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Jeudi 31 mai 2012, 12:36


Voici une histoire écrite par Trimor et dont le titre est Chevalier - chapitre 76 - Derniers efforts.

Bonjour les lecteurs ^^

Les combats touchent à leur fin, nos compagnons doivent maintenant affronter les derniers obstacles pour remporter le combat. Que va t'il se passer pour Onèan ? Va t'il retrouver son calme et sa conscience grâce à Anya ?
Les efforts d'Oroky seront ils suffisant pour sauver Lynaïs ?

Je vous invite à lire ce chapitre pour connaitre les réponses, très bonne lecteur et n'hésitez pas à mettre des commentaires.


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CHAPITRE 76
Derniers efforts


Les flammes dévoraient le sol à la recherche de ses proies, la créature tournait la tête en tout sens pour attraper les petits êtres qui la tourmentaient. Autour de lui, trois personnes faisaient leur possible pour détourner l’attention de la salamandre de feu. Une telle entreprise comportait des risques, une réaction trop lente ou une chute soudaine pouvait entrainer une mort rapide.
Mel fit voler ses deux épées devant elle produisant un courant d’air puissant qui atteignit le monstre de flamme. Aussitôt, elle fut prit pour cible, une patte tenta de l’attraper tout d’abord, puis une boule de feu s’approcha de la chevalier. La jeune fille bondit de toutes ses forces pour éviter le projectile, alourdie par son armure elle frôla de peu les flammes, sentant la chaleur du brasier à quelques centimètres.
La jeune fille se cacha derrière un rocher pour chercher son souffle, Brom apparut à ses cotés. Il portait des traces de brûlures mais rien de grave, il ne semblait pas autant gêné pour respirer que les autres, habitué à la chaleur de sa forge. Le jeune homme se pencha vers Mel en tenant un poignard dans une main, elle le regarda inquiète.
- Tu veux en faire quoi de ce couteau.
Brom sourit.
- Tu n’as pas à t’inquiéter, j’ai vu que ton armure te gêner pour bouger je vais te l’enlever rapidement
- Ce n’est pas en donnant des coups de couteau au hasard que tu me l’enlèveras, fit remarquer la jeune fille.
- Je suis forgeron je connais où sont les attaches.
Yurda bondit pour échapper à un coup de patte et lança un appel désespéré.
- Un peu d’aide s’il vous plait !
- Occupe le encore quelques minutes, répondit Brom affairé.
L’écuyer écarquilla les yeux.
- L’occuper ?
Le jeune homme se mit alors à courir dans tous les sens, poursuivit par le monstre. Il commençait à croire que la créature s’amusait comme un chat avec une souris, bloquant plusieurs fois le passage. Elle cracha plusieurs petites boules de feux pour le coincer entre ses griffes et ses flammes.
Yurda prit une grande inspiration et fonça sur les projectiles, il slaloma au départ avant d’effectuer une glissade sur le sol. Les flammes passèrent juste au dessus de sa tête, dans un mélange de nuances avec du orange, du jaune et du rouge. Il ne perdit pas de temps pour contempler le spectacle, se redressant immédiatement pour contrer la prochaine attaque. Il regarda l’endroit où ses deux compagnons étaient toujours cachés.
- Vous allez vous presser !
L’écuyer dut plonger de nouveau sur le sol et courir pour échapper aux griffes acérées.
Derrière le rocher, Brom achevait de couper le dernier lien retenant le plastron, Mel poussa un soupir de soulagement en ne sentant plus le poids de l’armure.
- Je respire mieux, merci.
- Je te laisse les jambières et les protections au bras, méfie toi maintenant, tu n’es plus autant protégée.
La jeune fille ne portait plus qu’une chemise longue, elle le regarda avec un peu d’embarras.
- Il faudrait encore un peu d’aide, je voudrais que tu tranches le cordage de ma gaine, je ne peux plus respirer s’il te plait.
Brom s’empourpra en entendant la demande, mais in n’avait pas le temps de se sentir gêné pour l’instant. Il passa les mains sous la chemise de la jeune fille et coupa les cordelettes, libérant le corps de la chevalier qui poussa un soupir de soulagement en souriant.
- Merci, je n’en pouvais plus de cet engin de torture.
- Plus rien ne t’entrave maintenant ?
- Non, mais comme tu l’as dit, je suis beaucoup moins protégé je dois faire attention. Mais j’ai gagné en rapidité et je compte bien m’en servir.
Une nouvelle explosion fit voler des pierres calcinées sur eux, ils toussèrent en se protégeant les yeux. Les deux jeunes gens relevèrent vivement la tête, Yurda était toujours vivant, couvert de cendres.
- Rejoignons-le avant qu’il ne s’effondre de fatigue, lança Mel en sortant de sa cachette.
Brom en fit autant en grimaçant de douleur, quelques brûlures étaient plus profondes que les autres. Il regarda alors le cœur des flammes en cherchant à distinguer son ami au milieu, mais il n’arrivait pas à le discerner.
- Je t’en pris Onèan, reviens à la raison.
Le forgeron s’élança à son tour au devant de la créature, les dents serrées.


