Bonjour à vous lecteurs, l'Aurore repart pour de nouvelles aventures. Zeïna fonde de grands espoirs pour ce nouveau voyage et elle espère que tout se passera bien.
Mais quel est donc cette ombre qui est monté sur le navire le soir d'avant ?
Bonne lecture ^^
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CHAPITRE 43
Passager Clandestin
Le jour venait tout juste de se lever, et pourtant le port de Calasta vibrait d’une grande activité. Le départ des navires était ponctué par les marées, et les hommes ne pouvaient pas contrôler la nature versatile. Leur travail devait donc s’adapter avec celle-ci et ses caprices.
Malgré l’heure très matinale, les dockers et les marins se donnaient beaucoup de mal pour ne pas relâcher leurs efforts. Les cris et les insultes ponctuaient l’avancée des chariots vers les bateaux en partance pour charger les dernières denrées ou les dernières marchandises.
Ce jour là une demi douzaine de navire partait en même temps, tous vers des destinations différentes. Deux autres étaient arrivés dans la nuit augmentant le trafic et la cohue qui animaient les quais de la cité portuaire. Des spectateurs étaient quand même venu pour voir partir les marins, il y avait toujours des habitants pour venir admirer le déploiement des voiles sur les mâts.
Lors du premier départ de l’Aurore Boréale, une foule conséquente s’était réunie sur l’embarcadère. Il y avait eu autant de curieux que de détracteurs, des paris avaient même été lancés pour savoir si le bateau allait pouvoir quitter le port sans chavirer ou casser l’une de ses vergues. Mais avec la réussite de son premier voyage, les parieurs ne s’intéressaient plus autant à ce départ, les détracteurs préférant faire profil bas.
Zeïna était en grande tenue de capitaine, ses galons brillaient après avoir été longuement frottés et nettoyés pour l’occasion. L’équipage était au complet et tous les marins étaient à leur place, prêt à appareiller. Les familles des marins habitant Calasta étaient venues dire un dernier au revoir à celui ou celle qu’il ne verrait plus pendant de long mois.
La capitaine laissait les marins descendre à terre pour faire leurs adieux, elle comprenait la tristesse de ces moments, les ayant vécus de nombreuses fois sur le quai avec sa propre mère. Elle descendit une dernière fois à terre pour saluer elle aussi les quelques personnes venues pour la voir. Tyrande Kirsh lui donna une liasse de papier dans un porte document.
- Voici les derniers contrats et mandats, normalement tout est en règle.
- Je te remercie Tyrande, je te laisse t’occuper du comptoir je le sais entre de bonne main.
Le vieil homme sourit, un peu gêné.
- Merci Mademoiselle Dé Feryo.
- Nous prendrons soin de votre villa également, renchérit Kina sa femme, nous rendrons ainsi visite à Reginia.
Zeïna hocha la tête.
- Pourriez vous la remercier pour son travail de ma part, je n’ai pas pu retourner chez moi pour lui donner les dernies ordres, j’espère que cela ira.
- Ne vous en faites pas, répondit Tyrande, elle a l’habitude de tenir une maison.
Yars Hapos la salua avec une courbette.
- J’espère que votre voyage sera aussi fructueux que le précédent.
- Je l’espère également, Mr Hapos.
Le vieil homme gloussa, le capitaine Kaheris vint la saluer à son tour.
- Bon voyage Capitaine Dé Feryo.
- A vous aussi Capitaine Kaheris, le Magelan sera bien tôt prêt ?
- Oui, encore une semaine et je me mettrais en route également, avec les indications que votre pilote m’a laissé, je n’aurais aucun mal à rallier Malath’Rhyne.
Le nom de la capitale du Royaume des elfes des mers rappela des souvenirs à la jeune fille, elle aurait aimé y retourner, mais elle avait d’autres chemins à parcourir pour le moment.
- Que le vent vous soit favorable, lança Arashe Kaheris avec un sourire charmeur.
Zeïna lui retourna avec plaisir.
- A vous aussi Capitaine.
Elle laissa le séducteur pour faire face Danila Dé Hydalis qui était venue pour le départ de l’Aurore Boréale. Gouran n’avait pas pu lui demander de rester chez eux, elle avait exigé d’être présente. Le médecin avait rapidement cédé, il se trouvait en sa compagnie quand ils abordèrent la capitaine.
- Bonjour Mme Dé Hydalis, je vois que cette fois notre médecin n’a pu vous retenir chez vous.
