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Jeudi 31 mai 2012, 12:37


Voici une histoire écrite par Trimor et dont le titre est Océan - chapitre 48 - Changement de cap.

Bonjour lecteurs ^^
L'aventure de l'Aurore se poursuit, après la rencontre avec Skaven Zeïna connait ce qui l'attend. Le Comte veut sa mort commerciale, mais la jeune fille passe maintenant à la contrattaque. La capitaine va montrer à son ennemi qu'il ne faut jamais la sous estimer.

Très bonne lecture à tous ^^


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CHAPITRE 48
Changement de cap


Les voiles se dressèrent sur les mats, l’Aurore Boréale quittait enfin le port de Komedo dans la lumière du soleil couchant. Les marins travaillaient avec empressement, leur nombre était réduit et ils devaient fournir encore plus d’efforts pour le cacher. Les combats de la nuit dernière avaient laissé des traces et beaucoup de marins étaient obligés de se reposer.
Sur le pont, Zeïna menait la manœuvre en lançant des ordres aux équipes, elle était pressée de partir. Elle ne voulait pas rester une journée de plus amarrer à ce triste port, elle espérait ne pas revenir de ci tôt dans cette baie. Même si les affaires étaient faciles avec les bonnes informations, la jeune fille préférait s’éloigner de Skaven.
- Nous prenons quelle direction ? Demanda le timonier non loin d’elle.
La capitaine se retourna vers le marin.
- Cap au Nord Est, Mr Marslow, vers l’Ile Deria pour décharger enfin notre cargaison.
- A la bonne heure, lança l’homme en souriant, cap au Nord Est, à vos ordres.
La barre bien en main, le timonier donna la direction à prendre. Le navire obéit avec diligence, son bois craqua sous l’impulsion du vent. L’étrave plongea dans les vagues, l’écume volant dans les airs pour recouvrir le pont.
Sur le quai, un petit groupe observait le départ, Skaven était entouré de ses deux lieutenants. Il n’était pas à douter que d’autres gardes étaient présents dans l’ombre pour assurer la protection du malfrat. L’homme ne sortait pas souvent de son antre, et encore moins pour regarder un navire partir, mais l’Aurore Boréale était spéciale.
- Pourquoi sommes nous venu ici ? Demanda Darn Mather.
Le grand guerrier était appuyé contre le mur d’une maison, le petit groupe s’était abrité là pour éviter les gardes un peu trop curieux.
- L’air de la mer te rend plutôt grognon, plaisanta Loyn Ikiser.
- Tes plaisanteries m’exaspèrent également !
Le ton entre les deux hommes montaient bien souvent, il y a bien longtemps que personne n’essayait de les ramener à la raison. Skaven se contenta de rire en écoutant une nouvelle dispute entre ses lieutenants.
- Allons tous les deux, vous ne pouvez pas rester un peu tranquilles quelques instants.
L’assassin et le guerrier se turent immédiatement, ils avaient reconnu un ordre dans le ton de la voix de leur chef malgré les rires.
- Si vous voulez savoir pourquoi je vous ai traîné ici, c’est pour voir une dernière fois ce navire, souvenez vous bien de sa silhouette ainsi que le nom de son capitaine.
- Et en quel honneur ? Demanda Darn Mather sur un ton badin.
- Tu devrais avoir plus de respect pour elle mon cher Darn, répondit Skaven, elle n’a que seize ans et pourtant elle dirige un navire, elle sait parfaitement se battre, et elle ne manque pas de courage.
Le malfrat fixa l’Aurore avec intérêt.
- Dé Feryo, un nom que j’ai hâte d’entendre de nouveau parler.
L’Aurore Boréale croisa la digue de protection pour se lancer au large vers sa nouvelle destination.


L’Ile Deria était tout proche de la leur point de départ, le navire ne mit que quelques heures de navigation pour atteindre le petit port de l’île. L’Aurore Boréale jeta l’ancre au milieu de la baie, les quais étant bien trop petit pour accueillir un bateau de cette taille.
La population de la petite cité était venue assister à l’arrivée de ce grand navire, un spectacle bien rare pour leur communauté bien plus petite que celle de Komedo. Zeïna prit une chaloupe pour se rendre sur le port, elle fut accueillit par un homme corpulent entouré de deux gardes du corps.
L’homme était de taille moyenne avec un fort embonpoint, il portait une perruque blanche poudrée à la dernière mode. Ses vêtements étaient d’une grande finesse, issus des meilleures manufactures de l’Archipel. Il était très riche et il aimait le montrer comme en témoignait les nombreuses bagues serties de joyaux qui ornaient chacun de ses doigts.
- Vous êtes le capitaine envoyé par Lagariny ? Demanda l’homme en détaillant la jeune fille de la tête au pied sans aucun scrupule.