Près de l’immense corps de flamme, une petite tache marron tentait d’entrer en contact avec l’être vivant perdu dans l’océan embrasé. Anya appelait toujours en criant le nom de son amant, mais il n’y avait aucune réaction. Elle devait bien s’en rendre compte, le ramener à la raison ne serait pas aussi simple.
- Comment je vais faire ?
La jeune fille regardait les flammes bondissantes sur le corps de la créature, la chaleur était intense comme celle d’une forge. En voyant les cadavres éparpillés un peu partout sur la plaine, elle savait que le feu était bien réel et très dangereux.
La koradji tenta d’approcher la main, une langue de flamme la toucha. Elle poussa un cri de douleur en sentant la morsure, elle étouffa les flammes rapidement en serrant les dents. Des larmes dans les yeux sous le coup de la douleur, elle essaya de se remémorer ce que lui avait dit Oroky. Son pouvoir agissait sur les sentiments, si elle n’avait pas peur alors les flammes ne la bruleraient pas.
Anya pesta, ces paroles étaient bien belles, mais comment arriver à ne pas craindre un élément qui détruisait tout sur son passage. Sa main brulée en était la preuve concrète, jamais elle ne pourrait faire abstraction de ce fait.
Une nouvelle explosion retentit tout proche, elle tourna la tête pleine d’appréhension pour ces autres compagnons. Elle soupira de soulagement en les voyant continuer à harceler la créature, ils ne semblaient pas blessés mais pour combien de temps encore arriveraient ils à échapper à la salamandre déchaînée ?
La jeune fille enrageait, si ce pouvoir était en elle, pourquoi n’arrivait elle pas à le sentir ? Elle maudissait son manque d’expérience et sa faiblesse, la perte de Lynaïs était déjà difficile, mais elle ne voulait pas perdre quelqu’un d’autre, et surtout pas celui qu’elle aimait.
Elle ferma les yeux et calma les battements de son cœur, il ne servait à rien de s’énerver. La magie faisait appel au mental, en étant détendue elle pourrait y voir plus clair. Sa respiration se fit plus régulière et son esprit s’éclaircit. Une fois prête, Anya plongea au fond de son âme pour chercher ce pouvoir. Il était là quelque part en elle, il fallait qu’elle trouve le moyen de le retrouver et de l’apprivoiser.
La koradji chercha de longues minutes qui lui parurent des heures, mais rien ne vint. Elle commençait à perdre son calme de nouveau, et le cri de la salamandre acheva de la déconcentrer. La créature était presque complète, il ne manquait plus que l’extrémité de la queue. La jeune fille avait compris qu’une fois totalement formé, le béhémoth de feu aurait tous ses pouvoirs.
Anya tomba à genou, des larmes coulant sur son visage, elle se mit à frapper de ses poings le sol. Ses mains s’écorchèrent sur les pierres envoyant des gouttelettes de sans dans les airs à chaque fois qu’elle remontait les bras.
- Je suis inutile, inutile !
Elle resta prostrée dans cette position.
- Pourquoi je ne peux rien faire ? Si j’ai un si grand pouvoir, pourquoi ne vient il pas à moi quand j’en ai besoin ?!
Des sillons de larmes marquaient ses joues, traçant des sillons sur sa fourrure maculée de cendre. Au comble du désespoir, elle se releva en fixant le mur de flamme que formait le flanc de la salamandre gigantesque.
- Onèan, je ne veux pas te perdre toi aussi.
Anya sentit soudain comme un déclic dans son corps, une porte venait de s’ouvrir en elle. La jeune fille regarda ses mains qui la picotaient, un halo blanc se forma sur ses doigts. Peu à peu la lumière progressa sur les avant bras, les bras, les épaules. Le même phénomène se reproduisait sur ses jambes, montant sur sa taille.
Le halo la recouvrit totalement, la koradji se sentait différente, comme avançant dans un rêve. Devant elle, les flammes brulaient au ralenti, elles semblaient faire partie d’un monde différent du sien. Elle se leva et marcha vers le poitrail de la créature, elle tendit la main et les flammes s’écartèrent pour éviter d’entre en contact avec la lumière.
La jeune fille avait réussi à découvrir le secret de son pouvoir même si elle ne savait pas vraiment comment. Mais il n’y avait plus de temps à perdre, sans plus d’hésitation, elle plongea au cœur du brasier, protégée par le halo. Elle dut faire quelques pas pour arriver à marcher correctement, elle ne touchait plus le sol, flottant dans l’air.
Les flammes continuaient de s’écarter à son passage, elles avaient peur de cette lumière que dégageait de son corps. Anya tourna la tête, cherchant à retrouver la silhouette d’Onèan. Elle l’aperçut finalement, il se tenait à l’emplacement du cœur de la créature.
En quelques enjambées, elle fut sur lui, le jeune homme se tenait bien droit, les bras le long du corps. Son visage n’affichait aucune expression, les yeux perdus dans un vide lointain. La jeune fille s’approcha de son amant et lui fit face, elle voulut le toucher mais elle s’abstint. Après quelques instants d’hésitation, elle l’appela doucement.
- Onèan, c’est Anya, je suis venu te chercher.
Elle espérait de tout son cœur qu’elle arriverait à le ramener à la raison.


