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Jeudi 31 mai 2012, 12:37


Voici une histoire écrite par Trimor et dont le titre est Océan - chapitre 45 - Le véritable ennemi.

Bonjour lecteurs ^^
Zeïna vient d'avoir un sacré choc, presque l'ensemble de sa cargaison ne vaut plus rien, elle qui a engagé énormément de capitaux pour cette marchandise, l'incertitude plane sur son esprit.
Qui a bien pu lui tendre un tel piège ? Comment va t'elle se sortir de cette nouvelle embuche ?

Bonne lecture, et n'hésitez pas à laisser une petit commentaire pour encourager l'écrivain ^^


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CHAPITRE 45
Le véritable ennemi

Zeïna reprit son calme, elle venait de prendre un sacré coup mais ce n’était pas en pleurant sur son sort qu’elle trouverait une solution à son problème. La capitaine devait faire le point sur la situation dés maintenant et sans perdre de temps.
La jeune fille regarda droit dans les yeux du commerçant qui leur faisait face.
- Je veux en savoir plus sur cette affaire, comment autant de chargement sont ils arrivés sur l’île en si peu de temps ?
Ortal Lagariny se dandina sur son siège visiblement gêné.
- Ecoutez, je suis un marchand, non un informateur, je tiens à conserver une bonne entente avec tous mes clients.
Zeïna se pencha en avant, le regard braqué dans le sien.
- Je suis également un capitaine qui fait partie de vos clients, nous devrions peut être voir l’un de vos concurrents pour tenter d’avoir une réponse.
Le sourire du marchand disparut de son visage, la jeune fille se leva de son siège aussitôt imité par Nefrita Hagus qui avait comprit son petit jeu. L’homme se leva immédiatement de son bureau et accourut aux cotés de Zeïna, de la crainte dans les yeux.
- Allons, il n’est pas utile de se mettre dans un tel état, nous pouvons très bien nous arranger.
Il montra le siège de son invité.
- Rasseyez vous je vous en pris, je suis ouvert à toutes les propositions évidemment.
Zeïna fit la moue, elle ne voulait pas céder si facilement au marchand, elle regarda sa commis quelques instants. La femme rajusta ses lunettes sur son nez, elle finit par faire un léger hochement de tête. La capitaine reprit place sur son siège non sans afficher un visage sceptique.
- Je veux bien voir ce que vous voulez me dire.

Le soulagement d’Ortal Lagariny était clairement visible, un client mécontent équivalait à une dizaine de futurs acheteurs en moins. Le marchand frappa vigoureusement dans ses mains en direction de la porte d’entrée.
- Egdul, viens ici tout de suite.
Le domestique apparut aussitôt, portant une nouvelle bouteille, il servit les deux invitées avant de s’éclipser aussi furtivement que la dernière fois. Le marchand reprit place à son bureau avec un nouveau sourire sur les lèvres.
- Je ne voulais pas vous offenser avec mon refus mais j’ai le respect de mes clients et de mes collègues.
- Arrêtez Lagariny, coupa Zeïna, le monde du commerce est peuplé de prédateurs qui n’hésiteront pas à dévorer leur ennemi pour parvenir à leur fin.
Le marchand se dandina dans son siège.
- Voilà une image bien sombre de notre métier.
- Je vous parle sans détour, alors j’espérais que vous en fassiez de même, je veux savoir qui a envahi le marché du tek de cette manière. Vous avez-vous-même acheté de leur produit malgré nos accords écrits, je pourrais très bien rompre tout contrat avec vous, j’en aurais d’ailleurs le droit.
- Allons …
- Mais, coupa de nouveau la jeune fille, mon père vous faisiez confiance, et j’en ferais de même. Donc, je vous demanderais de faire un effort de la même hauteur que celui que je viens de vous consentir.
Ortal Lagariny se renfonça dans son siège en regardant son interlocutrice.
- Vous êtes nouvelle dans le métier, mademoiselle Dé Feryo, mais vous me semblez déjà bien à l’aise avec de telles transactions, je vous en félicite.
La capitaine ne répondit pas, attendant la réponse du marchand.
- Les navires qui sont venus pour vendre le tek appartenaient à la famille Dé Varousis Aras, les deux partis presque en même temps du port de Calasta.
Zeïna se figea sur son siège, elle comprenait maintenant les menaces émises par le jeune noble lors du bal du Gouverneur. L’Aurore Boréale était leur cible et elle venait de tomber dans leur piège comme une mouche prise dans une toile d’araignée.
- Vous connaissez peut être cette famille ? Demanda le marchand.
- J’imagine que vous le savez aussi bien que moi, répondit un peu sèchement la jeune fille.
Ortal Lagariny hocha la tête.
- Les vieux ennemis de notre père sont de retour, et apparemment ils ont décidé de vous battre sur votre propre terrain.