- En effet, répondit-elle avec calme, Capitaine Zeïna Dé Feryo avec un chargement de tek comme demandé.
- Au moins vous avez été rapide, je fais envoyer des chalands pour récupérer la marchandise. Le paiement de la cargaison vous sera donné par mon intermédiaire à votre bord.
- Je vous remercie de votre diligence.
L’homme apprécia les manières de la jeune fille.
- Je ne me suis pas présenté, Baron Dé Haut Garique, négociant et marchand de mon état, je crois avoir déjà entendu votre nom.
- Mon père peut être, Rodéric Dé Feryo, il faisait du commerce avec l’Aurore dans ses eaux assez fréquemment.
- Oui c’est cela, répondit le baron, un homme de confiance m’a-t-on répété, je vois que sa fille est tout aussi respectable.
La jeune fille s’inclina légèrement.
- Je vous remercie de prendre ma cargaison de tek, avec tous ces arrivages je ne pensais pas que j’aurais pu le vendre à si bon prix.
- Il est vrai que vous avez manqué de chance avec l’arrivée de ces deux navires juste avant le votre.
- Maître Lagariny m’a dit que vous vouliez meubler une maison.
- Je lui ai dit ça pour qu’il évite d’avoir la même idée que moi.
La jeune fille le regarda sans comprendre.
- Je vois que vous ne comprenez pas, répondit le baron, vous êtes encore jeune c’est normal, je compte acheter ce tek à bas prix et le conserver dans mes entrepôts. Je connais les nobles et les hôteliers de Komedo, ils réclameront à corps et à cri du tek dans quelques mois, mais personne n’osera plus en faire le commerce avant que le marché ne vaille le coup.
Zeïna se mit à sourire, comprenant enfin où il voulait en venir.
- Et vous proposerez à ces marchands désespérés votre tek, en le revendant deux fois le prix normal sans qu’ils n’osent discuter le prix.
- Vous avez tout compris jeune fille, le commerce est avant tout une affaire d’intelligence, il faut toujours avoir un coup d’avance.
La capitaine opina de la tête, elle reprit la parole en espérant accélérer la transaction.
- J’espérais pouvoir reprendre la mer rapidement.
- Ne vous inquiétez pas, dans quelques heures vous pourraient repartir, puis je en profiter pour vous inviter à déjeuner ? Le temps que votre cargaison soit déchargée, vous avez bien quelques instants à m’accorder.
Zeïna avait du travail à bord pour préparer la suite de son voyage, mais elle savait très bien qu’elle devait aussi soigner ses relations avec les personnes riches et puissantes de cette région. Elle afficha un sourire de circonstance en s’inclinant de nouveau.
- Se serait avec plaisir bien évidemment, je retourne à mon navire pour les prévenir et je reviens sur le port.
- Très bien, répondit le baron satisfait, nous vous attendons avec impatience.
La jeune fille retourna à sa chaloupe rapidement, elle devait organiser le déchargement et donner ses ordres. Le déjeuner avec cet homme promettait d’être rude pour ses nerfs, mais il y avait des impératifs en tant que capitaine, et ce genre de chose en faisait parti.


Quelques heures plus tard, l’Aurore Boréale levait de nouveau l’ancre pour quitter son mouillage. L’escale sur l’Ile Deria avait été courte, mais bien suffisante pour décharger la cargaison de tek pour pouvoir poursuivre leur route. Bien que le prix de la marchandise fût en dessous de ce qu’elle avait espéré, Zeïna avait pu négocier directement avec le baron, obtenant un bien meilleur montant que si elle l’avait bradé à Komédo.
La jeune fille était satisfaite sur un autre point également, le déjeuner en compagnie du riche négociant et de sa famille lui avait donné de nouvelles informations. Le repas avait réservé des surprises à la capitaine, se révélant particulièrement fin et raffiné. L’homme aimait recevoir et il savait choisir les ingrédients et les plats qui feraient obligatoirement plaisir à ses hôtes.
La discussion avait bien vite tourné sur le commerce local et sur les produits qui se vendaient le mieux. Elle avait ainsi appris que les manigances du Comte Dé Varousis Aras avaient également pénalisé le négociant. Il lui indiqua ainsi les pertes subies par les marchands des environs et la rancœur qui en avait découlé.
Le baron s’avéra très loquace, plus encore qu’elle ne l’aurait cru, allant jusqu’à lui faire des confidences sur les rumeurs qui circulaient. Le comte semblait centrer toutes ses forces sur une très grosse opération commerciale, il avait risqué beaucoup d’argent. De l’avis du riche négociant, il se croyait si intouchable qu’il était devenu imprudent, mais comme personne n’osait lui tenir tête, il n’avait pas peur.