Elifain bloqua le gourdin avec son arc en le tenant à deux mains, elle pouvait remercier l’artisan qui l’avait fabriqué, un arc normal se serait brisé sous le coup. Avec agilité, l’elfe tenta de frapper les chevilles de son adversaire. Le barbare encaissa en poussant un cri de douleur, mais il resta debout.
L’homme releva son gourdin et frappa de nouveau devant lui, mais Elifain sauta en arrière en un bond gracieux. A cette distance ces flèches ne lui serviraient à rien, elle mettrait trop de temps pour viser son adversaire. Elle jeta un rapide coup d’œil derrière, elle s’était rapprochée du shaman en plein méditation.
Le taugre poussa un cri de guerre et chargea l’elfe en brandissant son gourdin. Il voulait apparemment la prendre vivante pour en faire une esclave. L’archère garda sa position jusqu’au bout malgré le danger qui s’approchait. Au tout dernier moment, elle plongea en avant passant entre les jambes écartées de l’homme. Elle avait calculé son timing comme il faut, laissant son adversaire sur place.
Le barbare se retourna en pleine course pour reprendre sa chasse, il dérapa sur une pierre et s’écroula sur le sol. Elifain ne perdit pas un seul instant, elle saisit son arc et une flèche dans son carquois et tira dans le même temps.
Le taugre voulut se retourner pour éviter le projectile, mais la jeune fille avait imprimé un peu de magie dans sa flèche. Elle fit changer la direction au denier moment, transperçant la poitrine de son adversaire. Il mourut en poussant un hoquet de surprise, n’arrivant pas à comprendre comment la flèche avait elle fait un virage.
Elifain se releva pour voir si les autres adversaires étaient morts. Elle en avait deux avec un premier tir et un troisième avant qu’ils ne soient sur eux. Deux avaient foncé sur le koradji et un dernier sur elle. Elle encocha une flèche sur son arc et chercha le shaman.
Ses yeux s’agrandirent de surprises en voyant le cou d’un dragon sortir du bâton du vieil homme. L’un des guerriers étaient morts, l’autre cherchait à percer les défenses du dragon. L’archère comprit que l’utilisation fatigué Sekti qui se cramponnait à sa canne pour ne pas tomber. Elle visa soigneusement le dernier barbare, et quand elle eut la possibilité elle tira, le tuant net sur le coup.
L’elfe se précipita sur le shaman pour le soutenir avant qu’il ne s’écroule. L’étrange tête de dragon se pencha alors sur le vieil homme en poussant un soupir.
- Je vais bien ne t’en fait pas, répondit Sekti.
- Vous êtes comme Onèan, fit remarquer Elifain.
- Tu as tout compris, mais je suis bien trop vieux pour user de tant de force aussi longtemps.
Le shaman flatta le museau du dragon qui vint se frotter au koradji, puis il disparut dans la canne comme l’aurait fait la salamandre d’Onèan.
- Aide moi à marcher jusqu’au campement, je dois renouveler la préparation des coupelles.
Soutenu par la jeune fille, Sekti parvint jusqu’aux deux corps inertes. Il arriva juste à temps pour remettre des ingrédients, le mince filet de fumée retrouvant sa régularité. Le shaman soupira en s’asseyant sur le sol, il se frotta la nuque douloureuse.
- Il y avait longtemps que je ne m’étais pas battu ainsi.
- Le danger est écarté maintenant.
Sekti hocha la tête.
- Tout est entre les mains d’Oroky dorénavant.
Elifain resta debout pour surveiller les alentours en cas de mauvaises rencontres. Elle ne voulait pas rester assise sans rien faire, elle en était incapable. La jeune fille laissa son regard porter en direction de la grande forme enflammée au loin, elle espérait de tout son cœur que tout se passerait bien.


Oroky tentait de conserver son calme, à nouveau il avait du reculer sous l’assaut des esprits de l’air. Ils n’étaient pas vraiment méchant, ils ne cherchaient pas à lui faire du mal, mais ils ne pensaient qu’à une seule chose, s’amuser. Et pour le moment, leur amusement principal était d’empêcher le shaman de passer.
Le vieil homme avait autre chose à faire que de jouer avec les esprits folâtres. Il joignit les mains devant lui, et il les écarta soudain en poussant un cri, usant de ses pouvoirs pour décupler sa voix. Pris de panique, les esprits de l’air s’enfuirent en tout sens sous le coup de la surprise, libérant enfin la voie.
Le shaman se remit en route avec empressement avant qu’ils ne reviennent, ils avaient dépensé assez d’énergie et de temps avec ces petits diables. Ils planaient le visage dirigé vers le bas cherchant un endroit bien précis. Il n’avait encore jamais été aussi loin dans le monde des esprits, il avait même croisé quelques créatures qu’il ne connaissait pas. Par précaution, il avait tout fait pour ne pas les approcher, cachant même sa présence par un petit tour de magie.
Soudain, le koradji stoppa sa progression, il fut en vu de ce qu’il cherchait, une série d’étang flottant dans les airs. Il piqua du nez pour s’en approcher, les pièces d’eaux formaient un grand escalier où l’eau se déversait en toute liberté. Oroky remarqua une cascade dans le sens inverse qu’elle devait couler, l’eau remontait ainsi le courant pour retrouver le premier étang. L’ensemble formait un cycle éternel qui se renouvelait sans cesse.
Le shaman trouva la pièce d’eau principale, elle était au centre du cycle, formant un grand lac. Les abords étaient ombragés avec des saules et des frênes élégants, des naïades se reposaient sur les rivages. Au centre du lac se tenait une petite ile circulaire arborée, une grande fontaine d’eau pure jaillissait dans un bassin de marbre blanc.
Oroky se posa sur l’ile avec grâce, sa forme spectrale avait bien des avantages. Immédiatement, deux imposants ondins l’entourèrent, leur lance acérée dirigée dans sa direction. Le vieil homme savait très bien que ses armes pouvaient aussi bien le tuer ici que dans le monde des mortels d’où il venait.
Pour montrer qu’il ne leur voulait aucun mal, le koradji écart les bras pour montrer ses paumes vides. Les deux gardiens baissèrent leur lance non sans fixer l’étranger.
- Que viens-tu faire ici shaman ? L’agitation règne dans le monde des esprits, il est dangereux de s’y rendre.
- J’avais remarqué vous savez.
Les ondins ne bougeant pas, Oroky les foudroya du regard.
- Vous allez me laisser passer, je suis un peu pressé.
Les gardiens écarquillèrent les yeux de surprise en entendant le ton employé par le visiteur mortel. Ils s’écartèrent tout doucement sans le quitter du regard, mais le shaman qui se fichait pas mal de leur état d’âme passa sans leur accorder un coup d’œil. Il se dirigea directement vers la fontaine de marbre croisant quelques ondins qui le suivirent à distance.

Enfin le koradji arriva devant le bassin de pierre, il trouva la personne qu’il était venu voir. Elle avait l’apparence d’une elfe, ses cheveux étaient comme de l’eau vive dévalant le flanc d’une montagne tombant jusqu’à ses pieds. Sa peau était blanche presque translucide, avec des yeux noirs sans pupilles. Elle était drapée d’un simple voile qui ne cachait en rien les courbes voluptueuses de son corps.
Le vieil homme s’inclina avec respect devant la femme qui s’était retournée face à lui pour l’accueillir.
- Oroky, shaman des Chênes Noirs, bienvenu aux sources de la vie.
- Bonjour à vous Analya, Gardienne du cycle éternel, merci pour votre accueil bienveillant.
Elle caressa l’onde de l’eau de sa fontaine de ses longs doigts d’albâtre.
- Que venez-vous chercher dans mon domaine ?
Le shaman vint directement au sujet de sa venue.
- Je suis venue demander votre grâce pour une âme qui vous a rejoint il y a peu.
La gardienne pencha la tête vers lui.
- Vous savez très bien que je ne peux accéder à une telle requête.
- Pourtant c’est différent pour cette âme, elle portait la Grâce de la Dame.
Analya retira sa main de l’eau, portant plus d’attention à son interlocuteur.
- Seul les grands maîtres de l’ancienne Yghasia avaient le pouvoir d’en créer, même moi je croyais qu’ils avaient tous disparu.
- Mais elle en avait bien un autour de son cou, les dieux m’ont donné la chance de m’en servir par le biais d’une vision, je veux sauver cette âme.
La Gardienne hocha la tête.
- Tu sais que l’utilisation de cette magie demande une compensation.
Oroky fit un petit sourire en coin.
- Je le sais en effet, et je suis prêt à prendre ce risque.
- Tu es un shaman expérimenté, répondit elle, tu connais très bien ce qui peut arriver. Veux-tu que la Grâce de la Dame lui soit donnée ?
Le vieil homme prit une profonde inspiration, il avait fait son choix au moment où il avait pénétré dans le monde des esprits.
- Oui, je vous l’implore Gardienne du Cycle éternel.