- Il n’en était pas question, lança t’elle, je voulais absolument être présente pour vous saluer.
- Je vous remercie pour ce que vous avez pour m’aider pour le bal du Gouverneur, je me rends compte que je n’ai pas pu vous le dire avant aujourd’hui.
Danila fit un geste de la main pour signifier que cela n’avait pas d’importance.
- J’ai trouvé ce petit jeu fort amusant, et puis j’ai marqué des points dans la société de Calasta avec votre venue.
Zeïna sourit.
- Je suis rassurée alors, je n’ai pas fait pâtir votre réputation avec ma prestation.
- Au contraire ma chère, vous avez été éblouissante.
La jeune fille rougit.
- Peut être pas autant.
- Danila, tu gènes le capitaine, n’en fait pas trop.
La femme regarda son mari avec étonnement.
- Je dis seulement la vérité, mais bon, bon voyage et revenez nous vite, j’organiserais un bal pour que vous puissiez de nouveau éblouir la bonne société.
Zeïna écarquilla les yeux de stupeur, elle ne voulait pas de nouveau affronter ce genre d’épreuves aussi rapidement.
- Nous … Nous verrons cela à mon retour, pour le moment, il est temps de partir, la marée est parfaite, il ne faudrait pas la manquer.
- Mais bien sûr, ne vous en faites pas, allez y.
Gouran embrassa une dernière fois sa femme avant de se diriger vers le navire en compagnie de sa capitaine. Celle-ci se pencha alors vers le médecin pour lui parler tout bas sans que Danila dé Hydalis ne l’entende.
- Elle est sérieuse avec ce bal ?
- J’en ai bien peur, répondit-il sur un ton las.
- Oh misère, chuchota la jeune fille.
La jeune fille monta à bord, saluée par les marins sur le pont, ses officiers étaient réunis pour recevoir l’ordre du départ.
- Mme Tolado, Mr Odell, Mr Alaster, nous voilà parti pour un nouveau périple.
- Depuis le temps que nous étions à terre, je commençais à avoir des fourmis dans les jambes, lança le second avec joie.
L’homme avait plus souvent été sur un navire que sur la terre ferme, le roulement régulier du bateau sur l’océan lui manquait toujours au bout de quelques temps.
- Tu es bien impatient de partir, fit Cryanne, ce ne serait pas plutôt le fait d’avoir tout le temps ta femme sur le dos qui te pousserait à partir plus vite.
Portyd foudroya la maître d’équipage.
- Mêle toi donc de ce qui se passe chez toi au lieu de t’occuper du foyer des autres.
Zeïna se mit à rire tout comme les deux autres officiers.
- Ces disputes m’avaient presque manqué je dois dire, allons, nous avons un bateau à faire partir, tout le monde à votre poste !
Les membres de l’équipage se mirent en branle, Cryanne grimpant dans le main avec une myriade de marins pour abaisser les voiles. Une à une, les grandes bandes de toiles se libérèrent de leur filin pour claquer sous la caresse du vent. La capitaine observait ses équipes au travail avec un œil critique, ses hommes n’avaient pas perdu la main.
Les gens sur le quai lançaient des au revoir dans leur direction alors que le navire se mettait lentement en mouvement. L’Aurore se décolla enfin du mur de pierre pour se glisser dans l’eau pleine du port. Les dernies signes furent échangés avec la terre, les familles et les amis ne reverraient plus les siens jusqu’à son prochain retour. Le temps était long à attendre, mais la promesse d’un bon salaire et d’une prime confortable en cas de bonnes affaires poussaient les marins à partir à chaque fois.
L’Aurore Boréale avait achevé de déployer ses ailes, Zeïna monta sur le pont et se tourna vers le timonier. Sand Marslow était à la manœuvre, habitué aux remous et aux traitrises du port, mieux valait une personne expérimentée pour sortir de la crique encombrée de navire.
- Mr Marslow, droit vers la pleine Mer.
- A vos ordres Capitaine !
La barre bien en main, l’homme dirigeait le navire à la perfection, il le connaissait depuis de nombreuses années. Le nouveau timonier embarqué à Calasta serait testé en pleine mer, le minotaure pourrait ainsi prouver ses talents pour diriger un bateau.
