Bonjour
Nouveau chapitre d'océan, le grand bal est terminé, et Zeïna a réussi à faire une entrée remarqué au prés de la haute société de Calasta. Les ennemis se sont révélés, et le danger guette une nouvelle fois l'Aurore.
Bonne lecture ^^
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CHAPITRE 42
Derniers jours avant le départ
Le soleil se levait lentement à l’horizon, ses premiers rayons pâles et adoucis par la brume venaient inonder la chambre. Zeïna s’étira sur son lit, elle se leva lentement en laissant le drap qui la couvrait tomber doucement. Elle frissonnant en sentant l’air extérieur venant lui caresser la peau nue de ses épaules.
La jeune fille avait du mal à émerger de son sommeil, les images de la nuit précédentes flottaient encore devant ses yeux. Des fourmis parcoururent ses jambes à l’évocation de ses souvenirs, ses muscles étaient presque tétanisés comme lors d’une lutte de plusieurs heures dans une tempête. Elle n’aurait jamais cru pouvoir danser aussi bien, et surtout pas d’une aussi belle manière, ne faisant presque aucune erreur.
Zeïna sortit complètement du sommeil, son cœur battant à tout rompre en repensant à la soirée. Les mains de Lantis avaient tenu les siennes pendant de longues heures, les regards échangés l’avaient totalement chamboulé. Heureusement que les pauses lui permettaient de se calmer pour ne pas perdre pied dans ce bal.
La capitaine s’étira une dernière fois avant de s’asseoir au bord de son lit. Le sol était froid sous la plante de ses pieds, un nouveau frisson la parcourut de la tête au pied. Elle remarqua qu’elle avait dormi en portant seulement un déshabillé transparent. Elle sourit, ce genre de lingerie serait à bannir quand elle sera de retour sur son navire pour un nouveau voyage.
La jeune fille se massa doucement les mollets, ils étaient vraiment encore un peu douloureux. Elle aurait voulu que sa mère soit là pour la voir, qu’elle puisse être fière de sa fille. Zeïna ne se laissa pas emporter par la mélancolie, le départ était pour bientôt et des interrogations avaient été soulevées par le bal et les rencontres.
Zeïna se rendit à son cabinet de toilette, une fois lavée rapidement elle se revêtit des vêtements dont elle avait plus l’utilité, son habit de capitaine. Elle trouva sur un mannequin dans sa chambre sa robe de bal, elle la trouvait vraiment magnifique. Sans l’aide des membres de son équipage, elle n’aurait pas pu être aussi éblouissante, elle devait bien s’en rendre compte. Elle caressa la soie, le toucher était toujours aussi doux, comme lorsqu’elle l’avait porté pour la première fois. La jeune fille pourrait presque s’y habituer, mais pour le moment elle avait bien d’autre chose à faire.
Refermant la porte de sa chambre, elle quitta son étage pour rejoindre le hall d’entrée. La villa était encore bien calme, le soleil venait à peine de se lever et Acoya devait encore dormir dans sa chambre. Reginia Kirsh apparut devant sa maîtresse, sortant de la porter qui menait à la cuisine ;
- Mademoiselle Dé Feryo, vous êtes déjà debout ?
- Oui, j’ai beaucoup trop de chose à faire au port pour avoir le temps de rester au lit.
- Vous êtes rentrée bien tard pourtant, vous n’avez pas besoin de plus de sommeil !
La jeune fille sourit.
- Sur l’Aurore, je peux très bien rester debout plusieurs jours, ne vous inquiétez pas.
La gouvernante pesta tout bas mais pas assez fort pour que la jeune fille l’entende, elle reprit la parole quelques instants après.
- Vous allez au moins manger quelque chose ?
- Oui, mais rapidement, je vais vous suivre dans la cuisine.
Reginia Kirsh avait tenu les maisons de nobles, elle avait une grande expérience pour tenir une maisonnée. Mais voilà que la maîtresse de maison allait venir en cuisine pour prendre son repas, elle fixa la jeune fille.