Analya se tourna vers la fontaine, elle posa les deux mains jointes sur sa poitrine et elle se mit à chanter, les yeux clos. Sa voix était douce et belle, elle mêlait la joie et la tristesse, les rires et la mélancolie. Les autres créatures de l’étang reprirent son chant, l’air vibrait d’une magie encore jamais vu par Oroky. Il se sentait transporté par chaque note de musique, sentant son esprit se perdre dans une eau calme et limpide.
La gardienne ouvrit les yeux tandis que les esprits de l’eau poursuivaient leur chant. Une lumière naquit entre ses mains qu’elle immergea dans l’eau de la fontaine. La lumière amplifia dans l’onde translucide devenant presque aveuglante. La femme mit alors ses mains en coupe et avala la lumière avec l’eau de la fontaine.
Le shaman resta bouche bée devant le spectacle extraordinaire auquel il assistait. La gardienne s’était remis à chanter d’une voix douce, dans son corps, la petite lumière descendait lentement. Elle s’arrêta dans le ventre de la gardienne, et celui-ci se mit à grossir tout doucement, la lumière s’agitant de plus en plus.
En quelques instants, Analya eut du mal à tenir debout et à chanter juste, son ventre devenant aussi gros qu’une femme enceinte prête à accoucher. Deux colonnes d’eau apparurent dans le sol et soutinrent la gardienne, le travail commença. Elle poussa des cris en s’accrochant à l’eau comme à des cordes, elle donna un dernier hurlement avant de s’affaisser, soutenue par l’eau protectrice.
Couverte d’un sang bleu, la petite boule de lumière était maintenant aussi grande qu’un petit bébé. A peine l’accouchement terminé, la gardienne se mit à genou devant son enfant et le fit grandir en chantant doucement, puis de plus en plus vite écartant les bras. La forme lumineuse grandit encore et encore, passant de l’enfance à l’adolescence en quelques instants.
Après une dernière note aigue, la gardienne termina son chant en posant une main sur la tête de la lumière à forme humaine.
- Félicitation pour ta deuxième naissance, Lynaïs Amarra de Winrya.
Oroky avait du mal à contenir les battements de son cœur, il venait d’assister à un véritable prodige. L’âme de la jeune fille se dressait devant lui, la vie pouvait de nouveau être insufflée dans son corps. Analya regarda le shaman avec un mélange de pitié et de tristesse.
- Hélas, cette naissance m’a demandé beaucoup d’énergie, plus que je ne le pensais, je ne peux soigner son corps, si elle reprend vie maintenant, alors elle mourra aussitôt.
- De quoi avez-vous besoin pour la sauver ?
- D’une autre vie, ainsi va le cycle.
Le shaman soupira en secouant la tête, jusqu’où allait-il devoir aller pour ces jeunes imbéciles ? Il sourit, sentant autant de tristesse que de joie dans son cœur, cette décision serait surement mal comprise par certains mais il s’en fichait. Il avait vu dans les yeux de Sekti qu’il se doutait de l’issu de ce voyage spectral, tout comme lui.
- Elle est à vous, noble gardienne.
- Tu es sûr de ton choix ?
Oroky haussa les épaules.
- Je vais pouvoir enfin me reposer, que demander de mieux à mon âge.
Analya s’approcha du shaman, elle se pencha vers lui et l’embrassa à sa grande surprise. Il sentit son cœur cesser de battre presque aussitôt, son lien avec son corps mortel venait de se briser. La gardienne se tourna alors vers l’âme de Lynaïs et elle souffla sur son visage. Elle revint près de la fontaine, ses yeux remplis de tristesse quand elle regardait le shaman.
- Voilà, l’échange a été fait, elle se réveillera dans quelques instants avant de réintégrer son corps où toutes les blessures disparaitront en même temps.
Les yeux de la jeune fille se mirent à papillonner, et elle les ouvrit d’un seul coup, la surprise s’affichant sur ses traits.
- Mais … Comment je suis arrivée là ?
Déjà le portail qui la ramènerait dans son corps s’ouvrait dans son dos, le shaman n’avait que quelques secondes pour lui parler.
- Lynaïs, écoute-moi sans parler, tu as une deuxième chance grâce au don du Gardien du tombeau d’Hadak. Dis à Onèan quand tu le verras de ne plus se laisser envahir par la douleur, quand il contrôlera son cœur, il contrôlera son pouvoir, alors il découvrira la véritable force d’un mage paladin.
L’archère était totalement perdue, derrière le portail était presque complètement ouvert.
- Je ne comprends pas ce que vous me dites.
- Je m’en doute, mais Sekti t’expliquera tout, n’est crainte, tu vas bientôt partir.
Il sourit avant d’ajouter.
- Dis adieu à tout le monde de ma part.
- Pourquoi, vous ne venez pas, attendez …
Le reste de sa phrase se perdit quand le portail emporta l’âme de la jeune fille vers son corps et le royaume des mortels. Oroky poussa un soupir, c’était terminé, il avait rempli son ultime devoir.
- Je pense que maintenant je dois me retirer pour rejoindre le monde des morts.
- Pas tout à fait shaman des Chênes Noirs, ton courageux sacrifice m’a ému, je voudrais t’inviter à rester dans mon domaine.
Le vieil homme leva un sourcil interrogateur, la proposition n’était pas à prendre à la légère. Une naïade sortit soudain de l’eau, suivi de deux autres toutes aussi belles et peu vêtues. Le koradji hocha la tête en arborant un grand sourire.
- Je pense que je vais pouvoir me faire à cette après vie.


