Bonjour lecteur ^^
Je vous présente la suite d'Ocèan, l'équipage de l'Aurore est à nouveau réuni à bord, il faut maintenant soigner les blessés. Zeïna est soulagée, elle n'a pas à déplorer un seul mort.
Maintenant elle devait attendre que Skaven veuille bien livrer ses informations. Allait il respecter sa promesse et livrer ce qu'il devait à la Capitaine ?
Bonne lecture ^^
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CHAPITRE 47
Les informations de Skaven
Sur l’Aurore Boréale, l’atmosphère était lourde, les membres de l’équipage restés à bord étaient dans l’attente du retour de leur camarade. Portyd avait mis plusieurs guetteurs à la poupe du navire en plus de Loan Nuit-Sauvage dans son nid de pie. Le second était de mauvaise humeur, il trouvait que cette expédition était une pure folie.
- Capitaine, je vois le voilier qui arrive par bâbord ! Lança l’un des guetteurs.
Portyd se précipita au près du marin, tout comme le reste de l’équipage. A travers la brume de l’aube toute proche, la voile à l’aura blafarde transperçait le voile de brouillard. L’officier plissa les yeux pour tenter de voir ce qui se passait sur le pont du voilier qui approchait. Les quelques lumières qui s’agitaient sur celui-ci montraient l’activité qui y régnait, il n’avait pas besoin d’aller loin pour comprendre pourquoi.
- Tout le monde à votre poste, préparer des chaises et des cordages.
Les marins s’agitèrent dans tous les sens, ils avaient tous attendu le retour de leurs camarades dans un silence nerveux. Maintenant le travail et la précipitation faisaient oublier la fatigue et la peur, un groupe toujours soudé dans n’importe quelle condition.
- Endefield !
La jeune fille fit un bon en entendant son nom hurlé par l’officier, elle avait fini par en prendre l’habitude. Elle courut vers lui à toutes jambes pour surtout ne pas le faire entendre, le ton de la voix était sans appel.
- Oui Mr Odell.
- Dépêche-toi de prévenir le docteur que les blessés vont bientôt lui parvenir.
- Les blessés ?
- Te pose pas de questions et file bon dieu !
La mousse se retourna précipitamment pour courir vers l’accès à la calle qui était gardé ouvert. Elle manqua de rater un barreau de l’échelle sur la précipitation pour tomber dans l’entrepont. Le médecin vint à sa rencontre pour voir si elle allait bien.
- Rien de casser ?
- Non docteur, répondit Riya.
Elle reprit son souffle avant de reprendre.
- Le second m’envoie vous dire que les blessés arrivent.
- Je m’en doutais, remonte sur le pont pour prendre ton poste, ils vont avoir besoin d’aide là haut.
La jeune hocha la tête et grimpa de nouveau l’échelle pour reprendre sa place sur le pont, elle faisait attention à ce que les cordages glissent parfaitement. Elle se demandait pourquoi il parlait de blessés, elle attendait de voir ce qui allait suivre.
Quand le voilier fut enfin bord à bord, tous les membres de l’équipage étaient prêts à récupérer leurs compagnons après les combats qu’ils avaient du mener. Les cordages furent lancés et attrapés par les marins sur l’Aurore pour assurer les deux bateaux, le transbordement pouvait commencer.
- Du monde à hisser ! Cria Portyd.
Les équipes de marins poussèrent des cris en tirant de toute leur force, l’imposant minotaure fut monté à bord au prix de grands efforts. Le sang coulait abondamment de sa blessure malgré les bandages déjà faits. Pourtant, le timonier n’émettait aucune plainte, serrant les dents en attendant les soins.
- Plus vite bon sang ! Hurla de plus belle le second. Vous croyez qu’il va aller mieux si vous le regarder, portez le vers la calle !
Les marins réagirent à l’instant, comme une mécanique bien huilée. Un à un les blessés furent montés à bord, le pont se transformant en un hôpital de campagne. Les trois nouvelles recrues de l’équipage qui ne connaissaient pas encore cet aspect de la vie à bord blanchirent. Riya sentit un haut le cœur lui faire remonter tout ce qu’elle avait dans l’estomac, l’odeur du sang, les râles, les blessures. Milie Erna et Larra Jenfa n’étaient pas mieux, elles ne savaient pas vraiment comment se comporter.