Une fois de retour sur le navire, la jeune fille regagna sa cabine pour retirer son costume d’apparat. Elle poussa un soupir de contentement en laissant tomber la veste sur une chaise, elle avait la tête qui tournait légèrement.
- Le vin était à votre goût, lança Hina en apparaissant dans la pièce.
- J’ai l’impression que j’en ai un peu trop abusée.
- Je le pense aussi.
Hina avait lancé la réponse avec un mélange d’amusement et de moquerie.
- Quand tu auras terminé de te moquer de moi, peut être pourras tu me laisser me changer ?
- Bien sûr capitaine.
La servante sortit de la cabine, en refermant la porte avec soin. Son rire passa à travers la porte, Zeïna laissa ses épaules retombées.
- Quand un capitaine commence à laisser son équipage se moquer de lui, le bateau risque de partir dans tous les sens.
La jeune fille avait parlé toute seule et à haute voix, comme pour se convaincre elle-même. Tentant d’oublier les rires moqueurs, la jeune fille retira ses vêtements et s’aspergea le visage d’eau pour retrouver ses esprits. La tête lui tournait toujours un peu, mais au moins elle se sentait mieux après s’être rafraichie.
Un nouveau costume sur le dos, elle sortit de sa cabine pour respirer l’air frais de l’océan, elle poussa un soupir de soulagement en sentant la brise lui caresser le visage. Le vent fit voleter une mèche blonde devant ses yeux, elle la replaça derrière son oreille consciencieusement. Elle grimpa sur l’échelle de coupée pour aller à la rencontre de Portyd qui se trouvait près de la barre.
- Capitaine, justement je voulais venir vous voir.
- Mais me voilà Mr Odell, que puis-je pour vous ?
- Et bien, tout simplement m’indiquer la direction à prendre, nous retournons à Komedo ?
La jeune fille secoua négativement la tête.
- Non, cap à l’est.
- Vous êtes sûre ? Demanda le second avec étonnement.
- Tout à fait sûre.
La jeune fille souriait.
- Mr Marslow, lança Portyd, vous avez entendu ?
- Oui Mr Odell, barre à l’Est.
Le second se retourna vers Zeïna.
- Nous pourrions savoir où nous nous rendons ?
- J’allais convoquer tous les officiers dans la cabine pour en parler avec vous justement.
- J’espère que nous aurons des explications alors.
- N’ayez crainte.

La capitaine donna les ordres pour la route au timonier, puis elle lança son appel pour réunir tous les officiers dans sa cabine. La pièce se remplit en quelques instants, personne, à part Nefrita Hagus et Acoya, connaissait la prochaine étape de leur voyage.
- Cryanne, que fais-tu là ? Lança Portyd.
- Je suis encore officier à bord mon cher, tu ne t’en souviens pas ?
- Oui mais tu es blessée, tu devrais rester allonger.
- Mais c’est qu’il s’inquiète en plus, il est trop adorable.
Le second s’empourpra en écarquillant les yeux, faisant éclater de rire la métis.
- Je vois que tout le monde est là, intervint Zeïna.
Elle fit le tour des visages, Lantis affichait un visage neutre, Portyd était renfrogné comme à son habitude alors que Cryanne souriait. Nefrita Hagus s’était installée sur une chaise, emmenant avec elle sa sacoche. Acoya ne tenait pas en place, allant du lit de la capitaine au miroir, en passant par les étagères sur les murs.
- Acoya s’il te plait, arrête de bouger, lança la jeune fille, je voudrais commencer.
- Mais oui, mais oui tout de suite !
L’elfe des mers se rangea rapidement au coté de la commis du bord en faisant un garde à vous impeccable. Zeïna se passa une main sur le front en soupirant, au moins elle ne bougeait plus, s’était déjà le principal.
- Bien, je vous ai réuni pour vous parler de la suite de notre voyage, commença la jeune fille, bien que cette première escale nous a réservé de mauvaises surprises, nous devons continuer à aller de l’avant.
Elle fit une pause avant de reprendre.
- Le Comte Dé Varousis Aras est notre ennemi, nous le savons maintenant, mais il ne faut pas le laisser continuer à nous mener en bateau, c’est à nous de contrattaquer.
- Il faut se méfier de lui, fit Portyd, il est rusé et dangereux, il ne faut pas le sous estimer.
- Je l’ai bien compris, ne t’inquiète pas, répondit la jeune fille, c’est pour ça que nous allons nous aussi nous battre sur son terrain.
Elle désigna une liasse de parchemins sur son bureau.
- Les informations de Skaven se sont révélées être particulièrement bien détaillées, je suis étonnée que ce malfrat est aussi bien fait son travail.
- Mieux vaut se méfier de lui, lança Cryanne, ce genre de personne n’est pas fiable, il fonctionne seulement avec de l’or et du profit.