Anya tendit les bras vers son amant.
- Onèan, c’est moi, je suis là pour t’aider.
Le mage paladin tourna son visage terne face à celle qui venait de parler. La koradji ne reconnut pas le jeune homme rieur et courageux qu’elle connaissait. Il n’avait plus l’air que d’une coquille vide, sans âme, où aucune lumière ne semblait vivre. Elle sentit son cœur se serrer de le voir dans cet état, elle devait tout faire pour le sauver.
- Les orcs ont fui la bataille, il n’y a plus besoin de se battre, tu peux te calmer.
La jeune fille espérait ainsi faire baisser la soif de combat de la salamandre. Onèan pencha la tête sur le coté, cherchant à comprendre ce que disait son interlocutrice. Il secoua la tête négativement, reprenant la même pose qu’il avait au départ. Anya venait d’essuyer son premier échec, mais elle ne s’arrêterait pas là.
- Tu ne veux pas détruire ce que tu as toujours voulu protéger, si la salamandre l’emporte sur toi alors tout disparaîtra.
Il y eut un léger mouvement d’épaules, elle avait réussi à atteindre la conscience d’Onèan. La koradji devait continuer à toucher son cœur pour atteindre son esprit, elle regarda son compagnon avec tendresse.
- Je n’aurais jamais cru que je puisse autant m’attacher à des humains, je les haïssais pour ce qu’ils avaient à ma famille, pourtant tu es apparu et tous tes amis avec toi. Je me suis rendue compte à quel point je me trompais.
Anya fit un pas de plus devant Onèan, les flammes s’intensifièrent comme pour la stopper, mais elle continua d’avancer tout en parlant, ignorant le danger qui l’entourait.
- Je suis tombée amoureuse de toi sans vraiment m’en rendre compte. Enfin je ne voulais pas le croire avant que je ne lise la vérité dans mon cœur et dans le tien. J’ai rencontré tes amis ensuite, si différents des autres koradjis, et en particulier Lynaïs.
Elle marqua une pause pour avaler sa salive, il lui était si difficile de parler de leur amie disparue.
- Même si nous étions rivales en amour, j’ai découvert en elle plus qu’une amie, elle est devenue ma confidente, une âme qui me ressemble tant que j’ai eu le cœur brisé à sa mort. Je voudrais pouvoir revenir en arrière, arriver à temps pour empêcher l’épée de trancher le fil de sa vie, tout comme toi.
La jeune fille affronta la tourmente du brasier, son pouvoir faiblissait et la chaleur du feu était insoutenable. Elle ne voulait plus arrêter, laissant son cœur parler à sa place.
- J’ai perdu Lynaïs, j’ai perdu une partie de mon âme avec elle, je ne veux pas te perdre toi aussi, s’il te plait reviens moi.
Anya plongea au cœur de la fournaise et prit le jeune homme dans ses bras. Elle sentit la chaleur pénétrait sa protection, sa peau devenant brûlante. Mais elle tiendrait, elle resterait dans cette position jusqu’à ce qu’il revienne à la raison.