La capitaine baissa la tête pour réfléchir, elle avait enfin identifié leur ennemi caché même si elle aurait du s’en douter bien avant. Le noble les haïssait sans vraiment qu’elle sache pourquoi, une haine si forte qu’il l’avait poussé à lui tendre un piège subtil et d’une efficacité redoutable. La jeune fille avait besoin d’argent pour rembourser les créances et payer ses marins. Hors, si elle ne parvenait pas à vendre sa marchandise un bon prix, elle en serait de sa poche et elle finirait rapidement ruinée.
Tout à ces réflexion, elle fut surprise par l’intervention soudaine de Nefrita Hagus qui avait gardé le silence jusque là. La commis du bord désigna le document qui décrivait la cargaison en fixant le marchand.
- Nous avons du tek en grande partie dans nos cales, mais il y a quand même quelques rouleaux de lin en provenance du continent, j’imagine que vous pouvez nous les prendre.
Ortal Lagariny se pencha sur le document pour le consulter avant d’acquiescer.
- En effet, les tissus se vendent bien, le lin du continent est assez rare sur le marché en ce moment.
- Alors voilà qui est entendu, fit Nefrita Hagus, n’est ce pas capitaine.
La jeune fille hocha la tête.
- Oui, vous avez raison Nefrita, ce n’est pas le moment de baisser les bras il faut rebondir.
La capitaine continua en regardant le marchant.
- Maître Lagariny, vous pouvez envoyer des chalands pour prendre le tissu, pour la suite je vais avoir besoin de vos services.
- Je suis à votre entière disposition.
- Je voudrais que vous cherchiez parmi toutes vos connaissances et vos relations si ma cargaison de tek pourrait être prise à un prix raisonnable, même sur une autre île proche s’il faut.
Le marchand se prit le menton en réfléchissant.
- Je vois ce que vous voulez que je fasse, il est évident que je prendrais un pourcentage pour toutes transactions.
- Avant de chercher un quelconque profit, trouvez d’abord une personne qui sera en mesure de me prendre la marchandise.
- Je vais avoir du mal à trouver quelqu’un, il va me falloir du temps.
Zeïna poussa un soupir d’exaspération.
- Je ne suis pas une touriste, je ne reste pas une semaine ici, il me faut un acheteur dés demain.
- Mais … Commença Ortal Lagariny.
La jeune fille se leva de nouveau tout comme la commis qui referma la sacoche en cuir qu’elle avait amené.
- Je sais que je vous demande beaucoup Maître Lagariny, mais je suis persuadée que vous êtes l’homme capable de nous sortir de cette situation.
Le sourire de Zeïna devint éclatant, ponctuant la fin de sa déclaration en direction du marchand. Ortal Lagariny fut troublé par la beauté de la jeune fille, il se leva précipitamment à son tour de son fauteuil en se cognant conte le dessus du bureau. Il fit rapidement le tour du meuble pour devancer ses deux invités avant qu’elles ne sortent de la pièce.
- Je suis honoré de votre confiance, je serais m’en montrer digne.
- Merci à vous Maître Lagariny, je serais sur l’Aurore en attendant de vos nouvelles.
- Je viendrais en personne, ajouta le marchand.

