Bonjour lecteurs ^^
L'Aurore Boréale a affronté les tourbillons géants pour gagner du temps. Zeïna a pris un risque énorme mais il a été payant, plusieurs jours de navigation en moins pour parvenir à l'île où se trouve l' encre borsa.
Mais parviendront ils à récupérer le trésor tant convoité ?
Bonne lecture ^^
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CHAPITRE 49
Le trésor de la borsa
- Terrrrrre en vue ! Lança la vigie.
L’homme oiseau était perché sur le rebord de son nid de pie, les ailes déployées voletant dans les airs.
Les membres de l’équipage présent sur le pont se ruèrent à l’avant pour voir apparaitre au loin le point noir signalant la terre. Une fois encore, la vue de Loan Nuit-Sauvage était particulièrement aiguisée, l’île n’était pour le moment que de la taille d’une tête d’épingle.
Portant sa longue vue à son œil, Zeïna observa leur destination, elle souriait largement en abaissant l’objet.
- Nous ne nous sommes pas trompé.
- Je suis peut être un peu tête en l’air, mais sur la nature des courants je suis sûre de moi, fit Acoya.
L’elfe des mers était toute excitée, elle sautillait sur place en se penchant sur la rambarde du pont.
- Je ne sais pas si c’est vraiment l’île que nous cherchons, intervint Lantis.
La pilote se tourna vers lui en le foudroyant du regard.
- Et pourquoi se ne serait pas elle ?
- Et bien nous avons trois jours d’avance sur la date prévue, il y a d’autres îles dans les environs, nous pouvons très bien nous tromper.
Zeïna replia sa longue vue d’un coup sec.
- C’est l’Ile de Conuda, nous avons seulement quelques jours d’avance.
La capitaine était particulièrement satisfaite, après le passage dangereux des tourbillons et de la tempête, le temps s’était maintenu au beau. L’Aurore avait alors profité de toute la vitesse et de toute la puissance des courants qu’ils avaient empruntés. L’équipage avait travaillé avec application, montant souvent à l’assaut des mâts pour mettre les voiles ou en ajouter selon les besoins et les ordres des officiers.
- Nous serons bientôt dans le port, fit la capitaine avec assurance.
La cité de l’île portait le même nom que celle-ci, elle était nichée au creux d’une baie paradisiaque, bordé de palmier et d’arbres luxuriants. Les maisons étaient teintées d’ocre dans toutes les nuances imaginables, faisant de la ville un tableau aux couleurs chamarrées. Conuda n’était pas un grand port de commerce, quelques entrepôts permettaient d’entreposer les marchandises. L’essentielle de la population vivait grâce à la pêche et surtout grâce aux biens le plus précieux de l’île, la borsa.
L’Aurore Boréale jeta fut conduit par les chaloupes du port jusqu’au quai en pierre qui était libre. Le grand navire de commerce était le seul arrivant ce matin, il avait le droit à la meilleure place du port. Les amarres lancées depuis le navire furent rapidement attachées par les employés de la cité.
La passerelle se posa sur le quai, un attroupement s’était formé pour regarder l’arriver de l’Aurore Boréale. Le navire n’était encore jamais passé par leur port, et la curiosité était grande de la part des habitants de la cité. Le capitaine du port en personne était en première place pour accueillir les nouveaux arrivants.
Alors que les marins du bord étaient encore occupés à redresser les voiles, Zeïna descendit à terre, habillée en grande tenue de capitaine. Lantis l’accompagnait pour cette première prise de contact, la commis du bord et responsable des compte viendrait plus tard.
Le capitaine du port fut surpris de voir une jeune fille commandant le vaisseau, mais il reprit bien vite ses esprits en saluant avec déférence la nouvelle venue.
- Bienvenu à vous capitaine, Elian Farwel Capitaine du port de Conuda.
- Merci Mr Farwel, Capitaine Zeïna Dé Feryo.
L’homme se releva en affichant un grand sourire.
- C’est un plaisir de vous voir vous arrêter dans notre modeste port, c’est la première fois que ce navire vient faire relâche par ici.
- En effet, je viens explorer de nouvelles destinations commerciales.
- Je vois, et qu’est ce qui vous intéresserez ?