Onèan ne semblait pas réagir, mais dans son esprit une bataille venait juste de commencer. Le jeune homme tentait de reprendre le contrôle de son corps, il luttait de toutes ses forces pour retrouver sa conscience. Il s’était laissé envahir par la tristesse, et son désir de vengeance n’avait été qu’une porte ouverte pour la magie de le posséder.
Sekti l’avait mis en garde sans vraiment lui expliquer, il n’avait pas voulu entrer dans les détails, trouvant que le moment était encore bien trop tôt pour venir à ses explications. Mais maintenant, il se trouvait bien démuni pour arrêter le terrible engrenage qui menaçait.
La conscience du mage paladin était perdue dans un océan de flamme qui le contraignait à l’immobilité complète. Quand il avait sentit l’arrivée d’Anya, il n’avait pas cru que cela soit possible, ses mots l’avaient touchés au plus profond du cœur. Sans pouvoir bouger, il voyait la chaleur et le feu ronger ses défenses, bientôt elle succomberait à son tour.
Onèan ne pouvait pas le supporter, il avait perdu Lynaïs, il ne pourrait jamais se pardonner de n’avoir rien pu faire. Il ne voulait pas voir sa compagne mourir à son tour sous ses yeux. Il se mit à hurler comme un possédé à l’intérieur de sa tête, il s’agitait dans tous les sens, tentant de repousser les flammes. Il fit tant de bruit, que la salamandre en fut perturbée, la tête de serpent apparut devant les yeux du jeune homme.
- Qu’est ce qui te prend ? Demanda la créature d’une voix sifflante. Je ne peux plus me concentrer pour me battre avec tout ce bruit, reste tranquille.
- Non je ne resterais pas sans agir, pas tant que j’aurais repris le contrôle.
La salamandre se fit menaçante avec un sifflement aigu.
- Je croyais que tu voulais le pouvoir pour te venger, c’est toi qui me l’as demandé par tes appels et ton désespoir.
- Oui je voulais me venger, mais pas de cette manière, pas en faisant le mal !
La créature se mit à rire.
- Le mal tu dis, mais où se trouve le mal si c’est pour combattre ces êtres faibles et insignifiants, notre pouvoir est bien au dessus du mal et du bien.
- Ensemble nous avons vaincu l’armée orc, mais regarde ce que nous faisons maintenant, il n’y a plus d’ennemi et pourtant tu nous pousses à continuer.
- La vengeance est éternelle, et nous ne l’avons pas achevé, il est toujours en vie, il faut continuer à se battre, pour elle, pour nous.
Onèan sentit la colère l’envahir de nouveau, mais il la repoussa.
- Je n’en peux plus, je ne veux plus me battre, je suis devenu un monstre.
La salamandre recula, affichant un air pensif.
- Je ne comprends pas, fit-elle incrédule.
- A quoi sert ce pouvoir si je ne suis pas capable de faire le bien autour de moi, à quoi sert ce pouvoir si mon feu tue autant mes ennemis que mes amis.
Le mage paladin baissa la tête.
- Anya est venue jusque là pour m’arrêter, au mépris de sa propre vie, elle souffre à cause de moi, tu combats mes amis et à tout moment tu peux les tuer. Je n’ai jamais voulu ça, je ne voulais que le pouvoir de me battre pour que plus aucun de mes amis ne meure.
Il désigna les flammes autour de lui.
- Oui je voulais avoir le pouvoir de me battre, mais si je ne suis pas capable de contrôler ce pouvoir alors … Autant ne pas le posséder.
La salamandre fixa le jeune homme avec intérêt.
- Tu serais donc prêt à abandonner ma flamme sans regret ?
Onèan releva la tête face à la créature.
- Si c’est pour sauver mes amis et celle que j’aime, je préfère ne plus l’avoir en moi.
Le serpent siffla bruyamment en se rapprochant de lui, elle n’était plus qu’à quelques centimètres de son visage.
- Ce pouvoir est ton héritage, tu ne peux pas le laisser tomber ainsi. Ce que tu as vu est la vraie force que je suis capable de t’offrir mais tu n’es pas capable de la maîtriser. Pour cette fois, je veux bien céder ma place pour que tu reprennes ton corps.
Le jeune homme sentit l’espoir renaitre en lui, voyant son expression, la salamandre voulut le mettre en garde une dernière fois d’une voix grondante.
- Je te fais cette faveur une fois, et une seule fois seulement ! Si tu dois refaire appel à toute ma force, tu devras être sûr de pouvoir la contrôler, je ne serais pas aussi généreuse avec toi dans le cas contraire.
Onèan hocha la tête, et s’inclina devant la salamandre.
- Je ne suis qu’un enfant imprudent et bien trop faible, je m’entrainerais tous les jours pour pouvoir de nouveau te parler et te montrer que je suis digne de toi.
La salamandre sourit.
- Je vois que tu as retenu la leçon, j’ai hâte de te retrouver.
Le serpent disparut devant les yeux du jeune homme, il se sentit alors soudainement tirer en arrière. Poussant un cri bref de surprise et de douleur, il sombra dans un puits sombre et sans fin, les images tournèrent dans sa tête et tout devint noir.


Mel était à bout de souffle, elle n’en pouvait plus, seul le pouvoir du vent des ses épées lui permettait d’esquiver sans peine les boules de feu. Elle leva la tête en direction de ses compagnons, Brom était couvert de suie de la tête au pied, il avait bien failli finir carbonisé par le dernier projectile incandescent lancé par la salamandre. La jeune fille porta son attention sur l’écuyer qui terminait leur trio, Yurda gardait les yeux fixés sur l’assaillant mais ses jambes tremblaient de fatigue.
Sans hésiter, Mel se lança sur le béhémoth de flammes, ayant un avantage sur les autres avec ses armes magiques, elle avait décidé de porter toute l’attention de la créature pour laisser ses camarades souffler. La stratégie réussit au-delà de ses espérances, un premier coup de griffe passa à quelques cheveux de sa taille. Elle se laissa tomber sur le sol en effectuant une roulade pour échapper à une nouvelle attaque.
Sans attendre la jeune fille se releva et donna un coup dans le vide de ses lames aussi vite qu’elle put. Elle effectua plusieurs bonds esquivant une à une les boules de feu lancées sur elle pour la stopper. Soudain, sur une nouvelle réception, sa blessure reçut lors de sa chute de cheval au début du combat la rappela à l’ordre.
Mel poussa un cri de douleur, et perdit l’équilibre lors d’une nouvelle esquive. Elle roula sur le sol brulé et se cogna la tête contre un rocher. Des étoiles dans les yeux, la jeune fille n’arrivait plus à se relever.
Brom et Yurda se précipitèrent en même temps pour l’aider, mais le géant de feu s’en était aperçut également. Il leva une de ses pattes et l’abattit en visant la jeune fille sans défense. Mel tenta de rouler sur elle-même mais elle était totalement désorientée par le choc. Le mort allait la frapper dans quelques instants et ses compagnons n’arriveraient pas à temps pour l’aider.
A quelques centimètres de s’écraser, la salamandre suspendit son geste. La jeune chevalier voyait les flammes bondir sous la peau du monstre, elle avait arrêté de respirer par réflexe. Elle poussa alors un long cri, le cou dirigé ver le ciel, les pattes se mirent alors à rétrécir sous les yeux des trois jeunes gens, la salamandre se recroquevillait lentement sur elle-même.
En peu de temps, du géant de flamme il ne restait plus qu’une boule incandescente. A son tour elle rétrécit encore pour se transformer en une langue de flamme, elle fut aspirée d’un coup et plus rien ne resta de la salamandre gigantesque. Au milieu de ce qui avait été l’enfer se tenait un couple serré l’un contre l’autre.
Brom et Yurda purent relever Mel, du sang s’écoulait de sa blessure à sa tête et elle avait besoin de soin. Ils se regardèrent, ils étaient bien vivant et n’en revenaient pas eux même d’avoir échappé à ce combat désespéré.
- C’est fini enfin, lâcha Yurda.
- Moi j’en connais un à qui je vais passer un savon, répondit Brom.
Onèan serrait contre lui Anya qui était encore brûlante, elle enfouissait sa tête dans son cou en pleurant. Le mage paladin fermait les yeux, caressant les cheveux de son amante.
- Je savais que tu pouvais revenir, murmura t’elle entre deux sanglots.
- Sans toi je n’aurais rien pu faire.
Son corps était engourdi et le faisait souffrir, il respirait avec peine, la bouche sèche et les lèvres craquelées. Mais rien de tout cela ne pouvait l’empêcher de se sentir soulagé que tout soit enfin terminé.


