Bonjour cher lecteur ^^
Ce chapitre est très important, car oui, la bataille est terminée ce chapitre marque la fin de la première partie de cette aventure.
Onèan va retrouver les autres et maintenant il devra choisir dans quelle direction poursuivre ?
L'aventure d'Onèan dans chevalier s'arrête là, pour le moment, je vous remercie de l'avoir suivi et pour tous les commentaires que j'ai reçu. La suite viendra sur le site
Merci encore pour votre présence, vous me motivez autant que ma passion pour l'écriture
Je vous laisse avec le chapitre, bonne lecture ^^
==========================================================
CHAPITRE 77
L'aube d'une ère nouvelle
Onèan s’écarta doucement d’Anya, ils devaient penser à la suite. Même si le combat était enfin terminé, il restait beaucoup à faire. Il regarda autour de lui, en voyant la terre brulée et les cadavres carbonisés, le jeune homme sentit qu’il allait vomir. Jamais il n’aurait cru qu’un tel désastre puisse arriver par sa faute.
- Je suis le responsable de toutes ces destructions ?
Anya hocha la tête restant silencieuse. Le mage paladin s’accroupit à sa place, plongeant sa main dans le sol couvert de cendre. La terre elle-même avait été brulée en profondeur, une poudre noir glissant entre ses doigts.
- Terrenoir, je crois que je viens de comprendre l’origine du nom de ma famille.
La jeune fille toucha son épaule.
- Garde en tête que tu as permis aux guerriers koradjis et aux soldats humains de remporter la victoire.
Il se releva en soupirant.
- Quand je vois le désastre, je me demande si une victoire ressemble toujours à ce spectacle de mort.
- Et Anya, Onèan ! Appela une voix derrière eux.
Ils se retournèrent pour voir arriver Yurda ainsi que Brom qui soutenait Mel. Le mage paladin sourit soulagé, il allait bien malgré le combat contre la salamandre.
- Toi, lança le forgeron devant son ami, j’ai dit que je te ficherais une sacrée correction quand je te verrais.
- Je la mériterais, je t’assure.
- Toujours à t’attirer des ennuis à ce que je vois, fit Mel d’une voix fatiguée.
- Mel ! Tu faisais bien partie des combattants de la forteresse, lança le mage paladin.
- Perdu au milieu de ce champ de bataille, j’ai tout de même réussi à te retrouver, et encore une fois dans de beaux draps.
Anya était déjà auprès de la jeune fille, elle appliquait un des rares baumes qui lui restait encore en réserve. Onèan regarda son amie avec inquiétude.
- C’est toi qui me dit ça alors que tu as l’air plus mal en point que nous tous réuni, nous devons t’emmener voir un shaman pour te soigner.
La koradji hocha la tête à son tour.
- Se serait plus prudent en effet, elle a perdu beaucoup de sang, elle a besoin de repos et de s’allonger surtout.
- Retournons à l’orée de la forêt, conclut Yurda, il n’y a plus de bruit, les combats ont du cesser d’eux même.
Brom se chargea de porter Mel en la calant sur son dos, soutenu par sa barre de fer qu’il tenait à bout de bras. Le petit groupe se mit en route, marchand à travers les corps et les cratères, Onèan avait encore du mal à croire que cette dévastation était du à son pouvoir. Il était inquiet d’avoir perdu le contrôle de sa magie, et il espérait qu’Oroky puisse l’aider à comprendre pourquoi.
Ils traversèrent la zone détruite par la salamandre sans encombre, ils durent faire un demi-tour pour éviter un groupe d’orcs en fuite, mais les créatures avaient bien trop hâte de quitter ces lieux pour s’occuper de la petite troupe. Ils croisèrent une dizaine de guerrier koradjis, ils cherchaient des blessés parmi les morts, ils leur indiquèrent l’endroit où la troupe s’était réunie.
Passant par une pente découverte, les jeunes gens tombèrent sur un autre petit groupe qui faisait route de la même façon qu’eux. Ils eurent la surprise de découvrir Elifain et Sekti qui portaient une couverture roulée sur elle-même. Mais surtout ils restèrent bouche bée en voyant la personne qui se tenait à leur coté, Brom faillit en lâcher Mel de stupeur. Onèan tentait de parler mais aucun son ne sortait de sa gorge.
Lynaïs était là, devant eux, bien vivante, avec encore visible sur ses vêtements son sang qui avait coulé de la plaie. A la place de la blessure, ils pouvaient voir sa peau, parfaitement intacte comme si rien ne s’était passé. Le silence se prolongea, et personne n’osait faire le premier pas, complètement abasourdi de cette rencontre.