L’homme salua avec de grands gestes la jeune fille et son accompagnatrice, un peu trop d’ailleurs à leur goût. Une fois sortie du comptoir commercial, Nefrita se pencha vers la capitaine pour en apprendre un peu plus sur ses projets.
- Je suppose que nous n’allons pas en rester là avec cette affaire.
- Bien sûr que non, répondit Zeïna, mais je ne voulais pas en parler plus chez ce marchand, même si nous sommes en affaire je ne peux pas me permettre de lui faire confiance. Notre ennemi est bien trop puissant et trop intelligent pour ne pas utiliser quelques espions à nous surveiller.
- Le bateau est donc le seul endroit sûr.
La jeune fille hocha la tête.
- Vous avez compris Nefrita, et il nous faut réagir maintenant où tout sera perdu.
Les deux femmes se remirent en route et firent le chemin en sens inverse qu’elles avaient emprunté pour regagner leur embarcation. Les marins étaient toujours sur le quai, à les attendre, elles grimpèrent dans la chaloupe sans attendre.
- Alors Capitaine, la sortie a été fructueuse ? Demanda Pern Jokali
- Je n’ai pas le temps pour les explications, ramenez nous à bord le plus vite possible.
Le marin était un peu étonné, mais il obéit sans contredire les ordres reçus.
- Tout de suite Capitaine.
L’embarcation quitta rapidement le quai et s’engagea dans le port encombré. Ils ne rencontrèrent pas les mêmes problèmes de projections que lors du voyage d’allé. La chaloupe vint se ranger contre la coque du navire de commerce, Zeïna saisit l’échelle de coupé et se hissa rapidement. Elle fut accueillit par les visages souriants de ses officiers venus aux nouvelles, une bonne partie de l’équipage était là également.
Le visage crispé de la jeune fille fit disparaitre le sourire sur bien des lèvres, Lantis s’approcha de Zeïna et lui parla d’une voix basse.
- Il y a un problème ?
- Oui, nous devons immédiatement en discuter.
La capitaine se redressa.
- Mr Odell Mme Tolado et Mr Alaster, venez avec moi dans ma cabine tout de suite.
Les officiers hochèrent la tête avec gravité et sans émettre un son.
- La belette, interpella Zeïna en voyant le mousse au coté de Cryanne, va prévenir le docteur Dé Hydalis, qu’il nous rejoigne aussi.
- Tout de suite Capitaine.
Le gamin partit à toute jambe pour aller le chercher.
- Nous ne déchargerons pas notre marchandise, je suppose, demanda le second.
- Non, un chaland viendra prendre la cargaison de tissu cette après midi, pour le moment suivez moi, je préfère parler de la suite dans ma cabine.
Le capitaine et les officiers quittèrent le pont en compagnie de la commis qui était restée silencieuse. Un des marins qui se tenait en retrait cracha un morceau de chic à la mer, Tormik Hunzell était un vieux loup de mer qui avait vu passé de nombreuses campagnes. Il s’adressa à un jeune marin qui restait souvent près de lui.
- Vous voyez, tel que je le sens, nous n’allons pas avoir de permission à terre.
- Tu crois, lança Losao Nojuin.
Tormik Hunzell fit un signe de la tête.
- Moi je dis, ça sent mauvais cette histoire.
Il n’était pas le seul parmi l’équipage à penser la même chose.


Toutes les personnes demandées par Zeïna étaient maintenant réunies dans sa cabine. Acoya en faisait partie, l’elfe n’avait pas résisté à la curiosité et avait emboité le pas aux autres officiers pour en savoir plus. Hina avait entendu l’annonce de l’approche de la barque, elle s’était rendue dans la cabine pour voir si la capitaine avait besoin d’elle. La jeune fille agrandit les yeux de surprise en voyant arriver tout le monde en même temps.
- Hina, tu peux nous laisser s’il te plait, je n’ai besoin de rien.
- Comme vous voulez capitaine.
La jeune fille salua les personnes présentes et s’éclipsa rapidement et en silence. Zeïna resta debout face à tous les officiers du bord, elle affichait un visage fermé qui n’augurait rien de bon pour la suite. Portyd finit par prendre la parole, la patience n’étant pas l’une de ses vertus.
- Alors, que se passe-t-il ? Je n’ai pas vu le moindre chaland venir à notre rencontre pour prendre la cargaison.
- Pour la simple raison qu’elle ne vaut plus rien, répondit Nefrita Hagus sans préambule.
Le second ouvrit la bouche sans émettre un son.
- Qu’est ce que cela veut dire ? Demanda Cryanne
Zeïna expliqua en détail ce qui s’était passé sur le port ainsi que l’entretien avec le marchand. Quand elle eut terminé, le silence se fit dans la cabine.
- Encore eux, les Varousis ne vont-ils pas nous laisser tranquille, cracha Portyd.
- Tu as déjà eu affaire avec eux ? Demanda Lantis.
L’homme hocha la tête.
- Le Conte Dé Varousis Aras était le principal adversaire du Capitaine Dé Feryo, et j’ai bien l’impression que toi aussi Zeïna tu vas devoir faire avec lui.
- C’est son fils que nous avions vu au bal ? Demanda Acoya.
- J’avais déjà eu la malchance de le rencontrer, fit Zeïna, et j’espère que notre prochaine entrevue sera le plus loin possible.