- Vous êtes sûre ?
- Mais ne vous inquiétez pas, je suis pressé de toute façon.
Zeïna poussa presque la gouvernante dans la cuisine, elle prit son petit déjeuné rapidement sous le regard médusé de la cuisinière. Reginia Kirsh du faire preuve de toute sa persuasion pour ne pas s’effondrer sur une chaise.
Une fois terminée, la jeune fille se releva de son siège et remercia la cuisinière pour son travail. Elle se dirigea vers la sortie en compagnie de la gouvernante qui s’était remise de son choc, mais elle devait se rendre compte qu’elle avait intérêt à s’y faire.
- Je vais passer la journée sur le port, je reviendrais le soir pour le souper je suppose.
- Pour Mademoiselle Yna’Hi ?
La femme n’arrivait pas à se faire à l’elfe des mers.
- Laissez là dormir, elle a beaucoup profité du bal, elle doit avoir besoin de repos.
Reginia Kirsh poussa un profond soupir au souvenir de l’arrivée de l’elfe passablement éméchée, accrochée au cou de Zeïna.
- Vous avez sûrement raison Mademoiselle.
La gouvernante la salua avec déférence quand la capitaine quitta la villa. Son chapeau sur la tête, elle marcha à grands pas dans les rues qui commençaient à se remplir doucement. Elle préférait de loin être ainsi, libre de ses mouvements sans un garde du corps. Elle passait plus inaperçue ainsi se laissant guider par le pouls de la cité.
Zeïna ne s’attarda pas à flâner, elle voulait se rendre le plus rapidement sur le navire. Le port s’éveillait lentement, des bateaux étaient en partance et les dockers avaient beaucoup de travail pour les derniers préparatifs. Elle regarda quelques instants l’agitation depuis le bord du quai, les marins se lançaient à l’assaut des mâts pour mettre les voiles. Avec un œil aguerri, elle remarqua les erreurs des équipes, elle trouvait que son équipage ne se débrouillait pas si mal que cela.
La jeune fille se détourna de ses contemplations pour se diriger vers l’Aurore. Le quai était beaucoup moins agité que les autres, la passerelle était gardée par un marin qui la salua en la voyant arriver.
- Bonjour Capitaine Dé Feryo.
La jeune fille reconnut l’un des marins qui étaient déjà à bord depuis quelques temps déjà.
- Bonjour Mr Husla.
- Déjà de retour après la soirée d’hier.
Apparemment, les membres de son équipage étaient parfaitement au courant de son apparition au bal. Une certaine métis avait laissé sa langue en dire un peu trop à son goût, elle ne perdait rien pour attendre.
- Le départ est proche, je ne pense pas qu’il soit l’heure des réjouissances, mais plutôt du travail.
- Vous avez raison Capitaine.
Elle monta sur le navire, les quelques marins qui étaient sur le pont la saluèrent promptement. La jeune fille trouva réconforta d’être dans un endroit où elle pouvait parfaitement contrôler tout son environnement. Lantis vint à sa rencontre, Zeïna rougit presque en le voyant arriver, gardant encore en tête cette soirée qui lui avait laissé un si doux souvenir. Visiblement, le maître d’arme était tout aussi gêné de la voir immédiatement après le bal.
Ils se regardèrent quelques instants, sans pouvoir parler là l’un en face de l’autre. Les marins sur le pont commencèrent à trouver étrange leur comportement. Zeïna finit par faire un mouvement pour éviter de créer une rumeur sur le navire.
- Mr Alaster, comment allez vous ?
Lantis finit par sortit de son mutisme à son tour.
- Capitaine Dé Feryo, je n’aurais pas cru vous voir si tôt.
- La nuit a été courte en effet.
Elle sourit en baissant la tête, le maître d’arme sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine, mais il devait se reprendre, ils étaient sur le navire maintenant.