Mel, dont les yeux fatigués s’ouvraient à peine, fixa avec intensité la jeune fille.
- Je ne sais pas si c’est la fièvre, mais j’ai l’impression que je vois un fantôme.
L’archère fit un petit sourire.
- Je ne suis pas un revenant, je suis bien vivante.
Anya se précipita soudainement sur Lynaïs et la prit dans ses bras en la serrant tout contre son cœur. Elle pleurait à n’en plus finir en poussant des exclamations de joie.
- Tu es en vie, tu es en vie !
Brom pleurait également, sans se retenir, son amie était toujours vivante et rien ne pouvait plus lui faire plaisir. Onèan s’approcha d’elle, il avait encore bien du mal à y croire, il tendit la main pour toucher la joue de la jeune fille qui rougit.
- Comment peux-tu … J’ai pourtant bien vu cette épée te transpercer, j’ai senti le sang, le …
Lynaïs hocha la tête.
- Je suis bien morte pourtant, mais quelqu’un m’a sauvé au prix de sa propre vie.
Le mage paladin se figea brusquement, il regarda Sekti et Elifain qui avait déposé leur fardeau. Bien qu’ils étaient heureux de les revoir vivant, le jeune homme sentait la tristesse à demi voilée dans leur sourire. Il s’approcha d’eux et se baissa pour découvrir le visage du corps qu’ils transportaient sans que les porteurs n’interviennent. Oroky était allongé à l’intérieur, il paraissait apaisé, même serein par de là la mort.
Onèan sentit de nouveau la tristesse l’envahir, le vieil homme était excentrique et exigent avec ses élèves. Pourtant il avait cru en lui, il l’avait toujours soutenu et aidé, le shaman lui avait fait découvrir ce qu’il était vraiment, tout cela grâce à lui.
- Une fois encore, tu m’as redonné le courage d’avancer, murmura le jeune homme, je n’oublierais pas tous tes conseils.
- Tu ne dois plus te laisser envahir par la douleur, quand tu contrôleras ton cœur, tu contrôleras ton pouvoir, alors tu découvriras la véritable force des mages paladins, dicta Lynaïs sans le regarder.
Le jeune homme se tourna vers elle.
- Se sont les derniers mots qu’il a dit pour toi avant que je reprenne possession de mon corps, fit l’archère, il devait penser que tu comprendrais.
- C’est bien de lui, lâcha Anya, une phrase énigmatique comme il les aimait.
Malgré leur peine les jeunes gens sourirent, les souvenirs des frasques du shaman encore présent dans leur tête.
- Pour une fois, je comprends ce qu’il à voulu me dire, fit le mage paladin.
Il recouvrit le visage d’Oroky avec respect, puis il se leva en inspirant profondément.
- Nous devrions retourner au campement, Mel est blessée, elle a besoin de soin, et nous avons tous besoin de repos.
Onèan prit la place d’Elifain.
- Si cela ne te gène pas, fit celui-ci.
La jeune elfe répondit négativement de la tête, comprenant sa demande, Sekti voulut conserver sa place malgré la proposition de Yurda. Le shaman souhaitait poursuivre ainsi, pour son ami de toujours.
Le groupe ainsi reformé se remit en route, joie et peine mêlées mais ils devaient continuer d’aller de l’avant pour ne pas réduire à néant le sacrifice et le courage des disparus.
Le grand campement improvisé s’étendait sur une partie de l’orée du bois de Veraï, face au champ de bataille. Les blessés étaient disposés plus en profondeur, entre les arbres plus imposants pour rester à l’abri du vent. Le reste des troupes s’étaient installés en limite de la plaine, se reposant en petit groupe. Humains et koradjis se regardaient sans vraiment savoir ce qu’ils devaient faire, il y avait eu quelques rixes mais elles avaient vite été contenues.
Maintenant chacun attendait les ordres pour savoir ce qu’ils devaient faire, tous pleurait des compagnons disparus. La fatigue et le soulagement d’être en vie poussaient les combattants à chercher un peu de repos.
Un peu à l’écart du gros de la troupe, dans un terrain neutre, les chefs de clans et les officiers survivants de la forteresse avaient décidé de se réunir. Ils devaient faire le point sur les combats et surtout savoir ce qui allait se passer maintenant.
Les chefs koradjis tout comme leurs guerriers s’étaient battus avec eux, sauf les plus âgés ou les shamans. Sur la douzaine de ceux présents lors de la réunion des clans, sept seulement s’étaient réunis. Trois d’entre eux avaient succombé dans la bataille, comme Uran du clan des Crocs d’Acier, deux autres étaient trop grièvement blessés pour prendre par à la réunion.