La jeune fille posa les mains sur son bureau et se pencha vers toutes les personnes rassemblées devant elle.
- Si je vous ai tous réuni, c’est pour trouver une solution ensemble, ce piège n’est sûrement pas le premier que le conte nous a tendu et maintenant nous devons être plus rapide que lui.
Tous hochèrent la tête, Lantis prit la parole en premier.
- Il a su pour le chargement de tek que nous avons pris à Calasta, je parie qu’il est au courant pour toutes les autres étapes que nous allons faire.
- Il y a de grande chance, répondit Zeïna, il faut changer tout ce que nous avions préparé.
- Des journées de travail réduit à néant, fit Nefrita Hagus sur un ton morne.
- Avons-nous le choix ?
La capitaine était du même avis que sa commis, mais le conte les poussait à tout remettre à zéro.
- Je pense, intervint Cryanne, qu’il faudrait retenter notre chance en cherchant des informations. A Calasta, les Varousis avait beaucoup trop de pouvoir sur le port, ici leur influence est moindre, je suis persuadée que nous arriverons à de meilleurs résultats.
Zeïna approuva.
- J’y songeais également, mais je ne veux pas prendre de risque, tu seras accompagné de Lantis, et vous serez tous armé.
La métis acquiesça à contre cœur.
- J’aime bien mené mes opérations avec mon équipe, mais avec ce qui est arrivé la dernière fois, je ne veux pas renouveler l’expérience. Je prendrais Akena et Trachedo Yago avec moi en plus de Lantis.
- Un groupe moins nombreux mais plus impressionnant, commenta le maître d’arme.
La capitaine prit la parole pour donner les ordres.
- Lantis, Cryanne à vous la recherche d’informations, Acoya, Nefrita et moi nous allons revoir un itinéraire.
- Et pour les permissions à terre ? Demanda Portyd.
- Je suis obligée de toutes les annuler, fit Zeïna, c’est bien trop dangereux.
- Ils vont mal le prendre, maugréa le second.
- Peut être en leur offrant un bon repas et la soirée libre permettrait de faire passer la mauvaise nouvelle, proposa Gouran Dé Hydalis.
- Une bonne idée, lança la jeune fille.
- Je vais aider Portyd à le mettre en place, si évidemment il veut bien de moi.
- Nous ne serons pas trop de deux pour calmer les esprits docteurs, répondit le second.
Zeïna se releva de son bureau, un peu plus d’assurance sur le visage.
- Tout le monde au travail, une très longue nuit nous attend.
Les ordres transmis, les officiers quittèrent la cabine, Acoya allant cherchée ses carnets de notes et Nefrita Hagus les livres de compte avant de retourner auprès de la capitaine. Les premières embuches du voyage se dressaient devant eux.