- Nous devons lui faire confiance malgré tout, notre réponse à l’attaque du Comte dépende de ces documents. Mais j’ai voulu quand même confirmer certaine chose, Nefrita a été se renseigner sur quelques petites choses à la capitainerie du port de Komedo.
La commis hocha la tête et prit la parole.
- Je suis allée voir si certains des renseignements étaient justes, il s’avère qu’ils le soient, j’ai recoupé ce que j’ai pu trouver même si ce Holdown ne m’a pas vraiment aidé.
Elle parlait du capitaine du port rencontré le premier jour de leur escale sur l’Ile Blanche, l’homme avait été particulièrement affable.
- Il ne m’étonnerait pas qu’il soit à la solde de Varousis, fit Lantis.
- Il n’y a pas à en douter, répondit Zeïna, c’est pour cela que j’ai dit à Nefrita de brouiller les pistes en lui disant que je n’allais pas changer mes plans malgré tout.
Cryanne poussa une exclamation de joie.
- De la désinformation, bravo.
- Le comte va croire que je ne sais toujours pas qu’un ennemi veut ma perte dans l’ombre, ainsi il va partir dans la mauvaise direction, tandis que l’Aurore va l’attaquer dans ses propres bases.

Zeïna sortit alors une carte et la déroula sur la table. Les personnes présentes se penchèrent alors sur le document, une route était tracée en partant de Komedo. Ils reconnurent l’écriture de la capitaine et les pattes de mouche d’Acoya.
- Avec l’aide de notre pilote, reprit la jeune fille, nous avons pu trouver la meilleure route pour nous rendre ici.
Elle désigna un point sur la carte, faisant réagir immédiatement Lantis.
- L’Ile de Conuda ! Mais c’est l’endroit que nous a indiqué Skaven !
- En effet, répondit la jeune fille en souriant.
- Mais c’est peut être un piège, fit le garde du corps.
- Je ne pense pas, Skaven souhaite vraiment que nous faisions course en tête contre le Comte. Ses manigances plombent aussi bien le commerce normal que le marché noir, il se fait beaucoup d’ennemis et nous devons en profiter.
- Et qu’est ce qui peut nous intéresser à Conuda ? Lança Portyd. De mémoire, il n’y a rien de bien excitant là bas.
Zeïna se redressa alors pour leur faire face.
- Et pourtant, il y a là bas de l’encre de seiche, la borsa.
Cryanne poussa une exclamation de surprise.
- Tu veux parler de la fameuse borsa, l’encre qui devient phosphorescente la nuit.
- Elle-même, l’île en produit en petite quantité et le comte est habituellement le seul à en faire le commerce, personne n’osant lui souffler la politesse.
- Et comment peux-tu être sûre que nous serons les premiers avant lui ? Demanda Portyd.
- Pour la simple est bonne raison qu’il a bloqué une bonne partie de sa flotte commerciale de cette zone pour me contrer moi, en engageant beaucoup d’argent au passage. Il n’a pas de navire assez près pour arriver plus vite que nous sur place.
Le second fit la moue.
- Et que veux-tu que nous fassions de cette encre ? Il y a vraiment des gens intéressés pour cela.
- Plus que tu ne le crois Portyd, répondit Zeïna, les nobles et les riches marchands aiment décorer leur maison de cette encre rare pour leur fête, je m’en étais rendu compte lors du bal du gouverneur. Mais le produit est difficile à trouver, et encore plus à extraire, la récolte ne se fait qu’une ou deux fois par an, elle sera prête dans trois semaines seulement.
- Si nous arrivons en retard, nous perdrons notre temps pour rien, conclut Nefrita Hagus d’une voix neutre.
Portyd se pencha sur la carte, en faisant la grimace.
- Le chemin est long, nous n’y arriverons jamais, à moins que …
- Nous passions par la zone des tourbillons ! Lança avec allégresse Acoya.
Le second la fixa avec stupeur avant de se tourner subitement vers Zeïna.
- Même ton père n’a jamais osé la traverser, c’est de la folie.
- Je ne compte pas la traverser, Acoya a eu une idée particulièrement intéressante, si tu veux bien leur expliquer.
- Evidemment !
L’elfe s’approcha de la table en faisant des petits pas de dance, guillerette.
- Voilà, les courants sont d’une puissance inouïe dans cette zone, avec des sens contraires qui peuvent déchiqueter une coque de vaisseau sans frémir.
La petite description d’Acoya fit blanchir ceux qui ne la connaissaient pas encore.
- Il ne faut pas traverser les tourbillons, reprit l’elfe des mers, c’est impossible bien sûr, mais en longeant la crête de ses monstres et en prenant les bon courant, nous pouvons doubler la vitesse de l’Aurore, voir même plus.
- Frôler la zone dangereuse pour profiter de la puissance des courants, fit Portyd en se tenant le menton d’une main, je n’y avais jamais pensé.