La forteresse du Corbeau avait également souffert, le commandant de la place était mort avec une grande partie de ses subordonnées. Le second de Sir Hyuraze, Sir Tafaric, était encore en vie, bien que blessé au bras. A ses cotés, Sir Gaudric l’accompagnait, son expérience et son ancienneté pouvaient être d’un grand secours durant les discussions. Un capitaine de l’infanterie était également en leur compagnie pour représenter les hommes à pied.
Le chef Ryouk présidait l’assemblée, une fois encore le charismatique Griffes Sombres était sorti auréoler de gloire de la bataille. Une nouvelle cicatrice barrait son torse, elle était encore rouge et gonflée mais il ne semblait pas éprouver la douleur. Il prit la parole de sa voix forte en se grandissant un peu plus.
- La victoire est notre, la bataille fut âpre et sans pitié mais nous avons repoussé les orcs et les Taugres.
- Nous avons eu de la chance, fit remarquer Merkla du clan de la Grande Cascade, c’est le béhémoth de flamme qui nous a permis de triompher.
Ryouk poussa un soupir d’exaspération.
- Une victoire est une victoire, un point s’est tout !
Le koradji ne voulait pas en démordre.
- Beaucoup d’hommes sont morts pour l’obtenir, lança Sir Tafaric.
Il prenait la parole pour la première fois, bien que mal à l’aise au milieu des koradjis, il devait maintenant prendre les devants, il était le nouveau maître de la forteresse avec la disparition de son supérieur direct.
- Tu n’as pas tord humain, nombreux sont les guerriers qui ont perdu la vie dans cette bataille, renchérit Korahyn.
Le chef des Chênes Noirs portaient un pansement sur le coté droit de la tête, il allait surement perdre l’usage de son œil à cause d’un coup d’épée orc. L’homme le remercia de la tête et reprit la parole de nouveau.
- Je ne me suis pas présenté, je me nomme Sir Bedor Tafaric, je suis Capitaine de l’ordre de la lumière, l’officier en second de la forteresse du Corbeau, Le commandant Hyuraze ayant perdu la vie au combat, je suis le responsable de mes soldats jusqu’à nouvel ordre.
Les koradjis hochèrent la tête, le laissant continuer.
- Je voudrais déjà vous remercier, sans votre intervention, je ne serais plus là pour vous parler, ni aucun de mes hommes. Nous avions décidé de mourir ici pour le bien du Conglomérat.
- Je t’arrête tout de suite humain, répondit Ryouk, nous avons agi pour préserver notre forêt, cette armée devait s’en prendre à nous après s’être occupé du Nord de votre royaume.
Sir Tafaric se redressa, le ton du chef était plutôt hargneux.
- Nous nous sommes battu aussi pour le bien de notre pays, tout comme vos guerriers qui se trouvent non loin de nous.
Ryouk renifla de dédain, la tension commença lentement à monter, la brève entente semblait prendre fin. L’affrontement verbal entre le chevalier et le koradji était sur le point de reprendre quand une voix interrompit le débat soudainement.
- Nous avons tout un ennemi commun qui est la cause de cette bataille.
Toutes les têtes se tournèrent vers un jeune homme pas très grand qui montrait un sourire éclatant. Ekart tentait d’afficher un visage serin alors que son cœur battait la chamade dans sa poitrine, il avait couru pour arriver le plus vite possible.
Derrière lui, Patinil se tenait bien droite, avec la même expression diplomatique caractéristique. Les jeunes gens semblaient arrivaient à point nommé pour éviter le désastre, et la reprise d’une nouvelle bataille.
- Un ennemi commun ? Demanda Lhan du clan des Porteurs de Foudre.
Ce chef était respecté pour sa sagesse, il prenait la parole pour mieux apaiser l’assemblée et permettre la discussion de reprendre.
- Oui, reprit Ekart, l’Inquisition.
La surprise s’afficha sur bien des visages.
- C’est l’Inquisition qui a mis en place cette armée, expliqua Patinil, c’est elle qui a préparé ce plan, c’est encore elle qui n’a pas hésiter à sacrifier des milliers de vie pour son projet de conquête. Si nous ne restons pas uni, c’est l’Inquisition qui en récoltera les fruits et tout recommencera, ces morts auront été veines.
Le petit discours de la jeune fille avait fait mouche, le silence s’était installé sur l’assemblée. Le vieux Lhan se tourna alors vers Sir Bedor Tafaric.
- Cette jeune fille a raison, après tant de mort, nous ne pouvons pas laisser parler de nouveau les armes. Faire taire des années de haine n’est pas évident, mais nous devons pourtant le faire au moins pour aujourd’hui.
- Je suis d’accord, répondit le chevalier, j’ai vu assez de mes compagnons disparaitre.