Zeïna se fendit d’un sourire à son tour.
- La borsa bien évidemment.
Le visage de l’homme changea soudainement, il se redressa avec rigueur en fixant la jeune fille. Il y avait dans son regard un mélange d’incrédulité et de frayeur.
- Vous êtes sûre de vous ?
- Evidemment, je crois savoir qu’une dernière récolte de cette encre sera bientôt réalisée.
Le capitaine du port tenta de reprendre sa contenance, mais il semblait vraiment sous le choc de la demande.
- Et bien oui, vos informations sont exacts, mais je ne pense pas que …
Il cherchait ses mots sans vraiment savoir comment il allait pouvoir le dire.
- Y aurait-il un problème ? S’enquit Zeïna avec une voix faussement ignorante.
Elle savait très bien pourquoi l’homme hésitait.
- Je ne savais pas que d’autres personnes savaient qu’il y aurait une récolte, tenta le capitaine du port.
- Autre que le Comte Dé Varousis Aras peut être ? répondit la jeune fille.
Elian Farwel garda la bouche ouverte sans émettre un son.
- Je sais très bien le monopôle que ce cher comte possède que ce produit, reprit Zeïna, je sais également qu’il vous donne un prix parfaitement dérisoire pour un article de cette qualité.
- Et bien …
Le capitaine du port était bien ennuyé, le rackette du comte n’était pas un secret pour personne. Mais c’était bien la première fois qu’une personne osait en parler ouvertement et d’une manière aussi désinvolte. Elian Farwel observa la jeune fille, elle ne paraissait pas aussi malhonnête que le comte, affichant un visage plein de confiance.
- Je ne peux pas prendre la décision moi-même, je dois d’abord en parler avec le maire de la ville.
- Je m’en doutais, ne vous inquiétez pas, prévenez le que je viens le voir immédiatement accompagnée de ma commis pour discuter avec lui.
L’homme écarquilla les yeux de surprise, il n’avait pas d’autre choix que s’accepter.
- Je fais le nécessaire, le rendez vous aura lieux dans la villa de Monsieur le Maire, d’ici une heure, cela vous va-t-il ?
- Très bien, je serais là.
Le capitaine du port partit en courant traversant les rangs des spectateurs à une vitesse prodigieuse. Lantis regarda la jeune fille avec étonnement.
- Tu ne crois pas que tu y es allée un peu fort dés le départ ?
- Non, mieux vaut les mettre tout de suite dans l’ambiance, je sens que la petite réunion va être intéressante, pas toi ?
Le maître d’arme leva un sourcil interrogateur, restant silencieux.
- Tu voudras peut être venir avec nous ?
Même si les longues discutions n’étaient pas à son goût, il était plutôt curieux de voir comme elle allait pouvoir leur faire changer d’avis.
- Pourquoi pas.
Les deux officiers remontèrent à bord de l’Aurore où les marins parlaient déjà avec la population pour savoir les nouvelles de l’Archipel.
A l’heure convenue, un guide emmena la délégation du navire de commerce en direction de la villa du maire. La maison était installée dans une grande propriété au milieu d’un parc arboré, située sur les hauteurs de la ville. L’habitation comportait deux étages avec un corps principal et deux pavillons sur les coté. Une teinte d’ocre foncé se trouvait sur le bas tandis que l’étage était peint d’un ocre plus clair avec une frise décorative. Le toit était une grande terrasse où trônait une véranda en acier, un jardin idéalement placé et particulièrement discret.
Le maire accueillit ses invités dans le grand salon où se trouvait une table assez grande pour recevoir tout le monde. L’homme était petit avec un fort embonpoint, il était totalement chauve avec un visage rond, de grand yeux et un nez retroussé. Il portait des vêtements très riches, avec un collier en or massif très épais pour désigner sa charge.
Plusieurs personnes se trouvaient avec lui dans la grande salle de réception. Le capitaine du port se tenait debout derrière le maire, le visage inquiet, deux hommes d’âge moyen assis à sa gauche, l’air grave. A sa droite, se trouvait un vieil homme aux cheveux blancs et à la peau brunie par le soleil, et une femme qui lui ressemblait, arborant la même couleur de peau.