- Une fausse manœuvre et nous serons emportés par les courants, commenta Lantis, un pari risqué.
- Je le sais bien, répondit Zeïna, mais grâce à la force des tourbillons, nous gagnerons une semaine de voyage, arrivant même plus rapidement encore que prévu. Si nous ne faisons pas ça, le comte aura le temps d’envoyer un de ses navires et notre premier coup ne pourra pas être porté.
Le silence se fit dans la cabine, les officiers réfléchissaient au plan exposé par la capitaine. Il était particulièrement risqué, mais si le navire pouvait arriver à Conuda, l’encre rare serait à eux. Portyd fut le premier à réagir, il mit les poings sur les hanches en fixant la carte.
- De toute façon, il est grand temps de se farcir ce comte de malheur, je vais renforcer les mâts du navire et faire une inspection complète avec Olaf. Autant mettre toutes les chances de notre coté pour affronter les tourbillons.
Il se tourna vers Acoya.
- J’espère pour toi que tu sais ce que tu fais.
Les yeux de l’elfe pétillèrent de plaisir.
- Oui, oui, oui, je vais organiser les elfes des mers qui sont à bord pour former une troupe de guide pour suivre les courants, nous pourrons ainsi prendre la meilleure direction pour gagner le plus de vitesse possible.
Zeïna afficha un visage confiant.
- Lantis et Cryanne, vous allez entrainer les hommes pour qu’ils deviennent encore plus rapides qu’ils ne le sont. Il faut qu’en quelques minutes ils puissent lancer toutes les voiles en même temps pour les relever.
Les deux officiers hochèrent la tête.
- Que tout le monde reprenne son poste, nous allons montrer au comte que nous aussi nous pouvons l’attaquer sur ses terres.

Les officiers saluèrent la capitaine, ils avaient retrouvé confiance en elle et ils devaient préparer le navire à son prochain combat. Le maître d’arme s’attarda dans la cabine, la jeune fille le remarqua et le regarda.
- Il y a un problème Lantis, quelque chose à ajouter pour notre prochaine étape.
- Non pas vraiment, enfin …
Le voyant hésiter, Zeïna fit le tour du bureau pour se trouver face à lui, elle sourit avec douceur.
- Pourquoi hésites-tu ?
La chaleur dans ce regard azur avait le don d’apaiser Lantis, il ferma les yeux un instant avant de répondre.
- Conuda se trouve dans la zone qu’occupe le Démon.
Elle comprit son hésitation.
- Je n’ai pas voulu le dire devant tout le monde, ajouta le maître d’arme, mais je pense qu’ils l’ont remarqué également.
- J’y ai pensé aussi, cela ne m’enchante pas non plus, mais pour battre le comte, nous n’allons pas avoir le choix que de voguer dans cette direction.
- La seule chose que j’espère, c’est qu’à force de nous rapprocher de la flamme, nous n’allons pas nous bruler les ailes.
Les doutes de Lantis refirent surface, il avait enfoui loin au fond de lui l’époque sombre de sa vie. Mais avec la perspective de croiser la route de ce pirate, un gout amer envahissait sa bouche de fiel. Zeïna prit l’une de ses mains dans les siennes, elles paraissaient bien petites en comparaison de la rude poigne du maître d’arme.
- Qu’importe où nous allons, le passé restera du passé, tu m’as dit que tu voulais aller de l’avant, moi aussi je veux aller de l’avant et de préférence avec toi.
Elle sourit, faisant bondir le cœur de Lantis, sa beauté rayonnait tout autour de lui faisant naitre des sentiments qu’il n’avait pas le droit de ressentir pour son capitaine. Il se contrôla à grand peine, se rendant compte que l’amertume dans sa bouche disparaissait.
Une fois encore l’aura de Zeïna venait d’apaiser les craintes de l’homme. Il posa sa deuxième main sur celles de la jeune fille.
- Merci Zeïna, je ne devrais pas être aussi défaitiste.
Il lâcha les douces mains en sentant une pointe de regret le transpercer.
- Je vais entraîner les hommes en restant le plus vigilant possible, même si le Démon ose se présenter devant nous, je l’empêcherais de poser ne serais se qu’une seule main sur l’Aurore, je t’en fais la promesse.
La jeune fille fit un petit signe de la tête.
- Je te crois.
Ils se séparèrent sur un dernier regard échangé, Lantis emportait avec lui la chaleur de ce sourire et ce sentiment de bien être. Il entendait les mises en garde dans son esprit, il devait les écouter pour ne pas se laisser aller à des choses insensées.
Zeïna posa ses mains sur sa poitrine sentant son cœur battre, elle avait eu l’irrépressible envi de s’approcher du maître d’arme. Elle ferma les yeux pour ne plus penser à ce moment, elle avait bien autre chose à faire sur le navire pour laisser ses sentiments la perturber ainsi.


