons-nous retrouver Onèan ? Demanda Brom. Nous ne pouvons pas foncer tête baissé au milieu du danger.
Un jet de flamme surgit des troupes, puis il disparut aussi soudainement qu’il était apparu.
- Nous n’avons qu’à suivre le feu, répondit Lynaïs.
Le petit groupe plongea à son tour au cœur des combats.
Une goutte de sueur fit papillonner l’œil droit de Mel, la jeune fille passa son gant sur son front pour l’essuyer et éviter à nouveau d’être aveuglée. Des mèches de cheveux étaient collées à ses tempes, elle frissonna en sentant le contact glacé de son dos trempé sur son armure d’acier.
Mel combattait sans relâche depuis son arrivée sur le champ de bataille, elle était déjà exténuée alors que le combat venait à peine de commencer. Sa lourde armure la gênait beaucoup pour se mouvoir, elle n’avait pas l’habitude de porter une telle masse d’acier sur le dos. La jeune fille voulut se redresser, mais une douleur violente la rappela à l’ordre presque immédiatement.
Les combats avaient très mal commencé pour elle, Mel avait suivi la charge avec attention, gardant la ligne avec les autres chevaliers. Le premier contact avec la masse ennemi fut un terrible choc, les lances brisant les boucliers et les armures, les cris des agonisants et les hurlements des chevaux.
L’arme de Mel pénétra profondément le corps de l’orc devant elle, mais avec le choc la jeune fille avait été jetée en bas de sa monture. Elle se reçut lourdement sur le dos, le souffle coupé, elle avait pourtant eu beaucoup de chance de s’en sortir sans blessure grave. Un soldat qui l’avait vu tombé l’aida à se relever, mais Mel s’était fait mal au dos dans la chute, ses mouvements s’en ressentaient maintenant.
Malgré tout, la toute jeune chevalier avait continué à se battre, en oubliant la douleur. Elle avait abandonné son heaume rapidement, il était vraiment trop gênant pour se battre et elle pouvait le retirer sans mal. Rejoignant les soldats à pied de la forteresse, elle poursuivait vaille que vaille le combat. La jeune fille n’osait pas regarder en arrière pour ne pas voir les corps des ses camarades, pour ne pas y penser à chaque instant.
En pleine bataille, Mel entendit un ordre transmis de bouche en bouche. Elle obéit immédiatement en se regroupant sur le flanc, avec surprise un koradji apparut à ses côtés pour la soutenir. D’autres guerriers venant de la forêt se joignirent aux soldats.
La jeune fille n’avait encore jamais vu d’hommes loup, elle l’observa coin pour le décrire. Il était habillé d’une armure légère en cuir avec des bottes courtes en daim. Il avait des poignets de forces en cordage qui remontaient sur ses avant bras pour parer les coups. Sa fourrure était plutôt courte, de couleurs brune avec des cheveux longs tressés avec soin.
Le koradji maniait avec habileté deux haches dans chaque main. Il se tourna alors vers Mel qui ne pensa pas à tourner la tête, il la fixa avec ses yeux jaunes similaires à un loup avec interrogation.
- Il y a un problème ?
La jeune fille sursauta en entendant sa voix.
- Non, non, je ne voulais pas vous offenser.
- Il sera temps de faire connaissance plus tard, pour le moment nous devons nous battre.
Le guerrier remarqua alors les deux épées de la jeune fille.
- Je vois que certains de votre race savent encore se servir de deux armes en même temps.
Mel fit voler ses épées devant elle.
- J’espère bien vous le montrer.
- Alors c’est devant nous que le combat se tient.
Le koradji se jeta sur le premier ennemi devant lui, Mel reprit courage et elle se propulsa en avant en faisant une vibrer l’air de ses lames. La bataille reprenait de plus belle pour la jeune fille, ainsi que pour tous les soldats et tous les guerriers koradjis.