Zeïna grimpa à bord une fois que tous ses hommes furent à bord, elle voulait être sûre qu’ils soient tous en sécurité avant de partir. La jeune fille salua de la tête l’homme qui pilotait le voilier avant de remonter dans son propre navire. Elle fut contente de voir que son second avait organisé le navire avec beaucoup de soin.
La jeune fille remarqua le visage pâle des nouveaux membres de l’équipage, elle ne pouvait pas leur en vouloir. Le pont était devenu une infirmerie à l’odeur de sang, il n’y avait pas de mort mais les blessés étaient nombreux.
- Toutes les trois, prenez des ballais et nettoyez le pont, lança Zeïna dans leur direction.
Elles la regardèrent étrangement, comme sortant d’un rêve, elles finirent par obéir en prenant leur instrument. Un autre marin leur prêta main forte, remarquant leur mine défaite, l’homme les interpella.
- Vous ne devriez pas en vouloir au capitaine.
- Elle n’avait pas l’air d’être choqué Mern, et pourtant nous avons presque le même age, remarqua Larra Jenfa.
Mern Varnlend secoua la tête en souriant.
- Elle ne sait que trop bien ce qu’est le combat et la mort, elle sait aussi qu’en vous donnant du travail, vous penserez moins à ce qui se passe à coté de vous.
Les jeunes filles comprirent alors l’ordre de la capitaine, elles se mirent alors au travail avec application, se rendant compte qu’elles n’avaient plus autant la nausée.
Alors que le médecin travaillait avec acharnement, aidé par tous les autres membres de l’équipage. Zeïna resta sur le pont pour accompagner ses hommes, elle voulait absolument montrer qu’elle était présente avec eux.
- Le combat n’a pas l’air d’avoir été facile, remarqua Portyd à coté de la jeune fille.
- Non en effet, répondit la capitaine, il y a eu quelques surprises.
- Pas les meilleurs à ce que je vois.
Ils regardaient Cryanne se laisser bander le bras par Lantis, le maître d’arme était très attentionné quand il s’agissait de soigner les gens.
- J’espère au moins que tout cela n’aura pas servi à rien, lança le second en croisant les bras.
- Nous aurons des nouvelles demain dans la matinée normalement.
Portyd poussa un grognement.
- Je ne le sentais déjà pas très bien, mais là je trouve que notre histoire ne s’arrange pas.
- Je n’ai pas confiance en ce malfrat si tu veux savoir, mais nous avons rempli notre part de marché, il faut patienter.
Le second pesta de plus belle, mais il devait aussi se contrôler, le bateau était dans une mauvaise passe.
- Espérons que demain matin nous ayons enfin de bonne nouvelle, finit par dire Portyd en désespoir de cause.
- Je suis persuadé que nous en aurons des bonnes.
La jeune fille voulait y croire, elle voyait son équipage qui avait risqué sa vie, la souffrance affichée sur le visage des blessés. Elle devait croire que tous ces efforts n’étaient pas vain, demain elle aurait enfin les réponses à ses questions.
L’aube se leva enfin dispersant lentement les bandes de brumes qui trainaient encore dans la rade. L’activité du port reprenait lentement vie, les bateaux en partance profitaient de la marée pour sortir de la rade. Des barques commençaient leur allée et retour vers les différents navires pour transporter des marchandises ou des passagers.
L’Aurore Boréale était bien au contraire beaucoup plus silencieux, l’activité était réduite à son strict minimum. Passés les premiers moments du retour des combattants, l’équipage profitait maintenant d’un repos bien mérité. Le pont était propre, lavé de toutes les traces de sang qui pouvaient s’y trouver il y a peu de temps encore. Quelques gardes étaient tout de même en faction, mais le reste des marins se reposaient.
Dans l’entrepont, Gouran Dé Hydalis surveillait ses patients pendant qu’ils récupéraient. Il avait terminé la dernière opération il y a peu de temps et fort heureusement aucun marin n’était mort durant les combats. La capitaine vint à sa rencontre pour prendre des nouvelles de ses hommes blessés.
