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Jeudi 31 mai 2012, 12:36


Voici une histoire écrite par Trimor et dont le titre est Océan - chapitre 44 - Escale à Komedo.

Bonjour à vous ^^
Voilà le nouveau chapitre, la première escale de ce nouveau voyage ce profil, Komedo, une nouvelle étape qui réserve à Zeïna et son équipage pas que des bonnes nouvelles.
Bonne lecture ^^


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CHAPITRE 44
Escale à Komedo

L’Aurore avançait paresseusement sur une mer calme, poussée par une petit brique qui la pousser en avant. Les marins sur le navire étaient pourtant beaucoup plus excités, la première escale de leur voyage allait bientôt arriver. Pour les membres de l’équipage qui travaillaient dur tous les jours sur le pont, le moment des escales était toujours propice à un relâchement de la discipline. Ils allaient pouvoir souffler un peu, et peut être qu’ils seraient autorisés à descendre à terre. La tournée des bars et tavernes du port ainsi que de la bonne compagnie faisaient naitre un sourire de bonheur sur tous les visages.
Zeïna observait l’atmosphère joyeuse du pont, elle souriait les laissant chanter plus fort que d’habitude. Des petits groupes se formaient pour discuter sur ce qu’ils allaient faire une fois à terre. La jeune fille avait annoncé le jour d’avant que l’Aurore resterait deux jours à quai, les marins savaient qu’il y avait de grande chance pour que la soirée soit libre.
- J’ai hâte de revoir l’Ile Blanche, lança Portyd à ses cotés.
- Je savais que cette escale te plairait aussi, répondit la jeune fille.
La capitaine prenait plus de liberté aussi, elle n’hésitait plus à tutoyer ses officiers plus souvent. Seul les ordres étaient données par le vouvoiement, elle faisait attention de ne pas faire de même pour les autres marins.
- Tu n’as jamais été là bas ?
Zeïna fit non de la tête.
- Mon père ne m’y a jamais emmené, je ne la connais que de nom.
- Alors tu vas voir, quand nous arrivons en vu de l’île ses hautes falaises blanches illuminent la mer, elles brillent quand le soleil vient frapper leur surface.
Le second souriait en imaginant le spectacle.
- C’est une belle journée, nous devrions avoir la chance de les observer.
- Oui, mais il faudra faire attention à leur éclat, les récifs et les écueils sont traitres par ici, la beauté cache le danger.
- Acoya m’avait déjà prévenu, elle m’a dit qu’elle se tiendrait prête à l’avant pour guider le timonier et la manœuvre.
Portyd resta interdit.
- Je n’ai rien contre cette elfe, mais je ne sais pas si tu as raison de laisser tout le navire entre ses mains.
La capitaine sourit.
- Tu ne te feras jamais à Acoya j’ai l’impression.
L’elfe des mers apparut soudainement au coté de la jeune fille.
- Vous parlez de moi peut être ?
Ils poussèrent une exclamation de surprise en même temps.
- Je parlais surtout de ça, fit Portyd en reprenant sa place.
Des marins qui avaient vu la scène tentèrent de se cacher pour éviter de montrer qu’ils riaient. Mais le second avait l’ouïe fine, et un caractère pas vraiment conciliant.
- Et vous deux, vous n’avez rien d’autre à faire ! Je vais vous trouver quelque chose moi, vous allez voir.
Portyd quitta le pont supérieur pour s’occuper des deux plaisantins. Acoya riait aux éclats alors que la capitaine soupirait.
- S’il te plait, évite de faire ça, combien de fois vais-je devoir te le dire ?
L’elfe des mers réfléchit quelques instants avant de mettre son visage à quelques centimètres de celui de la jeune fille, presque à l’embrasser.
- J’aime trop l’embêter pour arrêter de le faire.
Zeïna fit un pas en arrière tandis qu’Acoya continuait de rire aux éclats, elle finit par se reculer pour se rendre à la proue du navire.
- Nous arrivons bientôt en vu de l’île, je vais me mettre à mon poste.