Ryouk ne quittait pas son expression de colère, mais la raison devait aussi s’imposait à ses yeux.
- Je n’aurais peut être pas du m’emporter, désolé.
Le jeune homme choisit ce moment pour se présenter.
- Je me nomme Ekart Caras, diplomate du Conglomérat, et ma consœur Patinil Ojir, diplomate, nous voulons essayer de donner à ces débats une chance de se dérouler dans les meilleures conditions possibles.
L’action était louable et les hochements de tête approbateurs étaient de très bons signes pour la suite de la conversation.
- Tout cela est bien beau, intervint Sir Gaudric, mais maintenant que faisons nous ?
La question soulevée était dans la tête de tout le monde, Ekart savait que cet instant était capital pour la suite de toute l’histoire du Conglomérat.
- Nous avons pris soin d’envoyer aux autorités de Paragahi un rapport démontrant les preuves de trahison de l’Inquisition, le commandant Hyuraze en a fait de même avec l’ordre de la chevalerie de cette même ville.
- Où veux-tu en venir ? Demanda Lhan du clan des Porteurs de Foudre
Le jeune homme fixa le koradji.
- Avec cette découverte, l’union même du Conglomérat risque de s’effondrer, les autorités de Paragahi ont toujours été en affrontement ouvert avec celles de Manilaus.
- Vous pensez à un soulèvement ? Demanda Sir Bedor Tafaric.
- Une révolution, répondit Ekart, deux parties vont prendre position et un affrontement sera inévitable. Je pense que dés maintenant il faut chercher à s’unir face à l’Inquisition, c’est elle qui dirige le Conglomérat en sous main, je suppose même que l’Empereur est de mèche avec eux. Il faut nous affranchir de cette organisation dés à présent.
- Et donc que proposes-tu ? Demanda Ryouk des Griffes Sombres.
- Une alliance entre les koradjis et les humains.
Des exclamations de surprises répondirent à sa déclaration, ils ne s’attendaient pas à entendre une telle proposition.
- Et tu crois que tu pourras la faire appliquer par tout ? Demanda Korahyn.
- Si l’acte se passe à Paragahi, devant le parlement indépendant de la cité, j’en suis persuadé.
Les personnes se mirent toutes à parler ensemble en même temps, Ekart était plutôt content de son effet. Patinil se pencha vers son compagnon, inquiète.
- Je trouve que tu t’avances beaucoup, tu devrais faire attention à ce que tu dis.
- Je suis sûr que tout va se passer ainsi, de grands changements vont arriver dans le Conglomérat, et nous en ferons partis.
Le vieux Lhan prit la parole après avoir discuté avec les autres chefs koradjis.
- C’est une décision très importante que nous devons prendre, une telle alliance serait bien délicate à tenir. Il faut aussi que la cité humaine de Paragahi choisisse de se déclarer libre et de créer sa propre force.
- Je le sais bien, répondit Ekart, dés que nous le pourrons, nous nous rendrons là bas pour raconter ce que nous savons. Quand tout sera décidé, j’irais moi-même dans la forêt de Veraï pour vous offrir cette alliance. Que pensez-vous de cette proposition ?
Le chef se tourna vers les autres koradjis qui hochèrent la tête, même Ryouk semblait satisfait de la réponse. Il fit alors de nouveau face au jeune homme.
- Si la cité de Paragahi décide de lutter contre l’Inquisition pour la chasser de votre royaume humain, alors nous nous allierons avec elle.
Ekart faillit lâcher un cri de victoire, il avait réussi à faire changer d’avis les terribles koradjis. La fierté se lisait dans ses yeux, il se redressa en souriant.
- Merci pour votre confiance, répondit il en s’inclinant
Lhan du clan des Porteurs de foudre apprécia le zèle du jeune homme, la jeune fille derrière lui en faisait autant. Décidément, les jeunes humains semblaient avoir un don pour faire avancer les choses dans ce monde.
Peu après cette réunion, le petit groupe conduit par Onèan atteint enfin le campement, ils se dirigèrent directement vers la zone où les blessés était soignée. L’annonce de la mort d’Oroky attrista les autres shamans présents, il était aimé et respecté malgré son mauvais caractère. Miko s’occupa de Mel avec beaucoup de soin, elle sourit à ses amis en voyant qu’ils allaient tous bien, jetant un long regard à Yurda qui se tourna pour cacher son embarras.
Ils retrouvèrent Fared et Impa, les deux écuyers avaient pu rejoindre les lignes amies sans problèmes. Les soins apportés au jeune homme étaient terminés déjà, ils eurent du mal à croire au retour de Lynaïs, ils étaient heureux de la revoir en vie. Karez était présent aussi, il avait aidé Impa à transporter leur camarade sur la dernière distance.