Zeïna entra dans la pièce en saluant avec déférence l’assemblée, imitée par les personnes entrant à sa suite. Elle était accompagnée par Nefrita Hagus, sa serviette en cuir sous le bras, et par Lantis qui avait son épée à sa ceinture. Il avait préféré venir armé pour éviter une attaque en traître d’un espion du comte. Ce choix était approuvé par Portyd et Cryanne, même si la jeune fille aurait bien voulu ne pas voir d’hommes armés autour de la table.
Le maire se leva quand les membres de l’équipage arrivèrent.
- Bonjour Capitaine Dé Feryo, je me nomme Heno Gohin, je suis le maire de Conuda.
Il désigna les sièges devant lui, invitant Zeïna et ses compagnons à prendre place sur ceux-ci afin de commencer la réunion. La capitaine se plia avec soin à l’invitation de son hôte, elle remarqua tout de suite les mines fermées des deux hommes de gauches alors que ceux de droites étaient plus ouverts.
- Je vous remercie de me recevoir aussi rapidement.
- Et bien, quand Mr Farwel m’a précisé votre demande, j’ai cru bon de faire venir rapidement les principaux intéressés dans notre affaire.
Il désigna les deux hommes de gauche.
- Tout d’abord les frères Maerka, les seuls commerçants de l’île.
Ils hochèrent la tête en se redressant à l’adresse de leur nom.
- Et à ma droite, Mr Dopara et sa fille ainée, les pécheurs qui ont la charge de la récolte de la borsa.
Les deux personnes firent un signe de la tête.
- Bonjour à vous tous, je me représente, Capitaine marchand Zeïna Dé Feryo de l’Aurore Boréale, ma commis s’occupant de la part commerciale Nefrita Hagus, et mon maître d’équipage et garde du corps Lantis Alaster.
Les présentations faites, la jeune fille passa directement au motif de leur visite.
- Je tiens d’abord à vous remercier Monsieur le Maire de me recevoir aussi rapidement.
- Au vu de votre demande, j’ai pensé que je devais faire une réunion urgente.
Le maire se pencha en avant pour trouver une meilleure position sur son siège, il était visiblement ennuyé comme se douter Zeïna. Elle prit aussitôt la parole pour éviter le long silence gêné qui envahissait la pièce.
- Je tiens tout d’abord à vous présenter mon offre de manière plus correcte et plus claire, je suis venu jusqu’ici pour vous acheter la dernière récolte de borsa de cette saison. Je sais que vous n’avez pas l’habitude de voir d’autre navire que ceux appartenant au Comte Dé Varousis Aras.
L’évocation du nom du noble fit relever la tête des deux marchands, de la peur apparaissant dans le regard du capitaine du port. Le maire resta calme, il savait cacher ses sentiments et ses pensées face à ses interlocuteurs.
- Si vous connaissez cet homme, répondit Heno Gohin, vous savez alors parfaitement comment il va réagir en apprenant vos tractations.
- Je suis parfaitement au courant, lança Zeïna d’une voix ferme, mais je ne vois pas où est le problème, ce monopole qu’impose le comte sur ce commerce n’est absolument pas légal.
- Seigneur Dé Varousis Aras est bien trop puissant, s’insurgea l’un des frère Maerka.
La peur était parfaitement lisible dans sa voix, tout comme sur son visage devenu rouge. Le maire se tourna vers le marchand aussitôt.
- Jona, calme-toi s’il te plait.
- Désolé, répondit le marchand en baissant la tête.
Heno Gohin refit face à la capitaine.
- Si vous êtes ici, c’est que vous connaissez très bien sa réputation et sa puissance.
- En effet, je suis là pour faire des affaires, et je ne vois pas d’autres navires dans le port à part le mien. A moins qu’un contrat ne vous lie avec le comte, je ne vois pas d’inconvénient à ce que je discute avec vous et de faire une proposition.
Le maire se permit de sourire.
- Vous savez parfaitement ce qui vous voulez.
Il se pencha en posant les coudes sur la table en mettant les mains à plat sur la table.
- Je vais au moins écouter ce que vous proposez.
