Bonjour à vous ^^
La suite d'Océan est arrivée, nous reprenons notre récit, nous avions laissé Zeïna qui avait découvert l'invitation pour le bal du Gouverneur de Calasta. Mais voilà, il y a un problème notre capitaine ne sait pas danser, comment va t'elle se sortir de cette nouvelle embuche ?
Bonne lecture ^^
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CHAPITRE 39
Leçons de danse
Passé la surprise de la découverte du courrier, Zeïna devait attendre pour réfléchir à cette nouvelle. Elle devait avant tout signer le contrat avec le Capitaine Kaheris pour la prise en main du Madelan et le commerce vers le Royaume des Elfes à son compte. Ils s’étaient réunis dans un petit bureau discret dans le comptoir derrière la salle commune au premier niveau. L’homme était plutôt raisonnable, et le document rédigé par Tyrande était bien tourné. Le capitaine ferait les voyages entre Calasta et le Royaume des elfes en son nom, et il percevrait une partie des profits des ventes.
- Vous êtes plutôt généreuse Mademoiselle Dé Feryo, mon ancien employeur ne me donnait pas autant.
Le capitaine voulait absolument l’appeler ainsi pour marquer son respect vis-à-vis de la jeune fille. Même si elle avait prit l’habitude que les gens la nomment par son grade, elle appréciait la politesse de celui qui sera son employé.
- Je tiens à ce que vous ayez une part pour que vous vous sentiez impliqué, la cargaison que vous allez transportez sera d’une certaine valeur. Je compte ainsi sur votre concours complet pour mener à bon port le navire.
Le capitaine Kaheris hocha la tête.
- C’est judicieux, vous n’avez pas à vous inquiéter, je suis une personne de confiance.
Il afficha un sourire étincelant pour ponctuer sa tirade, la jeune fille trouvait ce visage trop enjôleur.
- Je vous ai demandé personnellement parce que j’ai bien vu vos qualités de marin et d’homme, j’espère ne pas m’être trompée.
- Non point, au sujet de l’équipage ?
Zeïna allait y venir.
- Il est déjà en partie prêt, j’ai fait faire un recrutement par mes officiers, ils sont tous d’excellents marins, sauf quelques uns qui ne sont avant tout attiré que par les richesses et l’argent facile. Je compte sur vous pour faire le nécessaire sur le Madelan, j’ai également contacté une troupe de mercenaires pour vous accompagner, Mr Alaster m’a dit beaucoup de bien de ses hommes.
- Une escorte ne sera pas de trop en effet, répondit le capitaine Kaheris, pour l’argent ?
- Mon gestionnaire, Tyrande Kirsh sera là pour vous donner les détails, à vous de faire des dépenses raisonnables pour vos besoin.
L’homme hocha la tête, il avait certaines libertés dans la gestion de son navire, ce qui n’était pas plus mal. Il trouva que la jeune fille qui n’avait pas beaucoup d’expérience dans le métier savait déjà bien s’y prendre.
- L’engagement me semble une bonne affaire, nous en bénéficierons tous les deux à n’en pas douter.
Tyrande Kirsh lui tendit une plume pour qu’il puisse signer le contrat, ce qu’il fait aussitôt. Son écriture était très élégante, toute en courbe et en arabesque, légèrement penchée, il termina la signature d’une boucle finale.
- Me voilà attaché à votre service, je dois dire que vous êtes ma première employeuse, surtout aussi jeune. Et maintenant que vous êtes invité à l’un des bals du Gouverneur, votre nom va entrer dans les sphères de la noblesse de Calasta.
Le retour brutal de l’affaire de ce bal lui fit changer de figure, de la panique se voyant clairement dans ses yeux.
- Je … Je ne sais pas si cela m’aidera, nous verrons bien.
Elle afficha un sourire gêné, la jeune fille se demandait comme elle allait pouvoir se sortir de cette histoire. Elle se leva imiter par le capitaine Kaheris et Tyrande qui reprenait les documents du contrat.
- Mr Kirsh se chargera de faire enregistrer au bureau du port notre arrangement, fit Zeïna, je vais vous laisser vous occuper de votre navire.
- Je vous remercie, en espérant que notre collaboration sera fructueuse.
L’homme serra la main tendue de la jeune fille, les deux hommes sortirent du petit bureau privé. Une fois la porte refermée, elle reprit le pli reçu plutôt et s’affala dans son fauteuil en soupirant.