- L’Aurore est sur le départ, je ne savais pas si nous devions aussi accélérer les derniers préparatifs.
- Je pense que se serait une bonne chose, il y a des intrigues et des rumeurs qui ne me plaisent guère.
- Je vais mettre tout en place alors.
- Très bien, une chose encore, Mme Tolado est elle présente à bord ?
Le maître d’arme hocha la tête.
- Elle est dans sa cabine, je ne l’ai pas encore vu ce matin.
Le visage de Zeïna s’illumina.
- Je vais me faire un plaisir de la réveiller alors.
Lantis ne put s’empêcher de sourire.
- Une certaine vengeance peut être ?
La capitaine laissa la question en suspend et se dirigea vers le pont arrière. Elle ouvrit la porte pour pénétrer dans les entrailles du navire. D’un pas assuré, elle marcha jusqu’à l’une des portes, un sourire sur les lèvres. Elle frappa avec force sur la porte sans aucun ménagement pour son plus grand bonheur.
- Debout, madame Tolado.
Elle frappa plusieurs fois à la porte avec force. Après quelques instants, un raclement sur le sol annonça l’arrivée de l’occupante de la cabine. La porte s’ouvrit sur la métis qui arborait un visage fatigué mais un étrange sourire sur les lèvres.
- Cryanne, comment te portes tu ?
- Bien ma chérie, répondit la métis d’une voix fatiguée.
Zeïna ne put s’empêcher de rayonner triomphante.
- Je voudrais que tu viennes dans ma cabine quand tu seras parfaitement réveillée, le plus tôt sera le mieux.
- J’arrive tout de suite alors, je peux enfiler quelque chose quand même, ou je viens ainsi.
Elle remarqua que la femme n’avait sur son corps que la couverture qui lui servait pour dormir.
- Avec des vêtements, ça sera mieux.
Cryanne pencha la tête.
- J’imagine que tu t’amuses beaucoup.
- Je dois dire que oui.
Zeïna la quitta pour se rendre dans sa cabine, elle la trouva telle qu’elle l’avait laissé, toujours aussi bien rangé. Elle s’installa sans attendre à son bureau et se mit à écrire ce qu’elle voulait faire avant de partir. Il y avait plusieurs choses à voir avant le départ, et l’aide de Cryanne serait primordiale.
La métis arriva après une dizaine de minute, toute trace de sommeil avait disparu de son visage. La capitaine était vraiment impressionnée, elle sourit en lui montrant le siège devant son bureau.
- Il faudra que tu me dises comment tu fais pour paraître aussi fraîche qu’une rose alors que je viens juste de te réveiller.
- Un petit secret que je partagerais avec toi un jour, alors que s’est-il donc passé à ce bal ?
- Tu ne sais donc rien ?
Cryanne sourit.
- Je viens juste de me lever, je n’ai pas eu le temps de prendre mes informations à la source.
Zeïna lui expliqua l’altercation qu’elle avait eue avec le noble et les doutes qui en avaient découlé. La maître d’équipage écouta sans interrompre la jeune fille, elle était songeuse après les récentes révélations.
- En effet, il y a de quoi douter.
- Ce que je me demande maintenant, c’est savoir si des rumeurs circulent sur une attaque prochaine ou un complot contre l’Aurore.
- Et je suppose que tu voudrais que je me mette en recherche de ces informations.
La jeune fille hocha la tête.
- Je sais que tu seras à même de les trouver, et je ne préfère pas savoir de quelle manière tu vas les avoir. Je veux par contre que tu promettes de faire attention à ce que je ne dois pas aller te chercher dans un cachot.
- Je connais mon métier ma chérie.
Elle se leva rapidement, ses yeux brillaient d’une étrange façon.
- Tu viens de me lancer un défi et je compte bien le relever.
- Ce n’est pas un jeu Cryanne, je soupçonne un ennemi de mon père de refaire surface, et tu sais très bien comment cela s’est terminé.