Zeïna hocha la tête, la jeune fille avait réussi à attirer l’attention du maire. La première partie de son plan avait fonctionné, maintenant il fallait passer à la suite pour conclure définitivement l’affaire. Elle se tourna vers Nefrita Hagus en tendant la main, la commis avait déjà sorti le document demandé de la sacoche en cuir.
La capitaine le présenta devant l’homme en affichant un sourire.
- J’ai pris le soin de vous rédiger la proposition commerciale par écrit pour accélérer les choses.
Le maire prit le document pour pouvoir le lire de plus prêt, les deux marchands à sa gauche et les deux personnes à sa droite se penchèrent vers lui. La lecture se fit dans un silence studieux, en arrivant vers la fin de la feuille, les frères Maerka poussèrent une clameur de surprise d’une même voix remplie de surprise.
- Mais c’est le double de ce que nous offre le comte !
Ils en oublièrent la discrétion habituellement de mise pour ce genre de tractation. Les producteurs sourirent avec plaisir en voyant le chiffre, le maire lui-même avait un peu de mal à s’en rendre compte. Zeïna reprit la parole en remerciant certaines informations récoltés par ce malandrin de Skaven.
- J’ai pris soin comme vous le remarquerez de relever à sa valeur juste, loin de celui exigé par le Comte.
L’homme reposa le document pour fixer la jeune fille.
- Je suppose que vous savez où vous vous engagez.
- Je le sais très bien, mais je viens de Calasta, tout comme cet homme, je connais sa réputation et je commence à comprendre ses méthodes.
Heno Gohin se rassit dans son siège en s’appuyant contre le dossier de son siège.
- Le prix est évidemment alléchant, le comte ne sera certainement pas excessivement satisfait de voir ce chargement d’encre précieuse lui passer sous le nez. Nous aurons à essuyer ses foudres et notre île va en souffrir, surtout son commerce si les navires du comte ne viennent plus faire relâche dans notre port.
A nouveau Zeïna s’attendait parfaitement à cette réponse, la jeune fille avait bien préparé cette entrevue avec sa commis et elle avait déjà la réponse. Elle asséna son dernier atout pour achever de convaincre le maire de l’île.
- Evidemment, je sais que la quantité d’encre est importante, mais elle ne sera jamais assez importante pour remplir la calle de l’Aurore Boréale. Je pourrais très bien la compléter avec les produits de votre commerce, agriculture, textile, ameublement, j’ai cru entendre que vous aviez des sculpteurs très adroits.
Les frères Maerka se regardèrent, ils n’arrivaient que très rarement à revendre au comte les autres articles issus de l’île. Il préférait les produits de luxe comme l’encre, et surement pas quelques caisses de fruits exotiques. Les marchands se tournèrent vers le maire, malgré le risque la promesse d’une telle vente leur faisait oublier les craintes.
Le maire était bien embêté, il avait là un véritable cas de conscience. Le commerce de l’encre borsa était une véritable manne pour l’île, mais avec l’appât du gain du Comte Dé Varousis Aras il y avait de moins en moins de retombée sur Conuda. L’arrivée de ce concurrent au noble était une aubaine, l’homme pouvait espérer revendre l’encre à un meilleur prix.
- Vous nous mettez dans une position peu enviable, nous sommes sous le joug du Comte depuis de longues années, il a imposé sa loi par la force, et il pourrait très bien nous le faire payer très cher.
Zeïna hocha la tête.
- Je sais que le comte est un homme dangereux, mais si personne n’ose enfin l’affronter, l’injustice continuera à régner. L’océan est à tout le monde et pas seulement à un homme voulant s’enrichir à tout prix.
Monsieur Dopara se racla la gorge bruyamment pour attirer l’attention.
- Notre famille souffre autant que toute l’île de l’appât du gain du Comte, et je vois enfin une porte de sortie à ce que nous subissons depuis trop de temps. Même si la proposition est dangereuse, je suis prêt à vendre mon encre au Capitaine Dé Feryo avec ton accord Heno ou sans.
Le maire regarda le vieil homme, il était très respecté sur Conuda, sa parole était toujours juste tout comme son jugement. Heno Gohin sourit enfin et se tourna vers la capitaine, il avait finit par prendre sa décision.