Maître Guyt’Ji leva soudainement la tête comme si quelqu’un venait de lui parler. Il avait les yeux écarquillés de surprise, il n’arrivait pas à croire ce qu’il ressentait.
- Mais comment cela est il possible ? Le destin de Lynaïs ne peut pas repartir !
L’elfe était pourtant sûr que son élève était morte, il avait vu cette épée et le sang. Pour Guyt’Ji, c’était bien la première fois que ses visions annonçaient la mort d’une personne et dont le destin se remettait en place juste après. Le Maître archer afficha un grand sourire, il était heureux de s’être trompé.


Lynaïs perdit tous ses repères, elle tombait sans fin dans un tunnel étroit et sombre. Une petite lumière naquit au loin et elle se rapprocha à une vitesse sidérante, elle se couvrit les yeux pour se protéger de l’éblouissement. Elle sentit un craquement sonore et une vive douleur la traversa dans tout son être.
Le corps de la jeune fille se dressa soudainement devant Sekti et Elifain poussèrent un cri d’effroi et de stupeur. Ils fixaient tous les deux celle qu’il croyait pourtant mort, l’elfe ouvrit la bouche sans pouvoir émettre un son. Lynaïs respirait rapidement, ses poumons étaient enflammés comme si elle respirait pour la toute première fois.
L’archère porta ses mains à sa poitrine, la déchirure faite par l’épée était bien visible dans ses vêtements. Elle pouvait sentir la peau douce sous ses doigts comme si rien ne s’était passé, elle avait du mal à y croire. Elle regarda les deux personnes devant elle qui était toujours stupéfaite, la jeune fille ouvrit la bouche et parla d’une voix rauque.
- Je … suis vivante.
Elifain se mit à pleurer en se jetant dans les bras de la jeune fille, Sekti regarda Oroky qui avait gardé la même position malgré la résurrection soudaine de l’archère. Le shaman baissa la tête, il comprenait comment son ami avait réussi à obtenir cette nouvelle vie. L’elfe s’était enfin détachée de son amie en essuyant ses yeux, elle avait encore du mal à le croire.
- Tu te sens comment ? Demanda Sekti.
Lynaïs cligna des yeux.
- Je crois, j’ai encore du mal à comprendre ce qui s’est passé.
- Je t’expliquerais tout, ne t’inquiète pas, mais dis moi as-tu vu Oroky avant de revenir dans ton corps ?
L’archère hocha la tête.
- Oui, mais j’ai du mal à me souvenir de ce qu’il m’a dit.
Elle se mit à réfléchir, et soudain elle releva la tête.
- Il m’a demandé de vous dire adieu …
Elifain regardait derrière son amie, Lynaïs se retourna à son tour pour voir le shaman assis en tailleur. Il ne bougeait pas, affichant un même visage serein qu’elle ne lui avait jamais vu auparavant.
- Il est …
- Mort, répondit Sekti en baissant la tête.
- Pourquoi ? Je ne le méritais pas.
Le shaman lâcha un soupir ironique en souriant.
- Ce vieil idiot n’en fait vraiment qu’à sa tête, mais je savais qu’il irait jusque là.
Il se leva pour s’approcher de son ami immobile pour lui toucher le cou, il hocha la tête.
- Tu vas me manquer, imbécile.
Sekti détourna les yeux pour ne pas montrer les larmes qui naissaient à leur coin. Lynaïs regarda le vieil homme, comprenant enfin les mots qu’il lui avait dit avant qu’elle ne disparaisse dans ce tunnel.
- Merci Oroky, murmura la jeune fille.
Le silence se fit sur le petit groupe, Sekti se redressa alors et étendit une cape sur le sol, il se tourna vers les deux jeunes filles.
- Ne restons pas ici, il pourrait y avoir encore quelques orcs ou barbares qui peuvent traîner par ici.
- Se serait plus prudent en effet, renchérit Elifain, nous avons déjà affronté un petit groupe en maraude, tu vas pouvoir marcher ?
Lynaïs bougea ses jambes, elle tendit la main en direction de l’elfe qui l’aida à se relever. Ses jambes tremblèrent au début, puis elle fit quelques pas marchant sans trop de mal. Elle avait encore la tête qui tournait un peu mais elle se sentait mieux.
- Je pense que je devrais y arriver.
- Bien, Elifain, aide-moi à déposer le corps d’Oroky sur cette couverture, je ne compte pas le laisser ici.
L’elfe hocha la tête, soudain un long hurlement couvrit toute la plaine. Ils se retournèrent en même temps pour assister eux aussi à la disparition du géant de flamme qui avait tout dévasté. Sekti lâcha un profond soupir de soulagement en esquissant un sourire, oubliant pour quelques instants sa tristesse.
- Je vois qu’Anya a réussi à percer le secret de son don, il est temps de tous nous regrouper pour pleurer nos disparus.
- Qu’est ce que c’était ? Demanda Lynaïs incrédule.
Elifain lui répondit tout en préparant le linceul du shaman disparu.
- Le pouvoir d’Onèan qui s’était emballé, mais je t’expliquerais.
L’archère poussa un soupir de dépit, elle avait vraiment besoin de savoir ce qui s’était passé juste après sa mort. En silence, ils se mirent en route, se dirigeant vers l’orée des bois de Veraï.