- Alors docteur ?
- J’ai terminé, tous les cas les plus graves sont soignés.
- Comment va Mono Handela ?
- Les minotaures sont des créatures très endurantes, un humain banal serait mort avec pareille blessure, j’ai pu arrêter l’hémorragie avant qu’elle ne le tue. Il va avoir besoin de beaucoup de repos maintenant.
La jeune fille hocha la tête, soulagée de savoir tout le monde vivant. Gouran regarda alors son capitaine et poussa un soupir d’exaspération.
- Vous aussi vous devriez aller vous reposer.
Zeïna leva la tête vers le médecin.
- Je vais bien, ne vous en faites pas, j’ai encore beaucoup à faire.
Gouran Dé Hydalis regarda la jeune fille, elle avait le visage blanc et de gros cernes sous les yeux. Ses cheveux étaient mal coiffés, sa tresse laissait s’échapper des petites mèches dans tous les sens. Elle n’avait pas changé ses vêtements depuis le combat, des traces de sang étaient encore visible et quelques déchirures.
- Vous ne vous êtes donc pas vu dans un miroir j’ai l’impression.
- Je n’ai pas vraiment eu le temps.
- Prenez un peu de repos tout de même.
- Je pourrais en dire autant pour vous, mais je sais bien que vous ne laisserez pas vos patients sans surveillance, répondit Zeïna.
Le docteur sourit, elle n’avait pas tort.
- Merci pour votre travail, reprit la jeune fille, je vais tout de même suivre votre conseil et me rendre dans ma cabine pour me changer.
Elle salua le médecin avant de partir, elle remonta sur le pont silencieux. Elle fit un signe de la tête à Lantis qui avait prit le quart en tant qu’officier. L’homme ne semblait pas fatigué malgré les combats, il restait toujours droit et ferme. La jeune fille était impressionnée par sa force, elle voulait elle aussi montrer qu’elle en était capable.
Zeïna passa le couloir qui la menait à sa cabine d’un pas vif et volontaire, elle y entra sans attendre. Une fois la porte refermée, elle put enfin soufflée, elle s’avança lentement vers son bureau où elle prit appui, la tête penchée. La jeune fille ferma les yeux et goutta ces quelques instants de pause comme un havre de paix.
Quelques coups à sa porte la firent lever les yeux, il provenait de l’autre accès à sa cabine, la petite porte plus discrète.
- Entre Hina.
La jeune fille apparut alors, affichant un grand sourire, elle portait un plateau dans ses bras surmonté d’une grande cloche.
- Je désespérais de vous voir enfin arriver, lança Hina Languedoré en posant le plateau sur le bureau.
- Et pourquoi donc ? Demanda Zeïna amusée.
- Je tente depuis plusieurs heures de garder votre repas bien chaud, même Alek était arrivé au bout de ses idées pour le faire.
La capitaine sourit.
- Tu le remercieras pour ses efforts.
La jeune fille hocha la tête et souleva la cloche, une douce odeur s’échappa du plateau. Zeïna sentit la fin l’envahir, le plat avait l’air particulièrement soigné, fait avec des produits frais. Voyant le regard interrogatif de la capitaine, Hina prit la parole pour lui expliquer.
- Voyant que nous allions rester plus longtemps, Alek a été faire quelques emplettes pour que les repas sortent un peu de l’ordinaire pour l’équipage.
- Je vois que notre cuisinier commence à avoir de très bonnes idées.
La jeune fille s’installa avec plaisir devant le repas et commença à manger avec appétit. La viande était particulièrement savoureuse, et les petits légumes qui l’accompagnaient également. Le jeune homme qui faisait la cuisine avait fait énormément de progrès, et il commençait à connaitre ses goût. Il avait ajouté une petite note d’épice qu’elle appréciait particulièrement.
Ce repas lui permit de récupérer des forces pour affronter la journée à venir, elle allait en avoir besoin vu tout ce qu’elle devait faire. Hina revint en portant une bassine d’eau chaude entre les mains, devançant la demande de la capitaine.