Lantis regarda l’enseigne de la taverne avec suspicion, elle était sale et usée, le nom de l’établissement était presque illisible.
- « La Tempête rouge », un nom peu engageant, murmura le maître d’arme.
- Je te l’accorde, répondit Cryanne, mais d’après le clochard c’est là que nous aurons le plus de chance de trouver des informations.
- A quel prix ?
La métis secoua la tête.
- Tu es bien peureux soudain.
- Ce n’est pas de la peur, l’Aurore est en danger, je ne veux pas le prendre à la légère.
Cryanne se retourna avec un petit sourire espiègle.
- Il est vrai que dés que quelqu’un s’en prend au navire et donc à sa jolie capitaine, monsieur a tendance à perdre son calme.
Elle lui fit un clin d’œil alors que l’homme ouvrait la bouche sans répondre, cherchant un moyen de se sortir de l’embuscade verbale.
- Quand vous aurez fini de jouer, nous pourrons entrer peut être ? Demanda Trachedo emmitouflé dans une grande cape noire.
- Tu as raison entrons.
Cryanne poussa la porte et pénétra dans la taverne, suivi par Akena et Lantis. Le dernier membre du groupe ferma la marche, non sans jeter des regards alentours, s’assurant qu’ils n’étaient pas suivis.
L’intérieur de la taverne était à l’image de la devanture, sombre, salle, une odeur de sueur et de bière rance flotté dans l’air. Un brouillard stagnait au plafond, mélange de tabac et de drogue divers, il valait mieux éviter de respirer cette fumée à l’aspect jaunâtre.
Les clients étaient bruyants et grossiers, beaucoup de tête s’étaient tournées vers les nouveaux arrivants. Ils les jaugeaient du regard pour savoir s’ils étaient des proies potentielles aux vols ou tout autre forfait possible. Les tables en bois étaient recouvertes d’une couche de graisse aussi vieille que l’établissement. Sur le sol, de la sciure de bois jonchaient le sol pour absorber les bières renversées et le sang des bagarres régulières.
- Charmant, marmonna Lantis.
- Je ne recommanderais pas ce bouge, répondit Cryanne.
- Dépêchons nous de trouver notre homme et allons-nous-en.
La métis marcha jusqu’au comptoir, évitant habillement une main qui tentait de la toucher. Elle se pencha vers le patron de l’autre coté de son bar, l’homme était de taille moyenne avec un impressionnant embonpoint. Il essuya ses mains grasses sur sa chemise déjà couverte de tâches suspectes et fixa la nouvelle venue.
- Qu’est ce que tu me veux ?
- Je cherche Skaven.
Le tavernier leva un sourcil interrogateur.
- Connais pas de Skaven, tire toi de là si tu ne consommes pas.
Cryanne prit une profonde inspiration et glissa une pièce d’or dans sa direction.
- Où se trouve Skaven ?
L’homme empocha vivement l’argent et désigna le fond de l’établissement sans dire un mot de plus. La métis se redressa et fit signe à ses compagnons de la suivre. Ils traversèrent la salle commune jusqu’à un rideau séparant une autre pièce, un garde à la mine patibulaire les arrêta d’un geste de la main.
- Où tu crois aller la donzelle, là c’est privé.
- Je viens voir Skaven.
- Et d’où tu le connais ?
La métis le fixa dans les yeux.
- Selon la rumeur si je veux savoir quelque chose, je dois aller voir cet homme, je suis très curieuse et j’ai besoin de le voir.
Le garde la regarda de haut.
- Et tu penses entrer comme ça, sans invitation.
- A moins que ton patron ne souhaite pas gagner quelques pièces d’or, je peux très bien aller voir ailleurs.
L’homme se pencha vers la métis avec un regard libidineux.
- Fais moi une gâterie et peut être que je te laisserais passer chérie.
Akena poussa un grognement et saisit le garde par la gorge, il le souleva du sol d’une main sans effort sifflant d’une manière menaçante. Les discussions cessèrent dans la salle, Trachedo glissa une main sous sa cape pour saisir la garde de son épée, tout comme Lantis qui tenait celle de son sabre. Cryanne n’avait pas bougé, regardant le garde se débattre, elle était calme et parla d’une voix très posée.
- Mon compagnon n’aime pas beaucoup que quelqu’un me manque de respect, et je crains qu’il ne vous tue maintenant.
- Lâches moi, articula l’homme d’une voix étranglée.
Akena poussa un nouveau sifflement de colère, ouvrant la bouche pour dévoiler une rangée de crocs aiguisés. L’intervention d’une personne derrière le rideau coupa le silence qui avait envahi la taverne.
- Prat, laisse-les venir.
La métis sourit, elle avait réussi.
- Akena, lâche-le s’il te plait.
L’homme lézard émit un sifflement de défis, mais il obéit à Cryanne, laissant choir lourdement sa victime sur le sol. Les quatre invités passèrent le rideau en enjambant le garde qui tentait de retrouver son souffle.