La métis redevint sérieuse.
- Ne t’en fait pas, je ferais attention, juste le temps de réunir mon équipe, enfin les réveiller serait plus juste.
Elle quitta la cabine avec légèreté, la jeune fille resta silencieuse à son bureau, elle espérait que la maître d’équipage puisse réunir les informations qu’elle avait demandé. Qu’importe qui menaçait l’Aurore, ils devaient d’abord savoir de qui venait l’attaque.
Avec la présence de Zeïna et sous l’impulsion des deux officiers encore à bord, le navire connut une activité intense toute la journée. Les vivres frais étaient embarqués et comptés caisse après caisse pour s’assurer que toute la commande état là. La commis du bord tenait les registres avec une rigueur intransigeante, rien ne lui échappait. Il en valait de la vie de tout l’équipage, si les réserves en nourriture venaient à manquer, la mort pouvait frapper avec avidité.
La capitaine était contente de son équipage, il était au complet et personne n’avait créé d’esclandres en ville la soirée d’avant. Le départ s’annonçait sur de très bon auspice, elle avait un chargement de bonne valeur qui se revendrait à un bon prix.
La jeune fille était tout de même préoccupée, elle voyait la journée bien avancée, et elle n’avait pas de nouvelle de Cryanne. La métis avait emmené avec elle toute son équipe, en laissant seulement Nefrita Hagus, plus utile sur le navire avec l’inventaire.
Une agitation soudaine sur la passerelle d’embarquement la fit se retourner, Portyd semblait se disputer une nouvelle fois avec quelqu’un. Cryanne n’était pas là, c’était pourtant avec elle que les disputes s’envenimaient généralement. Acoya était également occupé sur la route à prendre, elle prenait plus au sérieux son travail de pilote.
Zeïna finit par se diriger vers la rambarde, elle s’appuya sur la main courante en se penchant vers le quai tout proche. Elle l’interpella du pont du navire d’une voix forte pour couvrir la colère de l’homme.
- Et bien Mr Odell, que se passe-t-il pour que vous ayez besoin de crier aussi fort ?
Le second était sur le quai, les poings sur les hanches, il faisait face à deux personnes, le garde de la passerelle était là également. L’homme se tourna vers la jeune fille, le visage encore empourpré par la colère.
- Deux gamines qui croient embarquer pour une croisière, je m’en charge.
La capitaine qui avait besoin de se changer les idées décida d’intervenir par elle-même.
- Attendez, je vais voir par moi-même cette histoire.
Elle quitta le pont pour retourner au pied de la passerelle, la réponse de son second avait attisé sa curiosité.
- Ce n’était pas la peine de venir Capitaine, fit Portyd apaisé.
- Ne vous inquiétez pas, je me demande bien ce qui cause une telle colère chez vous alors que je ne vois ni notre pilote ni notre maître d’équipage.
Le second marmonna tout bas en secouant la tête, puis il se tourna sur le coté en désignant les deux personnes qui attendaient derrière lui.
- Voilà la cause de ma colère.
Zeïna découvrit alors deux jeunes filles un peu plus âgées qu’elle qui se tenaient debout, l’une contre l’autre. La première était grande avec un corps svelte et athlétique, elle se tenait bien droite. Son visage était remplit de sérieux et de colère, elle avait affronté sans peur la colère de Portyd. Ses cheveux étaient brun foncé très bouclé, qui lui tombait sur les épaules, elle possédait des yeux marron plein de fierté. Elle portait des vêtements simples, un pantalon de toile, une chemise à manche longue et un veston, un sac à ses pieds.
L’autre jeune fille était beaucoup plus effacée que sa camarade, elle était de plus petite taille, légèrement plus petite que la capitaine. Elle avait des formes plus généreuses et plus féminines que son amie, avec un maintien tout aussi droit. Ses cheveux étaient châtains clairs, très longs qu’elle gardait en queue de cheval dans son dos. Elle avait de très beaux yeux verts en amande qui auraient charmé n’importe quel homme. Elle portait des vêtements plus riches que son amie, tenant un sac entre ses mains.