- J’ai l’impression parfois que tu lis dans mes pensées.
- Je ne suis pas encore assez forte pour ça, répondit la servante en faisant un clin d’œil.
Sans attendre, Zeïna retira sa chemise sale, le sang de ses ennemis et des ses marins la maculaient en partie. Le contact de l’eau chaude sur sa peau nu la fit pousser un soupir de soulagement qu’elle ne put réprimer. Hina revint sans dire un mot et entreprit de dénouer la longue chevelure blonde de la jeune fille.
Zeïna avait fini par s’habituer à la présence de sa servante malgré sa gêne, grâce à elle, la capitaine pouvait espérer être prête plus rapidement. Hina termina de la coiffer et alla chercher un costume propre qu’elle tendit à la jeune fille.
Après seulement une petite heure de repos, la fatigue et le stress accumulé ses dernières heures n’étaient plus qu’un lointain souvenir. Zeïna regarda son apparence dans la glace en hochant la tête, elle était prête à attaquer cette nouvelle journée.
- Vous voilà avec une bien meilleure allure, commenta Hina.
- Je faisais si peur à voir avant ?
- Vous n’avez pas idée, lança Hina en souriant.
La capitaine se mit à sourire également.
- Je te remercie Hina.
- C’est normal Capitaine.
Zeïna quitta sa cabine pour rejoindre le pont, elle devait maintenant agir pour ne plus perdre de temps. Elle sortit à l’extérieur sous un soleil éblouissant, la journée promettait d’être belle. Le temps ne suffisait pas à rendre la bonne humeur de la jeune fille, elle voulait surtout pouvoir vider la calle de sa marchandise à un bon prix et repartir d’ici.
Lantis l’interpela depuis le pont supérieur.
- Capitaine, je pense que nous allons avoir de la visite, j’ai vu un homme héler une barque pour qu’elle le mène jusqu’à nous.
- De quoi avait-il l’air ?
- Plutôt un marchand, répondit le maître d’arme, pas l’un des sbires de Skaven.
- Peut être enfin la première bonne nouvelle de la journée, c’est surement Lagariny, répondit Zeïna, j’espère qu’il ne vient pas pour rien.
- Je vais chercher Nefrita ?
- Non pas la peine, elle a aidé le docteur pour soigner nos blessés autant qu’elle se repose, je vais le recevoir moi-même.
La barque se rangea peu après le long du flanc de l’Aurore Boréale. Oral Lagariny se saisit tant bien que mal de l’échelle de corde pour se hisser à bord, l’homme n’avait pas l’air très habitué à monter ainsi sur un navire. Il afficha son plus grand sourire en se présentant devant la capitaine, elle remarqua qu’il avait l’air fatigué.
- Capitaine Dé Feryo, c’est avec plaisir que je vous revois.
- Un plaisir partagé si vous me ramenez de bonnes nouvelles.
Le marchand fit un grand geste dans l’air pour appuyer ses propos.
- Je ne viens que pour ça ! J’ai du bataillé ferme et me plonger dans l’inventaire d’une bonne partie de mes contacts. Se fut, je dois dire, particulièrement long et fastidieux pour parvenir à trouver la perle rare, vous ne pouvez pas savoir combien nous pouvons accumuler de noms durant toute une vie de commerce.
Zeïna soupira.
- Au fait Lagariny.
- Evidemment, évidemment ma chère, j’ai réussi à vous trouver quelqu’un pour prendre votre chargement !
L’humeur de la jeune fille se radoucit.
- Et à quel prix ?
- Là par contre, je n’ai pas pu faire de miracle, se ne sera jamais au même prix que vous l’avez acheté, mais par contre se sera bien plus rentable que si vous le bradiez ici.
Zeïna préféra garder sous silence ses questions au sujet de son pourcentage qu’il ne devait pas oublier de prendre.
- Où se trouve le navire de cet acheteur ?
- Il faudra lui amener directement chez lui, mais ne vous inquiétez pas, il n’est pas loin, c’est une petite île à deux journées de navigation d’ici, l’Ile Deria, un riche négociant y a construit sa villa. Il souhaitait avoir du tek pour aménager une nouvelle dépendance et faire des meubles, une très bonne opportunité.