L’arrière salle était un petit salon confortable, des canapés moelleux parsemés de coussins entouraient une table basse où des verres et des bouteilles trônaient. La lumière était dispensée par des lampes à huile pendues au plafond. Il n’y avait pas de fenêtres ni de porte de sortie visible à part l’entrée séparée par le rideau. Les murs étaient couverts de tentures, une sortie de secours était certainement cachée quelque part.
Sur le canapé, un homme leur faisait face, entouré de deux jeunes femmes complètement nues. Il portait un pantalon bouffant et un simple veston rouge qu’il gardait grand ouvert, dévoilant un torse velu. De grande taille, l’homme était musclé avec une peau bronzé, son visage était large avec une barbe épaisse et broussailleuse autour de la bouche, les cheveux noirs coupés courts. Ses yeux bleus fixaient les nouveaux venus avec un grand amusement, dévoilant une rangée de dent en or.
Deux hommes étaient assis dans les canapés près de lui, l’un avec une carrure identique au premier, une épée double posée non loin de lui. L’autre était plus fluet, habillé de noir, il semblait encore plus dangereux que le premier. Deux gardes se trouvaient également dans la pièce, ils portaient une arbalète chargée, prête à servir en cas de besoin.
L’homme entouré des deux jeunes filles fit pianoter ses doigts couverts de bagues ornées de joyaux sur leur peau nue.
- Qui est donc cette dangereuse femme qui souhaite me rencontrer avec tant d’ardeur ?
Akena se glissa sur la droite de Cryanne tandis que Lantis prenait la gauche, Trachedo resta en arrière, l’épée prête à être dégainée.
- Skaven je présume ?
- Lui-même belle métis, je ne vous ai encore jamais vu dans le port, je présume que vous venez de l’un des navires qui est ancré dans la baie.
- En effet, Cryanne Tolado, Maître d’équipage à bord de l’Aurore Boréale.
L’homme n’eut aucune réaction, mais la métis savait que ce genre de personnage était passé maître dans la dissimulation de leurs émotions. Elle était persuadée qu’il savait déjà qui elle était avant même qu’elle ne se présente.
- Que me vaut cette visite impromptue, lança Skaven, je ne pense que se soit pour le plaisir même si je dois dire que cela serait à mon goût.
- Je viens vous voir pour des informations.
L’homme se redressa sur son canapé repoussant les deux jeunes femmes qui s’écartèrent vivement. L’avidité se voyait dans les yeux de Skaven qui étrangement ne masquait plus son intérêt pour la visite.
- J’imagine que vous avez entendu parler de l’Aurore Boréale.
- Il est vrai que certaine rumeur plane dans le milieu, des affaires de marchands.
La métis fit une pause pour bien choisir ses mots avant de reprendre la parole.
- Nous savons que le Conte Dé Varousis Aras mène une bataille commerciale avec nous, et je suis venu pour porter à notre tour quelques coups contre lui. Mais pour cela j’aurais besoin de quelques renseignements que je suis sûre vous pourrez nous transmettre.