La jeune fille regarda son pilote partir, elle se demanda si un jour celle-ci deviendrait adulte. Alors qu’elle était perdue dans ses pensées, Loan, la vigie de l’Aurore lança un long cri de corbeau du haut de son perchoir.
- L’Ile Blanche drrrrrroit devant !
Les contours de l’île apparurent devant les yeux de tout l’équipage de l’Aurore, un éclat de lumière accru les obligea à baisser le regard au départ. Les falaises de craies blanches venaient en quelque sorte de saluer le navire en approche. Hautes de plusieurs dizaines de mètres, elles affrontaient la mer depuis toujours, immuables et éternelles.
L’Ile Blanche semblait surélevée par rapport au niveau de la mer comme si une colonne de pierre avait jaillit de l’océan pour se dresser là. Depuis ces falaises escarpées, le terrain décliné lentement pour revenir au niveau de la mer dans une grande crique en forme de croissant de lune. Depuis cette plage, la cité de Komedo avait été créée, d’abord le port puis les habitations qui suivaient les pentes du sol.
Des plateaux étaient ainsi visibles, les uns au dessus des autres, les riches villas étant situées le plus haut, certaines surplombant même les falaises. Les maisons étaient construites à l’aide de la pierre de l’île, la blancheur des murs se mêlant avec le vert de la végétation.
La beauté de l’Ile Blanche poussait de nombreuses personnes à venir faire escale ici, le commerce et le fonctionnement de Komedo fonctionnaient beaucoup autour de ses visiteurs. La réputation des tavernes et des auberges de l’île n’était plus à faire, un lieu de plaisir et de repos jamais égalé sur l’Archipel.
Avant de pouvoir découvrir les beautés de l’Ile Blanche, il fallait passer les dangereux récifs qui bordaient ses côtes. Acoya était à l’avant, penchée par-dessus le bord, observant la surface de l’eau avec une grande attention. Les mousses formaient une chaîne humaine pour transmettre les ordres de la pilote, tous les marins disponibles étant chargés de la manœuvre.
- A tribord, 4 degrés, lança l’elfe sans se retourner.
Le message fut transmis en quelques instants, Zeïna donna à son tour les ordres, le timonier prenant fermement la barre, les marins sur le pont tiraient les cordages tandis que ceux dans les vergues attendaient leur tour pour agir.
Une série d’ordre bref s’en suivit, les manœuvres étaient exécutées avec calme et assurance. La capitaine faisait entièrement confiance à son pilote, sa nature d’elfe des mers lui permettait de voir plus de chose que n’importe quel humain.
Après une vingtaine de minute ponctuée par les ordres et les appels des marins, Acoya se redressa pour se remettre debout sur le pont. Elle leva son pouce en l’air en direction du pont supérieur où se trouvaient Zeïna et Portyd.
- Il n’y a plus de dangers, nous pouvons continuer tout droit en direction du port.
- Merci Mlle Yna’Hi, Mr Odell, faite réduire la voile dés maintenant, nous avons bien trop de vitesse, je ne voudrais pas que l’Aurore aille percuter un navire en arrivant.
- A vos ordres.
Les marins dans les mâts se mirent au travail, Cryanne était parmi eux pour les pousser à aller plus vire. Elle ne semblait pas gênée par la hauteur, tout comme les autres marins pourtant plus habitués à ce genre d’ouvrage. Au fur et à mesure de leur arrivée dans le port, les voiles étaient remontés les unes après les autres.