Tout à leur retrouvaille, ils ne virent pas arriver deux nouvelles personnes dans leur dos.
- Je savais bien que c’était toi ce chevalier ! Lança Ekart.
Les autres se retournèrent alors, ils découvrirent les deux diplomates, Onèan et Lynaïs poussèrent une exclamation de joie.
- Patinil, Ekart !
De nouveau, les embrassades se suivirent, chacun était heureux de pouvoir enfin se retrouver. Brom donna une grande claque dans le dos du diplomate.
- Qui aurait cru que je te retrouverais ici ?
- Et moi qui pensais que rien ne pouvait te faire partir de ta forge !
Les deux jeunes gens se donnèrent une franche accolade, malgré toutes leurs chamailleries, ces deux là étaient de grands amis.
Apercevant la chevalier étendue sur le sol, Patinil se jeta à genou, très inquiète.
- Mel, tu vas bien ?
La jeune fille fit un sourire fatiguée.
- Je vais bien, ne t’en fais pas.
- J’ai nettoyé la plaie, expliqua Miko, un bandage, du repos et tout devrait rentrer dans l’ordre.
La diplomate posa sa main sur celle de sa compagne.
- J’ai eu peur, murmura t’elle.
Les jeunes gens discutaient entre eux, ne faisant plus attention au vieux shaman qui les laissa tranquille. Terla lui tendit une petite bouteille contenant un liquide ambré.
- Tu as l’air fatigué Sekti, tu ne veux pas un petit remontant ?
Le shaman ne put s’empêcher de sourire.
- Maintenant qu’Oroky n’est plus là, c’est toi qui offre à boire ?
La koradji sourit.
- Je respecte sa mémoire, non ?
Sekti saisit la bouteille et en but une rasade, reconnaissant le gout d’un des breuvages préféré de son ami. Un voile de tristesse passa devant son visage, vite remplacé par la chaleur de l’alcool.
- Il va me manquer ce vieil imbécile
- A moi aussi.
Les deux shamans partagèrent le flacon en silence.
Non loin du champ de bataille, dans les collines proches, une autre troupe tentait de fuir en mettant le plus de distance entre eux et la zone des combats. Les hommes de l’Inquisition avançaient d’un pas rapide sur les pentes rocailleuses, la peur au ventre.
Après l’apparition soudaine de la colonne de lumière, une forme gigantesque de flamme était née de ce phénomène. L’enfer s’était alors déchainé et un déluge de flamme s’était abattu sur les orcs et les barbares, dévastant tout sur son passage. De la puissante armée qu’ils avaient formée pour dévaster les bois de Veraï, il ne restait plus que des fuyards éparpillés dans les grandes plaines du Nord.
Une partie du cortège était à la traine, le diplomate avait bien du mal à suivre le rythme imposé par l’Inquisition. Le Grand Maître Inquisiteur Lancaster s’en fichait pas mal, il devait se rendre le plus rapidement possible à Manilaus. L’échec cuisant du plan allait peser lourdement sur sa tête, mais avec ce qu’il devait annoncer, ses fautes seraient vite oubliées. La magie blanche était de retour dans le sang des humains, et elle était plus forte que jamais.
L’inquisiteur avait même reconnu la magie, la forme qu’avait prit le géant de feu ne faisait aucun doute. Il sentit à nouveau sa poitrine le faire souffrir, sous les vêtements se trouvait la cicatrice causée par cette magie ancestrale, celle des Terrenoir. Avec l’élimination du père, il avait bien cru stopper pour toujours la magie de cette branche, mais voilà qu’elle était de retour. Il aurait du suivre son instinct et tuer tous les membres de cette famille sans distinction.
La troupe arriva dans une cuvette qui était le passage d’un ancien lit de rivière à sec. Au printemps, il était particulièrement dangereux de circuler par ici, un torrent de boue et de neige fondue pouvait se créer en quelques instants. Des pierres roulèrent dans le silence du canyon, les hommes en noir saisirent leurs armes nerveusement, croyant voir surgir des orcs ou des Taugres en fuites.
Deux hommes portant les mêmes vêtements qu’eux apparurent alors, ils portaient une troisième personne qui gémissait de douleur. Lancaster les reconnut sur l’instant, il afficha un masque de colère qui en disait long.
- Vous êtes donc en vie, pourquoi être revenu ?
Les deux jeunes gens déposèrent le blessé sur le sol, il poussa un cri de douleur en touchant la pierre froide. Le Grand Maître Inquisiteur vit alors l’état du jeune noble, il était atrocement brulé sur tout le haut de son corps. Il était presque difficile de le croire encore en vie, l’homme devait reconnaitre la force du caractère de ce jeune arriviste.