Le sourire habituel de Miko avait disparu de son visage depuis longtemps déjà. Elle était penchée sur un guerrier blessé, pressant de ses deux mains la plaie pour la refermer du mieux qu’elle pouvait. Un flot de sang jaillit soudainement, aspergeant la jeune fille qui sentit son cœur s’emballait sous le coup.
- Terla, venez vite ! Appela-t-elle.
La shaman répondit à l’appel désespéré de son apprenti en se mettant à genou à son tour près du blessé.
- Presse plus fort et ne lâche surtout pas !
Miko obéit livide, Terla se mit à murmurer des formules magiques en passant sa main au dessus de la plaie. Le guerrier poussait des gémissements de douleur en se soulevant de la couverture où il était étendu. Surpris l’apprentie faillit enlever ses mains, le sang maculant maintenant ses avant bras et ses vêtements.
- Tient bon Miko ! Répéta Terla en se concentrant de plus belle.
La lueur se diffusa sur la blessure du guerrier qui se calma peu à peu et finit par ne plus bouger. La jeune fille pressait avec toute sa force possible, elle essayait de faire abstraction de tout le sang. Terla arrêta en poussant un profond soupir, Miko la regarda les yeux écarquillés.
- Maître pourquoi vous arrêtez vous maintenant ?
La shaman fixa son apprentie avec tristesse.
- Il est mort, cela ne sert plus à rien.
La jeune fille se figea, les mains toujours crispées sur la blessure. Elle ouvrit la bouche mais aucun son n’en sortit, elle ne savait plus comment réagir. Terla s’en rendit bien compte, elle était bien jeune pour affronter tant de malheur et de douleur.
- Nous ne pouvons plus rien pour ce guerrier, mais d’autres peuvent être sauvés, ils nous attendent, prend quelques instants pour te remettre et rejoint moi.
La shaman prit un linge et couvrit la tête du guerrier mort, puis elle se leva pour se diriger vers les autres blessés. Miko leva lentement les mains pour les reposer sur l’herbe, elle n’avait plus envi de sourire, regardant le sang qui maculait ses doigts.
Le corps se refroidissait rapidement, sans les battements du cœur, la plaie ne saignait plus, la vie s’en était allée pour toujours. Des larmes coulèrent de ses yeux, elle les ferma pour tenter de se reprendre, ce n’était pas le moment de craquer, d’autres blessés avaient besoin d’elle comme le disait sa maitresse.
Terla regarda de loin son apprentie, la shaman était triste de voir la jeune fille dans cet état, mais elle devait aussi comprendre la réalité de la vie. Le dos douloureux, elle était lassée de voir la mort frappée, Oroky qui passait près d’elle lui tendit un flacon de liquide ambré.
- Un petit remontant ?
La shaman fit un petit sourire.
- Tu ne crois pas qu’il y a d’autre moment pour boire ?
- Ce n’est pas seulement de l’alcool, c’est aussi un tonifiant.
Terla saisit le flacon et en but une rasade, Oroky regarda la jeune apprentie de la shaman.
- La gamine tient le coup ?
- Pour le moment oui, réussit-elle à dire en toussant, le liquide était bien plus fort qu’elle ne le pensait.
Le vieil homme maugréa dans sa barbe.
- J’espère que tout cela ne sera pas fait en vain.
- Moi aussi, répondit Terla.
Elle redonna le flacon au shaman qui la rangea dans une de ses nombreuses bourses pendant à sa ceinture. Alors qu’il s’apprêtait à se remettre au travail, Oroky eut soudain un vertige, il se rattrapa à une branche basse. Un flot d’image l’envahit subitement, il reconnaissait là une vision envoyée par les dieux, comme tant d’autres auparavant.