Zeïna décida de mouiller dans le port et non sur le quai, il y avait déjà beaucoup de navire et elle ne voulait pas être bloquée pour le départ. Elle lança l’ordre de mouiller l’ancre d’une voix forte pour couvrir les pas des marins sur le pont. Le cliquetis des chaînes retentirent à travers tout le bateau, deux plongeons dans l’eau signalant le mouillage réussi des ancres.
Après quelques instants, les pointes de métal se figèrent dans le fond vaseux du port, l’Aurore s’arrêta complètement.
- Manœuvre parfaite, vous remercierez tout l’équipage Mr Odell, lança Zeïna.
- Se sera fait Capitaine.
Les marins sourirent, ils étaient toujours contents de recevoir des félicitations. La jeune fille quitta la rambarde alors que les hommes d’équipage terminaient de ranger le pont. Elle devait se préparer à descendre à terre, pour cela elle devait passer par sa cabine. Avant de quitter le pont, elle aborda Lantis qui se trouvait non loin d’elle.
- Préparez la chaloupe Mr Alaster, je vais me rendre immédiatement à terre.
- Très bien Capitaine.
- Faites prévenir Mme Hagus, qu’elle emmène les bons de chargements et les livres de compte.
Le maître d’arme hocha la tête.
- Nous pouvons préparer la cale pour le déchargement ?
- Oui, nous gagnerons du temps comme ça.
Zeïna laissa Lantis faire ce qu’elle avait demandé et elle alla dans sa cabine. Hina avait encore devancé son arrivée, elle terminait de brosser sa veste d’uniforme, le tricorne posé sur lit avec une chemise propre. La jeune fille rousse afficha un éclatant sourire en voyant arrivée son capitaine.
- Comme vous voyez, tout est prêt !
- Tu commences à devancer mes besoins, je n’ai presque plus besoin de te le demander.
- Je commence à prendre l’habitude, je vais vous chercher une bassine d’eau chaude.
La jeune fille partit dans un mouvement sec, en quelques pas rapides elle était déjà partie par la petite porte dérobée. Hina revint quelques instants après, portant un baquet d’eau chaude, Zeïna avait retiré ses vêtements de travail. Elle se lava rapidement avant d’enfiler son uniforme de capitaine, sa servante lui tendant son tricorne fraichement brossé.
- Je te remercie Hina.
- A votre service capitaine.
La voix de la jeune fille était toute guillerette, elle était un véritable rayon de soleil sur l’Aurore, même au pire moment. Prenant son porte document, Zeïna salua sa servante avant de remonter sur le pont, sa chaloupe était prête et son équipage déjà en place, attendant la jeune fille. Nefrita Hagus était présente également, elle avait revêtu une tenue sobre avec un pantalon et un veston pour l’occasion.
- Bonjour Mme Hagus, fit la capitaine, vous avez tous les documents.
- Tout est là, je vous attendez pour monter à bord.
- Alors nous pouvons y aller, Mr Odell je vous laisse l’Aurore, mettez quelques gardes et laissez l’équipage de repos pour le moment.
- Très bien Capitaine.

Zeïna et Nefrita descendirent dans la chaloupe, tenue encore par les amarres au flanc de l’Aurore. Elles prirent place à bord, et aussitôt les deux paires de rameurs se mirent en route, le barreur assurant la manœuvre.
Le port était encombré de petit navire de croisière et de quelques navires commerciaux, la ville n’était pas aussi grande que celle de Calasta, mais le nombre important de visiteur laissait entrevoir la richesse que l’île pouvait posséder.
La défense étaient assurée par le Gouverneur de l’Ile Emeraude, en échange celui-ci percevait un pourcentage des gains perçus par l’Ile Blanche. Un fortin était construit à la pointe du port avec des balistes meurtrières, quelques petits bateaux de défenses étaient à quai également. La présence des gardes faisait de ce port un havre, propice à la richesse rapide et au commerce florissant.
La chaloupe de l’Aurore se fraya un passage à travers toutes les embarcations dans le port. Ils échappèrent de peu à une gerbe d’eau lancée d’un navire, le barreur ne se priva pas d’invectiver le marin sur le navire incriminé. L’homme lui lança pour toute réponse qu’une insulte dans une langue étrangère. Le barreur continuait à l’invectiver malgré la distance tout en dirigeant la chaloupe vers le quai, assis à l’arrière il marmonnait dans sa barbe.
- Toi je sais de quel navire tu es, tu auras de mes nouvelles.
- Mr Jokali, je ne veux pas avoir besoin de vous chercher dans les prisons de la garde, prévint Zeïna.
- Je suis désolé Capitaine, mais cette énergumène a bien failli nous asperger de son eau sale, il aurait très bien pu vous salir de la tête au pied avant votre rendez vous.
- Ce n’est pas une raison pour chercher des ennuis.
- Bien Capitaine.
Le barreur reprit son travail, mais il grommelait toujours tout bas à l’encontre de l’importun. Ils arrivèrent enfin sur les quais, Pern Jokali bondit sur la terre pour accrocher la chaloupe sur une bite d’amarrage. Zeïna quitta l’embarcation avec dextérité, le marin aida la commis à débarquer sans risquer de tomber à l’eau.
La jeune fille se tourna vers le barreur qui était le supérieur de la chaloupe.
- Attendez là, nous ne devrions pas en avoir pour longtemps.
- A vos ordres Capitaine.