- C’est l’attaque de la magie du feu qui l’a mis dans cet état.
- Oui mon seigneur, répondit Pearce en baissant la tête.
Lancaster vint voir de plus près le jeune noble, il était vraiment gravement brulé. Keridan ouvrit soudain les yeux, fixant avec une intensité si forte que l’inquisiteur eut un mouvement de recul involontaire. Le brulé leva une main vers l’homme et réussit à saisir le pan du manteau qui pendait devant ses yeux.
- Je veux … le tuer, murmura t’il entre ses lèvres craquelées, je veux me venger …
Le Grand Maître écarquilla les yeux, il n’en croyait pas ses oreilles. Malgré tout ce qui venait de se passer, le noble voulait encore se battre, une telle soif de sang était presque inconcevable. Il se mit à sourire en détachant la main du brulé de son habit.
- Nous verrons ce que nous pouvons faire pour vous, Keridan de Cerissac, héritier du Duc de Cœurfer.
L’homme se releva en réfléchissant, avec de telles blessures il ne parviendrait pas en vie à Manilaus, même par les chemins secrets connus de l’Inquisition. Le diplomate parvint à sa hauteur, il respirait bruyamment avec la bouche grande ouverte, cherchant son souffle.
- Pourquoi nous sommes nous arrêtés ? Il faut mettre le plus de distance avec ce champ de bataille sans attendre.
Lancaster afficha un air réjouit, il avait trouvé une solution à ses deux problèmes immédiats en même temps.
- Nous devons soigner ce jeune homme, se sera une preuve parfaite aux grands magistrats de l’Inquisition.
L’ambassadeur Bakadony regarda le brûlé avec un dégoût non voilà.
- J’ai bien peur qu’il ne puisse pas faire le voyage jusque là bas, il mourra en chemin.
- Non, répondit le Grand Maître, et ceci grâce à vous.
- A moi, comment cela ?
Lancaster saisit un poignard sous son manteau et transperça l’ambassadeur plusieurs fois avec un froid calculateur. L’homme avait la bouche ouverte, le visage figé dans une expression de surprise complète. Le sang aspergea le corps de Keridan, recouvrant ses blessures qui se mirent à grésiller. Deux hommes se saisirent alors du corps et le maintinrent au dessus du blessé comme pour lui donner une douche ensanglantée.
Sans attendre, l’inquisiteur lança un sort, sa voix grave glaçant d’effroi les personnes présentes. Pearce recula instinctivement tandis que Duncan observait le spectacle avec une fascination morbide. Le sang qui coulait pénétra dans le corps de Keridan qui hurla de douleur, les brulures s’atténuèrent au fur et à mesure que la vie s’écoulait du corps de l’ambassadeur assassiné avec rage.
Une fois que plus rien ne coula, les soldats en noir se débarrassèrent du corps de Bakadony comme d’un simple déchet. Lancaster désigna de la main Pearce et Duncan qui se figèrent ne sachant pas ce qui allait leur arriver.
- Vous deux, vous vous chargerez de votre maître, il devrait tenir jusqu’à notre retour de Manilaus.
Ils hochèrent la tête en silence, les autres soldats leurs donnèrent de quoi fabriquer une civière. Rapidement, les jeunes gens la montèrent et ils déposèrent le jeune homme dessus, le reste de la troupe attendant patiemment.
Une fois tous prêt, Lancaster donna l’ordre de se remettre en route, le chemin serait long pour atteindre la capitale. L’état du blessé devrait rester stable grâce au sang qu’il lui avait donné, au pire il trouverait une autre victime, un enfant de préférence, ils étaient toujours plein de vie, des sacrifices parfaits.
Le Grand Maître Inquisiteur sentait que la bataille qui venait de se dérouler ne serait pas la dernière. Le temps du sang et de la mort était venu, l’Inquisition allait devoir sortir de l’ombre pour prendre la vraie place qui lui revenait. Elle était la seule et vrai tête dirigeante du Conglomérat, et il allait falloir le rappeler au petit peuple.
La nuit venait de tomber sur le champ de bataille qui avait débuté au lever de ce jour. De grands buchers avaient été érigés à l’orée de la forêt, dans la plaine épargnée par les combats. Toutes l’après midi, les guerriers koradjis avaient coupés des arbres en forêt, aidés par les soldats de la forteresse. Le bruit des haches avaient remplacés celui du choc de l’acier, les encouragements au travail ceux des cris d’agonies.