- Capitaine Dé Feryo, j’accepte votre proposition, nous avons enfin la possibilité d’avoir un nouveau partenaire commercial et je serais heureux de faire affaire avec vous au nom de tout l’île. Êtes-vous d’accord avec moi messieurs Maerka ?
Les deux marchands se consultèrent quelques instants du regard, ils finirent par acquiescer en silence. Ils avaient tous les deux beaucoup à gagner et l’or faisait oublier la peur qu’ils ressentaient envers le Comte Dé Varousis Aras.
Zeïna afficha un sourire triomphant, elle avait remporté une victoire totale grâce à une bonne négociation et les informations récoltées. Lantis était détendu, il n’aurait pas cru que l’affaire se déroule aussi bien, il ne pensait plus du tout à devoir se servir de son arme pour quitter la pièce. Nefrita Hagus restait impassible, elle sortait les contrats préparés à l’avance sur le navire. Elle n’était pas étonnée de leur réussite avec tout le travail fourni et les longues heures passés sur les documents poussiéreux de la capitainerie du port précédent.
- J’ai fait préparer plusieurs documents pour sceller notre accord, lança la jeune fille en tendant de nouveaux papiers. Ils sont en plusieurs exemplaires pour que vous puissiez en avoir un en votre possession.
- Une très bonne chose, lança Heno Gohin, je laisse le soin à nos intermédiaires commerciaux, ils ont plus l’habitude que moi dans ce domaine.
Les frères Maerka lurent avec attention chaque feuille, ne relevant aucune mauvaise surprise. Ils appliquèrent leur signature, et le maire apposa le sceau de l’île pour officialiser l’accord, le vieil homme parapha en dernier les documents. Les exemplaires furent distribués aux deux parties une fois que tous eurent signé les contrats.
- Maintenant que les tâches administratives sont terminées, lança le maire, je pense que nous devrions fêter notre accord commerciale.
Il lança un appel depuis son siège, deux serviteurs entrèrent dans la pièce, portant des plateaux. Les verres furent distribués à toutes les personnes présentes et remplis avec rapidité. Heno Gohin se leva en prenant son verre dans sa main, le sourire accroché aux lèvres.
- Portons un toast à cette réussite.
- Santé, répondirent les convives avec entrain.
L’ambiance était plus détendue, le capitaine du port ne tremblait plus dans son coin, il osait même afficher un visage plein de joie. Zeïna posa son verre sur la table avant de prendre la parole.
- Mr Dopara, quand pourrons-nous charger l’encre dans les calles du navire ?
- Nous avons encore une journée de récolte de prévu et nous aurons terminé, demain matin les tonneaux seront prêts, répondit le vieil homme.
Il se pencha alors en avant.
- J’imagine que vous désirez repartir rapidement avant que les bateaux du Comte fassent relâche par ici.
Zeïna sourit.
- Vous avez parfaitement compris.
Le pécheur se tourna vers sa fille.
- Combien reste-il de seiches borsalines dont l’encre est encore à extraire ?
- Je dirais une vingtaine d’animaux normalement.
La capitaine fixa le vieil homme.
- Vous devez l’extraire ?
La femme hocha la tête en affichant un visage doux.
- Nous ne tuons pas les seiches pour avoir leur encre, nous avons une autre méthode beaucoup plus douce et moins barbare pour ces animaux précieux.
- Peut être cela vous intéresserez de voir comment nous faisons ? Demanda le vieil homme.
- Oui beaucoup, répondit Zeïna.
- Venez donc nous voir à notre ferme de l’autre coté du port, dans une crique protégée par le vent, vous pourrez ainsi voir comment nous procédons.
- Merci Mr Dopara, se serait avec plaisir que j’accepte votre offre.
- Appelez-moi Kloun, et ma fille Leina, je préfère de loin cela plutôt que le Monsieur un peu trop stricte.
- Sans soucis, je viendrais vous rejoindre en début d’après midi alors.
Le rendez vous prit, ils reprirent leurs conversation avec le reste des personnes présentes. La jeune fille avait hâte de voir comment l’encre pouvait être récolté sans que l’animal ne soit tué.