Elle salua le marin avant de monter sur le quai accompagnée par Nefrita Hagus et son air sévère. Des hommes vinrent à leur rencontre pour les saluer, des marchands et des vendeurs de tout bord venu tenter leur chance. La capitaine les repoussa avec fermeté pour leur signaler qu’elle n’était pas intéressée. Ils s’écartèrent déçus avant de chercher une autre proie à aborder, ventant les mérites de leurs produits.
Une nouvelle personne vint à leur rencontre, il était accompagné par deux gardes en arme. Il s’agissait du capitaine du port venu les saluer et prendre note de leur venu. Il était de taille moyenne avec un fort embonpoint, ses cheveux étaient bruns et gras, qu’il prenait soin de coiffer avec une raie parfaitement au milieu. Il possédait des yeux bleus, scrutant les personnes comme de simples marchandises cherchant à savoir combien elles pouvaient lui rapporter.
- Bienvenu à Komedo, Holdown Capitaine du port, vous venez du navire qui vient d’arriver ?
Il affichait un air supérieur, il semblait regarder derrière s’attendant à voir apparaitre quelqu’un d’autre.
- Je viens en effet de l’Aurore Boréale, mon navire, qui vient de jeter l’ancre dans ce port, lança la jeune fille en appuyant sur les mots qu’elle voulait qu’il comprenne, Capitaine Zeïna dé Feryo venant de Calasta.
L’homme ouvrit la bouche sans parler pendant quelques secondes, ressemblant plus à un crapaud qu’à un être humain. Il finit par retrouver le contrôle de son corps en même temps que l’usage de ses cordes vocales.
- Pardonnez moi, la rumeur d’une jeune fille capitaine était donc vrai.
Zeïna préféra oublier les manières très cavalières de cet homme et reprit la parole sans attendre.
- Mr Holdown, auriez vous quelque chose à me demander ?
- Oui, oui je suis là pour vous réclamer la taxe de mouillage de votre navire dans le port.
La capitaine le regarda fixement.
- Une taxe ? Depuis quand demandez-vous une taxe pour les navires de commerce ?
- Je vois que vous n’êtes pas au courant, il est vrai que le décret ne date pas de très longtemps. Le nouveau maire qui a été élu sur l’Ile Blanche a décidé de faire appliquer un impôt pour les navires voulant mouiller dans le port pour faire son entretien. Voyez vous, il y a de plus en plus de bateaux qui accostent ici et il revient très cher à la cité de réparer les quais et les digues avec tout ce va vient.
Zeïna regarda Nefrita Hagus qui fit seulement un signe négatif de la tête pour monter qu’elle n’avait pas été mise au courant au départ de l’Ile Emeraude.
- Il est étrange que je n’aie pas entendu parler de cette taxe à Calasta, remarqua la jeune fille.
Le capitaine du port prit un air faussement navré.
- Vous avez du croiser le navire courrier qui venait porter la nouvelle à la cité je pense, cette disposition date de deux semaines seulement.
- A combien s’élèvent cette taxe ?
L’homme fit signe à son serviteur d’approcher, le jeune garçon portait un pupitre dans les bras où était posé un livre et un encrier. Holdown se mit à griffonner quelques lignes sur une page où des colonnes s’alignaient. Son écriture était toute petite, des chiffres et les noms des navires étaient inscrits, ainsi que les montants payés.
- Pour un navire marchand de la taille de l’Aurore, il vous en coûtera cinq pièces d’or seulement.
Zeïna préféra ne pas dire ce qu’elle avait en tête, elle fouilla dans sa bourse pour recueillir la somme due. Holdown s’empressa de prendre les pièces pour les mettre dans son escarcelle. Le contact de la peau moite de l’homme fit frissonner la jeune fille, elle espérait ne pas avoir à refaire cette expérience.
- Si vous voulez bien signer là, lança le capitaine du port.
La jeune fille saisit la plume et elle signa de son nom.
- Les exigences administratives sont elles terminées ? Je suis un peu pressée.
- Mais bien sûr Capitaine Dé Feryo, encore bienvenu à Komedo.
Il se fendit d’un grand sourire avant de se détourner des nouvelles venues, cherchant sa prochaine victime qui n’aurait pas donné son dû à la cité.