- C’est ma mère qui se moquerait de moi si elle voyait ça, un bal …
Elle soupira de nouveau à pierre fendre.
Le Capitaine Kaheris se rendit sur le quai où se trouvait le Madelan, bien décidé à en reprendre possession. Le navire mouillait juste en face de l’Aurore Boréale, en le voyant arrivé, l’un des officiers du bateau l’appela et le rejoignit sur le quai. Il s’agissait de la femme métisse dont il ne connaissait pas le nom.
- Que puis je pour vous belle dame ? Demanda le capitaine affichant un sourire séducteur.
- Flatteur, répondit Cryanne, alors êtes-vous le nouveau maître du Madelan ?
- En effet, enfin pas tout à fait nouveau, je retrouve un navire que j’avais déjà eu le plaisir de commander.
La métis se mit à rire, elle savait comme manier les hommes, et à voir le visage réjouit de celui-ci, elle l’avait attrapé dans ses filets.
- Je voudrais vous demander quelque chose ?
- Bien sûr, je suis votre obligée.
- Je me demandais ce qu’était cette lettre apportée par le messager, il m’a semblé que le capitaine Dé Feryo faisait une mine déconfite.
- Ce message oui, et bien c’est au contraire une bonne nouvelle pour cette demoiselle, elle est invitée au bal que donnera le Gouverneur de Calasta demain soir. Selon moi c’est une merveilleuse occasion de rentrer dans les bonnes grâces de cet homme et de nouer des contacts commerciaux.
- C’est en effet une très bonne nouvelle, mais alors pourquoi a-t-elle réagi ainsi ?
Le capitaine Kaheris hocha la tête.
- Elle a murmuré quelques mots mais il me semble avoir compris qu’elle ne savait pas danser. Je suis persuadé que ce n’est qu’une plaisanterie de sa part, mais elle m’a parut tout de même préoccupée.
La métis avait maintenant tout ce qu’elle voulait savoir, elle avait bien vu que le visage de Zeïna était paniqué, et se n’était surement pas pour plaisanter. Alors qu’elle réfléchissait, l’homme reprit la parole toujours avec un sourire enjôleur.
- Nous n’avons pas eu l’occasion de nous présenter, Arashe Kaheris, Capitaine Marchand vagabond des mers.
- Mais oui en effet, Cryanne Tolado, Maître d’équipage sur l’Aurore, veuillez me pardonner, j’ai encore beaucoup de travail sur le navire qui m’attend.
La déception se lisait sur le visage de Kaheris, mais un nouveau sourire vint se peindre sur son visage.
- Nous aurons bien l’occasion de nous reparler.
Cryanne lui adressa un sourire dont elle avait le secret, faisant taire toute nouvelle conversation de la part de son interlocuteur. Elle le salua et remonta immédiatement sur le pont de l’Aurore, elle devait réunir les autres officiers pour trouver une solution à son problème.
Zeïna était restée dans son bureau, elle était debout maintenant, les mains dans le dos, cherchant toujours un moyen de se sortir de son guêpier. Elle ne pouvait pas refuser une invitation du Gouverneur de Calasta, c’était une opportunité que ne se représenterait pas deux fois. Dans une telle réception elle pouvait nouer des liens avec des marchands et des nobles qui lui amèneraient des contrats commerciaux et des cargaisons pour ces navires.
Mais une question se posait, comme éviter de se rendre sur la piste de danse alors que c’était un bal ? Jamais elle n’aurait cru alors qu’elle était plus jeune qu’elle aurait besoin de savoir danser en tant que capitaine de navire.
Perdu dans ses réflexions, la jeune fille entendit à peine les quelques coups frappés à la porte du bureau. Ils durent être répétés avec plus de forcer pour qu’enfin elle relève la tête pour répondre.
- Oui entrez.
Elle se tourna vers la porte qui s’ouvrait voyant apparaitre Cryanne, Lantis et Acoya.
- Il y a un problème sur l’Aurore ?
- Non, pas du tout, répondit la métis, nous sommes là pour vous aider.
Zeïna les questionna du regard.
- M’aider en quoi ?
- Et bien pour l’invitation au Bal du Gouverneur, lança Cryanne, vous avez un souci de taille il me semble.
La capitaine se figea.
- Comment es tu au courant ?
- Le plus important n’est pas de savoir comme nous avons pu le savoir, c’est surtout de t’aider à le résoudre.