- Je vous remercie pour vos efforts.
Le marchand s’inclina vers le sol.
- Pour mes clients, je cherche toujours le meilleur, et pour le prochain chargement ?
- Plus tard Monsieur Lagariny, je n’ai pas encore prit de décision, mais je viendrais vous voir pour vous faire part de mon choix.
- Bien entendu, je suis à votre disposition.
L’homme salua une dernière fois la capitaine avant de quitter le bord. Lantis affichait un grand sourire.
- Voilà enfin une très bonne nouvelle.
- Oui tu as raison Lantis, répondit Zeïna, maintenant j’espère que Skaven va nous contacter à son tour.
Contrairement à ce qu’ils pensaient, une nouvelle barque ne tarda pas à quitter le quai avec beaucoup plus de discrétion que précédemment. L’embarcation se présenta au même endroit et un marin à bord héla le navire.
- Hé ! De l’Aurore, j’ai un message pour le capitaine Dé Feryo.
- Je suis le maître d’arme du bord, lança Lantis en se penchant, donne moi ton message.
- Je dois lui donner en personne.
L’homme poussa un juron dans la direction de la barque.
- Attends là.
Quelques instants plus tard se fut au tour de la jeune fille d’apparaître, plusieurs autres marins étaient là aussi, attirés par la barque.
- Je suis le capitaine Dé Feryo, donne ton message.
Le visage du marin exprimait ses doutes, il avait du mal à croire que cette gamine était le capitaine du bateau.
- Alors ça vient, fit Zeïna sur un ton plus fort.
- Désolé, se reprit le messager, votre ami de « la Tempête rouge » vous attend avec votre commande.
Sans attendre, la jeune fille se releva pour faire face à Lantis qui arborait un visage soucieux.
- Nous sommes fixés, au moins Skaven a bien respecté sa part de marché.
- Tu ne sais pas comment il va te recevoir, répondit le maître d’arme.
- Je n’irais pas seule.
- Evidemment, je t’accompagne.
Le ton de la voix de Lantis ne méritait aucun refus faisant sourire la jeune fille.
- Bien sûr, je ne vais pas emmener Cryanne, elle est blessée.
- Je vais prévenir Trachedo Yago et Akena, ils seront à même de nous accompagner.
- Je viens aussi, intervint Acoya en apparaissant au coté de la capitaine, cette fois je ne serais pas laissée derrière.
Zeïna hocha la tête, elle était assez pressée pour ne pas discuter avec l’elfe des mers.
- Nous partons dés que tout le monde sera prêt.
Les membres de l’Aurore se retrouvèrent quelques temps plus tard réuni devant l’entrée de la taverne « la Tempête rouge ». A cette heure de la journée, l’établissement n’était pas ouvert, le matin permettait à tout le personnel de récupérer en attendant la réouverture au soir. Mais cette fois, la porte n’était pas close pour les membres du navire, un garde les attendait même à l’entrée du bar.
Sans dire un mot, il s’effaça sur le coté pour laisser passer le petit groupe, montrant de manière bien visible qu’il était armé d’une épée. En entrant dans l’établissement silencieux, Lantis remarqua tout de suite que les autres gardes cachés dans l’ombre.
- Je n’aime pas l’ambiance, plus lourde que la dernière fois.
- Ils ont l’air un peu sur les dents en effet, murmura Trachedo Yago en se retournant pour voir la porte se refermer.
- Restons grouper, lança Zeïna, et ça s’adresse aussi à toi Acoya.
L’elfe s’apprêtait justement à aller voir ce qui se passait près du comptoir, elle s’arrêta dans son élan, un petit sourire innocent sur les lèvres.
Loyn Ikiser se présenta devant eux, il ne montrait aucune fatigue causé par les combats, bien au contraire. L’homme était habillé avec élégance, ses déplacements étaient gracieux, mais toujours parfaitement calculé.
- Capitaine Dé Feryo, c’est un plaisir de vous revoir en notre compagnie.
La jeune fille fit un signe de la tête.
- Je viens sur votre demande, je suppose que je suis là pour solder notre accord.