Zeïna poussa un juron bien senti surprenant la commis qui la fixa étonné.
- J’en reviens pas qu’ils nous fassent payer le simple fait de venir mouiller dans le port, lança la jeune fille en colère, vous aviez entendu parler d’un impôt à Calasta.
- Absolument pas, répondit Nefrita Hagus, j’ai recherché justement sur les différentes escales si des taxes étaient demandées, et l’Ile Blanche n’en faisait pas partie.
- J’ai l’impression que le maire pense beaucoup à l’argent ici.
La commis hocha la tête.
- Nous devrions nous rendre chez notre commanditaire, avant que le capitaine du port ne se souvienne d’un nouvel impôt qui vient d’être créé.
- Vous avez raison.
Elles reprirent leur chemin en espérant ne pas refaire de rencontres similaires à celle du capitaine du port. Les quais étaient moins bondés que ceux de Calasta, mais il y était aussi simple de se perdre au milieu des allées de caisses, des entrepôts et des tavernes. Zeïna savait où elles devaient se rendre, mais elle n’y était jamais venu auparavant, suivant les instructions données par Tyrande avant le départ de Calasta.
La capitaine finit par trouver plusieurs indications donnés par son gérant et elle trouva le bâtiment qu’elle cherchait. Le comptoir commercial portait le nom de son propriétaire, Lagariny, un homme qui travaillait déjà avec les Dé Feryo du temps de son père. L’homme avait commencé comme simple revendeur sur le port, peu à peu, grâce à des paris osés il avait réussi à gagner assez d’argent pour ouvrir son propre commerce. Maintenant il gérait une demi-douzaine d’entrepôt sur le port, faisant de lui une personne connu de Komedo.
Zeïna entra dans le comptoir, meublé avec goût, l’homme aimait le luxe et il faisait en sorte de le monter à ses invités et ses clients. Les tables et les chaises étaient des trésors d’ébénisterie, tout comme les lambris aux murs, dorés à la feuille d’or. En décoration, le propriétaire avait mis des tableaux sur les murs représentant des scènes navales, quelques statues ornaient les angles de la pièce.
Un homme apparut sortant d’une porte sur le coté, il avait entendu des personnes entrer. Il avait une soixantaine d’année, de grande taille, avec un corps maigre. Son visage était tout en longueur affichant un perpétuel sourire dévoilant des dents blanches. Ses cheveux longs et blancs étaient parfaitement coiffés, rejetés en arrière. Il portait des vêtements de grands prix, portant bagues en rubis et émeraudes sur les doigts.
Ortal Lagariny se fendit de son plus beau sourire de commerçant en s’approchant du couple, faisant force de courbettes.
- Mes demoiselles, bienvenu au comptoir Lagariny, je suis votre humble serviteur.
- Bonjour Mr Lagariny, Capitaine Zeïna Dé Feryo.
- Oh ! S’extasia le marchand. La fille de ce cher Rodéric Dé Feryo, c’est un plaisir de vous voir dans mon établissement, à ce que je vois les rumeurs de votre grande beauté n’étaient pas exagérées, au contraire je trouve qu’elle ne rende pas justice à celle-ci.
La flatterie de l’homme fit rougir Zeïna, mais elle se reprit rapidement, elle n’était pas là pour écouter ses louanges, mais pour faire du commerce.
- Merci pour votre accueil Mr Lagariny, je crois que nous avons des affaires à voir il me semble.
- Mais bien évidemment, venez donc dans mon bureau, je vais vous faire servir des rafraichissements.