Zeïna baissa la tête, laissant la tension se relâcher dans ses épaules, vaincue.
- Je ne vois pas en quoi vous pouvez m’aider tous les trois, je ne vais pas savoir danser en seulement deux jours.
- Tu dois bien connaitre une danse ou deux tout de même ? Demanda Cryanne.
La jeune fille leva les yeux en direction de la métis.
- Absolument rien.
Les deux officiers se regardèrent surpris, Acoya pencha la tête sur le coté.
- Je ne vois pas où est le problème, chez moi les bals se font toujours dans la mer, c’est beau un ballet aquatique.
Zeïna se cacha le visage dans les mains.
- Acoya, chez nous les bals se font sur la terre ferme.
Lantis prit alors la parole.
- J’ai du mal à croire que tu ne saches pas danser, tu es …
- Une fille, termina la capitaine, je t’arrête tout de suite, j’ai toujours eu horreur de toutes ses mièvreries que je devais savoir faire en tant que jeune fille de bonne famille. Ma mère en devenait presque folle à me courir après au moment de mes leçons de danse ou de bonnes manières, je préférais me cacher pour éviter d’y assister.
Cryanne croisa les bras sur la poitrine.
- En effet, le problème devient un peu épineux, mais nous pouvons toujours faire quelque chose.
Zeïna paraissait incrédule.
- Je ne vois pas ce que tu vas pouvoir faire en si peu de temps.
- Ne t’inquiète pas, nous allons tous te donner un coup de main ! Lança la métis.
Lantis hocha la tête gravement alors qu’Acoya affichait un grand sourire en sautillant sur place, tout cela était loin de rassurer la jeune fille. Elle eut un mouvement de recul en se renfonçant dans son siège.
- Qu’est ce que cela veut dire ?
Cryanne vint à coté de Zeïna et l’obligea à se lever.
- Pas de discussion, tu dois nous suivre.
La jeune fille tenta de se dégager.
- Mais où m’emmenez-vous à la fin ?!
- A la Villa Delonia évidemment, où veux tu que nous te conduisions ?
- Chez moi, mais qu’est ce que cela va-t-il changer ?
Sans ajouter un mot, Cryanne la prit par le bras pour la faire avancer, Lantis lui tendit son manteau qu’elle enfila tandis qu’Acoya posait le tricorne sur sa tête. Ils sortirent tous les quatre du bureau, saluant rapidement Tyrande et sa femme qui regardaient le drôle d’équipage avec curiosité.
Zeïna resta renfrognée pendant toute la route, grommelant des phrases trop basses pour être comprises. Ses trois accompagnateurs avaient pourtant une petite idée de leur contenu, ils se contentèrent de sourire. Le chemin jusqu’à la villa étant court, les grilles de l’entrée furent bientôt en vue. La porte de la maison s’ouvrit presque immédiatement qu’ils eurent franchis les deux battants en fer forgé. Reginia Kirsh apparut, une lumière d’excitation dans les yeux, les peurs de Zeïna s’amplifièrent de plus belle.
- Mademoiselle Dé Feryo, j’ai appris pour la grande nouvelle, c’est vraiment une chance inouïe !
- Tout le monde me le dit …
La jeune fille ne put pas en ajouter plus, elle fut emmener séance tenante dans la villa. Là, Cryanne lui retira sa veste et son chapeau en les tendant à Reginia Kirsh qui s’en saisit promptement. Zeïna se retrouva dans le petit salon de la maison au rée de chaussée, elle découvrit que les meubles avaient été poussés pour laisser un grand espace vide.
- Vous voilà enfin, j’ai eu le temps de préparer les lieux avec l’aide de Mme Kirsh, lança un homme qui attendait à une fenêtre.
La capitaine reconnut l’un de ses hommes de l’Aurore, Trachedo Yago, l’un des compagnons de la métis quand elle s’était jointe à l’équipage.
- Vais-je enfin avoir une explication à tout cela ?! Exigea Zeïna énervée.
- Ne t’en fait pas ma chérie, je m’occupe de tout, répondit Cryanne.
La jeune fille la regarda avec suspicion, elle ne répondait pas vraiment à sa question. Sans vraiment se préoccuper de son capitaine, elle interpela Trachedo Yago.
- Gouran n’est pas encore arrivé ?
- Non, il faut un peu de temps pour aller vers le quartier des nobles et y revenir tu sais, je peux vous régaler d’un petit air de musique pour vous calmer peut être ?