Mais cette fois, ces images n’avaient plus rien à voir avec les précédentes, il vit le feu, le sang, la violence et la colère. Il vit une épée transperçant un corps et la mort se saisir de l’infortuné malgré les cris et les pleurs. Alors une forme immense se dressa parmi les combattants nait d’une colère et d’une haine sans bornes. Elle se mit en marche dévastant tout sur son passage, humains, koradjis et orcs sans distinction. Une main venue des cieux désigna le shaman et un point lumineux apparut sur le corps du premier mort.
La vision se termina aussi soudainement qu’elle lui était apparu, laissant Oroky à bout de souffle. Il se tenait à un arbre proche pour ne pas s’effondrer, ses jambes flageolant sous son propre poids. Terla le soutint par un bras tandis que Sekti non loin de là arriva à son tour pour l’aider.
- Et bien que t’arrive-t-il ? Demanda le shaman.
Oroky se redressa en secouant la tête pour se remettre les idées en place, la vision avait été d’une grande intensité. Le koradji avait compris le danger que tout le monde encourait, et qu’il devait agir pour le bien de tous. Le vieil homme se redressa, sa mission ne pouvait attendre.
- Je vais bien ne vous en faite donc pas, je dois partir.
Oroky se mit en route quittant les sous bois qui servaient d’hôpital pour se rendre vers la zone des combats. Sekti et Terla se regardèrent surpris, ils ne comprenaient pas ce que voulait faire leur collègue des Chênes Noirs. Son ami courut à sa suite pour le rattraper, il le saisit par l’épaule pour le faire s’arrêter.
- Mais qu’est ce que tu fais ? Par là c’est la bataille.
- Je le sais, je ne suis pas gâteux, je dois m’y rendre.
- Mais tu as vu ton âge, tu n’es plus un guerrier.
Le shaman enleva la main posée sur son épaule.
- Je dois m’y rendre sans attendre, où un terrible malheur va arriver.
- De quoi tu parles ?
Oroky n’en dit pas plus et il se remit en marche vers le champ de bataille, il n’avait plus beaucoup de temps pour agir et tenter de stopper le désastre annoncé. Sekti voyait son ami aller au devant de gros ennuis, il hésita puis finit par le poursuivre. Le temps de sa jeunesse était loin derrière lui, mais il n’allait pas laisser ce vieux bougre pénétrer dans la zone des combats sans l’accompagner pour l’aider.
La plume parcourait la feuille de papier à une vitesse folle, le grattement sur la surface ne semblait pas vouloir s’arrêter. Arrivé tout en bas de la page, Ekart tourna fiévreusement la page pour reprendre son écriture à la même cadence. Il serrait entre ses doigts sa plume comme si quelqu’un allait lui retirer des mains.
Le jeune homme ne disait plus rien, il levait la tête pour regarder le champ de bataille tout en écrivant, observant chaque mouvement des soldats, chaque changement dans les positions des deux camps. Le diplomate avait compris qu’ils étaient entrain de vivre un moment crucial pour le Conglomérat. Alors pour ne pas perdre un seul instant ou une seule image, il décrivait avec des mots tout ce qui se passait sous ses yeux.
Ekart avait pris un de ces carnets avec lequel il se déplaçait tout le temps. Il avait déjà noirci une trentaine de page et il était loin de vouloir s’arrêter, le jeune homme désirait ne rien oublier, essayant de trouver les mots justes pour faire vivre ce combat à de futurs lecteurs.
Patinil n’était pas en reste elle aussi, son visage faisant des allers et retours sur son ouvrage. Sur une grande planche qu’elle avait prise dans ces affaires sur le cheval qui les attendait derrière, elle avait fixé plusieurs feuilles. Certaines étaient déjà au sol, précieusement enroulé pour ne pas les abimer. De ses mains naissaient des croquis de combat, elle laissait à Ekart la description par les mots, la jeune fille se chargeait de décrire ce qu’elle voyait à l’aide de ses dessins.