- Et bien, je ne vois pas vraiment ce qu’elles ont de si menaçante, lança Zeïna en souriant.
Portyd poussa une exclamation d’agacement.
- Evidemment, elles veulent embarquer sur l’Aurore, j’ai beau leur dire que nous sommes au complet, elles n’en démordent pas.
- Je comprends.
Zeïna se tourna vers les postulantes.
- Bonjour, je suis le Capitaine Dé Feryo, maître de l’Aurore Boréale.
Les deux jeunes filles se courbèrent devant elle avec déférence.
- Je m’appelle Larra Jenfa et ma camarade Milie Erna, nous voulons embarquer sur votre navire.
- Comme l’a précisé mon second, nous sommes au complet, nous n’avons pas besoin de personne supplémentaire, si vous voulez je peux vous faire embarquer que le Magelan qui se trouve derrière, il a justement besoin de monde.
- Nous ne pouvons pas attendre, il nous faut embarquer tout de suite ! Lança avec empressement Milie Erna.
La capitaine la regarda avec suspicion, il y avait quelque chose de pas très clair chez ces deux là. Voyant le danger, la première des deux jeunes filles reprit la parole en essayant de rattraper la panique de sa camarade.
- Je suis désolée, mon amie est pressée de devenir marin, tout comme moi, nous avons tant entendu parler de vous que nous voulons absolument naviguer à vos cotés.
Portyd se pencha vers Zeïna.
- Je suis près à parier qu’elles sont entrain de fuir, murmura t’il.
La jeune fille hocha la tête, ne sachant pas ce qu’elle devait faire, elle préféra en avoir le cœur net.
- Suivez moi dans ma cabine, Mr Odell venez avec nous. Que tout le monde reprenne son travail !
Le petit groupe monta à bord jusque dans la cabine de la capitaine. Une fois la porte fermée, Zeïna s’installa à son bureau, le second à ses cotés. Les deux jeunes filles se tenaient debout devant elle, Larra Jenfa restant bien droite ne montrant aucune peur en comparaison de sa camarade.
- Maintenant que nous sommes tranquilles, je veux savoir ce que vous fuyez pour vous embarquer si rapidement ? Commença de but en blanc Zeïna.
Les deux jeunes filles se regardèrent.
- Je pense que nous devons être franches avec vous si nous voulons embarquer, fit la première.
L’autre acquiesça avant de reprendre la parole.
- Je cherche à fuir un mariage arrangé.
Milie Erna expliqua plus en détail.
- Mon père veut que j’épouse un vieux marchand riche pour monter dans l’échelle sociale, il ne m’a pas demandé mon avis et je n’ai pas le choix. La cérémonie doit avoir lieu demain, si je veux y échapper, je n’ai qu’une chance, c’est de m’embarquer sur le premier navire en partance, le votre.
- Et toi ? Fit Zeïna à Larra Jenfa.
- Je suis sa meilleure amie, je ne supporte pas de voir que son père la prenne pour une simple marchandise, alors j’ai eu cette idée de devenir marin et je ne comptais pas la laisser seule. Alors pouvons nous embarquer, nous n’avons pas d’autre chance.
La capitaine regarda son second.
- Qu’en penses-tu Portyd ?
- Avez-vous au moins des notions de navigation ?
- Je sais manier les voiles, fit Nom de la première, mon père possède un petit bateau de pèche.
- Et toi ? Lança le second en regardant l’autre jeune fille.
- Et bien …
Le silence en disait long sur sa réponse, Portyd n’y croyait pas vraiment, ils avaient largement assez de marins. Il croisa les bras en se tournant vers son capitaine.