L’homme venait de prendre son violon qu’il avait emmené avec moi.
- Ce n’est pas la peine, tu vas en faire assez comme ça pendant deux jours.
Zeïna baissa la tête et se frotta les tempes en soupirant, elle n’avait plus vraiment l’impression de contrôler la moindre chose. Acoya babillait dans la pièce, s’intéressant à tout ce qu’elle voyait, elle était pourtant déjà venue ici, mais tout semblait avoir un intérêt pour l’elfe des mers. Lantis regardait le jardin à travers une fenêtre, ses yeux perdus dans le vague.
Quelqu’un frappa alors à la porte, Reginia Kirsh vint ouvrir avec empressement, des voix se firent entendre dans le hall. Zeïna reconnut celle de Gouran Dé Hydalis, le médecin du bord, mais quelqu’un d’autre semblait l’accompagner.
Une femme d’une trentaine d’année entra dans le salon, elle était de taille moyenne avec une corpulence très fine. Sa peau était poudrée avec attention tout comme son visage, sa coiffure était sophistiquée les cheveux châtain clair relevés en chignon. Son visage était fin possédant des lèvres douces et un nez de petite taille, ses yeux étaient de couleur noisette.
La nouvelle venue portait une robe élégante, à la dernière mode qui allait bien avec l’apparence noble de celle-ci. Elle se tenait bien droite, une paire de gant en dentelle dans la main droite et un chapeau dans la gauche.
- Mademoiselle Dé Feryo je présume, lança la femme, laissez moi me présenter, Danila Dé Hydalis, l’épouse de votre médecin de bord Gouran, je suis persuadée qu’il n’a jamais mentionné mon nom à bord.
La jeune fille fit un signe négatif de la tête.
- Non en effet, bienvenu dans ma demeure.
- C’est tout lui, il a voulu m’épargner la mauvaise période où il était tombé.
- Je vous remercie d’avoir accepté la demande de Gouran, intervint Cryanne en se rapprochant.
Danila Dé Hydalis sourit amicalement.
- Se n’est rien je vous en pris, je suis tellement heureuse de pouvoir rencontrer la célèbre Zeïna Dé Feryo dont tout le monde parle dans la ville. J’ai appris que vous serez en plus présent au bal du Gouverneur, c’est votre entrée dans la haute société de Calasta.
Gouran apparut à son tour, portant plusieurs paquets dans les bras, il semblait tout petit à ses cotés.
- Ma femme fait partie d’une vieille famille noble de la cité, expliqua le médecin avec une voix douce, elle connait beaucoup de monde et elle est toujours au courant des dernières potins mondains.
- Allons, allons, reprit Danila, nous n’avons que deux jours et j’ai l’impression que l’affaire semble vraiment mal engagée.
Elle se mit à scruter Zeïna de la tête au pied.
- Comme le disait les rumeurs la demoiselle est fort jolie, mais voyons si la grâce est aussi un de ses talents tout autant que celui de diriger un navire.
- Pardon ?
La jeune fille ne comprenait toujours pas la présence de cette femme ici.
- Et bien, n’a-t-elle pas été prévenue de ma venue ?
- J’ai voulu lui garder la surprise, fit Cryanne, et je pense que vous aimerez lui dire par vous-même ce que vous allez lui enseigner.
Danila Dé Hydalis hocha la tête, elle regarda alors Zeïna.
- Mademoiselle, j’ai appris votre problème, et j’ai décidé de vous aider, je vous promets de faire de vous en seulement deux jours une danseuse talentueuse !
La jeune fille poussa une exclamation de surprise en manquant de s’étouffer.
- M’apprendre à danser en deux jours ?! Mais c’est impossible.
La femme fit un signe négatif de la main.
- Détrompez vous, je donne des cours de danse à toutes les filles de bonnes familles de Calasta, je n’ai jamais connu d’échec. De plus nous avons la chance d’avoir des musiciens et un très bon partenaire.
Trachedo Yago leva son violon.
- Je sais aussi bien joué des airs de marin que des valses.
- Et moi, intervint Gouran, je suis un excellent pianiste.
La jeune fille se mit soudain à espérer, mais il restait encore une inconnue.
- Mais si Gouran joue du piano, qui sera mon partenaire ?
- Et bien moi, fit Lantis en levant la main.
Zeïna le regarda surprise, le maître d’arme se gratta la nuque gêné.