Les autres navires en partance s’extirpaient un à un du quai, mais l’Aurore était en tête, il n’y avait pas de risque de collision. La marée était bonne et une petite brise venue de la terre permettait au bateau de prendre une vitesse acceptable. Le ciel était nuageux, mais il n’y aurait pas de tempête, le départ en était un peu triste mais au moins il ne pleuvait pas.
Zeïna sentit le navire trembler quand ils sortirent de la protection de la digue du port. L’Aurore Boréale semblait frémir en retrouvant la pleine mer, la jeune fille posa la main sur la rambarde pour s’imprégner de cette sensation. Son visage s’illumina, elle était de nouveau dans son élément et elle le maitrisait bien mieux que la danse.
- L’Aurore est heureux, lança Acoya.
L’elfe des mers avait remis sa tenue traditionnelle de son Royaume, une jupe courte et un haut très court. Une fois en mers, elle préférait de loin être habillée ainsi, les vêtements humains la gênaient dans ses mouvements.
- Je le sens aussi, répondit la jeune fille, il avait hâte.
- C’est au milieu de l’Océan que je me sens le mieux, renchérit Acoya, avec les deux choses que j’aime le plus.
La capitaine tourna la tête vers son pilote, interrogative.
- Et quelles sont t’elles ?
L’elfe se rapprocha d’un pas rapide pour n’être plus qu’à quelques centimètres de son interlocutrice.
- Ce merveilleux navire et sa non moins magnifique Capitaine.
Zeïna sentit le rouge lui monter aux joues, elle se recula instinctivement, une nouvelle fois gênée.
- Combien de fois je t’ai dit de ne pas t’approcher autant, surtout quand tu dis ce genre de chose.
Acoya se contenta de rire en faisant quelques bonds sur le coté, elle courut en direction du mat pour voir la mer de plus haut. La jeune fille poussa un soupir, l’elfe des mers était imprévisible et elle n’arrivait pas toujours à la suivre. Elle n’aimait pas voir des gens courir sur le pont au risque de provoquer des accidents, mais avec Acoya, il était impossible de la faire obéir.
Le navire bondissait dans les vagues, la mer était un peu forte et des paquets d’embruns venaient s’écraser sur le pont. L’eau salée frappa Zeïna en plein visage qui ferma les yeux en souriant, elle aimait tellement cette odeur iodée.
En rouvrant les yeux, la capitaine vit une personne penchée par-dessus bord, elle reconnut l’une des jeunes filles embarquées le soir d’avant. Il s’agissait apparemment de la moins expérimenté, Milie Erna si elle se souvenait. Son amie était à coté d’elle pour la soutenir, elle tenait un peu mieux le choc, mais le mal de mer était une chose normale pour les débutants.
- Mlle Jenfa, lança Zeïna dans sa direction.
La jeune fille se retourna en direction de l’appel non sans lâcher l’épaule de son amie.
- Oui Capitaine.
- Quand Mlle Erna se sera vider, emmenez là voir le docteur Dé Hydalis, elle aura besoin d’un remontant.
- Je le ferais Capitaine.
Portyd qui se trouvait sur l’escalier qui menait au pont supérieur regardait la scène en s’esclaffant.
- Voilà qui commence bien.
- Allons Mr Odell, elles n’ont pas encore l’estomac emmariné, vous ne vous souvenez donc pas de votre jeunesse.
Le second se contenta de faire un mouvement de la main devant son visage comme pour chasser une mouche qui le gênait. Le bateau prit lentement de la vitesse et le cap fut prit quand le port eut disparu à l’horizon. Zeïna avait prit cette disposition pour éviter qu’un observateur depuis la terre puisse connaitre la direction qu’ils allaient prendre.
La jeune fille prenait des notes dans un petit carnet, elle y avait inscrit les détails de la traversée jusqu’à leur première étape. Elle profitait de ces quelques moments pour garder en tête ce qu’elle allait inscrire sur le livre de bord le soir.
- Tu penses que cela suffira pour éviter les curieux, demanda Lantis tout bas pour éviter d’être entendu.
Zeïna haussa les épaules.
- Je ne sais pas vraiment, mais mieux vaut être prudent, vu le peu de chose qu’à pu découvrir Cryanne et comment ils ont été reçu durant leur recherche.
Le maître d’arme hocha la tête.
- Dés demain, je remettrais en place mon groupe d’attaque, je prendrais une dizaine de marins pour faire un noyau dur.
- Tu peux déjà te baser les trois kadjis et Akena, après nous avons aussi les deux autres kadjis qui sont montés à bord mais aussi Mono Handela, le minotaure.