Le ciel n’était plus qu’une immense mer de nuages noirs et menaçants, comme si la nuit était tombée en plein jour. Les éclairs zébraient le ciel dans des arabesques compliquées laissant leur ramification envahir tout l’espace au dessus de la mer. Les flashs de lumière éblouissant illuminaient par intermittence l’océan aussitôt suivi par un tonnerre assourdissant qui couvrait le grondement des vagues en colère.
La tempête secouait la mer faisant naitre des vagues monstrueuses qui semblaient vouloir dévorer les navires. Des formes naissaient à la cime des rouleaux semblables à des êtres vivants cherchant une nouvelle proie à terrasser.
Au milieu de ce déchainement des éléments, un navire poursuivait sa route avec acharnement. Grimpant les montagnes d’eau pour mieux les traversaient et redescendre de l’autre coté. L’Aurore boréale était secouée dans tous les sens, des paquets de mer s’écrasaient sur le pont emportant les marins trop imprudents. Ce qui n’était pas attaché ou rangé finissait immanquablement à la mer sans espoir de pouvoir le récupérer.
Sur le pont, l’équipage se démenait pour conserver le cap exigeait par la capitaine. Les hommes faisaient leur travail malgré le danger, ne rien faire au milieu de ce temps serait encore pire de toute manière.
Zeïna avait enfilé son manteau ciré, elle était sur le pont supérieur, affrontant les éléments tout comme ses marins.
- La tempête n’était pas prévue, lança Portyd en se couvrant le visage.
- Pas vraiment, répondit la jeune fille en forçant sur sa voix.
- Déjà que par beau temps ce n’est pas une zone facile mais alors par gros temps …
Le second regarda droit devant lui.
- Les vagues semblent enfin se calmer, lança t’elle à l’homme à ses cotés.
- Oui, répondit Portyd, les tourbillons ne doivent plus être loin.
La capitaine se porta vers l’un des mousses qui servaient de messager.
- Pour l’avant, je veux être prévenu dés que les tourbillons seront en vu.

Le jeune mousse passa le message à un autre qui le relaya à un autre jusqu’à arriver aux oreilles d’Acoya penchée au dessus de la mer en furie. L’elfe se tenait sur le mât de beaupré, elle devait faire attention de ne pas tomber à l’eau, mais c’était la meilleure position pour savoir où se trouverait les tourbillons.
L’elfe des mers sentit bien avant de les voir les forts courants approcher. Les vagues se calmèrent soudainement, permettant ainsi de mieux voir la dangereuse zone qui se dressait sur la route de l’Aurore Boréale.
Des éclairs partaient des nuages pour foudroyer les maelstroms qui se formaient à la surface des eaux. Une dizaine de tourbillon immense secouaient la mer en tout sens, donnant un spectacle de désolation et de mort. Personne ne savait vraiment pourquoi ce phénomène se produisait, mais tous les marins savaient qu’il valait mieux éviter ces courants. Un navire prit dans ce tourbillon était détruit en quelques instants, l’équipage voué à une mort certaine.
Sur l’Aurore Boréale, les marins regardaient avec appréhension les immenses tourbillons. Ils sentaient la peur s’insinuer dans leurs entrailles, même le plus endurci se sentait soudainement faible face à ce déchainement de l’océan.
- Tourbillons droit devant ! Cria Acoya. Tous les elfes à votre poste !
Les cinq autres elfes des mers de l’équipage furent descendus au niveau de l’eau à l’aide de cordes solidement arrimées et doublées avec soin. Chacun d’entre eux serait un indicateur pour Acoya, ils pouvaient sentir les courants et connaitre sa direction.
Cryanne se trouvait sur les vergues avec une partie de l’équipage, prête à monter ou descendre les voiles. Sur le pont, Lantis se tenait prêt également, les marins tenaient les cordages fermement. Zeïna se tourna vers la barre, Marslow n’était pas seul à la tenir, Mono Handela était à ses cotés pour ajouter sa force. Le minotaure était complètement guéri de ses blessures grâce aux soins du médecin du bord.
- Préparez vous à la manœuvre ! Lança la jeune fille dans leur direction.
- A vos ordres ! Répondirent-ils en cœur.
Malgré l’apaisement des vagues, l’Aurore Boréale était toujours le jouet des éléments. Le navire bondissait sur la mer, secoué par les courants, les bourrasques de vent. Les gouttes de pluie s’écrasaient sur le pont, couvert par le tonnerre.
Le premier tourbillon se rapprochait à une vitesse prodigieuse, trop rapidement au gout de tout l’équipage. Pour la première fois, Acoya affichait un visage sérieux et plein de concentration, elle devait suivre seconde après seconde chaque changement des courants. Elle sentait les vibrations passer dans son corps, les lignes à suivre étaient là se dessinant sous ses yeux.