- En fait, expliqua-t-il, quand j’étais chef de mercenaires pour escorter les navires, je me suis rendu à plusieurs bals donnés par des marchands, alors j’ai appris à danser et je dois dire que je ne me débrouille pas si mal.
- Bien, maintenant que tout est en place, passons à la leçon, fit Danila, mais tout d’abord, il va falloir faire une chose.
Elle regarda les bottes de la jeune fille avec dédain.
- Il me faut enlever ces choses peu gracieuses à vos pieds.
- Le problème, c’est que je n’ai pas d’autres chaussures qui pourraient faire l’affaire, lança Zeïna penaude.
- Pas d’inquiétude, j’ai pensé à cela également.
La femme du médecin prit l’une des boites et les tendit à la jeune fille. En l’ouvrant, elle découvrit des escarpins blancs avec un léger talon. La capitaine fit la moue en les voyant, elle n’avait que très rarement porté ce genre de chaussures.
- Je ne suis pas sûre que …
Danila Dé Hydalis lui coupa la parole presque à l’instant.
- Je ne veux rien entendre, mettez ses escarpins.
Zeïna se figea sur place, le ton de la voix de la femme ressemblait à celui de sa nurse quand elle était toute petite, un ordre sans appel. Elle retira alors ses bottes qu’Acoya récupéra, puis elle enfila les escarpins. Elle se remit debout et fit quelques pas en marchant lentement en tremblant, mal assurée. Sa professeure de danse regarda ce spectacle affligeant, elle n’aurait pas cru que le problème était si grand.
- Et bien, je crois que nous avons beaucoup de travail devant nous.
La jeune fille se rattrapa à Acoya, manquant de tomber, Cryanne ne put s’empêcher de pouffer de rire, tout comme Trachedo Yago et l’elfe des mers. Zeïna grogna de colère et de frustration devant sa maladresse incontrôlable.
- J’ai l’impression que mon autorité vient d’en prendre un coup …
- Et se n’est que le début, lança Cryanne.
- Il y aura des répercutions, tu t’en doutes ? Répondit la capitaine avec une voix neutre.
- Je m’en doute ma chérie, mais pour le moment, je passe un très bon moment.
Danila frappa dans ses mains pour ramener un peu le calme.
- Gouran, mets toi au piano s’il te plait, Mr …
- Trachedo Yago, pour vous servir noble dame.
L’homme effectua une grande révérence.
- Mr Yago alors, tenez-vous prêt également.
Lantis prit la place d’Acoya et soutint la jeune fille encore mal assurée, l’elfe rejoignit la métis contre un mur en simple spectatrice. Zeïna regarda le maître d’arme, il affichait un air rassurant en souriant avec douceur. Elle se rendit compte qu’elle était pressée contre lui, sentant presque son cœur battre, ses mains dans celle de son subalterne. Elle rougit de manière incontrôlable en baissant les yeux, Lantis se sentit trop proche de sa capitaine soudainement. Il prit la parole pour tenter de calmer la jeune fille autant que lui-même.
- Tout va bien se passer, fit Lantis, je vais te montrer les pas et tout devait bien se passer.
Zeïna releva la tête en osant à peine le regarder.
- Tu es sûr ?
- Oui, et même si tu me marches sur les pieds, c’est normal au début.
- Etes-vous prêts ? Demanda Danila à leur coté.
Lantis hocha la tête, imitée par la jeune fille qui ne le pensait pas vraiment.
- Bien, alors écoutez moi bien Zeïna, je vais vous dire quoi faire et vous allez suivre mes indications, votre partenaire devrait combler votre manque d’expérience.
Elle opina sentant une boule se former dans sa gorge, alors qu’elle avait affronté des pirates dans de grandes batailles, il semblait que cette épreuve la rendait encore plus nerveuse.
- Gouran, tu peux y aller, une valse simple, rien de plus.
Le médecin fit un signe à Trachedo Yago qui lui rendit, puis il inspira longuement et se mit à jouer. L’homme laissait promener ses doigts sur le clavier avec attention, une nouvelle facette du docteur se dévoilait sous leurs yeux. La mélodie était harmonieuse et entraînante, le violoniste n’eut aucun mal à suivre la musique du pianiste.
Danila frappa dans ses mains pour marquer le rythme et donna le départ de la leçon.
- La valse est une danse très simple, il y a seulement besoin de suivre le rythme et son cavalier, nous allons commencer par une valse à trois temps, la plus simple pour moi.