Selon la tradition koradjis, les morts étaient incinérés dans de grands buchers commémoratifs en présence de la famille, des amis et de tous ceux qui souhaitaient y assister. Les corps des guerriers tombés étaient alignés sur les estrades de bois, aspergé de résine pour attiser les flammes.
A la demande des officiers de la forteresse et avec l’accord des koradjis, les soldats humains morts durant la bataille furent également mis sur des buchers. Les chevaliers tombés seraient transportés dans les catacombes de la forteresse du Corbeau pour reposer au coté de leurs ainés qui les avaient précédés.
Un à un, les feux furent allumés, la plaine se couvrant de points de lumineux. Tous ceux qui avaient survécu aux combats étaient là, humains et koradjis, même certains blessés avaient demandé à être présent. L’heure n’était plus aux querelles et à la haine, tous se recueillaient devant la dépouille de leurs amis, leurs compagnons ou leurs frères.
Onèan se tenait bien droit, son heaume accroché dans son dos, il avait les yeux fixés sur les buchers funéraires, la lueur des flammes s’y reflétant comme dans un miroir. Il avait le visage figé, regardant l’endroit où se trouvait le corps d’Oroky, mais il avait aussi une pensée pour l’ensemble des autres combattants morts.
Le mage paladin n’était pas seul, Anya était à ses cotés, tenant sa main droite dans la sienne. Lynaïs debout à sa gauche serrait l’autre main d’Onèan dans la sienne, elle n’avait pas encore osé revenir sur sa confession, tout comme ses deux amis, ils reviendraient après dessus pour clarifier la situation.
Brom se dressait telle une montagne, digne et solide ses jambes, sa barre de fer passée dans son dos. Elifain était tout près de lui, silencieuse et triste, elle n’osait pas prendre la main du forgeron même si elle en mourrait d’envi. Sentir sa présence et sa force près d’elle était déjà réconfortant pour son cœur triste.
Impa et Karez soutenaient Fared qui ne comptait pas manquer ce moment malgré ses blessures. Les trois jeunes gens se sentaient encore plus proche après les combats, ils étaient différents mais ils avaient affronté la mort l’un à coté de l’autre.
Yurda et Miko était côte à côte, leurs mains jointes comme par réflexe, personne ne l’avait remarqué dans la solennité du moment. La jeune fille avait saisi sa main par réflexe, l’écuyer avait rougi, mais il l’avait serré avec tendresse. Ils avaient besoin d’un réconfort, et leur amour naissant était le plus doux des remèdes.
Tout comme les précédents, Mel et Patinil étaient l’une contre l’autre, la diplomate soutenant son amante blessée. Les deux jeunes filles avaient préféré garder leur relation secrète pour le moment, elles en parleraient une fois le contre coup de la bataille passée. Pour l’instant, elles gouttaient au soulagement de se retrouver ensemble après les évènements tragiques.
Ekart ne disait rien pour une fois, les yeux fixés sur les flammes, il était perdu dans ses pensées. Il avait vu la folie de la guerre et il comprenait que se n’était que le début d’une longue série de batailles du même genre.
Le jeune homme regarda ses compagnons à ses cotés, il observait les couple et sourit, la vie poursuivait son cours tout de même. Il glissa la main dans le revers de son manteau et il caressa les cheveux de Rosaline qu’il gardait tout le temps sur lui. Le diplomate aurait aimé l’avoir à ses cotés, pour trouver le moyen de partager sa tristesse.
Parmi les chevaliers de la forteresse du corbeau, Sir Tafaric leva alors son épée de sa main valide et salua les buchers comme pour l’enterrement d’un membre de leur ordre. Sir Gaudric l’imita avec Dame Kuery, leur lame brandit vers le ciel. Bientôt la totalité des chevaliers survivants en firent autant, un nombre si faible en comparaison du nombre encore présents le soir d’avant. Onèan brandit son épée, tout comme Yurda, Impa, Karez et Mel aidé par Patinil.
La plaine se couvrit alors d’une morne plainte, entonnée par les guerriers koradjis, ils accompagnaient l’âme des morts vers le royaume de l’éternel. L’instant resta gravé dans le cœur de toutes les personnes présentes ce soir là.
Quelques temps après, la plaine était encore illuminée par les braises rougeoyantes des buchers qui terminaient de se consumer. Onèan se tenait encore debout à regarder les dernières flammes bruler. Peu de personnes étaient restées aussi longtemps, le jeune homme avait besoin de réfléchir, laissant ses compagnons se reposer. Anya lui avait proposé de l’accompagner, mais il avait décliné gentiment en l’embrassant.
Le mage paladin était perdu dans ses pensées, il avait encore du mal à réaliser ce qui venait de se passer. En perdant le contrôle de sa magie, sa propre conscience s’était envolée pour laisser la place à une soif infinie de combat et de sang. Il détestait cette sensation de colère et de haine qui l’avait habité à ce moment là.