Skaven arbora un grand sourire.
- Tu fais preuve d’une grande franchise, n’as-tu donc pas peur que je sois moi-même en affaire avec lui ?
- Le comte est en affaire avec tout le monde, répondit Cryanne sans ciller, mais je sais aussi très bien que si vous voulez gagner de l’argent, il ne faut pas vous arrêter à cela.
- Tu me plais toi, il est vrai que je travaille pour celui qui me paye le mieux, ou qui me rendra service avant les autres.
La métis avait réussi la première approche, mais il restait maintenant à négocier les informations.
- Je sais que votre temps et vos compétences ne sont pas gratuites, je voudrais savoir votre prix avant tout.
Skaven ouvrit les bras en riant.
- Comment aurais je pu avoir ma réputation sans l’or que j’ai gagné !
L’homme se calla au fond de son canapé tout en regardant son interlocutrice.
- Je suis au courant pour votre chargement de tek qui ne vaut guère plus que du boit de construction maintenant, une grosse perte pour votre jeune capitaine. L’or n’est donc pas ce que vous avez en grande quantité, dis moi ce que tu désires savoir avant que je me prononce.
Cryanne était prise de court, tributaire des bons vouloirs de ce maître chanteur.
- Nous avons été pris par surprise par le conte Dé Varousis Aras, nous voulons maintenant savoir si celui-ci est au courant de tout notre plan de navigation et où se trouve ses navires actuellement.
- C’est tout ?
La métis fit un signe affirmatif de la tête. Skaven se caressa la barbe lentement, faisant mine de chercher ce qu’il allait dire. L’ambiance était lourde dans la petite pièce, les deux hommes aux cotés du malfrat fixaient Akena et Lantis.
- Je pense que je pourrais vous avoir ses informations, assez rapidement en plus, mais une chose m’intéresse, comment allez vous me payer pour celle-ci. Je sais très bien que votre capitaine traverse une très mauvaise passe.
- Que voulez vous en échange alors ?
Cryanne savait très bien qu’il n’existait pas de reconnaissance de dette dans le monde des malfrats.
- L’Aurore Boréale est bien connu dans le milieu de l’ombre savez vous, vos récents exploits contre les pirates en fait un ennemi qui donne bien des sueurs froides, y compris dans les hautes sphères.
- Où voulez vous en venir ? Demanda la maître d’équipage les bras croisés sur la poitrine.
Skaven sourit.
- Vous n’avez pas le temps apparemment, mais je vais être direct. Récemment un de mes adversaires en affaires m’a fait perdre une cargaison de contrebande, malgré nos accords il a décidé de me nuire. Mais je dispose de chasseurs de pirate, je suis persuadé que votre équipage viendra à bout d’une bande de contrebandiers.
Lantis se tourna vers Cryanne, aussi surpris qu’elle par la demande du malfrat. Ils ne savaient pas ce qu’ils devaient répondre.
- Vous devez bien comprendre, que nous ne pouvons pas prendre une telle décision sans en parler avec notre capitaine.
- Bien évidemment, je m’en doutais un peu, vous pouvez retourner voir la jeune Dé Feryo et lui proposer mon marché.
- Je reste ici toute la nuit, je pense que je vous reverrais rapidement.
Le sourire que lança Skaven en disait long sur le plaisir qu’il prenait dans cette affaire. Cryanne afficha un visage tendu, cet homme était fourbe mais il avait des informations trop importantes pour le navire.
- Nous allons vous quitter, merci pour le temps accordé, nous reviendrons vous voir avec la réponse du Capitaine de l’Aurore Boréale.

Le groupe se retira lentement de la pièce, sans perdre des yeux les gardes de la pièce. Ils quittèrent l’arrière salle et la taverne, seulement une fois dehors ils purent se détendre loin des armes pointées sur eux. Lantis poussa une exclamation de colère.
- Je trouve que ces informations vont nous coûter cher.
- Entrer dans un conflit entre gangs de malfrats n’est pas pour me plaire également, répondit Cryanne, je connais assez ce monde pour éviter les combats. Mais nous avons besoin de ce que va découvrir ce Skaven, sinon la campagne sera perdue.
Le maître d’arme poussa un soupir.
- Nous n’allons pas avoir le choix alors.
La métis regarda droit devant elle en s’adressant à Trachedo d’une voix basse placé à l’arrière de leur groupe.
- Nous sommes suivis n’est ce pas ?
- Oui, Akena la sentit rapidement et je l’ai repéré également.
- Un espion de Skaven ?
- A n’en pas douter, il veut s’assurer que nous n’allions pas voir quelqu’un d’autre.
Trachedo Yago sourit en surprenant un nouveau mouvement du coin de l’œil.
- Retournons au navire, nous devons avoir l’avis du Capitaine pour le moment, fit Cryanne.
- Elle ne va pas être déçue, lâcha Lantis.
Ils se dirigèrent vers le port en silence.
 
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