Les éclairs se multiplièrent dans le ciel, le bruit assourdissant du tourbillon surpassait le bruit du tonnerre. Zeïna agrandissait les yeux de surprise et de stupeur, elle n’aurait jamais cru assister à un tel spectacle, la désolation à l’état pur. Le tourbillon semblait être une immense bouche vorace qui allait les dévorer tout entier. Portyd serrait la rambarde de ses deux mains à s’en faire blanchir les phalanges.
- Vas-tu nous donner ce signal Acoya, murmura Zeïna.
L’elfe des mers se penchait presque à la surface de l’eau, les vagues venaient lui frapper en plein visage. Elle s’en fichait complètement, l’océan était son élément, même en colère il restait son refuge. Acoya contrôla la distance, le navire se rapprochait de plus en plus de la zone de non retour, mais il devait virer au dernier moment.
Le premier guetteur sur tribord lui signala le changement de courant, aussitôt suivi par le signal du deuxième elfe de droite. Elle se dressa soudainement en tirant sur une corde laissée pour qu’elle se relève rapidement.
- La barre à bâbord toute ! Cria l’elfe avec le plus de force qu’elle pouvait pour faire entendre son ordre.
Les mousses relayèrent en quelques instants l’ordre jusqu’au pont supérieur.
- Barre à bâbord, lança Zeïna, relevez les voiles.
Le minotaure et l’humain tournèrent le gouvernail d’un geste ample contrant la puissance du courant. Le bois se mit à caquer, si le navire ne tenait pas le choc, ils iraient tout droit au milieu du maelstrom. Zeïna croyait en son navire, il allait tenir, elle le savait tout au fond d’elle-même.
L’Aurore se mit enfin à tourner lentement, le bateau fut poussé avec brutalité par le courant. La vitesse pétrifia les marins, les craquements s’amplifièrent de manière inquiétante.
- Bon dieu, l’Aurore ne va pas tenir, murmura Portyd.
- Il tiendra, lança Zeïna avec rage.
Le navire arriva entre la jonction de deux tourbillons, à nouveau Acoya s’aida de ses guetteurs placés de chaque coté du navire. Elle fixa le point entre les deux formations, elle trouva le moment où elle devait donner son ordre de changement.
L’elfe se figea et se redressa de nouveau.
- Barre à bâbord, toutes voiles dehors maintenant !
L’ordre fut donné quelques instants plus tard, les voiles se gonflèrent sous le vent violent de la tempête. La vitesse déchira plusieurs voiles, certains marins manquèrent de tomber emporter par le vent, mais Cryanne avait donné des ordres pour que tous ces hommes s’attachent. Elle savait qu’ils devaient rester longtemps sur les cordages, toutes les protections étaient bonnes à prendre.
A nouveau l’Aurore fut poussée en avant, l’action du vent et du courant mêlé donna une telle vitesse que rien ne pouvait plus arrêter le navire. Il passa entre deux nouveaux tourbillons, sans connaître de problèmes.

Un dernier obstacle se dressait sur la route de l’Aurore, et ils seraient tous sortis sein et sauf de cette zone dangereuse. Le tourbillon était immense, deux fois plus grands que les précédents.
- Alors là c’est un sacré morceau, fit Portyd, il faut réduire les voiles.
- Oui, nous devons laisser le temps à Acoya de prendre la bonne solution.
L’ordre de la capitaine parcourut le navire, l’elfe à la proue tourna la tête en direction des mâts, elle vit alors les voiles disparaître.
- Non, non ! Cria l’elfe. Il faut garder les voiles en place, transmets l’ordre, vite sinon il sera trop tard !
Le nouvel ordre d’Acoya troubla Zeïna, elle fixa son second.
- Mais elle est folle, nous allons prendre trop de vitesse, lança Portyd.
La jeune fille était d’accord, jamais le navire ne pourrait virer à temps, ils iraient directement se perdre dans le tourbillon pour ne plus en sortir. Mais elle devait avant tout faire confiance en son pilote, Zeïna lança immédiatement un contre ordre.
- Toutes voiles dehors !
Les marins redéployèrent la montagne de toile, tentant de conforter les cordage pour éviter que les voilent soient à nouveau emportées par la force de la tempête. De sa place surélevée, Cryanne voyait le dangereux tourbillons se rapprochaient dangereusement. Pour la première fois, la peur l’envahit, ils ne pourraient jamais virer de bord à cette vitesse. Elle sentit son cœur battre plus vite, elle tourna alors la tête vers le marin le plus proche.
- Tout le monde, accrochez vous, vérifiez tous vos amarres, je sens que la suite va être mouvementé.