Onèan devait apprendre à maîtriser son cœur, comme lui avait dit Oroky dans ses dernières paroles. Il soupira, comment pouvait il trouver les réponses à ses questions sans l’aide de son maître disparu ? C’était à lui de chercher, le jeune homme pouvait compter sur Sekti pour l’accompagner, mais il devait avancer de ses propres ailes. Des choses allaient changer dans le Conglomérat, ce qu’ils avaient appris auprès d’Ekart, Patinil et Mel ne faisait que renforcer son idée.
- Tu ne penses pas que tu ne serais pas mieux avec nous que tout seul dans ton coin, lança Brom dans son dos.
Le mage paladin vit ses trois amis de Winrya apparaitre, ils étaient de nouveau réunit, comme au temps de leur enfance. Lynaïs se sentait un peu gênée devant son ami, mais avec leurs deux autres compagnons présents, elle se sentait un peu mieux. Elle prit d’ailleurs la parole en cachant sa nervosité.
- Nous commencions à nous demander ce que tu faisais.
Onèan sourit.
- J’avais juste besoin d’un peu de temps pour faire le point.
- Il faut dire qu’avec ce que tu nous as montré, lança Ekart, qui ne sentirait pas le besoin d’y réfléchir un peu.
- Tu es toujours d’une si grande perspicacité, le railla Brom.
- Merci de le faire remarquer.
Le forgeron soupira faisant rire ses amis.
- Je penserais presque que rien n’a changé, dit Lynaïs.
- Et pourtant tout a changé, répondit Onèan.
Les trois autres le regardèrent, il continua alors pour s’expliquer.
- Nous avons découvert la magie, l’Inquisition et ses ravages, nous avons affronté la mort, perdu des compagnons, des amis.
Le mage paladin se redressa.
- Nous avons maintenant un devoir, plus envers l’Empereur, mais envers la population du Conglomérat.
Ekart hocha la tête.
- Je suis d’accord, nous avons fait le premier pas, maintenant il faut avancer, c’est une nouvelle ère qui commence pour ces terres, et nous en sommes les héritiers.
Le forgeron et l’archère acquiescèrent de la tête à leur tour.
- Au départ, je voulais seulement connaitre mon passé et retrouver mon père, fit Onèan en fixant les brasiers fumant, mais maintenant je veux venger la mort de milliers de gens et en sauver des milliers d’autres.
Il se tourna vers ses amis.
- Je croyais que je n’y arriverais jamais, mais je sais que s’est possible, avec vous.
- Arrête donc avec tes grands discours, tu commences à ressembler à Ekart, plaisanta Brom.
- Bien oui, j’ai une place à tenir, répondit le diplomate, ne me vole pas mon rôle.
Lynaïs pouffa de rire, suivi par ses amis qui ne voulaient pas éclater de rire face aux buchers funéraires encore chaud. Ils se calmèrent lentement, cherchant leur souffle, les côtes douloureuses de s’être autant retenu.
- Au lieu de rester là, rejoignons les autres, fit Lynaïs, ils doivent tous nous attendre.
- Justement, je voulais vous montrer mes merveilleux pouvoirs, lança Ekart, je suis sûr que vous allez être soufflé.
Brom leva les yeux au ciel.
- Pourquoi a-t-il fallu que quelqu’un lui apprenne la magie ?!
Onèan sourit en les suivants ses doutes envolés.
Dans le monde des esprits, Oroky observait dans l’eau l’image du mage paladin qui retournait dans la forêt. Le vieux shaman poussa un soupir en secouant la tête.
- Toujours aussi idiot celui là, il se ronge le sang alors qu’il n’est qu’au commencement de sa quête.
La Gardienne du Cycle Eternel brouilla la surface de l’eau pour rompre le contact avec le monde des mortels. Elle avait bien voulu lui montrer la cérémonie funéraire et les jeunes gens dont il avait pris soin.
- Il est jeune, répondit Analya, mais il doit avoir confiance en ses compagnons.
- Il en fera qu’à sa tête de toute façon, il aime se mettre dans les ennuis.
La femme aux yeux noirs afficha un de ses rares sourires.
- J’ai l’impression qu’il n’a été que peu de temps avec toi et pourtant il a pris certains trais de ton caractère.
Oroky haussa les épaules.
- Il aurait du prendre les meilleurs.
Le shaman sourit alors à son tour.
- Bon courage Onèan, et tu en auras besoin mon gars !
Le vieux koradji sifflota un de ses airs favoris en se laissant bercer par le bruit des cascades éternelles.
|