- C’est ce que je comptais faire, répondit Lantis, mais je ne veux pas dépouiller les équipes de nos meilleurs éléments.
- Tu n’auras qu’à faire des roulements comme tu l’avais suggéré.
Alors que le maître d’arme allait parler, une agitation soudaine naquit à la proue du navire. Un petit attroupement s’était formé, la silhouette du second était visible parmi eux.
- Que se passe t’il encore là bas, fit Zeïna en se relevant.
- Ce n’est pas une bagarre en tout cas, sinon Portyd aurait intervenu.
- Allons voir, nous en aurons le cœur net.
Ils quittèrent le pont supérieur pour se rendre à la proue, le nombre de marins avait augmenté dans le même temps. Les bagarres et les coups de gueule au début de la campagne étaient toujours possibles, il suffisait de hausser la voix un peu, et tout rentrait dans l’ordre. Le temps apaisait ensuite les esclandres et les colères, la camaraderie du bord faisait le reste.
La capitaine arriva au centre de l’attroupement et elle put enfin voir ce qui se passait. Le second tenait entre ses mains un paquet qu’il levait au dessus de sa tête. En observant un peu mieux, elle se rendit compte que c’était un être humain, un enfant semblait t’il à la taille. Il portait une cape à la capuche rabaissée qui empêchait de voir son visage.
Pour l’instant, Zeïna devait calmer son second avant que celui-ci n’étrangle l’inconnu sous sa poigne féroce.
- Mr Odell, arrêtez ça et expliquez moi ce qui se passe !
Le second se retourna en exhibant sa prise.
- Voilà le problème capitaine, un passager clandestin ! C’est Verken qui l’a découvert dans le canot en vérifiant ses amarres.
Le marin hocha la tête pour appuyer les dires de son officier.
- Il a sauté comme un diable de sa boite quand je l’ai découvert.
Zeïna comprenait maintenant le problème.
- Et qu’est ce que vous voulez faire ? L’étrangler avant de lui demander ce qu’il fait ici ?
- Pas besoin de lui demander, renchérit Portyd, les passagers clandestins ne sont pas les bienvenus, et vous savez ce que nous devons faire.
Il fit un pas vers le bastingage et porta l’enfant par-dessus bord.
- Les jeter à la mer !
Le passager clandestin s’agita pour tenter de se libérer de la poigne du marin, une petite voix étranglée se fit alors entendre.
- Attendez … Laissez moi m’expliquer …
La voix était vraiment très aigue, même avec l’étranglement. Zeïna n’était pas partisane de jeter les gens à la mer vers une mort certaine, elle intervint immédiatement.
- Mr Odell, reposez cette personne à bord, je connais très bien ce que je dois faire avec les passagers clandestins mais je ne veux pas faire ce genre de chose avant d’avoir une bonne explication.
Le second regarda son capitaine, tenant toujours sa proie à bout de bras. Comprenant que la jeune fille avait donné un ordre et non un simple commentaire, il jeta l’enfant sur le pont de bois sans ménagement en marmonnant. Le passager clandestin toussa une fois au sol, cherchant son souffle après l’étranglement, il retira alors sa cape pour retrouver sa respiration.
Une série d’exclamation retentit quand l’étranger fut à la vue de tous, une longue chevelure ailes de corbeau apparut. L’étranger était agenouillé sur le sol et pourtant la pointe des cheveux touchait le pont. Mais la surprise venait aussi du corps fluet du passager clandestin qui n’était autre qu’une passagère clandestine.
Son visage était fin et très beau, elle ne devait pourtant pas avoir plus d’une douzaine d’année à la vue de son corps encore enfant. La peau de l’étrangère était très blanche, presque translucide, elle avait une bouche fine et un nez légèrement pointu. Ses yeux noirs étaient remplis de fierté malgré la situation où elle se trouvait. Ses vêtements étaient de très bonne qualité, ils semblaient même neufs.
L’inconnue finit par retrouver son souffle, elle se redressa en cherchant des yeux celui qui l’avait attrapé. Elle ne voulait pas le perdre de vue, il avait une force phénoménale, la soulevant sans aucun souci d’une seule main.
- Maintenant que tu as repris ton souffle, je voudrais connaître le nom de ma passagère clandestine. A moins que tu préfères que je laisse mon second te montrer si la température de l’eau est à ton goût ?