Comme convenu, Zeïna quitta l’Aurore au début de l’après midi pour honorer son rendez vous. Elle avait annoncé il y a quelques heures la bonne nouvelle à tout l’équipage, les marins avaient laissé leur joie éclaté. Après tous leurs efforts, les dangereux tourbillons et les combats, ils étaient parvenu à destination en remportant une grande victoire.
Pour les remercier, la capitaine avait donné quartier libre à l’équipage pour le reste de la journée et la soirée. Les membres de l’équipage avaient ordre de revenir dormir à bord, cette nouvelle avait ravi tout le monde, ils allaient enfin goutter à un repos bien mérité et surtout faire le tour des auberges. Même petite, Conuda possédait plusieurs établissements qui allaient faire le plein pour cette soirée.
La jeune fille avait laissé ses officiers en profiter aussi, Lantis avait été désigné pour rester à bord pour le garder avec une demi-douzaine de malchanceux. Les marins regardaient leurs camarades partir avec envi en poussant des profonds soupirs, ils seraient relevés en début de soirée pour leur permettre d’en profiter également.
Zeïna n’était pas seule, quand Acoya avait entendu parlé des seiches borsalines, elle n’avait pas pu se tenir. Elle avait presque supplié la capitaine pour l’accompagner à la ferme, la jeune fille avait fini par accepter, en ayant assez de la voir tout le temps sur les tallons.
Les deux membres de l’Aurore marchaient de concert sur le sentier entre les arbres, l’elfe n’avait pas arrêté de parler depuis qu’elles étaient parti. L’incessant flot de parole de la pilote était difficilement tenable, heureusement Zeïna était un puits de patience. La capitaine stoppa soudain sa route en restant sur place, l’elfe la regarda surpris.
- Que se passe-t-il ?
- Tu n’as pas remarqué ?
- Tu veux parler de l’ombre qui nous suit depuis le bateau, évidemment que si je l’avais remarqué, mais je ne vois pas où est le problème.
Zeïna se retourna en regardant les rochers non loin de là.
- Sors de ta cachette s’il te plait.
Il y eu un bruissement, puis une petite forme sortit des buissons, c’était la belette, le gamin des rues qui était venu avec la métis.
- Je suppose que tu es là sur ordre de Cryanne et de Lantis, lança la capitaine.
Le mousse afficha un grand sourire.
- Comment avez-vous deviner ? Répondit la belette avec un petit air espiègle.
Acoya pouffa de rire.
- Tu n’es pas obligé de rester avec nous tu sais.
- J’ai reçu un ordre, et je ne romprais pas ma garde.
- Pas un pour rattraper l’autre, reste près de nous alors, ce n’est pas la peine de te cacher comme tu le fait.
Ils reprirent leur route, ils parvinrent jusqu’à la ferme peu après. Leina Dopara les accueillit, elle affichait un visage serein comme lors de la réunion. Elle était vêtue d’un simple pagne et d’un haut sans brettelle qui était retenu par des lacets comme un corsage.
- Bonjour Capitaine Dé Feryo, je vois que vous ne venez pas seule.
- Oui, j’espère que cela ne vous dérange pas, je vous présente Acoya Yna’Hi ma pilote, et la belette, un mousse du bord, venu ici pour me surveiller.
La femme sourit.
- Une elfe des mers, c’est la première fois que j’en rencontre une, j’avais entendu que plusieurs faisaient parti de votre équipage.
- Je suis venue voir les seiches borsalines, lança Acoya, je n’en ai encore jamais vu en vrai, juste par les dires des ancêtres.
- Alors suivez-moi, je vais vous emmener directement à la zone où nous nous occupons des seiches.
Guidé par Leina, ils traversèrent les bâtiments de la ferme, elle était grande pour loger toute la famille du maître du lieu, mais aussi celles des ouvriers qui travaillaient pour lui. Ils arrivèrent dans la crique, des pontons en bois étaient installés avec soin sur plusieurs rangées. Des personnes, hommes et femmes circulaient sur les terrasses en bois, des caisses et des tonneaux se trouvaient un peu partout.
Leina Dopara les mena jusqu’au premier pontons, ils retrouvèrent le vieux Kloun, les mains dans le dos. Il accueillit ses invités en affichant un grand sourire, les opérations de ramassage se passaient bien et le temps était magnifique.