Ekart était retourné au cheval derrière eux en courant sous le regard étonné de Patinil qui reposait sa planche à dessin.
- Pourquoi tu te précipites comme cela ?
Le jeune homme se retourna en tirant par la bride la monture.
- La bataille est terminée et le géant de feu a disparu.
- Je l’avais remarqué, fit la diplomate.
- Et bien maintenant c’est à notre tour d’agir !
La jeune fille le regarda quelques instants, cherchant où il voulait en venir quand soudain la vérité lui sauta aux yeux.
- Mais oui, les humains et les koradjis vont se retrouver face à face sans ennemis à combattre.
- Oui, c’est là que nous diplomate nous entrons en jeu.
Il ouvrit une sacoche de selle pour permettre à son amie de ranger son matériel.
- Imagine, lança Ekart, nous allons peut être pouvoir créer des liens diplomatiques entre les koradjis et les humains, nous serons les premiers !
La jeune fille hocha vigoureusement la tête en fermant le sac.
- Nous pourrons aussi savoir si Mel va bien, fit-elle, et je voudrais bien connaitre le nom de ce chevalier qui est apparu avant que les koradjis n’attaquent.
Ekart afficha un grand sourire.
- Je suis persuadé que Mel se porte très bien, et j’ai une petite idée sur l’identité de notre mystérieux cavalier.
- Comment tu peux le savoir ?
Le diplomate sifflota dans l’air en se mettant en route en direction de l’orée du bois, la jeune fille le rattrapa en se demandant bien comment il pouvait connaitre ce chevalier. Elle espérait aussi retrouver Mel en bonne santé, intérieurement, elle aurait su si un malheur lui serait arrivé, elle en était persuadée.


Les derniers envahisseurs continuèrent le combat face aux koradjis et aux humains qui s’étaient repliés en direction des premiers arbres de la forêt. Même si bonne une partie avait affronté le géant de flamme, le reste avait poursuivi avec acharnement leurs premiers adversaires. Mais les koradjis disposaient de nouveau d’un grand avantage en étant prés de la forêt, les archers avaient pu reprendre leurs positions dans les branches. Les flèches étaient tombées dru sur l’ennemi qui n’avait nulle part où se cacher.
Les orcs et les barbares qui échappèrent aux projectiles se heurtèrent à la résistance farouche des défenseurs. Sans chefs pour les guider et en ayant perdu les trois quart de leur armée dans les précédents combats, ils ne purent forcer leur rang. Les morts s’accumulant, même leur soif de sang légendaire retomba d’elle-même.
Ils fuirent la bataille par grappe entière et bientôt se fut toute l’armée ennemie qui préféra partir. Les survivants raconteraient dans tous les clans des plaines l’apparition d’un dragon de feu qui dévora leurs compagnons par centaine. Orcs et Taugres se jurèrent de ne plus jamais faire confiance aux habits noirs et à leurs promesses de gloire. Il faudrait bien des années aux guerriers du Nord pour retrouver la puissance qu’ils avaient pu réunir pour cette bataille.
Les défenseurs poussèrent des cris de joie en voyant leurs ennemis fuirent le champ de bataille. C’était une victoire pour l’armée alliée, un combat que beaucoup croyaient pourtant bien être le dernier. Maintenant, il fallait soigner les blessés et compter les morts, dans chaque camp, personne n’avait envi de se réjouir, tant de courageux guerriers étaient tombés en quelques heures.
Mais avec la fin des combats, humains et koradjis se regardèrent avec curiosité et craintes. Leurs ennemies communs étant parti, que devaient ils faire maintenant ? Ils s’étaient toujours combattus férocement, une guerre qui durait depuis des siècles, pourtant ils étaient encore ensemble sans savoir quoi faire.

Pour le moment, chaque camp s’occupait de leurs nombreux blessés, les gémissements et les cris de douleur étaient les mêmes sans différence de race ou d’origine. Miko marchait parmi les guerriers, distribuant des remèdes à ceux qui en avaient besoin. Elle remarqua alors un soldat humain, appuyé contre un arbre, qui serrait son bras contre lui, le visage pâle. Il attendait des soins qui ne venaient pas, la tache de sang sur son uniforme s’agrandissait.
La jeune fille hésita quelques instants, mais elle finit par s’approcher de lui et se mit à genou près du blessé. L’humain eut un mouvement de recul, poussé par la peur, mais Miko montra ses paumes ouvertes devant elle.
- N’ayez crainte, je souhaite seulement vous soigner.
Le soldat la fixa pendant quelques instants, il voyait bien qu’elle n’avait pas d’armes sur lui. Malgré sa peur, il hocha la tête, il souffrait bien trop pour refuser de l’aide. Miko regarda la blessure, un coup d’épée avait entaillé le flanc. Avec application et douceur, elle essuya le sang à l’aide d’un linge et appliqua un baume apaisant sur la plaie. Tendu au départ, le soldat finit par se relâcher en sentant la douleur diminuer.
- Merci, murmura-t-il tout bas.
Miko afficha un sourire pour dissiper un peu plus le malaise de l’humain. Grâce au premier pas de la jeune fille, d’autres shamans s’avancèrent pour soigner les blessés de l’autre camp. Les koradjis et les humains furent allongés côte à côte, les soins prodigués rapidement pour faire taire la souffrance.
Sur le champ de bataille des petits groupes s’organisaient pour aller chercher les blessés restés encore là bas. Sans distinction, les combattants emportaient humains ou koradji, la haine et la rancœur oubliées pour un temps.
Le malheur réunissait les deux peuples après des siècles de guerre, c’était un premier pas vers la paix.

 
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Il y a 2 commentaires
Dark fullmetal le 27/03/2011 à 19:58:45
Haaaaaaaa! Haaaaaaaaaaaaaaaaa!!!! J'adoore =D
Trop fort j'ai adoré!! J'ai trop adoré pour dire quoi que ce soit d'utile xD
C'était grandiose, intense et émouvant! Et la fin est superbe!
Je regrette seulement la mort d'Oroky, même si comme Setki je me doutais de sa mort. Je suis soulagé du retour de Lynaïs cela dit, même si j'appréhende encore les réactions des autres en la voyant vivante de nouveau ><
Les amoureux vont tous se retrouver ^^ j'ai hâte de voir la suite =D

A bientôt!! Bye neeeee ^^
Trimor le 27/03/2011 à 20:29:50
Encore une nouvelle fois, je te retrouve, toi mon lecteur fidèle qui me donne envi de poursuivre ma fic ^^
Tu vois, je n'ai pas pu me résoudre à voir partir Lynaïs, mais une vie sauvé mérite toujours une compensation.
Les combats ont cessé, et la fin est proche, comme tu dois t'en rendre compte. Le prochain chapitre est le dernier de la partie Chevalier, j'espère qu'il comblera tes désirs
Merci pour tes commentaires

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