Sur le pont, les autres marins étaient tétanisés, personne n’osait plus parler, les mousses tendant l’oreille pour mieux entendre les ordres. Acoya se trouvait au ras de l’eau, elle sentait le moindre mouvement des courants comme la respiration d’un être vivant. Elle caressa la surface comme pour s’imprégner de son essence, le bord du maelstrom était presque visible.
- Maintenant, barre à tribord à fond ! Lança la pilote avec force.
Zeïna se cramponna à la rambarde, elle devait tenir debout, se préparant au choc qui allait arriver. Portyd se rangea au coté des deux timoniers, il préféra les aider, il ne pouvait pas rester à ne rien faire. Le navire ne bougeait toujours pas, continuant sa folle course, droit vers le maelstrom. Les marins sentirent leur dernière heure venue, rien ne semblait arrêter le bateau.
Soudain l’Aurore Boréale vira enfin de bord, obéissant aux efforts des timoniers. Un paquet de mer s’abattit sur le pont du navire, balayant les marins comme de simples jouets. Le navire pencha fortement, la pointe des vergues s’approcha de la surface de l’eau dangereusement. Pourtant le bateau se remit droit et reprit sa route à une vitesse prodigieuse.
- Un homme à la mer ! Cria soudain un marin.
L’une des nouvelles recrues n’avait pas eu le temps de s’amarrer correctement, Milie Erna tentait de garder la tête au dessus de l’eau. La mer déchainée et les courants violents éloignèrent rapidement la jeune fille sous les yeux de ses compagnons. Larra Jenfa, son amie qui avait embarqué avec elle, ne pouvait que regarder sans rien pouvoir faire, elle ne savait pas nager.
Acoya avait vu le marin tomber à l’eau, elle se détacha rapidement et plongea tête la première. Lantis proche ne put l’en empêcher, il savait très bien le danger qu’elle encourrait, autant que la jeune fille.
- Envoyez des cordages avec des planches, lança Portyd en descendant sur le pont inférieur sans se départir de son calme.
Les lignes de survie furent jetées par-dessus bord promptement, des groupes de marins se formèrent pour tenir les lignes. Lantis empêcha les autres elfes des mers à rejoindre Acoya, il ne voulait pas voir disparaitre d’autres personnes dans ce sauvetage périlleux.
Zeïna scrutait la surface de l’eau, elle espérait que les deux membres de son équipage puissent s’en sortir. Mais elle connaissait la mer et ses dangers, ils avaient pu passer la zone des tourbillons, les dieux des océans exigeaient parfois leur dû.
- Acoya a attrapé une des planches, cria Souan Nuaga, l’un des guetteurs elfe.
- Tirez de toutes vos forces ! Lança Portyd en se saisissant lui-même du cordage.
Les marins s’encouragèrent mutuellement en ramenant la pilote à bord de l’Aurore, le navire allait si vite que le poids qu’ils tiraient semblait être énorme. Après quelques longues minutes d’acharnement et d’effort, les sauveteurs parvinrent à ramener Acoya qui tenait les planches d’une main, et Milie Erna de l’autre. L’elfe des mers n’avait presque plus de force après s’être battu contre les courants déchainés. La naufragée se laissait porter sur le pont, sa poitrine se soulevant à peine.
- Portez là immédiatement à l’infirmerie, lança Zeïna.
Tandis que la jeune fille était emportée par deux marins, la capitaine s’agenouilla prés d’Acoya.
- Tu es folle d’avoir fait ça, tu aurais pu y rester.
- Personne n’aurait pu le faire à part moi, répondit l’elfe des mers en souriant.
Zeïna secoua la tête.
- Emmenez là dans sa cabine, elle a besoin de repos.
Larra Jenfa se pencha pour aider la pilote à se mettre debout, tout en l’aidant à marcher, elle lui murmura tout bas.
- Merci de l’avoir sauvé.
- De rien, fit Acoya avec une voix très basse.
Sur le pont, Zeïna remit les marins au travail, la tempête faisait toujours rage mais peu lui importait. Ils avaient réussi à passer la zone des tourbillons, là où personne ne pensait que s’était possible, l’Aurore Boréale avait réussi.
La jeune fille savoura ce triomphe comme il se devait, elle n’avait perdu que quelques voiles dans l’affaire. Vraiment très peu de chose en comparaison de ce qu’elle espérait remporter grâce à ce voyage.
- Je n’en reviens pas, lança Portyd à sa hauteur, j’en connais quelques uns qui n’oseront pas nous croire quand nous leur raconterons.
- Ils n’auront qu’à calculer le temps et la distance pour comprendre que nous l’avons bien fait, pour le moment nous devons poursuivre notre route et passer cette tempête.
- Après les tourbillons, je ne pense pas que cette petite brise va nous arrêter !
Zeïna sourit, elle avait gagné son pari, elle allait pouvoir montrer au Comte Dé Varousis Aras qu’elle était tout aussi capable de le surpasser sur son propre terrain.
 
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