La femme se mit à battre des mains en énonçant les pas à faire. Lantis se mit à bouger sur la musique avec une élégance que Zeïna n’avait encore jamais soupçonné chez lui. Elle tenta de suivre les pas de son partenaire, mais elle commença par piétiner sur place en marchant allégrement sur les pieds du maître d’arme.
La jeune fille baissa là tête pour tenter de voir ses pieds et éviter d’autres accidents, elle avait peur de tomber également, juchée sur ses talons inconfortables. Ne montrant aucune douleur, il la tint fermement contre lui et continua de danser tout en lui donnant des conseils.
- Ne regarde pas en bas, tu n’as pas besoin de voir tes pas.
Zeïna leva précipitamment la tête.
- Tes gestes doivent devenir naturels, reprit Lantis avec une voix calme et assurée, ne réfléchis pas à ce que tu dois faire, laisse toi guider par la musique.
La jeune fille regarda le maître d’arme surprise, leurs regards restèrent figés et elle se laissa mener par les mouvements de son partenaire. Les débuts chaotiques se muèrent lentement en des pas plus harmonieux, Danila Dé Hydalis n’eut plus besoin de dire les pas, elle se contentait de marquer la cadence, un petit sourire de satisfaction sur les lèvres.
Cryanne regardait le couple danser avec amusement, ces deux là allaient parfaitement ensemble comme s’en douter. Elle avait bien du mal à ne pas afficher un visage triomphant en voyant le résultat positif de ses petits arrangements.
Zeïna butta soudainement dans le pied de son partenaire et perdit l’équilibre, Lantis la rattrapa de justesse, évitant la chute. La musique s’arrêta aussitôt, et le professeur vint tout de suite voir si son élève se portait bien.
- Mademoiselle Dé Feryo, vous allez bien j’espère, il ne manquerait plus que vous vous blessiez à une cheville.
- Non, non je vais bien, heureusement que Lantis était là.
L’homme hocha la tête sans dire un mot en l’aidant à se remettre sur pied.
- Alors que pensez-vous de cette première fois ? Demanda Danila Dé Feryo.
- Et bien, je suis surprise, je ne m’attendais pas à réussir aussi bien mes premiers pas de danse, même si j’ai copieusement marché sur les pieds de Lantis, je suis désolée.
- C’est le début, ne t’inquiète pas pour mes pieds, répondit le maître d’arme.
La professeure s’écarta alors de la jeune fille regardant ses jambes.
- Regardez, vous avez déjà fait des progrès, vous ne tremblez plus et vous avez l’air de marcher normalement.
Zeïna devait lui accorder ce point là, elle fit quelques pas plus assurés qu’au tout début de la leçon. Elle avait finit par se faire à la marche sur ses talons, rien que ce fait était pour elle une grande victoire.
- Bon alors, reprit Danila Dé Hydalis, nous allons pouvoir continuer.
- Je ne peux pas me reposer un peu, tenta la capitaine.
- Nous n’avons pas le temps hélas, une fois que la valse à trois temps sera parfaite, nous passerons à celle à cinq temps, puis à celle à huit temps, cela devrait suffire je pense. Pour la suite, j’ai pensé à changer de style de musique, il vous faut connaitre absolument les danses des Iles Grégoises, se sont les préférées du gouverneur il y en aura obligatoirement. Il y a aussi cette nouvelle danse qui fait fureur, la gigue, je dois vous l’apprendre également.
Zeïna écarquilla les yeux de stupeur, elle ne pouvait pas faire tout ça en seulement deux jours, c’était tout bonnement impossible, inimaginable même. Elle chercha du secours du regard parmi les autres personnes présentes, mais elle ne vit que des sourires entendus. La jeune fille était prise au piège dans leur filet sans aucune possibilité de fuite.
Lantis tendit la main dans sa direction pour lui dire de venir.
- Tu n’as pas le choix de toute façon.
- Mais … Mais je …
- Aller en place, lança Danila Dé Hydalis guillerette.
Les premières notes de musique se faisaient déjà entendre, elle ne pouvait plus reculer. Zeïna prit la main de Lantis pour continuer sa leçon, elle se demandait dans quel état elle serait après ces deux jours et si ses chevilles allaient tenir le coup. La capitaine partait pour un combat d’un nouveau genre, et elle ne sentait pas la victoire acquise.
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