La jeune fille secoua vigoureusement la tête, ne voulant pas revivre l’expérience précédente.
- Non, non, je vais vous le dire.
- Bien alors nous t’écoutons tous, qui es tu et qu’est ce que tu fais ici ?
Elle se releva pour faire face à la capitaine, malgré cela elle ne dépassait pas l’épaule de Zeïna.
- Je … Je m’appelle Riya …
Elle hésitait à continuer, mais les regards lourds de la jeune fille la poussa à continuer.
- Riya Dé Endefield
Portyd fixa la jeune fille.
- De la famille du Baron Naastor Dé Endefield ?
- Oui, répondit elle d’une petite voix.
- Alors là c’est la catastrophe.
Zeïna fronça des sourcils.
- Comment ça ?
- Les Dé Endefield sont une famille très importante sur Calasta, vous avez du sûrement les voir au bal du Gouverneur. Mais qu’est ce qu’elle fait à bord ?!
- Je veux être marin comme le capitaine Dé Feryo !
Riya venait d’intervenir sous le coup de l’émotion, ses yeux s’agrandissaient de peur en comprenant qu’elle aurait du éviter de le lancer sans réfléchir.
- Donc tu as cru que tu pouvais monter sur le navire comme cela te chanter parce que mademoiselle le voulait !
Le second était particulièrement en colère, Cryanne s’interposa devant l’homme avant que sa fureur ne l’emporte sur son bon sens.
- Allons, il n’y a pas besoin de se mettre dans cet état, maintenant que nous sommes loin du port, il n’y a plus rien à faire.
- En effet, renchérit Zeïna, et nous n’allons pas la jeter par-dessus bord non plus.
La jeune fille se tenait bien droite, fixant la capitaine, le second poussa un soupir à fendre l’âme.
- Une gamine qui a fait une fugue pour monter sur le bateau, si elle croit qu’elle peut faire ce qu’elle veut moi je ne compte pas laisser faire, je l’enverrais bien à fond de cale pour lui apprendre le respect.
Riya sentit son cœur battre la chamade, elle imaginait déjà dans le noir, enchaîné sur la quille.
- Non, nous n’allons pas la mettre au fer, reprit Zeïna, j’ai une bien meilleure idée, elle voulait découvrir le monde de la marine, et bien elle va le connaître.
La jeune fille toisa la passagère clandestine.
- Riya Dé Endefield, tu fais maintenant partie de l’équipage, tu seras un mousse comme les autres, sans passe droit. A bord ton nom ne sert à rien, à notre prochaine escale tu préviendras tes parents de ta présence à bord, ils doivent être mort d’inquiétude.
Ne voyant pas la jeune fille réagir, la capitaine la fixa avec intensité.
- Tu as compris ce que j’ai dit ?!
Elle se figea brusquement se raidissant, elle hocha la tête très impressionnée par le ton autoritaire de la capitaine.
- Bien, maintenant que cela est réglé, tout le monde à son poste.
Les marins se dispersèrent lentement par petit groupe, retournant à sa tache, Portyd regarda la gamine, puis son capitaine.
- Je ne sais pas si vous avez fait le bon choix, je sens les ennuis en perspective.
- Nous n’avons pas vraiment le choix de toute façon, répondit Zeïna.
Elle se tourna vers Cryanne.
- Mme Tolado, emmenez donc notre nouveau mousse dans la partie réservée au femme de l’entrepont, vous arriverez bien à lui trouver un endroit pour l’installer, elle ne prend pas de place. Ensuite je vous laisse le soin de la mettre au travail, avec les deux autres recrues que nous avons eu il y a peu.
- Je m’en charge Capitaine.
La métis croisa les bras devant Riya.
- Je suppose que c’est ton sac là bas, prend le et suis moi.
La nouvelle mousse saisit son bagage et elle s’empressa d’emboîter le pas de la femme à la peau dorée. Les marins autour d’elle étaient tous occupés, mais ils prenaient le temps de regarder la jeune fille passée. Elle sentit un frisson lui parcourir l’échine de manière incontrôlable.
Passant une écoutille, elles pénétrèrent dans l’entrepont, la zone réservée à l’équipage. La jeune fille eut un mouvement de recul en entrant dans cette partie sombre du bateau. L’odeur était presque irrespirable, la présence d’un si grand nombre d’hommes dans un si petit espace en était la cause principale.
Voyant la réaction du nouveau membre de l’équipage, Cryanne se retourna, les mains sur les hanches.