Le marchand appela un serviteur pour lui donner des consignes avant d’emmener les deux femmes dans un bureau à l’arrière de la salle d’accueil. Tout comme celle-ci, la pièce était couvert de trésor, meubles marquetés, tableaux, sculptures, tout était réuni pour montrer sa richesse et son pouvoir.
L’homme désigna des sièges devant un grand bureau en bois sombre, il attendit que ces deux invités soient installées avant de prendre place à son tour dans un grand fauteuil. Quelques instants à peine après s’être assis, le domestique revint avec une bouteille de vin, des verres et de la nourriture. Il fit le service avec application et sérieux avant de s’éclipser après une brève révérence en direction des personnes présentes.
Ortal Lagariny leva son verre dans la direction de la jeune fille en souriant.
- A votre santé et à celle de l’Aurore Boréale.
- A votre santé, répondit Zeïna.
Le vin était très liquoreux, il laissait une petite touche épicée derrière la langue qui n’était pas pour déplaire à la jeune fille.
- C’est un vin que je fais venir d’une petite île de l’Ouest de l’Archipel, je vous donnerais le nom de mon fournisseur si la boisson vous plait.
La capitaine hocha la tête pour toute réponde, il était temps de se mettre au travail, sa marchandise ne se vendrait pas de cette manière.
- Je vous remercie pour ce verre, mais si nous revenions au but de notre venue.
- Mais bien sûr Capitaine Dé Feryo, je vous écoute alors, qu’avez-vous à me proposer aujourd’hui ?
Nefrita Hagus ouvrit sa sacoche qu’elle tenait sur ses genoux et tira un parchemin qui décrivait le chargement de l’Aurore Boréale. Zeïna s’en saisit pour la donner ensuite au marchand, elle ajouta quelques explications en même temps.
- Comme vous pourrez le voir, nous avons suivi les demandes faites par l’Ile Blanche, cherchant ce dont vous auriez le plus d’utilité. Etant donné que plusieurs grands hôtels vont bientôt être construits, j’ai fait embarqué du bois de tek précieux, ainsi que plusieurs caisses de vernis.
Ortal Lagariny écouta tout en lisant la liste de la cargaison, il murmurait quelques mots tout en commentant pour lui ce qu’il y voyait. L’homme resta ensuite silencieux, Zeïna jeta un regard interrogateur en direction de Nefrita Hagus qui le lui rendit, tout aussi perdu que celle-ci.
Enfin, le marchand reposa le document en poussant un soupir, il tentait visiblement de trouver ses mots pour répondre. De l’inquiétude naquit dans l’esprit de la jeune fille, elle allait prendre la parole quand l’homme répondit enfin.
- Je suis désolé Capitaine, mais je ne vais pas pouvoir vous prendre votre marchandise.
- Comment ça ?
Zeïna se redressa sur son siège.
- Je ne peux pas prendre vos marchandises, même si vous me faisiez un bon prix.
- Mais pourquoi cela ? Nous avons des accords commerciaux définis par un contrat signé il y a plusieurs années avec mon père.
Ortal Lagariny leva les mains devant lui pour apaiser la colère naissante de la jeune fille.
- Je ne remets pas du tout en doute ce contrat, mais je ne vais pas prendre une marchandise qui me conduira à perdre beaucoup d’argent.
Zeïna ne comprenait pas.
- Pourtant, nous avions des rapports qui montraient sur les besoins de l’Ile Blanche en bois de tek.
- Mais vous aviez raison, il y a peu encore les constructeurs et les artisans commençaient à en réclamer, les prix étaient vraiment impressionnants. C’est alors que deux navires sont arrivés il y a quelques jours avec des cargaisons pleines de tek.
La jeune fille en resta stupéfaite.
- Je sais que les informations passent facilement avec un peu d’argent, mais avec une telle rapidité, je n’en reviens pas.
Le marchand hocha la tête.
- L’argent mène le monde vous savez, et hélas, le mien aussi.
- Je ne vois quand même pas pourquoi vous perdrez de l’argent, intervint Nefrita Hagus, le bois précieux possède toujours la même valeur marchande, même si le marché est bien achalandé nous pouvons toujours le revendre.
- Vous avez raison, répondit le marchand, mais je ne vous ai pas tout dit, les négociants venus avec les deux navires ont fait quelques choses d’insensée, de ma mémoire je n’avais encore jamais vu cela.
La jeune fille était pendue aux lèvres du marchand qui finit par achever son discours.
- Ils ont vendu toute leur marchandise à moitié prix, le cours du tek s’est effondré, votre marchandise ne vaut plus rien, à peine le prix du bois de construction.
La nouvelle désarçonna totalement Zeïna, elle s’effondra dans son siège, abattue. Le commerce était aléatoire, un jeu qui pouvait aussi bien tournait en la faveur des vendeurs comme à ceux des acheteurs. Mais cette fois la jeune fille venait de perdre la partie, et avec elle une bonne partie de l’argent engagé en ce début de campagne.
 
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