- Les affaires, les affaires, il n’y a pas que cela ma chère.
- Je suis navrée, mais je suis pressée.
- Evidemment, suivez-moi.
Le lieutenant guida le groupe jusqu’à l’arrière salle, la porte passée, ils retrouvèrent Skaven sur son divan. L’homme les accueillit en écartant les bras et en poussant une grande exclamation de joie.
- Capitaine Dé Feryo, vous voilà, asseyez vous je vous en pris.
La jeune fille s’exécuta de bonne grâce.
- Je vous remercie pour votre accueil, j’espère que vos recherches ont été concluantes.
- Droit au but à ce que je vois.
Skaven poussa un soupir de contentement.
- Décidément, vous me plaisez de plus en plus vous savez, une combattante, une meneuse d’hommes, et une jeune femme à l’éblouissante beauté.
Les louanges de l’homme étaient agréables aux oreilles de la jeune fille, mais elle voulait garder la tête froide, surtout avec ce genre de personnage.
- Merci Skaven, c’est très généreux, mais vous n’avez pas besoin d’en faire autant.
- Diplomate en plus, allons vous avez raison, le temps c’est de l’argent, et à cette heure ci je devrais être au lit pour récupérer de ma nuit de travail.
Zeïna se redressa sur le fauteuil, attendant enfin que son interlocuteur se décide à parler.
- Ce cher Comte est particulièrement intriguant, je pensais le connaître, mais en fouillant un peu j’ai découvert pas mal de choses que je ne connaissais pas. Et encore je suis persuadé que je n’ai pu voir qu’une toute petite partie de ses activités, les plus légales je veux dire évidemment.
L’homme se pencha et tira une liasse de parchemin, l’écriture y était différente pour chaque feuillet, comme si plusieurs personnes avaient travaillé en même temps. La jeune fille ne préférait pas savoir d’où venaient toutes les informations que le malfrat avait pu réunir. Mais en si peu de temps, elle était impressionnée par le travail accompli.
- Voici la route ainsi que le chargement de tous les navires de ce cher Dé Varousis qui naviguent dans ses eaux. Je dois dire que je me suis bien amusé, ce bougre a encore réussi à augmenter le nombre de ses navires.
Il tendit la liasse de parchemins en souriant, Zeïna les prit avec précaution. Elle sentit un poids énorme quitter ses épaules, tous ses efforts n’avaient pas été vains. La capitaine se sentait mieux maintenant, elle se permit même de sourire.
- Comme vous voyez, je respecte mon engagement, il faut dire que vous m’avez rendu un sacré service. Sans mon adversaire, mes affaires vont être grandement facilité, il se pourrait même que j’ai besoin de vous.
- Je préférerais que nos relations soient plus limiter, répondit Zeïna en serrant les documents sur ses genoux.
Loin de s’en offenser, Skaven éclata de rire.
- Allons, je fais aussi du commerce légal vous savez, je n’irais évidemment pas vous demander de transporter de la contrebande, vous n’aurez jamais accepté de toute façon.
Il était temps pour les membres de l’Aurore Boréale de quitter les lieux, il n’était pas bon de rester ici trop longtemps.
- Je pense que nous en avons fini maintenant, je vais donc vous laisser.
Zeïna fit mine de se lever, mais Skaven leva un bras pour l’arrêter.
- Attendez quelques instants, j’ai encore quelques petites choses à vous dire, et se sera gratuit.
La jeune fille regarda Lantis derrière elle, le maître d’arme était nerveux, il n’aimait pas se retrouver ici. Mais leur groupe était bien armé et prêt à réagir, Trachedo Yago se déportait lentement pour bondir à l’arrière pour libérer le passage, Akena le suivrait presque immédiatement. Acoya prendrait la capitaine pour l’emmener avec elle tandis qu’il couvrirait leur fuite.
Lantis hocha la tête en silence, donnant son feu vert.
- Votre chien de garde a donné son accord apparemment, lança Skaven.
Le maître d’arme serra les dents mais ne répondit pas à l’insulte.
- Je vous écoute alors.