- Te voilà bien délicate, en venant sur un navire tu ne t’attendais pas à ce genre de chose ?
- Je croyais qu’il y avait des cabines.
La métis se mit à rire.
- Je crois que tu penses encore te trouver dans une merveilleuse aventure, redescend sur terre ma petite, se sont les officiers et le capitaine qui ont le droit à une cabine, et encore bien souvent ils la partagent à plusieurs. Toi ta place est ici, parmi l’équipage, mais tu as tout de même de la chance, avec le nombre de femmes importantes à bord, une partie séparée a été créée pour garder une bonne entente entre tous.
Riya comprenait qu’elle s’était faite une image idyllique de la vie de marin, elle redescendait brutalement sur terre.
- Encore une chose, reprit la métis, à Calasta tu es une petite fille riche et noble, ici tu es seulement un membre de l’équipage de l’Aurore, alors ne compte pas sur un traitement de faveur.
Elle fit un hochement de tête en toute réponse, elle semblait très effrayée et totalement abattue. Cryanne avait du en faire un peu trop, mais elle préférait être plus incisive avec la passagère clandestine, les autres marins ne lui feraient pas de cadeau. La métis poussa une tenture pour révéler un espace clos, séparé du reste de l’entrepont, elle lui désigna un petit espace vers le fond.
- Voici le zone des femmes, pose ton sac dans le coin et laisse ta cape ici, tu n’en auras pas vraiment besoin aujourd’hui.
Elle obéit prestement et revint immédiatement près de la maître d’équipage. Sans ajouter un mot, elle lui demanda de nouveau de la suivre d’un geste, elles retournèrent à l’air libre et Riya se trouva bien tôt en compagnie des deux autres nouvelles recrues de l’équipage. Cryanne se tint devant elles, elle fit la moue en voyant le vent faire voler des mèches de cheveux.
- Bon, en premier lieu nous allons nous occuper de ces coiffures, elles ne sont vraiment pas adéquates pour le travail de marin. Riya approche toi, je vais te le faire pour le montrer à tes deux camarades, mais la prochaine fois tu te débrouilles, c’est compris.
Elle hocha vivement la tête en obéissant. La métis réalisa une tresse serrée avec les cheveux de la petite fille, elle sourit en sentant la douceur sous ses doigts. La gamine ne devait vraiment pas être habituée aux travaux pénibles, cela promettait d’être particulièrement difficile pour elle.
Cryanne patienta pour que les deux autres aient terminées, elle jugea le travail acceptable pour des personnes peu habituées.
- Avec le temps, vous apprendrez à les réaliser plus rapidement et avec de l’huile, nous n’avons pas vraiment la chance de pouvoir les laver souvent, donc mieux vaut les protéger le plus efficacement possible.
La métis leur désigna des sauts derrière elle, des brosses en poils dur étaient posées à coté.
- Au départ je ne peux pas vous demander beaucoup de chose à faire, donc vous allez apprendre à tenir le pont parfaitement propre. Un navire bien tenu, c’est augmenter les chances de faire une traversée sans problème.
Larra Jenfa attacha une corde à la hanse d’un saut et le jeta à la mer avant de le remonter à bord. Elle répéta l’opération trois fois pour chacune d’elles, puis elles se mirent au travail sous la direction implacable de la Maître d’équipage. Les quelques marins libres de quart en profitèrent pour les regarder travailler, goguenard, certains pariant même pour savoir laquelle craquerait en premier. Les faveurs des parieurs allaient vers la passagère clandestine.
Riya frottait de toutes ses forces en gémissant, elle avait déjà un tel mal au dos qu’elle pouvait à peine se relever. Ses genoux et ses bras la faisaient également souffrir à force d’être posé sur le bois dur du pont. Elle plongeait inlassablement ses mains dans le saut d’eau froide et continuait à gratter le pont.
En voyant ses mains, elle écarquilla les yeux, fines et blanches il y a encore peu de temps, elles étaient devenues rouges et gonflées. De petites écorchures lui faisaient si mal qu’elle n’arrivait plus à bien tenir sa brosse. Elle entendit alors sa camarade pousser un soupir de lassitude en continuant malgré tout son travail.
- Je ne pensais pas que se serait aussi dur, fit Milie.
- Je t’avais dit que ce n’était pas la solution le plus simple, lui répondit son amie.