La diplomate se dépêchait d’exécuter de simples schémas à main levé pour saisir en quelques traits les combats. Elle agissait tout comme son ami dans le seul intérêt de la mémoire, elle ne voulait pas voir partir à jamais l’histoire en marche.
Les deux jeunes gens espéraient être les messagers qui transmettraient à tous ce qui s’était déroulé dans cette vallée. Prenant à peine le temps de respirer, ils continuaient imperturbables leur ouvrage avec passion.
D’un coup d’épée, Onèan abattit un nouvel orc qui se dressait devant lui, il ouvrit la bouche pour prendre une grande bouffée d’oxygène. Le jeune homme avait l’impression que plus il terrassait d’ennemis, plus nombreux ils revenaient. L’utilisation de sa magie l’épuisait mais il ne voulait pas flancher, le feu de sa salamandre était bien trop utile face aux orcs et aux barbares. En plus de les effrayer, la masse compacte des guerriers lui permettait d’en blesser plusieurs à chacune de ses boules de feu.
Un koradji vola soudain devant lui, frappé par un orc immense qui maniait une épée aussi grande que lui. Le guerrier retomba derrière lui avec un bruit mâte sans émettre un son, l’infortuné devait être déjà mort bien avant qu’il ne touche le sol. Onèan s’apprêtait à charger l’imposant orc, mais un koradji se dressa devant le monstre avant le jeune homme.
Ryouk, le chef des Griffes Sombres, voulait venger le guerrier mort qui faisait partie de son clan. Sa puissance était inférieure à l’orc malgré sa musculature, mais cela n’empêcha pas le guerrier de se jeter sur son adversaire en hurlant sauvagement. Il bloqua presque immédiatement l’épée gigantesque entre ses griffes d’acier.
Le koradji se servit alors comme d’un tremplin de l’arme dressée, profitant de la force que son adversaire avait mis dans le coup. Il fit un saut en l’air, loin du danger de l’arme de son adversaire, montrant qu’il alliait aussi bien l’agilité à la force. L’orc se retourna pour intercepter son ennemi, mais Ryouk avait déjà anticipé, il se retourna dans les airs et retomba bien plus rapidement que prévu. Les griffes en avant, il plongea sur la nuque de l’orc qu’il transperça d’un coup sec et violent.
Le chef des Griffes Sombres écarta les deux bras tranchants le cou de l’orc qui ne semblait plus pouvoir esquisser un geste. Il sauta en arrière pour se réceptionner non loin d’Onèan tandis que le corps de son adversaire s’écroulait sur le sol. Le koradji se releva en secouant ses griffes pour en enlever le sang, il regarda alors l’humain.
- Nous sommes dans un combat qui ne laissera que les plus forts survivre.
Ses yeux brillaient d’une lueur farouche et guerrière.
- Seras tu l’un d’eux ?
- J’y compte bien, répondit le mage paladin en serrant son arme.
Ils se jetèrent de plus belle dans la mêlée traçant leur route à la pointe de leurs armes.
Non loin de là, Keridan et ses deux compagnons arrivaient enfin à l’endroit où ils avaient aperçu un peu avant les flammes de Terrenoir. Ils devaient faire attention d’éviter les coups en traitre et les attaques, les hommes de l’Inquisition avaient du plusieurs fois se battre pour parvenir jusqu’ici.
- Où se trouve-t-il maintenant ? Lança Keridan en regardant autour de lui.
- Il ne doit plus être loin, répondit Duncan, il y a des cadavres brulés.
Pearce était paniqué, il voyait partout des koradjis affrontant les orcs.
- L’endroit est trop dangereux, fit-il, nous ne devons pas trainer ici.
Keridan le foudroya du regard.
- Tu crois que je ne le sais pas, aide nous à le chercher au lieu de dire des idioties.
Soudain Duncan se redressa en désignant une direction.
- Je viens de le voir à l’instant, derrière ses combattants.
- En avant.