- La décision te revient Zeïna, les effectifs sont au complet, et il y en a une qui ne sait rien faire sur un navire.
La capitaine regarda les deux postulantes qui gardaient le silence, elle comprenait très bien pourquoi celles-ci tentaient de fuir. Elle aurait été à la même place, elle n’aurait pas hésité à en faire de même. Zeïna posa les mains jointes sur son bureau en se penchant en avant dans leur direction, elles retinrent leur souffle.
- C’est d’accord, je veux bien vous prendre.
Leur visage s’illuminèrent, elles se congratulèrent en tombant dans les bras l’une de l’autre. Mais la capitaine reprit la parole les obligeant à se remettre au garde à vous.
- Mais attention, c’est un navire de commerce, pas une petite croisière d’agrément, vous allez devoir travailler comme les autres marins.
- Vous n’aurez pas à vous plaindre de nous, répondit Larra Jenfa.
- Je ferais ma part, renchérit Milie Erna, et j’apprends vite.
- Je l’espère, fit Zeïna, Mr Odell occupez vous de leur trouver une place, assignez les à une équipe de travail en les laissant ensemble, de préférence avec des marins expérimentés.
- J’en avais l’attention, allez suivez moi toutes les deux.
Les deux nouveaux membres de l’équipage de l’Aurore saluèrent avec empressement leur capitaine avant d’emboiter le pas au second. Elles entendirent l’homme maugréer tout seul sans chercher à se cacher.
- Après avoir pris des vagabonds, nous voilà avec des gamines fugueuses, des fois je me pose des questions.
La nuit était tombée dans le port de Calasta, les derniers préparatifs étaient terminés et l’Aurore ne demandait plus qu’à déployer ses ailes pour parcourir l’océan. Zeïna était encore à bord, elle était très inquiète et elle ne comptait pas rentrer à sa villa. La jeune fille avait envoyé des marins chercher ses affaires avec un mot d’excuse pour la gouvernante. Elle imaginé la tête de celle-ci en découvrant qu’elle ne reviendrait pas le soir pour souper.
La capitaine était préoccupée par bien autre chose, Cryanne n’était toujours pas revenu. Sans nouvelles, elle commençait véritablement à s’inquiéter, Lantis avait proposé de partir à sa recherche avec quelques hommes. Zeïna avait décliné la proposition pour éviter des ennuis avec les gardes de la cité.
Elle tentait de se calmer dans sa cabine, penchée sur les cartes marines du voyage. Acoya était venue lui présenter quelques observations, l’elfe des mers savait qu’elle pouvait lui changer les idées ainsi. Des pas et des échanges de paroles envahirent le navire, la faisant relever la tête, elle reconnaissait les voix qu’elle entendait distinctement.
- Les voilà enfin !
Elle allait prendre son chapeau pour rejoindre le pont quand la porte de sa cabine s’ouvrit sur Portyd et Lantis, en compagnie de Cryanne. La métis semblait très en colère, elle avait le visage fatigué et elle ne cherchait pas à sourire contrairement à son habitude.
- Cryanne, nous étions morts d’inquiétude sans nouvelle de toi où de tes compagnons.
- Je sais, répondit-elle d’un ton sec, je suis désolée.
La capitaine fixa la maître d’équipage.
- Que se passe-t-il ?
La métis soupira.
- Justement je voudrais bien le savoir, j’ai passé toute la journée à écumer les endroits où tout se sait, sans succès.
Zeïna remarqua soudain son bras droit ensanglanté.
- Mais tu es blessée ! Lantis, va chercher Gouran.
- Non, non, laisse-le s’occuper des autres.
- Qu’est ce qui s’est passé ?
La capitaine était devenue très sérieuse.
- Pendant nos recherches, nous avons du titiller quelques personnes qui n’ont pas apprécié, une troupe de soudards nous est tombée dessus. Tout le monde va bien, ne t’en fait pas, Akena vaut dix des gars qu’ils nous ont envoyé, juste quelques blessures légères.