Larra était plus accoutumée à travailler, son père était un menuisier et elle aimait lui tenir compagnie dans son atelier pour l’aider.
- Tu aurais préféré sentir les mains ridées et osseuses du vieux Hering sur ta peau ?
La jeune fille poussa une exclamation de peur.
- Ha surement pas !
Riya qui était resté silencieuse jusqu’à présent finit par parler d’une petite voix.
- Qui est ce monsieur Hering ?
Les deux jeunes filles se tournèrent vers leur camarade.
- L’homme que j’aurais du épousé, répondit Milie, un affreux marchand qui a plus du triple de mon âge.
- Alors tu t’es enfuie ?
Elle hocha la tête.
- Quelque part nous avons fait la même chose que toi, nous avons fugué de chez nos parents, je m’appelle Milie Erna et mon amie, Larra Jenfa.
- Moi je m’appelle …
Elle allait donner son nom avec ses titres de noblesse comme elle en avait l’habitude mais elle se rappela les paroles de la capitaine et la maître d’équipage. Elle baissa un peu la tête avant de reprendre.
- Riya, seulement Riya.
- Je vous que vous parlez bien, lança subitement Cryanne, ce n’est pas comme ça que le pont va être propre !
Les nouvelles recrues se mirent à frotter plus fort sur le bois sous les rires des marins qui les observaient. De grosses gouttes de sueurs coulaient déjà dans le cou des jeunes filles, elles n’étaient qu’au début de la journée et le travail n’allait pas s’arrêter aussi facilement.
La métis fit jouer toute son ingéniosité pour leur trouver toute une série de tâche à faire. Après le pont à nettoyer, elles passèrent au bordage et à la main courante, puis les escaliers qui menaient au pont supérieur mais aussi au pont inférieur. Elles participèrent à plusieurs manœuvres, Cryanne mit des plus grandes dans une équipe de marins chevronnées. La plus jeune fit portant le saut de graisse pour aider les poulies à mieux coulisser.
La journée se poursuivait, et le travail n’était jamais terminé. Sur les recommandations de Zeïna, la maître d’équipage devait tester l’endurance et le courage de ses nouvelles recrues pour savoir si elles valaient le coup de la garder. En voyant leur état à la fin du dernier quart du jour, certains marins commencèrent à les plaindre.
Les trois jeunes filles n’avaient plus l’air aussi fraiches que le matin, leurs vêtements étaient sales et crasseux. Leurs mains étaient rouges et pleine d’écorchures, les muscles douloureux presque dans l’impossibilité de se tenir droite. Cryanne les laissa libre d’aller se reposer, elles saluèrent leur officier comme elles avaient appris avant de se rendre dans l’entrepont.
Zeïna vint à la rencontre de la métis, Portyd et Lantis l’accompagnaient.
- Alors, nos nouvelles recrues ?
- Elles ne s’en sont pas si mal sorties, il faut dire que j’y suis allée un peu fort.
- Même la gamine ? Demanda Portyd qui n’approuvait toujours pas la présence de la passagère clandestine à bord.
- Oui, elle manquait d’entrain au début, suite surement à son rêve qui s’était un peu effiloché, mais elle s’est bien rattrapée et elle a tenu. Milie Erna en a même oublié son mal de mer pendant la journée.
La capitaine sourit.
- Tu as bien fait, si elles ont tenu cette journée, nous pourrons les intégrer à l’équipage, demain tu les mettras au même temps de travail que les autres marins.
- C’est entendu, j’ai déjà des idées pour les intégrer dans les équipes, il faudra que je vois ça avec toi Portyd.
- Nous verrons ça ce soir, répondit le second, pour la gamine je ne sais pas trop ce que tu comptes en faire.
- Un mousse, c’est plus facile à gérer qu’un marin sans aucune expérience, nota Lantis.
- Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi.
- Pourquoi pas ? Répondit le maître d’arme.
Loin de la discussion, dans l’entrepont, les marins se reposaient de leur journée de travail. Dans la partie réservée aux femmes, les nouvelles recrues découvraient cet espace qui changeait radicalement d’une chambre dans une maison à terre.
L’équipe de quart sur le pont ne comportait aucune femme, elles étaient donc toute réunies dans la zone exigüe, seul Hina manquait, elle était occupée dans la cabine du capitaine.
- Cryanne n’a pas chaumé, lança Rena Blackbird en voyant l’état des nouvelles, j’ai l’impression qu’elle vous en a fait baver.