Les hommes en noir se déplaçaient avec précaution et rapidité, ils voulaient éviter à tout prix d’être repéré par leur proie. L’espace s’ouvrit devant eux dévoilant Onèan qui se battait contre un orc, il leur tournait le dos. Keridan serra son épée en arborant un sourire démoniaque, il ne pouvait pas lui échapper.
- Tu es à moi murmura t’il.
Le jeune noble avança droit sur lui, tel un serpent entre les herbes hautes en quêtes de sa proie. Ses deux comparses repoussaient les attaques autour de lui et faisaient le vide pour permettre à leur chef d’approcher au plus près. Ils écartèrent deux nouveaux combattants à l’aide de leur arme, et enfin ils furent près du jeune homme qui était leur cible.
Sans savoir ce qui se tramait derrière lui, Onèan combattait deux orcs à la fois maintenant. Il ferraillait d’abondance faisant force de parade et de bonds pour échapper à ses assaillants. La salamandre ne pouvait pas sentir le danger également, trop occupé à aveugler les adversaires de son maître.
Keridan ne se tromperait pas cette fois, il n’y avait pas de ravin ni d’amis pour venir le secourir, il était seul. Il imaginait déjà sa lame pénétrant dans le dos du jeune homme, la pointe ressortant de sa poitrine l’acier couvert de sang. Un masque de surprise et d’incompréhension sur le visage, ce chien mourrait avec comme dernier image le sourire triomphant du noble.
Il attendit le meilleur moment, observant les mouvements de son ennemi, il ne devait pas gâcher un moment aussi propice. Il écarquilla les yeux, prenant une grande respiration, c’était l’instant qu’il avait rêvé depuis l’Académie, il bondit dans le dos d’Onèan l’épée en avant, le sourire figé sur le visage.
Les quatre compagnons remontaient lentement le flot des combattants, ils n’avaient plus revu la flamme de leur ami depuis quelques minutes. Les jeunes gens devaient faire attention et se battre pour parvenir jusqu’à la zone où se trouvait Onèan. Les combats semblaient partout, et le mage paladin se trouvait loin au milieu des rangs orcs, aux avant postes de la bataille.
Elifain se baissa vivement, évitant de justesse la hache d’un orc, Brom arriva juste derrière et asséna un coup puissant de sa barre de fer en plein visage de la créature. Bien qu’un humain était moins fort qu’un orc, les muscles du forgeron lui permettaient de faire presque arme égale avec ses ennemis. Son adversaire fit plusieurs pas en arrière en tenant sa mâchoire visiblement cassée. L’elfe toujours un genou à terre en profita pour bander son arc, une flèche magique percuta l’orc dans le ventre le faisant taire à jamais.
Lynaïs aida son amie à se relever sous la protection de Brom et d’Anya, ils parvenaient jusqu’à maintenant à avancer grâce à leur entraide. Mais depuis quelques instants, ils étaient arrivés dans une zone où les combats étaient plus violents, plus intenses et plus sauvages.
La koradji désigna une petite bataille rangée entre une troupe de guerriers de la forêt de Veraï était au prise avec un groupe d’orcs déchaînés.
- Il faut traverser cette ligne pour trouver Onèan.
- Et je suppose que nous ne pouvons pas la contourner, fit Brom.
- Tu as tout compris, répondit Anya.
Lynaïs saisit son arc fermement.
- Alors pas besoin d’attendre plus longtemps, chargeons face à eux.
La jeune fille se mit à courir droit devant elle en faisant naître une flèche magique entre ses doigts. Elifain en fit autant de son côté tandis que Brom et Anya couvraient leur flanc. Les projectiles percutèrent la tête de plusieurs orcs les faisant reculer, les guerriers koradjis en profitèrent pour leur donner le coup de grâce.
L’archère tira de nouveau une flèche droit devant tout en courant, traversant le rang de leur adversaire. Elle déboucha juste derrière eux suivit par Elifain qui se réceptionna avec agilité sur le sol, Brom frappa un ennemi au passage et Anya l’acheva de sa lance.