- Pas d’inquiétude, ce sont des informations et en plus c’est gratuit comme je vous l’ai fait remarquer. Durant les recherches, mes espions m’ont rapporté que le Comte Dé Varousis Aras s’intéressait beaucoup à vous et à votre bateau, fuyez-le comme la peste.
- Jusque là, je le savais très bien.
- Je n’en doute pas, mais saviez vous que vous mettez en péril un de ses commerces cachés et qui lui rapporte énormément d’argent.
L’intérêt naquit dans les yeux de la jeune fille.
- Je vois que je vous intéresse, reprit Skaven, vous êtes la première capitaine marchand à avoir un lien avec le royaume des elfes des mers, comme je peux voir par exemple votre camarade à vos cotés.
Acoya pencha la tête pour mieux écouter.
- Où voulez vous en venir ?
- Et bien les produits venant de cet archipel sont rares, et vous venez de mettre la haute main sur leur commerce, alors que personne ne pouvait le faire avant. Une personne faisait donc du marché noir pour pouvoir alimenter le circuit de vente, et d’après vous, qui était cette personne ?
Zeïna commença à comprendre où il voulait en venir.
- Le comte …
- Lui-même, répondit Skaven en s’esclaffant, vous venez de lui faire perdre une véritable fortune. Voilà surement l’un des motifs qui alimentent sa rancœur envers vous, pour le reste je pense que tout vient de votre nom lui-même. Votre père était son plus grand adversaire.
La jeune fille prit note de l’information.
- Je vous remercie pour ce bonus.
- Je sais soigner mes contacts.
Elle ne considérait pas l’homme comme une personne fiable, mais elle devait reconnaître son aide.
- Merci pour ce complément d’information, je serais l’utiliser à bonne escient.
Skaven sourit.
- J’en suis persuadé.
- Je dois vraiment vous laisser maintenant, j’ai beaucoup de travail devant moi.
- Je comprends, j’espère pouvoir refaire affaire avec vous.
Zeïna préféra ne pas répondre, elle se leva lentement sans faire de geste brusque et sans précipitation. Les gardes ne bougèrent pas, ne montrant aucune intention de les attaquer. La jeune fille fit le tour du canapé pour se ranger auprès des membres de son équipage.
- Bonne journée à vous Skaven.
- Bon voyage à vous aussi Capitaine Dé Feryo, en espérant que nous puissions à nouveau avoir le plaisir de nous revoir.
La capitaine hocha seulement la tête sans répondre.
- Une dernière chose, lança le malfrat sans se lever de son canapé, si j’étais vous je me rendrais vers Conuda pour votre prochaine étape, il y a des affaires à faire là bas.
- Je ne connais pas cet endroit mais je me renseignerais.
Elle se retourna pour quitter l’arrière salle, devancé par Akena et Trachedo Yago. Le maître d’arme resta face à Skaven, protégeant le départ de son capitaine avant de les suivre. Le petit groupe traversa l’auberge vide, escorté par les gardes de Skaven.
Voyant le manège de Lantis en arrière, Loyn Ikiser l’interpella avant qu’il ne quitte le bar à la suite des autres.
- Si vous voulez la protéger, vous allez avoir du boulot.
Lantis regarda l’assassin.
- Et pourquoi dis tu ça ?
- J’ai l’impression qu’elle sait autant se faire des amis que des ennemis.
Le maître d’arme se raidit avant de répondre.
- Et dans quelle catégorie se trouve ton patron ?
Loyn Ikiser se mit à sourire étrangement.
- Dans la première évidemment, j’espère avoir la chance de retravailler avec toi, Mercenaire Alaster.
Lantis tiqua, il se savait connu pour une partie de la profession, il fit seulement un signe de la tête. L’homme quitta « La tempête rouge » à son tour sans un regard en arrière, le reste du groupe l’attendait pour retourner au navire.
- Il te voulait quoi le bonhomme, lança Trachedo Yago.
- Rien de bien intéressant.
Zeïna rajusta son chapeau sur la tête.
- Retournons à l’Aurore, nous avons encore beaucoup de travail devant nous.
Silencieusement, les marins et leur capitaine se mirent en route pour rejoindre le navire et le reste de l’équipage qui devait attendre leur retour avec impatience.
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