- Tu feras regarder ta blessure tout de même.
Cryanne acquiesça.
- Et pour ce que je t’ai demandé ? Reprit la jeune fille.
- Voilà le problème, je n’ai rien trouvé, des rumeurs sans vraiment de certitude, quelqu’un de très puissant est derrière tout cela et il empêche les gens de parler. Tout le monde avait peur d’en dire plus quand les mots Dé Feryo et Aurore Boréale apparaissaient dans la même phrase.
Zeïna était très contrariée.
- En clair il y a bien quelque chose qui se trame, mais nous ne savons pas quoi et de qui viendra l’attaque.
- J’en ai bien peur.
La jeune fille se mit à réfléchir, que devait-elle faire maintenant ? Retarder le départ serait pure folie, et cela la discréditerait dans tout le port. De plus, son chargement était embarqué et ses clients attendaient la livraison.
- Je pense que cela ne sert à rien de tergiverser, lança Portyd, autant partir et advienne qui pourra.
- Je suis d’accord avec lui, répondit Cryanne, je n’arriverais pas à en apprendre plus de toute manière.
Lantis et Acoya hochèrent la tête à leur tour.
- Très bien, demain à la marée, l’Aurore Boréale prendra la mer et qui que se soit, nous allons lui montrer que nous gagnerons même si des complots sont hourdis contre nous.
Les officiers acquiescèrent vivement, complètement d’accord avec leur capitaine. Rien n’empêcherait le navire de prendre son envol vers son nouveau voyage.
La lune était voilée par des nuages épars, le port dormait doucement au cœur de la nuit. Il n’y avait pas grand monde sur les quais et dans les tavernes proches, la marée étant parfaite tôt le matin, les capitaines n’avaient pas laissé leurs marins quitter le bord.
Une silhouette apparut entre deux caisses, elle portait un grand manteau pourvu d’une capuche large. Elle passait complètement inaperçue dans la nuit, regardant les alentours pour voir si des gardes patrouillaient. Une fois rassurée, la silhouette courut de caisses en tonneaux pour ne pas se faire voir, elle s’approchait de son objectif, l’Aurore Boréale.
L’inconnu s’arrêta derrière un tonneau, regardant la passerelle d’accès du navire. Un marin était de faction, tenant un pique dont il n’hésiterait sûrement pas à se servir. Cette voie là serait impossible à prendre pour monter à bord, mais il avait bien d’autres moyens pour parvenir à ses fins. Profitant d’un nuage qui masqua la lune de nouveau, l’inconnu se présenta devant une bite d’amarrage.
Mettant son sac bien attaché contre son corps, la mystérieuse silhouette attrapa le cordage et se hissa à bord à la force de ses bras. Il tentait d’aller le plus rapidement possible, le nuage allait disparaître dans peu de temps. L’inconnu accéléra son allure, manquant de peu de lâcher prise sous la morsure de la corde, mais il atteint à temps le bord du bateau.
Il s’accrocha de toutes ses forces et bascula son corps de l’autre coté, sur la sécurité du pont, évitant une chute dans l’eau noire du port. Deux autres marins étaient de garde, l’inconnu avait eu la chance de ne pas tomber sur eux en montant à bord. Il toucha le bois en poussant un soupir de soulagement, il y était arrivé, enfin.
L’inconnu n’avait pas le temps de fêter sa victoire, il devait trouver une cachette. Il aperçut un canot sur le pont recouvert par une bâche, se serait parfait. Avec des pas feutrés, il se coula lentement vers la protection de la capote cirée. D’une main adroite, l’inconnu recouvrit le canot avec attention, rien ne pouvait trahir sa présence. Bientôt le navire serait loin du quai et il aurait gagné, il ne restait plus qu’à être patient.
Un nouveau nuage passa devant la lune, la nuit se poursuivant, ponctuée par le ressac des vaguelettes contre le quai.
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