Lynaïs fut en vue d’Onèan, il était là devant elle, se battant contre deux orcs en même temps, toujours debout et droit face à l’ennemi. Mais elle écarquilla les yeux, Keridan venait d’apparaitre dans son dos pour le transpercer de sa lame. Elle était à peine à quelques mètres d’eux et elle n’aurait jamais le temps de bander son arc pour viser l’assassin avant qu’il n’est fait son ignoble geste. Elle continua alors à courir droit devant elle en poussant un cri pour alerter son ami.
- Onèan, derrière toi !
Le mage paladin repoussa les armes de ses adversaires quand il entendit le cri. Il fit basculer sa salamandre sur les orcs pour les tenir à distance et se tourna en direction de la voix. Il vit Lynaïs arriver sur lui, son visage tendu par la peur, une ombre au coin de son œil gauche l’alarma. Une épée volait vers lui, jamais il n’aurait le temps de la parer.
Keridan exultait, il s’en fichait bien de voir l’amie de ce nobliau apparaitre, ses flèches étaient bien inutiles. Elle ne pouvait qu’assister impuissante à la mort de son camarade, rien ni personne n’arrêterait sa lame.
Lynaïs accéléra sa course, elle ne voulait pas voir cela, elle sentit son cœur battre plus vite à tout rompre. La jeune fille ne laisserait jamais faire ça, elle ferait tout pour arrêter l’épée et sauver celui qui était tout pour elle.
Anya poussa un cri en voyant la scène, elle était trop loin pour réagir, Brom voulut accourir à son tour mais il glissa et dérapa sur le sol. Elifain leva son arc aussi vite qu’elle pouvait en fixant l’assassin.
L’archère bondit en avant, alors que le mage paladin s’était presque complètement retourné vers Keridan qui était plus qu’à quelques mètres de lui. Le regard de Lynaïs tomba droit sur celui d’Onèan, ils se croisèrent pendant quelques instants, la scène se figea alors comme un tableau sur un mur.
Bonjour, je m’appelle Lynaïs Amarra, je suis née dans le village de Wynria dans le conté du Trynchao. C’est une grande région, la plus grande du Conglomérat, avec des forêts, des champs et des gens très accueillants. J’ai entendu que les habitants des villes disent qu’il n’y a rien à y faire, mais se ne sont que des jaloux qui ne savent pas ce qu’ils perdent.
Moi, j’aime Wynria, il y fait bon vivre. Là bas j’ai toute ma famille, mon père Néante, ma mère Elia, et mes trois jeunes frères Maen, Mossic et Carlo. Mes parents sont des tisserands, ils aiment beaucoup leur métier et ils voudraient bien que je prenne la suite de l’affaire. Mais je n’ai vraiment pas envi de faire ce métier, c’est bien trop monotone, mes frères peuvent très bien le faire. Moi je veux voyager, je veux aider les gens, alors je serais une Maître archère parce que je suis la meilleure aux foires de printemps pour viser les cibles.
Au village il y a aussi mes amis comme Brom, ce grand garçon musclé aussi doux qu’un agneau, l’hiver j’aime bien venir le voir à la forge de son père pour être bien au chaud. Il y a aussi ce sacré Ekart, toujours prêt à agacer son monde, mais je l’aime bien quand même.
A Wynria, se trouve surtout mon meilleur ami, Onèan, le fils de la famille noble de notre village. Il est tellement gentil et serviable, j’ai passé tant de temps avec lui pour jouer ou courir dans les champs. Je suis tombée amoureuse de lui depuis notre première rencontre, vous voulez que je vous raconte ?