- Vous voilà enfin, j’espère que vous avez trouvé facilement.
- L’île n’est pas grande.
Acoya s’approcha du bord et écarquilla les yeux.
- Alors c’est ça une seiche borsaline !
L’animal flottait entre deux eaux, son corps d’une teinte bleuté faisait un peu plus de un mètre de long, avec une tête énorme pourvue de tentacule. Ces deux longs bras d’un bleu plus foncé caressaient la surface de la mer en faisant de petites vaguelettes.
- Je ne pensais pas qu’elles étaient si grandes ?
- Elles sont d’une taille plus importante que des seiches normales, elles sont aussi plus intelligentes et bien plus douce, répondit Kloun Dopara.
Il se tourna vers sa fille.
- Montre donc comment nous extrayons l’encre.
- Oui.
Une autre personne s’approcha du bord et prépara un baril vide, Leina fit alors quelque chose que les invités ne s’attendaient pas. Elle retira son haut et son pagne sans aucune gêne, elle se glissa alors dans l’eau. La belette ne perdait pas une miette du spectacle, il trouvait soudain que cette surveillance avait du bon.
En voyant le visage surpris de Zeïna, Leina l’interpela.
- Ne soyez pas gênée, il y a longtemps que je ne suis plus dérangé que quelqu’un me voit ainsi.
Elle se permit de sourire de nouveau avant de nager jusqu’à la seiche, sans aucun peur elle caressa lentement le dessus de la tête du mollusque. L’animal vint frotter à son tour la nageuse avec un tentacule d’une manière très affectueuse. Leina se mit lentement à caresser l’animal juste sous la tête, la seiche se mit à chanter d’une manière douce et limpide.
La deuxième personne avec le baril se mit à l’eau à son tour pour se positionner devant la bouche de l’animal. L’encre se mit alors à jaillir lentement, un liquide aussi précieux que de l’or.
- Voyez vous, intervint Kloun, les seiches borsalines sont très sensibles aux caresses, elles nous donnent un peu de leur encre en échange de nos soins et de la protection que nous offrons pour leur petit.
- Une sorte de symbiose alors.
- Vous avez compris capitaine, un échange mutuel qui nous est profitable à tous les deux.
Acoya observait la scène avec une leur dans les yeux, elle se tourna soudain vers le vieil homme montrant un regard plein d’enthousiasme.
- Est-ce que je pourrais essayer ?
Kloun Dopara haussa un sourcil interrogateur.
- Pourquoi pas, mais suivez bien les instructions de ma fille.
- Attend Acoya … Commença Zeïna.
Mais avant même qu’elle commence à parler, l’elfe avait retiré ses vêtements pour plonger dans l’eau. Elle s’approcha lentement de la seiche, écoutant les recommandations de Leina. Quelques instants après, Acoya caressait lentement l’animal qui se mettait de nouveau à chanter avec douceur.
La capitaine sourit en poussa un soupir.
- Je suis désolée, elle est intenable parfois.
- Ce n’est rien Capitaine, c’est une elfe des mers, elle ne pouvait pas résister, répondit Kloun. Votre équipage est vraiment étonnant, il y a des femmes, des hommes, des elfes, des kadjis, et d’autres races différentes. Je crois bien que c’est la première fois que je vois une aussi grande diversité de personnes sur un même bateau.
- Mon père m’a toujours dit qu’il ne fallait jamais juger les gens par leur apparence.
Le vieil homme sourit.
- Une personne sage, continuez dans la ligne que vous avez choisi, il sera fier de vous.
- J’en suis persuadée.
La jeune fille garda le silence en pensant à son père, elle espérait que n’importe qu’elle endroit où il se trouvait, il était fier d’elle. Partir en guerre contre le puissant Comte Dé Varousis Aras n’était pas prudent, mais Zeïna ne laisserait pas cet homme lui impose sa loi.
Quand l’Aurore partirait avec son chargement demain, elle n’oublierait pas de laisse un message pour son ennemi. Elle espérait qu’il reçoive son petit mot rapidement, elle se réjouissait par avance de la réaction du Comte.
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