- Je pense que c’était pour savoir si nous tiendrons le coup, répondit Larra Jenfa.
Elle poussa un gémissement de douleur en s’asseyant.
- Elle aurait pu faire un peu attention, regarde l’état des mains de la petite, fit Kilia Mae’Tyka, il faudrait presque l’emmener à l’infirmerie.
L’elfe appliquait un baume sur les écorchures de Riya.
- Elle a voulu monter à bord sans permission, fit Rena Blackbird, moi j’étais de l’avis d’Odell, à l’eau les passagers clandestins.
L’elfe soupira.
- Ce n’est qu’une enfant, je me demande d’ailleurs ce qui t’a pris de monter à bord ainsi, la vie de marins te faisait tant rêver ?
Riya n’osait pas parler.
- Tu peux t’exprimer tu sais, reprit Kilia Mae’Tyka, Rena parle un peu fort mais elle ne mord pas.
- Pas moi, répondit l’intéressée, mais je ne sais pas pour Nadja, de la chaire tendre peu lui plaire.
La kadjie était déjà allongée dans son hamac, elle répondit d’un grondement sourd.
- Je n’aime pas la viande humaine, trop fade.
Riya écarquilla les yeux de peur en faisant un mouvement de recul, faisant éclater de rire les autres femmes. L’elfe vint de nouveau à son secours.
- Ne t’en fait pas, elle rigole, les kadjis ne mangent les humains tu n’as rien à craindre.
- C’est sûr ?
- Mais oui, n’est ce pas Nadja.
La kadjie hocha la tête sans bouger de son hamac.
- Tu es rassurée, alors dis moi pourquoi as-tu embarqué ? Demanda Kilia Mae’Tyka.
- Parce que … Hésita Riya. La capitaine est mon héroïne, je veux être comme elle plus tard.
Rena Blackbird s’éclaffa.
- Et tu crois que ça te laisse le droit de monter à bord sans permission ?
- Je … Non, finit elle par dire en baissant la tête.
La femme se redressa fièrement.
- Bravo Rena, lança Lunaya Dantefield son amie, tu as réussi à tenir tête à une gamine de douze ans, belle performance.
Les moqueries fusèrent à l’encontre de la femme marin qui venait de se faire piéger. L’ambiance détendue permit aux nouvelles recrues de se sentir moins mal à l’aise. Il était temps de dormir, certaines allaient être de quart dans la nuit, chacune installa son hamac à une place précise.
Riya trouva une place dans angle, coincée entre le bordage du bateau et la kadjie qui avait besoin de plus d’espace. La jeune fille craignait toujours un peu la présence de celle-ci, elle regarda comment était accroché les hamacs des autres et elle attacha le sien. Au moment de monter à l’intérieur, un nouveau problème se posa, comment grimper à l’intérieur.
La jeune fille attrapa le bord et tenta d’y monter, mais avec le peu de force qui lui restait dans les bras, elle tomba sur le sol lourdement. Elle tenta de nouveau sa chance et elle n’eut pas plus de réussite, se faisant un peu plus mal à chaque tentative. Des plaintes commencèrent à s’élever, elle faisait trop de bruit.
Riya allait se résoudre à dormir par terre quand elle sentit une poigne puissante la soulever du sol. Elle ouvrit la bouche sans émettre un son, la peur vissée dans le ventre, mais elle fut déposée dans son hamac. Elle se tourna pour faire face à la kadjie qui la regardait avec un air amusé.
- Demande donc de l’aide quand tu n’y arrives pas.
- Me … Merci, lança t’elle avec une petite voix.
Nadja leva les yeux au ciel.
- Pas besoin d’avoir si peur, maintenant dors et ne fais plus de bruit.
La kadjie se pencha avec adresse et jeta la couverture de la jeune fille sur celle-ci, puis elle se tourna dans son hamac pour se rendormir. Riya serra le tissu de coton contre elle, la jeune fille ne sentait presque plus ses doigts, son corps était parcouru de douleur, chacun de ses muscles se plaignant du traitement qu’ils avaient subie.
La jeune fille commença à se demander si elle avait fait le bon choix, mais elle ne pouvait plus reculer de toute manière. Elle se roula sur elle-même dans le hamac, cherchant un peu de chaleur, elle était bien trop fatiguée pour tenter de réfléchir. Le sommeil l’emporta rapidement sur la douleur, plongeant la jeune recrue dans les limbes.
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