Je m’en souviens comme si s’était hier, j’avais à peine six ans. J’en avais assez de rester tout le temps cher moi, alors un après midi, je suis sortie en douce de la maison pour me promener. Mais en chemin, des garçons plus âgés s’en sont pris à moi qui était seule et sans défense, ils étaient plus grands et plus forts. Alors je me suis recroquevillée sur moi-même en pleurant, c’est alors que j’ai entendu une voix apostropher les garçons.
En levant la tête j’ai aperçu un enfant de mon âge qui parlait aux autres. Il finit sa phrase en chargeant les trois garnements qui s’enfuirent en prenant peur. Mon sauveur est alors venu me voir en souriant, il m’a tendu la main pour m’aider à me relever.
- Tu vas bien ? me demanda-t-il.
J’ai juste hoché la tête en essuyant mes larmes.
- Je m’appelle Onèan et toi ?
- Lynaïs, répondis-je avec une petite voix.
- J’ai fait mon premier devoir de chevalier !
Il m’expliqua alors qu’il voulait faire comme son père, devenir un chevalier protecteur pour sauver les gens. Pour moi, il était devenu mon héros, j’ai senti mon cœur s’emballer. A l’époque j’étais trop jeune pour comprendre, mais c’est là que je suis vraiment tombée amoureuse de lui.
Notre amitié a commencé comme ça, mes parents m’ont laissé sortir plus souvent en sachant que je n’étais pas seule. Nous avons ensuite rencontré Brom et Ekart, nous formions un petit groupe inséparable.
Un jour, peu de temps après, j’ai appris par mes parents que le père d’Onèan était mort dans la terrifiante forêt de Veraï. Le soir même je suis sortie en douce de la maison pour aller le voir dans son manoir, je connaissais tous les moyens pour y rentrer sans être vu par le gardien. J’ai trouvé alors Onèan dans notre cachette secrète, dans la paille au dessus des écuries, personne ne pouvait nous trouver ici.
Quand je suis arrivée, il pleurait, c’était la première fois que je le voyais pleurer, et se fut la seule fois. Je l’ai pris dans mes bras et nous avons versé des larmes ensembles. Je n’ai jamais dit à personne ce qui s’était passé cette fois là, c’est un secret entre nous deux, rien que nous deux.
Lorsque le temps du départ pour l’Académie est arrivé, je l’ai suivi pour ne pas le perdre. C’est là que nos chemins se sont séparés pour la première fois de notre vie, j’étais si triste mais je n’ai pas pu lui avouer mes sentiments. L’annonce de sa mort était impossible à croire, je l’aurais senti dans mon cœur, alors à nouveau je suis partie à sa recherche, et à nouveau je l’ai retrouvé.
J’ai découvert alors que son cœur s’était épris d’une autre, à nouveau mon monde s’écroulait. J’en suis venu aux mains avec celle qu’il avait choisie, c’est bien moi de faire parler les poings en premier, et pourtant, j’ai fini par comprendre. Anya est une jeune fille belle et adorable, nous sommes même devenues amie toutes les deux, et grâce à elle je peux rester aux cotés d’Onèan.
Jamais je ne le quitterais, même si je dois toujours être dans l’ombre je serais là, avec celui qui fait battre mon cœur. Ma vie lui appartient et je ne vois pas un monde où mon aimé ne serait plus, je ne l’imagine même pas.
Le temps repartit soudainement, les bruits des combats qui les entouraient reprirent. Keridan poussa un cri de triomphe en enfonçant son épée, exultant au comble du bonheur. Ces yeux s’agrandirent de surprise, alors que le regard d’Onèan se figea en un masque d’horreur pure.
Lynaïs s’était jetée entre l’épée de l’assassin et celui qu’elle aimait, elle n’avait pas eu d’autre choix que celui là pour sauver le jeune homme. Elle se tenait droite, l’épée enfoncée dans son dos et ressortant de sa poitrine. La jeune fille vacilla et tomba en avant dans les bras d’Onèan, Les yeux clos et le visage apaisé.
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